AGRICULTURE BIOLOGIQUE

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L’histoire de l’agriculture biologique

On peut distinguer trois grandes phases dans l’histoire de l’agriculture biologique : après avoir été l’agriculture de quelques pionniers, elle s’est ensuite institutionnalisée en faisant d’abord l’objet d’une première réglementation nationale dans les années 1980, puis de programmes publics nationaux de soutien à partir de la fin des années 1990.

Les mouvements pionniers de l’agriculture biologique

L’agriculture biologique s’est développée dans les années 1920 dans différents pays et sous la forme de divers courants, dont deux en particulier : la biodynamie et l’agriculture « organique ». La biodynamie trouve son origine dans une série de huit conférences de l’anthroposophe Rudolf Steiner (1861-1925), connues sous le nom de « Cours aux agriculteurs ». Elle préconise l’usage de préparations spécifiques pour le sol, les plantes et le compost. Ses principes fondateurs reposent sur l’idée que des forces telluriques et cosmiques ont une influence sur les cultures, ainsi que sur une approche globale de l’homme et du vivant. L’agriculture « organique », développée par le Britannique Albert Howard (1873-1947), prône le retour à une agriculture paysanne autonome et la pratique du compostage. Ces deux mouvements fondateurs accordent une place importante à la vie dans le sol et à sa préservation, mais ils ont également une dimension philosophique.

En France, dès la fin des années 1950, des groupements d’agriculteurs biologiques se forment tandis qu’une association de médecins met en avant les bienfaits de ce type d’agriculture pour la santé. Le mouvement français de l’agriculture biologique se diversifie au cours des années 1960 et 1970, d’un côté avec des réseaux qui la défendent comme une forme de résistance au capitalisme et à la société de consommation, de l’autre par l’émergence de réseaux plus « techniques » et à vocation commerciale. C’est le cas par exemple du réseau Lemaire-Boucher porté par deux spécialistes : Raoul Lemaire (1884-1972), expert en farines et pains biologiques, et Jean Boucher (1915-2009), agronome expert en fertilisants à base d’algues.

La France a fait partie des précurseurs en matière de régulation, en reconnaissant dans sa loi d’orientation agricole de 1980 l’agriculture biologique comme « une agriculture sans produits chimiques de synthèse ». Celle-ci va progressivement bénéficier d'une reconnaissance officielle : mise en place en 1983 d'une commission nationale chargée de l'homologation des cahiers des charges des différentes organisations, stipulant, par type de production, les techniques à mettre en œuvre pour produire « bio » ; création en 1985 du logo français « AB » et unification et homologation des cahiers des charges par production. À cette époque, il y avait en France entre 3 000 et 4 000 agriculteurs biologiques.

L’institutionnalisation de l’agriculture biologique

L’année 1991 est importante avec la reconnaissance de l’agriculture biologique (dite « organique » ou « écologique » selon les pays) à l’échelle européenne et l’adoption d’un règlement européen pour les productions végétales (CE 2092/91), élargi au secteur animal en 2000. Cette réglementation vient harmoniser les règles des différents États membres tout en leur laissant la liberté d’adopter leurs propres cahiers des charges nationaux et logos (AB pour la France). Les textes réglementaires ont ensuite évolué avec l’essor de l’agriculture biologique et ont été révisés en 2007 (CE 834/2007) et 2018 (CE 2018/848). Par exemple, entre les règlements européens de 1991 et 2007, l’agriculture biologique – qui représentait un segment agricole et de marché, et était définie avant tout par la production d’aliments à partir de processus et substances naturels – devient productrice de « biens publics » (un bien public est un bien non rival, sa consommation par une personne n'affectant pas la quantité disponible pour les autres), ce qui témoigne de sa légitimité croissante. Ce ne sont plus que les produits mais bien toute l’activité de production biologique qui est définie comme un « système global » jouant un double rôle sociétal : d’une part, répondre à la demande des consommateurs ; d’autre part, fournir des biens publics au travers de pratiques favorisant la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, le respect de normes élevées de bien-être animal et le développement rural. Dans le règlement adopté en 2018, avec mise en application en 2021, on note l’émergence ou le renforcement de notions comme celles de services environnementaux ou écosystémiques, reconnaissant ainsi la biodiversité non pas seulement comme une composante à préserver mais aussi comme un facteur de production utile à l’agriculture biologique. Sont également introduites les notions de « juste retour » pour les agriculteurs s’engageant dans cette forme d’agriculture (il s’agit de veiller à ce que les agriculteurs qui se conforment aux règles de production biologique en tirent un revenu équitable) ainsi que la notion de certification de groupe pour les petits producteurs et opérateurs (la certification individuelle, labellisation, étant pour eux trop lourde financièrement et trop complexe à gérer administrativement). Cette dernière notion, revendiquée par l’IFOAM, était déjà présente dans certaines réglementations nationales, comme au Brésil.

Les textes réglementaires ont aussi évolué dans le sens d’une harmonisation entre pays européens, qui avaient chacun leurs propres règles plus ou moins strictes. À partir du 1er janvier 2009, date d’application du règlement de 2007, le label AB, signe officiel de qualité, est le seul label reconnu par l’État français et par l’Union européenne. L’utilisation de l’expression « agriculture biologique » est désormais strictement contrôlée et réservée aux opérateurs certifiés (producteurs, transformateurs, importateurs) selon ce cahier des charges. Le 1er juillet 2010, le logo officiel devient l’Eurofeuille, à laquelle les opérateurs certifiés peuvent juxtaposer le logo français AB, davantage reconnu par les consommateurs. Des labels privés peuvent ajouter des exigences supplémentaires notamment sur les conditions sociales et économiques de production. C’est le cas en France de Nature & Progrès (taille des élevages limitée, interdiction de la mixité « bio » et non « bio », par exemple), de Demeter (biodynamie) ou de Bio Cohérence (100 p. 100 d'ingrédients « bio » dans les produits transformés).

Agriculture biologique : logos

Dessin : Agriculture biologique : logos

Les produits issus de l’agriculture biologique sont reconnaissables à leur logo : en haut, le logo européen, en bas le logo français. Le premier, encore appelé Eurofeuille, est composé à partir de deux éléments : le drapeau européen, emblème officiel de l’Union européenne depuis... 

Crédits : Commission européenne Agriculture et développement rural/ Encyclopædia Universalis France

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Les plans de soutien successifs

Malgré l'unification du cadre réglementaire au niveau européen et la croissance de la demande, le développement de l’agriculture biologique a considérablement varié selon les pays, en partie du fait des politiques nationales de soutien mises en œuvre.

Des aides à la conversion des exploitations à l'agriculture biologique sont instaurées en 1 [...]

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Agriculture biologique : logos

Agriculture biologique : logos
Crédits : Commission européenne Agriculture et développement rural/ Encyclopædia Universalis France

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Agriculture biologique : deux exemples de mise en pratique

Agriculture biologique : deux exemples de mise en pratique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Un système agricole diversifié : le verger maraîcher

Un système agricole diversifié : le verger maraîcher
Crédits : Servane Penvern

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Agriculture biologique : verger de pommiers

Agriculture biologique : verger de pommiers
Crédits : Servane Penvern

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Écrit par :

  • : ingénieure agronome indépendante
  • : directrice de recherche en sociologie, INRAE-Écodéveloppement, Avignon
  • : ingénieure agronome, chef de projet du métaprogramme INRAE sur le changement d'échelle de l'agriculture biologique (METABIO)

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Pour citer l’article

Céline CRESSON, Claire LAMINE, Servane PENVERN, « AGRICULTURE BIOLOGIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agriculture-biologique/