PAYS-BAS

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Pays-Bas : carte physique

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Pays-Bas : drapeau

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Pays-Bas : conquête des terres

Pays-Bas : conquête des terres
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Moulins à vent de Kinderdijk, Pays-Bas

Moulins à vent de Kinderdijk, Pays-Bas
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Nom officielRoyaume des Pays-Bas (NL)
Chef de l'Étatle roi Willem-Alexander (depuis le 30 avril 2013)
Chef du gouvernementMark Rutte (depuis le 14 octobre 2010)
CapitaleAmsterdam
Siège du gouvernementLa Haye
Religion officielleaucune
Unité monétaireeuro (EUR)
Population17 137 000 (estim. 2017)
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Deux fils conducteurs particuliers marquent l'histoire des Pays-Bas. D'une part, outre les changements des frontières politiques à l'est et au sud, qui constituent toujours une bonne partie de l'histoire d'un peuple, les Pays-Bas connaissent un problème spécifique : les invasions et les reconquêtes sur la mer qui, depuis deux mille ans, n'ont cessé de remodeler profondément les contours à l'intérieur du pays et la frontière naturelle (mer du Nord) à l'ouest et au nord. Au cours des siècles, les transgressions marines (Dunkerque II et III) ont englouti de larges secteurs de la Zélande, du Brabant, de la Hollande et de la Frise. De surcroît, leur caractère de plat pays, situé au niveau même de la mer, exposait les Pays-Bas aux tempêtes et aux marées d'équinoxe qui, pendant des siècles, submergèrent les faibles digues. Il en résultait un habitat précaire et non permanent. D'autre part, à l'époque romaine, l'IJsselmeer, l'ancienne Zuiderzee, n'existait pas encore ; il naquit au ive siècle à la suite de la transgression Dunkerque II, coupant la Frise en deux : la Frise occidentale et la Frise septentrionale. Au sud du pays, la Zélande, constituée d'argile et de sable marins, disparut presque entièrement au cours de cette même transgression. Seules subsistèrent, entre La Haye et Alkmaar, des dunes qui protégeaient contre les marées une mince bande de terre, longue de 100 kilomètres et large de 20 kilomètres.

Pays-Bas : carte physique

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Carte physique des Pays-Bas. 

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Pays-Bas : drapeau

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Pays-Bas. Au XVIe siècle, les Gueux, partisans de Guillaume Ier d'Orange-Nassau, arboraient le Prinsenvlag, bannière du Prince aux couleurs orange, blanche et bleue. Ce sera le drapeau des états généraux des Provinces-Unies en lutte contre Philippe II d'Espagne. La bande… 

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À partir du xie siècle, la mer du Nord se retira et, aussi bien au Nord qu'au Sud, de vastes campagnes d'assèchement et d'endiguement furent entreprises. Ce fut surtout le travail des cisterciens et des prémontrés. Vers le xvie siècle, les Hollandais furent enfin capables de maîtriser le cours normal des phénomènes naturels, mais on craignait toujours les grandes marées et les tempêtes. Pendant le soulèvement contre Philippe II d'Espagne, les Gueux de mer profitèrent de la fragilité des acquis et pratiquèrent des brèches dans ces digues afin de gêner les mouvements des troupes espagnoles d'Albe et de Farnèse. Les autorités civiles constatèrent avec stupéfaction qu'il était en effet plus facile de se défendre à partir d'une poussière d'îles. Longtemps les choses restèrent en l'état. Dès 1600, on se remit à endiguer la Zélande et à fermer certains golfes en Frise, la terre arable se faisant rare et l'accroissement démographique exigeant sans cesse de nouvelles terres. Au xixe siècle, les Hollandais maîtrisaient à la perfection la technologie d'assèchement et d'endiguement (moulins à vent, vis d'Archimède). Toutefois, l'eau pouvait servir de défense ; au xxe siècle encore, l'État construisit des « lignes d'eau » (série de fortifications avec possibilité d'immersion de vastes polders) contre un ennemi venant de l'est (Grebbelinie). Le pouvoir entreprit de grands travaux publics et engagea d'immenses investissements pour construire la grande digue de mer fermant la Zuiderzee et la changeant en lac (IJsselmeer), et, après la Seconde Guerre mondiale, pour élaborer et réaliser le plan Delta qui ferma l'Escaut oriental isolant la Zélande orientale de la mer du Nord. Les Pays-Bas ont ainsi accumulé une haute technologie (know-how) pour tout ce qui touche à la mer et à l'eau : drainage, dragage, remorquage, etc.

Un autre phénomène est celui du grand et soudain essor économique des Provinces-Unies au xviie siècle. Comment fut-il possible qu'une poignée de rebelles contre la monarchie espagnole, à peine 2 millions d'habitants, gouvernés archaïquement, se soient hissés au rang du concert des nations ?

La chute d'Anvers (1585) fit émigrer des marchands et artisans vers les Provinces-Unies. La clientèle, les techniques, le savoir-faire d'Anvers passèrent à Amsterdam et firent de cette ville le grand marché, le centre commercial et financier de l'Europe. Amsterdam, qui s'était déjà emparé le siècle précédent du commerce baltique et nordique, se vit ouvrir les routes occidentales, les places méridionales. Pays de pêcheurs et de rouliers entre la Baltique et la Méditerranée, la Hollande devint rapidement avec les Compagnies des Indes le plus grand centre de commerce et de transport entre les océans Atlantique et Indien, bâtissant ainsi un vaste empire de factoreries aux Indes, en Afrique et aux Amériques. Dans l'éclosion du capitalisme commercial, les Hollandais se taillèrent une part non négligeable.

Ce grand essor économique ne pouvait se réaliser sans infrastructures adéquates : agriculture de proue, artisanat de pointe, sciences appliquées réputées et économie urbaine surorganisée, le tout gouverné par une bourgeoisie patricienne, le pouvoir central restant très faible. « Le gain est la seule et unique boussole qui conduit ces gens cy », s'exclamait La Thuillerie, ambassadeur de France, dans une lettre à Mazarin (31 mars 1648). Cette dictature des marchands allait si loin que les directeurs de la Compagnie des Indes orientales considéraient leurs conquêtes territoriales non comme des conquêtes nationales, mais comme la propriété de marchands privés qui étaient en droit de les vendre au roi d'Espagne ou à tout autre ennemi des Provinces-Unies.

Au xviiie siècle, les Pays-Bas ne pouvaient soutenir la concurrence de la première nation moderne et unifiée, la Grande-Bretagne ; Amsterdam rendait son tablier à Londres et les Pays-Bas rentraient dans le rang des nations secondaires.

Aujourd'hui, les Pays-Bas ont gardé de ce glorieux passé un souvenir précis, un patrimoine architectural soigneusement entretenu, un sens aigu du commerce mondial et une urbanisation de première importance. Le soir, les fenêtres des grands immeubles restent ouvertes, pas de rideaux, pas de volets, chacun peut regarder ce qui se passe chez son voisin ; cet usage date du xviie siècle où les gens bien-pensants n'avaient rien à cacher et où seuls les papistes et autres mal-pensants fermaient les volets pour leurs réunions dites suspectes...

—  Guido PEETERS

Géographie

Données naturelles

Relief et hydrographie

« Dieu a créé la terre, mais il a laissé aux Hollandais le soin de créer les Pays-Bas », dit un vieux dicton entretenu par d'héroïques récits sur les constructeurs de digues, les inondations, par de jolies images de polders soigneusement construits et de moulins à vent. Cela est vrai pour les provinces de Zélande, de Hollande, du Flevoland et de larges portions de la Frise et du Groningue, situées près de la mer, mais la formation géographique des Pays-Bas est plus nuancée, même si l'altitude la plus élevée, à la jonction des frontières belge et allemande dans le sud-est du Limbourg, n'atteint que 321 mètres (Vaalserberg).

Pays-Bas : conquête des terres

Pays-Bas : conquête des terres

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La conquête des terres aux Pays-Bas entre le XIIIe et le XXe siècle. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Le Mésozoïque n'affleure que dans le sud du Limbourg (craie) ou très localement dans l'Achterhoek, près de la frontière allemande (carrières de calcaire de Winterswijk). Le Carbonifère affleure très localement dans le fond de quelques vallées de l'extrême sud du Limbourg, mais l'extraction de la houille s'est faite par puits, un peu plus au nord. Le relief actuel de cette région est dû à une surrection datant du Pléistocène ; l'érosion par la Meuse et ses affluents y ont modelé un paysage vallonné.

Le socle primaire, haché de failles, s'enfonce vers le nord-ouest, sous le bassin sédimentaire de la mer du Nord, de sorte que le Carbonifère se trouve à une profondeur de l'ordre de 3 000 mètres en Frise (et le sommet du Crétacé y est à 1 000 m de profondeur). Surmontant en profondeur les terrains carbonifères, le Permien récent contient de très importantes quantités de gaz en exploitation, par exemple près de Slochteren, à l'est de Groningue. C'est dans les terrains du Permien récent que se formèrent les dépôts de sel gemme que l'on extrait notamment près de Hengelo et de Windschoten. Des gisements de pétrole sont présents dans les terrains crétacés. Les terrains tertiaires eux-mêmes n'affleurent que rarement dans l'est et dans le sud des Pays-Bas (argile dans le Twente de l'Achterhoek, sable et lignite dans le Limbourg méridional).

Ailleurs, ils sont recouverts par une sédimentation quaternaire. Celle-ci atteint l'épaisseur considérable de 500 mètres dans le nord de la Hollande. La nature de cette sédimentation permet de distinguer deux ensembles, de part et d'autre d'une ligne s'allongeant des environs de Groningue, au nord, à ceux de Breda, au sud, et qui correspond approximativement à la limite des altitudes supérieures à 1 mètre au-dessus du niveau de la mer.

À l'est de cette ligne, on est dans des terrains sablonneux, dont l'origine est une sédimentation marine et fluviale du Pléistocène, sauf dans la grande vallée du Rhin et de la Meuse, formée d'argiles fluviatiles holocènes. La topographie de cette zone sablonneuse a été fortement influencée par la glaciation de Saale (correspondant au Riss dans les Alpes), qui a déterminé, sur sa limite méridionale, la formation d'importantes rides morainiques de poussée dans la Veluwe. Plus au nord, les moraines de fond, où on trouve aussi des dépôts graveleux, sont souvent masquées par des dépôts de sables de couverture. Au sud, des épaisses sédimentations de graviers et de sables ont été déposées par la Meuse et le Rhin au Pléistocène ; le vent a remanié les sables en avant de l'avancée maximale du front glaciaire, conduisant à la formation de dunes continentales. C'est aussi à ce moment que le lœss s'est déposé dans le sud du Limbourg.

À l'ouest de la ligne, les terrains sont plus récents encore. C'est une zone de sédimentation marine argileuse holocène, déposée durant les dernières phases transgressives. Ce sont ces transgressions qui, freinant l'écoulement des eaux du Rhin et de la Meuse, expliquent aussi les dépôts d'argiles fluviatiles. On trouve également, dans ces parties les plus basses du pays, de vastes dépôts de tourbe, recouvrant des alluvions marines, en particulier en Hollande et en Frise ; ces tourbières basses, humides, s'opposent aux tourbières sèches que l'on rencontre de-ci de-là dans l'est du pays. Cette zone basse occidentale est séparée de la mer par un cordon dunaire récent.

L'homme a profondément transformé ces paysages par l'exploitation de la tourbe, le déblaiement de sable et d'argile, l'assèchement de lacs et de marais, l'endiguement des fleuves, la construction de polders. La montée du niveau de la mer (environ 65 m durant les dix derniers millénaires), qui se poursuit de nos jours, contraint à mener de vastes programmes de renforcement et de rehaussement des digues ; 24 p. 100 du territoire et une grande partie de la Randstad Holland, la plus grande conurbation du pays, sont situés sous le niveau moyen de la mer (jusqu'à — 6,7 m, donc aussi sous le niveau des marées basses).

Dès le Moyen Âge, des atterrissements locaux sont gagnés sur la mer et les bords des grandes rivières. Mais, suite à plusieurs phases de transgression marine, à l'action des marées et du vent et, en finale, à de grandes tempêtes, le cordon dunaire est rompu en Zélande au xiie siècle et, au xiiie siècle, le lac Flevo est envahi par la mer, formant le Zuiderzee. L'assèchement des polders connaît une évolution qualitative majeure à partir du xviie siècle. C'est le siècle d'or de l'économie hollandaise ; le développement de la technique des moulins à vent couplé à l'usage de la vis d'Archimède permet d'assécher des lacs dont le fond est situé sous le niveau de la mer et dont la formation avait été amplifiée par la subsidence de la tourbe et son extraction. La poldérisation des plus grands parmi ces lacs devra toutefois attendre la mise en service de machines à vapeur au xixe siècle, comme pour le Harlemmermeer, au sud-ouest d'Amsterdam, où est aujourd'hui implanté l'aéroport de Schiphol.

Moulins à vent de Kinderdijk, Pays-Bas

Moulins à vent de Kinderdijk, Pays-Bas

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Caractéristiques du paysage hollandais, les moulins de Kinderdijk (dix-neuf moulins d'épuisement au total) utilisèrent la force éolienne pour assécher le polder de l'Alblasserwaard de 1738 à 1959. 

Crédits : Robert Harding World Imagery/ Getty

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Après de nombreux projets, les travaux de poldérisation du Zuiderzee commencent au début du xxe siècle. Un moment essentiel de ces travaux est l'achèvement de la digue de fermeture en 1932, transformant le Zuiderzee en un lac d'eau douce, l'Ijsselmeer. Si la poldérisation de l'Ijsselmeer visait initialement avant tout le gain de nouvelles terres agricoles sur les fonds argileux, les préoccupations écologiques, les besoins en espaces d'activités et de récréation, le souci de créer une ville-satellite d'Amsterdam (Almere, dont la construction a débuté en 1975) et de conserver des réserves d'eau douce se sont imposés après la Seconde Guerre mondiale. C'est pourquoi les deux derniers grands polders réalisés (Flevoland-Est, 1950-1957, et Sud, 1959-1968) restent séparés de la terre ferme par un cordon d'eau douce, destiné à maintenir le niveau de la nappe aquifère dans les anciens territoires adjacents, à la différence des deux premiers (Wieringermeer, 1927-1930, et le polder du Nord-Est, 1937-1942). Surtout, l'idée d'assécher le dernier grand polder prévu, le Markerwaard, a été abandonnée en 1991, au profit du maintien d'une étendue d'eau douce, le Markermeer, séparé du reste de l'Ijsselmeer par une digue (1975) permettant la liaison routière entre le nord de la Hollande et Lelystad, chef-lieu du Flevoland, la nouvelle province récupérée sur l'ancien Zuiderzee. Le Markermeer et l'Ijsselmeer sont séparés l'un de l'autre par un système d'écluses permettant la gestion de l'eau, de même que des écluses mettent l'Ijsselmeer en communication avec la mer des Wadden.

Après l'inondation du 1er février 1953, qui causa la mort de 1 836 personnes et envahit 2 000 kilomètres carrés, le gouvernement décida la mise en œuvre du plan Delta. Ce plan a modifié le processus d'écoulement du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut. Il a visé avant tout au raccourcissement du front côtier et à la réalisation de barrages fixes ou mobiles destinés à briser les effets combinés des fortes tempêtes et des marées hautes, achevée avec la fermeture de l'Escaut oriental en 1986. Ici aussi, quelques étendues d'eau douce ont été constituées, mais la plupart restent salées, pour des raisons environnementales et pour conserver les élevages d'huîtres et de moules. Seuls restent ouverts le Nieuwe Waterweg, chenal d'accès à Rotterdam creusé au xixe siècle, avec toutefois un barrage mobile antitempêtes, et l'Escaut occidental, vers Anvers, dont les digues bordières sont rehaussées. Le plan Delta est un exemple unique au monde de génie hydraulique. Il a réduit de 800 à 80 kilomètres la longueur du front de mer entre l'extrémité occidentale de l'île de Walcheren et le Brielse Maas, au sud de la Maasvlakte, vaste terrain portuaire gagné sur la mer à l'embouchure de la Nieuwe Maas pour étendre les immenses installations portuaires de l'Europoort, la « porte de l'Europe ».

Inondations aux Pays-Bas

Inondations aux Pays-Bas

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Les îles de Goeree et Overflakkee (Pays-Bas) dévastées par des inondations (1953). 

Crédits : Reg Birkett/ Getty Images

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Le Rhin est le plus grand fleuve du pays. Son débit moyen s'élève à 2 200 mètres cubes par seconde à l'embouchure. Bien que leur qualité se soit améliorée très sensiblement, entre autres du fait de la fermeture des mines de potasse d'Alsace et de la multiplication des stations d'épuration, ses eaux restent polluées par des matières organiques et non organiques et un tiers des rejets azotés de la mer du Nord provient du fleuve. À son entrée aux Pays-Bas, le Rhin se sépare en deux larges bras, le Waal au sud et le Rhin au nord (qui devient le Lek plus à l'ouest). Avec la Meuse, dont le débit moyen dans sa basse vallée, à hauteur de Oss, est de 315 mètres cubes par seconde, ils forment, en amont de Rotterdam, un véritable delta, où, depuis des siècles déjà, les différents bras des cours d'eau sont reliés les uns aux autres par des canaux. De l'Escaut, seule l'embouchure, large de plus de 5 kilomètres à Flessingue, se trouve en territoire néerlandais. Elle isole sur sa rive gauche un petit territoire néerlandais, la Flandre zélandaise, attenant à la Belgique, mais relié au reste de la Zélande par un tunnel aboutissant à Terneuzen depuis 2003.

Le cours des grands fleuves s'écoule entre des digues et est situé au-dessus du niveau des polders fluviaux, de sorte que, de Flessingue au sud à Delfzijl, à la frontière allemande, au nord, on peut voir de grands navires, des péniches rhénanes ou des convois de barges poussées, surplombant, à marée haute, le paysage de polders situés plus bas. Le renforcement des digues est ici aussi en cours et les restrictions à l'urbanisation des plaines alluviales ont été renforcées, de manière à pouvoir éventuellement les utiliser comme zones de décharge des crues.

Climat et paysages semi-naturels

Les Pays-Bas ont un climat tempéré océanique, avec une température moyenne de l'ordre de 16 0C en été et de 3 0C en hiver. La direction prépondérante du vent est sud-sud-ouest en hiver, et nord-nord-ouest en été. La vitesse moyenne du vent s'élève à Den Helder (au nord de la Hollande) à plus de 2 mètres par seconde et, dans l'est, à 0,5 mètre par seconde. La moyenne annuelle des précipitations atteint près de 800 millimètres, avec une distribution régulière sur l'année.

Les pertes de biodiversité, les problèmes de pollution, générés sur le territoire du pays ou apportés d'ailleurs par les fleuves et par les vents, sont importants dans un pays aussi densément peuplé, et il reste peu d'espaces semi-naturels, malgré une forte attention portée dès le début du xxe siècle aux problèmes environnementaux. Des portions importantes du cordon dunaire ont été érigées en réserve naturelle, d'autant que la nappe aquifère y contribue à l'approvisionnement urbain et est d'ailleurs réalimentée par l'eau des fleuves. Les étendues amphibies de la mer des Wadden abritent des colonies de phoques. C'est aussi un lieu privilégié de couvée, de repos et un quartier d'hiver pour les oiseaux aquatiques et les échassiers des régions arctiques. Les lacs de Frise sont aussi des sites ornithologiques importants. Des espaces semi-naturels ont été conservés dans le polder de Flevoland-Sud. Au sud de Dordrecht, le Biesbos était jusqu'aux travaux du plan Delta un delta marécageux d'eaux douces influencées par la marée, résultant d'une inondation survenue en 1421. L'influence des marées y a aujourd'hui disparu.

Sur les terres situées au-dessus du niveau des mers, il faut mentionner la valeur écologique du parc de la Veluwe, région sablonneuse comportant des moraines, des épandages de sables et des dunes continentales, des landes, des tourbières sèches, des étangs et des bois de conifères et de feuillus. Dans le sud du Limbourg, la flore des plateaux crayeux diffère fortement de celle du reste du pays : ainsi, la réserve du Sint Pietersberg, près de Maastricht, abrite des orchidées sur des pelouses calcaires thermophiles.

Les hommes

Population

La densité de population des Pays-Bas est l'une des plus élevées au monde : 497 habitants par kilomètre carré en 2013, si on rapporte la population aux seules terres émergées, c'est-à-dire en excluant de la superficie totale (41 528 km2) les eaux intérieures (3 598 km2) et les eaux extérieures (4 174 km2). Ceci résulte d'une évolution démographique longtemps caractérisée par une forte fécondité et des taux de mortalité d'autant plus bas que la population était jeune. L'indice synthétique de fécondité (nombre d'enfants par femme) est resté supérieur à 3 jusque dans la première moitié des années 1960. Il s'effondre ensuite très rapidement, en même temps que les Pays-Bas vivent une profonde et brusque révolution sociologique, passant sous le seuil de 2,1 dès le début des années 1970 et étant à peine supérieur à 1,5 au début des années 1980. Il s'est stabilisé aujourd'hui autour de 1,7. De la sorte, le nombre d'habitants des Pays-Bas est passé de 3 060 000 en 1849 à 10 030 000 un siècle plus tard et à 12 960 000 en 1970. En 2013, il est de 16 800 000. Aujourd'hui, les taux de natalité (10,8 p. 1 000) et de mortalité (8,1 p. 1 000) se rapprochent l'un de l'autre, de sorte que l'accroissement naturel diminue progressivement (15,3 p. 1 000 en 1950, 10 p. 1 000 en 1970, 4,6 p. 1 000 en 1990 et 3 p. 1 000 aujourd'hui). Les fluctuations de la population dépendent donc de plus en plus des bilans migratoires. Ceux-ci étaient en général positifs depuis le début des années 1960, mais ils sont devenus négatifs depuis 2004, situation unique en Europe du nord-ouest.

Pays-Bas : population

Pays-Bas : population

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Villes et densités de population aux Pays-Bas en 2007 (source : Centraal Bureau voor de Statistiek [CBS]). 

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Pays-Bas : évolution de la population

Pays-Bas : évolution de la population

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Évolution de la population néerlandaise (source : C.B.S.)… 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'espérance de vie est une des plus élevées au monde : 79,2 ans pour les hommes, 82,8 ans pour les femmes (2011). La population a vieilli : le groupe des personnes âgées de plus de 65 ans a crû de 7,7 p. 100 de la population totale en 1950 à 10,1 p. 100 en 1970 et est de 14,5 p. 100 en 2007. À l'inverse, la part des moins de 20 ans est passée, pour les mêmes années, de 37,3 p. 100 et 35,9 p. 100 à 24,2 p. 100.

La population néerlandaise est très concentrée dans l'ensemble urbain polycentrique de la Randstad Holland, parfois aussi appelée Delta metropolis. Le nom de Randstad, soit « ville anneau », rend compte du parti pris de conserver au cœur de la conurbation un espace ouvert central. Toutefois, malgré les pratiques très strictes de l'aménagement du territoire aux Pays-Bas, les pressions s'accentuent sur cet espace central. Les principaux noyaux urbains morphologiques de la Randstad, définis ici sur la base d'une urbanisation dense sans solution de continuité, sont organisés autour des agglomérations d'Amsterdam (1 555 000 hab. en 2012), de Leyde (342 000 hab.), de La Haye (1 044 000 hab.), de Rotterdam (1 175 000 hab.), de Dordrecht (285 000 hab.), d'Utrecht (647 000 hab.), pour ne citer que les plus importants. Mais la conurbation dans son ensemble fonctionnel, incluant la population des bassins d'emploi imbriqués de toutes ces villes, regroupe 6 790 000 habitants, soit 42 p. 100 de la population totale du pays sur 15 p. 100 environ de son territoire. L'étroite proximité des villes de la Randstad (il y a 76 km par l'autoroute entre Amsterdam et Rotterdam ; 64 km entre La Haye et Utrecht), leur desserte par un réseau ferroviaire et autoroutier très dense, mais aussi très encombré, l'ampleur des flux de personnes et de marchandises entre ces villes, ne doivent toutefois pas conduire à imaginer qu'elles fonctionnent comme un corps urbain unique, parfaitement intégré. Il n'y a pas de gestion métropolitaine globale ; Amsterdam et Rotterdam constituent deux pôles concurrents. La première, renommée pour ses canaux et l'unité historique de ses quartiers centraux, datant de sa prospérité du xviie siècle, de sorte que beaucoup d'immeubles de bureaux ont été repoussés vers une couronne extérieure au centre urbain, s'impose en termes de compétitivité internationale dans le secteur des services et de la finance et dispose à sa proximité de l'aéroport de Schiphol, le quatrième en Europe pour le trafic de passagers et le troisième pour le fret. En revanche, Rotterdam, ville moderne, bombardée en 1940 et reconstruite après la Seconde Guerre mondiale, plus industrielle (raffinage et pétrochimie), domine incontestablement en matière de fonctions portuaires. Avec un trafic de plus de 400 millions de tonnes, il figure parmi les cinq premiers ports au monde, après Shanghaï et Singapour et le premier du North Range, cette façade portuaire qui s'étire du Havre à Hambourg, dont il concentre environ un tiers du trafic total. Le port est très spécialisé dans le trafic d'hydrocarbures (46 p. 100 du tonnage total est constitué de vracs liquides), mais il surpasse aussi Hambourg et Anvers pour le trafic de conteneurs. Rotterdam est relié à l'Allemagne par le Rhin, des oléoducs, l'autoroute et le chemin de fer. La nouvelle ligne ferroviaire de la Betuwe, spécialement adaptée au trafic lourd et inaugurée en 2007, est entièrement dédiée au trafic de fret et conduit en 160 kilomètres à la frontière allemande. La Haye, siège du gouvernement et du Parlement, même si la capitale constitutionnelle est Amsterdam, concentre les fonctions administratives.

