SRI LANKA

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Sri Lanka : carte physique

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Sri Lanka : drapeau

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Bouddhisme (Sri Lanka)

Bouddhisme (Sri Lanka)
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Sri Lanka : répartition des communautés

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Nom officielRépublique démocratique socialiste de Sri Lanka (LK)
Chef de l'État et du gouvernementMaithripala Sirisena (depuis le 9 janvier 2015). Premier ministre: Ranil Wickremesinghe (depuis le 9 janvier 2015)
CapitalesColombo (siège du pouvoir exécutif et judiciaire), Sri Jayewardenepura Kotte (dans la banlieue de Colombo, siège du pouvoir législatif)
Langues officiellessinghalais, tamoul 1
Note : L'anglais est la langue pivot officielle entre le singhalais et le tamoul.
Religion officielleaucune 2
Note : Le bouddhisme bénéficie d'une reconnaissance particulière
Population21 163 000 (estim. 2016)
Superficie (km2)65 610
Répartition urbains-rurauxpopulation urbaine : 18,3 % (2014)
population rurale : 81,7 % (2014)
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Depuis 1972, Ceylan a retrouvé officiellement son nom précolonial de Sri Lanka. Dans un espace insulaire relativement réduit (65 610 km2, à peu près la superficie du Benelux) se rencontrent des milieux géographiques et des traits socioculturels très contrastés. Sri Lanka appartient au monde indien par sa morphologie et ses climats, par son peuplement, ses structures sociales et sa culture ; mais l'île a acquis une physionomie originale au cours de deux millénaires et demi d'une évolution autonome, durant lesquels le bouddhisme est devenu le critère d'identité de la majorité de la population, tandis que quatre siècles et demi de colonisation laissaient une empreinte profonde sur l'économie et la société, notamment dans les zones littorales.

Sri Lanka : carte physique

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Carte physique du Sri Lanka. 

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Sri Lanka : drapeau

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Sri Lanka (1948 ; modif. 1950, 1978). Drapeau curieusement formé de deux panneaux juxtaposés et bordés de jaune. Le plus petit, à dextre, est lui-même composé de deux bandes verticales représentant les minorités de l'île : les musulmans (vert) et les Tamouls hindouistes (orange). Le grand... 

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Un État fondé sur l'étroite collaboration de la monarchie et du Sangha (l'« Église » bouddhique) se constitua dès le iiie siècle avant J.-C. autour de la cité d'Anurādhapura. La construction de remarquables ouvrages d'irrigation rendit possible l'épanouissement d'une brillante civilisation dont témoignent de nombreux vestiges d'un style original mais empruntant à l'Inde leurs thèmes essentiels. Tandis que le bouddhisme s'effaçait en Inde, l'île demeura le conservatoire de la doctrine orthodoxe du Theravāda. Mais le déclin de cette économie hydraulique entre le xe et le xiiie siècle, associé à des invasions sud-indiennes, entraîna le déplacement vers le sud-ouest de l'île – la « zone humide » – des centres de peuplement et l'abandon des cités antiques, tandis que les influences en provenance de l'ouest devenaient sensibles : à la suite de leurs rivaux musulmans, les Portugais établirent des comptoirs dès le xvie siècle ; les Hollandais les supplantèrent au cours du xviie siècle, tandis que se maintenait un royaume indépendant au cœur de l'île. Enfin, entre 1796 et 1815, les Britanniques se rendirent maîtres de l'ensemble du pays, dont ils cherchèrent à faire, au cours d'un siècle et demi de domination, une sorte de colonie modèle.

Après l'indépendance, obtenue sans soubresaut en 1948, le régime démocratique légué par les Britanniques a dû faire face à deux défis redoutables qui l'ont gravement ébranlé : celui du développement économique rendu urgent par une très forte croissance démographique et par le déclin des ressources tirées des exportations ; et celui de la préservation de l'unité nationale remise en cause par l'émergence d'un mouvement séparatiste dans les régions tamoules du Nord.

Dans la société sri-lankaise se juxtaposent des communautés qui diffèrent par la langue, la religion et les structures sociales, mais qui ont coexisté durant des siècles. Sur une population de près de 20,6 millions d'habitants en 2010, les Singhalais forment une majorité de 74 p. 100, dont près de 70 p. 100 sont bouddhistes et 4 p. 100 chrétiens. Cette communauté, dont les origines légendaires remontent au vie siècle avant l'ère chrétienne, s'est sans doute constituée par apports successifs en provenance d'Inde du Nord, d'où sa langue est originaire, mais aussi par absorption de groupes autochtones et d'immigrés d'Inde du Sud adoptant la langue et la religion de la communauté dominante. Toutefois, les Indiens du Sud établis dans le nord et l'est de l'île entre le viie et le xve siècle conservèrent leur identité tamoule et, pour la plupart, leur religion hindouiste ; ils forment à présent le groupe des Tamouls sri-lankais (environ 12 p. 100 de la population) dont les leaders revendiquent l'autonomie, voire l'indépendance des territoires qu'ils occupent. Attirés depuis le xixe siècle par les planteurs britanniques en quête d'une main-d'œuvre docile et à bon marché, les Tamouls dits indiens (4,6 p. 100 de la population) constituent une communauté dont l'importance a fortement diminué en raison de la politique de rapatriement systématique poursuivie depuis les années 1960, mais qui n'a jamais durablement identifié ses intérêts avec ceux des Tamouls sri-lankais. Enfin, la communauté musulmane, qui se démarque de tous les autres groupes, représente 8,5 p. 100 de la population.

Héritées de la colonisation, les structures de l'économie sri-lankaise reposaient sur l'exportation de trois produits bruts, le thé, le caoutchouc et la noix de coco, tandis que les produits alimentaires et les biens d'équipement dominaient les importations, reflétant le déclin de l'économie vivrière et la sous-industrialisation. La mise en place précoce d'une politique sociale avancée, fondée sur la généralisation de l'équipement hospitalier et scolaire et des subventions massives aux produits de consommation courante, se traduisit par une croissance démographique qui entra en contradiction avec la stagnation de l'économie d'exportation. Après une expérience peu concluante de développement autarcique (1970-1977), les dirigeants ont choisi une stratégie libérale fondée sur le modèle de Singapour et de Taïwan, qui a permis à l'économie d'atteindre des taux de croissance supérieurs à 5 p. 100, grâce à l'essor de la confection, du tourisme et de l'émigration dans les pays du Golfe. L'arrêt momentané des combats entre l'armée gouvernementale et les séparatistes tamouls, de 2002 à 2006, avait permis de maintenir la croissance en dépit des effets destructeurs du tsunami de décembre 2004, mais la reprise du conflit jusqu’en 2009, qui absorbait plus de 6 p. 100 du produit intérieur, pèse encore sur les orientations économiques de l'île.

Le système politique parlementaire mis en place dès avant l'indépendance faisait de Sri Lanka une des rares démocraties authentiques du Tiers Monde. Mais il n'était viable que tant que le gouvernement avait les moyens de gérer l'État-providence et qu'il n'était confronté à aucune menace sérieuse. Or il s'est trouvé, depuis 1971, devant la crise la plus grave de son histoire, marquée dans le Sud par deux insurrections de la jeunesse singhalaise durement réprimées (1971 et 1988-1989) ; par l'essor, depuis la fin des années 1970, d'un mouvement séparatiste armé chez les Tamouls, qui est parvenu à imposer sa loi dans le nord de l'île en dépit d'un renforcement sans précédent des effectifs militaires et de l'intervention des troupes indiennes en 1987 ; par la généralisation de la violence dans la vie sociale et politique dont témoignent les pogroms antitamouls de l'été de 1983, les carnages perpétrés par des escadrons de la mort contre les rebelles singhalais en 1989-1990, et l'élimination systématique de leurs opposants par les mouvements insurgés ; enfin, par l'ampleur inédite de l'irresponsabilité et de la corruption politicienne sous le couvert d'un régime devenu présidentiel en 1978. Inquiet des effets d'une déstabilisation à laquelle il avait contribué, le gouvernement indien a cherché à imposer sa médiation et à réaffirmer ses intérêts stratégiques de grande puissance régionale (accord indo-sri-lankais de juillet 1987). Après deux tentatives de négociations entre le gouvernement et le mouvement séparatiste des Tigres de la libération de l'Eelam tamoul, au début de 1995, puis entre février 2002 et mars 2003, l’armée lance une vaste offensive et annonce sa victoire en mai 2009.

—  Éric MEYER

Géographie

Physionomie de l'île

Relief et étagement

L'action combinée des jeux de failles et d'érosions sélectives sur les socles de l'île est à l'origine de la variété topographique et d'étagement des paysages à Sri Lanka. Cela permet de distinguer des hautes terres intérieures, des basses terres et des plaines côtières. L'île est composée essentiellement d'un socle archéen avec des roches métamorphiques. Les parties les plus dures de ce socle, soulevées par des cassures gigantesques, sont à l'origine de la surrection des montagnes du centre sud du pays et des bassins d'altitude, comme ceux de Kandy, d'Uva et de Hatton. L'ensemble complexe de ces monts reste d'une altitude modérée. Le mont Pidurutalagala, point culminant de l'île, atteint 2 538 mètres. Ces régions montagneuses sont séparées des basses terres par un abrupt à l'ouest, au sud et à l'est, à la différence du nord qui est plus perméable par la trouée de Matale.

Les basses terres sont formées de roches moins résistantes à l'érosion : schistes et gneiss dans le nord-ouest et le sud-est de l'île, calcaires miocènes dans la presqu'île de Jaffna, où s'est développé un karst bas. Ces espaces se caractérisent par un relief peu accidenté et une altitude inférieure à 300 mètres.

La plaine côtière est assez étroite et discontinue, sauf au Nord où elle est plus étendue. Les plaines littorales, souvent basses et plates, sont bordées de belles plages et d'un cordon littoral enfermant des lagunes plus ou moins colmatées.

Répartition des climats

Île tropicale, Sri Lanka est caractérisée par un climat chaud à température constante et une température moyenne annuelle de 25 0C. Toutefois, les différences régionales, dues à l'étagement, ne sont pas négligeables : les contrastes thermiques sont plus importants dans les hautes terres que dans les basses terres et les plaines. La circulation des vents de moussons, autour du bloc des hautes terres centrales, influe sur les précipitations. On distingue une zone humide d'une zone dite « sèche ».

La zone humide, qui s'étend sur l'ensemble sud-ouest et les régions montagneuses, connaît tout au long de l'année des pluies continues ; l'ensemble de la région en reçoit plus de 1 800 millimètres par an. Lors des moussons d'hiver (décembre à mars), les courants secs et peu perturbés de nord-est, en provenance du golfe du Bengale, apportent assez peu de pluie, avec des précipitations qui oscillent entre 50 et 100 millimètres. De mars à mai, les vents virent peu à peu au sud-ouest et à l'ouest. Le passage de dépressions mobiles, qui accompagnent le mouvement d'inversion des moussons, apporte plus de pluie (300 mm par mois) dans ces régions. Par la suite, les courants d'ouest à sud-ouest de mousson d'été (juin à septembre), faiblement perturbés, expliquent que ces espaces reçoivent moins de précipitations pendant cette période. On distingue les zones basses humides, qui reçoivent entre 100 et 200 millimètres par mois, des régions de montagnes qui en reçoivent davantage. À partir d'octobre, les perturbations, circulant d'est en ouest, passent sur l'île et il tombe alors plus de 300 millimètres d'eau par mois.

La zone sèche comprend les régions littorales du nord-ouest, du nord, de l'est et du sud-est qui sont caractérisées par des mois à très faibles précipitations. En effet, de janvier à septembre, l'ensemble de cette zone reçoit moins de 100 millimètres d'eau par mois, avec toutefois quelques nuances locales. Ainsi, pendant la mousson d'hiver, la région du centre-est, mieux exposée au vent, est plus arrosée que tout le reste de la zone sèche. Pendant les moussons d'été, l'ensemble des régions placées sous le vent du massif montagneux connaît une sécheresse plus marquée. La région nord reçoit ainsi moins de 50 millimètres. À l'inverse, d'octobre à janvier, il pleut abondamment sur une grande partie de cette zone dite « sèche » (en novembre, il tombe plus de 300 mm partout sauf dans le nord-ouest et sud-est, qui reçoivent un peu plus de 100 mm d'eau).

La répartition humaine sur l'île

Les communautés à Sri Lanka

Le peuplement et l'histoire de cet espace insulaire, de près de 19 millions d'habitants en 1981 (date du dernier recensement général ; aucun recensement n'a pu être réalisé jusqu'en 2001, en raison du conflit armé et ce dernier n'est que partiel, il ne prend pas en compte les districts des provinces Nord et Est, alors sous l'autorité du mouvement séparatiste tamoul du L.T.T.E.), ont consolidé au fil du temps des identités communautaires très marquées.

Avec près de 74 p. 100 de la population de l'île, la communauté singhalaise est la population majoritaire dans le pays. D'origine indo-aryenne (du nord de l'Inde) et à grande majorité bouddhiste, elle se répartit entre les Singhalais Kandyens et les Singhalais côtiers du sud et de l'ouest de l'île. À la différence des régions littorales passées dès le xvie siècle sous le contrôle des Européens, le royaume de Kandy, dans les régions montagneuses de l'île, est resté indépendant jusqu'au début du xixe siècle et, de ce fait, est moins marqué par l'influence occidentale.

Bouddhisme (Sri Lanka)

Bouddhisme (Sri Lanka)

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Célébration à Anuradhapura, foyer historique du bouddhisme dans l'île. 

Crédits : David Hiser/ The Image Bank/ Getty Images

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La population tamoule, d'origine dravidienne (sud de l'Inde), regroupe 16,6 p. 100 de la population totale et constitue la principale minorité du pays. Le groupe tamoul est lui aussi scindé en deux ensembles : les Tamouls « autochtones » et les Tamouls des plantations qui ont un statut et des intérêts très différents. Les Tamouls « autochtones », présents bien avant la colonisation aux côtés des Singhalais, ont le sentiment d'être, tout comme ces derniers, des « enfants du sol » et non des immigrés. Les Tamouls des plantations, arrivés au xixe siècle, ont été utilisés, sous la domination britannique, comme main-d'œuvre dans les plantations du centre du pays, enclavées dans des régions à forte majorité singhalaise. Ces Tamouls plus récemment installés appartiennent à des castes inférieures à celles des Tamouls « autochtones » et ont longtemps été considérés comme des étrangers.

Avec près de 8,5 p. 100 de la population, la communauté musulmane est la deuxième minorité du pays. Bien qu'elle ait généralement le tamoul comme langue maternelle, elle privilégie la religion et non la langue comme critère identitaire. L'origine de ses membres est très diverse : certains sont les descendants de l'union de commerçants arabes et de femmes indigènes ; d'autres, plus nombreux, d'immigrants venus d'Inde ; les derniers, enfin, de Malais arrivés sur l'île lors de la domination hollandaise.

Deux autres groupes tiennent un rôle de plus en plus marginal dans le pays en raison de leur faiblesse numérique.

Les Burghers sont descendants de colons ou d'unions mixtes entre colons et femmes indigènes. Dans leur majorité, ils ont préféré quitter le pays pour les grands États membres du Commonwealth à la suite de la politique de cingalisation menée par le gouvernement de Colombo à partir de 1956. Les quelques Burghers qui restent dans l'île ne gardent qu'un rôle économique et se concentrent surtout dans la capitale.

Les Veddas, qui étaient les premiers habitants de l'île et qui vivent dans les forêts, ne sont plus que quelques centaines d'individus et tendent à perdre leur identité.

