PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Guerre froide et conflit israélo-arabe

La Seconde Guerre mondiale fait basculer le Moyen-Orient dans la guerre froide. Sa longue frontière commune avec l'U.R.S.S. et l'importance des ressources pétrolières indispensables à la reconstruction de l'Europe suffisent à l'expliquer. La guerre froide commence en Iran lorsque les Soviétiques refusent de se retirer du pays et apportent leur soutien aux expériences autonomistes des Azéris et des Kurdes. Elle s'y prolonge autour de l'enjeu pétrolier lorsque le gouvernement de Front national du docteur Mossadegh, au terme d'infructueuses négociations avec l'Anglo-Iranian Petroleum Company (A.I.O.C.) sur le partage des profits, décide la nationalisation du pétrole iranien. Dans l'épreuve de force qui l'oppose à la communauté internationale, le régime bénéficie dans un premier temps d'un large soutien dans les forces politiques du pays depuis le Tudeh jusqu'à la fraction du clergé regroupée derrière l'ayatollah Kashani. Le pouvoir autant que l'opinion espèrent encore être en mesure de compter sur l'appui américain. Mais, lorsque le général Zahedi renverse le gouvernement, en août 1953, avec l'aide de la C.I.A., aucun doute n'est plus permis sur la position des États-Unis après l'arrivée à la Maison-Blanche du tandem Eisenhower-Foster Dulles.

La Turquie pour sa part a choisi le camp occidental dès 1945 en dépit de la politique de neutralité menée par Ismet Inönü durant la guerre. En 1947, Ankara adhère à la doctrine Truman et accorde des bases militaires aux États-Unis. Son entrée à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (O.T.A.N.), en 1951, en fait une pièce maîtresse du dispositif occidental qui sera complété, en 1955, par la signature du pacte de Bagdad, traité de défense commune qui regroupe, autour de la Grande-Bretagne, la Turquie, l'Irak, l'Iran et le Pakistan. Un cordon étanche cerne désormais les frontières de l'U.R.S.S. entre l'O.T.A.N. et l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (O.T.A.S.E.). Mais l'Occident souhaiterait rattacher l'ensemble de l'Orient arabe au système de sécurité occidental. Si cette région n'est placée qu'en deuxième ligne en termes de stratégie pure, l'exploitation des gisements pétroliers de la péninsule lui confère un poids nouveau dans la géopolitique régionale.

Mais l'onde de choc de la naissance d'Israël, le 14 mai 1948, a profondément déstabilisé le Proche-Orient. La défaite des armées arabes en Palestine a jeté le discrédit sur les élites au pouvoir, et des militaires nationalistes profiteront des tensions régionales pour renverser les oligarchies en place. La Syrie connaît trois coups d'État au cours de la seule année 1949. En Égypte, l'échec de la Palestine, mal compensé par l'occupation de la bande de Gaza, vient exacerber les vieilles frustrations nationales : le Soudan et plus encore Suez où se développe, au début des années 1950, une guérilla larvée. De nombreux Frères musulmans y participeront, de même qu'un certain Yasser Arafat. Le renversement de la monarchie par les Officiers libres de Nasser, en 1952, vient couronner cette effervescence nationaliste. Seule la Transjordanie hachémite a pu annexer la Cisjordanie en 1950 avec la bénédiction de la Grande-Bretagne, tout en échappant aux radicalisations politiques internes. Dès lors, le rejet d'Israël apparaît comme un élément central de la culture politique arabe, celle des élites comme celle des opinions publiques. Le nouvel État n'est pas perçu dans sa dimension nationale, mais comme une insupportable greffe étrangère sur le sol de la patrie arabe et comme l'ultime séquelle de l'impérialisme occidental au Proche-Orient. Mais, alors que la priorité des gouvernements arabes reste la lutte contre Israël, la grande peur des Occidentaux réside dans l'expansionnisme soviétique. L'assimilation abusive entre radicalisation nationaliste et menace communiste contribuera à jeter les régimes arabes dans les bras de Moscou à l'heure où les Soviétiques, réévaluant leur stratégie, choisissent de soutenir les petites bourgeoisies nationalistes dans le monde arabe au détriment des Partis communistes locaux. C'est tout le sens de l'épisode de Suez. La nationalisation du canal, en juillet 1956, est une réplique de Nasser au refus des Occidentaux de financer, sans conditions politiques, le haut barrage d'Assouan. Dès lors, le patriote égyptien devient le leader charismatique d'une nation arabe qui semble devoir marcher vers l'unité et la libération, comme en témoignent l'union syro-égyptienne de février 1958 ou le renversement de la monarchie hachémite d'Irak, en juillet de la même année. Non content d'inquiéter l'Occident, l'irrésistible radicalisation arabiste provoque une fracture idéologique qui oppose progressistes et conservateurs dans une véritable « guerre froide interarabe ». Le fragile équilibre libanais n'y résistera pas, les clivages politiques entre nassériens et « loyalistes » dérivant vers des polarisations confessionnelles islamo-chrétiennes.