Maisons sur le Herengracht à Amsterdam (Pays-Bas)

Maisons sur le Herengracht à Amsterdam (Pays-Bas)

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Quai du canal Herengracht à Amsterdam, où les plus belles demeures sont des maisons bourgeoises aux étroites façades, de quatre à six étages et surmontées d'un fronton baroque, caractéristique de l'architecture Renaissance hollandaise du XVIIe siècle. 

Crédits : Insight Guides

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D'autres conurbations parsèment encore le territoire néerlandais. Un ensemble urbain polycentrique couvre le Brabant septentrional avec, d'est en ouest, les agglomérations d’Eindhoven (415 000 hab.), Tilburg (298 000 hab.) et Breda (322 000 hab.), structurant, avec Bois-le-Duc et Roosendaal un bassin d'emploi global de plus de 2 millions d'habitants. Dans le sud du Limbourg, une conurbation rassemble les villes de Geleen-Sittard, Maastricht et Heerlen, soit ici un bassin de plus de 600 000 personnes, qui s'intègre en outre dans l'ensemble polycentrique transfrontalier de l'Euregio Meuse-Rhin, avec Aix-la-Chapelle en Allemagne, Liège en Wallonie et Hasselt-Genk en Flandre. Nimègue et Arnhem forment un doublon urbain en Gueldre, contrôlant ensemble un bassin d'emploi de 640 000 habitants. Enfin, l'ancien district textile du Twente, avec Enschede et Almelo, forme un bassin d'emploi de 470 000 habitants en territoire néerlandais, qui déborde en outre quelque peu sur le versant allemand de la frontière.

Les densités de population les plus faibles se rencontrent dans l'extrême sud-ouest (212 hab./km2 en Zélande) et dans le nord-est (246 hab./km2 dans la province de Groningue, 192 hab./km2 en Frise, 183 hab./km2 dans la Drenthe), ainsi que dans le Flevoland (257 hab./km2), surtout si on en exclut, au sud-ouest, la ville d'Almere, satellite d'Amsterdam.

La société néerlandaise contemporaine

La population des Pays-Bas parle le néerlandais, outre une pratique résiduelle du frison par une petite minorité dans le nord-est. La langue néerlandaise appartient au groupe germanique occidental et présente des analogies avec l'anglais et l'allemand. Le néerlandais est également parlé dans la Flandre belge et dans quelques villages de la Flandre française (département du Nord). Il est encore compris dans les Antilles néerlandaises et au Suriname. Au total, plus de 22 millions de personnes parlent le néerlandais au début du xxie siècle. En Afrique du Sud, l'afrikaans, issu de cette langue, a subi de nombreuses influences (bantou, anglais, allemand, français).

Les Pays-Bas furent l'un des premiers États modernes à reconnaître la liberté de conscience religieuse, que les états généraux firent figurer dans le texte de l'Union d'Utrecht (1579). Toutefois, l'Église néerlandaise réformée resta religion d'État jusqu'à la Révolution française (encore aujourd'hui, le roi ou la reine appartient à cette religion). La suprématie protestante et l'exclusion des catholiques de la vie politique perdurèrent jusqu'au xixe siècle. Ce ne fut qu'en 1848 qu'une véritable liberté religieuse vit le jour aux Pays-Bas et que les catholiques purent pratiquer leur religion comme ils le souhaitaient. À partir de ce moment, la vie politique néerlandaise va être organisée en « piliers » (verzuiling) sur la base des appartenances confessionnelles. Après la Seconde Guerre mondiale, la fécondité plus grande des populations catholiques, plutôt concentrées dans le sud du pays, assura la suprématie numérique de cette confession sur les protestants.

Pays-Bas : appartenances confessionnelles

Pays-Bas : appartenances confessionnelles

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tabl. 2 - Les appartenances confessionnelles aux Pays-Bas. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les Pays-Bas sont en fait caractérisés par une très grande diversité des formes religieuses. Il y a des catholiques romains, des réformés néerlandais relevant de différentes Églises, des arminiens, des anabaptistes, des luthériens, des pentecôtistes, des témoins de Jéhovah, des juifs, ainsi que de nombreuses sectes de création récente. Mais l'évolution la plus significative depuis les années 1960 relève d'une part de l'effondrement radical de la pratique religieuse, plus encore parmi les protestants que chez les catholiques, et de l'augmentation notable du nombre de non-croyants dans ce pays longtemps rigoriste, d'autre part de la forte croissance du nombre de musulmans, en liaison avec l'immigration. De la sorte, l'islam est aujourd'hui la religion la plus vivante, même si une fraction non négligeable des jeunes issus de l'immigration musulmane – mais toutefois moindre que parmi les Néerlandais d'origine – montre aussi un désintérêt pour la religion.

Le solde migratoire positif depuis le début des années 1960 a fortement diversifié la population des Pays-Bas, principalement en raison de l'installation d'une main-d'œuvre provenant des régions méditerranéennes et d'immigrants du Suriname – dont ceux qui ont émigré en 1975, suite à l'indépendance, et qui ont conservé de droit la nationalité néerlandaise –, des Antilles néerlandaises et des Moluques du sud, qui possèdent aussi la nationalité néerlandaise. Les statistiques distinguent les étrangers de droit (qui n'ont pas la nationalité néerlandaise) et les allochtones (qui, eux, sont citoyens néerlandais), de première et de seconde génération. Si, en 2007, les étrangers ne forment que 4,2 p. 100 de la population du pays, les allochtones en représentent en revanche 19,4 p. 100, dont 10,6 p. 100 de « non-Occidentaux ». Les quatre communautés les plus représentées sont les Turcs (369 000 pers.), les Surinamais (334 000 pers.), les Marocains (329 000 pers.) et les Antillais (130 000 pers.). Elles sont particulièrement concentrées dans la Randstad. Malgré la tolérance traditionnelle de la société néerlandaise, certaines attitudes politiques guidées par le repli identitaire sont perceptibles ces dernières années. Les Allemands et les Britanniques sont les plus nombreux parmi les « Occidentaux ».

Les activités économiques

Une économie tertiaire

Comme dans tous les pays développés, l'économie néerlandaise est aujourd'hui dominée par le secteur tertiaire, qui fournissait, en 2006, 73,6 p. 100 du P.I.B. et occupait 79,6 p. 100 des actifs.

L'ancienneté de cette importance du tertiaire constitue la spécificité de l'économie néerlandaise : le premier essor économique des Pays-Bas, à la fin du xvie siècle et au xviie siècle, est fondé sur le commerce maritime, à un moment ou les Néerlandais étaient appelés les « rouliers maritimes de l'Europe », et sur le rôle majeur de la Bourse d'Amsterdam, alors la première du monde. De même, la révolution industrielle est tardive aux Pays-Bas : durant la période où les Pays-Bas et la Belgique furent réunis (1815-1830), le sud était industriel, alors que le nord contrôlait le commerce international. L'absence de charbon, le contrôle des Indes néerlandaises (l'actuelle Indonésie), le débouché du Rhin ont confirmé la spécialisation commerciale du pays durant le xixe siècle. Le véritable essor de l'industrie ne débute pas avant les années 1890.

L'économie néerlandaise est une des plus ouvertes du monde. Les importations et les exportations représentent ensemble 124 p. 100 du volume du P.I.B. en 2006, avec des exportations supérieures de près de 12 p. 100 aux importations. Les secteurs exportateurs les plus importants sont ceux des machines et matériels de transport (31 p. 100), des produits chimiques et des hydrocarbures, dont le solde très positif traduit l'importance de la pétrochimie et du raffinage (30 p. 100), des produits agricoles et animaux (11 p. 100). Malgré leur petite taille, les Pays-Bas sont le troisième exportateur mondial de produits agricoles, après les États-Unis et la France. Le commerce extérieur se fait avec l'Union européenne à raison de 55,5 p. 100 pour les importations, mais de 76,1 p. 100 pour les exportations, l'Allemagne et la Belgique étant de loin les principaux partenaires, avec un solde très positif en faveur des Pays-Bas. Hors Union européenne, les trois principaux fournisseurs sont les États-Unis (8,3 p. 100 du total des importations), la Chine (8,1 p. 100) et la Russie (3,8 p. 100). Alors que le solde commercial est très positif avec l'Union européenne, il est négatif avec le reste du monde, les États-Unis y étant le principal client (5,1 p. 100 des exportations).

Il existe un important secteur de prestations internationales de services, non seulement dans les services classiques, financiers et aux entreprises, mais aussi dans des créneaux très spécifiques comme le remorquage de haute mer et les travaux de dragage.

Les Pays-Bas accueillent beaucoup d'investissements étrangers (près du tiers des multinationales américaines et japonaises implantées en Europe ont établi leur siège continental aux Pays-Bas), mais ils sont en même temps de grands investisseurs à l'étranger et ont pu conserver le contrôle de quelques firmes transnationales parmi les plus importantes au monde : Royal Dutch Shell et Unilever (en association avec des capitaux britanniques), Philips, AKZO dans les domaines du pétrole et de l'industrie ; ING, ABN Amro, Fortis, en association avec des capitaux belges, dans le domaine financier ; Ahold, dans le domaine commercial.

Amsterdam est une des places majeures du tourisme européen, mais la balance touristique néerlandaise est cependant négative, les Néerlandais étant parmi les plus grands voyageurs internationaux.

Mines et énergie

Mentionnons pour mémoire l'extraction de matériaux de construction, gravier, sable, argile, dont les traces se marquent parfois dans le paysage par une multiplication d'étangs et de lacs, comme le long de la Meuse dans le Limbourg central, ou encore des carrières de calcaire (sud du Limbourg, Achterhoek). Le sel est exploité près de Hengelo, à 400 mètres de profondeur. Du début du xxe siècle à 1975, la houille a été extraite dans le sud du Limbourg, mais la découverte du gaz naturel et les importations ont entraîné la fermeture des mines exploitées par l'État.

Les Pays-Bas possèdent quelques champs pétrolifères sur le continent et sur le plateau continental, mais la production ne couvre que 10 p. 100 de la consommation. En revanche, l'exploitation du gaz naturel est considérable, sur le continent (mise en exploitation du gisement de Slochteren en 1967), mais aussi en mer du Nord. Les Pays-Bas sont le cinquième producteur mondial de gaz naturel, après la Russie, les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. La production de 86 milliards de mètres cubes en 2006 dépasse de 68 p. 100 les besoins de la consommation intérieure.

Mentionnons encore la place importante prise par la fourniture d'énergie éolienne (près de 6 p. 100 de la production d'électricité), dont les moulins générateurs sont très visibles dans un paysage aussi plat. En revanche, le gouvernement néerlandais a renoncé au développement du nucléaire : un seul réacteur fonctionne, qui ne produit qu'un peu plus de 4 p. 100 de la production d'électricité.

Industrie

Avant la Seconde Guerre mondiale, l'industrie manufacturière néerlandaise était plutôt tournée vers des secteurs à faible intensité en capital et peu consommateurs en énergie (textile, industries alimentaires, etc.), outre la construction mécanique, électrique et navale. Les années 1960 et 1970 ont été caractérisées par l'essor vigoureux des investissements étrangers et par un énorme développement de l'industrialisation portuaire – en particulier le raffinage et la pétrochimie, mais aussi la sidérurgie maritime – et de la fabrication des machines. Mais dans ce pays à l'économie très tertiaire, la production manufacturière ne fournit plus que 13,3 p. 100 du PIB et n'emploie que 10,9 p. 100 des actifs.

Agriculture et pêche

Bien qu'elle emploie de moins en moins de personnes (3,3 p. 100 des actifs en 2006) et qu'elle ne représente plus que 2,2 p. 100 du PIB, l'agriculture néerlandaise reste un secteur remarquable, par son extraordinaire intensité. À l'intérieur même de la Randstad Holland, de vastes espaces sont occupés par des serres vouées à la culture maraîchère ou par d'autres cultures très intensives, comme celle des bulbes et des fleurs, sur les terres légères en arrière du cordon dunaire. La prairie domine et l'élevage intensif est présent partout, avec des rendements laitiers supérieurs de 18 p. 100 à la moyenne de l'Union européenne (de 3 p. 100 en France) ; quant aux rendements céréaliers, ils sont, en 2006, les plus élevés des pays de l'UE, après l'Irlande, et dépassent la moyenne de l'Union de 68 p. 100. L'intensité de l'élevage porcin pose avec acuité la question de la décharge des lisiers.

La pêche hauturière ne montre pas la même tendance à la régression que chez les autres gros producteurs de l'UE, qui subissent les effets de l'épuisement des ressources et l'impact des quotas imposés par Bruxelles. Les Pays-Bas viennent en cinquième position parmi les pays membres de l'Union, après le Danemark, l'Espagne, le Royaume-Uni et légèrement derrière la France, avec 549 000 tonnes de prises en 2005. La sole, la morue et le hareng constituent les espèces les plus rentables. La pêche fluviale n'a plus guère d'importance. L'ostréiculture et la mytiliculture sont pratiquées dans des parcs spécialement construits à ces fins dans l'Escaut oriental (Tholen, Zierikzee).

Le marché du travail

La population active néerlandaise est importante (7 486 000 actifs en 2006), soit un taux d'activité de 77,4 p. 100 parmi la population de 15 à 64 ans (moyenne de l'Union européenne à vingt-sept de 70,2 p. 100 ; France : 69,4 p. 100), avec en outre un taux de chômage bas (3,9 p. 100 des actifs en valeur standardisée, contre 9,4 p. 100 en France). Ces taux d'activité élevés sont obtenus grâce à un taux d'activité féminin élevé lui aussi. Toutefois, ces performances doivent être relativisées par un recours important au travail à temps partiel (37 p. 100 des actifs occupés travaillent moins de 35 heures par semaine, parmi lesquels 10 p. 100 moins de 20 heures), chez les femmes avant tout. De la sorte, le nombre moyen d'heures travaillées par semaine aux Pays-Bas n'est que de 29,7 (34,1 pour les hommes, 24,3 pour les femmes). Globalement, le marché du travail néerlandais apparaît très flexible, malgré un taux de syndicalisation moyen (22,1 p. 100 des salariés en 2002, contre 9,6 p. 100 en France), mais toutefois en baisse (39 p. 100 en 1980).

Ainsi, ce petit pays a, depuis la fin du xvie siècle, construit son territoire et sa prospérité sur l'intensité du travail fourni par une population industrieuse, voire longtemps rigoriste. Il a toujours été et est encore une interface entre la mer et le continent, avec une économie dont les bases les plus fermes sont les services, la redistribution et les transports.

—  Christian VANDERMOTTEN

Des Romains aux Carolingiens

La pénétration des légions romaines (à partir de 57 av. J.-C.) se limita au sud des grands fleuves (Meuse et Rhin). En dépit de quelques expéditions lancées au-delà, en particulier par le général Drusus, le Rhin demeura la frontière de l'Empire romain, laquelle fut fortifiée contre les raids germaniques : c'est ainsi que Nimègue, Valkenburg et Utrecht remontent à des castella romains. Dans les années troublées qui suivirent la mort de Néron (69-70 apr. J.-C.), c'est aussi un Batave, chef des federati-Batavi, Claudius Julius, qui tenta de s'emparer du pouvoir à Rome avant d'être vaincu. Durant les invasions germaniques qui déferlèrent au cours des ive et ve siècles, les Francs Saliens envahirent le sud des Pays-Bas. Les Frisons, au nord des grands fleuves, demeurèrent en place. Au cours des périodes mérovingienne et carolingienne, l'histoire ne parle guère des contrées situées au-delà des grands fleuves. La christianisation finit par atteindre les Frisons avec Willibrord, Boniface et Ludger, au cours des viie et viiie siècles. Les luttes de Charlemagne contre les Saxons se déroulèrent également dans l'est des Pays-Bas. Lors des traités de partage de l'empire de Charlemagne entre les fils de Louis le Pieux (Verdun 843, Meersen 870, Ribémont 880), les Pays-Bas échurent finalement à la Francie orientale ou Germanie, par le biais de la Lotharingie. Les Normands n'épargnèrent pas les Pays-Bas mais s'acharnèrent surtout à saccager Dorestad (879-882). En 925, le roi de Germanie Henri Ier l'Oiseleur incorpore définitivement la Lotharingie, l'ancien royaume du milieu, au Saint-Empire romain germanique. Cette situation persistera, du moins de façon formelle, jusqu'au traité de Westphalie (ou de Münster), 1648.

Les vicissitudes politiques du XIe au XVIe siècle

L'émiettement du pouvoir (XIe-XIVe s.)

Le roi Henri Ier l'Oiseleur, qui était parvenu, manu militari, à restaurer son autorité en Lotharingie (925), soucieux de garder réunis les différents territoires, partiellement autonomes, qui la constituaient, jeta les bases d'une politique à laquelle son fils Othon Ier le Grand donnerait corps : le système des Églises impériales. Par l'intronisation d'évêques investis également d'un pouvoir temporel, le roi de Germanie tenta de briser la puissance des seigneurs locaux. De ce fait, l'évêché d'Utrecht, appuyé par les rois et empereurs germaniques, constitua, jusqu'aux environs de 1100, l'entité la plus puissante des Pays-Bas du Nord, Liège et Cambrai étant ses homologues aux Pays-Bas du Sud. Les rois germaniques parvinrent en outre à conjurer ainsi le risque qu'une nouvelle dynastie ne détrônât l'ancienne, toute succession héréditaire étant en effet exclue. En tout état de cause, cela signifiait que l'autorité au moins nominale des évêques d'Utrecht s'exerçait, au milieu du xie siècle, sur un territoire compris entre la région de Groningue (Groninger Ommelanden) et la Zélande d'une part, entre le Rhin et la pointe de l'actuelle Hollande septentrionale d'autre part. Toutefois, le règlement de la querelle des Investitures réduisit considérablement l'influence temporelle des évêques du Saint-Empire ; des États féodaux des Pays-Bas septentrionaux profitèrent de cette carence du pouvoir pour émerger. Entre 1100 et 1300, les comtes de Hollande et de Gueldre grignotèrent lentement le territoire du Nedersticht autour d'Utrecht ; vers 1200, il était déjà transformé en une mosaïque de souverainetés rivales : principautés locales, villes de l'IJssel et Gueldre. L'évolution des contrées qui constituent maintenant les provinces méridionales des Pays-Bas était identique. Dans le duché de Brabant, qui s'étendit de Nivelles à Bois-le-Duc, la marche vers l'autonomie avait même commencé plus tôt. Dès le xiie siècle, on peut parler ici d'un vaste territoire autonome. Par contre, l'actuel Limbourg néerlandais resta très morcelé jusqu'à la fin du Moyen Âge. Aucun seigneur local ne parvint à y étendre son pouvoir au détriment de ses voisins. Toutefois, à compter de 1288, l'ancien duché de Limbourg fut englobé dans le comté de Brabant.

Tentatives de centralisation

Au cours de leurs quelque deux mille ans d'histoire, les Pays-Bas actuels ont été quatre fois soumis à une autorité centrale : sous Charlemagne, sous les ducs de Bourgogne, sous leurs successeurs les Habsbourg et enfin depuis l'établissement du royaume au xixe siècle. La République du xviie siècle était plutôt un conglomérat de sept petits États. La période qui va des Carolingiens aux Bourguignons se caractérise par la désintégration de l'ensemble et par la constitution d'unités régionales. Le défaut de centralisation et la situation sociale du haut Moyen Âge se traduisent dans l'appareil administratif, judiciaire et fiscal. Sous les Carolingiens, l'empire fut divisé – à l'instar de l'Empire romain – en pagi (districts) administrés par un comte. On a calculé que les Pays-Bas septentrionaux et méridionaux étaient composés d'une cinquantaine de districts, ce qui donne une idée de l'exiguïté des circonscriptions. Sous Charlemagne, les comtes étaient encore amovibles, mais, sous Louis le Pieux et ses successeurs, ces offices étaient en bien des cas devenus héréditaires. Les souverains carolingiens ne disposaient que d'un seul moyen d'éviter la sécession de ces territoires épars : se déplacer de résidence en résidence, de palais en palais afin de donner, par leur présence physique, l'impression d'une autorité centrale vigilante. La justice s'exerçait encore à l'échelon local. Il n'était guère question de transfert de ressources financières vers le pouvoir central. C'étaient les domaines royaux qui continuaient à fournir aux Carolingiens le plus clair de leurs revenus.

Quel contraste avec la période bourguignonne (xve s.) ! Certes, ici aussi, la centralisation était plus souvent objectif que réalité, mais il est certain que bien des tentatives en ce sens furent couronnées de succès. Au cours de cette période bourguignonne, un certain nombre de principautés régionales (la Hollande et la Zélande en 1428, le Brabant en 1430) tombèrent sous la suzeraineté de Philippe le Bon par le jeu des unions personnelles et des alliances dynastiques. Les ducs de Bourgogne bénéficiaient d'un avantage énorme : ils pouvaient tabler sur les institutions créées au niveau régional pendant les siècles précédents. C'est ainsi que le comte de Flandre (ce territoire constituant la base de départ des ducs de Bourgogne dans les Pays-Bas), Louis de Male, disposait déjà d'un chancelier et que Philippe le Hardi réussit à intégrer le Conseil de Flandre dans son propre Conseil, le Conseil ducal ou curia ducis. Le Conseil ducal, présidé par le premier fonctionnaire de l'État bourguignon, le chancelier, était au départ un organisme sans attributions bien définies, chargé de donner des avis au duc. Les finances tout comme la justice étaient de sa compétence. Philippe le Bon modifia cette institution. Après 1455, le Conseil ducal donna naissance au Grand Conseil (ou Parlement de Malines), exclusivement en charge de la justice. Toutefois, cette instance resta provisoirement surbordonnée au Conseil ducal, mais, en 1473, devenue autonome, elle fut dotée d'une résidence fixe. Après la mort de Charles le Téméraire en 1477 et un regain éphémère de particularisme provincial, ce Parlement de Malines fut supprimé. Rétabli en 1504 par Philippe le Beau, il se fixa définitivement à Malines, d'où son nom de Grand Conseil de Malines. Une évolution parallèle se produisit dans les domaines de la politique générale et des finances. Mais c'est seulement sous les Habsbourg bourguignons qu'on peut embrasser du regard les changements survenus pendant un siècle. En 1531, le processus semblait provisoirement achevé, le Grand Conseil ducal était maintenant définitivement scindé en trois : un Conseil d'État, constitué de nobles, en charge des principaux intérêts de l'État ; un Conseil privé, composé de juristes, pour les affaires urgentes ; un Conseil des finances. À côté de ces trois conseils collatéraux, le Grand Conseil de Malines demeurait l'organisme central de la justice.

Réflexes particularistes régionaux (fin du XVe siècle et XVIe siècle)

Le soulèvement contre l'Espagne au cours de la seconde moitié du xvie siècle revêtait-il un caractère progressiste ou conservateur ? La question n'a cessé de hanter les historiens tant néerlandais qu'étrangers. En général, on tend plutôt à le considérer comme conservateur. Il s'agit en effet de la résistance des particularismes locaux au phénomène « moderne » de l'État central en quête d'absolutisme. Dans cette optique, le soulèvement n'est pas l'expression d'un sentiment national : il vaudrait mieux parler d'une hasardeuse alliance entre groupes et contrées relativement indépendants, soucieux de sauvegarder leurs privilèges. Cette résistance au pouvoir central, qui conduisit à l'explosion du xvie siècle et se concrétisa dans la constitution des Provinces-Unies, représente, depuis l'entrée en scène des Bourguignons, une constante de l'histoire des Pays-Bas. C'était surtout lors des crises de la monarchie que ce particularisme réussissait à s'imposer. La mort de Charles le Téméraire en 1477 devant Nancy exposait sa fille et unique héritière, Marie, à une double menace : elle voyait son héritage menacé d'une part par le roi de France, de l'autre par l'opposition de ses sujets à la politique centraliste de son père et de son grand-père. En 1477, par le Grand Privilège, Marie de Bourgogne fut contrainte de supprimer quelques organismes centraux : le Parlement de Malines disparut, ainsi que la Chambre des comptes centrale établie en cette ville ; les aides que Charles le Téméraire avait obtenues en 1473 pour six ans furent déclarées nulles et non avenues ; la Gueldre recouvra son indépendance ; les mesures prises par l'évêque David de Bourgogne à Utrecht furent abrogées ; la Joyeuse Entrée de Brabant fut confirmée. Outre le Grand Privilège et les grands privilèges particuliers octroyés au Brabant, à la Hollande, à la Flandre et à Namur, les exigences régionales et urbaines, formulées par les états généraux et par les états provinciaux, furent officiellement satisfaites.