La répartition des communautés

La distribution géographique complexe des différentes communautés établies à Sri Lanka permet de distinguer deux types d'espaces. D'une part, les régions peuplées à plus de 80 p. 100 par une communauté, comme l'extrême-nord de l'île, avec les Tamouls « autochtones », ou les régions du sud, du centre-ouest et du centre-nord avec les Singhalais. D'autre part, des régions de cohabitation avec des minorités non négligeables. La capitale Colombo, notamment, constitue le creuset de la société sri-lankaise où les trois langues du pays (singhalais, tamoul et anglais) sont employées, en raison d'une présence signifiante des Musulmans et Tamouls aux côtés des Singhalais majoritaires.

Sri Lanka : répartition des communautés

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Répartition des communautés à Sri Lanka dans les années 2000. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Dans les régions du centre, les Singhalais Kandyens représentent les trois quarts de la population. Ils vivent avec une importante communauté de Tamouls des plantations, qui sont parfois localement majoritaires, comme dans le district de Nuwara Eliya. Dans la province Est, les Tamouls, légèrement majoritaires, vivent avec des Musulmans et des Singhalais dans des villages qui sont à proximité les uns des autres.

Les dynamiques économiques à Sri Lanka

Les activités économiques

Les puissances coloniales ont exploité les richesses agricoles de l'île et organisé ses échanges avec l'extérieur. Les colons ont ainsi développé des cultures spéculatives successives destinées à l'exportation : l'exploitation de la cannelle a laissé la place vers 1840 à celle du café, à son tour remplacée par celle du thé et du cocotier vers 1880, complétée ensuite par la production de caoutchouc naturel.

La détérioration des cours des trois principales productions exportées par l'île (thé, cocotier et caoutchouc), les revendications salariales d'un syndicalisme très actif et les menaces de nationalisation incitent à la fin des années 1960 les grandes sociétés commerciales étrangères à revendre leurs plantations à la bourgeoisie insulaire.

À partir de 1972, l'État souhaite améliorer la qualité de vie des travailleurs des plantations et contrôler le secteur d'activité qui lui assure l'essentiel de ses devises. Le gouvernement se lance dans une nationalisation massive des exploitations de grande taille (plus de 20 ha). Cependant, la politique d'augmentation des salaires des ouvriers des plantations et la gestion bureaucratique n'ont pas permis d'enrayer la baisse de la rentabilité de ces exploitations. Dès lors, la privatisation de la gestion, voire des terres elles-mêmes devient irrémédiable dans les années 1980.

En 2005, le secteur primaire ne représente plus que 17,2 p. 100 du P.I.B. même s'il emploie encore 30,7 p. 100 de la population active. Le secteur agricole souffre de désavantages comparatifs qui le pénalisent considérablement. La baisse de la production et de la qualité des produits des plantations permet difficilement d'affronter la concurrence internationale. Aussi, bien que Sri Lanka soit le troisième producteur mondial de thé derrière l'Inde et la Chine, le pays n'a produit, en 2005, que 308 000 tonnes contre 830 000 pour l'Inde et 940 000 pour la Chine. Quant au rendement, il n'atteint, la même année, que 1 491 kilogrammes par hectare, alors que ses concurrents, tels l'Inde ou le Kenya, obtiennent en moyenne 2 000 kilogrammes par hectare. Ce retard de Sri Lanka s'explique par le morcellement des exploitations et le caractère obsolète du matériel utilisé. Ainsi, plus de la moitié de la production de thé à Sri Lanka est fournie par des exploitations de moins de 20 hectares qui font travailler plus de 2 millions de personnes.

Sri Lanka, agriculture

Sri Lanka, agriculture

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Cueillette du thé à flanc de montagne. Les exportations de thé constituent pour le Sri Lanka une des principales ressources en devises. 

Crédits : Martin Puddy/ Getty Images

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La production de paddy, quant à elle, a souffert du conflit armé. De nombreuses terres ont été abandonnées par les agriculteurs dans la province Est et le pays a dû importer du riz ou accepter l'aide d'O.N.G. ou d'organisations internationales comme la F.A.O. Le cessez-le-feu de 2001 a permis de restaurer la production, qui répondait à 96 p. 100 des besoins du pays en 2005.

La production des cocoteraies (2,5 millions de noix par an) est assurée en grande partie par des petites plantations ; les deux tiers d'entre elles ne dépassent pas 10 hectares. La majeure partie de cette production est surtout absorbée par le marché intérieur.

Le secteur agricole offre de moins en moins d'emplois et la faiblesse de leur niveau de vie pousse les paysans à migrer en ville pour trouver du travail. La chute des cours des principales productions agricoles a incité le gouvernement à libéraliser et diversifier son économie pour générer de nouvelles ressources. La création de zones franches à partir de 1977, en particulier à Colombo, permet l'injection de capitaux étrangers et l'implantation de nouvelles usines. Ce sont les industries légères, notamment de confection et de textile, qui bénéficient de ces capitaux.

Toutefois, la part de l'industrie dans le P.I.B. n'est que de 27 p. 100 en 2005 et ce secteur n'emploie que 25,6 p. 100 des actifs. L'île pâtit de la comparaison avec des pays plus dynamiques et plus attractifs pour les investisseurs étrangers. En effet, la concurrence de pays comme l'Inde ou l'Indonésie qui proposent, pour des salaires inférieurs, une masse de travailleurs qualifiés et un marché intérieur plus vaste, ne joue pas en sa faveur. L'instabilité politique de l'île est un autre handicap pour attirer l'investissement étranger. Dans ce contexte, beaucoup d'entrepreneurs locaux préfèrent investir dans la propriété foncière plutôt que dans des activités productives considérées comme trop risquées. De plus, les industries du textile et de la confection sont dans une situation très précaire. En effet, en fonction de la déréglementation de 2005, qui ne garantit plus de quota minimum à Sri Lanka, les industries du textile et de la confection sont confrontées à la concurrence de l'Inde et de la Chine.

Avec 55,8 p. 100 du P.I.B. en 2005, le secteur tertiaire emploie 43,7 p. 100 des actifs. Parmi les différentes activités de ce secteur, le tourisme, qui possède un réel potentiel économique, est toutefois très dépendant, lui aussi, de la situation politique de l'île. Ainsi, les affrontements armés et les attentats dans la capitale en 1995 ont fait chuter d'un quart la fréquentation touristique (403 000 en 1995 et 302 000 en 1996). Si le cessez-le-feu de 2001 a permis une reprise de l'activité, celle-ci reste fragile (tsunami de décembre 2004, rupture des négociations entre le gouvernement et les séparatistes tamouls).

Enfin, Sri Lanka connaît une importante émigration de travail organisée qui concerne 800 000 Sri-Lankais, dont 90 p. 100 travaillent au Moyen-Orient. L'émigration des Tamouls, non contrôlée par les autorités nationales, est difficile à chiffrer, mais on peut supposer qu'elle est au moins aussi importante que l'émigration de travail. En revanche, elle se dirige avant tout vers les pays occidentaux. Ces émigrations fournissent la troisième source de devises du pays. Cette ressource reste néanmoins hautement dépendante de la situation géopolitique au Moyen-Orient et des politiques migratoires en Occident.

Les régions économiques

Le territoire a connu un processus de développement différencié, qui s'est étalé dans le temps et ne touche pas encore tout le pays.

Le sud-ouest est très densément peuplé et relativement urbanisé depuis la période coloniale. Cette partie côtière du bas pays a connu le développement d'une polyculture associant paddy en fonds de vallées et céréales sèches, légumes, épices ou arboriculture sur les terrasses interfluviales ou les pentes des collines. La promotion du tourisme y a également été favorisée. Par ailleurs, la pêche et l'exploitation des cocotiers gardent une certaine importance.

La région métropolitaine de Colombo est le véritable poumon industriel du pays. L'agglomération de Colombo (1 229 572 hab. en 2001) représente à elle seule près de 80 p. 100 du potentiel industriel et détient la quasi-totalité des fonctions commerciales. La création de zones franches n'a fait que consolider cet acquis en favorisant le développement d'une industrie agroalimentaire et l'installation d'ateliers de confection.

La région de l'extrême sud possède deux ports, Galle et Matara, qui souffrent du rayonnement de Colombo. Cette zone est occupée par des petites plantations de thé (moins de 20 ha) qui produisent des thés de moindre qualité pour les marchés du Moyen-Orient et de la Russie. Ces exploitations ont subi les contrecoups de la fermeture des marchés extérieurs, comme l'Irak. Malgré une certaine diversification des ressources (grâce à l'artisanat du bois, la culture des épices ou le tourisme), le chômage est élevé. Du coup, une partie de la population migre vers la capitale ou les zones pionnières.

Au nord, dans la péninsule de Jaffna, la présence d'une nappe aquifère permanente permet le développement d'un jardinage intensif associé à l'élevage. Depuis le xixe siècle, les migrations de travail des Jaffnais anglophones dans le reste de l'île ou d'autres parties de l'empire britannique étaient une des sources principales de revenus pour les habitants de la ville. La péninsule du nord, théâtre du conflit armé entre les indépendantistes tamouls et l'armée sri-lankaise, a subi un embargo de la part du gouvernement central qui l'a coupée du reste du pays, privant la population des produits de première nécessité. Les affrontements ont poussé une partie des pêcheurs à rejoindre l'Inde, alors que l'activité des autres a été paralysée par les couvre-feux imposés par l'armée et par l'impossibilité d'accéder au marché national. Une part importante de la population a rejoint la capitale, ou s'est exilée. Cette diaspora tamoule est devenue un soutien financier vital indispensable pour ceux qui sont restés dans la région.

La région montagneuse, organisée autour de Kandy, est un centre d'artisanat très réputé. Certains Kandyens ont émigré vers les nouvelles terres mises en valeur dans les zones sèches ou à Colombo, faute de terres cultivables sur place.

De développement plus récent, les zones pionnières du centre-nord et à la limite de la province orientale ont été ouvertes grâce à la restructuration et l'extension des systèmes d'irrigation au xxe siècle. La lutte contre le paludisme a favorisé la reconquête de ce « no man's land » et sa mise en valeur par des cultures permanentes. L'aménagement du fleuve Mahaveli a permis, en dérivant certains fleuves, d'utiliser l'eau des précipitations tombées en zones humides dans les zones sèches et d'y favoriser ainsi l'irrigation. Cette région a vu l'installation de colons venus principalement du sud-ouest et du centre et de régions tamoules.

À côté des hautes plantations créées par les colons européens, s'est opérée depuis le milieu du xxe siècle une diversification des activités avec la production de légumes, de lait, de soie et le développement du tourisme.

Le triangle du cocotier entre Kurunegala, Puttalam et Colombo a connu un essor économique grâce aux investissements de la bourgeoisie de Colombo. Cette exploitation offre peu d'emplois à une population en croissance qui préfère migrer vers la capitale ou les zones pionnières.

La zone de l'hévéa forme un croissant de 150 kilomètres de longueur qui va de Kurunegala jusqu'à Galle. Malgré une période d'expansion rapide, cette région a souffert d'une phase de récession liée à l'irrégularité du cours du caoutchouc naturel.

Seuls quelques espaces de la jungle sèche, au sud de la péninsule de Jaffna (Wanni) ou à l'est du haut pays (Bintenne) restent à l'écart du développement économique et servent de base d'activité aux séparatistes tamouls.

La diversité des sols, des climats et des populations pourraient être un atout immense pour Sri Lanka. Malheureusement, les tensions politiques pèsent sur les relations intercommunautaires et mettent à mal le développement économique et la compétitivité internationale du pays.

—  Delon MADAVAN

Histoire

L'évolution historique de Sri Lanka a été marquée par deux mutations profondes. La première est contemporaine de la fin du Moyen Âge européen : avant, les influences indiennes dominent, et l'économie et la société demeurent essentiellement agraires ; après, les influences occidentales s'imposent peu à peu et l'économie marchande occupe une place accrue. La seconde a débuté au cours de la période coloniale britannique et n'est pas encore achevée : la totalité de la société se trouve confrontée à la modernité, la totalité de l'économie est intégrée aux circuits mondiaux.

La civilisation précoloniale

L'histoire politique et religieuse et l'organisation de la société antique sont relativement bien connues grâce à une chronique continue depuis le iiie siècle avant notre ère, dont des vestiges archéologiques de grande ampleur permettent souvent de contrôler les informations. Rédigés par des moines bouddhistes, le Mahāvamsa et sa continuation, le Cūlavamsa, témoignent d'un sens de l'évolution historique qui distingue la conception bouddhique du monde de celle des hindouistes : il n'existe en Inde aucune source équivalente ; toutefois, il est souvent malaisé d'y distinguer les faits des mythes, et d'importantes questions restent en suspens, telles que la chronologie et les modalités du peuplement de l'île, les causes du déclin de cette civilisation, les circonstances de l'apparition d'un système de type féodal.

Les premiers vestiges significatifs remontent à l'ère néolithique : des habitats de chasseurs et de cueilleurs, dont on a rapproché la culture matérielle de celle des Veddā qui nomadisaient encore au début du xxe siècle dans les jungles de l'est de l'île, et qui étaient, selon certains chercheurs, les descendants de ces habitants primitifs. Des habitats de riziculteurs datés de 800 à 500 avant J.-C. ont été mis au jour dans le nord-ouest de Sri Lanka ; ils témoignent d'influences sud-indiennes et préparent l'apparition, au iiie siècle avant J.-C., d'une civilisation urbaine qu'évoquent de leur côté les chroniques. Les légendes de fondation recueillies dans le Mahāvamsa affirment l'origine nord-indienne de cette civilisation, ce que confirme, semble-t-il, le vocabulaire de la langue singhalaise, qui s'apparente à celui du sanskrit et des prakrits nord-indiens ; néanmoins, les influences sud-indiennes sont très présentes, tant dans la civilisation matérielle (systèmes d'irrigation) que dans la culture. Selon la chronique, un groupe d'Indiens se proclamant Fils de lions (Sinhala, d'où Singhalais) aurait débarqué sur l'île le jour même de la mort du Bouddha (483 av. J.-C.) : concordance chronologique servant de point d'appui à toute l'idéologie bouddhique présentant Sri Lanka comme le conservatoire de la foi, l'« île de la Doctrine » (Dhammadīpa). En fait, l'établissement du bouddhisme n'est pas antérieur au iiie siècle avant J.-C. : il résulterait, d'après la chronique, de l'entreprise missionnaire d'un fils du grand empereur indien Açoka, Mahinda, qui aurait converti le roi Devanampiya Tissa. Il est certain que l'essor de la civilisation antique de Sri Lanka repose, dès les origines, sur une alliance étroite de la monarchie et de la communauté des moines bouddhistes. L'introduction du bouddhisme a hâté la maturation de l'idée monarchique, et en même temps mis un frein à l'absolutisme en imposant une sanction religieuse à l'exercice du pouvoir. Mais l'autorité des rois, qui ont établi leur capitale à Anurādhapura, dans le centre-nord, est loin d'être absolue sur l'ensemble de l'île : des pouvoirs locaux subsistent, et des usurpateurs venus d'Inde du Sud s'établissent à plusieurs reprises sur le trône ; ainsi au temps d'Elāra, roi tamoul que le prétendant singhalais Dutthagāmani renverse à l'issue d'une lutte que la chronique, écrite six siècles plus tard, présente comme une sorte de croisade pour la défense du bouddhisme (ier s. av. J.-C.).

