AGRICULTURE BIOLOGIQUE

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L’agriculture biologique face à de nouvelles perspectives

La diversité des modèles biologiques, des pratiques et des circuits de vente ou de certification au niveau mondial comme au niveau national est importante et ne fait que croître avec le changement d’échelle de l’agriculture biologique. Dans ce contexte, la capacité de cette forme d’agriculture à répondre aux attentes sociétales et aux enjeux environnementaux, sociaux et de santé, est plus que jamais mise à l’épreuve.

Diversité des agricultures biologiques dans le monde

L’Espagne, l’Italie, la France et l’Allemagne figurent parmi les dix premiers pays producteurs mondiaux (en surface) après l’Australie, la Chine, l’Argentine et les États-Unis (2019). Les chiffres des surfaces cultivées ne sont toutefois pas les plus pertinents pour décrire le développement de l’agriculture biologique au niveau mondial. La production australienne compte ainsi presque la moitié des surfaces « bio » mondiales pour seulement 0,08 p. 100 du nombre d’exploitations, car il s'agit essentiellement d'élevage extensif, s’étendant sur de très grandes surfaces. À l’inverse, l’Afrique et l’Asie concentrent 67 p. 100 des producteurs en agriculture biologique sur seulement 11 p. 100 de la surface agricole mondiale cultivée en « bio ». Quant à la consommation de produits biologiques, celle-ci se situe surtout en Amérique du Nord et en Europe, avec respectivement 49 et 40 p. 100 du marché. L’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine ne totalisent que 10 p. 100 du marché mondial de la consommation.

Les systèmes de contrôle sont aussi différents d'un pays à l'autre, appuyés sur des organismes certificateurs ou encore sur des certifications de groupes appelées systèmes participatifs de garantie (SPG). Ces derniers, développés dans certains pays de manière pionnière (par exemple au Brésil) car mieux adaptés et moins coûteux pour les petits producteurs, ont été reconnus d’abord par l’IFOAM en 2007 puis par diverses législations nationales (dont la France, qui a intégré, via le règlement européen adopté en 2018, la notion de certification de groupe pour les petits producteurs et opérateurs). Ce sont alors des commissions de producteurs, de spécialistes et(ou) de consommateurs qui garantissent les pratiques des fermes, des ateliers et des entreprises en agriculture biologique. Des équivalences reconnues de cahiers des charges permettent néanmoins l'échange de produits biologiques entre les pays. Ces produits peuvent recevoir en France le label AB et le logo européen.

Enfin, les modes de distribution et de consommation sont eux aussi très variables. Un point commun à la plupart des pays occidentaux est la forte augmentation de la consommation de produits biologiques. En 2019, plus de neuf Français sur dix déclaraient avoir consommé des produits biologiques dans l’année et près des trois quarts en consommaient régulièrement (au moins une fois par mois) ; 14 p. 100 en consommaient même tous les jours. On peut acheter des produits biologiques directement chez les producteurs, sur des marchés, dans des magasins dédiés, et de manière croissante dans les grandes et moyennes surfaces (GMS), mais selon les pays, les équilibres entre ces différents types de circuits varient. Par exemple, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Belgique et en République tchèque, les circuits de distribution sont relativement diversifiés, et la place des circuits courts reste importante. Dans d'autres pays comme l'Autriche, le Danemark, le Royaume-Uni, la Suède et le Luxembourg, la grande distribution domine nettement la commercialisation des produits « bio ».

Les chiffres de l’agriculture biologique cachent donc des réalités très diverses entre, d’un côté, des entreprises agricoles spécialisées s’étendant sur plusieurs milliers d'hectares et, de l’autre, des petits paysans travaillant en polyculture-élevage ou des microfermes maraîchères. En effet, la forte croissance de la demande de produits biologiques, l’augmentation des volumes et l‘arrivée de nouveaux acteurs dans la production, la transformation, la distribution et la consommation entraînent une grande diversification des formes d’agriculture biologique entre deux pôles extrêmes que sont les petites fermes familiales et les grandes exploitations souvent intégrées dans des filières industrielles. De dimension modeste, les fermes familiales, revendiquant souvent un fort attachement aux principes de l’agriculture biologique, ont de fait souvent des pratiques plus exigeantes visant à limiter le recours aux intrants, et une commercialisation plus orientée vers les circuits courts. Quant aux grandes exploitations, elles se limitent parfois au seul respect du cahier des charges, dans des systèmes de production spécialisés largement utilisateurs des intrants autorisés en agriculture biologique. Le terme de « conventionnalisation » de l’agriculture biologique est souvent utilisé pour désigner ce rapprochement avec le système agricole conventionnel (classique), qui peut se faire au détriment des principes et des valeurs de l’agriculture biologique, et ainsi remettre en cause l’adhésion des consommateurs à ce mode de production.

L’agriculture biologique comme réponse aux enjeux environnementaux et sociaux

De nombreux travaux de recherche et des réseaux d’agriculteurs ont mis en évidence les contributions positives de l’agriculture biologique en termes de conciliation des enjeux de durabilité.

Sur le plan environnemental, les bénéfices de l’agriculture biologique sont reconnus en termes d’utilisation de l’énergie directe et indirecte, de l’eau et du phosphore, de maintien de la qualité des sols, de l'eau et de l'air, et de préservation de la biodiversité en général. Ils dépendent néanmoins des indicateurs utilisés : le niveau de production à l’hectare étant plus faible en agriculture biologique, les bénéfices peuvent s’approcher de zéro lorsqu’ils sont mesurés non pas en fonction de la surface mais par unité produite (rendement par hectare).

Ces effets bénéfiques sont très liés à des pratiques dont la mise en œuvre n'est pas systématique en agriculture biologique ni spécifique de ce type d’agriculture. Dans de rares cas, les effets de l’agriculture biologique peuvent aussi être négatifs notamment du fait de la plus grande fréquence des interventions nécessaires, par exemple de traitements phytosanitaires ou de travail du sol. Dans certains cas, les effets propres à l’agriculture biologique sont nuls et devancés par d’autres facteurs. Par exemple, l’hétérogénéité du paysage joue davantage sur la biodiversité que les pratiques agricoles.

Sur le plan de la santé, de nombreuses études ont pu mettre en évidence des compositions plus favorables des produits biologiques en termes de qualité nutritionnelle, par exemple en matière de teneur en antioxydants, reconnus pour leur rôle dans la prévention de maladies neurodégénératives et cardio-vasculaires et de certains cancers. Jusque dans les années 2000, il était difficile de conclur [...]

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Agriculture biologique : logos

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Agriculture biologique : deux exemples de mise en pratique

Agriculture biologique : deux exemples de mise en pratique
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Un système agricole diversifié : le verger maraîcher

Un système agricole diversifié : le verger maraîcher
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Agriculture biologique : verger de pommiers

Agriculture biologique : verger de pommiers
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Écrit par :

  • : ingénieure agronome indépendante
  • : directrice de recherche en sociologie, INRAE-Écodéveloppement, Avignon
  • : ingénieure agronome, chef de projet du métaprogramme INRAE sur le changement d'échelle de l'agriculture biologique (METABIO)

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Pour citer l’article

Céline CRESSON, Claire LAMINE, Servane PENVERN, « AGRICULTURE BIOLOGIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agriculture-biologique/