Entre-temps, avec l'assentiment des états généraux, Marie de Bourgogne avait épousé Maximilien d'Autriche, lequel, après la mort prématurée de son épouse (1482), assuma la régence pour leur jeune fils Philippe le Beau. Les problèmes resurgirent, car Maximilien tentait de poursuivre la politique de Charles le Téméraire, s'opposant à la France et s'efforçant de soumettre provinces et villes à l'autorité centrale. Aucun de ces deux objectifs ne recueillait la sympathie des provinces néerlandaises : la politique antifrançaise nuisait aux intérêts du commerce et la politique centraliste allait à l'encontre des privilèges si chèrement acquis. Dans sa lutte contre les provinces, Maximilien commença par essuyer échec sur échec. Mais, après la mort de Louis XI, survenue en 1483, la chance tourna. Toutefois, quelques années plus tard, Maximilien lança à nouveau une campagne agressive contre la France, et cette fois il se heurta, aux Pays-Bas, à une opposition plus farouche. En 1488, il fut fait prisonnier à Bruges par des artisans révoltés. Gand, éternel foyer de résistance, parvint à rassembler les principaux états. Ceux-ci élaborèrent un certain nombre de dispositions que Maximilien était tenu de respecter en contrepartie de sa mise en liberté et qui allaient bien au-delà de celles du Grand Privilège de 1477 ! La Hollande était déchirée par la lutte entre les Hameçons (Hoeken) et les Cabillauds (Kabeljauwen), partisans des Habsbourg. En Frise occidentale et dans le Kennemerland, les fermiers libres (le peuple du Fromage et du Pain) se soulevèrent. Maximilien parvint finalement à juguler toutes ces oppositions. Ses successeurs, Philippe le Beau et Charles Quint, n'eurent plus à affronter de soulèvements d'une telle ampleur et d'une telle violence. Pourtant, les troubles continuèrent sous Charles Quint : la Gueldre, soutenue par la France, restait en rébellion ; la Frise et Groningue posaient toujours un problème ; l'évêché d'Utrecht ne se pliait pas aux exigences impériales ; des révoltes contre le fisc survenaient régulièrement (1524-1525) ; en 1539, une violente révolte éclata à Gand. Mais ce n'est que sous le règne du successeur de Charles, Philippe II, que se produisit le soulèvement massif qui allait déboucher sur l'indépendance de sept des Dix-Sept Provinces. Auparavant, en 1543, Charles Quint avait réussi à soumettre définitivement la dernière province, la Gueldre, et à l'annexer aux Pays-Bas.

Avec l'appui d'habiles juristes néerlandais des conseils collatéraux, Charles Quint réussit à réunir les provinces récalcitrantes dans le Cercle de Bourgogne (1548) qui devait rester directement rattaché au Saint-Empire. Pour prévenir toute désintégration, Charles Quint promulgua en 1549 la Pragmatique Sanction qui stipulait que la succession se déroulerait de la même façon dans l'ensemble des Dix-Sept Provinces. Tout cela fut accepté avec réticences par les provinces, qui n'en regardaient pas moins avec une profonde méfiance la cour de Bruxelles, centre de tous ces remaniements.

Le soulèvement contre l'Espagne

Généralités

Le soulèvement des Pays-Bas contre l'Espagne, appelé aussi guerre de Quatre-Vingts Ans, a déchaîné aux Pays-Bas des polémiques qui ne s'éteindront sans doute jamais et provoqué plus de controverses qu'aucun autre épisode de l'histoire de ce pays. Il y a même eu des historiens étrangers pour se risquer à en traiter, ce qu'ils ont souvent fait avec bonheur. Pour les historiens marxistes-léninistes, ce soulèvement est la première grande révolution bourgeoise de l'histoire. Ce qui frappe dans cet intérêt passionné, c'est la propension des historiens à projeter dans le xvie siècle les phénomènes actuels ou leur vision du monde de leur époque. Ce qui précède prouve que, jusqu'en 1609, le soulèvement n'était certainement pas une guerre entre deux nations, l'Espagne et les Pays-Bas. Le soulèvement était davantage un amalgame de mécontentements, une sorte de monstrueuse alliance, qu'une lutte organisée et cohérente ; il s'agissait d'une guerre entre bourgeois plutôt que d'une guerre entre États. Il n'était en rien inévitable que tout cela aboutisse à une offensive concertée de plusieurs groupes et régions contre l'ennemi commun : ce n'était pas évident à l'époque. Beaucoup d'historiens ont prouvé que la révolte était en fait de nature conservatrice, les classes privilégiées se dressant contre le phénomène de l'État absolutiste. Reste l'importante question de savoir quelle était la part de la religion dans le soulèvement ? Plus tard, la République, auréolée par sa victoire et considérée comme une Mecque des protestants, revendiquera le caractère religieux du soulèvement, prétendant qu'une nation protestante avait lutté contre l'Antéchrist, le roi d'Espagne et le pape. Le soulèvement pouvait paraître confirmer cette thèse : le conflit engendrait la naissance d'un Sud catholique et d'un Nord protestant, séparés par une sorte d'État-tampon, les pays de la Généralité. Mais dans la réalité quotidienne le déroulement du scénario fut quelque peu différent. Au moment de la scission, les Pays-Bas du Nord n'avaient rien d'un État protestant : tout au contraire, c'était du Sud que venaient les protestants (calvinistes) les plus fougueux. Des historiens modernes ont souligné l'importance des classes de la petite et moyenne bourgeoisie : des gens qui pouvaient basculer à volonté dans l'un ou l'autre camp pour des motifs politiques ou économiques. Une autre approche constate que les armées espagnoles partaient du Luxembourg, du sud, pour attaquer le nord, ce qui rend manifeste le caractère militaire du conflit. Il se pourrait bien que la frontière entre le Nord et le Sud ne soit qu'une fortuite ligne de front marquant l'avance ou le recul des chefs militaires au moment où les hommes politiques tirèrent les conclusions d'une situation de fait (rebus sic stantibus). Dans les années 1960, l'historien américain Parker a émis une nouvelle hypothèse : Farnèse n'aurait guère eu de peine à contrôler le Sud parce que des oppositions exacerbées dans les domaines économique, politique et religieux y divisaient la population, la mauvaise situation économique suscitant des tensions à tous les niveaux de la société. Il y avait beaucoup moins de dissensions dans le Nord, ce qui facilitait la cohésion et compliquait considérablement la tâche de Farnèse. Il est clair pour nous, au xxe siècle, que, dans cette lutte, les impulsions décisives venaient du Sud et que le Nord en retirait tout le profit. Il est de fait également que, dans les provinces francophones du Sud, les nobles (les Malcontents) ne se firent guère prier pour tourner casaque et céder à la diplomatie de Farnèse (Union d'Arras, 1579). Il est faux toutefois de ne voir dans le soulèvement qu'une divergence entre les deux communautés linguistiques présentes aux Pays-Bas.

1566-1576 première phase : le soulèvement général

On peut dater le début du soulèvement de la Fureur iconoclaste qui se déchaîna à partir du mois d'août 1566. Partie de la Flandre méridionale, elle se répandit comme une traînée de poudre via Gand, Anvers, jusqu'à Middelbourg, Amsterdam et Groningue. La profanation de ce qui était sacré aux yeux des catholiques et la violence déployée amenèrent d'emblée une scission de fait : ceux qui étaient attachés à l'ancienne religion ou condamnaient toute atteinte à l'ordre public se rangèrent aux côtés des autorités et de la gouvernante générale des Pays-Bas, Marguerite de Parme. Les calvinistes fanatiques et les nobles profondément ulcérés exigeaient la liberté de culte. Le gouvernement fit preuve de fermeté et réprima le mouvement. Au début de 1567, tout était rentré dans l'ordre. Mais Philippe II ne voulut pas en rester là. Il envoya le duc d'Albe en le chargeant d'une double mission : punir plus sévèrement encore les rebelles, et prendre de nouvelles mesures centralisatrices dans les domaines financier, religieux et juridique. Devant l'arrivée du duc d'Albe et son installation à Bruxelles, beaucoup émigrèrent, entre autres le prince d'Orange, Guillaume le Taciturne. Ce dernier rassembla une petite armée et fit irruption aux Pays-Bas, mais il fut battu par le duc d'Albe près de Heiligerlee. Entre-temps, le duc d'Albe avait institué à Bruxelles le Conseil des troubles et déclenché la chasse aux hérétiques. On établit dix mille dossiers ; neuf mille personnes furent condamnées par contumace et leurs biens confisqués, plus de mille hérétiques furent exécutés, dont les comtes d'Egmont et de Hornes. C'était vraiment beaucoup pour une population de trois millions d'âmes. En outre, vingt mille fugitifs émigrèrent à Londres, La Rochelle, Emden, et dans les provinces rhénanes. Le duc d'Albe accrut encore son impopularité en cherchant à introduire de nouveaux impôts (dixième, vingtième et centième denier). Le centième était un impôt sur la fortune, le vingtième sur la vente de biens immobiliers et le dixième – de loin le plus haï – une sorte de TVA sur le transfert de bien mobiliers. Les fonctionnaires locaux, qui n'étaient pas équipés pour lever ce genre d'impôts, manifestèrent une telle opposition que le duc d'Albe dut renoncer à ces mesures.

Parmi les insurgés, les Gueux de mer étaient les plus actifs. Ils contrôlaient les embouchures des fleuves et les côtes, capturaient beaucoup de navires marchands, terrorisaient les régions littorales par leurs raids et leurs pillages, couvraient des transports de troupes amies et bloquaient ceux des Espagnols. En 1572, ils mirent le comble à leur audace en s'emparant par surprise du petit port de La Brielle. En partie grâce à leur aide, beaucoup de villes se débarrassèrent de l'ennemi, d'abord en Hollande et en Zélande, et constituèrent ensemble, en juillet 1572, un gouvernement : l'Assemblée des États de Dordrecht avec le prince d'Orange comme représentant du pouvoir royal. Le duc d'Albe reconquit un certain nombre de villes au Nord et au Sud, et s'y livra à un véritable massacre de la population (Malines, Zutphen, Naarden, Haarlem). Toutefois, les rebelles réussirent à se maintenir sur mer et le duc d'Albe demanda son rappel après la levée du siège de Leyde. Son successeur au gouvernement des Pays-Bas Louis Requesens était plus diplomate et souhaitait parvenir à un accord. C'est aussi ce que voulaient la plupart des États des Pays-Bas. Mais l'Espagne n'entendait pas renoncer à la domination absolue de l'Église catholique romaine et du pouvoir central du souverain. Les calvinistes quant à eux exigeaient la liberté de culte et des entraves au catholicisme, ainsi qu'un gouvernement décentralisé, à l'image de leurs communautés spirituelles. Vérité et réalisme se situaient entre ces deux extrêmes : la pacification de Gand (1576) fut un compromis auxquels parvinrent les divers états sur les questions de religion et d'autorité centrale, ainsi que sur le retrait de toutes les troupes étrangères. Il s'agissait d'un accord conclu dans l'esprit érasmien, cher à Guillaume le Taciturne.

Prise de La Brielle

Prise de La Brielle

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La prise du port de La Brielle, sur l'estuaire de la Meuse, par les "gueux de mer", en 1572. Les partisans de Guillaume d'Orange parvenaient ainsi à soustraire la Zélande et la Hollande à la domination espagnole. 

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1576-1588, seconde phase : le divorce

Le fanatisme religieux existait toutefois des deux côtés : il y avait aussi bien des ultracatholiques que des ultracalvinistes. Ni les uns ni les autres ne pouvaient se satisfaire de la pacification de Gand : à leurs yeux, pas de salut en dehors de leurs religions salvatrices respectives. Après les compromissions de don Juan, successeur de Requesens, catholiques et protestants s'opposaient à nouveau. Le prince d'Orange n'arriva pas à imposer sa politique de modération dans le domaine religieux. Et le successeur de don Juan, Alexandre Farnèse, duc de Parme, sut habilement tirer parti de ce flottement chez beaucoup de catholiques. Farnèse était aussi bon général qu'habile diplomate. Il parvint à détacher lentement les Pays-Bas du Sud de leurs alliés du Nord. Entre 1579 et 1589, il rétablit l'autorité de l'Espagne et du catholicisme dans les contrées situées au sud des grands fleuves (chute d'Anvers, 1585). En 1579 s'étaient déjà constituées l'Union d'Arras – régions francophones catholiques du Sud – et l'Union d'Utrecht – régions calvinistes du Nord, la Flandre et le Brabant – si bien que la cassure se dessinait clairement. Farnèse réussit à en faire une réalité effective. Les états généraux du Nord cherchaient en vain un souverain. Le placard d'Abandon en 1581 répudiait Philippe II au nom de la légitimité du soulèvement contre la tyrannie, dûment mentionnée dans les privilèges (telle la Joyeuse Entrée du Brabant de 1356). On n'en cherchait pas moins un souverain. Le prince Charles d'Anjou, d'abord, la reine d'Angleterre Élisabeth Ire, ensuite, ne donnèrent pas satisfaction si bien que les états généraux finirent par se débrouiller sans souverain parce que, entre-temps, le prince d'Orange avait été assassiné en 1584 à l'instigation de Philippe II. La situation évoluait vers une fédération des états de sept provinces, chacune souveraine, la République des Provinces-Unies. Les provinces méridionales retombèrent au pouvoir de l'Espagne et du catholicisme.

1588-1609, troisième phase : les débuts de la victoire sur l'Espagne

Après la défaite de l'Invincible Armada (1588), Philippe II imprima une nouvelle orientation à la politique extérieure ; à ses yeux, les Pays-Bas et l'Angleterre perdaient de leur importance ; la guerre coûtait trop cher et Philippe II s'intéressait davantage à la France. L'Angleterre reconnut la République et la soutint prudemment. Au sein de la République, Maurice de Nassau constitua une armée très efficace qui, parallèlement à la suprématie sur mer, lui permit de briller également sur terre. Maurice de Nassau reconquit sur l'Espagne quantité de contrées et garantit des frontières sûres à la République. Sur les plans politique et diplomatique, le Grand Pensionnaire Oldenbarnevelt déploya une intense activité. Il parvint, en 1596, à sceller avec l'Angleterre et la France une alliance tripartite qui éloignait définitivement le danger espagnol. Philippe II d'Espagne mourut en 1598 ; il laissait les Pays-Bas du Sud aux archiducs Albert et Isabelle, espérant que ceux-ci reconquerraient le Nord à la catholicité. Les archiducs s'y essayèrent et les combats reprirent aux frontières entre Maurice de Nassau et le général Spinola. Mais la misère était telle dans le Sud qu'ils signèrent en 1609 avec Oldenbarnevelt la trêve de Douze Ans. Celle-ci permettait au Nord, à la République, de consacrer toutes ses forces à la conquête des routes commerciales vers les Indes et l'Amérique. Les Compagnies des Indes orientales et des Indes occidentales étaient d'ores et déjà très actives.

1621-1648, quatrième phase : consolidation et confirmation

Après la trêve de Douze Ans, la guerre reprit entre l'Espagne et la République. Du côté de la République, c'est surtout le prince Frédéric-Henri, fils cadet du Taciturne, qui réussit encore à reconquérir quelques villes sur le Sud. Sur mer aussi, la guerre continuait contre l'Espagne et le Portugal. Entre 1618 et 1648, la guerre de Quatre-Vingts Ans, autre dénomination du soulèvement, se confond avec la guerre de Trente Ans. Les troupes impériales vinrent prêter main-forte aux Espagnols tandis que la République aidait les protestants allemands. Par les traités de Westphalie (1648), l'Espagne reconnaissait, de jure cette fois, la République. Le nouvel État devenait indépendant, également, du Saint-Empire et pouvait conserver toutes ses conquêtes dans les Indes orientales et occidentales. L'Escaut demeurait fermé. Les Pays-Bas du Sud retombaient sous l'autorité directe de Madrid.

La République ou les sept mini-républiques (XVIe-XVIIIe s.)

L'établissement de la République signifiait une victoire pour les provinces et les villes. La République était constituée de sept mini-républiques, à leur tour fragmentées en une foule de micro-républiques dans lesquelles des collèges extrêmement divers, allant des régents aux directions de wateringues, exerçaient le pouvoir. Et pourtant, il existait effectivement quelques facteurs centralisateurs. Les provinces étaient incapables de continuer séparément la lutte contre l'Espagne : rien d'étonnant donc à ce que deux pouvoirs centralisateurs (le Conseil d'État et le stathouder en la personne de Maurice de Nassau, représentant respectivement les intérêts financiers et l'armée) aient pesé de tout leur poids dans les premières années qui suivirent la décision révolutionnaire de 1588. L'action unificatrice de l'ennemi extérieur traversa comme une onde de choc l'histoire de la République. Maurice de Nassau pensait que la Trêve (1609-1621) amènerait l'éclatement de la fragile unité. La paix de Münster (1648) comportait le même danger. La catastrophique année 1672, où la République fut attaquée conjointement par une série d'États, donna indubitablement l'illusion d'une unité retrouvée, manifestée par « l'appel du stathouder ». Les menaces franco-anglaises du xviiie siècle eurent souvent le même effet. La deuxième force centralisatrice était le stathouder. Rien d'étonnant à ce qu'il ait essayé de maintenir en temps de paix l'autorité qu'il exerçait tout naturellement en temps de guerre. La lutte entre le stathouder et ses partisans contre les provinces, qui aspiraient précisément à la décentralisation, connut des fortunes diverses. Maurice de Nassau réussit à écarter Oldenbarnevelt. Pendant la Première Période sans Stathouder, c'étaient les partisans des États qui donnaient le ton. Devant la menace française après 1672, Guillaume III parut souder le pays autour de sa personne. Au cours de la Seconde Période sans Stathouder (1702-1747), ces tentatives furent à nouveau réduites à néant jusqu'à ce que le stathouder reprenne sa position dominante. Le troisième pouvoir centralisateur était les états provinciaux de Hollande. Le poids prédominant de cette province dans la République était si grand qu'elle assumait à elle seule quelque 58 p. 100 des dépenses communes. Les états provinciaux de Hollande – et, davantage encore, le Grand Pensionnaire – semblaient constituer le centre de la République.

La politique extérieure de la République

Aussi la province de Hollande était-elle l'adversaire le plus farouche des ambitions du stathouder. La lutte permanente entre ces deux instances avait des répercussions sur la politique extérieure de la République. On peut dire d'une manière générale que les régents hollandais étaient partisans d'une politique de paix sans expansion, alors que les stathouders poursuivaient une politique dynastique de puissance. La puissance et la prospérité de la Hollande reposaient sur des relations commerciales qui ne pouvaient que souffrir d'une politique expansionniste. La popularité des stathouders, par contre, reposait exclusivement sur leurs succès militaires. Frédéric-Henri put encore mettre pour une bonne part en œuvre sa politique dynastique en conquérant sur le sud nombre de villes. Mais son fils Guillaume II se heurta à l'opposition farouche des régents ; c'est seulement après sa mort précoce en 1650 que la « Véritable Liberté », c'est-à-dire le gouvernement sans stathouder, put être réellement instituée. Toutefois, Jean de Witt, la personnification de cette « Véritable République » qui dura vingt ans, fut perpétuellement impliqué dans des guerres. Au cours de la période où il fut Grand Pensionnaire éclatèrent les deux guerres anglaises (1652-1654 et 1665-1667), la République prit également part à la Grande Guerre de Norvège (1660-1666) et elle conclut successivement des traités avec la France (1662), puis avec l'Angleterre et la Suède (Triple Alliance). On ne peut donc guère parler d'une politique de neutralité. Quand on défendait des intérêts économiques (Acte de navigation, lutte contre l'Angleterre pour les colonies, libre circulation dans le Sund) ou quand le territoire était en danger, on devait et on pouvait faire la guerre. À partir des années soixante, il devint de plus en plus évident que le territoire néerlandais était menacé par la France et l'absence d'un centre militaire se fit cruellement sentir. L'éclatant succès de Guillaume III en 1672 s'explique en grande partie par la faiblesse en matière de politique militaire et extérieure des pionniers de la Véritable Liberté. En 1672, lorsque divers États envahirent la République, il fut impossible de résister à Louis XIV, avec les sept petites armées nées de l'éclatement des forces militaires décrété par la Grande Assemblée de 1651. De Guillaume III, on ne peut dire qu'il fit prévaloir ses intérêts dynastiques sur l'intérêt du pays. Certes, il mena consciemment une politique de guerre, mais celle-ci était plutôt défensive qu'agressive. Face à Louis XIV, cette politique était une nécessité absolue pour la République, si bien qu'après la mort de Guillaume III le Grand Pensionnaire Heinsius continua sans désemparer – en dépit des réticences de biens des régents – la politique destinée à contenir l'expansionnisme français.

Belgique, XVIIe siècle

Belgique, XVIIe siècle

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Les pertes territoriales des Pays-Bas méridionaux face à la politique d'expansion de Louis XIV, entre 1648 et 1713. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Si la République fut jusqu'aux environs de 1650 une grande puissance tant sur terre que sur mer, puis, sous Guillaume III, une bonne organisatrice de l'opposition internationale aux menées françaises, le traité d'Utrecht (1713), qui mettait un terme à la guerre de Succession d'Espagne, la laissa assez démunie. La politique de neutralité engagée alors fut un franc succès, en dépit de polémiques interminables sur l'opportunité des villes barrières, jusqu'au moment où Louis XV se lança brutalement en 1747 (guerre de Succession d'Autriche) dans une sorte de réédition des opérations militaires de 1672. Sous la menace de l'avancée des troupes françaises prit fin la Seconde Période sans Stathouder.

Le nouveau stathouder désigné, Guillaume IV, fut cette fois institué dans toutes les provinces, et la fonction fut déclarée héréditaire. Tout semblait indiquer que sous son gouvernement et, après sa mort (1751), sous Guillaume Bentinck, la République retomberait dans l'ornière d'une politique antifrançaise, attachée à protéger ses frontières méridionales et à soutenir le pouvoir autrichien dans les Pays-Bas du Sud. Le déroulement de la guerre de Sept Ans, qui donna lieu à une alliance entre la France et l'Autriche, enleva toute logique à cette politique. Il ne restait plus à la République qu'une seule possibilité : la neutralité à tout prix. Mais le désavantage essentiel de cette attitude était que l'Angleterre ne tenait aucun compte de ce non-engagement scrupuleusement respecté et s'en offusquait même, ce qui causait un tort immense à l'économie et finit par donner ce qu'on pourrait appeler le coup de grâce pour la République : la quatrième guerre anglo-néerlandaise (1780). La seule attaque de Pichegru suffirait ensuite à ruiner l'ancien régime (1795).

La situation économique de la République au cours du siècle d'Or

La période 1600-1750 fut une période de stagnation et même de récession pour l'économie européenne. La République demeure jusqu'à la fin du xviie siècle une des rares exceptions dans cette crise générale. Développant et perfectionnant les stratégies inaugurées dans le Sud au cours du xvie siècle, la République bénéficia d'une grande expansion économique. En outre, entre 1550 et 1650, la population avait augmenté de 50 p. 100 pour atteindre quelque 1,9 million d'âmes. Dans les provinces de Hollande et d'Utrecht, plus de la moitié des habitants vivaient dans les villes ; situation très différente de celle du reste de l'Europe – les Pays-Bas méridionaux exceptés – où de 15 à 20 p. 100 des habitants seulement étaient des citadins.