Dans la zone sèche de l'île où s'épanouit cette civilisation, la maîtrise des eaux est vitale. Grâce à des investissements d'une ampleur exceptionnelle poursuivie au cours d'un millénaire et demi, la riziculture prédomine, associée à l'élevage des buffles et aux cultures sur brûlis : à côté de milliers de petits réservoirs villageois, qui ne permettent pas de conjurer les sécheresses prolongées, la monarchie et les monastères font construire un système d'irrigation pérenne, l'un des plus perfectionnés du monde antique, qui rassemble dans de vastes lacs artificiels les eaux des rivières venues de la zone humide, et les redistribue dans les espaces de la zone sèche, grâce à un réseau de canaux très élaboré mesurant près de 1 000 kilomètres de longueur. Le bon fonctionnement du système hydraulique entraîne des contraintes collectives et une forme primitive de planification du terroir, et contribue à justifier la tendance à la centralisation, sans pour autant être responsable d'un « despotisme oriental » selon les thèses wittfogeliennes. Grâce aux surplus produits par cette agriculture perfectionnée, rois et moines bâtisseurs édifient barrages, monastères et palais, entretiennent artistes, médecins, lettrés et copistes, qui font d'Anurādhapura l'un des centres de culture les plus brillants du monde indien antique, où s'expriment tous les courants du bouddhisme. La retraite du bouddhisme dans la péninsule indienne face à l'hindouisme puis à l'islam n'atteint pas le théravadisme qui survit à Sri Lanka grâce à la protection de la monarchie, à la faible implantation des brahmanes et à l'isolement insulaire.

Néanmoins, les influences sud-indiennes ne cessent de se renforcer à la fin du Ier millénaire ; la formation de royaumes tamouls puissants (Pāndya, puis Cōla) menace la stabilité de la monarchie d'Anurādhapura, dont le roi cōla Rājarāja finit par s'emparer à la fin du xe siècle. Ses successeurs gardent le pouvoir durant près d'un siècle, établissant leur capitale à Polonnāruva. Ils en sont finalement chassés par le roi singhalais Vijayabāhu, dont le successeur, Parākramabāhu Ier (1153-1186), parachève l'œuvre, rendant au pays la prospérité et le prestige qu'il avait connus jadis. Célébré par la chronique comme un souverain modèle, protecteur du bouddhisme, bâtisseur (il développa Polonnāruva et restaura nombre de barrages), conquérant (il aurait lancé des expéditions en Inde du Sud et jusqu'en Birmanie), Parākramabāhu était un colosse aux pieds d'argile, dont le règne ambitieux prépara les conditions d'une proche décadence. Au cours du xiiie siècle, le système hydraulique des régions du nord et de l'est de l'île se dégrade sous la poussée conjuguée d'une recrudescence des invasions, de l'apparition du paludisme et de la désagrégation interne de l'État, tandis que la mise en valeur de la zone humide y attire irrésistiblement la population singhalaise vers le centre et le sud-ouest : les navigateurs musulmans y développent une économie d'échanges, et les plantations de cocotiers y fournissent un complément bientôt indispensable à la riziculture. Cet exode s'accompagne d'une séparation physique des communautés singhalaise et tamoule, cette dernière se repliant sur la péninsule de Jaffna, à l'extrême nord de l'île, où s'établit un royaume tamoul indépendant (xive-xvie s.), tandis que la capitale du Sud se fixe, après bien des vicissitudes, à Kōtte (Srī Jayawardhanapura), à proximité de l'actuelle Colombo.

L'impact colonial

Lorsqu'au xvie siècle surviennent les Européens, la rupture avec l'ordre ancien est déjà consommée. Les Portugais, à la recherche d'épices sur les traces de leurs concurrents musulmans, s'établissent à partir de 1505 dans les zones littorales, qui produisent la meilleure cannelle de l'époque. Ils convertissent une partie de la population locale, et s'emparent finalement du royaume de Kōtte et de celui de Jaffna. Mais ils se heurtent à une constante résistance des Singhalais qui se replient à l'abri de la forteresse naturelle formée par les montagnes du cœur de l'île, et y reconstituent un royaume indépendant qui établit sa capitale à Kandy. Le roi Rājasinha II (1635-1687), après avoir infligé une grave défaite aux Portugais, contribue par ses intrigues à attirer les Hollandais qui les supplantent à partir du milieu du xviie siècle. Ces derniers tentent à leur tour, mais en vain, de s'emparer de Kandy. Mais ils affermissent mieux que les Portugais leur emprise sur les zones littorales, qu'ils vont transformer en profondeur. Simple comptoir commercial au temps portugais, Ceylan devient colonie d'exploitation. Organisés dans le cadre de la Compagnie des Indes, les Hollandais réalisent des profits considérables sur la cannelle en astreignant une caste spécialisée à des livraisons fixes. Mais ils introduisent aussi des innovations de portée durable : un système administratif et judiciaire, un enseignement primaire largement diffusé, une infrastructure moderne (ports, voies d'eau, construction urbaine). Ils préparent ainsi les voies de l'impérialisme britannique : leur politique mercantiliste révèle vite ses limites face au dynamisme des marchands anglais. À la faveur de l'occupation par la France des Pays-Bas, la Grande-Bretagne annexe Ceylan en 1796.

Contrairement à ses prédécesseurs, le nouveau maître de l'île parvient à s'emparer, en 1815, du royaume de Kandy dont la capacité de résistance est affaiblie par la fronde d'une fraction de l'aristocratie contre la monarchie passée aux mains d'une dynastie d'origine sud-indienne ; il s'y maintient en dépit d'une grave insurrection en 1817-1818, et va en quelques décennies bouleverser l'économie du centre de l'île, désenclavé par un réseau routier puis ferroviaire. La cannelle cessant d'être rentable, les Britanniques multiplient, au cours des années 1830 et 1840, les plantations de café sur les hautes terres. Le contrôle direct de la production, l'emploi d'une main-d'œuvre immigrée d'Inde du Sud maintenue sur les domaines dans une condition de quasi-servitude, et l'obtention à très bas prix de terrains soustraits à l'usufruit des communautés villageoises ou découpés aux dépens du patrimoine forestier : tels sont les ingrédients de la réussite qui attirent des milliers d'aventuriers et de spéculateurs ; en dépit d'une crise en 1845-1849, la prédominance du roi-café et du propriétaire-planteur se maintient jusqu'à la fin des années 1870, lorsque, coïncidant avec une nouvelle dépression mondiale et avec l'affirmation de la concurrence brésilienne, la propagation d'une maladie cryptogamique anéantit en quelques années les cultures. Les planteurs britanniques se reconvertissent dans la culture du thé, tandis que les ceylanais se lancent dans celle du cocotier ; le phénomène s'accompagne d'une concentration des capitaux entre les mains de grandes compagnies basées en métropole, et d'une concentration de la gestion financière entre les mains d'agences (managing agencies) établies à Colombo ou en Inde.

Thé à Ceylan

Thé à Ceylan

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La cueillette du thé dans les plantations de Ceylan (1935). 

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Visite du prince de Galles à Colombo, 1875

Visite du prince de Galles à Colombo, 1875

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À Colombo (Ceylan, aujourd'hui Sri Lanka), un arc de triomphe en forme d'éléphants souhaite la bienvenue au prince de Galles, le futur roi d'Angleterre Édouard VIl, en 1875. 

Crédits : Hulton Getty

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À partir du début du xxe siècle, la culture de l'hévéa vient ajouter un nouveau produit d'exportation. L'essor de l'économie de plantation, longtemps analysé comme un phénomène créateur de dualisme, a en réalité contribué de façon décisive à intégrer l'ensemble de l'économie de l'île dans les circuits mondiaux d'échanges, avec les avantages et les risques qu'une telle dépendance impliquait. Les structures villageoises traditionnelles se sont en effet trouvées bouleversées par cette intrusion, qui privait les paysans des régions kandyennes de leurs terrains de pacage et de culture sur brûlis, tout en leur offrant en échange des emplois occasionnels et des débouchés pour leurs produits, mais non des ressources régulières : les villageois kandyens refusant dans leur grande majorité les conditions de travail proches de la servitude qu'acceptaient les Tamouls – très souvent des Intouchables chassés d'Inde du Sud par la famine. Cette masse d'immigrés maintenus dans l'isolement par leurs maîtres représentait 12 p. 100 de la population de l'île à l'indépendance ; sa condition matérielle s'était améliorée, mais elle devait bientôt connaître les tribulations des peuples sans État.

La colonisation a transformé aussi profondément le visage social et culturel de l'île que ses structures économiques. Une bourgeoisie ceylanaise occidentalisée s'est formée sous l'effet de deux mouvements convergents : l'esprit d'entreprise de marchands et d'artisans du bas-pays qui ont su exploiter à leur profit les retombées de l'économie de plantations, et l'essor d'un système d'enseignement anglophone visant à former les cadres subalternes de l'administration coloniale. Cette classe n'est pas homogène par ses origines ; elle comprend un fort pourcentage de familles appartenant aux minorités (Burghers d'origine hollandaise, Tamouls de Jaffna, castes singhalaises minoritaires du littoral occidental, tels les Karāva), et se divise en coteries ; mais elle défend ses intérêts en bloc face aux colonisateurs comme aux paysans, et s'impose comme classe dirigeante dès que les Britanniques accordent à l'île un statut d'autonomie interne et un système représentatif fondé sur le suffrage universel (1931). Son occidentalisation la coupe de la masse de la population, à l'exception de quelques leaders tels D. S. Senanayake et S. W. R. D. Bandaranaike qui savent capter le courant national qui se dessine dans la petite bourgeoisie singhalaise, où la revendication anticoloniale prend l'allure d'un mouvement de renaissance bouddhique. De ce fait, la politique est marquée par des tendances communalistes et par un divorce croissant entre la minorité tamoule de Jaffna et la majorité singhalaise.

Les conditions dans lesquelles s'opère la décolonisation de Ceylan, en février 1948, présentent un contraste marqué avec les convulsions qui accompagnent l'indépendance de l'Inde et du Pakistan. Les structures et les hommes mis en place dès les années 1930 demeurent, l'influence et les intérêts britanniques sont sauvegardés, tandis que la conjoncture des années de guerre, favorable à l'économie de plantations, a permis de poser les bases d'une politique sociale avancée qui va favoriser l'enracinement d'un régime démocratique. Néanmoins, presque tous les problèmes que l'île a dû affronter par la suite ont pris naissance durant la période coloniale : dépendance économique liée à la place prise par les plantations et à la stagnation de l'agriculture vivrière ; croissance démographique brutale ; émergence de communalismes rivaux augurant mal de l'avenir de la nation ceylanaise.

Évolution politique et sociale depuis l'indépendance

Depuis l'indépendance, l'évolution de Sri Lanka a été dominée par deux facteurs dont la permanence a miné la stabilité politique du pays : le problème du choix d'une voie de développement pour faire face au défi démographique ; et l'accentuation des attitudes communalistes empêchant l'affirmation d'un sentiment national sri-lankais. Trois vagues d'agitation ont troublé cette période ; la première a déferlé entre 1956 et 1959 en prenant une forme communaliste. La deuxième a pris une importance croissante au cours des années 1960 jusqu'à donner naissance, en 1971, à un mouvement insurrectionnel mené par le Janatha Vimukthi Peramuna (J.V.P.). La troisième, qui est le symptôme d'une grave crise politique, a été marquée par l'essor du terrorisme tamoul, par les violences antitamoules de l'été de 1983, par l'intervention indienne de l'été de 1987, par la seconde rébellion singhalaise du J.V.P. et sa répression de 1988 à 1990.

Les conservateurs au pouvoir (1948-1956)

D. S. Senanayake, le Premier ministre, est l'homme de la continuité ; il jouit de l'appui des pays occidentaux, des classes possédantes locales, et d'une grande popularité auprès de la paysannerie grâce aux travaux d'irrigation qu'il a fait entreprendre alors qu'il était ministre de l'Agriculture et grâce à la politique sociale (distribution de denrées de première nécessité, équipements scolaires et hospitaliers) qu'une conjoncture économique favorable permet de poursuivre.

Mais sa mort accidentelle en 1952 coïncide avec la dégradation de cet équilibre fragile. Son fils Dudley Senanayake ne peut se maintenir au pouvoir qu'un an, faute de parvenir à maîtriser l'agitation sociale engendrée par sa décision de tripler le prix du riz, sur les conseils de la Banque mondiale. Le parti que son père a fondé, l'United National Party (U.N.P.), doit faire face non seulement à la contestation animée par le parti de gauche Lanka Sama Samaja Party (L.S.S.P.) qui se réclame du trotskisme, mais aussi à un groupe constitué autour de S. W. R. D. Bandaranaike, qui a quitté l'U.N.P. pour fonder sa propre organisation, le Sri Lanka Freedom Party (S.L.F.P.).

En effet se développe dans la population singhalaise un mouvement de décolonisation culturelle à retardement dirigé contre la prédominance de l'élite anglophone, animé par des groupes d'activistes bouddhistes qui préparent la célébration du deux mille cinq centième anniversaire du nirvana du Bouddha ; les notables ruraux, instituteurs, médecins traditionnels, moines bouddhistes, y jouent un rôle actif ; tandis qu'en ville s'instaure un sentiment d'animosité à l'égard des fonctionnaires et des commerçants tamouls qui occupent une place que les Singhalais considèrent comme privilégiée.

Le cousin de Dudley Senanayake, J. Kotelawala, qui lui a succédé en 1953, perd les élections de 1956, qui sont remportées par S. W. R. D. Bandaranaike, avec l'appui d'une fraction du L.S.S.P.

Nationalisme et étatisme : les Bandaranaike au pouvoir (1956-1965 et 1970-1977)

Les trois années du gouvernement de S. W. R. D. Bandaranaike sont marquées par un climat de violence accrue qui culmine avec son assassinat en septembre 1959. Manipulées par certains politiciens, les tensions intercommunautaires dégénèrent en émeutes en 1956, puis en 1958, sans que le pouvoir, paralysé par l'influence en son sein des extrémistes singhalais, parvienne à les arrêter à temps. Ces troubles contribuent à freiner les réformes que Bandaranaike avait promis de mener à bien : évacuation des bases anglaises, nationalisations, loi de réforme agraire. Néanmoins, le Premier ministre tire de ces mesures incomplètes une grande popularité, qui vient renforcer le prestige personnel que lui confèrent ses origines aristocratiques et sa conversion opportune au populisme. Il dispose en outre d'une image de marque internationale, celle d'un leader non aligné. Son assassinat, par un fanatique de son propre bord, laisse le S.L.F.P. désemparé, jusqu'à ce que sa veuve, Sirimavo, entre dans l'arène politique. Dans une conjoncture qui s'aggrave, elle imprime à l'économie une marque étatique et mène à terme le rapprochement amorcé avec le L.S.S.P. en constituant en 1964 un cabinet de coalition. Cette évolution inquiète les milieux conservateurs qui l'abandonnent ; ce qui permet à l'U.N.P. de remporter les élections de 1965.

Sépulture de Solomon Bandaranaike

Sépulture de Solomon Bandaranaike

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Des enfants prient devant la sépulture du Premier ministre Solomon Bandaranaike (1899-1959). Converti au bouddhisme et très populaire dans les milieux ruraux, il fut assassiné et entra dans la légende de Ceylan (Sri Lanka depuis 1972). 

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Sirimavo Bandaranaike, 1960

Sirimavo Bandaranaike, 1960

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Sirimavo Bandaranaike, la veuve du Premier ministre ceylanais assassiné, fait campagne en 1960 à la tête du Sri Lanka Freedom Party (S.L.F.P.), parti dont son époux était le leader. Vainqueur des élections, elle sera nommée Premier ministre. 

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Dudley Senanayake forme le gouvernement ; les milieux d'affaires rassurés investissent dans les industries de substitution, tandis que les organismes internationaux contrôlés par les États-Unis accroissent leur aide. Certains se croient revenus à la période antérieure à 1956 ; mais le contexte économique et social est différent, et un foyer de crise apparaît dans la jeunesse instruite. L'inflation, l'extension du chômage, le malaise universitaire : tous ces sujets de mécontentement donnent des arguments à l'opposition qui s'est regroupée en 1968 dans un Front uni de gauche rassemblant, autour du S.L.F.P., le L.S.S.P. et le Parti communiste.

