NÉERLANDAISE ET FLAMANDE PEINTURE

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Du xve au xviie siècle, l'art néerlandais a connu un développement remarquable, dans lequel on observe cependant une grande continuité : même le passage du gothique à la Renaissance se fit sans révolution. Le fait de rassembler trois siècles d'art néerlandais en une seule étude se justifie donc parfaitement. Mais continuité n'implique pas unité et uniformité, et il est pour cette raison impossible de donner une caractéristique de l'art néerlandais qui soit valable pour plus d'une décennie.

La peinture néerlandaise a des « frontières naturelles » dans le temps, mais pas sur la carte. Elle commence avec l'introduction de la technique de la couleur à l'huile (vers 1420) et s'achève avec l'avènement du provincialisme quand non seulement le rôle culturel, mais aussi le rôle politique des Pays-Bas est terminé (vers 1700). Les frontières territoriales changent continuellement : aux environs de 1400, les Pays-Bas sont un conglomérat de petits États placés sous l'hégémonie bourguignonne ; dans la suite elle passera aux Habsbourg. La forte tendance à l'unification qu'exerce cette maison conduit le peuple à la résistance et même à un soulèvement qui déchire le territoire le long de frontières qui sont tout à fait arbitraires (la frontière linguistique ne joue aucun rôle dans le partage). Les Pays-Bas méridionaux ou « espagnols » restent dans l'empire des Habsbourg, les provinces du Nord veulent demeurer une confédération de petits États (sans souverain) et de villes marchandes, telles qu'elles étaient avant le partage. Après la séparation (de fait en 1609, officielle en 1648), les deux parties ont développé leur caractère propre et, peu à peu, leur art s'est épanoui différemment.

L'époque des fondateurs (XVe s.)

Il est évident que ce n'est pas seulement l'introduction de la technique de la peinture à l'huile qui a fait naître l'art néerlandais. Il y avait déjà avant cette nouvelle technique un art très poussé de la peinture murale, du vitrail (qu'on peut à peine reconstituer) et de la miniature. Il existait, dans ce domaine, des artistes de grand renom. On connaît surtout les noms de ceux qui sont partis pour la cour de Philippe le Hardi (1363-1404) et de Jean de Berry (1340-1416). Les frères Limbourg, leur oncle Maelwael (Jean Malouel), le sculpteur Claus Sluter ont droit à la célébrité. En 1399, Melchior Broederlam apporta à Dijon les célèbres volets du retable dont le centre avait été sculpté dans cette ville par Jacques de Baerze ; Broederlam les avait peints à Ypres. C'est du gothique international, représenté par les peintres cités plus haut, qu'est née la peinture néerlandaise. Cet art se caractérise par une élégance, un raffinement et une richesse qui reflétaient le mode de vie de l'aristocratie européenne. À partir de 1433 (abdication de Jacoba van Beieren, ou Jacqueline de Bavière, comtesse de Hollande), le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, régna sur un territoire plus important dans les Pays-Bas qu'en France, et il résida surtout à Gand et à Bruxelles. S'il semble qu'au tournant du siècle l'art néerlandais aurait pu se fondre dans l'art bourguignon, trente ans plus tard, c'est la culture bourguignonne qui a été absorbée par l'art néerlandais nouveau.

La peinture sur panneau

Ce qui frappe d'abord dans cette nouvelle période, c'est la prédominance de la peinture sur panneau ; les miniaturistes ont dû céder le pas aux peintres. Cela signifie que chaque œuvre dans la nouvelle technique représentait une conquête de l'art. Lorsqu'un artiste comme Jan van Eyck passe de la miniature à la peinture sur panneau, il lui faut adapter les schémas de composition à la fois au nouveau format et à la nouvelle technique. Il lui faut aussi trouver un nouvel équilibre entre le plan d'ensemble du tableau et les détails. Un Pol de Limbourg, par exemple, se sentait libre de remplir une composition de caractère surtout décoratif d'une quantité de détails réalistes. Chez un artiste comme Robert Campin, le projet lui-même est tiré de la réalité qu'il observe quotidiennement. C'est là un revirement capital qui n'eût pas été possible dans la tradition de l'enluminure. Le réalisme ainsi défini exige encore une co [...]

La Madone à l'écran d'osier, R. Campin

Photographie : La Madone à l'écran d'osier, R. Campin

Robert CAMPIN, La Madone à l'écran d'osier, huile sur bois. National Gallery, Londres. 

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La Madone à l'écran d'osier, R. Campin

La Madone à l'écran d'osier, R. Campin
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Saint Joseph, panneau droit du triptyque de Mérode, R. Campin

Saint Joseph, panneau droit du triptyque de Mérode, R. Campin
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Vierge à l'Enfant, H. Memling

Vierge à l'Enfant, H. Memling
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Le Chariot de foin, J. Bosch

Le Chariot de foin, J. Bosch
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Écrit par :

  • : professeur à l'Institut d'histoire de l'art de l'université de Groningue, Pays-Bas

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Lyckle DE VRIES, « NÉERLANDAISE ET FLAMANDE PEINTURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peinture-neerlandaise-et-flamande/