Ces résultats furent acquis par une magistrale pratique du commerce. Après la chute d'Anvers (1585), Amsterdam devint le centre commercial de l'ensemble des Plats Pays. Sa fonction d'entrepôt du commerce international était fondamentale. Vu la rareté des courants commerciaux avec des pays lointains, l'incertitude de la demande de biens de consommation, les nombreux facteurs imprévisibles qui influençaient l'offre et les imperfections des moyens de communication, la fonction d'entrepôt était indispensable à la revente, au transbordement et au traitement final des marchandises, à la stabilisation des prix et à l'abaissement du coût des transactions. Le fonctionnement de l'entrepôt reposait sur l'activité de la flotte de commerce, l'organisation financière et commerciale, les transports et les industries d'exportation. Vers 1670, la République disposait de 14 000 à 15 000 navires, soit quatre à cinq fois plus que la Grande-Bretagne : il s'agissait pratiquement d'un véritable monopole du transport. Cet empire avait pour fondement les échanges avec la Baltique ; les deux tiers des vaisseaux qui empruntaient le Sund en direction de l'ouest étaient néerlandais. Leur chargement était constitué pour 50 p. 100 de céréales et pour 50 p. 100 de fer, de cuivre, de lin, de chanvre, de salpêtre, de goudron, de poix, de graine de lin, de potasse et de bois de chêne. Le grain balte nourrissait un tiers de la population néerlandaise. Les vaisseaux venus de France, du Portugal et d'Espagne apportaient à leur tour les produits qui faisaient défaut aux pays baltes : sel, vin, épices et métaux précieux. Les navires venus de Norvège fournissaient aux Pays-Bas, pauvres en forêts, le bois nécessaire à la construction navale. Au cours du siècle d'Or apparurent le trafic du Détroit (Gibraltar), c'est-à-dire à destination de la Méditerranée, et le trafic des colonies. On importait des Indes, du Bengale, de Ceylan et de Malacca des épices, des étoffes de soie et de coton. Entre la côte occidentale d'Afrique, le Brésil, les Caraïbes et l'Europe naquit un intense commerce d'esclaves et de produits des plantations. De 1602 à 1799, la Compagnie des Indes orientales (Verenigde Oost-Indische Compagnie – VOC) eut le monopole du commerce avec l'Extrême-Orient. La Compagnie des Indes occidentales remporta ses plus grands succès dans la course. L'organisation institutionnelle strictement réglementée par les autorités urbaines – courtage, notariat, cabotage et grues de la ville – et la politique générale menée par et pour les intérêts commerciaux favorisèrent le formidable essor du commerce. L'Amsterdamse Wisselbank (banque de change amstellodamoise) améliora sensiblement la circulation intérieure et internationale de l'argent, et fit d'Amsterdam le centre financier du monde.

Empire colonial hollandais

Empire colonial hollandais

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Les Provinces-Unies sur les mers : explorations, colonisations et commerce maritime aux XVIIe et XVIIIe siècles. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'industrie lainière de Leyde et l'industrie linière de Haarlem, toutes deux importants pôles de développement, travaillaient les matières premières et les semi-ouvrés importés, et produisaient pour l'exportation. L'industrie urbaine de la soie connut son plein épanouissement après 1650 à Amsterdam, Haarlem et Utrecht. La fabrication des pipes à Gouda et la faïencerie à Delft compensèrent la perte de la brasserie, qui se concentrait dans les ports du fait de la demande croissante de bière à embarquer. L'industrie du bâtiment profita de la forte croissance de la population et de l'exportation de carreaux, de tuiles et de briques utilisés comme ballast par des vaisseaux prenant la mer. En dépit de l'apparition, après 1650, d'une industrie rurale, celle de l'Ouest urbanisé continua à prévaloir. Le réseau dense de voies d'eau intérieures et le faible coût de l'énergie (moulins à vent et vastes tourbières) constituaient autant d'avantages naturels pour l'économie néerlandaise. La nombreuse population urbaine et l'importation massive de grains stimulèrent l'esprit de marché et la spécialisation de l'agriculture : on développa la culture de céréales de grande valeur marchande comme le blé, de plantes commerciales comme le chou-rave, le colza, la garance, le tabac, le houblon et le lin. Les cultures maraîchères, généralement pratiquées dans les secteurs récemment asséchés, alimentaient les villes hollandaises en légumes et en fruits. La surface des terres cultivées diminuait néanmoins relativement au profit de l'élevage. La pêche au hareng prospéra entre 1590 et 1650, surtout grâce aux exportations vers la Baltique. La pêche à la baleine fut d'abord le monopole de la Compagnie septentrionale (Noordse Compagnie, 1612-1642). Après la dissolution de celle-ci, le nombre de chasseurs de baleines fut multiplié par quatorze (1642-1660). De toutes les branches de la pêche, c'est la chasse à la baleine qui créait le plus d'emplois.

À partir de 1660-1670, la crise économique gagna également la République : la démographie stagnait ; le mercantilisme pratiqué surtout par l'Angleterre (Acte de navigation) et par la France (colbertisme) s'attaquait directement à la prédominance économique de la République ; les guerres épuisantes avec Louis XIV et les problèmes financiers qu'elles entraînèrent accrurent encore les charges qui pesaient sur l'économie. Le début du xviiie siècle fut la fin du siècle d'Or hollandais. Les frères lointains des Pays-Bas méridionaux avaient vécu entre 1585 et 1750 un siècle de Malheurs, coupés qu'ils étaient de la vie commerciale internationale. Toutefois, le savoir-faire d'Anvers continuait à assurer la prospérité de la ville et de son arrière-pays. Vers 1750, de par son retard même, le Sud se trouvait en mesure de prendre le départ de la proto-industrialisation engagée en Angleterre. Le Nord ne devait pas en profiter.

—  Guido PEETERS

L'empire colonial hollandais

En dépit de l'insuffisance de leurs assises territoriales, démographiques et économiques, les Pays-Bas ont bâti un empire colonial qui a suscité la jalousie de leurs puissants voisins. Cet empire est en effet à l'origine de la prospérité hollandaise : des comptoirs et possessions d'Extrême-Orient les vaisseaux des Pays-Bas importaient de précieuses épices. L'originalité d'une telle colonisation est d'avoir été menée par de grandes compagnies. Comme le rappelle Gaston Zeller : « La Compagnie des Indes orientales rassemble sous les auspices des états généraux des capitaux fournis par les diverses provinces. Elle a le monopole du commerce de l'Extrême-Orient à l'est du cap de Bonne-Espérance et à l'ouest du cap Horn, le droit de faire la paix et la guerre, de conclure des alliances, enfin de procéder à des occupations de territoires. » Ainsi se constitue un vaste domaine qui englobe à son apogée l'Insulinde, la Guyane hollandaise, Curaçao, Amba, Comba, Bonaire, la moitié de Saint-Martin, les comptoirs de la Guinée hollandaise. Au terme de nombreuses vicissitudes, l'empire hollandais n'a pu résister, après 1945, aux effets de la décolonisation.

1600 à 1700. Les nouveaux conquérants

1600 à 1700. Les nouveaux conquérants

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Les nouveaux conquérants : Hollande, Angleterre, France, Russie. Guerre de Trente Ans. Louis XIV. La prépondérance de l'Espagne et du Portugal s'achève au cours du XVIIe siècle devant les appétits commerciaux des autres grandes puissances européennes. Les Provinces-Unies… 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Empire colonial hollandais

Empire colonial hollandais

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L'empire colonial hollandais, du XVIIe siècle à nos jours. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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—  Universalis

Dans l'océan Indien

La guerre d'indépendance contre l'autorité espagnole n'était pas terminée que les Provinces-Unies songeaient déjà à construire un empire colonial. Dès 1592, Cornelius Van Houtman part pour Lisbonne afin d'y rassembler les renseignements permettant d'entreprendre des expéditions aux Indes orientales. En 1594, les Hollandais fondent à Amsterdam la première Compagnie du lointain (Van Verre) ; sous le nom de ses neuf membres, d'autres capitalistes engagent des fonds dans la société. Quatre bâtiments partent en 1595 et reviennent deux ans plus tard : cette expédition de deux années n'a que de médiocres résultats financiers, mais les indications sur le prix des épices dans les pays producteurs enflamment les esprits. Une nouvelle flotte est équipée par la Compagnie, et dans toutes les provinces maritimes se créent d'autres « compagnies du lointain », les « pré-compagnies ». C'est ainsi que, de 1598 à 1603, treize flottes prennent la route des Indes. Malgré des naufrages désastreux, les bénéfices réalisés par celles qui réussissent vont jusqu'à 265 p. 100. Mais à l'achat en Asie, comme à la vente en Europe, les compagnies se font concurrence. En 1602, à la suite de tractations provoquées par Oldenbarnevelt, les différentes compagnies se fondent en une seule malgré la résistance des villes : la Vereenigde Oostindische Compagnie.

Le poivre occupe encore, en 1650, une place prépondérante ; en 1700, les textiles viennent en première place et, enfin, au xviiie siècle, surtout après 1730, le commerce du thé et du café se développe et, en pourcentage, la part des textiles tend à se stabiliser et même à reculer. Si le trafic des épices (noix de muscade, clous de girofle) a toujours rapporté un profit élevé, celui du poivre est devenu déficitaire.

On possède peu de renseignements concernant les acheteurs sur le marché d'Amsterdam au xviie siècle ; un peu plus au xviiie. Les gros commerçants acquièrent la cargaison d'un navire entier ou de tous les navires de la flotte. La vente se fait alors par un contrat qui interdit en particulier à la Compagnie de mettre en vente, pendant un certain délai, d'autres cargaisons de la même denrée, afin de ne pas faire baisser les prix. Parfois, aussi, les « directeurs » de la Compagnie fixent le prix de vente. Quant à la vente aux enchères, presque inexistante au début, elle se développe surtout au cours du xviie siècle. Les directeurs font parfois partie des syndicats d'acheteurs ; d'où de violents conflits et des manœuvres de monopole, d'oligopole, de monopsone, d'oligopsone.

Les exportations hollandaises vers l'Asie sont faibles. Les frais causés par le départ d'un navire pour Java sont supérieurs à la valeur de son chargement, ce qui explique que la Compagnie doive faire de gros bénéfices. Il existe deux comptabilités : celle de Hollande et celle des Indes, qui représentent, en fait, deux affaires distinctes. Il n'y a pas de vraie comptabilité à partie double. Sans doute possède-t-on livre-journal et grand-livre, mais ni compte capital ni compte de profits et pertes ne sont notés. Chaque année, à Amsterdam, on calcule ainsi le produit : la somme totale des frais d'équipement des navires partis est comparée à la somme des ventes des retours dans la même année ; mais il ne s'agit pas des mêmes navires. Les bilans ne tiennent compte ni des immobilisations ni des autres formes de capital engagé ; aussi font-ils souvent l'objet de critiques. Les directeurs se contentent d'une comptabilité approximative, qu'en hommes d'affaires expérimentés ils savent utiliser au maximum. Il convient de préciser cependant que la Compagnie n'a pas un monopole commercial absolu : sur le marché d'Amsterdam, ses produits se trouvent en concurrence, dès le xviie siècle, avec les produits venus d'Europe et d'Amérique par d'autres voies.

Le commerce « d'Inde en Inde » se développe grâce aux comptoirs fondés dans l'océan Indien et le Pacifique ; par exemple, de la côte de Coromandel la Compagnie exporte des textiles vers l'archipel malais, du riz, des légumes et des esclaves vers Ceylan et Batavia, et elle rapporte des épices et du poivre d'Insulinde, du bois de santal, des soies chinoises et du cuivre japonais.

Dans l'océan Atlantique

Créée en 1621 sur le modèle de sa sœur orientale, la Compagnie des Indes occidentales lance ses vaisseaux pirates qui commencent par piller les flottes ennemies. Ayant brièvement occupé Bahia (1624-1625), les Hollandais annexent Pernambouc et toute sa région jusqu'au Paraiba do Norte au nord et jusqu'au São Francisco au sud (1630-1654). Mais le commerce avec le Brésil ne va pas sans difficultés.

Le monopole de la Compagnie et la liberté du commerce

Les Hollandais hésitent sur le statut à octroyer à la Compagnie, comme en témoignent les différences qui existent entre les actes de 1634 et de 1638. Le monopole de la Compagnie est théoriquement absolu dès le début. Cependant, dans la pratique se produit une évolution. Le mécontentement des Hollandais du Brésil est compensé par l'existence d'un commerce clandestin. L'acte de 1634 proclame la liberté du commerce, sauf pour les vivres, les armes et les munitions. Des commerçants s'établissent à Recife, mais ils y vendent aussi des vivres, des armes et des munitions ; leurs affaires vont jusqu'à menacer la Compagnie. Selon certains, la Compagnie détient si sûrement le commerce du sucre que rien ne pourra ébranler sa prépondérance ; ils sont donc partisans du développement du commerce libre où ils ont souvent des intérêts, même en étant membres du conseil de la Compagnie. Pour d'autres, au contraire, le commerce libre risque, à terme, d'entraîner la faillite de la Compagnie ; de plus, il fait monter les prix, au détriment des salariés et en particulier des fonctionnaires de la Compagnie. Devant les « chambres » de la Compagnie, en 1638, Jean-Maurice de Nassau prend officiellement parti pour la liberté ; le temps des monopoles prospères est révolu. Seul le commerce libre peut rapporter désormais. Il en résulte l'acte des états généraux de 1638 qui ne maintient le monopole que pour les esclaves, le bois brésil et le matériel de guerre. Le commerce libre peut être pratiqué par le personnel de la Compagnie.

Les importations et les exportations

On ignore dans quelle mesure les importations et les exportations s'équilibraient, puisqu'une partie dépendait du commerce libre. Au début, les premières ont dû être considérables, les besoins étant énormes à cause de la présence des troupes, des frais d'installation et des destructions systématiques opérées par les Portugais. Quant aux marchandises exportées (sucre et sucreries, tabac, cuir, bois brésil et jacaranda), elles sont les mêmes que celles du Brésil portugais ; mais elles parviennent à Amsterdam, sans passer par Lisbonne. Il s'ensuit une baisse spectaculaire des prix de ces produits sur le marché de ce grand port européen ; à partir de 1662, l'indépendance du Portugal a pour conséquence une remontée des prix.

C'est entre trente et soixante navires qui passent chaque année à Recife, à quoi il faudrait ajouter les flottes parfois très importantes (soixante-dix navires en 1648 pour celle de Witte de With). Après la perte du Brésil (1654), les Hollandais développent le commerce avec leurs Antilles et la Nouvelle-Amsterdam ; partout ils s'efforcent de jouer le rôle de courtiers et de transporteurs pour les autres puissances.

De 1770 à 1870

La Compagnie hollandaise des Indes orientales a connu à la fin du xviiie siècle une période de décadence. Il devient de plus en plus difficile de recruter des équipages. Les fonctionnaires, corrompus pour la plupart, commercent pour leur propre compte ; ils pressurent les populations locales et se font verser des contributions en nature plus importantes que ne l'exige la loi ; ils prêtent à des taux usuraires les fonds de la Compagnie, tolèrent les extorsions des Chinois auprès des paysans, parfois en profitent eux-mêmes. À Batavia, la population est victime de la misère : un service de l'annone se crée, qui distribue riz et huile. Lors de la quatrième guerre avec l'Angleterre (1780-1784), les Hollandais perdent Negapatam sur la côte de Coromandel, et ils sont contraints d'accorder un libre passage aux navires anglais dans les eaux de la Compagnie.

1700 à 1800. L'âge des Lumières

1700 à 1800. L'âge des Lumières

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Traite des Noirs. Philosophie des Lumières. Révolution scientifique et politique. Indépendance des États-UnisLe XVIIIe siècle est fatal aux États les plus archaïques. La Dzoungarie, dernier empire nomade, est broyée entre l'expansion chinoise Qing et l'Empire russe. Ce... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Lorsque la Hollande devient la République batave (1795-1806), sous la domination française, l'Indonésie passe du côté de la France. Cette colonie eût été la victime de l'Angleterre si elle n'avait été visitée régulièrement par les navires neutres, américains et danois. Quant à la Compagnie, que les Français considèrent comme une ennemie, elle fut supprimée dès 1796 et les Heeren XVII remplacés par un « comité ». Il avait été prévu par la Constitution de la République batave qu'à l'expiration de la charte, en 1799, la Compagnie serait rachetée par l'État.

De 1806 à 1811, pendant la durée du royaume de Hollande, le gouvernement des Indes fut confié au maréchal hollandais Daendels, partisan des « patriotes ». Il réprima les abus et déplaça la capitale, Batavia, qu'il établit dans une région plus salubre. Concentrée sur Java et Amboine, la défense fut réorganisée.

Lors de l'abdication du roi de Hollande en 1811, le pays fut annexé par la France. Les Anglais s'emparèrent des Indes qu'ils conservèrent jusqu'en 1816. Le gouverneur Raffles tenta, mais en vain, de faire des îles un débouché important pour l'industrie britannique.

De 1816 à 1829, les Hollandais reprirent les Indes, mais demeurèrent indécis dans la politique économique, certains administrateurs préférant maintenir le libéralisme de Raffles, d'autres voulant rétablir les anciennes méthodes. Il s'ensuivit une révolte, la guerre de Java (1825-1830). Le monopole du commerce extérieur des Indes orientales fut donné à la Nederlandsche Handel Maatschappij (NHM), créée en 1824, et dont la prospérité résultait du développement de l'industrie dans les Pays-Bas du Sud. L'indépendance de la Belgique obligea les Hollandais à développer leur propre industrie à partir de 1830.

La même année, un nouveau gouverneur général, Van den Bosch, fut envoyé pour mettre en œuvre le cultuurstelsel, le « système de culture » ; l'administration dirigeait un secteur important de la production agricole et devait en verser les revenus à la métropole, système voisin de celui qui avait été institué dans la partie occidentale de Java. Pour ce faire, Van den Bosch utilisa, à partir de 1832, des entrepreneurs, chinois pour la plupart. Cependant, cette tentative se solda plutôt par un échec, car les cultures « libres » occupaient encore de vastes surfaces.

En revanche, la NHM tirait des bénéfices des commissions que lui valait son rôle de transporteur. Van den Bosch avait demandé que soient accordées des subventions à l'exportation vers les Indes orientales, pour lutter contre la concurrence anglaise. D'autre part, l'industrie hollandaise se développait, surtout à Twente, dans le nord du pays.

—  Frédéric MAURO

Révolution et restauration 1780-1830

Comme ailleurs en Europe occidentale, la République fut le théâtre d'un changement de mentalité surtout sensible à partir de 1780. Le mouvement des Patriotes connut d'abord des succès, mais, sitôt la maison d'Orange menacée, la Prusse intervint (1787) et l'ancien conservatisme subsista avec ses privilèges, ses abus et sa corruption. La République fut épargnée par les premières phases de la Révolution française (1789-1794). Seuls les Pays-Bas autrichiens furent conquis par les Français. Après Thermidor, l'Armée du nord se lança à l'attaque sous le commandement de Pichegru et atteignit le Waal. Poussés par la faim, les Français franchirent les fleuves gelés et enlevèrent Utrecht et Amsterdam (janv. 1795). Le stathouder Guillaume V s'enfuit en Angleterre. Les « patriotes », réfugiés en France en 1787 et rentrés dans les fourgons des armées françaises, entendaient bien parvenir au pouvoir. Après la signature du traité de La Haye avec la France (1795), ce fut chose faite. Les états généraux cédèrent la place à une Assemblée nationale élue au suffrage indirect et à un Comité exécutif. On pouvait y distinguer deux tendances : un courant fédéraliste et un courant unitariste. Les Français appuyèrent les unitaristes jacobins et imposèrent aux élus un serment de haine centre le stathoudérat, la noblesse et le fédéralisme. On élabora une Constitution (1798) bicamériste. L'hégémonie de la province de Hollande fut brisée, les privilèges disparurent et la lente émancipation des catholiques put commencer. L'Angleterre voyait d'un mauvais œil cette mainmise des Français. Le stathouder Guillaume V avait donné l'ordre aux gouverneurs des colonies de prendre parti pour les Anglais. Des troupes anglo-russes firent irruption en Hollande septentrionale mais furent battues par l'armée française du général Guillaume Brune. Bonaparte, Premier consul, pensait que ce flanc hollandais était trop faible. Modifiant la Constitution (1801), il instaura un gouvernement de douze membres dans lequel revinrent de nombreux régents. Le traité d'Amiens (1802) restitua à la République batave ses colonies. Mais, après son sacre, Napoléon décida que la République serait dirigée par un homme unique, Rutger Jan Schimmelpenninck. Ce dernier fit de l'excellent travail dans les domaines législatif et administratif. En 1806, Napoléon supprima la République batave pour en faire le royaume de Hollande qu'il confia à son frère Louis-Napoléon. Celui-ci tenta de servir les intérêts de ses sujets, mais n'en eut guère le loisir. Napoléon estimait que cet État rapportait trop peu et, en 1810, il supprima le royaume de Hollande et annexa purement et simplement à la France les Pays-Bas septentrionaux. Après la « bataille des nations » (Leipzig, 1813), les troupes françaises se replièrent hors des Pays-Bas. Un triumvirat (comportant notamment Gijsbert Karel Hogendorp) prépara le retour du prince Guillaume, fils de l'ancien stathouder Guillaume V, lequel accosta à Scheveningen et fut intronisé le 3 décembre. Le congrès de Vienne décida en 1814 que la Belgique serait jointe aux Pays-Bas et que ce royaume des Belgiques serait gouverné par Guillaume Ier. C'est ainsi que Belges et Néerlandais, pour la première fois depuis leur scission à la fin du xvie siècle, se trouvèrent réunis sous un souverain unique. Guillaume Ier trouvait cette réunion riche en complémentarités, le Nord étant fort de son commerce et de ses colonies, le Sud de son industrie. Mais le nouvel État comptait tout autant d'antagonismes et de tensions : si le Nord était surtout conservateur et calviniste, le Sud était surtout libéral et catholique. Le mécontentement s'amplifia dans le Sud. On exigeait la liberté de la presse et la liberté de réunion, et la partie francophone du pays s'opposait à la politique linguistique de Guillaume Ier, favorable au néerlandais. En 1830 éclatait la révolution belge ; le maladroit Guillaume Ier ne parvint pas à y faire face. La Grande-Bretagne et la France accordèrent aux Belges leur indépendance sous le roi Léopold Ier, et le Nord retourna, avec soulagement, à sa vie sans aventures de naguère. Seul le roi Guillaume Ier continua à s'opposer farouchement (jusqu'en 1839) à cette nouvelle situation.

Léopold Ier

Léopold Ier

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Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha (1790-1865), oncle de la reine Victoria, prête serment le 21 juillet 1831 et devient le premier roi des Belges sous le nom de Léopold Ier

Crédits : Hulton Getty

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Le roi et le Parlement au XIXe siècle

Au début du xixe siècle, il n'y avait pas trace aux Pays-Bas d'une démocratie parlementaire : le droit de vote était réservé à un groupe infime d'électeurs, il n'existait pas encore de partis au sens moderne du mot ; quant à la responsabilité ministérielle et à l'autorité parlementaire, il n'en était pas encore question. La Constitution attribuait beaucoup de pouvoir au roi et limitait l'influence des ministres et du Parlement. Les premiers n'étaient responsables que devant le roi et non devant le Parlement. Bien que ce dernier eût acquis un certain nombre de droits, son mandat n'avait rien d'impératif. Son influence dépendait donc de sa collaboration avec le roi, l'autocratie de ce dernier impliquant sa paralysie. Deux révisions et une crise constitutionnelles jetèrent les bases d'une démocratie parlementaire moderne. La nouvelle Constitution de 1840 – rendue nécessaire par l'indépendance de la Belgique – apporta une première modification, bien timide, au despotisme éclairé de Guillaume Ier : l'introduction de la responsabilité pénale des ministres rendait désormais impossible l'autoritarisme royal. Les ministres demeuraient cependant les serviteurs du souverain. Le grand changement survint plus tard lors de la réforme constitutionnelle de 1848, conduite par Johann Rudolf Thorbecke, très moderne pour le pays : l'introduction de la responsabilité politique des ministres excluait en principe l'autocratie royale. Le Parlement se voyait en outre doté d'un certain nombre de droits importants : le droit d'enquête, le droit d'amendement et le droit d'interpellation, cependant que le budget annuel était désormais obligatoire et que les ministres y étaient assujettis. Dans la pratique, il s'avéra que les relations entre le roi, le cabinet et le Parlement pouvaient faire l'objet d'interprétations différentes. La crise qui éclata sous le cabinet conservateur de JPJA Van Zuylen von Nijevelt (1866-1868) constitua un précédent, qui marqua nettement les limites entre cabinet royal et cabinet parlementaire. À deux reprises, le roi Guillaume III prononça la dissolution de la Chambre, après qu'elle eut désavoué la politique ministérielle. Une nouvelle Chambre ayant à nouveau marqué sa désapprobation, il ne restait plus qu'une seule solution : dissoudre le gouvernement. Le principe qui veut qu'un gouvernement qui ne dispose pas de la confiance du Parlement démissionne venait ainsi de triompher. Mais, même alors, il n'était pas encore question de partis politiques.

Trois facteurs de changement : l'enseignement, le suffrage universel et la question sociale

Trois domaines occupèrent la scène politique au cours de la période qui va de la crise constitutionnelle de 1866-1868 à la Première Guerre mondiale. La loi sur l'enseignement primaire de 1857 constituait une confirmation et même une aggravation de la loi scolaire de 1806. Elle avait imposé à la société néerlandaise un système d'enseignement uniforme et neutre, et avait eu pour effet de marginaliser l'enseignement privé (c'est-à-dire protestant et catholique), surtout en lui coupant les subventions. La loi de 1857 amorça un changement de cap dans la politique du groupe antirévolutionnaire protestant qui siégeait à la Chambre. Avant la loi, leur leader Guillaume Groen van Prinsterer avait tenté de marquer d'un sceau chrétien l'enseignement public laïc après la loi de 1857, cela s'avérait désormais impossible pour lui. Sous sa direction, ses coreligionnaires sur la scène politique luttèrent désormais pour l'équivalence entre l'enseignement public et l'enseignement privé. La loi scolaire de Kappeyne (1878) minait singulièrement la position concurrentielle de l'enseignement privé en imposant à celui-ci des exigences plus lourdes qui n'étaient pas sans implications financières. Dans leur lutte, les protestants reçurent le soutien des catholiques. La question scolaire devait rapprocher en 1888 les partis confessionnels au sein de la coalition. La conjonction de leurs forces allait leur permettre de triompher dans la lutte scolaire. L'égalité des enseignements public et privé fut acquise en 1920. Cette question scolaire eut d'importantes conséquences ; elle fut d'une part un des facteurs qui mirent un terme à la collaboration entre libéraux et catholiques, et débouchèrent sur une coalition réunissant protestants et catholiques ; elle eut d'autre part des conséquences directes dans la lutte pour le droit de vote.