Cette coalition remporte les élections de 1970 ; son programme prévoit l'étatisation de tous les secteurs clés, une émancipation à l'égard des pays capitalistes et un resserrement de l'éventail des fortunes. Mais, une fois au pouvoir, elle se révèle incapable de tenir ses promesses, en raison de l'insurrection de 1971, de la crise économique mondiale et des pesanteurs de l'appareil bureaucratique.

Les événements de 1971 représentent une rupture majeure dans l'histoire contemporaine de l'île. Une jeunesse instruite mais acculée au chômage représentait un milieu favorable à la propagation d'idées révolutionnaires. Fondé dès 1964 par des étudiants se réclamant du guévarisme, le J.V.P. entreprend de diffuser une idéologie révolutionnaire bientôt teintée de communalisme singhalais ; la révolution-éclair, partie de la campagne, doit encercler les villes. Attaquant une centaine de postes de police, les rebelles ébranlent sérieusement l'autorité du gouvernement qui ne reprend la situation en main qu'au bout de quelques semaines. La violence de la répression est à la mesure de la soudaineté de l'attaque ; elle fait des milliers de victimes parmi la jeunesse, tandis que vingt mille sympathisants sont enfermés dans des camps.

Pour tenter de regagner la confiance de la population, le gouvernement multiplie les mesures radicales ; il met en particulier en œuvre une réforme foncière qui nationalise en deux temps (1972 et 1975) les grandes plantations ; l'opération ne se heurte à aucune résistance organisée ; mais l'inexpérience et la corruption handicapent le fonctionnement des nouvelles plantations d'État, tandis que la redistribution aux paysans des terres marginales obéit à des critères de favoritisme, et qu'un sentiment de malaise s'empare des travailleurs tamouls des grands domaines. Parallèlement, la crise mondiale crée inflation et pénurie, l'exode des cerveaux prive le pays de ses techniciens les plus qualifiés et la généralisation du clientélisme peuple l'administration d'éléments incapables.

Le retour au libéralisme économique et la montée du séparatisme tamoul

En juillet 1977, le S.L.F.P. subit une défaite électorale sans précédent. La gauche s'effondre, perdant toute représentation parlementaire. Le nouveau dirigeant de l'U.N.P., J. R. Jayawardene, est issu de la classe politique établie, mais il s'est entouré d'hommes nouveaux, comprenant qu'un apport populiste pouvait régénérer son parti. Il inverse aussitôt la stratégie économique poursuivie par Mme Bandaranaike, misant sur l'investissement massif de capitaux étrangers, la libéralisation du commerce, la création de zones franches, selon le modèle singapourien. Mais il poursuit et accélère par ailleurs l'effort de développement de l'agriculture nationale à travers le plus vaste projet d'aménagement hydraulique jamais réalisé dans le pays, qui vise à irriguer la zone sèche à l'aide des eaux du Mahaveli Ganga.

Le libéralisme économique s'accompagne d'un autoritarisme politique accru. La Constitution nouvelle promulguée en 1978 institue un régime présidentiel à la française, et le gouvernement n'hésite pas, pour renforcer la stabilité du régime, à demander par référendum en 1982 la prolongation pour six ans du mandat des députés élus en 1977, tandis que des lois d'exception sont votées pour lutter contre les activités terroristes des séparatistes tamouls.

En effet, le principal défi auquel se trouve confronté le régime est celui de l'unité nationale remise en cause par la tension croissante entre la majorité singhalaise et les minorités tamoules, manipulée à des fins politiques par les extrémistes. Depuis 1974, certains jeunes Tamouls de Jaffna, en rupture avec le parlementarisme de leurs aînés, avaient multiplié les incidents dans le Nord, poussant le Parti fédéral tamoul à se transformer en mouvement de libération (T.U.L.F. : Tamil United Liberation Front), puis créant des organisations armées clandestines. Au lendemain des élections de 1977, des violences éclataient à Colombo et sur les plantations contre des Tamouls vivant dans les régions à majorité singhalaise. Au cours des six années suivantes, le cycle provocation-répression s'aggrave, pour aboutir au drame de l'été de 1983, où, par mesure de représailles contre une embuscade tendue à l'armée à Jaffna, des groupes d'émeutiers commettent incendies, pillages et meurtres de Tamouls avec l'appui tacite des forces armées et à la faveur de la paralysie du gouvernement affaibli par des factions et divisé sur la stratégie à adopter face au terrorisme.

Selon les séparatistes, le cadre institutionnel démocratique n'offre aucune garantie aux minorités linguistiques et religieuses, et seule la création d'un État séparé (le cas échéant associé au reste de l'île) peut répondre à cette attente. Ils revendiquent pour cet État un territoire continu, qualifié de Tamil Eelam, formé de la province nord-est, comprenant le port de Trincomalee et les régions à majorité musulmane du sud-est de l'île.

De 1983 à 1987, les mouvements séparatistes tamouls (notamment les Liberation Tigers of Tamil Eelam, L.T.T.E.) parviennent à prendre le contrôle de la péninsule de Jaffna et à étendre leurs activités à la province orientale ; les combats ne se sont pas limités à des engagements entre les forces armées sri-lankaises et les militants tamouls : terrorisme et contre-terrorisme affectent gravement les civils singhalais, musulmans et tamouls. Basés en Inde du Sud, les séparatistes sont tolérés, voire encouragés par les autorités de Madras et les services secrets indiens, tandis que New Delhi s'efforce d'imposer sa médiation entre les rebelles et le gouvernement de Colombo. Cette médiation se transforme en intervention en juillet à la suite de la signature d'un accord entre le Premier ministre indien Rajiv Gandhi et le président Jayawardene. Ce texte prévoyait que, en échange de larges concessions à la minorité tamoule en matière politique (autonomie et possible fusion des provinces Nord et Est), économique et culturelle, et de la reconnaissance des intérêts stratégiques indiens, notamment à Trincomalee, l'Inde garantissait l'intégrité territoriale de Sri Lanka en s'engageant à mettre un terme aux activités des séparatistes. L'envoi immédiat d'un corps expéditionnaire indien ne réussit pas à désarmer les militants du L.T.T.E., que l'armée indienne finit par affronter en octobre 1987, perdant auprès des Tamouls sa popularité initiale et contrainte de se transformer en une force d'occupation qui comptait à la fin de 1988 plus de cinquante mille hommes.

Séparatistes tamouls au Sri Lanka, 1986

Séparatistes tamouls au Sri Lanka, 1986

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Des jeunes membres des Liberation Tigers of Tamil Eelam (L.T.T.E.), un mouvement séparatiste tamoul, dans leur fief, la péninsule de Jaffna (Sri Lanka), en 1986. 

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Combats pour Jaffna

Combats pour Jaffna

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Soldats de l'armée gouvernementale sri-lankaise, lors de la reprise de Jaffna aux forces indépendantistes tamoules, en 1988. 

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Loin de résoudre la crise politique, les accords de 1987 contribuent à l'étendre à l'ensemble du pays : du côté singhalais, le J.V.P. a beau jeu d'exploiter l'impopularité d'un régime déconsidéré par son impuissance face à l'Inde, par ses atteintes à la démocratie et par un affairisme généralisé. Une situation insurrectionnelle s'instaure dans les régions singhalaises : le J.V.P. multiplie les attentats contre les politiciens partisans de l'accord de 1987, les boycottages visant à paralyser l'État, et s'efforce d'infiltrer les forces de l'ordre. Organisées dans une atmosphère de violence et de fraude qui se traduit par 45 p. 100 d'abstentions, l'élection présidentielle de décembre 1988 donne une courte majorité au Premier ministre sortant R. Premadasa, tendance confirmée aux élections législatives qui suivent. Le gouvernement lance alors, à l'aide d'escadrons de la mort, une contre-terreur effroyable qui annihile le noyau militant du J.V.P., puis frappe les défenseurs des droits de l'homme, les intellectuels et la jeunesse. Le bilan de deux années de violence dans le Sud s'établit à plusieurs dizaines de milliers de victimes singhalaises.

Dans le Nord, les troupes indiennes s'enlisent pendant deux ans dans des opérations de maintien de l'ordre contre les militants tamouls qui se sont retournés contre elles. Leur retrait laisse le champ libre aux L.T.T.E., qui reprennent les combats dès juillet 1990 contre l'armée sri-lankaise et contre les groupes qui collaborent avec elle, notamment les milices musulmanes. Plusieurs centaines de milliers de personnes doivent chercher refuge dans des camps ou à l'étranger. Contesté par ses rivaux qui l'accusent de corruption et d'avoir institutionnalisé le règne de la violence, le président Premadasa est assassiné le 1er mai 1993, sans doute par les L.T.T.E. qui cherchent à déstabiliser le régime. Les élections législatives d'août 1994, puis la présidentielle de novembre 1994, sont gagnées très largement par la fille de Mme Bandaranaike, Chandrika Kumaratunga, qui a regroupé autour du S.L.F.P. les partisans d'un retour à la paix et à la démocratie, d'un assainissement des mœurs politiques et d'une redistribution des fruits de la croissance.

Mais les négociations avec les séparatistes tournent court, et les L.T.T.E. lancent des offensives de grande envergure pour contrer les velléités de reconquête du nord par l'armée gouvernementale, multipliant les attentats dans les villes à majorité singhalaise, et systématisant l'emploi de commandos suicides, souvent composés de femmes, qui avaient déjà été utilisés pour assassiner en 1991 l'ancien Premier ministre indien Rajiv Gandhi, et en 1993 le président sri-lankais Premadasa.

À la suite d'une trêve conclue au début de 2002 sous les auspices de la Norvège, des négociations reprennent entre les L.T.T.E. et un gouvernement de cohabitation dirigé par Ranil Wickremesinghe, rival de Chandrika Kumaratunga, qui conserve la présidence. Elles s'enlisent au cours de l'année 2003, l'organisation séparatiste estimant inacceptables les pressions de nature économique exercées par la communauté internationale pour la contraindre à respecter les droits de l'homme, et réclamant d'être traitée sur un pied d'égalité avec le gouvernement, alors que ce dernier refuse d'envisager des concessions substantielles allant dans le sens d'une dévolution de pouvoirs à des autorités régionales. Peu après, la dissolution, par la présidente, du gouvernement de cohabitation contribue également à affaiblir le processus : elle forme un gouvernement minoritaire avec l'appui du J.V.P., qui avait fait de la lutte contre le séparatisme son principal mot d'ordre, et organise des élections anticipées en avril 2004. Celles-ci renforcent la place du J.V.P. sur l'échiquier politique, tout en donnant aux L.T.T.E. une représentation à travers l'élection dans les régions tamoules de candidats qu'ils soutiennent. De son côté, l'organisation séparatiste se divise avec la rébellion du chef de la province orientale, et le tsunami de décembre 2004 affecte ses moyens navals. La catastrophe, après avoir suscité un élan de solidarité à l'intérieur de l'île, et un afflux souvent incohérent d'aide internationale, contribue à crisper les positions des anciens belligérants autour de la question de la reconstruction des zones dévastées. Le gouvernement est réticent à reconnaître les séparatistes comme autorité de fait dans les zones à majorité tamoule et à accepter qu'ils traitent directement avec les organismes donateurs. Les L.T.T.E., forts de leur expérience de terrain et des sommes considérables souscrites par la diaspora sri-lankaise, réclament que l'aide passe par le canal de l'Organisation de réhabilitation tamoule qu'ils contrôlent. Renforcés par ces aides, ils reprennent leurs attentats, et lors de l'élection présidentielle de novembre 2005, à laquelle Chandrika Kumaratunga ne peut se représenter, ils favorisent par leur consigne d'abstention l'élection d'un faucon, Mahinda Rajapakse, qui finit d'enterrer le processus de paix. Prônant la lutte armée pour reprendre le contrôle des zones tamoules, le nouveau gouvernement rompt, en 2008, le cessez-le- feu signé avec les L.T.T.E. en 2002 mais qui est violé par les deux camps depuis 2005. Après une vaste campagne militaire où les atteintes aux droits de l’homme se multiplient, tant de la part des séparatistes que des forces armées, ces dernières annoncent, en mai 2009, la victoire sur les Tigres tamouls et la mort de leur chef historique Velupillai Prabhakaran. Les dernières semaines de combats sont marquées par de violents affrontements et une situation humanitaire dramatique, les civils se trouvant piégés entre deux feux dans une étroite zone en bordure de mer, inaccessible pour les organisations internationales. Plus de deux cent quatre-vingt mille d’entre eux sont prisonniers dans des camps sous contrôle militaire, jusqu’à leur évacuation en décembre 2009. Fort de sa victoire militaire, le chef de l’État Mahinda Rajapakse est confirmé à son poste à l’issue de l’élection présidentielle du 26 janvier 2010, et sa coalition, qui détient la majorité des sièges au Parlement, est confortée lors des élections législatives du 8 avril 2010. Bien que le gouvernement établisse un programme de reconstruction du Nord, notamment des infrastructures économiques et sociales, estimé à près de 2,7 milliards de dollars, de nombreuses violations des droits de l’homme continuent d’être dénoncées par les organisations internationales et le gouvernement finit par mettre un terme aux diverses commissions d’enquête sans qu’aucune poursuite ne soit engagée.

Sri Lanka: après le tsunami de 2004

Sri Lanka: après le tsunami de 2004

photographie

Scènes de désolation dans le district d'Ampara, sur la côte orientale de l'île, après le tsunami qui a frappé l'Asie le 26 décembre 2004. Au Sri Lanka, le bilan s'est élevé à plus de trente mille victimes. 

Crédits : S. Vidanagama/ AFP/ Getty

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Sri Lanka au début du XXIe siècle

Plus d'un demi-siècle après l'indépendance, le visage du pays est profondément transformé. L'environnement international n'est plus le même : la fin de la guerre froide a relâché les tensions dans l'océan Indien et, en dépit de l'effondrement soviétique, la prépondérance régionale de l'Inde est bien établie, tandis que l'influence américaine s'est faite plus discrète. Les pays arabes qui emploient de nombreux émigrés et se dotent d'une puissance stratégique n'exercent pas encore un rôle significatif, et le Japon et les nouveaux pays industriels d'Asie orientale, très présents économiquement, restent effacés sur le plan politique. Les groupes d'émigrés tamouls, nombreux en Occident, ont contribué à internationaliser les conflits internes de l'île en les portant devant l'opinion mondiale, tandis que les mouvements militants s'inséraient dans les trafics internationaux d'armes et de drogue.

Le cadre institutionnel a changé. Après trente ans de régime parlementaire unitaire, un régime présidentiel autoritaire avait été institué en 1978 au nom de l'efficacité : la crise séparatiste en a démontré les limites. Mais aucun des projets de retour au parlementarisme n'a abouti, et aucun des plans de décentralisation visant à désamorcer les revendications tamoules n'a été réellement mis en œuvre.

Le mouvement séparatiste armé et la violence entre communautés qui ont affecté Sri Lanka des années 1970 aux années 2000 ne sont pas des phénomènes purement conjoncturels. Ils reflètent et révèlent un dépérissement de l'État de droit et une crise des structures et des dynamiques sociopolitiques qui avaient assuré jusqu'alors la cohésion du pays. Le champ d'intervention de l'État s'est contracté, laissant place au jeu des forces centrifuges – disparités régionales, discriminations sociales, mouvements identitaires chez les minorités et dans la communauté majoritaire – culminant avec l'affirmation du séparatisme tamoul. Sur le plan des libertés publiques, cette crise s'est traduite par un recours constant, à partir de 1971, à des mesures d'exception prises en vertu de l'état d'urgence. Elle exprime aussi la difficulté de l'élite à conserver son monopole de la politique face à la montée de couches nouvelles. En outre, on ne peut séparer la violence politique de la violence privée et de la crise des repères culturels, manifestée par le gonflement de la criminalité, et par la fréquence accrue des suicides. La criminalité s'est développée depuis que les conflits ont multiplié les armes en circulation, celles des militants, celles des milices, et surtout celles des déserteurs (au moins 10 000 soldats). Hors conflit, on compte environ 2 000 meurtres et 7 000 suicides par an.

