ABBAS MAHMOUD (1935- )

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Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas est né le 26 mars 1935 à Safed, ville de haute Galilée, aujourd'hui située à l'intérieur des frontières de l'État hébreu. Ses parents fuient la Palestine en 1948 durant la première guerre israélo-arabe. Réfugié à Damas, dans la Syrie voisine, le jeune homme travaille comme carreleur pour payer ses études secondaires, puis il part en Égypte poursuivre un cursus universitaire en droit. Au début des années 1980, à Moscou, il complétera sa formation avec un doctorat d'histoire.

C'est à la fin des années 1950, alors qu'il travaille auprès d'ambassades arabes au Qatar, que Mahmoud Abbas s'engage en faveur de la cause palestinienne. Au côté de Yasser Arafat, il participe à la création du Fatah (1959), un mouvement de résistance à Israël né de la fusion de plusieurs groupuscules d'obédiences politiques diverses. Il rejoint la lutte armée en 1961 ; son nom de guerre, Abou Mazen, est encore aujourd'hui fréquemment utilisé pour le désigner.

Surtout, Mahmoud Abbas joue un rôle clé au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.), créée en 1964 à l'instigation de la Ligue arabe et reprise en main par Yasser Arafat à partir de 1969, avec pour objectif l'unification de la lutte politique des Palestiniens et son autonomisation à l'égard des dirigeants arabes. Il accompagne ainsi le « Raïs » dans son exil en Jordanie, au Liban, puis en Tunisie. Homme de coulisses doté d'un puissant réseau de contacts dans les pays du Golfe, il travaille – avec succès – à la collecte de fonds publics et privés pour le compte de l'O.L.P. En 1980, il est nommé directeur des Relations avec le monde arabe et membre du Comité exécutif, la plus haute instance décisionnelle de l'O.L.P.

Mahmoud Abbas est aussi l'un des pionniers du dialogue avec une partie de la gauche israélienne. Dès les années 1970, il s'est employé à rechercher une solution pacifique de résolution du conflit, alors que les mots d'ordre de l'O.L.P. sont encore ceux de la lutte armée. Lorsque des négociations de paix israélo-arabes s'ouvrent officiellement au début des années 1990, il est de ceux qui militent pour l'adoption d'un « canal secret » direct entre Israéliens et Palestiniens. Mahmoud Abbas est l'un des architectes des accords de paix israélo-palestiniens dits accords d'Oslo, matérialisés par la Déclaration de principes, acte de naissance de l'Autorité palestinienne, qu'il signe, le 13 septembre 1993 à Washington, avec le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres.

Numéro deux de l'O.L.P. à partir de 1995, il conduit jusqu'en septembre 2000, début de la seconde intifada, l'équipe de diplomates palestiniens qui cherche à conclure une paix définitive avec Israël. L'échec des négociations et la reprise de la violence armée entre les deux parties l'amènent à se désolidariser de Yasser Arafat. À l'opposé du leader palestinien, il exige des factions armées (islamistes, en particulier) l'arrêt des attentats-suicides contre les populations civiles israéliennes. Il estime que la militarisation de l'intifada est préjudiciable aux Palestiniens, parce qu'elle porte atteinte au soutien de la communauté internationale.

Ses appels à l'arrêt de la violence le desservent auprès d'une frange croissante de la population palestinienne qui pâtit durement de la répression israélienne. En revanche, ils le font apparaître comme l'interlocuteur idéal aux yeux des Israéliens et des Américains. Dans le contexte sécuritaire de l'après-11-Septembre 2001, l'État hébreu et Washington accusent, en effet, Yasser Arafat de soutenir des groupes d'action « terroristes ». Les deux chancelleries cherchent à l'exclure du jeu politique en l'assignant à résidence à l'intérieur de son Q.G. ainsi qu'en suscitant la création d'un poste de Premier ministre. C'est dans ce contexte que Mahmoud Abbas devient, le 29 avril 2003, le premier « Premier ministre » de l'histoire palestinienne. À ce poste, il engage avec une partie de la gauche israélienne des discussions sur la « feuille de route pour la paix » proposée par la communauté internationale et qui prévoit la création d'un État palestini [...]

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  • : maître de conférences habilitée à diriger des recherches, Sciences Po Aix

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Aude SIGNOLES, « ABBAS MAHMOUD (1935- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mahmoud-abbas/