La position privilégiée de l'enseignement public était une conséquence de la prédominance libérale et libérale-conservatrice dans le cabinet et au Parlement, laquelle découlait à son tour du système électoral censitaire en vigueur, qui avantageait les formations libérales par rapport aux formations confessionnelles.

L'abaissement du cens introduit en 1878 par Kappeyne, la rapide évolution de la société néerlandaise au cours des années quatre-vingt et la réforme constitutionnelle de 1887 s'avérèrent surtout profitables aux confessionnels (catholiques et protestants). En 1888, les élections qui suivirent ces bouleversements donnèrent le pouvoir à un cabinet confessionnel. Entre 1887 et 1917, le nombre des électeurs augmenta fortement. Si, en 1887, il y avait seulement 12,7 p. 100 de la population masculine âgée de plus de vingt-trois ans à bénéficier du droit de vote, les électeurs étaient déjà 27 p. 100 en 1888, 50,3 p. 100 en 1897, et 70,8 p. 100 enfin en 1917. En 1922, le vote des femmes et l'abaissement de la majorité électorale augmentèrent encore considérablement ce pourcentage. L'extension du droit de vote et le système de la représentation proportionnelle eurent en même temps d'importantes conséquences sur les rapports entre les partis au Parlement (100 sièges à la Seconde Chambre) : les socialistes ne cessèrent d'accroître le nombre de leurs sièges, qui atteignit la quinzaine avant la Première Guerre mondiale et oscillait entre 20 et 25 au cours de l'entre-deux-guerres. Les libéraux, par contre, perdirent une part notable de leur influence. Les grands gagnants étaient provisoirement les confessionnels ; pendant l'entre-deux-guerres, ils recueillaient quelque 50 p. 100 des voix. À la fin du xixe siècle, la question sociale n'était toujours pas résolue. La modeste loi Samuel Van Houtem sur le travail des enfants (1874), bien qu'ayant fait grand bruit, n'avait guère d'effet. Ce n'est qu'au cours des années quatre-vingt que s'engagea une discussion sur la législation sociale, concrétisée en 1889 par la loi sur le travail qui protégeait les femmes et les enfants contre les abus dans ce domaine. Le cabinet de Nicolas Gérard Pierson jeta les bases d'une législation sur les assurances obligatoires (1897-1901) et élabora les législations sur l'enseignement obligatoire, la fiscalité, la santé et l'habitation à loyer modéré. Enfin, le ministre de l'Agriculture, de l'Industrie et du Commerce, A. S. Talma (1908-1913), fit largement progresser la législation sociale.

La Constitution de 1848 accordait une pleine et entière liberté de culte, ce qui impliquait pour les catholiques l'accès à l'égalité des droits. Le bref papal du 4 mars 1853 restaura la hiérarchie catholique (évêques). Sa formulation déchaîna toutefois une tempête d'indignation chez les protestants. En avril 1853, une pétition fut présentée au roi, le priant de ne pas permettre l'institution de diocèses. Guillaume III accepta cette pétition. Le cabinet libéral Thorbecke marqua son désaccord avec cette attitude anticonstitutionnelle en donnant sa démission. Les diocèses furent mis en place et les Pays-Bas s'engagèrent ainsi sur la voie qui devait leur faire perdre leur caractère essentiellement protestant.

La formation des partis politiques

Les partis au sens moderne du terme n'apparurent qu'assez tardivement aux Pays-Bas. Jusqu'aux années 1870, les députés au Parlement agissaient à titre individuel. L'ascendant de Johann Rudolf Thorbecke conféra au courant libéral un caractère bien marqué. Par contre, le flou de la « sensibilité conservatrice » doit beaucoup à l'absence d'un centre libéral qui en aurait été l'âme. Les catholiques représentaient un système de pensée plus facile à définir. C'est parmi les antirévolutionnaires que commença la construction d'un parti moderne. Deux facteurs jouèrent un rôle déterminant dans ce processus : l'agitation déclenchée par la loi scolaire d'Abraham Kuyper et la mort de G. Groen van Prinsterer en 1876, fédérateur incontesté des antirévolutionnaires et adversaire de la formation d'un parti. Le parti vit le jour sous la houlette de A. Kuyper ; il s'agissait d'un bloc antirévolutionnaire qui proposait une réponse à presque tous les problèmes de la société moderne : un parti, une université (l'université libre d'Amsterdam), un journal et une Église réformée. Si la création du Parti antirévolutionnaire traduisait une volonté d'isolement, la naissance du Parti catholique eut l'effet exactement inverse. L'isolement de la population catholique, conséquence de sa position au sein de la République et de la méfiance toujours en éveil vis-à-vis des « papistes » (manifestée notamment dans le mouvement d'avril 1853), fut partiellement brisé par le Parti catholique ; la collaboration avec les antirévolutionnaires au sein d'une même coalition suffit à illustrer cette ouverture. Parallèlement à la constitution d'un parti catholique, les catholiques eux-mêmes prenaient de plus en plus souvent des « attitudes politiques ». Le changement d'attitude de Rome (à partir de l'encyclique Rerum novarum) et l'activité de l'abbé Schaepman et de P. J. M. Aalberse contribuèrent à cette évolution. Le modeste programme que l'abbé Schaepman publia en 1896 ne conduisit pas directement à la formation d'un parti. Bien qu'on parlât depuis 1896 d'un « parti » catholique, il était à peine question de centralisation. Schaepman n'était pas accepté par la plupart des membres de son groupe. Ici aussi la question du droit de vote était une pomme de discorde. Schaepman lui-même était partisan d'un ample élargissement du droit de vote. Mais il se retrouvait nettement en minorité face aux conservateurs de son parti. Ce n'est qu'après sa mort (1903) et après le règlement de la question électorale que l'abbé Nolens put resserrer les rangs du Parti catholique.

La question électorale et, dans une moindre mesure, la question sociale entraînèrent aussi au sein du Parti antirévolutionnaire des tensions qui amenèrent une scission. Représentant des « petites gens », Kuyper s'opposait de plus en plus à ses coreligionnaires politiques d'origine plus patricienne, regroupés autour d'Alexandre Frederic De Savornin Lohman. La création, en 1908, à l'Union chrétienne historique (Christelijk-Historische Unie) concrétisa la dualité existant entre les protestants.

Les libéraux eurent bien de la peine à former un parti. On peut trouver deux raisons à leurs difficultés. Tout d'abord le fait qu'au cours de la seconde moitié du xixe siècle c'étaient les libéraux qui tiraient les ficelles au Parlement. Par ailleurs, les idées libérales, plus compatibles avec des interventions parlementaires individuelles, s'opposaient peu ou prou aux concepts d'organisation et de programme ; il en était de même pour les conservateurs. Les premières ébauches de formation d'un parti libéral furent le fait d'un groupe minoritaire et suscitées par une question de principe : l'élargissement du droit de vote. Cela avait très vite semé la division dans leurs rangs et eut pour conséquence qu'un certain nombre d'associations électorales progressistes fondèrent en 1884 l'Union libérale (Liberale Unie). Les libéraux conservateurs, qui constituaient la majorité, restèrent inorganisés. Deux scissions en son sein placèrent en 1890 l'Union libérale dans une position médiane. L'Alliance radicale (Radicale Bond), absorbée ultérieurement par l'Alliance démocratique de libre pensée (Vrijzinning Democratische Bond, Démocrates libéraux), adopta des attitudes plus progressistes. Les plus conservateurs se rassemblèrent sous le nom de Vieux-Libéraux (Oud-Liberalen) qui deviendraient plus tard l'Alliance des libéraux libres (Bond van Vrije Liberalen). Ce n'est qu'en 1913 que ces trois formations adoptèrent à nouveau des démarches communes.

La création d'un parti socialiste fut bien difficile dans les Pays-Bas du xixe siècle, l'absence d'industrialisation entraînant l'absence de prolétariat. Aussi Ferdinand Domela Nieuwenhuis fut-il un personnage isolé. Il existait bien une Alliance social-démocrate (Sociaal-Democratische Bond, SDB) fondée en 1881, mais elle ne comptait que quelques centaines de membres. En 1888, Domela Nieuwenhuis fut élu à la Chambre. Il y pérora beaucoup et avec insistance sur toutes sortes de questions mais ne rencontra guère d'audience. Le caractère utopique du SDB n'était pas considéré par la société comme dangereux pour elle. Lorsque, en 1894, quelques intellectuels, artistes et travailleurs fondèrent le Parti social-démocrate des travailleurs (Sociaal-Democratische Arbeiders Partij, SDAP), cela ressemblait fort à de la présomption. Une partie de ces jeunes fondateurs se jeta avec fougue dans la polémique théorique. Un certain nombre d'entre eux devaient bientôt quitter le parti à cause de leurs tendances anarchistes. L'un d'entre eux, le poète Herman Gorter, écrivit même en 1920 une Lettre ouverte au camarade Lénine, réplique aux remontrances de ce dernier à l'adresse des communistes néerlandais. Le SDAP demeura un petit parti. On n'en devenait pas automatiquement membre, comme en Belgique, en adhérant à un syndicat de gauche. Le grand leader du SDAP était Pieter Jelle Troelstra. Tout comme Domela Nieuwenhuis, il était originaire de la Frise, province qui était avec Amsterdam l'un des foyers du socialisme néerlandais. Le parti gagna lentement en importance à mesure que le pays s'industrialisait. Les diamantaires juifs d'Amsterdam – importante composante du socialisme – s'orientèrent vers le fabianisme anglais. En 1913, les communistes, considérés comme dissidents, furent exclus du SDAP ; ils formèrent le parti communiste néerlandais (Communistische Partij Nederland, CPN). Avant les élections de 1913, libéraux et socialistes exigèrent le suffrage universel. Les élections amenèrent la débâcle des confessionnels, les socialistes allant jusqu'à emporter 11 sièges à la Chambre. Et pourtant Troelstra refusa de siéger dans un gouvernement.

À la veille de la Grande Guerre, la société aux Pays-Bas était étrangère à cette grande confrontation. Leur voisin du Sud ne partageait pas davantage la fièvre nationaliste et impérialiste qui agitait les grands pays d'Europe. Mais la Belgique se trouvait trop près de la France, et certains, dont le roi Albert et les conservateurs catholiques et libéraux, s'étaient efforcés de renforcer l'armée et de s'équiper au moins pour la défensive. Ce n'était pas le cas aux Pays-Bas. La culture et la civilisation de ce pays étaient orientées vers l'Allemagne. L'allemand était la seconde langue, à côté de l'anglais et avant le français. Bien que le plan originel de Alfred Von Schlieffen prévît de prendre également en tenailles les Pays-Bas, cette manœuvre n'eut pas lieu et les Pays-Bas purent ainsi conserver leur neutralité : les Allemands les épargnèrent et y trouvèrent plutôt leur compte. L'Angleterre était irritée par cette neutralité. Lors de la défense d'Anvers (1914), la marine britannique ne pouvait utiliser l'Escaut pour venir en aide à ses fusiliers marins, les Pays-Bas s'y opposant. L'Angleterre menaça de donner la Flandre zélandaise à la Belgique, mais le gouvernement néerlandais refusa de céder.

La Première Guerre mondiale

Puissance neutre, tout comme la Suisse et l'Espagne, les Pays-Bas étaient tout naturellement enclins à apporter leur soutien et leur aide à la Belgique neutre dont les Allemands avaient brutalement violé le statut international. Les Pays-Bas se sont fort correctement acquittés de cette tâche humanitaire. Dans les jours qui suivirent la capitulation d'Anvers, ils accueillirent des centaines de milliers de réfugiés belges. Pendant les années de guerre, ils tolérèrent qu'une foule de volontaires belges gagnent l'Angleterre par Flessingue via le territoire néerlandais afin de rejoindre le front de l'Yser. Beaucoup d'hommes politiques flamands résidèrent aux Pays-Bas. À la fin de la guerre, leur propre approvisionnement devint critique et des troubles éclatèrent en bien des endroits. Selon le leader socialiste Troelstra, la situation intolérable qui sévissait aux Pays-Bas favorisait la contagion des révolutions allemande, russe et hongroise. Quelques incidents dans l'armée et quelques troubles dans le port de Rotterdam lui donnèrent à penser que l'heure de la Révolution avait sonné : c'est ce qu'il proclama solennellement au Parlement. Mais les travailleurs catholiques et protestants envahirent les rues pour témoigner leur attachement à la maison d'Orange et Troelstra paya cher son erreur d'appréciation de la situation. Pourtant, ce faux pas ne fut considéré que comme une « faute », et non comme un crime ou une trahison. Il perdit toutefois une partie du soutien que lui apportaient les travailleurs et les intellectuels.

En outre, les Pays-Bas hébergeaient l'ex-empereur Guillaume II d'Allemagne. Celui-ci était en effet arrivé avec une « facilité suspecte » au Limbourg néerlandais. Il obtint l'asile politique du gouvernement néerlandais. Par ailleurs, lors de la débâcle allemande de novembre 1918, 70 000 soldats allemands avaient pu s'échapper et regagner leur pays avec une « facilité suspecte », au dire des Belges, et les Pays-Bas concédèrent qu'ils avaient permis aux troupes allemandes de faire retraite par leur territoire. Tout cela donna lieu à un véritable contentieux avec les Belges. Dans leurs transes patriotiques, des nationalistes belges francophones comme Paul Hymans et sa clique estimaient que, pour améliorer sa défense, la Belgique devait pouvoir revendiquer la possession de parties du Limbourg néerlandais et de la Flandre zélandaise. On se mit à dessiner des cartes, et la propagande prit des proportions démesurées en Belgique. Lors des pourparlers qui précédèrent le traité de Versailles, la diplomatie néerlandaise réussit à faire échec à Paul Hymans et, soutenue par les États-Unis, à interdire aux Belges toute expansion territoriale aux dépens des Pays-Bas. En réalité, il aurait été déloyal d'exiger ces concessions des Pays-Bas. À tout prendre, vu les circonstances difficiles, le pays ne s'était pas si mal acquitté de sa neutralité. Il ne méritait pas de « sanction » pour avoir fait preuve d'« imprudence » à tel ou tel moment. Toutefois, les prétentions des Belges francolâtres n'avaient pas manqué d'envenimer le climat des rapports belgo-néerlandais. Les Néerlandais ont la mémoire longue. Il faudra attendre bien longtemps avant que les relations entre les deux nations sœurs ne reprennent un tour normal, comparable à celui d'avant la Première Guerre mondiale.

D'une guerre à l'autre (1919-1940)

Les rares analyses dont on dispose sur les Pays-Bas de l'entre-deux-guerres sont remarquablement concordantes : elles les décrivent comme un pays conservateur, où stabilité politique rime avec immobilité, un pays vieillot et statique, prudemment attaché à conserver les acquis. Alors que la plupart des pays voisins se laissaient entraîner par l'avalanche des « années folles » et la fermentation des esprits à Weimar vers les années trente, les Pays-Bas faisaient comme si de rien n'était. En politique, les confessionnels étaient et restaient au pouvoir ; sur le plan social et convivial, la société demeurait compartimentée en blocs statiques, appelés aussi piliers (zuilen, d'où le terme verzuilling, utilisé pour désigner ce « cloisonnement » idéologique) ; sur le plan économique, on ne faisait guère plus que de continuer sur la lancée des acquisitions de la fin du xixe siècle et du début du xxe ; le changement de cap des années trente n'eut lieu que sous l'effet des pressions internationales. La neutralité des Pays-Bas au cours de la Première Guerre mondiale explique pour une part cette stabilité. Il existe une explication plus structurelle à cette immuabilité de la société néerlandaise entre les deux guerres mondiales : le caractère spécifique du cloisonnement et la politique pacificatrice qui le doublait, rendue possible par la relative permanence des rapports de force entre les différents blocs. La répartition des cent sièges à la Chambre en fournit une bonne illustration : pendant l'entre-deux-guerres, l'écart entre le nombre le plus élevé et le plus bas des sièges emportés par les grands partis, libéraux exceptés, n'excéda jamais quatre. Des formations extrémistes comme le CPN (Parti communiste) et le NSB (Alliance national-socialiste) n'enlevèrent jamais plus de quelques sièges, encore ne fut-ce que pour une courte durée. En outre, les blocs ne connaissaient pas de tensions internes ; leurs leaders étaient à même de maintenir leur autorité sur leurs troupes.

La grande crise économique et les mouvements révolutionnaires qui agitèrent l'Europe au cours des années trente ne manquèrent pas de rejaillir également sur la société néerlandaise. Pourtant, les organisations bourgeoises ne furent pas les seules à supporter la crise et ses séquelles avec une bonne dose de passivité, comparativement aux citoyens des autres pays ; ce fut également le cas des ouvriers. Il y eut deux exceptions notables à cette résignation. En 1933, une mutinerie éclata devant Sumatra sur le croiseur Zeven Provinciën (Sept Provinces) ; l'équipage néerlandais et javanais se rebella parce que la solde avait été diminuée. La mutinerie fut écrasée dans le sang, ce qui déclencha les protestations de la gauche néerlandaise. L'année suivante survint l'émeute du Jordaan, un quartier d'Amsterdam. Ici aussi il s'agissait de contrecoup de la politique déflationniste menée par le gouvernement : les allocations de chômage avaient été réduites et le quartier pauvre d'Amsterdam se souleva. Il fallut faire intervenir la troupe. On déplora cinq morts et de nombreux blessés ; la révolte dura plusieurs jours. Mais, même dans les dernières années qui précédèrent la Seconde Guerre mondiale, le peuple néerlandais continua à croire à l'inviolabilité de sa neutralité.

Analyse socio-économique

Les Pays-Bas n'ont jamais plus connu un siècle d'Or comparable au xviie. Mais on ne saurait affirmer que la prospérité et le bien-être de la population y aient été moindres que dans le reste de l'Europe. Tout au contraire ! À la fin des années trente, les Pays-Bas n'étaient toujours pas un pays industrialisé au sens traditionnel du terme. Au cours du xixe siècle, ils n'avaient pas vu naître un prolétariat ouvrier de masse. Ils étaient restés un pays rural, mais avaient connu très tôt une expansion du secteur tertiaire ; l'économie présentait en outre des caractéristiques très particulières : c'est ainsi que, avant même la Seconde Guerre mondiale, avaient été créées quelques multinationales résultant surtout de la fusion avec des groupes anglais.

Sur le plan social, les Pays-Bas étaient à l'avant-garde. La protection dont jouissait la population au sein de ses cloisonnements n'empêcha pas les forces progressistes de tenter avec succès de battre en brèche le « laisser-faire » libéral. En 1919, le chrétien-démocrate Aalberse fit voter la loi sur le travail qui porte son nom. Elle prévoyait une journée de huit heures et la retraite obligatoire. On institua également un Conseil supérieur du travail qui servait d'organe permanent de concertation entre employeurs et travailleurs. La crise des années trente frappa de plein fouet les Pays-Bas tout comme les autres pays de l'Europe occidentale, encore qu'un peu plus tard. Pas plus que les autres, les Pays-Bas ne disposaient de l'arsenal économique et politique qui aurait permis de traiter la crise. Ils ne pouvaient que recourir à une politique déflationniste. Ils furent même le dernier pays d'Europe à conserver l'étalon-or. Quand le cabinet Colijn dut y renoncer le 26 septembre 1936, ce fut un vrai cas de conscience pour le Premier ministre ; mais le peuple néerlandais et son économie ne s'en trouvèrent pas plus mal. La dévaluation rétablit la capacité concurrentielle ; quant aux épargnants, ils se contentèrent de se lamenter au sein de leurs groupes respectifs. C'est en 1936 que le chômage atteignit son point culminant : il y avait alors plus de 480 000 sans-emploi, soit 17,4 p. 100 de la population active. Tout comme dans les autres pays, suivant l'exemple belge d'Hendrik de Man, on eut recours à la planification socialiste. Mais on le fit avec tant de prudence que cela n'eut guère d'effet. Il n'y eut qu'un seul secteur où le gouvernement eut une action résolument régulatrice : l'agriculture. Preuve supplémentaire de l'importance primordiale de ce secteur pour le pays. En 1920, il occupait encore 23,5 p. 100 de la population active ; en 1947, 19,3 p. 100. Pour sauver le fermier et l'éleveur néerlandais de la crise agraire, le gouvernement créa des structures corporatives qui ne tardèrent pas à avoir des effets positifs. Comme ce secteur était fortement dirigé vers l'exportation, l'abandon de l'étalon-or fut un avantage pour les fermiers néerlandais. Il y avait toutefois une particularité du xviie siècle que les Pays-Bas avaient gardée : ils continuaient à assurer une part importante du transport maritime. La flotte de commerce et de ligne n'avait pas pris de retard. Cela s'expliquait pour une bonne part par les liens étroits avec les Indes néerlandaises. Les colonies ont toujours largement contribué à la prospérité d'Amsterdam et de Rotterdam. Au cours de l'entre-deux-guerres, le commerce du diamant à Amsterdam avait atteint, avec sa plus grande prospérité, une réputation mondiale. Dans quelques secteurs industriels novateurs, les Pays-Bas disposaient d'une avance sur les autres nations. Eindhoven abritait déjà la firme Philips. Fondée en 1891 par le banquier Frederik Philips et dirigée ensuite par son fils Anton Frederik, elle avait d'abord fabriqué des lampes à incandescence. Au cours de la Première Guerre mondiale, forcée de trouver sur place ses matières premières, l'entreprise y réussit fort bien, aussi se lança-t-elle après la guerre dans la fabrication de tubes à rayons X et de lampes radio ; en 1927, elle pouvait mettre sur le marché un récepteur-radio complet. À la fin des années 1980, Philips reste une firme purement néerlandaise, la plus grande firme non américaine dans le secteur de l'électricité et de l'électronique. Shell est une autre multinationale, connue aux Pays-Bas sous le nom de groupe De Koninklijke/Shell (La Royale/Shell). L'entreprise néerlandaise exploitait des gisements de pétrole découverts aux Indes néerlandaises. En 1907, elle fusionna avec le groupe britannique The Shell Trading & Trading Company de Londres. Elle est, après Exxon, le deuxième géant mondial du pétrole, et sa prospérité contribue pour beaucoup à la richesse de la maison royale néerlandaise. Unilever est une autre multinationale connue. Aussi curieux que cela puisse paraître, aux Pays-Bas la margarine servit assez tôt de substitut au beurre. Les familles Jurgens et Van den Bergh s'enrichirent dans sa fabrication. En 1908, les deux entreprises familiales parvinrent à un accord. Entre-temps, en Angleterre, Lever était devenu une importante fabrique de savon. En 1929, les deux groupes fusionnèrent et c'est ainsi que naquit Unilever. Quand on s'avisa qu'il existait du charbon au Limbourg où se prolongeaient les veines de Westphalie, qui indiqueraient aussi la présence de houille au Limbourg belge, le gouvernement néerlandais se précipita pour mettre un terme aux disputes entre les petites compagnies privées du Limbourg méridional. C'est ainsi que naquirent en 1902, à Heerlen, les Mines nationales néerlandaises connues maintenant sous le sigle de DSM (Dutch State Mines) : ayant cessé en 1965 une extraction non rentable, elles se consacrent à la production de gaz naturel et de produits chimiques. Le pays entreprit très tôt la fabrication de fibres artificielles. En 1929, la firme ENKA fusionna avec un groupe allemand. En 1918, dans un tout autre domaine, les salines de l'est des Pays-Bas, eut également lieu une fusion entre des entreprises familiales et une entreprise pharmaceutique Organon. C'est ainsi que fut fondée l'AKU (fibre artificielle) et plus tard l'AKZO, multinationale géante de produits synthétiques, née du mariage du sel, de la pharmacie et de la fibre artificielle. Le nom d'Anthony Fokker est légendaire pour la génération des Français qui ont vécu la Première Guerre mondiale. Dès 1912, ce jeune ingénieur possédait un atelier de construction d'avions à Berlin. Dans son pays, on ne comprenait pas l'intérêt de ces engins. L'état-major allemand par contre trouva cette invention très intéressante. Aussi Fokker construisit-il des avions militaires très utilisés au cours de la Première Guerre mondiale. Il trouva même une solution pour l'emploi de la mitrailleuse qui pouvait tirer à travers l'hélice. Il synchronisa le tir de l'arme et la rotation de l'hélice en y installant un interrupteur. Cette invention donna pour un an aux Allemands une maîtrise aérienne absolue. Après la Première Guerre mondiale, Fokker construisit son usine aux Pays-Bas, à Amsterdam. Il s'était acquis une solide expérience pendant la guerre et voulait réserver sa créativité à son propre pays. Après la guerre, il fut toutefois confronté à la concurrence américaine, mais il parvint à surmonter cette menace.

