PICASSO PABLO (1881-1973)

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La personnalité de Picasso domine la vie artistique de la première moitié du xxe siècle. Aucun peintre, depuis Michel-Ange, n'a à ce point stupéfié, subjugué son époque, n'a à ce point déterminé et souvent devancé son évolution. Principal auteur de la révolution cubiste qui, autour de 1910, change complètement la face de l'art européen, Picasso a pris la tête du mouvement de retour à l'antique et de reflux vers la tradition qui caractérise les années 1920. Son exemple a été essentiel au développement du surréalisme, de la peinture du rêve et de l'inconscient, et il n'est pas une des inventions stylistiques de notre temps qui, jusqu'en 1950, ne se rattache plus ou moins à son influence. Pourtant, et bien qu'il ait constamment interrogé tout l'héritage du passé, surtout au niveau des arts primitifs, Picasso est un artiste solitaire et culturellement autonome. À l'époque de Guernica, pendant la guerre, à travers l'engagement politique qui suit la Libération, il a pu donner l'impression qu'il souhaitait exprimer les angoisses et les espérances de ses contemporains, être l'interprète “humaniste” d'une histoire, mais son œuvre “fanatiquement autobiographique” (D. Kahnweiler) n'est en fait que le miroir de lui-même. L'alternance entre la violence et la douceur, le charme sentimental et la provocation insurrectionnelle qui la caractérise trouve son origine aussi bien dans les péripéties de la vie du peintre que dans la profonde et mystérieuse ambiguïté de sa nature d'artiste. Par sa fécondité, la richesse de son iconographie, la diversité des techniques qu'elle utilise et parfois invente, cette œuvre, même si le temps n'en retient pas la totalité, est celle d'un créateur qu'on peut dire universel.

La jeunesse et l'arrivée à Paris

Pablo Ruiz Blasco, dit Pablo Picasso, est né en 1881 à Málaga (Andalousie) ; il a fait son éducation artistique à Barcelone, où les influences anarchistes se mêlent à celles de l'“art nouveau”, de l'esprit décadent, de l'expressionnisme nordique (Edvard Munch), de la peinture française aussi, avec laquelle il entre directement en contact au cours des voyages qu'il fait à Paris entre 1900 et 1903. Ses premières œuvres, qui représentent des pierreuses, des danseuses de cabaret, des alcooliques, des prostituées misérables, le montrent très attentif aux leçons du postimpressionnisme (Danseuse naine [La Nana], 1901, museu Picasso, Barcelone), de Toulouse-Lautrec, de Gauguin (Arlequin accoudé, 1901, The Metropolitan Museum of Art, New York), et c'est dans ce climat d'amertume, sinon de révolte sociale, de pitié pour les êtres pauvres et exilés, que baignent les tableaux de la “période bleue”, presque monochromes, très proches des œuvres du peintre catalan Isidro Nonell et nettement symbolistes d'inspiration : La Vie, 1903 (The Cleveland Museum of Art), La Célestine, 1904 (musée Picasso, Paris). Installé définitivement en avril 1904 à Paris, où il occupe, avec sa compagne Fernande Olivier, un atelier au “bateau-lavoir” à Montmartre et se lie bientôt d'amitié avec Apollinaire et Matisse – il connaissait Max Jacob depuis 1901 –, Picasso exécute jusqu'en 1906 une série de toiles encore très sentimentales, mais de tonalité plus claire et fleurie, d'inflexion parfois maniériste, que l'on groupe traditionnellement sous le titre de “période rose” et qui représentent des arlequins, des acrobates, des écuyères et toute la troupe des gens du voyage : La Femme à l'éventail, 1905 (National Gallery of Art, Washington), L'Acteur, 1904-1905 (The Metropolitan Museum of Art, New York), La Famille de saltimbanques (Les Bateleurs), 1905 (National Gallery of Art, Washington). C'est de cette époque également que datent ses premiers essais de graveur (Le Repas frugal, 1904) et de sculpteur (Le Fou, 1905, bronze, musée Picasso, Paris). À partir de 1906, les formes tendent à se stabiliser et à s'épaissir, les sujets à perdre leur caractère littéraire. Le visage de Gertrude Stein, 1906 (The Metropolitan Museum of Art), portrait achevé après des vacances passées dans l'atmosphère rustique et sévère du petit village de Gosol, en Andorre espagnole, donne l'impression d'un masque, et les monumentales, presque monstrueuses, Deux Femmes nues, 1906 (The Museum of Modern Art, New York), manifestant l'influence de l'art ibérique, peut-être déjà de la sculpture africaine, témoignent en tout cas d'une volonté “primitiviste” qui désormais sera présente dans toute l'œuvre de l'artiste.

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Guerre civile espagnole : Guernica

Guerre civile espagnole : Guernica
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Pablo Picasso, W. Rizzo

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Pour citer l’article

André FERMIGIER, Hélène SECKEL, « PICASSO PABLO - (1881-1973) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pablo-picasso/