CUBISME

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Le cubisme constitue par son aspect expérimental le mouvement artistique le plus radical du premier quart du xxe siècle. On considère généralement qu'il est à l'origine de tous les courants abstraits de l'art moderne et qu'il a exercé une influence profonde sur l'architecture et l'esthétique industrielle du xxe siècle. Ses liens avec la littérature et la musique sont également connus. Dans ce sens, on peut dire que le cubisme est un mouvement intellectuel total, tendant à regrouper toutes les activités créatrices sous l'égide des beaux-arts ; les documents de l'époque montrent qu'à l'origine son acception était plus large qu'aujourd'hui.

Il fut la réaction la plus consciente contre le positivisme de l'école naturaliste du xixe siècle, qui traduisait la réalité en termes de pure sensualité. Il rompait aussi avec l'art post-impressionniste de la fin du xixe siècle, qui recourait à l'exagération de la composition, de la couleur et des formes pour exprimer les aspects essentiels de la nature. En utilisant sous une forme emblématique des fragments isolés du monde visible, le cubisme formula et tenta d'exprimer une réalité absolue. C'est ainsi que l'aspect conceptuel de la création, combiné à la conception classique de l'autonomie de l'œuvre d'art, détermine le style et l'iconographie du cubisme. Le trait le plus caractéristique de ce mouvement est l'utilisation qu'il fait des formes géométriques. Mais la représentation simultanée qu'il donne de toutes les facettes d'un sujet est plus significative. Cette simultanéité, concept pictural de l'espace-temps, fut peut-être la plus grande innovation du cubisme. Elle marque la rupture avec l'espace pictural fondé sur un angle de vision unique, qui datait de la Renaissance, et ouvre donc un chapitre nouveau de l'histoire de l'art occidental. Le concept de simultanéité présupposant la représentation du sujet sur une surface plane, le cubisme est avant tout un style pictural. Il prétend donner du sujet une image plus objective que sa simple apparence. En tant qu'unité organique, l'objet cubiste manifeste la pureté esthétique de la forme. L'iconographie du cubisme reste controversée. Quel que soit leur sujet, emprunté le plus souvent à la vie quotidienne des artistes, les tableaux cubistes possèdent l'immobilité des natures mortes, leur signification réelle étant une vérité statique et permanente.

En termes d'histoire de l'art, le cubisme jette un pont entre le fauvisme et le surréalisme, mais il possède aussi des liens étroits avec le futurisme italien, le vorticisme anglais, le constructivisme russe, l'expressionnisme allemand, le Bauhaus, De Stijl et même Dada. Il est malaisé de définir le cubisme en termes historiques, du fait que ses fondateurs, Braque et Picasso, n'appartinrent jamais à aucun groupe cubiste et ne participèrent à aucune exposition de groupe. D'autre part, une définition en termes de style exclurait les œuvres de nombreux artistes dont on sait qu'ils prirent une part active à la diffusion des idées cubistes.

En ce qui concerne la chronologie, on considère généralement Les Demoiselles d'Avignon (1907) de Picasso (Museum of Modern Art, New York) comme la première œuvre cubiste, quoique sous une forme encore assez rudimentaire. Selon les historiens, on a le choix entre 1914 et 1925 comme date de la fin du mouvement. Il est de fait qu'en 1914 les principes du cubisme étaient tous posés, si l'on ne tient pas compte des réalisations individuelles qui suivirent. D'autre part, Les Trois Danseurs (1925, Tate Gallery, Londres) peuvent être considérés comme marquant le point de fusion du cubisme et du surréalisme. On accepte généralement les divisions chronologiques suivantes : précubisme (1907-1909), cubisme analytique (1909-1912), cubisme synthétique (1912-1925), bien qu'elles se réfèrent surtout à l'évolution de Picasso, de Braque et, dans une moindre mesure, de Gris. C'est à la suite de la première grande manifestation d'art cubiste, dans la salle 41 du Salon des indépendants de 1911, que l'usage du mot « cubisme » se répandit. Mais c'est probablement Matisse qui parla le premier de « petits cubes » à prop [...]

La Jalousie, J. Gris

Photographie : La Jalousie, J. Gris

Juan Gris, La Jalousie, 1914. Gouache, collage, craie et fusain sur toile, 92,1 cm × 72,7 cm. Tate Gallery, Londres. 

Crédits : G. Roberton/ A.C. Cooper Ltd/ Courtesy of the Tate Gallery, Londres

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Pour citer l’article

Georges T. NOSZLOPY, Paul-Louis RINUY, « CUBISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cubisme/