C'est ainsi qu'une partie de l'industrie néerlandaise était déjà prête pour le marché mondial, et cela avant même la Seconde Guerre mondiale. Ces entreprises allaient pouvoir compenser leurs pertes dans leur propre pays par la poursuite des activités de leurs établissements disséminés à l'étranger, dans le monde libre.

Guerre et occupation, 1940-1945

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes faisaient irruption aux Pays-Bas. En cinq jours, la majeure partie du pays était occupée et l'armée néerlandaise capitulait (14 mai). Le gouvernement néerlandais avait réussi à quitter le pays ; il dirigeait à partir de Londres la résistance néerlandaise qui continuait en dehors du territoire occupé, il conservait la haute main sur les territoires d'outre-mer – dont le plus important, les Indes néerlandaises, serait ultérieurement conquis par les Japonais (chute de Java le 9 mars 1942) – et préparait la libération des Pays-Bas. Un nouveau cabinet sous la direction de Pierre Gerbrandy (à partir du 3 septembre 1940) s'efforça de réaliser ces objectifs, puissamment soutenu par la reine Wilhelmine. Pour les Pays-Bas s'ouvrait une période noire. L'occupant allemand – depuis le 28 mai 1940, A. Seyss-Inquart était devenu Reichskommissar – ne se contentait pas de considérer le pays comme une prise de guerre qu'il convenait de pressurer et d'exploiter au profit de la poursuite de la guerre par l'Allemagne : quelque 400 000 ouvriers néerlandais furent contraints d'aller travailler en Allemagne ; mais il fallait aussi de gré ou de force y introduire et y imposer l'idéologie nazie. Afin d'y parvenir, on accorda un large soutien au NSB (Alliance national-socialiste), qui s'érigea hâtivement en acolyte de l'Allemagne ; on créa toutes sortes de nouvelles institutions et organisations national-socialistes (par exemple la SS-Pays-Bas). Sur le plan social, les conséquences furent plus graves, lorsque l'occupant se mit à faire la chasse aux juifs néerlandais et réussit à éliminer une grande partie de la population juive des Pays-Bas en les envoyant en déportation ; ce fut un véritable génocide : 104 000 morts sur un total de 140 000. Anne Frank (1929-1945), une jeune juive allemande réfugiée aux Pays-Bas avec sa famille depuis 1933, a donné dans son Journal, rédigé entre 1942 et 1944, un témoignage sur ces persécutions. Elle est morte à Bergen-Belsen, peu de temps avant la libération du camp. L'occupant ne réussit pas à gagner beaucoup de partisans au national-socialisme. Au cours de la guerre éclatèrent trois grands mouvements de protestation : la grève de février qui eut lieu à Amsterdam en 1941 pour s'opposer à la déportation des juifs, les grèves d'avril-mai 1943 contre le plan allemand de renvoyer en captivité les soldats néerlandais et la grève des chemins de fer de septembre 1944 appuyant l'opération alliée Market Garden. Une minorité, qui se savait il est vrai soutenue par une partie croissante de l'opinion publique, se livrait à une résistance active, qui se manifestait de multiples façons : aide aux juifs et autres victimes du régime, organisation du passage dans la clandestinité, presse clandestine, espionnage et sabotage, préparation de l'aide militaire à la libération. Du point de vue politique, il était important que ce mouvement clandestin élaborât des plans pour l'avenir et les répandît parmi un large public grâce à la presse clandestine. Il s'agissait de plans le plus souvent radicaux, qui, forts des expériences d'avant guerre, préconisaient des mesures comme l'accroissement de l'autorité du gouvernement, la rénovation du système des partis (avec une préférence pour le bipartisme), la suppression des partis confessionnels (ce qu'on appelait le tournant doorbraak), l'abandon de la notion de lutte des classes et, sur le plan international, la participation à un système international de sécurité, qui rendrait impossible tout retour à l'ancienne politique de neutralité.

Les Allemands à Rotterdam

Les Allemands à Rotterdam

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Les troupes d'assaut allemandes ont pris le port de Rotterdam, but de leur percée vers la mer, après la capitulation de l'armée néerlandaise, le 14 mai 1940. 

Crédits : Hulton Getty

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Guerre dans l'océan Indien, 1941

Guerre dans l'océan Indien, 1941

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Des chasseurs américains Curtiss Hawk et leurs équipages du Royal Netherlands East Indies Airforce basé à Bandung, la capitale de la province de Java occidental (Indes néerlandaises), aujourd'hui en Indonésie, en 1941. 

Crédits : Hulton Getty

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Libération du joug allemand et conséquences de la guerre (1944-1945)

Une série de facteurs géographiques et militaires a fortement retardé la libération des Pays-Bas et a inutilement exposé la population à de sérieuses privations. Après la rapide libération de la Belgique (début sept. 1944), les grands fleuves des Pays-Bas (Meuse, Waal et Rhin) et le Rhin en Allemagne furent un obstacle qui empêcha Montgomery d'atteindre rapidement la Ruhr.

Pendant l'opération Market Garden (17-26 sept.), les Alliés purent traverser la Meuse (à Grave) et le Waal (à Nimègue), mais non pas le Rhin à Arnhem. Seul le sud du pays put être libéré. Afin de rendre possible la libre navigation vers Anvers, les Canadiens et les Français durent livrer de durs combats pour pénétrer dans les bouches de l'Escaut, ce qui provoqua l'inondation totale de l'île de Walcheren (nov.). En outre, l'offensive des Ardennes (16 déc. 1944-janv. 1945) retint toute l'attention des Alliés et retarda à nouveau la libération des Pays-Bas. Pendant ce temps, la population néerlandaise au nord des fleuves mourait pour ainsi dire de faim. La dureté de l'attitude des Allemands s'explique en partie par la grève générale des chemins de fer, qui avait été annoncée à partir de Londres le 17 septembre, et qui devait aider les Alliés dans leurs offensives. Après la débâcle d'Arnhem, cette grève fit le jeu des Allemands qui arrêtèrent les transports de vivres par bateau en provenance de l'Allemagne. Dans la Randstad (qui abritait 4,5 millions d'habitants), les rigueurs de l'hiver coûtèrent la vie à quelques dizaines de milliers de personnes qui périrent de faim et de misère. Ce n'est qu'au mois de mars que les Alliés traversèrent le Rhin, à Clèves, et que l'est du pays put être libéré.

Après des pourparlers avec les Allemands, les Alliés purent, à la mi-avril, parachuter des vivres pour la population civile, grâce à des couloirs aériens. L'armée allemande ne capitula que le 5 mai à Wageningen. Jamais dans son histoire la population et la civilisation des Pays-Bas n'avaient été si proches de l'anéantissement. Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale furent catastrophiques et laissèrent durant plus d'un quart de siècle des traces profondes dans la population. Plus de 30 p. 100 du patrimoine national avait été détruit ; des dizaines de milliers de Néerlandais (dont la quasi-totalité de la population juive) avaient péri dans la résistance ou dans des camps de concentration.

Évolution politique et économique depuis 1945

Aux Pays-Bas, pendant la guerre, le régime qui devait être instauré après la Libération fut l'objet de nombreuses réflexions. Mais bientôt il apparut qu'il n'était pas possible d'innover. Bien que la critique du régime existant fût violente, les gens aspiraient au calme, à la sécurité et à la stabilité et craignaient par conséquent les novateurs.

Cependant, il est paradoxal qu'à l'intérieur d'un système hérité de l'avant-guerre, dit système du cloisonnement (zuilensysteem), caractérisé par des regroupements politiques, religieux ou sociaux, il ait fallu mener une politique adaptée à des circonstances entièrement nouvelles, aussi bien dans le domaine extérieur (abandon de la neutralité, perte des Indes néerlandaises) qu'intérieur (développement d'un État industriel). La forme de démocratie néerlandaise parut capable d'assurer tout cela sans trop de peine.

Ce n'est que lorsque la réadaptation fut terminée – au milieu des années 1960 – que le système commença à être mis en question. Cette rupture avec le passé s'est poursuivie au cours des années 1970 et 1980 : déconfessionnalisation, exigence d'une démocratie plus ouverte, critique virulente du système étatique et plus spécialement en 1980, échec de la gauche dans la réalisation des idéaux prônés dans les années 1960. En outre, la crise économique des années 1970 et 1980 a retardé le développement de la « nouvelle société » et enrayé les mécanismes politiques et sociaux, provoquant des mécontentements et une agitation constante fomentée par toutes sortes de groupements, aux objectifs contradictoires, plus résignée toutefois depuis 1986.

Ainsi la société néerlandaise constitue, au début des années 1980, un exemple typique de la crise de la civilisation occidentale, il est vrai que la classe politique, depuis 1986, a fait preuve de volonté pour remédier à cette situation de crise latente et qu'elle a souvent le courage de changer de cap. Le très ancien réflexe calviniste, qui consiste à se sentir concerné par la situation politique, économique et sociale, reste intact, ainsi qu'un certain fatalisme issu de la doctrine de la prédestination.

L'après-guerre

Le 12 mai 1945, une semaine après la Libération, 45 personnes d'origine socialiste, catholique et protestante publièrent un manifeste qui annonçait une « volonté de renouvellement », dans laquelle devait être fondamental « l'homme » qui se développe au service d'une communauté solide, juste et enthousiaste (socialisme personnaliste, d'origine française), et qui incitait tous les Néerlandais à aider au renouvellement de la vie sociale « dans un esprit personnaliste » et à « fonder le pouvoir sur une nouvelle confiance » dans l'unité. L'ingénieur Willem Schermerhorn était le leader du mouvement. La reine Wilhelmine le chargea, avec le social-démocrate Willem Drees, de former le premier cabinet d'après-guerre, un cabinet orienté à gauche, sans lien direct avec les anciens partis et assez autocratique, sans contrôle du Parlement, parce qu'en fait il ne fondait son pouvoir que sur l'exigence d'unité, d'un régime fort et d'un renouveau à l'existence desquels croyaient la Reine et les dirigeants du nouveau mouvement, le Mouvement du peuple. Ce mouvement n'était pas tant inspiré par des idées fascistes que par les tendances autoritaires qu'on avait pu observer en Europe depuis 1930. Déjà, en 1945, les hommes du Mouvement du peuple ont dû constater que cette percée allait échouer. Les Antirévolutionnaires n'avaient pas révisé leurs points de vue d'avant-guerre. Pour les membres de la Christelijk Historische Unie le choix était un peu moins net. Une petite élite d'intellectuels opta pour l'affaiblissement du système du cloisonnement, parmi lesquels Pieter Lieftinck qui participa à trois cabinets, de 1945 jusqu'à 1952, en tant que ministre socialiste des Finances.

Mais la véritable décision était entre les mains des catholiques. L'épiscopat avait d'ailleurs déterminé son attitude lorsque parut le manifeste du Mouvement du peuple : il voulait que les organisations catholiques soient rétablies dans le domaine social, culturel et même politique. En juin 1945, quelques personnalités éminentes du Parti d'État catholique romain d'avant guerre (RKSP) s'attelèrent à cette reconstruction. Quelques mois plus tard, Jan de Quay réintégra le parti catholique, ce qui constituait une aide importante car il jouissait d'une grande popularité chez les jeunes. En décembre 1945 fut fondé le Parti populaire catholique (KVP). Non clérical, ouvert aux non-catholiques, et progressiste, il se développa très rapidement. En 1948, il comptait 410 000 membres.

Quelques mois plus tard, les socialistes s'étaient aussi réorganisés. Inspirés par le Mouvement du peuple, ils révisèrent quelques-uns de leurs points de vue, supprimèrent l'ancien SDAP (Parti social-démocrate des travailleurs) et fondèrent, en 1946, le Parti du travail (PvdA), auquel se joignirent d'anciens membres des partis catholiques et protestants, ainsi que les Démocrates libéraux (VDB) d'avant guerre. Les premières élections depuis 1937 eurent lieu en mai 1946.

Le KVP devint le parti le plus important de la Deuxième Chambre et obtint un siège de plus que le RKSP en 1937 ; le PvdA acquit autant de sièges qu'avaient obtenu ensemble le SDAP et le VDB, le CHU eut le même nombre de sièges et l'ARP (le Parti anti-révolutionnaire) en perdit. Rien de dramatique ne s'était donc passé. La guerre semblait avoir non pas rompu mais consolidé la stabilité d'avant guerre. La seule chose remarquable, à savoir la progression des communistes de trois sièges en 1937 à dix en 1946, fut temporaire.

Des Indes néerlandaises à l'Indonésie

Le problème politique auquel les Pays-Bas durent faire face en 1945 fut la première manifestation de ce qui allait devenir le processus mondial de la décolonisation. Ils y étaient mal préparés puisqu'ils ne possédaient pas les moyens concrets ni les idées qui leur auraient permis d'influer sur le cours des événements. Il s'avéra impossible pour les Pays-Bas de transformer quelques vues sur l'émancipation coloniale en une politique ordonnée de décolonisation. Lorsque le Japon capitula le 15 août, les Pays-Bas étaient entièrement dépendants des Alliés ; en juillet, ils avaient confié leur commandement en Indonésie à l'amiral britannique Mountbatten.

À la fin de septembre 1945, des forces militaires composées de mille Indiens britanniques débarquèrent à Java, et ce n'est qu'en octobre que le lieutenant gouverneur Hubert Jean Van Mook put s'établir à Batavia. Pendant ce temps, 80 000 Néerlandais étaient encore dans les camps, gardés par des Japonais ou des Indonésiens : ils étaient des otages aux mains des nationalistes. À ce moment-là, le pire avait déjà eu lieu. Le 7 août, les Japonais avaient proclamé l'indépendance de l'Indonésie dans leur quartier général de Saigon. Le 12 août, les deux chefs nationalistes Sukarno et Hatta partirent pour Saigon pour de nouvelles consultations. Le 14 août, ils revinrent à Batavia. Le lendemain, le Japon capitula. Le 17 août, Sukarno et Hatta proclamèrent l'indépendance : la république d'Indonésie était née.

Politiciens indonésiens arrêtés

Politiciens indonésiens arrêtés

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Ces politiciens indonésiens ont été assignés à résidence sur l'île de Bangka par les autorités néerlandaises; parmi eux, Mohammed Hatta (1902-1980). 

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Au début du mois de septembre, ils formèrent leur premier gouvernement. À partir de la mi-septembre, le gouvernement travailliste britannique déclara qu'il respecterait la nouvelle République. Quels étaient alors les points de vue du gouvernement néerlandais et de l'opinion publique néerlandaise ? L'un était contenu dans le discours que la reine Wilhelmine avait prononcé le 6 décembre 1942 à Radio-Londres. Les deux pays, Pays-Bas et Indes néerlandaises, verraient récompensée leur lutte héroïque après la guerre et, avec les colonies des Indes occidentales, élaboreraient d'un commun accord une nouvelle forme d'alliance. La structure de celle-ci n'était pas précisée, mais les Indes néerlandaises acquerraient certainement une place autonome dans cet ensemble. Cependant, il apparut rapidement qu'un rétablissement de la souveraineté néerlandaise, même provisoire, ne signifiait pas la même chose pour l'Indonésie que pour la métropole, mais personne ne voulait le comprendre. Qui, en Hollande, pourrait se permettre de considérer Sukarno et Hatta, qui avaient collaboré avec les Japonais et qui avaient proclamé l'indépendance à l'initiative des Japonais, comme des partenaires sérieux au moment même où, aux Pays-Bas, des dizaines de milliers de personnes étaient arrêtées pour avoir collaboré avec les Allemands ?

Ce sont surtout les Nations unies et les États-Unis qui ont peu à peu contraint les Pays-Bas à la décision de proclamer l'indépendance formelle de l'Indonésie. Les Pays-Bas étaient présentés, sur la scène internationale, comme un oppresseur. Ce sont les pays étrangers qui poussèrent les Pays-Bas vers l'accord de Linggadjati aux termes duquel, à partir du 1er janvier 1949, un État indépendant, l'Indonésie, serait fondé, qui resterait assez étroitement uni aux Pays-Bas et aux Indes occidentales : dans cette Union, l'influence néerlandaise serait sans aucun doute prépondérante dans des domaines tels que la politique étrangère et économique.

L'Indonésie devait devenir un État fédératif, dont la République nationaliste et jacobine de 1946 ne serait qu'une partie. Van Mook avait réussi à créer en dehors de Java des organisations politiques qui allaient dans ce sens. Il comptait que ces organisations régionales formeraient un contrepoids à l'État unitaire, tel qu'on le concevait à Java. Le gouvernement néerlandais a respecté cet accord, la République qui l'acceptait en droit s'est donné très peu de peine pour le mettre en pratique. En juillet 1947, les Pays-Bas tentèrent, par la force, de remettre un peu d'ordre à Java et à Sumatra, et, avec 160 000 hommes, ils réussirent à vaincre les forces mal organisées et mal équipées de la République. Le Conseil de sécurité était enclin à condamner cette action en tant qu'aventure coloniale et, bien que sous ses auspices, en janvier 1948, un nouvel accord entre les Pays-Bas et l'Indonésie défavorable à la République fût conclu, le Conseil de sécurité et la Commission des bons offices se désintéressèrent de son application.

En décembre 1948, les Pays-Bas intervinrent par une nouvelle action militaire. Ils chassèrent les chefs nationalistes de Jogjakarta. Le Conseil de sécurité réagit violemment. En mai 1949, le gouvernement néerlandais accepta l'échec politique. En juillet, les nationalistes revinrent à Jogjakarta et en août commença à La Haye la Conférence de la table ronde qui mit fin en novembre à des désordres qui duraient depuis quatre ans.

Forces néerlandaises en Indonésie, 1949

Forces néerlandaises en Indonésie, 1949

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Les forces blindées néerlandaises traversent un village de Sumatra, en Indonésie, lors de la guerre contre les républicains indonésiens, en 1949. 

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Indépendance de l'Indonésie, 1949

Indépendance de l'Indonésie, 1949

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La reine Juliana des Pays-Bas préside la cérémonie de transfert de souveraineté sur les Indes néerlandaises aux États-Unis d'Indonésie, en décembre 1949. 

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L'Indonésie devenait indépendante ; c'était un État fédéral (qui comportait alors 15 États) ; elle conservait dans une Union un lien avec la métropole. Cependant, la pratique fut radicalement différente de la théorie : car, au fond, les Pays-Bas avaient renoncé à toute influence. L'Union avait peu d'importance et ne comportait aucune garantie concernant le maintien de la construction fédéraliste. Dès 1950 fut proclamé l'État unitaire d'Indonésie et, en 1956, celui-ci renonça unilatéralement à l'Union.

En 1962, les Pays-Bas abandonnèrent aussi la Nouvelle-Guinée, qu'ils avaient conservée en 1948, mais qu'ils transférèrent alors aux Nations unies. La décolonisation était achevée. Elle avait coûté peu de vies humaines mais beaucoup d'argent. Elle avait abouti à un fiasco aussi bien pour les Pays-Bas que pour les importantes minorités d'Indonésie qui avaient soutenu le projet fédéraliste néerlandais et à qui personne ne vint en aide. Un grand nombre de ces Indonésiens (entre autres ceux d'Ambon) et les Moluquois immigrèrent aux Pays-Bas et y formèrent un « gouvernement en exil ».

La politique économique des années 1950

En 1949, le revenu national par habitant dépassa pour la première fois le niveau le plus élevé atteint aux Pays-Bas, celui de 1930 : 48 en 1949, 42 en 1939, 46 en 1930 (100 en 1970). En 1949, l'année de l'indépendance de l'Indonésie, le ministre de l'Économie Jan van den Brink présenta au Parlement le premier plan d'industrialisation. Grâce au soutien américain accordé par le plan Marshall – les Pays-Bas reçurent presque un milliard de dollars – de 1948 à 1958, il fut possible de financer la reconstruction et la rénovation de l'appareil de production, de développer considérablement la production agricole au moyen d'engrais chimiques et de fourrages importés, de stimuler la consommation et de relancer le commerce.

Vers 1951, le redressement économique étant achevé, ce fut le début de l'expansion qui, en quelques décennies, créa une prospérité inconnue jusque-là. La forme politico-sociale que revêtit le développement économique des Pays-Bas selon la conception de Jan Van den Brink et de ses successeurs fut caractéristique d'un pays où les idéaux d'ordre des années 1930 étaient particulièrement populaires. La politique économique avait un caractère austère, une tendance à faire passer l'unité et l'harmonie avant la discussion, le pouvoir de décision des gouvernants au-dessus des discordes parlementaires ; le scepticisme à l'égard des capacités humaines et de la démocratie entraînait le paternalisme et le besoin de remettre prudemment de l'ordre dans des relations économiques et sociales où régnait la confusion. La politique économique avait trois objectifs : en premier lieu, maintenir à un bas niveau les salaires, cela au profit de l'industrie ; en deuxième lieu, rendre celle-ci capable de produire à bon marché pour l'exportation ; car le raisonnement était le suivant : seule l'industrialisation pourrait créer suffisamment d'emplois aux Pays-Bas pour une population qui croissait rapidement ; enfin, en troisième lieu, les hommes politiques cherchèrent un système de sécurité sur le plan social qui pût donner aux ouvriers plus de garanties qu'ils n'en avaient eues pendant la période de la crise et de la guerre.

Jusqu'en 1958, cette politique fut menée par six gouvernements dans lesquels le Parti du travail (socialiste) et le Parti populaire (catholique) s'allièrent à divers petits partis. Ce fut une période d'une exceptionnelle stabilité : du 24 juin 1945 au 22 décembre 1958, le socialiste W. Drees fit partie de tous les gouvernements et il fut Premier ministre durant les dix dernières années.

Les politiciens étaient des hommes réalistes, perspicaces, solides et fidèles à leurs principes, qui d'ailleurs différaient radicalement. Les chefs d'entreprises et les représentants des trois centrales syndicales traditionnelles étaient arrivés à la conclusion, déjà pendant la guerre, qu'il fallait concilier les intérêts des différentes classes sociales dans une Fondation du travail. Ainsi, sans trop de frictions, se mit en place une politique d'encadrement des salaires extrêmement stricte. Elle avait été créée par l'accord extraordinaire concernant les relations des différents partenaires sociaux, déjà préparé à Londres et élaboré en octobre 1945 ; cet accord, moyennant certaines modifications, fut maintenu jusqu'en 1970.

Les négociations sur les salaires avaient lieu entre employeurs et employés à la Fondation du travail ; puis le gouvernement définissait son point de vue, et sur cette base, des conventions collectives du travail étaient élaborées par des fonctionnaires. Ainsi, les salaires réels n'augmentèrent presque pas jusqu'en 1954 et ne s'accrurent que de façon très modérée ensuite.

Durant les années 1950, le niveau des charges salariales fut plus bas aux Pays-Bas que dans les autres pays européens. Les profits s'accrurent donc rapidement, ce qui eut pour conséquence une plus grande inégalité des revenus. Le revenu national par habitant augmenta, entre 1947 et 1959, de 149 p. 100, mais le salaire brut des travailleurs de 105 p. 100 seulement. Les syndicats non seulement acceptaient cet état de choses, mais y étaient même favorables puisque ces profits rendaient possibles l'expansion et la rénovation de l'appareil de production, ce qui était absolument indispensable à la création de nouveaux emplois, pour une population sans cesse croissante. En outre, le gouvernement veilla, en collaboration avec les syndicats, à ce que soit créé un régime d'assurances sociales, qui débuta en 1947 par la Caisse de secours aux personnes âgées – remplacée en 1957 par la Loi générale d'assurance vieillesse (AOW) – laquelle comprenait une assurance de préretraite et de chômage et qui, à la longue, finit par couvrir la totalité des besoins de toutes les catégories de la population, y compris les travailleurs indépendants.

La production industrielle crût, de l'indice 49 en 1951, à la fin de la période de redressement, à 100 en 1963 et à 175 en 1970. Ainsi augmenta également l'importance de l'exportation, dont la part dans le revenu national passa de 20 p. 100 en 1938 à 38 p. 100 en 1951 et à plus de 40 p. 100 dans les années 1970.

Le revenu par habitant augmenta, dans la décennie 1950-1959, de l'indice 49 à 67 et dans la décennie 1960-1969 de l'indice 67 à 100, ce qui constituait un accroissement réel de la prospérité. Le Bureau central de planification, fondé en 1945, devint plus une institution scientifique qu'un organe présentant une politique planifiée. Si le gouvernement a su longtemps maîtriser les salaires, il n'a pas pu mener une politique aussi efficace pour les investissements, les profits et les établissements industriels. Jusque dans les années 1960, le mouvement syndical a accepté assez sereinement cette situation.