Les conflits dans le nord-est et le sud de l'île auraient fait près de 80 000 morts et disparus, et des centaines de milliers de blessés ; le tsunami est responsable de plus de 35 000 décès et disparitions. Un million d'habitants ont perdu leurs maisons du fait des conflits, 500 000 du fait du tsunami. Environ 600 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays dépendent de l'assistance gouvernementale. Plus de 500 000 personnes, en grande majorité des Tamouls, ont quitté le pays en raison de la guerre, auxquelles il faut ajouter 800 000 émigrants (en majorité des femmes singhalaises) partis chercher du travail au Moyen-Orient. Alors que Sri Lanka était depuis des millénaires une terre qui attirait des immigrants, elle est devenue en l'espace de quarante ans un pays d'émigration – l'un des pays de la planète dont la plus forte proportion des ressortissants vit hors de ses frontières.

Le contrat social ne repose plus sur le sentiment de sécurité que procurait à la masse de la population les institutions sociales de l'État-providence. L'idéologie concurrentielle que le nouveau régime a voulu insuffler à une société bouddhique imprégnée de valeurs et d'attitudes fort différentes, a contribué à créer un désarroi qui peut expliquer certaines réactions de violence. Ces attitudes nouvelles étaient déjà présentes dans le milieu universitaire où la lutte pour l'emploi était devenue très dure dès les années 1960, et où ce malaise était largement responsable de la rébellion de 1971. Elles tendent à se généraliser dans l'ensemble de la jeunesse.

Le taux de croissance démographique s'est fortement réduit : le pays est déjà entré dans la dernière phase de la transition démographique : après 1951, les taux de natalité ont décliné plus vite que les taux de mortalité, les premiers se réduisant à 19 p. 1000 en 2001 contre 40 p. 1000 en 1951, alors que les seconds se stabilisaient au cours des années 1980 aux alentours de 6 p. 1000. La disproportion entre les sexes, si marquée en Inde du Nord, où elle est l'indice de discriminations dans le traitement entre garçons et filles, est inexistante à Sri Lanka : selon le recensement de 2001 (qui n'est toutefois pas totalement fiable car il exclut les zones contrôlées par les séparatistes tamouls), le nombre de femmes est même supérieur à celui des hommes. En même temps, la fécondité a fléchi : l'indice synthétique de fécondité s'est réduit à 1,9 enfant par femme (en 2000) ; à assez court terme, le renouvellement des générations cessera d'être assuré. Ce processus a été favorisé par le niveau d'instruction élevé des femmes. Il a été aussi accéléré par l'émigration massive vers les pays du Golfe de femmes en âge de procréer.

Cette réduction de la pression démographique a permis à l'agriculture de subvenir aux besoins alimentaires de la population, après avoir bénéficié des effets de la « révolution verte » (généralisation des plants de riz à haut rendement) et de l'extension des périmètres irrigués, grâce aux grandes opérations hydrauliques basées dans la zone sèche (dérivation des eaux du fleuve Mahaveli Ganga et de ses affluents). Toutefois, le secteur agricole est entré dans une phase de stagnation. Les seuls emplois créés en grand nombre l'ont été pour les femmes dans l'industrie de la confection, pour les hommes dans l'armée et la police, la baisse sensible du taux de chômage étant largement due à l'émigration, et les statistiques officielles ne prenant pas en compte la situation prévalant dans les zones touchées par le conflit.

La pauvreté de masse est moins prononcée qu'en Inde : le niveau de vie moyen dès avant l'indépendance était bien plus élevé dans l'île, les politiques de lutte contre la pauvreté l'ont amélioré. Le système de protection sociale fondé sur des services gratuits et des subventions à la consommation a permis à la population de jouir d'une qualité de vie meilleure que ses voisins immédiats. L'indice composite de développement humain (I.D.H) était, en 2005, de 0,74 contre 0,62 pour l'Inde. Cependant, selon les chiffres de la Banque mondiale, 25 p. 100 de la population serait encore au-dessous du seuil de pauvreté.

Ces mutations, si profondes soient-elles, n'ont pas encore oblitéré les caractères fondamentaux de la société sri-lankaise. La religion y tient toujours une place considérable : elle reste le critère par excellence d'identité communautaire, et représente un refuge face aux incertitudes du présent. Mais le bouddhisme et, dans une moindre mesure, l'hindouisme, l'islam et le catholicisme sont eux-mêmes en crise. Les jeunes moines, qui ont souvent reçu une formation universitaire, délaissent l'enseignement des principes moraux et abandonnent la didactique traditionnelle fondée sur les Jātaka, au profit d'une doctrine qui se veut scientifique mais ne répond pas aux besoins religieux des masses. Aussi voit-on se développer pour combler cette lacune des cultes nouveaux dérivés de l'hindouisme, dont l'exemple le plus spectaculaire est celui des pèlerinages à Kataragama, qui attirent des centaines de milliers de fidèles.

La caste demeure un facteur important d'organisation sociale. Le système n'avait jamais connu la même rigidité qu'en Inde, faute de sanction religieuse (le bouddhisme est en principe indifférent, contrairement à l'hindouisme, à la notion de pureté rituelle et à la hiérarchie qui en résulte) ; aujourd'hui, les interdits de caste ont disparu dans les régions singhalaises et la règle d'endogamie est parfois transgressée, mais le sentiment d'appartenance à une caste déterminée alimente des réseaux de fidélité et de clientélisme ; la caste Goyigama, majoritaire et dominante, a perdu son monopole de l'autorité face à l'ascension sociale de castes minoritaires du bas-pays (comme les Karāva, originellement pêcheurs) dont beaucoup de familles se sont enrichies à la faveur de la domination coloniale ; en revanche, les castes kandyennes tenues pour inférieures (tels les Vahumpura et les Batgama) ne se sont affirmées qu'à une date récente, et leur mécontentement diffus a joué un rôle dans l'éclatement de la rébellion de 1971 et dans les accès de fièvre communaliste chez les Singhalais. Dans la communauté tamoule, le système des castes a perdu de sa force pour des raisons différentes, l'organisation séparatiste des L.T.T.E., dominée par des militants issus de la caste des Karaiyar (pêcheurs), ayant systématiquement remis en cause la hiérarchie traditionnelle dominée par la caste des Vellalar (agriculteurs).

La force de la cellule familiale réside dans sa fonction traditionnelle de socialisation, et dans son rôle « alimentaire ». Avec l'allongement de la durée des études et la difficulté de trouver un emploi, les jeunes doivent pouvoir compter de longues années sur leurs parents pour leur subsistance, tandis que ceux qui restent agriculteurs doivent attendre de plus longues années encore, en raison de l'allongement de la durée de la vie, le moment d'entrer en possession d'un patrimoine sans cesse amenuisé par les partages successoraux. Mais l'essor de l'instruction, ainsi que la généralisation de la communication de masse et de la circulation des personnes, a favorisé l'émancipation intellectuelle des jeunes, et la contradiction qui existe à présent entre dépendance matérielle et émancipation intellectuelle détermine des tensions sociales inconnues jusqu'alors ; le gonflement du nombre des émigrants, l'attirance pour les mouvements révolutionnaires, ou pour le séparatisme, représentent des tentatives pour échapper à cette contradiction, aussi bien chez les jeunes Singhalais que chez les jeunes Tamouls ; l'accroissement dramatique du taux de suicide (47 p. 100 000, de loin le plus élevé d'Asie) s'explique par les mêmes circonstances.

(Voir également SRI LANKA, chronologie contemporaine)

—  Éric MEYER

Archéologie

Vers 1868, sous l'occupation britannique, un premier intérêt pour l'archéologie au Sri Lanka se manifeste. L'architecte James G. Smither publie alors un ouvrage important consacré aux ruines d'Anuradhapura. Ces travaux furent le point de départ des premières campagnes de conservation des monuments entreprises par Paul Goldsmidt et Edward Muller. Les premiers travaux conduisirent en 1880 à l'établissement d'une institution permanente, l'Archaeological Survey of Ceylon. H. C. P. Bell, qui en fut le premier commissaire, est le père de l'archéologie sri lankaise ; ses premières fouilles datent des années 1890. On peut certes critiquer les méthodes employées et l'esthétique des restaurations, Bell n'en a pas moins accompli une œuvre de pionnier alors qu'il n'avait aucune formation d'archéologie et qu'il dut faire face à de nombreux soucis financiers et à des conditions climatiques difficiles. A. M. Hocart, qui en 1921 succéda à E. R. Ayrton comme commissaire, était au contraire anthropologue de formation. Il recruta de jeunes spécialistes, notamment en épigraphie et en architecture. Puis les archéologues cinghalais ont assuré le relais à partir des années 1940. Parmi eux, il faut citer Senerat Paranavitana, qui, en 1940, a succédé à A. M. Hocart à la direction du Département d'archéologie. Il entreprit plusieurs fouilles, dont il assura scrupuleusement la restauration et la conservation. Les recherches archéologiques s'étendirent au-delà des sites bien connus d'Anuradhapura, de Polonnaruwa et de Sigiriya ; des centres archéologiques permanents furent établis à Tiriyaya, Medirigiriya, Yaphuwa, Panduvasnuwara et Dadigama. C. E. Godakubura, qui possédait une grande connaissance des langues orientales, succéda à Paranavitana à la tête du Département d'archéologie en 1959. Poursuivant l'œuvre de son prédécesseur, il mena à bien des travaux de conservation et de restauration de nombreux monuments privés et publics. Raja H. de Silva, directeur de la section de chimie et Sadhamangala Karunaratne, directeur de la section d'épigraphie, assumèrent successivement la direction du Département d'archéologie en 1967 et en 1979.

Sous l'autorité de Roland Silva, nommé commissaire archéologique en 1983, les activités archéologiques menées au Sri Lanka ont connu leur période la plus florissante. L'apport majeur a été le lancement du célèbre projet conjoint de l'U.N.E.S.C.O. et du Sri Lanka, « Triangle culturel », dont Silva fut le directeur général. Depuis les années 1980, ce projet a permis d'ouvrir de grands chantiers et d'entreprendre des fouilles extensives. Grâce à lui des recherches sont en cours à Anuradhapura, à Sigiriya, à Polonnaruwa et à Kandy. À Anuradhapura, la première capitale de l'île, le Triangle culturel a ouvert deux chantiers de fouilles, l'un à Abhyagiri Vihara, monastère fondé par le roi Vattagamini (89-77 avant notre ère), l'autre à Jetavanarama, monastère construit sous le règne de Mahasena (276-303). Bâti au ve siècle par le roi parricide Kassapa (477-495), le palais de Sigiriya se dresse au sommet et aux alentours d'une roche monolithique haute de 200 mètres. À Polonnaruwa, enfin, a été dégagé le monastère d'Alhana Parivena. Sous la direction de Roland Silva et de ses successeurs M. H. Sirisoma et S. U. Deraniyagala, le Département d'archéologie du Sri Lanka a pris l'initiative de lancer des projets menés en collaboration avec plusieurs missions étrangères, notamment française, allemande, suédoise, japonaise, britannique, américaine et australienne.

La préhistoire du Sri Lanka

La préhistoire du Sri Lanka est peu connue. Cette ignorance s'explique par le fait que les archéologues avaient d'innombrables monuments bouddhiques aux vestiges encore visibles à portée de main et que leur fouille, relativement aisée, présentait l'avantage supplémentaire d'offrir de nombreuses trouvailles épigraphiques. Les toutes premières investigations relatives à la préhistoire du pays datent de 1885. Les travaux entamés alors par E. E. Green et J. Pole ont été suivis, au début du xxe siècle, par des recherches approfondies de F. Sarasin, C. G. Seligman et C. Hartley. Le premier Sri Lankais intéressé par cette période fut P. E. P. Deraniyagala, mais c'est son fils, S. U. Deraniyagala, qui a le plus contribué à approfondir nos connaissances sur la préhistoire de l'île. Ses travaux de longue haleine aboutirent en 1992 à la publication d'un ouvrage monumental : The Prehistory of Sri Lanka.

Les recherches archéologiques préhistoriques ont été menées sur trois types de sites. D'abord sur les hauts plateaux : le site de Balangoda a livré des microlithes géométriques ; celui de Horton, exploré par S. U. Deraniyagala à partir de 1972, a permis de découvrir plus de vingt-sept sites mésolithiques. Les sondages exécutés depuis 1968 par ce même archéologue dans la citadelle d'Anuradhapura ont permis de proposer des datations calibrées assez précises pour la préhistoire. Plusieurs grottes ont été soigneusement fouillées afin de mieux fixer la chronologie relative des diverses phases d'occupation. Parmi ces grottes, il faut citer celle de Batadomba (près de Kuruwita), fouillée depuis 1945, celle de Beli-Galge, fouillée entre 1911 et 1945 par J. Parsons, C. Hartley et P. E. P. Deraniyagala, celle de Beli-Lena près de Kitulgala, fouillée de 1978 à 1983 par S. U. Deraniyagala et W. Wijeyapala.

Quelques-uns des dépôts les plus anciens du quaternaire se trouvent dans les gisements de Ratnapura. Ces sédiments alluviaux composés de sable, de limon et d'argile épais de 30 mètres alternent avec plusieurs couches de graviers dans lesquels sont parfois découverts des outils de quartz, qui appartiennent à « l'industrie de Ratnapura ». Cette période allant du pléistocène moyen à l'holocène représente ainsi les activités humaines les plus anciennes de l'île. Ces couches de graviers ont fourni des outils taillés et débités, ainsi que quelques objets non identifiés qui montrent que la chasse et la cueillette constituaient les principales activités de l'homme de cette période. La chronologie du paléolithique et du mésolithique du Sri Lanka est fixée approximativement entre 130000 et 1800 avant notre ère.

La protohistoire

Au Sri Lanka, l'Âge du fer succède directement au mésolithique. D'après S. U. Deraniyagala, l'absence du néolithique ou du chalcolithique pourrait s'expliquer par la densité des forêts de la zone humide qui n'a guère favorisé l'agriculture. L'invention de nouvelles technologies fondées sur le fer permit à l'homme protohistorique de maîtriser un environnement hostile. L'Âge du fer est alors caractérisé par l'introduction de la culture de riz et d'autres céréales, ainsi que par l'élevage qui remplaça progressivement la chasse. Chasse et cueillette ont cependant continué à être pratiquées jusqu'au début du xxe siècle par la communauté indigène des Veddas, qui a survécu tant bien que mal dans les forêts du sud-est de l'île.

La transition entre le mésolithique et l'Âge du fer est marquée par la découverte d'outils lithiques dans les cimetières protohistoriques de Pomparippu. D'après les datations calibrées, l'Âge du fer se situe environ entre 900 et 600 avant notre ère, au moment où apparaît une céramique fine, rouge et noire, connue sous le nom de Black and Red Ware ou B.R.W. Les spécimens les plus anciens sont caractérisés par des marques gravées sur la panse. Cette catégorie de céramique est originaire de l'Inde du Sud et elle aurait été introduite dans l'île vers le viiie siècle avant notre ère. Les Black and Red Ware sont attestées au centre-nord de l'île, dans le cimetière mégalithique d'Ibbankatuwa que les archéologues allemands datent entre 750 et 350 avant notre ère.

