ALGÉRIE

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Nom officielRépublique algérienne démocratique et populaire (DZ)
Chef de l'État et du gouvernementAbdelmadjid Tebboune (depuis le 19 décembre 2019). Premier ministre : Aïmen Benabderrahmane (depuis le 30 juin 2021)
CapitaleAlger
Langues officiellesarabe, tamazight
Unité monétairedinar algérien (DZD)
Population45 258 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)2 381 741

Histoire

De l'Algérie antique à l'Algérie française

Bien que le territoire algérien actuel soit particulièrement riche en sites et vestiges préhistoriques (Ternifin, Machta al ‘Arbi) et que la protohistoire y enregistre l'existence d'une fruste civilisation berbère, en fait l'histoire du Maghreb central commence à l'arrivée des Phéniciens dont la civilisation s'inscrivit la première dans les villes et laissa des traces écrites.

L'Algérie antique

L'influence phénicienne et carthaginoise

Les Phéniciens fondèrent très tôt – dès les derniers siècles du IIe millénaire avant J.-C. – des établissements commerciaux et des escales qui, après la décadence des cités-mères orientales, furent repris par les Carthaginois. Ceux-ci ne colonisèrent pas l'intérieur du territoire algérien mais multiplièrent les comptoirs portuaires qui conservèrent jusqu'à leur destruction leur nom sémitique : ainsi Rusuccuru (Dellys), Rusicade (Philippeville-Skikda), Rusguniae (Matifou). Les chefs berbères qui dominaient l'intérieur du pays furent le plus souvent les alliés ou les clients des Carthaginois. Ils leur fournissaient des contingents armés, en particulier les fameux cavaliers numides, et des éléphants de guerre. En raison de ces relations et grâce aussi aux marchands des ports et aux soldats, la langue et la civilisation puniques pénétrèrent assez profondément le pays : des cités indigènes apparurent ainsi que des mausolées, qui étaient parfois édifiés par les techniciens carthaginois.

Les Berbères ou Numides furent donc d'abord les disciples des Phéniciens qui leur enseignèrent des procédés agricoles et industriels, pour la fabrication de l'huile et du vin par exemple, l'exploitation et le travail du cuivre. Surtout, ils leur firent adopter leur religion, et les dieux carthaginois continuèrent à être célébrés par les Berbères, au-delà même de la domination romaine. Certains historiens ont pu avancer l'hypothèse que le christianisme, puis l'islam, ne furent si facilement acceptés que parce que les populations y retrouvèrent, avec des symboles communs, une semblable mentalité sémitique. En revanche, il est très improbable que la langue punique ait subsisté au-delà du iiie siècle après J.C. et qu'elle ait pu servir de relais à la langue arabe.

L'influence de la civilisation grecque fut au contraire très limitée. Elle s'exerça essentiellement par l'intermédiaire de Carthage, puis de Rome, et ne se manifesta de manière sûre que dans le domaine de l'art, par exemple dans les grands Medracen de l'Aurès et de Tipasa.

Sur le plan politique, le Maghreb central connut, à côté de tribus indépendantes et de républiques villageoises, de vastes royaumes dotés d'un pouvoir fort qui se superposait aux structures tribales. Les écrivains antiques en font mention à partir du iiie siècle avant J.-C. Les noms de leurs souverains, Syphax, roi des Masaeyles, Massinissa, roi des Massyles, Micipsa et Jugurtha, suffisent à en rappeler l'éclat et la puissance. Massinissa, qui avait élu pour capitale Cirta (Constantine), fut sans doute l'un des plus grands souverains qu'ait connus la Berbérie. Son culte se perpétua à travers les siècles. Son descendant Jugurtha est, aujourd'hui encore, célébré comme « résistant à l'impérialisme romain ».

La domination romaine

Après avoir détruit Carthage, les Romains laissèrent d'abord subsister les royaumes numides comme États vassaux. Mais, après l'insurrection de Jugurtha qui leur tint tête pendant sept ans (112-105 av. J.-C.), ils renforcèrent leur contrôle. Avec Juba II et Ptolémée, souverains de Maurétanie installés à Caesarea (Cherchell), ils purent compter sur des princes étroitement soumis et épris de la civilisation gréco-romaine. Toutefois les insurrections tribales continuaient, et les Romains, renonçant à la fiction du protectorat, annexèrent la Maurétanie en 40 après J.-C. Ils la divisèrent en deux provinces impériales : la Maurétanie tingitane et la Maurétanie césarienne, laquelle correspondait au Tell oranais et algérois et à la partie occidentale du Constantinois actuel. L'Algérie orientale dépendit jusqu'au iiie siècle après J.-C. de la province proconsulaire d'Afrique, puis forma la province indépendante de Numidie. La domination romaine ne s'étendait donc ni sur les Hautes Plaines de l'Ouest algérien, ni sur le Sahara, bien qu'au iiie siècle, au temps des Sévères, la zone frontière (limes) ait été repoussée vers le sud, sur la ligne des chotts.

L'Afrique romaine reçut des contingents d'immigrés italiens et méditerranéens qui s'installèrent soit dans des colonies de vétérans militaires, soit dans des cités indigènes ou phéniciennes, devenues municipes romains ou latins. Mais les Romains ne tentèrent point d'administrer eux-mêmes les populations indigènes. L'administration des municipes et communes pérégrines relevait généralement d'une aristocratie locale, celle des tribus soumises et des chefs indigènes reconnus par Rome.

La domination romaine accrut considérablement le nombre des sédentaires. La pratique de l'irrigation permit le développement des plantations d'oliviers et de vignes, l'accroissement des cultures céréalières et de l'élevage. L'Afrique du Nord devint la plus riche contrée agricole de l'Occident. Le nombre (plus de 500) et la splendeur monumentale des cités africaines, que révèlent les imposantes ruines de Timgad, Lambèse, Djamila-Cuicul, témoignent de la densité du peuplement et de la prospérité atteinte par le pays. De grandes voies le sillonnaient et servaient aux transactions commerciales plus qu'aux mouvements militaires. L'ensemble de la population soumise tirait-elle parti de cette richesse ? Le régime de la grande propriété et l'importance de l'esclavage antique ne permettent pas de l'affirmer, mais une bourgeoisie municipale et une classe de paysans libres et aisés se formèrent.

La conversion au christianisme

La conquête latine, maintenue par la force, paraît cependant avoir été favorable au progrès des populations berbères. L'assimilation de certaines couches sociales se réalisa par l'adoption spontanée de la langue et des usages romains ainsi que par le développement des écoles. Dès lors, Romains d'Afrique et Berbères romanisés fusionnèrent progressivement ; et il est impossible de dire si les écrivains africains, comme Apulée de Madaure ou Fronton de Cirta, descendent de colons romains ou de Berbères assimilés. Ce fut donc au terme d'une évolution progressive et naturelle que Caracalla, lui-même fils d'un empereur né en Afrique, put conférer, au début du iiie siècle, le [...]

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Gisement de pétrole, Hassi Messaoud, Algérie

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Pour citer l’article

Charles-Robert AGERON, Sid-Ahmed SOUIAH, Benjamin STORA, Pierre VERMEREN, « ALGÉRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/algerie/