Création de l'État d'Israël, 1948

Vidéo : Création de l'État d'Israël, 1948

À partir de la fin du XIXe siècle, de nombreux juifs européens viennent s'installer en Palestine. Cette immigration massive est le fruit de l'idéologie sioniste qui prône l'établissement d'un foyer national juif. Ce mouvement se traduit par la mise en valeur agricole du territoire, grâce... 

Crédits : The Image Bank

Afficher

Bombes égyptiennes sur Tel-Aviv

Photographie : Bombes égyptiennes sur Tel-Aviv

L'aviation égyptienne vient de bombarder la ville israélienne de Tel-Aviv, lors de la guerre israélo-arabe de 1948. 

Crédits : Hulton Getty

Afficher

Crise de Suez, 1956

Vidéo : Crise de Suez, 1956

Le 26 juillet 1956, le président égyptien Gamal Abdel Nasser, annonce à Alexandrie la nationalisation du canal de Suez. Le 30 octobre, Français et Anglais lancent une intervention militaire dans la région. Les Français reprochent à Nasser son soutien aux nationalistes algériens. Les... 

Crédits : National Archives

Afficher

Création de la République arabe unie, 1958

Vidéo : Création de la République arabe unie, 1958

Le 1er février 1958, au Caire, le président égyptien Gamal Abdel Nasser reçoit son homologue syrien Chukri Al-Quwwatli. À la mosquée Al-Azhar, les deux hommes signent l'acte de naissance de la République arabe unie, formée de l'Égypte et de la Syrie. Manifestation ultime du panarabisme... 

Crédits : The Image Bank

Afficher

Le conflit israélo-arabe redevient central au début des années 1960. Car la défense de la cause palestinienne apparaît comme le principal test de légitimité politique pour les régimes arabes nationalistes. Le nouveau leader irakien, le colonel Qassem, suggère, dès 1959, la proclamation d'une république palestinienne et la formation d'une Armée de libération de la Palestine. Les surenchères suscitées par son initiative conduiront à la création, en 1964, sous le patronage nassérien, d'une première Organisation de libération de la Palestine. La guerre de juin 1967 enferme l'affrontement israélo-arabe dans les rigidités de la guerre froide, dès lors qu'Israël, devenu le principal allié stratégique des États-Unis dans la région, écrase les armées arabes clientes de l'U.R.S.S. La défaite égyptienne, qui porte en elle le reflux du nationalisme arabe, libère dans l'immédiat des capacités de mobilisation palestinienne autonomes. Car une nouvelle génération d'activistes est née dans les camps de l'exil et s'organise en petits groupes de résistance dès la fin des années 1950. Le plus significatif d'entre eux voit le jour au Koweït en 1959 sous le nom de Fatah. La lutte armée s'impose comme un instrument de mobilisation capable de refaire le lien politique rompu entre des communautés dispersées de réfugiés, et la défaite des armées conventionnelles, en 1967, confère à la guérilla pa [...]