Recherches archéologiques de la période historique

Monuments bouddhiques

Depuis les toutes premières fouilles archéologiques lancées par les amateurs britanniques il y a plus de cent ans, l'archéologie sri lankaise a été dominée par les recherches consacrées aux sites bouddhiques. La fascination des archéologues pour ces sites s'explique aisément. Depuis l'introduction du bouddhisme dans l'île, sous le règne de Devanampiyatissa (vers 250-210 avant notre ère), par un missionnaire, Thera Mahinda, envoyé par l'empereur indien Asoka, la période historique proprement dite du Sri Lanka est dominée par le bouddhisme, qui influença fortement la vie sociale, culturelle et politique de l'île. Le bouddhisme est présent dans l'art et dans l'architecture du Sri Lanka, les capitales de l'antique Ceylan, comme Anuradhapura, Polonnaruwa et Kandy regorgent de constructions inspirées par cette religion. Les travaux de conservation de ces édifices occupent donc une place très importante dans l'archéologie. Des centaines de monuments religieux ont été restaurées dans l'île. Ces restaurations massives sont parfois très contestées par les archéologues locaux ou internationaux, car elles sont faites trop rapidement ; mais il s'agit de faire valoir que l'archéologie sri lankaise est restée vivante sans interruption depuis l'introduction du bouddhisme dans l'île jusqu'à nos jours.

Ces diverses fouilles de dégagement et de restauration ont permis de mettre en valeur un grand nombre de monuments, en particulier les trois grands stupas d'Anuradhapura, le Ruvanvali Mahasaya (iie siècle avant notre ère), l'Abhayagiri dagaba (ier siècle avant notre ère) et le Jetavanarama dagaba (iiie siècle de notre ère), qui furent en leur temps les plus grands édifices au monde, si l'on exclut les pyramides de Guizeh. Les fouilles exécutées dans les monastères d'Abhayagiri et de Jetavanarama depuis les années 1980 grâce au projet du « Triangle culturel » ont permis la mise au jour de plusieurs édifices sacrés, tels les stupas, les bodhigaras (enceinte ou temple de l'arbre de la Bodhi), le patimaghara (« temple d'images » c'est-à-dire orné de statues), le uposthaghara (édifice où est célébrée la cérémonie des observances), des édifices conventuels (cellules des moines, bibliothèques, salles de réunions, hôpitaux, réfectoires), des bains et des bassins. Quatre grands hôpitaux ont été mis au jour dans les monastères de Mahavihara à Anuradhapura, d'Alhana Parivena à Polonnaruwa, à Mihintale et à Medirigiriya qui étaient destinés principalement à soigner les moines. Ces hôpitaux comprenaient des cellules, un temple d'images, des bains à usage médical, ainsi que d'autres équipements sanitaires et chirurgicaux.

Pavillon de la reine à Anuradhapura (Sri Lanka)

Pavillon de la reine à Anuradhapura (Sri Lanka)

photographie

Introduit dans l'île au IIIe siècle avant notre ère, le bouddhisme a façonné l'histoire du Sri Lanka. 

Crédits : Cris Haigh/ Getty Images

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Architecture civile

Une série de fouilles scientifiques menée par une équipe d'archéologues sri lankais et britanniques, a permis de mettre au point les phases successives d'occupation de la citadelle d'Anurdhapura. Le sud de l'île auquel les archéologues s'étaient jusqu'alors peu intéressés, est fouillé par le Département d'archéologie en collaboration avec des missions française et allemande.

Le palais et les jardins d'agrément de Sigiriya ou « Rocher du lion » constituent un élément très important de l'architecture civile du Sri Lanka. Ce site construit par le roi parricide Kassapa est un ensemble complexe très élaboré, caractérisé par un sens de l'aménagement des espaces et le goût des ordonnancements, par des recherches de plan et par la volonté de faire jouer les perspectives. On rencontre pour la première fois au Sri Lanka, sept cent cinquante ans après l'introduction du bouddhisme, une architecture civile qui révèle une science que les édifices antérieurs ne laissaient guère supposer.

À Sigiriya les jardins qui s'étendent soit dans la partie basse, soit dans la section rocheuse sont en parfaite harmonie avec le paysage. Chaque pierre, chaque rocher est taillé ou transformé en parfait accord avec l'expression même des perspectives paysagistes. Les jardins de Sigiriya sont sans aucun doute les plus anciens jardins à paysages connus jusqu'à présent dans tout le Sud-Est asiatique. De même que les jardins des Grands Moghols (1526-1858), en Inde, ont été conçus selon des modèles iraniens, il n'est pas impossible que les jardins de Sigiriya aient été fortement influencés par des conceptions perses et sassanides, sans minimiser l'apport des artistes et des architectes cinghalais. Les jardins de Sigiriya sont enclos de remparts qui servaient à protéger des intrus. Bassins et piscines géométriques aménagés en fontaines jaillissantes (chahar bagh) créant l'impression d'un miroir où coule l'eau qui murmure sur un fond blanc de cristal et de galets ; palais d'été entourés d'eaux qui les transforment en lieux aérés et ombreux où il est agréable de se reposer alors que l'île est accablée de soleil, rocher orné de nymphes célestes émergeant des nuages et évoquant les rencontres amoureuses ; enfin, au sommet du rocher, le palais ou Alakmanda, (la demeure d'un dieu) et tous ces éléments rappellent le paradis évoqué dans les fondations mésopotamiennes et dans la littérature populaire de l'Iran médiéval.

À Sigiriya apparaît une nouvelle conception architecturale qui servira désormais de modèle aux fondations royales tardives. Les bassins jumeaux Kuttam pokuna d'Anuradhapura, considérés comme des chefs-d'œuvre de l'architecture cinghalaise, entrent dans la même perspective, et dénotent le même sens du paysage et la même volonté de classicisme affirmés dès Sigiriya. Il faut mentionner aussi la piscine Kumarapokuna de Polonnaruwa, belle composition classique comportant un système savant d'amenée et d'évacuation des eaux. C'est le choix d'un procédé mixte bien attesté à Sigiriya qu'on retrouve quelques siècles plus tard à Anuradhapura, au « parc du poisson d'or », Ranmasu Uyana. Parsemé de pavillons, de bains, d'étangs miniatures, ce jardin de plaisance royal est situé face au Tissa Wewa, au nord d'Isurumuniya. Chacun des deux bassins de pierre taillée, raccordés à un rocher naturel, comporte une salle de repos, utilisant au mieux le dessin des affleurements rocheux. Les reliefs rupestres d'éléphants tenant dans leur trompe des fleurs de lotus représentent la baignade de ces animaux. Dans le grand complexe monastique d'Isurumuniya, situé à proximité, on découvre le même type de sculpture. Nous sommes là en présence d'un art savant où éclatent une harmonie raffinée et la connaissance parfaite des lois d'utilisation des plans.

Avec le système de défense de Sigiriya, le plus imposant de tous ceux qu'ait jamais connus l'antique Ceylan, commence une nouvelle conception de l'art de la fortification. Les enceintes des autres capitales tardives de l'île en ont été fortement influencées. À Sigiriya, l'ensemble d'une puissante fortification, orientée vers l'ouest, comprend deux enclos. L'enclos occidental, le plus important, forme un rectangle de 775 mètres sur 600 mètres. Il est constitué de trois remparts et de deux larges fossés. Le rempart extérieur est fait d'une levée de terre ; le premier fossé est creusé à l'intérieur. Le deuxième fossé se situe entre une muraille de briques et une levée de terre parementée de blocs de granite appareillés qui s'élève dans certains endroits à plus de dix mètres au-dessus du niveau du fossé. Dans la partie ennoyée, le revêtement comporte également plusieurs assises de briques cuites. Ce rempart intérieur, d'environ 2 kilomètres de longueur, est le plus puissant des trois. À l'est la base du rocher servait de défense naturelle à l'enclos occidental. Les défenses orientales sont beaucoup plus modestes. Elles sont constituées d'une simple levée de terre rectangulaire de 430 mètres sur 690 mètres et d'un fossé situé à l'extérieur. Cet enclos oriental couvre une superficie de 40 hectares. L'accès aux enceintes se faisait par cinq portes, l'entrée principale, à laquelle on accédait par une passerelle, étant située à l'ouest. Deux tours de garde protégeaient l'entrée du second rempart de briques. Un pont-levis construit sur le deuxième fossé servait d'ultime protection. On traversait alors le troisième rempart par un escalier.

À Paduvasnuwara, la ville construite par Parakramabahu (1153-1186) lorsqu'il était encore le chef du Dakkhinadesa, nous sommes en présence d'une véritable cité fortifiée. La citadelle est protégée par un rempart rectangulaire de 300 mètres sur 285 mètres et 12 mètres d'épaisseur, à parements de briques, et par un fossé extérieur. Le palais proprement dit, avec quelques autres constructions, est placé à l'intérieur de l'enclos. L'entrée unique, flanquée de tours de garde, témoigne d'une évolution de l'architecture défensive. Dambadeniya, Yapahuwa et Kurunagala, les trois villes édifiées sur des rochers presque inaccessibles par des souverains des xiiie et xive siècles, témoignent de la volonté de résistance aux envahisseurs et marquent le début de la période dite des capitales éphémères. Il ne reste presque rien de Kurunagala, à Dambadeniya, seule une partie du rempart reste encore visible. L'ensemble de Yapahuwa, conçu à peu près comme Sigiriya, compte parmi les grandes réalisations de l'antique Ceylan. La ville, construite par un chef militaire au début du xiiie siècle (1215-1236), est devenue résidence royale pour un temps très court entre 1272 et 1284. Le sommet du rocher et la plaine du sud sont les principales zones de construction. La ville est protégée par deux remparts concentriques, en demi-cercles, raccordés à la base du rocher. Le rempart extérieur est bâti entre deux fossés et couronné d'un mur de briques. Le rempart intérieur est parementé de blocs de granite appareillés, semblable à celui de Sigiriya. Ces enclos, beaucoup plus petits que ceux de Sigiriya, n'ont que deux portes d'entrée. Aucune des autres capitales tardives de l'ancien Sri Lanka ne conserve des ouvrages défensifs comparables à ceux de Yapahuwa. À la différence de Sigiriya, le rôle défensif l'emporte ici de beaucoup sur l'aspect esthétique. La construction la plus remarquable à Yapahuwa est l'escalier monumental à trois volées conduisant au palais. Les deux volées supérieures de cet escalier s'appuient sur des murs de soutènement d'un caractère très imposant. Le porche, qui révèle l'influence pandya, comportait des piliers composites d'une grande richesse et de belles baies à claustra. La sculpture témoigne de la même esthétique, avec des lions-supports très décoratifs, des fenêtres ciselées dans la pierre et des frises ornées de danseurs et de musiciens saisis dans leur action.

Ports et entrepôts fluviaux et maritimes du Sri Lanka

L'initiative de la mission franco-sri lankaise d'étudier les sites portuaires de l'île est presque unique. Une fouille américano-sri lankaise à Mannar, à l'extrémité nord-ouest de l'île, avait bien été lancée vers 1987 sur l'un des plus anciens ports, probablement celui où arrivaient au ve siècle avant notre ère les premiers colons indiens en provenance du Kathiavar, mais à peine la première campagne terminée, les troubles politiques du pays tamoul interrompirent l'entreprise.

Les prospections et les fouilles menées par la mission franco-sri lankaise tout le long des fleuves ont permis de découvrir la présence d'établissements anciens souvent méconnus jusqu'ici. Cette mission a exploré un certain nombre d'estuaires et de fleuves connus dans la littérature ancienne pour avoir abrité des ports : Chilaw (nom ancien, Salavattota) et la Deduru Oya ; l'estuaire et le fleuve du Kelaniya (connu sous le même nom depuis l'Antiquité) ; Kalutara (Kalatita ou le port de Kalu) et la Kalu Ganga ; Bentota (Bhimatitha) et la Bentota Ganga ; Gintota (Gimhatittha) et la Gin Ganga ; Weligama (Mahawalukagama) et la Polwatta Ganga ; Matara (grand port) et la Nilvala Ganga ; Godvaya (Gothapabbata) et la Walawe Ganga. Ces prospections ont permis d'arriver à la conclusion que, comme sur les côtes sud de l'Inde, du Bengale, dans la vallée du Mékong (Oc-Eo) et dans le Sud-Est asiatique, la plupart des sites portuaires sont situés à l'embouchure des fleuves, et que les marchands gagnaient l'intérieur du pays grâce à ces cours d'eau navigables.

Les chercheurs qui ont abordé la question des voies maritimes entre l'Occident et l'Orient dans l'Antiquité ont mis en avant la difficulté de navigation pour nier l'existence de la circumnavigation. Pour eux un seul passage était possible pour atteindre la côte est de l'Inde, celui du détroit de Palk. Cependant, les découvertes archéologiques faites par la mission franco-sri lankaise montrent qu'un lien très étroit unissait l'Inde de l'Est et le sud de Sri Lanka. Selon des données archéologiques récentes très parlantes, les sites qui se trouvent à l'ouest et au sud de l'île datent au moins du iiie siècle avant notre ère environ. Grâce à ces travaux, nous savons que les commerçants des premiers siècles de notre ère partant de l'Égypte en juin et profitant de la mousson, arrivaient sur la côte ouest de l'Inde vers la fin août. Ensuite, le commerce se faisait entre le Sri Lanka et l'Inde de l'Est par l'intermédiaire des marins locaux. Les marchands contournaient l'île de Sri Lanka pour aller à l'est aux mois d'octobre et de novembre, lorsque la mer devenait calme au sud et permettait une traversée sans encombre.

La métallurgie

Les fours de réduction du fer ont été trouvés à peu près partout dans l'île. Depuis 1990, les fouilles effectuées dans la vallée du fleuve Walawe ont permis de dégager des structures très intéressantes. Les fourneaux mis au jour par des archéologues sri lankais et britanniques à Samanalawewa dans les années 1990-1993 ont révélé des installations extrêmement ingénieuses : la combustion était attisée par les vents de la mousson et les hommes pouvaient produire, directement à partir du minerai de fer, de l'acier utilisé pour fabriquer les célèbres épées de Damas. Cette technique serait attestée à partir du iie siècle avant notre ère, et aurait été utilisée pendant environ mille cinq cents ans. Les fouilles exécutées par la mission française en collaboration avec les archéologues sri lankais ont permis de découvrir un nombre très élevé de fourneaux de fer à Ridiyagama. Les analyses des échantillons de scories, de minerais et de fragments de parois ont permis de constater qu'une bonne partie des fourneaux sont des fours de forgeage ou à de cémentation (servant à produire de l'acier). Ces fours étaient creusés dans le sol, leurs parois, en argile réfractaire, étaient peut-être maintenues par des clayonnages de branches. La présence de tuyères à double tubulure prouve qu'une ventilation artificielle était obtenue à l'aide de soufflets. Ces analyses ont également révélé que des scories de réduction, à Ridiyagama, peuvent provenir des massiots (blocs de fer) purifiés dans les structures de forgeage. Il est d'autant plus intéressant de constater que le site de Samanalawewa et celui de Ridiyagama sont situés dans le même bassin de la Walawe Ganga qui débouche dans l'Océan à Godavaya – Godavaya dont l'existence en tant que site portuaire est attestée par une inscription du iie siècle – et que ces deux centres de production de fer auraient fonctionné dès les premiers siècles notre ère.

Sources littéraires et épigraphiques

L'épigraphie fait partie de l'archéologie car elle permet de contrôler ou de compléter les renseignements fournis par les sources littéraires sur l'histoire de chaque pays. De tous les pays de l'Asie du Sud, le Sri Lanka est celui dont l'histoire est le mieux connue grâce à la richesse et à la cohérence des sources écrites et archéologiques. Rédigés en pali, le Dipavamsa, le Mahavamsa et le Chulavamsa, les plus célèbres et les plus anciennes chroniques du Sri Lanka, fournissent des renseignements inestimables pour reconstituer son histoire. Les récits des voyageurs, des pèlerins, des géographes et des aventuriers d'origine étrangère – grecque, romaine, indienne, chinoise, arabe et européenne – nous apportent d'autres indications fort précieuses. Dans Taprobanê : Ancient Sri Lanka as Known to Greeks and Romans, publié en 1997, D. P. M. Weerakkody a rassemblé toutes les données littéraires classiques se rapportant au Sri Lanka.