Une mainmise confessionnelle

À partir de 1954, l'opposition entre groupes confessionnels et non confessionnels s'accentua et le système du cloisonnement se renforça. L'initiative en revint à l'Église catholique. En mai 1954, l'épiscopat publia un mandement qui causa une grande émotion. Ce document répétait, en termes renforcés, des thèses qui avaient déjà été avancées par les évêques. « Sous peine de refus » des saints sacrements, il était expressément interdit à un catholique d'adhérer à des organisations socialistes, telles que le syndicat NVV, ainsi qu'à toutes les organisations communistes ; l'adhésion au PvdA (Partij van de Arbeid) lui était seulement « déconseillée ». Bien que cela ne fût que la confirmation de points de vue anciens, le fait que les catholiques collaboraient très étroitement depuis 1945 avec les socialistes au gouvernement donnait un caractère irréel à un document qui leur refusait la participation à des réunions ou l'écoute d'émissions radiophoniques socialistes. Toutefois il raffermit temporairement la position du Parti catholique. De 1958 à 1973, le pouvoir fut à nouveau entre les mains des partis confessionnels, et les catholiques jouèrent alors le rôle principal. En collaboration avec les protestants et avec les libéraux, ils exercèrent le pouvoir dans un climat économique favorable. Leur politique fut réaliste et pragmatique. Cependant, au cours des années 1960, les gouvernements confessionnels-libéraux durent faire face à un autre problème : l'opposition qui, d'une façon assez inattendue, commença à se dresser contre le pouvoir politique en dehors des institutions.

La politique étrangère

Après la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas avaient abandonné leur statut d'État neutre, étaient devenus membre des Nations unies et d'organisations apparentées ainsi que, plus tard, des diverses institutions européennes.

À Londres, durant les années sombres de la guerre, ils avaient déjà établi des contacts durables avec leur voisin belge, qui aboutirent après la guerre à une collaboration économique fertile (Benelux). Il importe peu que cette union, douanière d'abord, économique ensuite, n'ait pu être réalisée immédiatement. Dans les deux pays, on comprenait que les problèmes complexes seraient mieux résolus dans le contexte d'une intégration plus étroite. On y trouvait aussi des avantages.

En dehors des motivations purement économiques, il existait aussi entre les Pays-Bas et la Flandre de solides liens culturels qui furent resserrés après la guerre et qui aboutirent, en 1979, à l'accord de l'Union linguistique, qui, jusqu'à présent, constitue le seul exemple au monde d'une intégration supranationale dans le domaine culturel entre une nation (les Pays-Bas) et un gouvernement régional (la Flandre).

Dans le domaine des communications maritimes fut signé, en 1963, le traité du Rhin et de l'Escaut, d'une importance capitale pour le port d'Anvers. Cette collaboration entre les Néerlandais et les Belges se manifesta également lors de la réalisation de la Communauté économique européenne. Le Belge Paul-Henri Spaak soutint le Néerlandais Joseph Luns, lorsque celui-ci – ministre des Affaires étrangères de 1956 à 1971 – s'opposa au point de vue du général de Gaulle sur une Europe continentale, détachée de l'OTAN et des États-Unis. Face à une Europe telle que la voulait de Gaulle, composée d'États souverains liés dans une alliance, Luns désirait une Europe intégrée, une fédération européenne d'États qui abandonneraient une partie de leur souveraineté à la communauté supranationale. Si cet idéal restait irréalisable, alors la conception française ne serait acceptable que tant que la CEE n'allait pas contre l'OTAN et qu'elle était ouverte à la Grande-Bretagne.

En 1963, de Gaulle refusa d'admettre la Grande-Bretagne dans la CEE. Luns l'emporta lorsque la Grande-Bretagne y fut admise en 1973.

Les années 1960

Comparés à ceux des États-Unis, de l'Allemagne et de la France, les troubles des années 1960 furent relativement modérés : les provos minèrent le régime en le ridiculisant. Les jeunes excités qui perturbèrent, en mars 1966, le mariage de la princesse Beatrix avec Claus von Amsberg à Amsterdam cherchaient à exprimer violemment leurs sentiments anti-fascistes ou anti-allemands. Ces sentiments n'étaient pas l'expression d'un républicanisme réfléchi. La monarchie de la maison d'Orange se maintint. La transmission de la couronne de Wilhelmine à la reine Juliana, en 1948, et celle de Juliana à Beatrix, en 1980, se déroulèrent sans heurts. En 1980, lors du couronnement de Beatrix, le Parti communiste fut même présent dans la Nieuwe Kerk à Amsterdam.

Juliana, reine des Pays-Bas, 1979

Juliana, reine des Pays-Bas, 1979

photographie

La reine Juliana des Pays-Bas au côté de son mari, le prince Bernhard, en 1979, un an avant son abdication en faveur de sa fille Beatrix. 

Crédits : Hulton Getty

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Lorsque, en 1969, les étudiants néerlandais commencèrent à occuper les universités, ils ne rencontrèrent qu'une opposition très modérée et obtinrent, avec le soutien de nombreux enseignants et de partis politiques, d'exercer une influence légale sur l'administration universitaire, influence plus forte que dans la plupart des pays occidentaux. Mais, derrière ces manifestations relativement innocentes, un changement fondamental intervenait dans la vie spirituelle, sociale et politique des Pays-Bas.

L'Église catholique, qui avait encore soutenu avec succès, en 1954, les organisations catholiques lors du mandement épiscopal, dut faire face à un changement de climat une dizaine d'années plus tard. À propos de nombreuses questions, qui étaient tabou jusque-là, éclata une large discussion qui donna soudain à l'Église catholique l'auréole (ou le stigmate) de l'Église la plus contestataire du monde. Le pluralisme interne dans l'Église était directement lié à l'affaiblissement du système du cloisonnement.

En 1966, un certain nombre de jeunes membres du parti socialiste, qui se plaçaient sous la bannière internationale de la Nouvelle Gauche, tentèrent de participer à cette curieuse renaissance d'une pensée marxiste et eschatologique qui caractérisait les avant-gardes de ces années. À l'intérieur du parti, ils accédèrent bientôt à des fonctions dirigeantes. Le système traditionnel du cloisonnement étant ébranlé, il était nécessaire pour les socialistes d'atteindre un nouvel auditoire au moyen d'un vocabulaire neuf et d'un profil plus net. Le pourcentage de leurs voix s'éleva jusqu'à 27,4 en 1972. Les exigences de la Nouvelle Gauche étaient les suivantes : plus de franchise, inégalité moins forte des revenus et des fortunes, davantage de droit à la parole pour toutes sortes de groupements, volonté de paix plus grande et intérêt plus marqué pour les problèmes des pays sous-développés. En 1966 apparut un nouveau parti qui proposait un programme original : les Démocrates 66. Au moyen d'une profonde révision de la constitution, ce parti voulait rompre le système du cloisonnement, augmenter l'influence du peuple, faire éclater les anciens partis dogmatiques, fonder une nouvelle liberté. Sa première apparition fut un succès : dès 1967, il obtint 4,4 p. 100 des voix et quatre années plus tard 7 p. 100.

D'66 se voulait un club gauchiste d'intellectuels libéraux-radicaux mais il ne devait connaître aucune stabilité électorale. Les libéraux de droite, organisés depuis 1948 dans le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), obtinrent, grâce à leur nouveau conservatisme populaire, de bien meilleurs résultats : de 8,8 p. 100 en 1956 ils passèrent à 14,4 p. 100 en 1972.

Pendant ce temps, durant les années 1960, la prospérité avait beaucoup augmenté. On se préoccupa alors davantage des risques de baisse des revenus (maladie, invalidité) et du bien-être individuel (enseignement, logement, aide sociale). La part du secteur social dans les dépenses de l'État s'accrut et même davantage que dans les pays scandinaves.

—  Guido PEETERS

Apogée et crise de la société d’abondance (1973-2002)

La crise des années 1970

L’agitation sociale et politique de la fin des années 1960 fut bientôt relayée par le renversement durable de la situation économique des années 1970.

Le premier choc pétrolier de 1973 fut d'autant plus durement ressenti aux Pays-Bas qu'il s'accompagna de l'embargo décrété par les pays arabes contre un ami fidèle d'Israël, sans que la Communauté économique européenne fasse preuve d'une grande solidarité. Le renchérissement brutal de l'énergie et des matières premières menaça la substance même d'une industrie qui avait largement fondé son essor sur les secteurs de base (sidérurgie et pétrochimie sur l’eau). Par ailleurs, le désordre monétaire qui suivit la fin de la convertibilité du dollar nuisit particulièrement à l'économie des Pays-Bas, dont le degré d'internationalisation était très élevé. Les investissements reculèrent pendant trois années consécutives (1974-1976). Le coût de la main-d'œuvre avait mis fin à la compétitivité de l'économie néerlandaise ; mais le pactole gazier créait une impression d'aisance et retardait la prise de conscience des difficultés par l'État et l'opinion publique. En 1980, 1 250 000 personnes étaient sorties de l’emploi en raison de la hausse du chômage et surtout du généreux régime d’invalidité du travail (WAO), qui allait devenir l’un des leitmotive de la politique nationale pendant plus de vingt ans.

Triomphe et limites de l'État-providence

Dès les années 1970, le processus de construction de l’État-providence était achevé : maladie, retraite, invalidité, charge d'enfants étaient couvertes par la collectivité, de même que l'octroi d'un revenu minimum (bijstand). L'État-providence à la néerlandaise avait toutefois des ambitions plus vastes que la simple garantie des risques sociaux. Grand dispensateur de revenus, il devint le premier employeur du pays avec 25 p. 100 de la masse salariale totale en 1979. Il se voulut le garant de l'égalité sociale et de l'épanouissement individuel, selon le mot d’ordre progressiste de Joop den Uyl, ministre-président (Premier ministre) de 1973 à 1977 : « diffusion du revenu, du savoir et du pouvoir ! » La libéralisation des mœurs se manifesta de façon spectaculaire, de la sexualité à une législation très souple en matière de consommation de stupéfiants (loi de 1976). L'État-providence se considéra également investi d'une mission particulière à l'égard des groupes défavorisés de la société. Ce souci de protection (bescherming) se traduisit par une action exemplaire en faveur des handicapés.

Le même souci des faibles inspira le nouveau cours de la politique étrangère qui s’éloigna de son atlantisme traditionnel pour soutenir mouvements de libération et coopération onusienne, dont les Pays-Bas devinrent sous le ministre des Affaires étrangères Max van der Stoel un important contributeur. Les années 1970 furent une période de débats passionnés où la « démocratisation » (democratisering), y compris au sein des entreprises, était à l’ordre du jour et où la sagesse des débats d’autrefois laissait place à la forte « polarisation » (polarisatie) des points de vue.

Toutefois, ces mutations apparentes, teintées du vocabulaire marxiste alors en vogue, n’en étaient pas moins profondément ancrées dans la mentalité néerlandaise, à travers la croyance réelle dans les bienfaits du volontarisme et de la solidarité. De la même façon que le paysage néerlandais avait été façonné par l'homme, l'économie pouvait être maîtrisée et la société remodelée. Ce thème de la « société façonnable » (maakbare samenleving) fit fortune.

Au prix de l’envol inévitable des dépenses publiques. Celles-ci atteignirent 65,2 p. 100 du revenu national en 1980 : les dépenses collectives avaient absorbé 80 p. 100 de la croissance des années 1960 et 1970. Il était clair que la manne gazière de Groningue alimentait la consommation au détriment de l'investissement, sans combler pour autant le déficit croissant du budget (0,6 p. 100 du revenu national en 1974, 5,4 p. 100 en 1980). La société néerlandaise se trouva contrainte de choisir entre la mise en œuvre d'une économie socialisée ou la valorisation de l'initiative individuelle.

Isolé, le PvdA, quoique vainqueur des élections de 1977, dut céder le pouvoir à un nouveau gouvernement de centre droit dirigé par le chrétien-démocrate Andreas van Agt (1977-1981). Il estima que la politique économique devait désormais viser à l'allégement des charges des entreprises ; des restrictions budgétaires paraissaient indispensables. Le plan Bestek’81 (« Perspective 81 »), proposé en 1978, se heurta toutefois à la résistance de nombreux Néerlandais qui « n'étaient pas encore mûrs pour les mesures d'économie » selon le mot du ministre de l’Économie Gijs van Aardenne. Les années suivantes allaient placer le pays devant l'épreuve de vérité.

Le consensus à l'épreuve de la crise (1980-1982)

Le début des années 1980 fut en effet marqué aux Pays-Bas par une crise multiforme. L'accumulation des déficits atteignit alors un point de rupture. La situation fut aggravée par l'impact du deuxième choc pétrolier de 1979-1980. Le PNB recula en 1981 et 1982 et les investissements chutèrent en dessous du niveau de 1970. La « stagflation » caractérisait la situation, avec une hausse des prix atteignant 7 p. 100 par an. Dans le même temps, plus d'un quart des actifs, chômeurs ou invalides du travail, était sorti du processus de production. L'État et les régimes sociaux enregistraient des déficits toujours plus importants (10 p. 100 du PNB en 1982). Malgré un prélèvement sans précédent sur les revenus gaziers (19,4 p. 100 des recettes de l'État), la dette publique ne cessait de croître dans un climat social de plus en plus tendu (grèves de mars 1980). Les observateurs étrangers diagnostiquaient un véritable Dutch disease.

La rue ne bruissait pas que des revendications syndicales. L'opinion publique vivait également dans la fièvre de la tension internationale ravivée par l'invasion soviétique en Afghanistan et la « double décision » de l'OTAN concernant les euromissiles (décembre 1979). La décennie 1980 s'ouvrait ainsi sous des auspices très sombres qui prirent totalement à contre-pied la nouvelle diplomatie tiers-mondiste néerlandaise.

Ce malaise se traduisit par une vigoureuse campagne pacifiste fortement teintée d'antiaméricanisme. Le 21 novembre 1981, à Amsterdam, une gigantesque manifestation rassembla plus de 400 000 personnes. Les slogans traduisaient l'incrédulité devant la menace soviétique : « Plutôt un Russe dans ma cuisine qu'un missile dans mon jardin ! ». À la pointe du combat se trouvaient naturellement les petits partis d'extrême gauche, dont l’engagement pour le désarmement était ancien ; mais les grandes formations et les mouvements religieux, en pointe dans le combat pacifiste, étaient également ébranlés par la contestation.

L'agitation n'épargna pas la nouvelle reine, Beatrix, dont l'intronisation à Amsterdam en 1980 fut, comme l'avait été son mariage en 1966, très chahutée. L'agitation de ces années entraîna une instabilité politique et une volatilité inhabituelle de l'électorat. La perte de la majorité par le VVD et les chrétiens-démocrates, désormais rassemblés dans une seule formation, l’Appel chrétien-démocrate (Christen-Democratisch Appèl, CDA), aux élections de 1981 conduisit à une tentative de grande coalition CDA-PvdA-D'66 à nouveau sous la direction de van Agt, mais qui s'effondra dès mai 1982 en raison des différends entre les deux principaux partis. Un cabinet minoritaire, mené par Andreas van Agt avec D'66, expédia les affaires courantes jusqu'aux élections de 1982. Celles-ci donnèrent une nette victoire aux partis du centre droit : le CDA et le VVD disposaient, avec 91 sièges, d'une forte majorité. Les problèmes demeuraient toutefois entiers et van Agt décida de renoncer. La direction du gouvernement revint au jeune et dynamique Ruud Lubbers, lui aussi catholique, ancien ministre des Finances de Joop den Uyl, puis chef de la fraction parlementaire du CDA.

Lubbers et le « no nonsense » (1982-1994) 

Ruud Lubbers détint le pouvoir de 1982 à 1994, record absolu des ministres-présidents néerlandais à ce jour. Il dut sa longévité à une habileté politique unanimement reconnue et à un positionnement personnel toujours en phase avec l'évolution du pays.

La vogue libérale qui s'emparait alors du monde occidental n'épargnait pas les Pays-Bas. Un certain rejet de l'égalitarisme et une intolérance fiscale se manifestaient dans l'opinion publique. Sur le Dam, les yuppies remplaçaient les hippies. La guerre soviétique en Afghanistan, la répression dans la Pologne en « état de guerre » commençaient à réveiller la crainte de Moscou. Le sentiment se répandait qu'il fallait en finir avec les excès expérimentaux de la « société façonnable » et mettre en veilleuse les lampions de la grande fête collective illuminée au gaz de Groningue. Le slogan lancé par le nouveau Premier ministre, « No nonsense ! », correspondait à l'état d'esprit de la majeure partie de la population, aspirant à une remise en ordre de l'économie et de la société.

Il y avait pourtant loin de ce sentiment confus à une volonté de rupture avec le modèle socioéconomique patiemment construit depuis la guerre et avec une tentation neutraliste encore plus ancienne. Ruud Lubbers sut parfaitement mesurer sa marge de manœuvre. Il tergiversa sur les euromissiles et parvint à repousser au 1er novembre 1985 la décision finale d’installer quarante-huit missiles Cruise sur la base de Woensdrecht. Cette décision resta de principe en raison de la détente Est-Ouest, due à la nouvelle politique menée en URSS par Mikhaïl Gorbatchev.

L'attentisme n'était en revanche pas de mise sur le plan social et économique. Sous la pression du nouveau gouvernement, les partenaires sociaux cédèrent. Ils conclurent l’accord de Wassenaar en novembre 1982, considéré depuis comme la base du polder model. Ce texte bref en restait aux grandes orientations : priorité au rétablissement de la compétitivité de l’économie par la modération salariale, développement du travail à temps partiel, concertation constante entre partenaires sociaux rompant ainsi avec des années de « polarisation ». Pour sa part, le gouvernement pratiqua de lourdes coupes budgétaires qui entraînèrent des grèves massives, notamment dans les transports publics. L'État-providence, corrigé dans ses excès, n'était pour autant pas remis en cause dans ses fondements et fut à nouveau légitimé lors de la révision de la Constitution de 1983. La forte reprise économique à partir de 1985 permit d'ailleurs de desserrer la politique de rigueur, favorisant le retour à une forte croissance et le recul du chômage (respectivement 4 p. 100 et 5,7 p. 100 en 1989).

Les conséquences politiques de l'amélioration de la situation économique et de la détente internationale se traduisirent aux élections de 1986, remportées, malgré une remontée du PvdA, par la coalition au pouvoir. Le retour à la stabilité entraîna la disparition de plusieurs petits partis nés dans les années 1960 et 1970, ainsi que des communistes. Toutefois, l'affaiblissement du VVD et l'autorité parfois lourde du Premier ministre au sein du cabinet finirent par provoquer une crise de la coalition. À l’issue des élections anticipées de 1989, le CDA obtenait le même nombre de députés malgré une légère augmentation de suffrages en sa faveur, tandis que le VVD tombait à 22 sièges.

Plutôt que de renouveler l’alliance avec cet allié encombrant dans une majorité étriquée (1 voix), le Premier ministre, sans doute en plein accord avec la reine, préféra prendre le chemin de la « grande coalition » avec les sociaux-démocrates. La supériorité du CDA sur le PvdA (54 sièges contre 49) n’était pas étrangère à ce changement de stratégie.

Cette nouvelle coalition fut toutefois vite mise à l’épreuve au début des années 1990, difficiles tant sur le plan économique qu’en raison des nouveaux défis internationaux, liés à la chute du communisme.

Au-delà des fluctuations de la conjoncture, la préoccupation fondamentale demeurait l'endettement colossal de l'État, qui représentait 75 p. 100 du PNB. Malgré leur stabilisation, les prélèvements obligatoires demeuraient excessifs (53 p. 100 du PNB). Le chômage remontait dès 1993 à 7,5 p. 100 de la population active. Une nouvelle cure d’austérité paraissait indispensable : elle fut administrée par le socialiste Wim Kok, ministre des Finances, agissant à contre-emploi et fort critiqué au sein de son propre parti. Entre-temps, en 1991, la coalition avait frôlé l’explosion lors de la mise en œuvre des réformes de la protection sociale exigées par le CDA.

Parallèlement, la coalition était soumise à rude épreuve sur le plan international. La détente des années 1985-1990 avait trop vite rassuré un pays naturellement enclin à croire en la paix universelle. Les Néerlandais furent bientôt contraints de constater que la fin de l’URSS ne signifiait pas « la fin de l’histoire » qui, décidément, demeurait tragique. La première épreuve fut l'invasion du Koweït par l'Irak. Le « coup » du 2 août 1990 survenu « par une belle journée de vacances » (R. Lubbers) choqua l’opinion, mais, peu portés à la guerre, les Pays-Bas se limitèrent à l'envoi de deux frégates dans le Golfe et de missiles Patriot en Turquie. La crise yougoslave déclenchée à l'été de 1991 fut le deuxième signe que le nouvel « ordre mondial » s'annonçait d'une grande instabilité. Survenue au cœur même de l'Europe, elle plaça les Pays-Bas dans une position délicate puisqu'ils assumaient alors une difficile présidence de la CEE. Le ministre des Affaires étrangères, Hans van den Broek, se vit « écrasé entre la division de la CEE et le caractère insoluble du problème des Balkans » (selon le mot du professeur M. Brands). Dans ce contexte, la décision d’envoyer un bataillon de casques bleus néerlandais en Bosnie en 1993, afin d’assurer la protection de l’enclave musulmane de Srebrenica, allait se révéler bien aventureuse.

Parallèlement se négociaient des textes cruciaux pour l'avenir de l'Europe : les traités d'Union économique et monétaire (UEM) et d'Union politique européenne (UPE) qui devaient être prêts pour le sommet de Maastricht en décembre 1991. Si le premier projet ne posa pas de problème majeur, le texte néerlandais pour l'UPE, marqué par le fédéralisme et l’atlantisme, se heurta au refus des partenaires. Cet échec et le compromis franco-allemand qui aboutit au traité de Maastricht furent perçus comme une humiliation à La Haye. Ils eurent pour première conséquence le redoublement des commentaires hostiles à la France et à l’Allemagne, dont la réunification inquiétait.

Vers la coalition violette

Toutes ces difficultés finirent par connaître leur traduction électorale. Aux élections de 1994, le CDA perdit 20 sièges et le PvdA 12, tandis que les principaux partis d’opposition sortaient vainqueurs (9 sièges supplémentaires pour le VVD et 12 pour D’66).

La défaite du CDA tenait à l’impopularité de l’austérité, mais aussi au départ de Ruud Lubbers qui privait le parti de sa « locomotive », alors que son successeur, Elco Brinkman, ne disposait ni de son autorité, ni même de son soutien ; plus profondément, les chrétiens-démocrates étaient victimes de l’usure d’un pouvoir qu’ils détenaient ou partageaient depuis… 1917.

En outre, les maladresses de la politique extérieure néerlandaise avaient conduit le pays dans une impasse diplomatique, sanctionnée par les échecs successifs des candidats néerlandais aux grands postes internationaux : présidence de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Commission européenne et OTAN (les deux derniers échecs pour Ruud Lubbers lui-même).

Dans le nouveau Parlement, de nombreuses hypothèses de coalition virent le jour : le leader de D’66, Hans van Mierlo, sut promouvoir, avec le soutien de l’habile « informateur » nommé par la reine, Tjeenk Willink, une formule audacieuse : la coalition des trois principaux partis non confessionnels PvdA, D’66 et VVD. Après de longues négociations infructueuses, la reine chargea Wim Kok, chef du principal parti et désigné comme formateur, de rédiger lui-même le programme de gouvernement. À l’été de 1994, la « coalition violette » (Paarse coalitie ou simplement Paars), ainsi nommée en raison du mélange du bleu du VVD et du rouge du PvdA, faisait son entrée inédite dans l’histoire politique des Pays-Bas.

1994-2002 : une « révolution violette » ?

Configuration de fait si inédite qu’elle suscita au début un grand scepticisme. Pourtant, la mise à l’écart du CDA aura été décisive. Elle signifiait la possibilité d’innovations sociétales hardies, notamment en matière de mœurs, que les préoccupations religieuses avaient longtemps freinées. De plus, le moindre faux pas étant guetté par leur grand rival, expert dans l’art de gouverner, les partis « violets » se devaient de prouver leur aptitude à diriger le pays. Ils étaient en somme condamnés à réussir.

De fait, dans le domaine économique, cette réussite a été longtemps éclatante. En l’an 2000, les Pays-Bas s’inscrivaient dans le « carré magique » de la théorie économique : une croissance forte et soutenue (entre 3 et 4 p. 100 par an) ; une inflation dans la moyenne européenne ; des excédents extérieurs importants ; l’extinction du chômage conjoncturel du fait de la création de 600 000 emplois en cinq ans. L’enrichissement du pays et de ses habitants était manifeste : les entreprises retrouvaient un taux de rentabilité supérieur à 10 p. 100, la Bourse d’Amsterdam accumulait les records, la fortune des particuliers avait crû de 50 p. 100 en cinq ans ; désormais, les Pays-Bas figuraient dans le peloton de tête européen pour le PNB par habitant. Pour beaucoup, c’était un nouveau « Siècle d’or » qui s’annonçait. Emportée par un tel élan, la coalition violette remporta haut la main les élections de 1998.

