NÉERLANDAISE ET FLAMANDE PEINTURE

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L'époque des successeurs brillants (XVIIe s.)

Quand s'ouvre le xviie siècle, le travail de pionnier de l'art néerlandais est accompli. Le paysage et la peinture de genre s'étaient déjà émancipés. Le portrait, gloire du xvie siècle européen, avait aussi atteint sa spécificité et avait engendré le genre typiquement hollandais du tableau de groupe (portrait en groupe de membres de corps constitués). La nature morte avait commencé sa vie indépendante, de même que les tableaux d'architecture. L'accent qui avait été mis sur la Wellevenskunst (l'art de bien-vivre) devint assez rapidement un art des « vertus bourgeoises ». Les poètes Jacob Cats (1577-1660) et Johan de Brune (1598-1658) rimaillent des vers moralisateurs sur des jeux d'enfants, des ustensiles de cuisine et toutes les choses de la vie domestique et quotidienne. Les peintres de genre et de nature morte chantaient de la même façon.

Cela est vrai du moins pour ceux qui peignaient des tableaux ni trop grands, ni trop chers à l'intention de toute une catégorie de gens : pour les bourgeois qui travaillaient dur et menaient une vie rangée, qui étaient, comme le peintre, membres de la chambre de rhétorique, du tir à l'arc, de la guilde. Dans leurs cadres noirs, la marine, la kermesse villageoise, les déjeuners devenaient de petits luxes permis quand l'armoire à linge et l'armoire à provisions étaient bien remplies. Quelques artistes maintenaient pourtant la haute conception de l'art du xvie siècle, surtout les peintres d'histoire et en particulier les Flamands parce que, dans leur pays, « peintre » s'accordait encore à « cour ». Lorsque, en 1625, le prince Frederik Hendrik succéda au général Maurits comme stadhouder de la « République », il ne put trouver des artistes pour décorer ses palais qu'à trois endroits : Haarlem, Utrecht et surtout Anvers qu'il avait espéré pouvoir conquérir, avant la paix de 1648. Dans toutes les autres villes, du moins en Hollande, on produisait des natures mortes, des tableaux de genre, beaucoup de paysages et énormément de portraits. Le xviie siècle n'est pas, comme le xvie siècle, une époque de chercheurs et de novateurs, c'est une époque de régisseurs fidèles. Il est à peine croyable que, dans l'Europe de Bernin, de Vélasquez et de Poussin, un grand nombre d'artistes se contentent de peindre des sentiers dans les dunes et les rivières, des intérieurs et des cours de fermes, des natures mortes groupant un attirail de fumeur, quelques fruits ou deux ou trois poissons. Plus incroyable est le résultat de leur travail assidu. Chaque sujet, déjà très fouillé, semble conduire à un effort de composition encore plus subtil, à un coloris plus raffiné, à une lumière encore plus délicate. Le spectateur moderne pense découvrir, sous le couvert de la tradition iconographique, le premier art autonome ; l'art pour l'art, non comme programme, mais comme symptôme. L'accent est tellement mis sur l'exécution que l'accélération du développement stylistique a quelque chose de fiévreux.

Peut-on vraiment encore parler d'art néerlandais ? L'histoire de l'art du xviie siècle distingue entre l'art flamand et l'art hollandais ; il faut être prudent en faisant cette différence. Jusqu'en 1609, il y a uniquement les Pays-Bas, dont une partie est entre les mains des rebelles depuis déjà une génération. En 1609, les dix-sept provinces se trouvent de facto séparées en deux parties. En 1608, Rubens revient à Anvers ; son énorme influence peut à peine se faire sentir dans le Nord, officiellement protestant, car, jusqu'en 1625, les commandes, que ce soit celles de l'Église ou celles du prince, venaient à manquer. Après cette date, le mécène princier lui-même, Frederik Hendrik, malgré ses achats dans le Sud, ne peut pas remédier à ce qui s'est passé seize ans plus tôt : la séparation politique provoque une lente mais inéluctable séparation culturelle.

Peu après Rubens, voici Van Dyck et Jordaens. Tous trois se sont considérés comme des peintres d'histoire, bien qu'à nos yeux le troisième soit un peintre de genre et le second un portraitiste. Grâce à eux, Anvers n'est pas seulement la ville où sont passées les commandes de l'Église et des princes (palais du Luxembourg, Paris ; Banqueting Hall, Londres ; Torre de la Parada, Madrid ; Huis ten Bosch, La Haye), mais aussi la ville où résident les grandes personnalités. En revanche, la Hollande se trouve dans une situation tout autre avec sa peinture d'histoire déclinante et une peinture de [...]

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La Madone à l'écran d'osier, R. Campin

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Saint Joseph, panneau droit du triptyque de Mérode, R. Campin

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Écrit par :

  • : professeur à l'Institut d'histoire de l'art de l'université de Groningue, Pays-Bas

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Pour citer l’article

Lyckle DE VRIES, « NÉERLANDAISE ET FLAMANDE PEINTURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peinture-neerlandaise-et-flamande/