Plus de quarante auteurs grecs et latins ont évoqué, dans leurs récits, l'île de Taprobane (d'après son nom ancien Tambapanni). C'est au cours de l'expédition d'Alexandre le Grand en Inde que les Grecs ont découvert l'existence de l'île. Elle passait déjà pour exporter ses éléphants vers l'Inde. À la fin du ier siècle de notre ère, Pline l'Ancien est déjà bien informé sur l'île (VI, 81-91) et le géographe Ptolémée donne des noms géographiques, notamment de fleuves, et d'agglomérations (VII, 4). Le Périple de la mer Érythrée, guide de navigation commerciale dans l'océan Indien du Nord-Ouest, rédigé à la fin du ier siècle de notre ère, énumère un certain nombre de produits, sans doute parce qu'ils font l'objet d'un commerce d'exportation : perles, pierres précieuses, vêtements de coton et écaille de tortue. Au vie siècle, Cosmas Indicopleustès décrit en termes tout à fait explicites, dans sa Topographie chrétienne (XI, 13-22), le rôle d'intermédiaire que l'île joue entre la Chine, l'Inde, la Perse, l'Éthiopie et, même s'il ne les nomme pas, la mer Rouge et la Méditerranée.

Plusieurs types d'inscriptions ont été trouvées au Sri Lanka, gravées sur des rochers, des tablettes en pierre et des plaques métalliques. La paléographie des inscriptions de donation gravées en grands caractères brahmi sous les larmiers permet de les dater à partir du iiie siècle avant notre ère. Ces inscriptions sont en effet les plus anciens documents écrits connus dans l'île. La plupart des inscriptions nous informent sur les édifices religieux construits par tel ou tel roi. La section d'épigraphie du Département d'archéologie de Sri Lanka, sous la direction de S. Paranavitana et C. E. Godakubura, a pris l'initiative de publier ces inscriptions dans une série de volumes, Inscriptions of Ceylon. Les premiers documents écrits en cinghalais sont conservés sur le « mur miroir » de Sigiriya sous la forme de graffiti datant d'une période qui va du viiie au xe siècle. Ce sont de courtes poésies d'un véritable intérêt littéraire. S. Paranavitana a réussi, travail méticuleux et remarquable, à les déchiffrer, et les a réunies en 1956 dans son ouvrage, Sigiri Graffiti.

Données numismatiques

De très nombreuses pièces de monnaies ont été trouvées dans l'île ; on peut les répartir en deux catégories, celles émises localement et celles provenant de différentes zones géographiques et datant d'époques diverses.

À partir du ier siècle de notre ère, les frappes locales apparaissent dans la circulation monétaire. Ces monnaies, dont la légende est écrite en brahmi, portent des noms de chefs provinciaux ou de marchands. Elles ont été trouvées fortuitement ou dans des trésors dans la région de Tissamaharama, dans le sud de l'île. Parmi d'autres émissions locales, il faut surtout signaler les séries de monnaies de cuivre aux types éléphant-svastika, cheval-svastika, lion-svastika, et déesse hindoue Lakshmi-svastika. L'existence de plusieurs dénominations dans ces monnayages montre bien qu'il s'agit là d'un système monétaire assez développé. Les diverses fouilles exécutées à Anuradhapura et Tissamaharama depuis les années 1980 ont mis au jour un nombre très important de ces séries.

À l'époque de Polonnaruwa, après la réunification de l'île par le roi cinghalais Vijaya Bahu Ier (1055-1110), commence la période la plus prospère de Sri Lanka, qui culmine sous le règne de Parakrama Bahu Ier (1153-1186). Vijaya Bahu Ier adopte les mêmes types monétaires que son prédécesseur chola. Les figures ornant les deux faces, désormais fortement stylisées, annoncent les schématisations ultérieures. La raréfaction du numéraire le conduit à utiliser des titres d'or de plus en plus faibles et des alliages or-argent. Sous Parakrama Bahu Ier, l'or disparaît définitivement, et l'argent n'est plus utilisé qu'en alliage. Les monnayages de Nissankamalla sont peu nombreux, et à partir de ses successeurs, seules des monnaies de cuivre seront émises. Ce type de monnayage continue à être émis jusqu'à l'époque de Kotte. Ces pièces ont été trouvées par milliers à Polonnaruwa mais aussi dans l'île, souvent sous forme de trésors. Après la colonisation de l'île par les Portugais au xvie siècle, les frappes locales de ce type disparaissent définitivement pour céder la place aux monnaies frappées sous l'occupation portugaise, hollandaise et anglaise.

Les monnaies d'origine étrangère qui ont eu cours dans l'Antiquité au Sri Lanka sont caractérisées par une grande diversité, en particulier les monnaies à poinçons multiples, indo-grecques, indo-parthes, kushanes, khsatrapas de l'Ouest, satavahanas, guptas de l'Inde du Nord ; les monnaies pandyas, cholas, pallavas et cheras de l'Inde du Sud ; les monnaies parthes et sassanides de la Perse ; les monnaies des villes de la côte phénicienne ; les monnaies romaines d'époque républicaine, celles du Haut-Empire, du Bas-Empire, et les pièces byzantines ; et enfin, les monnaies chinoises. Les fouilles menées depuis 1983 à Jetavanarama et dans la citadelle d'Anurdhapura ont permis de découvrir plusieurs pièces d'origine étrangère méconnues jusqu'ici au Sri Lanka. Parmi les découvertes les plus importantes faites au cours des années 1990, signalons le trésor de Beragama (trouvé en 1989) qui contenait plus de 80 000 pièces romaines du Bas-Empire et le trésor de Lunama (découvert en 1995) comprenant 3 500 pièces, imitations de monnaies romaines, fabriquées sur place.

Il faut ajouter à cette liste diverses émissions arabes, portugaises, hollandaises et anglaises qui ont aussi eu cours dans le pays. Ces monnaies trouvées au Sri Lanka se caractérisent non seulement par leur hétérogénéité géographique, dynastique et chronologique, mais aussi par la diversité du métal (or, argent, billon, bronze et cuivre) et des dénominations, qui varient d'un pays à l'autre, d'une dynastie à l'autre et d'une période à l'autre. Comme la plupart de ces monnaies ont été découvertes dans les couches d'habitation des sites fouillés, ou dans les trésors monétaires qui sont la preuve même d'une thésaurisation volontaire, on peut affirmer que, quelle que soit leur origine géographique, dynastique et chronologique, ces monnaies ont eu cours dans l'île.

À l'exception des monnaies pandyas, cholas et pallavas qui ont pu circuler, à cause de l'occupation de l'île par les dynastes indiens, les autres émissions d'origine étrangère ont été certainement apportées par des marchands. Malgré leurs différences, ces monnaies devaient représenter une valeur nominale précise correspondant à celle des marchandises échangées.

Données céramiques

Comme les pièces de monnaies, les céramiques trouvées dans l'île se divisent en deux catégories : les fabrications locales et les importations. Les céramiques dites Black and Red Ware (céramique rouge et noire), céramiques fines, sont les toutes premières poteries fabriquées sur place, mais d'après un prototype indien. Leur chronologie remonte à l'époque mégalithique du viie siècle avant notre ère. La céramique commune commence à apparaître dès l'époque mégalithique, et se multiplie sous diverses formes à partir de l'époque historique. La typologie de ces céramiques, bien établie par les céramologues sri lankais, permet d'identifier approximativement les différentes phases chronologiques de l'histoire du pays.

Les céramiques importées retrouvées dans les fouilles ont un rapport direct avec le commerce international. Parmi elles, la céramique roulottée tient une place importante. Cette céramique est aujourd'hui considérée comme une production locale de l'Inde imitant les importations du monde méditerranéen. Elle est attestée dans la plupart des sites portuaires et des sites fluviaux ou maritimes en Inde, tout particulièrement à Arikamedu, Algankulam, Karur, Tamluk, Chandraketugarh, Amaravati etc. La céramique roulottée est fabriquée au tour. Sa décoration se compose d'une série de bandes d'incisions roulottées. On la classe en trois groupes selon la couleur : grise, noire et rouge. Dans la première catégorie, la surface brillante aussi bien que la pâte restent grises. Le deuxième groupe est caractérisé par une pâte grise, mais la surface est peinte en noir et n'est pas décorée. Cette catégorie est considérée comme la plus ancienne. Dans la troisième catégorie, la pâte et la surface restent rouges. Ces trois séries sont attestées à Kantharodai, Manthai, Anurdhapura et Kelaniya. On peut les dater à partir du iie siècle avant notre ère. Pour la première fois dans l'île, quelques tessons de vases hellénistiques ont été trouvés dans les fouilles de ces deux derniers sites. Cette découverte est d'une grande importance car elle apporte la preuve de contacts du Sri Lanka avec le monde méditerranéen. Il faut également mentionner des importations de céramiques chinoises mises au jour dans les sites d'Anuradhapura, de Manthai et de Polonnaruva, les plus anciennes céramiques datant du viiie siècle de notre ère. D'importants lots de céramiques chinoises, appartenant pour la plupart à la dynastie des Song méridionaux (xiie siècle), qui ont été trouvés dans plusieurs capitales éphémères du Sri Lanka, confirment le développement du commerce chinois au cours de cette période.

—  Osmund BOPEARACHCHI

Un « conservatoire » de l'art bouddhique

L'avènement du bouddhisme à Sri Lanka marque l'apparition des premiers monuments : au iiie siècle avant notre ère, le roi Devānampiya Tissa (250-210 env.) aurait reçu une ambassade du moine Mahinda, fils du souverain indien Aśoka. Une communauté monastique s'installe dans le nord de l'île, à Mihintale. C'est de cette époque que dateraient les deux plus anciens stūpa singhalais (dāgoba), le Rājamahāvihāra de Mihintale, fondé selon la tradition sur les reliques de Mahinda, et le Thupārāma de la capitale, Anurādhapura. Constamment en contact avec les courants religieux et esthétiques de l'Inde, l'art du Sri Lanka n'en poursuivra pas moins une évolution propre : il doit en partie son originalité à l'attachement des Singhalais au bouddhisme Theravāda, qui allait assez tôt céder le pas en Inde à d'autres tendances. Toutefois, cette fidélité au Theravāda n'excluait pas la tolérance, voire une certaine volonté d'assimilation, à l'égard de l'hindouisme ou du Grand Véhicule, dont l'iconographie porte l'empreinte.

Les débuts de l'art bouddhique

Comme son prototype indien, le dāgoba singhalais est un édifice cultuel commémoratif : son dôme plein est érigé sur les reliques du Buddha ou de ses grands disciples. Les dimensions gigantesques des dāgoba de la première période d'Anurādhapura (iiie s. av. J.-C.-iiie s. apr. J.-C.) attestent la vigueur du soutien que le bouddhisme trouva alors auprès des souverains singhalais. Probablement plus modeste à l'origine, le Thupārāma est considérablement agrandi au iie siècle avant notre ère ; le Mahāthūpa (sans doute iie s. apr. J.-C.), connu dans la tradition comme le Ruvanveliseya, atteint un diamètre de 90 mètres ; l'Abhayagiri dāgoba (ier s. av. J.-C.), le Jetavana dāgoba (iiie s. apr. J.-C.) s'élèvent à plus de 100 mètres de hauteur. Si son aspect général ne le différencie pas fondamentalement du stūpa indien, le dāgoba singhalais offre néanmoins dès cette époque des particularités : un soubassement formé de trois terrasses en gradin et, à partir du iie siècle avant notre ère, de hauts édicules (vāhalkada) accolés au dôme, face aux quatre points cardinaux.

Dagoba à Anuradhapura (Sri Lanka)

Dagoba à Anuradhapura (Sri Lanka)

photographie

Dagoba (pagode) monumental du Ruvanveliseya à Anuradhapura. IIe siècle de notre ère. 

Crédits : Cris Haigh/ The Image Bank/ Getty Images

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Les bas-reliefs en gneiss des vāhalkada comptent parmi les plus anciens exemples de la sculpture singhalaise. Leur style les relie aux œuvres des sites bouddhiques indiens du iie et du ier siècle avant notre ère (Bhārut, Sāncī, Amarāvatī). Plus abouties, les sculptures de l'Abhayagiri dāgoba sont apparentées à celles de l'école d'Amarāvatī à son apogée (150 env. apr. J.-C.). À cette époque sont sans doute aussi réalisées les premières images du Buddha. Comme les effigies d'Amarāvatī dont elles semblent s'inspirer, les représentations singhalaises du Buddha évoquent, dans leur sévère simplicité, l'idéal monastique rigoureux des débuts du bouddhisme. L'iconographie qui se fixe alors se maintiendra avec une continuité frappante à travers toute l'histoire de l'art singhalais : lourd vêtement asymétrique aux plis réguliers, stylisation « en colimaçons » de la coiffure, main droite faisant le geste de l'absence de crainte, etc.

La seconde période d'Anurādhapura

À partir de 432, Anurādhapura subit pendant une trentaine d'années la domination tamoule, avant d'être reconquise par un roi singhalais. Une ère d'intense activité artistique s'ouvre alors.

De nouveaux types d'édifices religieux s'élaborent, d'une originalité certaine par rapport à l'ensemble de l'architecture bouddhique. Ainsi, c'est au viie ou au viiie siècle que remonteraient les plus anciens vatadāgē, constructions circulaires destinées à abriter un stūpa : une ou plusieurs rangées de piliers monolithes supportaient un toit, dont la trace a généralement disparu (Mihintale, Medigiriya, Thupārāma d'Anurādhapura). Les monastères de cette époque se caractérisent par un plan beaucoup plus régulier que celui des édifices antérieurs. On a supposé que cette évolution était peut-être liée au développement de la secte bouddhique des Dhammarucika. Aux quatre angles d'une aire rectangulaire délimitée soit par une terrasse, soit par une enceinte se dressent les quatre monuments traditionnels : le dāgoba et la plate-forme de l'arbre sacré (évoquant l'arbre sous lequel le Buddha connut l'Éveil), fréquemment au sud, le sanctuaire de l'image (pali patimāghara) et la salle du chapitre (uposathaghara). Ce plan se rencontre en particulier dans les monastères forestiers (pabbata vihāra) qui sont édifiés alors aux environs d'Anurādhapura. L'architecture rupestre comporte d'autres belles réussites : le bassin du lion à Mihintale, relié à l'origine au bassin du Nāga, et, à Anurādhapura, le parc du poisson d'or (Ranmasu Uyana), au nord d'Isurumuniya, ainsi que les bassins jumeaux (Kuttam pokuna), reconstruits par les services archéologiques. Sans présenter d'innovations majeures, le décor architectural atteint à cette époque une perfection inégalée. Les reliefs ornent principalement les escaliers d'accès aux édifices : stèles à gardiens sculptées de nains ventrus, mais surtout, à partir des viie et viiie siècles, de rois-serpents (nāgarāja) souples et gracieux, pierres de seuil (moonstones) semi-circulaires où se déploie en frises rythmées le bestiaire symbolique du bouddhisme.

