RAVENNE

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Ravenne paléochrétienne et byzantine

Le christianisme apparaît à Classis vers le iie siècle. Le fondateur de la communauté serait Apollinaire, martyr ou confesseur, d'abord enterré à Classis et titulaire de la célèbre basilique, puis, après le transfert du corps, d'une autre à Ravenne. L'évêque Sévère, du ive siècle, fut aussi considéré comme un saint et honoré d'une église à Classis. Le siège épiscopal fut transféré à Ravenne à la fin du ive siècle : l'évêque Ursus construisit (vers 395-396 ?) la nouvelle cathédrale à la limite de la ville romaine, d'où une extension de celle-ci vers le sud-est d'après Testi Rasponi. C'est à travers l'histoire des évêques de Ravenne, écrite au ixe siècle par le moine Agnellus, que la vie de la cité nous est surtout connue.

Pour assurer sa sécurité en face des Wisigoths d'Alaric et la liaison avec l'Orient, l'empereur Honorius, conseillé par Stilicon, transporte en 402 de Milan à Ravenne la capitale d'Occident. Avec Galla Placidia, sa demi-sœur, devenue régente pendant la jeunesse de Valentinien III (425-450), la prospérité de la ville s'affirme, mais elle a été probablement embellie par les légendes médiévales. La cité s'étend à nouveau vers le nord-ouest et le nord, au-delà du Padenna, dans une région peut-être habitée antérieurement (Deichmann, Mansuelli). Traditionnellement, on situait le palais impérial au nord-ouest, près de Sainte-Croix, mais, d'après d'autres sources, on le localiserait entre Saint-Jean-l'Évangéliste et Saint-Apollinaire-le-Neuf. Outre le ou les palais disparus, les constructions les plus importantes du ve siècle sont les églises de Saint-Jean-l'Évangéliste (Galla Placidia et Valentinien III), de Sainte-Croix, dont le plan est connu par les fouilles, avec son annexe, le « mausolée de Galla Placidia » qui fut peut-être à l'origine un martyrium, de Saint-François, dédiée primitivement aux Saints-Apôtres, et de Sainte-Agathe.

Odoacre, roi d'Italie après la mort du dernier empereur en 476, s'installe à Ravenne, et son vainqueur en 493, le roi des Ostrogoths Théodoric († 526), y maintient sa capitale. C'est une seconde période florissante pour la ville qui connaît alors son extension définitive, matérialisée par l'enceinte conservée jusqu'au xixe siècle. Théodoric aurait construit un nouveau palais, à côté de Saint-Apollinaire qui servait de chapelle palatine sous un autre vocable, entre la grande rue appelée « Platea Nova » (tracé de l'ancienne via Popilia) et la muraille. Ce palais est représenté schématiquement à Saint-Apollinaire sous la forme d'une basilique déployée, mais on a mis au jour à son emplacement une villa de plan classique, sans doute antérieure à Théodoric et simplement remaniée à son époque. Outre Saint-Apollinaire, les rois goths ont construit notamment la cathédrale arienne (Saint-Esprit) et son baptistère, et une « basilique herculéenne ». Le mausolée de Théodoric occupe une place à part dans l'architecture ravennate (cf. infra).

Ravenne: plan montrant l'évolution de la ville

Dessin : Ravenne: plan montrant l'évolution de la ville

Plan schématique de Ravenne montrant l'évolution de la ville (d'après Testi Rasponi). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La défaite des Goths et la reconquête par les armées de Byzance en 540 donnent une nouvelle impulsion à Ravenne, résidence du préfet du prétoire (gouverneur général) pour l'Italie, arsenal des généraux Bélisaire et Narsès, et objet de l'attention de Justinien : l'« argentier » Julien construit en quelques années Saint-Vital (547), Saint-Apollinaire-in-Classe (549), Saint-Michel-in-Africisco, tous consacrés par l'évêque Maximien. Les évêques, devenus archevêques en 550, se mesurent parfois au pape. L'entrée des Lombards en Italie (568) réduit le rôle de Ravenne, qui reste cependant la capitale de l'exarchat byzantin jusqu'en 751. De cette période datent des constructions non négligeables, dites deutérobyzantines. Ravenne, et notamment le palais, fut ensuite dépouillée de ses matériaux précieux pour la résidence de Charlemagne à Aix-la-Chapelle.

Sant'Apollinare in Classe, Ravenne

Photographie : Sant'Apollinare in Classe, Ravenne

Basilique Sant'Apollinare in Classe (Saint-Apollinaire-in-Classe), Ravenne, Italie, VIe siècle. 

Crédits : Bridgeman Images

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Au Moyen Âge, l'aspect de la cité se modifie, mais la plupart des églises anciennes subsistent jusqu'à la période classique, dotées aux ixe-xe siècles des caractéristiques clochers circulaires et parfois de cryptes. La montée de la nappe phréatique obligea à surhausser le sol des églises et souvent à remonter les colonnades (par exemple, Saint-Apollinaire-in-Classe et Saint-Apollinaire-le-Neuf) en diminuant la paroi au-dessous des fenêtres. Parmi les nombreux vestiges de la Ravenne du Moyen Âge et de la Renaissance (où la ville accueillit Dante), on classera le faux « palais de Théodoric » qui semble être la façade de l'église Saint-Sauveur. À partir du xixe siècle, on dessine et on restaure les mosaïques. Des historiens d'art, surtout Corrado Ricci, originaire de la cité, et, en France, Charles Diehl contribuèrent à en faire un haut lieu de l'art byzantin. Cette tradition est maintenue actuellement par un institut spécialisé de l'Université de Bologne qui organise à Ravenne des colloques annuels.

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Italie : carte administrative

Italie : carte administrative
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Ravenne: topographie

Ravenne: topographie
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Ravenne: plan montrant l'évolution de la ville

Ravenne: plan montrant l'évolution de la ville
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Sant'Apollinare in Classe, Ravenne

Sant'Apollinare in Classe, Ravenne
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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-IV (archéologie de l'Antiquité tardive), directeur du Centre de recherche du C.N.R.S. Lenain-de-Tillemont (Antiquité tardive et christianisme ancien)

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Pour citer l’article

Noël DUVAL, « RAVENNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ravenne/