1962 à 1989. De la guerre froide à la détente

Vidéo : 1962 à 1989. De la guerre froide à la détente

Néo-colonialisme. Choc pétrolier. Coexistence pacifique.Au lendemain de la crise des missiles de Cuba, qui a fait surgir le spectre d'une troisième guerre mondiale, la "détente" est à l'ordre du jour des relations Est-Ouest.Mais de nombreux conflits périphériques persistent. Au Vietnam,... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Guerre de Six Jours, 1967

Vidéo : Guerre de Six Jours, 1967

Le 10 juin 1967, la troisième guerre israélo-arabe, appelée guerre de Six Jours en raison de sa durée, s'achève par une victoire foudroyante de l'armée israélienne et la déconfiture totale des pays arabes. Les gains territoriaux d'Israël sont considérables : au sud, Gaza et la... 

Crédits : National Archives

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 32 pages

Médias de l’article

Moyen-Orient : carte politique

Moyen-Orient : carte politique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Moyen-Orient, 1914

Moyen-Orient, 1914
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Soldats afghans

Soldats afghans
Crédits : Capt. John Burke/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

1914 à 1939. De Sarajevo à Dantzig

1914 à 1939. De Sarajevo à Dantzig
Crédits : Encyclopædia Universalis France

vidéo

Afficher les 24 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur des Universités, Institut national des langues et civilisations orientales, Paris
  • : maître de conférences habilitée à diriger des recherches, Sciences Po, Aix-en-Provence

Classification

Autres références

«  PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN  » est également traité dans :

ABBAS MAHMOUD (1935- )

  • Écrit par 
  • Aude SIGNOLES
  •  • 1 949 mots
  •  • 1 média

Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas est né le 26 mars 1935 à Safed, ville de haute Galilée, aujourd'hui située à l'intérieur des frontières de l'État hébreu. Ses parents fuient la Palestine en 1948 durant la première guerre israélo-arabe. Réfugié à Damas, dans la Syrie voisine, le jeune homme travaille comme carreleur pour payer ses études secondaires, puis il part en Égypte poursuivre un curs […] Lire la suite

ABDALLAH IBN ‘ABD AL-‘AZĪZ (1923 ou 1924-2015) roi d'Arabie Saoudite (2005-2015)

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT
  •  • 1 585 mots

Roi d’Arabie Saoudite de 2005 à 2015. Le 1 er  août 2005, le prince Abdallah ibn Abd al-Aziz ibn Abd al-Rahman al-Saoud devient roi d'Arabie Saoudite, après le décès de son demi-frère, le roi Fahd. Né en 1923 ou 1924 selon les sources, il est l'un des fils du roi Abd al-Aziz ibn Saoud, le fondateur du royaume d'Arabie Saoudite ; sa mère est de la tribu Chammar, d'où est issue également la famille […] Lire la suite

ACCORDS DE WASHINGTON

  • Écrit par 
  • Christophe PÉRY
  •  • 244 mots
  •  • 1 média

La fin de la guerre froide a modifié les données du conflit du Proche-Orient. Après la guerre du Golfe, les États-Unis poussent Israël à participer à une conférence de paix. Le retour au pouvoir des travaillistes israéliens, en 1992, facilite la conclusion des accords secrètement négociés à Oslo et signés à Washington le 13 septembre 1993, à la suite de la reconnaissance mutuelle d'Israël et de l' […] Lire la suite

SUEZ AFFAIRE DE (1956)

  • Écrit par 
  • Vincent GOURDON
  •  • 281 mots
  •  • 1 média

Le 22 décembre 1956, le rembarquement du corps expéditionnaire franco-britannique à Port-Saïd (Égypte) illustre les nouveaux rapports de forces internationaux de l'après-1945. En nationalisant le 26 juillet 1956 le canal de Suez, le leader égyptien Nasser entendait affirmer la force du monde arabe et la fierté des nations ex-colonisées, au détriment des intérêts et de l'orgueil des puissances impé […] Lire la suite