Les bons résultats engrangés n’ont pas été pour peu dans l’affirmation extérieure des Pays-Bas au cours de ces années. Très directement d’abord, à travers l’expansion internationale spectaculaire des grandes sociétés néerlandaises. L’année 1998 connut un record avec le rachat de quelque 358 entreprises étrangères pour un total de 74 milliards de florins.

Politiquement, La Haye se montra beaucoup plus dynamique sur la scène internationale, au prix d’un « recalibrage » de sa diplomatie. Son nouveau cours, à la fois plus volontaire et plus réaliste, permit de renouer avec les succès sur la scène internationale : conclusion du traité d’Amsterdam en juin 1997 ; installation d’Europol et de la Cour pénale internationale à La Haye, présidence de la nouvelle Banque centrale européenne pour Wim Duisenberg, ancien ministre des Finances ; nomination de Frits Bolkestein au poste décisif de commissaire chargé du Marché intérieur à Bruxelles et même de Ruud Lubbers comme haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés.

Dans le même temps, le laboratoire social néerlandais attirait toutes les attentions : ouverture des magasins en soirée et le dimanche qui changeait le rythme même de la vie quotidienne ; dépénalisation de la prostitution et de l’euthanasie ; ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. Signe qu’une nouvelle société était en train d’émerger : le seuil symbolique de 50 p. 100 de femmes ayant un emploi était franchi lors du changement de millénaire.

Les limites de l’œuvre de Paars

Mais c’est dans ce même domaine sociétal que se sont manifestées une insatisfaction et des tensions croissantes : ainsi des problèmes évidents liés à la politique en matière de stupéfiants (délinquance, harcèlement des touristes, etc.) qui ont conduit, dès 1996, à réduire le nombre des coffeeshops, à limiter la vente de cannabis à 5 grammes par client et à renforcer la coopération internationale contre les gros trafiquants. Mais avec des effets très limités, en raison de la « douceur » du climat pénal néerlandais, incitant les trafiquants à installer production et têtes de réseaux aux Pays-Bas.

Plus largement, la politique pénale a été l’objet de fortes contestations et de crises à répétition, conduisant à une véritable perte de confiance dans la justice. Les délits de violence augmentèrent de 25 p. 100 en cinq ans et les Pays-Bas détinrent ainsi le record en Europe occidentale du nombre d’homicides par habitant.

Au-delà de la justice, c’est à une véritable crise des services publics que l’on assistait. Files d’attente de plusieurs mois dans les hôpitaux ; pénurie grave d’enseignants ; dysfonctionnements des chemins de fer. Les drastiques économies budgétaires appliquées depuis vingt ans dans le secteur public avaient fini par dérégler le système et créer des problèmes structurels.

Enfin, deux tragédies ont posé plus particulièrement la question de la dissolution des responsabilités au sein des cercles dirigeants : l’explosion d’une usine de feux d’artifice en plein cœur d’Enschede en mai 2000, qui fit 23 morts, et l’incendie d’un café à Volendam au Nouvel An 2001 (14 morts) montrèrent le flou des procédures de sécurité et la crise de la responsabilité publique.

Le processus décisionnel dysfonctionnait, alors même que les défis urgents se multipliaient : dès l’an 2000, le retournement de la Bourse de Wall Street se fit sentir sur la place d’Amsterdam, et bientôt les investissements des entreprises commencèrent à fléchir. L’éclatement de la bulle spéculative entraîna la déconfiture boursière des sociétés de la « nouvelle économie ». La conjoncture s’aggrava brutalement après le 11 septembre 2001, avec le recul des investissements et le retour de l’inflation.

Fait plus lourd de conséquences, les manifestations de joie de certains jeunes immigrés de la seconde génération devant l’effondrement des Twin Towers furent très mal reçues par l’opinion, scandalisée par la tragédie et toujours très proche affectivement des Américains. La question de l’intégration des immigrés (10 p. 100 de la population) et de la place de l’islam (largement pratiqué par ces derniers) fut habilement récupérée par un nouveau venu dans la politique néerlandaise, le leader populiste Pim Fortuyn. Cet homme de gauche à l’origine, haut en couleur et coutumier des provocations à l’égard des musulmans, de l’Europe et de l’establishment des « nouveaux régents », entra comme un éclair dans le débat public. Boycotté par la classe politique qui voulait croire à un épiphénomène, il montait sans cesse dans les sondages à l’approche des élections municipales et législatives.

2002, « l’année terrible »

Rarement dans l’histoire néerlandaise une année, pourtant commencée dans la liesse populaire par le mariage du prince héritier Willem-Alexander avec la belle Argentine Máxima Zorreguieta, aura connu autant de séismes. Quatre chocs allaient, en quelques semaines, mettre à bas l’édifice de la coalition « violette ».

Ce fut d’abord, le 6 mars, le score éclatant de Pim Fortuyn à Rotterdam (36 p. 100 des voix) qui, symbole des temps, mettait fin à la domination historique des socialistes dans la plus grande ville ouvrière du pays.

Ce fut ensuite, le 10 avril, la publication du rapport officiel sur le massacre de Srebrenica en juillet 1995. Le comportement pour le moins naïf du commandement néerlandais à l’égard des milices serbes et le désastre final (8 000 hommes assassinés par la milice du général Ratko Mladić) avaient interpellé le pays tout comme la communauté internationale. Les conclusions de l’enquête furent dévastatrices pour les responsables nationaux, tant civils que militaires. À un mois des élections législatives, le 16 avril, Wim Kok décida de remettre la démission de son gouvernement. Bien que la liste sur son seul nom (Lijst Pim Fortuyn, LPF) fût constituée à la hâte, Pim Fortuyn était, début mai, en deuxième position dans les sondages. Et, surtout, la dynamique électorale semblait tellement jouer en sa faveur que plus personne ne souriait désormais lorsqu’il affirmait : « Je serai le prochain Premier ministre des Pays-Bas. »

C’est alors que se produisit le troisième choc : le 6 mai, Pim Fortuyn était assassiné par un écologiste activiste à Hilversum. Ce meurtre politique, le premier dans le pays depuis plus de trois siècles, déclencha une émotion sans précédent et des attroupements monstres à Rotterdam. La campagne électorale fut arrêtée, mais la décision fut prise de maintenir les élections à la date fixée.

Dans un tel climat, celles-ci – quatrième choc – allaient être un hommage national au défunt qui, de personnalité controversée, était devenu un véritable saint populaire : avec 26 élus, sa liste devint la deuxième force politique du pays, derrière le CDA qui remportait une nette victoire (43 sièges). La LPF entrait au gouvernement du chrétien-démocrate Jan Peter Balkenende. Désormais, il était clair que quelque chose n’allait plus au royaume des Pays-Bas…

Les Pays-Bas depuis 2002 : malaise en profondeur ou « faux départ dans le xxie siècle » ?

Le temps des doutes

Un panorama des quinze premières années du xxie siècle aux Pays-Bas pourrait bien donner raison à ceux qui considèrent que l’histoire du monde actuel se divise entre un « avant » et un « après 11 septembre ». Depuis l’effondrement des Twin Towers, c’est en effet une avalanche de mauvaises nouvelles qui a frappé la nation néerlandaise. Elle autorise sans exagération à parler d’années sombres, d’autant qu’après un bref espoir de retour à la normale à partir de 2006, la crise mondiale de 2008 a relancé les doutes et les craintes. Si une stabilisation politique et économique est bien en cours depuis 2012, les incertitudes internationales et européennes croissantes interdisent, ici comme ailleurs, toute assurance sur le moyen terme.

Peu de pays européens ont vu, en l’espace de quelques années, leur image internationale se brouiller à ce point depuis les événements tragiques survenus en 2002 et en 2004 avec les assassinats de Pim Fortuyn et de Theo Van Gogh. Le non massif et cinglant (61,6 p. 100 des votants) au référendum sur la Constitution européenne en 2005 a également surpris les observateurs, dans un pays que l’on croyait d’une « europhilie » inconditionnelle. Plus profondément, la société néerlandaise a été agitée de doutes sur la sacro-sainte « tolérance » (gedogen) et même sur sa propre identité.

Crise de l’intégration et crise identitaire

La mort de Pim Fortuyn n’aura en effet nullement signifié la disparition des questions que soulevait le leader populiste. Elle aura aussi placé en tête de l’agenda politique l’enjeu désormais ultra-sensible de l’immigration. L’erreur cardinale aura consisté à maintenir l’objectif d’une « intégration avec préservation de la culture d’origine ». Ce mot d’ordre s’est révélé inadapté à l’installation permanente sur le sol néerlandais de fortes minorités constituées par le regroupement familial. Malgré des efforts massifs de l’État et de brillantes réussites individuelles, la marginalisation de communautés entières est particulièrement sensible dans le domaine scolaire où règne une véritable ségrégation entre « écoles noires » (zwarte scholen) et « écoles blanches » (witte scholen). On mesure l’acuité du problème car la population issue de l’immigration deviendra majoritaire dans les grandes villes du pays vers 2020, fait sans équivalent en Europe occidentale. Et ce, malgré un durcissement de la politique d’immigration, notamment en matière de regroupement familial et de droit d’asile, depuis la fin des années 1990.

Que ces « allochtones », comme les désigne le vocabulaire officiel néerlandais, soient majoritairement de confession musulmane rend la situation d’autant plus délicate dans le contexte du développement du terrorisme islamiste. Plusieurs cellules fondamentalistes ont été mises au jour aux Pays-Bas mêmes. Depuis l’assassinat sauvage du cinéaste provocateur Theo Van Gogh en novembre 2004 par un islamiste radical né aux Pays-Bas, relayé par la vague d’attentats islamistes en Europe, de l’Espagne à la France, le débat fait rage autour des principes fondamentaux du « vivre ensemble » néerlandais : prohibition de la violence politique, liberté d’expression, non-discrimination, séparation des Églises et de l’État, et liberté des cultes. Par un effet de miroir, la problématique de l’intégration interroge la société néerlandaise sur ses propres valeurs et son identité profonde. « Intégration », certes, mais dans quoi ? Cette crise d’identité que traversent les Pays-Bas se mesure à la floraison de livres, d’articles, de films et de débats passionnés sur la question : qu’est-ce donc qu’être néerlandais aujourd’hui ?

Instabilité politique et économique

Or ces interrogations se sont manifestées sur un fond de malaise économique durable qui s’est traduit par une forte volatilité électorale et une instabilité politique que le pays n’avait pas connues depuis vingt ans : trois dissolutions de la Chambre des représentants, dont le mandat ne sera jamais allé jusqu’à son terme constitutionnel (5 ans) ; six gouvernements entre 2002 et 2012 ; apparition de nouveaux partis aux fortunes changeantes et résultats en dents de scie des formations politiques les mieux établies : en 2002, le PvdA connaît son plus mauvais score depuis la guerre ; en 2012, c’est au tour du CDA de s’effondrer dans les urnes.

Le début du nouveau siècle a vu le renversement de la conjoncture économique, renvoyant les Pays-Bas dans le peloton de queue du dynamisme européen dans les années 2001-2005. Avec une croissance moyenne de 0,7 p. 100 par an au cours de cette période, un solde budgétaire négatif et une recrudescence du chômage, le polder model paraissait bel et bien en panne. Il est vrai que les années 2006 et 2007 ont été marquées par un rebond sensible de l’économie, avec des taux de croissance égaux ou supérieurs à 3 p. 100, et ont permis un rétablissement spectaculaire des finances publiques. Sur le plan politique, le maintien du même Premier ministre pendant huit ans, le chrétien-démocrate Jan Peter Balkenende, et la « grande coalition » à la néerlandaise entre les deux plus grands partis traditionnels, CDA et PvdA, à la suite des élections législatives de novembre 2006, ont pu faire croire à un « retour à la normale ». Mais l’éclaircie, tant politique qu’économique, aura été de courte durée : la démission du quatrième gouvernement Balkenende, au terme de trois ans d’existence (22 février 2007 – 20 février 2010), a démontré que l’ère de l’instabilité politique n’était pas révolue, tandis que la crise mondiale de 2008-2009 ébranlait les fondements de la prospérité nationale.

Le défi était en effet d’autant plus sérieux pour les Pays-Bas qu’ils étaient particulièrement exposés à une contraction du commerce international et à une crise d’origine bancaire dans un pays où les activités financières pèsent 7 p. 100 du PNB. Le choc s’est propagé rapidement à l’ensemble de l’économie : le PNB se contractait de 3,9 p. 100, le déficit budgétaire remontait à 5,5 p. 100 du PNB et la dette publique s’envolait, dépassant 68 p. 100 du PNB à la fin de 2009 : les plafonds du pacte de stabilité et de croissance étaient crevés. Malgré une nette reprise à l’été de 2009 réduisant en deux ans le taux de chômage à 3,5 p. 100 de la population, dès l’automne de 2011, la crise a repris, ici comme ailleurs en Europe, et entraîné le pays dans la spirale tant redoutée du double deep : croissance quasi nulle en 2012, récession en 2013, tandis que le chômage et la dette publique s’envolaient ; le premier aura doublé entre 2009 et 2014 et la deuxième sera passée de 45 à 72 p. 100 du PIB.

Flux et reflux populistes

Nul doute que ces aléas économiques et les sévères mesures de restriction budgétaire n’aient aussi contribué à la permanence d’un puissant courant populiste, qui a bel et bien survécu à Pim Fortuyn, même si ses successeurs directs, entrés au gouvernement en 2002, se sont rapidement déchirés au sein de son parti, la LPF.

Mais c’est autour de Geert Wilders que se cristallisent depuis 2006 les débats et les passions. Venu du VVD, discret sur son origine indo-néerlandaise, il met l’accent sur son enracinement dans le très catholique Limbourg, qui est l’un de ses bastions électoraux. Son nouveau parti, fondé en 2006, le Parti pour la liberté (Partij voor de Vrijheid, PVV) a été l’un des vainqueurs des élections européennes de 2009. Devenu la troisième force politique du pays en 2010 avec 24 députés, il choisit le soutien sans participation à la nouvelle coalition VVD-CDA, dirigée par le libéral Mark Rutte.

La montée en puissance de Geert Wilders ressemble étrangement à celle de Pim Fortuyn en 2002. Tout comme ses thèses, qui empruntent beaucoup à celles de son prédécesseur, avec une concentration marquée sur les thèmes de la « mauvaise gouvernance », de la « bureaucratie bruxelloise » et du « danger de l’islam » ; il en est de même de son style, où l’invective constitue la principale figure de rhétorique, même s’il manque à Wilders le charisme et l’humour de son devancier ; et, tout comme en 2002, la tentation de l’establishment néerlandais de refuser le débat politique et d’attendre que la vague populiste retombe.

Mais s’il focalise l’attention, le PVV de Wilders ne doit pas dissimuler l’existence d’un autre populisme, de gauche celui-là, incarné par le Parti socialiste (SP). De fait, la convergence thématique des deux mouvances est troublante, de la défense pied à pied de l’État-providence à l’euroscepticisme militant. Le tout sur fond de nationalisme partagé qui rencontre les inquiétudes d’une part substantielle de la population. Le « non » de 2005, auquel les deux partis ont également contribué, a bien mis en évidence la peur des Néerlandais de se voir « noyés » dans une Europe élargie et d’y perdre leur identité.

Mais le PVV est allé encore plus loin à l’approche des élections anticipées de 2012 – provoquées par son refus de cautionner de nouvelles coupes budgétaires proposées par le gouvernement Rutte. Désormais, sous le slogan manichéen « Leur Bruxelles, Notre pays » et dans une rhétorique d’une violence peu néerlandaise, la campagne du PVV a visé l’intégration européenne elle-même, chargée de tous les maux : Wilders ne proposait rien moins que de « sortir de l’Europe et de l’euro ! » (« Uit Europa ! Uit de euro ! »)

Des élections de 2012 à la présidence de l’Union européenne : vers un retour à la normale ?

Il est vrai que les élections législatives de septembre 2012, marquées par la double victoire des libéraux du VVD et des travaillistes du PvdA, ont paru offrir une alternative crédible avec la constitution d’une « grande coalition » des deux vainqueurs, disposant d’une large majorité parlementaire : une nouvelle « coalition violette », pouvait-on penser. Le fort recul du PVV et la stagnation du SP ont également accrédité l’idée d’un « retour à la normale ». Le progressif rétablissement financier du pays confirmait cette impression : comme toujours dans le sillage de l’Allemagne et profitant de la reprise américaine et britannique, la croissance est repartie en 2014 et s’est confirmée en 2015, tandis que le déficit public est revenu, à force d’économies drastiques, sous la barre des 3 p. 100 dès 2013 et que le chômage amorce enfin sa décrue en 2015. Plus encourageant encore, la confiance des Néerlandais dans leur propre économie est massivement revenue.

Au total, la coalition stable de deux partis à forte tradition européenne semble de nature à rassurer les partenaires européens. À quoi s’ajoute la renaissance du parti europhile de centre gauche D’66, qui a fortement progressé dans toutes les élections depuis 2010, notamment aux élections européennes de 2014. L’idée de sortir de l’euro ne prend clairement pas chez un peuple qui, comme d’autres, redoute l’aventure et qui, plus que d’autres, est sensible aux considérations financières.

Un engagement européen pragmatique

Conclure au retour de l’europhilie et du supranationalisme d’autrefois serait toutefois une lourde erreur. L’Europe n’est plus un objet de désir, comme le montrent les taux d’abstention élevés aux élections européennes de 2009 comme de 2014 (plus de 60 p. 100). Le souci de compter davantage dans une Europe élargie à vingt-huit membres inspire désormais ouvertement la politique néerlandaise, objet d’une « réorientation » officielle depuis le début des années 2000. Celle-ci a conduit à la défense point par point des intérêts nationaux, de la contribution au budget communautaire au calcul des droits de vote au Conseil européen ou à la représentation au Parlement européen, tous sujets sur lesquels La Haye a obtenu gain de cause. Son approche exclut désormais clairement toute ambition fédérale. Le combat – là encore victorieux – de la diplomatie néerlandaise pour que ne soient pas repris dans le traité de Lisbonne les éléments de la symbolique européenne (drapeau, hymne) est la meilleure illustration de cette orientation dans laquelle s’insère parfaitement la nouvelle coalition formée en 2012. Le vote du Parlement national est désormais requis pour entériner toutes les grandes décisions européennes. Donnant priorité à la surveillance financière multilatérale, très favorable à l’union bancaire et à la mise en place d’une stricte politique migratoire, La Haye plaide simultanément pour une subsidiarité stricte dans les autres domaines. Et c’est sur ces bases qu’elle a pris, au début de 2016, la présidence tournante de l’Union européenne.

Référendum aux Pays-Bas, 2016

Référendum aux Pays-Bas, 2016

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Dix ans après le « non » à la Constitution européenne, les Pays-Bas contrarient une nouvelle fois les ambitions de Bruxelles. Alors que le Parlement néerlandais a ratifié en 2015 un accord de libre-échange entre l'Union et l'Ukraine, le collectif eurosceptique Geenpeil lance en 2016 une... 

Crédits : Jaap Arriens / NurPhoto/ AFP

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Pour ce peuple, qui se sent à l’étroit sur un territoire exigu et surpeuplé, l’Europe est d’abord synonyme d’opportunités et de mobilité dans un espace élargi. La liberté de circulation et la monnaie unique constituent à ses yeux l’essence de la construction commune, loin devant les valeurs démocratiques et plus encore la culture. Mais les nouveaux défis de l’Europe, de la crise grecque à la crise migratoire, suscitent désormais des réactions de peur à l’égard d’une construction continentale longtemps vue comme protectrice. Les médias populaires se sont déchaînés contre les « dissimulations » financières d’Athènes, perçues comme aussi dangereuses pour la zone euro que scandaleuses d’un point de vue éthique : la « fourmi » néerlandaise est plus que lasse des « cigales » du sud (y compris la France). Le gouvernement a été à la pointe du camp de l’intransigeance lors des différentes négociations sur le sauvetage d’une Grèce au bord du précipice. De même, face à la crise migratoire de l’été de 2015, le réflexe de fermeture a dominé dans l’opinion publique, qui considère à 75 p. 100 que l’immigration est de très loin le premier défi de l’Europe. Même si dans les deux cas, pragmatisme oblige, La Haye a suivi Berlin dans les décisions concrètes. Signe des temps, l’étoile de Geert Wilders est remontée, au début de 2016, au firmament des sondages, tandis que la coalition au pouvoir et le Premier ministre lui-même sombraient dans l’impopularité. L’incertitude politique est de nouveau d’actualité, alors que les prochaines élections générales sont prévues pour mars 2017.

Un nouveau positionnement « géoculturel »

Force est de constater qu’en l’espace d’une génération, le positionnement européen des Néerlandais a radicalement changé : ils s’éloignent à grande vitesse des pays du sud et de l’est de l’Europe qu’ils ne connaissent ni ne comprennent plus guère. À cet égard, ils constituent une parfaite illustration des failles qui se creusent partout sur le continent.

Sur le plan intérieur, la capacité de résilience et l’aptitude au compromis d’une nation qui en a vu d’autres invitent à ne pas noircir la situation outre mesure : les Néerlandais affichent un niveau de satisfaction personnelle et de confiance dans l’avenir dont rêveraient bien des peuples européens. Ce serait d’ailleurs une illusion que de voir dans ce pays « une nation de consensus » : il a toujours été bien davantage une société de compromis. La définition d’une série de nouveaux compromis paraît donc être l’enjeu fondamental de la période actuelle. Compromis entre majorité et minorité autour de la place de l’islam ; entre initiative économique et solidarité sociale ; entre libertés individuelles et impératifs du vivre ensemble ; entre prérogatives nationales et construction européenne ; entre démocratie représentative et démocratie directe ; entre générations enfin, pour le partage équitable des revenus et des charges dans le contexte du vieillissement de la population.

Le « mariage intime » avec la maison d’Orange

La monarchie est en tout cas présente, comme toujours, pour renforcer les éléments de stabilité. Le changement dans la continuité a eu lieu avec l’avènement du nouveau roi Willem-Alexander à qui sa mère, la reine Beatrix, a laissé le trône le 30 avril 2013, selon une coutume désormais bien établie dans la monarchie néerlandaise. Il semble que la reine, très hostile au populisme du PVV, ait attendu la déroute électorale de ce parti en 2012 pour passer le flambeau à son fils aîné dans un contexte politique moins délicat. Et, plus tristement, pour se consacrer entièrement à son deuxième fils, Johan Friso, victime d’un accident de ski qui s’est révélé fatal.

Passation de pouvoir aux Pays-Bas, 2013

Passation de pouvoir aux Pays-Bas, 2013

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Très appréciée des Néerlandais pendant son règne de trente-trois ans, la reine Beatrix passe le pouvoir, le 30 avril 2013, à son fils Willem-Alexander, qui devient le plus jeune souverain d'Europe. 

Crédits : Daniel Ochoa de Olza/ AP/ SIPA

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Willem-Alexander doit encore faire ses preuves après le règne plébiscité de Beatrix, mais il dispose de moins de pouvoirs qu’elle, ayant perdu la prérogative décisive de nommer le formateur des coalitions post-électorales. Il peut en revanche compter sur son excellent contact humain et sur la popularité de son épouse Máxima. À travers ce coup de jeune donné par le couple royal à la monarchie, les Pays-Bas poursuivent « leur mariage intime avec la maison d’Orange » (Ernest Renan) entamé lors de la révolte fondatrice contre l’Espagne, il y a 450 ans...

Malgré l’inquiétude ambiante, l’état réel de la société néerlandaise semble justifier un optimisme prudent. Après « un faux départ dans le xxie siècle » (selon le mot du politologue Jos de Beus), le navire néerlandais paraît en mesure de redresser la barre. Nul doute, en tout cas, que les événements des dernières années – notamment la tragédie du vol MH17 de la Malaysia Airlines abattu le 17 juillet 2014 au-dessus de l'Ukraine par un missile de fabrication russe, avec 298 personnes à bord, dont 193 Néerlandais – ont fait perdre au pays bien des illusions (sur la solidarité internationale, par exemple) et y suscitent une anxiété croissante.

(Voir également PAYS-BAS, chronologie contemporaine)

—  Christophe DE VOOGD

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Écrit par :

  • : docteur en droit, licencié en sciences politiques et diplomatiques
  • : docteur en sciences géographiques, professeur à l'Université libre de Bruxelles, membre de la classe des lettres de l'Académie royale de Belgique, président de la Société royale belge de géographie
  • : professeur d'histoire à l'université de Nanterre et à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine
  • : docteur en histoire, professeur agrégé à l'Institut d'études politiques de Paris

Classification

Voir aussi

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Pour citer l’article

Guido PEETERS, Christian VANDERMOTTEN, Frédéric MAURO, Christophe DE VOOGD, « PAYS-BAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/pays-bas/