Le site spectaculaire de Sigiriya occupe une place à part dans l'architecture singhalaise. Fuyant Anurādhapura, le roi parricide Kassapa Ier s'y établit à la fin du ve siècle et y fait bâtir au sommet d'un énorme rocher une résidence imprenable. L'aménagement général du rocher et de ses environs manifeste une audace et une ampleur de conception exceptionnelles. L'ordonnance très classique des perspectives rappelle les réalisations d'Anurādhapura et annonce l'urbanisme des cités plus tardives. Deux enceintes, à l'est et à l'ouest, déterminent deux ensembles distincts. Celui de l'ouest, beaucoup plus vaste, peut se subdiviser en plusieurs parties : les palais d'été, la terrasse rocheuse, enfin les jardins de plaisance, au tracé régulier, qui comprenaient un savant système de bassins, de cours d'eau et de citernes. De ces jardins, deux escaliers mènent à une galerie creusée dans la pierre et bordée d'un haut mur dont la surface polie fut couverte de graffiti entre le viiie et le xie siècle : ces courts poèmes en singhalais, non sans intérêt littéraire, rendent hommage à la beauté des figures féminines qui animaient les parois du rocher. Au nord, une terrasse naturelle marque une première étape dans l'ascension vers le palais : un escalier monumental était aménagé dans l'énorme avant-corps d'un lion assis, dont il ne reste que des fragments. Au sommet du rocher subsistent des vestiges de la résidence royale.

La représentation du Buddha perpétue en partie la tradition antérieure influencée par l'art d'Amarāvatī, magnifiée cependant dans les Buddha colossaux qui répondent peut-être aux nouvelles exigences dévotionnelles des laïcs (site d'Avukana...). Les visages reflètent une forme de stylisation propre au Sri Lanka, qui ira s'accusant au cours du temps. Les représentations de Buddha assis sont plus nombreuses qu'auparavant. Le plus souvent en attitude de méditation, elles s'approchent parfois de la statuaire Gupta ou post-Gupta indienne : le vêtement est lisse, comme transparent, les formes s'épurent et le modelé s'adoucit.

La seconde période d'Anurādhapura voit l'essor du Grand Véhicule (Mahāyāna) qui sera à l'origine de certaines des plus belles œuvres de l'art singhalais. Dès la fondation du monastère de l'Abhayagiri au ier siècle avant notre ère, des dissensions s'amorcent au sein de la communauté monastique. La secte des Dhammarucika entre en rivalité avec les Theravādin du Mahāvihāra, qui se veulent scrupuleusement fidèles à la doctrine ancienne. Ces désaccords préparent l'émergence du Grand Véhicule au iiie siècle, qui jouira de la faveur du roi Mahāsena (274-301 apr. J.-C.) et se maintiendra pendant plusieurs siècles. Outre les effigies du Buddha, la sculpture singhalaise comprend désormais aussi des représentations de Bodhisattva (« Être d'Éveil », le Bodhisattva, figure maîtresse du Mahāyāna, diffère son salut pour porter secours à la totalité des êtres). Il s'agit principalement de bronzes de grande qualité, datés entre le vie et le viiie siècle, qui ont des affinités stylistiques avec la sculpture indienne Pallava. Ces images semblent se répartir essentiellement entre deux types : un Bodhisattva ascète, portant le chignon et la peau de tigre du renonçant (Maitreya ou Avalokiteśvara), et un Bodhisattva princier, richement vêtu et coiffé de la tiare royale (Avalokiteśvara...). L'idéal mahāyāna de la compassion trouve une magnifique expression dans le bronze doré conservé au musée de Colombo, un des chefs-d'œuvre de l'art bouddhique. Plus rares, quelques figures féminines témoignent du culte voué à la déesse Tārā, comme la belle Tārā en méditation du musée de Colombo ou celle du British Museum à Londres.

Enfin, les monuments de cette période nous ont livré les premiers vestiges de peinture trouvés à Sri Lanka. À Sigiriya, les femmes peintes sur les parois d'une cavité du rocher sont probablement des nymphes célestes (apsara), qui allient un sens étonnant du portrait à l'idéalisation codifiée des formes. La sûreté du trait, l'élégance et l'équilibre des figures révèlent une maîtrise achevée des moyens picturaux et suggèrent le raffinement d'une civilisation à son apogée. Des peintures moins connues, plus fragmentaires encore, décoraient aussi la chambre-reliquaire du stūpa de Mahiyangana à Mihintale (ixe-xe s.), ainsi que les sites de Dimbulagala, Pulligoda, Hindagala (ve-viiie s.).

L'époque de Polonnaruva

À la fin du xe siècle, un souverain Cōla venu du sud de l'Inde conquiert Sri Lanka. Pendant près d'un siècle (993-1070), l'île demeurera une province du puissant empire Cōla. Le siège du pouvoir est transféré d'Anurādhapura à Polonnaruva. L'essor du shivaïsme sous les Cōla inspire de nombreux bronzes consacrés essentiellement aux divers aspects de Śiva ainsi qu'à ses principaux dévots, les Nāyanār. Si les premiers archéologues ont soutenu la thèse d'une origine indienne de ces représentations, on tend plutôt aujourd'hui à leur attribuer une provenance locale. Souvent intéressantes par leur iconographie, ces images sont généralement d'une exécution un peu lourde. Quelques temples hindous furent édifiés sous l'occupation Cōla à Polonnaruva, tous dédiés à Śiva.

1000 à 1100. Seldjoukides

1000 à 1100. Seldjoukides

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Empire seldjoukide de l'Anatolie à l'Asie centrale. Les Fatimides contrôlent l'Égypte et la mer Rouge.L'Occident chrétien se renforce au XIe siècle. Les Vikings cessent leurs raids pour fonder des principautés puissantes à l'image de l'État anglo-normand.Le renouveau... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La reconquête singhalaise fut l'œuvre de Vijayabāhu Ier, mais la période de Polonnaruva est cependant surtout dominée par la figure de Parākramabāhu Ier (1153-1186) qui inaugura la reconstruction économique, politique et religieuse du royaume. Beaucoup de monuments de Polonnaruva remontent à son règne ou à celui de son successeur Nissankamalla. Des résidences royales sont bâties : Parākramabahu Ier fait construire le palais de Panduwas Nuwara (à Parākramapura, district de Kurunegala), ainsi que deux autres palais à Polonnaruva. Le bassin dit Kumārapokuna renoue par son classicisme avec les exemples d'Anurādhapura. Les constructions religieuses les plus remarquables sont trois grands sanctuaires de l'image (patimāghara) : le Thupārāma, le mieux conservé, le Lankātilaka et le Tivanka, plus vastes et peut-être un peu plus tardifs. L'usage de murs de brique très épais et de voûtes en berceau les distingue au sein de l'architecture singhalaise. D'autres temples sont érigés à cette époque : l'Atadāgē (temple de la dent : la dent de Buddha était considérée comme une relique qui protégeait le pays et garantissait les droits du souverain), œuvre de Vijayabāhu Ier, le Vatadāgē, peut-être plus ancien et restauré par Nissankamalla, le Hetadāgē, édifié par Nissankamalla pour la relique de la dent. Le Nissankamallamandapa comporte de curieux piliers qui affectent la forme de tiges de lotus. Le Sat Mahal Pasada, constitué d'une pyramide d'étages, reste sans équivalent dans le patrimoine singhalais ; on n'a pu jusqu'ici identifier avec certitude sa fonction.

La sculpture de Polonnaruva se rattache à la tradition d'Anurādhapura. L'imposant ensemble rupestre du Gal Vihāra comprend un gigantesque Buddha couché de 15 mètres de longueur environ, un Buddha debout aux bras croisés ainsi qu'un autre en méditation Les proportions monumentales, les formes dépouillées, l'expression intensément recueillie des visages prêtent à ces œuvres une grandeur sereine. Les quatre Buddha assis du Vatadāgē renvoient également, dans leur simplicité et leur équilibre, à la statuaire d'Anurādhapura. L'image du Potgul Vihāra, identifiée par la tradition à Parākramabāhu, représente en fait un sage, peut-être le maître shivaïte Agastya ou l'ascète bouddhique Kapila, figure rayonnante d'énergie contenue dont les traits expressifs évoquent presque un portrait.

Buddha couché de Gal Vihara

Buddha couché de Gal Vihara

photographie

Bonzes en prière devant le Buddha couché de Gal Vihara. Ce sanctuaire rupestre fut édifié près de l'ancienne capitale, Polonnaruva, lors de son apogée à la fin du XIIe siècle. 

Crédits : Glen Allison/ The Image Bank/ Getty Images

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Malheureusement assez abîmées, les belles peintures murales du Tivanka apportent un témoignage précieux sur l'iconographie d'un sanctuaire bouddhique à cette époque. Les scènes de la vie du Buddha et de ses existences antérieures se disposent en registres horizontaux dans la salle d'entrée et le vestibule, tandis que les somptueux panneaux de la cella, plus vastes, montrent le Buddha entouré de divinités. La gamme colorée, assez limitée, joue sur des nuances discrètes de brun, d'ocre et de vert. Des accents plus clairs soulignent le volume des figures. Le dessin, à la fois ferme et délicat, y tient une grande place. Plus complexes, plus exubérantes que les peintures que nous a laissées l'époque d'Anurādhapura, les compositions du Tivanka mettent aussi en scène un monde aristocratique et idéalisé.

De la chute de Polonnaruva à la période kandyenne

Après le règne de Parākramabāhu, un lent déclin commence. Le pays se scinde en plusieurs petits royaumes. Le délabrement du système d'irrigation qui assurait la prospérité du Nord pousse la population singhalaise à s'établir dans la zone humide du Sud-Ouest. L'instabilité politique, le vandalisme des colonisateurs portugais, arrivés en 1505, expliquent peut-être que l'art de cette époque ne nous soit connu qu'à travers quelques exemples isolés. Le palais fortifié de Yapahuva, construit par un chef militaire entre 1215 et 1236, est digne des demeures royales qui l'ont précédé. Deux enceintes concentriques renferment la quasi-totalité des édifices, assemblés sans ordre apparent. Son escalier monumental et son porche dénotent une influence Pandya, venue du sud de l'Inde.

Dans la région de Kandy, deux temples intéressants furent érigés par de hauts dignitaires du royaume de Gampola, le Gadaladeniya Vihāra et le Lankātilaka. Ils associent dans un même bâtiment un sanctuaire de l'image et un petit temple hindou (devale) consacré à Viṣṇu/Upulvan. Cette époque voit en effet s'accuser, semble-t-il, des tendances syncrétistes sans doute déjà présentes depuis longtemps qui contribuent à l'originalité du bouddhisme singhalais. Le Gadaladeniya Vihāra offre des similitudes avec l'architecture Pandya tardive et celle de Vijayanagar, en Inde. De dimensions plus importantes, le Lankātilaka est un élégant monument en brique de plan cruciforme qu'on a rapproché de l'art de Pagan.

La période kandyenne

À la fin du xve siècle, un pouvoir indépendant s'est affirmé dans les collines du sud-ouest de l'île, à Kandy. Pendant plus de trois siècles, le royaume kandyen parviendra à préserver la tradition culturelle singhalaise, en dépit des incursions portugaises, puis hollandaises.

L'art singhalais connaît un éclatant renouveau au xviiie siècle avec l'accession au pouvoir de Kīrti Srī Rājasimha. Issu d'une dynastie de Nayak du sud de l'Inde, traditionnellement alliés au trône kandyen, Kīrti Srī Rājasimha raffermit les structures du bouddhisme à Sri Lanka. Grâce aux efforts du roi qui fit appel à la congrégation siamoise (Syam Nikāya), l'ordination de jeunes moines fut désormais possible dans les limites du royaume.

On dénombre aujourd'hui plus de deux cents temples construits au xviiie ou au début du xixe siècle dans les provinces kandyennes. Souvent érigés sur piliers, les sanctuaires de l'image, de proportions en général réduites mais harmonieuses, comportent une cella précédée d'un avant-corps. Le toit en pente qui les couvre s'étend parfois jusqu'à former une véranda pourtournante. Une salle de prédication (bana maduwa), un dāgoba, une plate-forme de l'arbre sacré s'y adjoignent ainsi qu'un ou plusieurs temples dédiés à certains dieux hindous, et des résidences monastiques. Le décor peint du patimāghara puise toujours ses motifs dans la littérature narrative bouddhique, mais s'enrichit aussi de frises évoquant les lieux sacrés de Sri Lanka, les sept semaines qui suivent l'Éveil, les Buddha du passé, les divinités empruntées à l'hindouisme... Le ton plein de fraîcheur et de vivacité, le sens de l'observation et du détail évocateur rompent avec la sophistication subtile des œuvres antérieures ; les couleurs sont franches et contrastées, posées en aplats, le dessin vigoureusement stylisé.

Au xixe siècle, l'activité bouddhique se déplaça vers les régions côtières où l'art continua à s'inspirer largement du style kandyen jusqu'au début de l'époque contemporaine.

—  Édith PARLIER-RENAULT

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire et civilisation de l'Asie du Sud à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : docteur en géographie, post-doctorant au Centre d'études et de recherche sur l'Inde, l'Asie du sud et sa diaspora de l'université du Québec à Montréal
  • : chargé de recherche au C.N.R.S., directeur de la Mission française de coopération archéologique au Sri Lanka
  • : maître de conférences (histoire de l'art indien) à l'université de Paris-IV

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La carrière de Ranasinghe Premadasa incarne l'émergence d'une classe politique n'appartenant pas à l'establishment anglophone, qui monopolisait le pouvoir à Sri Lanka depuis l'indépendance […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ranasinghe-premadasa/#i_18426

SINGHALAISES ou CINGALAISES LANGUE ET LITTÉRATURE

  • Écrit par 
  • Stella SANDAHL
  •  • 2 279 mots

Le singhalais est l'une des deux langues officielles de Sri Lanka, l'autre étant le tamoul. Il est utilisé pour l'instruction à tous les niveaux d'enseignement. Le singhalais est parlé par 74 p. 100 d'une population qui s'élève à 17 616 000 (selon une estimation de 1993), soit environ 13 millions de personnes. Bien qu'il […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/singhalaises-cingalaises/#i_18426

SRI JAYAWARDENAPURA KOTTE

  • Écrit par 
  • Delon MADAVAN
  •  • 399 mots

Sri Jayawardenapura Kotte (ou Kotte) est la capitale administrative de Sri Lanka ; elle est située à 7 kilomètres de Colombo, la capitale économique et le véritable centre politique du pays […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sri-jayawardenapura-kotte/#i_18426

TAMOUL SÉPARATISME, Sri Lanka

  • Écrit par 
  • Nira WICKRAMASINGHE
  • , Universalis
  •  • 1 865 mots

Au Sri Lanka, la minorité ethnique tamoule a mené de 1983 à 2009 une guerre sécessionniste qui a fait entre 70 000 et 80 000 morts et plus de 800 000 réfugiés. Alors que les tentatives de négociations entre l'État et les séparatistes ont toutes échoué, le gouvernement de Mahinda […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/separatisme-tamoul-sri-lanka/#i_18426

TERRORISME

  • Écrit par 
  • Gérard CHALIAND, 
  • Pierre DABEZIES, 
  • Sylvia PREUSS-LAUSSINOTTE, 
  • Jean SERVIER
  •  • 13 242 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Une nouvelle formule : l'attentat-suicide »  : […] Les Tigres tamouls du Sri Lanka ont formé une des plus redoutables organisations dites terroristes. Il s'agit en fait, comme dans le cas du Hezbollah libanais, d'un mouvement politique menant des opérations militaires de guérilla, mais recourant aussi aux attentats terroristes. Le mouvement indépendantiste des Tigres de la libération de l'Eelam […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/terrorisme/#i_18426

VEḌḌA ou VEDDAH

  • Écrit par 
  • Yvan BARBÉ
  •  • 336 mots

Les Veḍḍa constituaient bien avant le ~ vie siècle la population aborigène de Sri Lankā. Ils ont aujourd'hui adopté le cingalais et ne parlent plus leur propre langue. Physiquement ils ont des traits communs avec les populations dravidiennes habitant la jungle du sud de l'Inde, ainsi qu'avec les plus […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/vedda-veddah/#i_18426

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Pour citer l’article

Éric MEYER, Delon MADAVAN, Osmund BOPEARACHCHI, Édith PARLIER-RENAULT, « SRI LANKA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/sri-lanka/