ARABIE SAOUDITE

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Ghassan SALAMÉ
  •  • 18 454 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre «  La politique extérieure »  : […] Le royaume s'est progressivement intégré dans le réseau de solidarités, de rivalités et de conflits qui traversent la région. Il s'agissait dans un premier temps de s'affirmer et de survivre. Tel était l'objectif du fondateur, qui, ayant reconquis les territoires qui avaient appartenu, même pour une brève période, à ses ancêtres, s'est cantonné dans une politique de préservation de l'acquis. C'est […] Lire la suite

ARAFAT YASSER (1929-2004)

  • Écrit par 
  • Nadine PICAUDOU
  •  • 1 390 mots
  •  • 1 média

Le leader palestinien Yasser Arafat incarne la figure doublement exemplaire de l'éternel combattant et de la victime dont le destin personnel résume celui de la Palestine contemporaine. Après une vie de lutte et d'errance, il devient le symbole vivant du retour des Palestiniens sur leurs terres. Mais, paralysé par les exigences israéliennes de sécurité, les surenchères de l’opposition islamiste et […] Lire la suite

ART CONTEMPORAIN

  • Écrit par 
  • Yves MICHAUD, 
  • Raymonde MOULIN
  •  • 12 402 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Les marchés émergents »  : […] En Europe, le marché de l'art russe est soutenu par les grosses fortunes récentes et les œuvres d'auteurs russes, modernes et actuelles, ont connu de fortes hausses, les acheteurs se montrant fermement attachés à leur art national. Il n'empêche que les oligarques interviennent également sur le marché de l'art international, à New York ou à Londres, pour acquérir des œuvres phares de l'art occident […] Lire la suite

ASIE (Géographie humaine et régionale) - Espaces et sociétés

  • Écrit par 
  • Philippe PELLETIER
  •  • 23 140 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Les poudrières de l'Asie »  : […] La concentration d'armes en Asie témoigne des séquelles du partage de Yalta (1945) entre les États-Unis et l'Union soviétique, de la décolonisation et de l'affrontement entre blocs (divisions de la Corée et de la Chine). Au début du xxi e  siècle, l'Asie orientale et méridionale est traversée par trois tendances géopolitiques qui semblent contradictoires. Le cas de Cuba mis à part, elle apparaît, […] Lire la suite

ASIE (Géographie humaine et régionale) - Dynamiques régionales

  • Écrit par 
  • Manuelle FRANCK, 
  • Bernard HOURCADE, 
  • Georges MUTIN, 
  • Philippe PELLETIER, 
  • Jean-Luc RACINE
  •  • 24 814 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Une terre de conflits : le prix à payer »  : […] Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Moyen-Orient est le théâtre de nombreux conflits de nature diverse. Les facteurs de crise sont multiples et s'entremêlent étroitement. Jusqu'en 1990, les conflits restent cantonnés dans un strict cadre régional, les puissances extrarégionales n'interviennent pas ouvertement ; depuis lors, ils ont pris une dimension internationale. La création de l' […] Lire la suite

ASSAD BACHAR AL- (1965- )

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Universalis
  •  • 2 010 mots
  •  • 1 média

Président de la République arabe syrienne depuis 2000, Bachar al-Assad, né en septembre 1965, est resté longtemps à l'écart des cercles de pouvoir. Son père, le président Hafez al-Assad, traumatisé au début des années 1980 par les conflits de succession frisant la guerre civile au cœur même du régime à l'heure de son très grave accident de santé, prépare son fils aîné Bassel pour lui succéder. Le […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Nadine PICAUDOU, Aude SIGNOLES, « PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/proche-et-moyen-orient-contemporain/