MÉDICAMENTS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le médicament à travers les âges

Des drogues aux médicaments de synthèse

Les tablettes sumériennes de Nipur représentent les vestiges les plus anciens d'une pharmacopée, puisque y sont gravés, au troisième millénaire avant notre ère, les noms de drogues végétales : ase fétide, galbanum, jusquiame, opium, mandragore, etc.

Le Ben cao jing chinois (2900 av. J.-C. environ) et le fameux papyrus Ebers (datant d'environ 1600 av. J.-C.) découvert en 1862 à Louqsor, qui donne la fabrication de remèdes pour toutes les parties du corps, renseignent sur les drogues employées à cette période. À côté de plantes toujours utilisées aujourd'hui comme sédatifs (pavot, jusquiame), purgatifs (séné, ricin, coloquinte), diurétiques (scille), etc., figuraient divers ingrédients : sang, os, graisses animales, et des minéraux comme l'ocre. La médecine était alors fortement mêlée de pratiques magiques.

Papyrus Ebers

Dessin : Papyrus Ebers

Papyrus Ebers (d'après E. Perrot, « La Connaissance des drogues simples d'origine végétale », Paris, 1932) 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Les grands médecins grecs, dont le plus célèbre est Hippocrate (ve s. av. J.-C.), utilisaient couramment les narcotiques. L'œuvre d'Hippocrate fut élargie quelques siècles plus tard par Dioscoride qui inventoria plus de cinq cents drogues d'origine minérale, végétale ou animale dans un traité célèbre écrit en 77 après J.-C., puis traduit en latin au xve siècle, sous le titre de Materia medica.

Chez les Romains, Galien, médecin et grand voyageur, a été le créateur de nombreuses formes médicamenteuses. À cette époque, on recherchait plutôt le remède universel en mélangeant un grand nombre de drogues. Sous Néron, la fameuse thériaque n'en comportait pas moins d'une centaine.

Pendant la période troublée qui a fait suite au démembrement de l'Empire romain, les milieux religieux sont restés détenteurs de la science gréco-latine et ont préservé, dans les monastères, la culture des simples et leurs usages.

L'école de Salerne a joui d'une grande renommée au xie siècle et a laissé un formulaire célèbre, l'Antidotarium.

L'apport de l'école arabe du xiiie siècle à la pharmacie est considérable. Elle eut de grands médecins : Avicenne, Avenzoar, et surtout Ibn al-Baytar, qui décrivit plus de deux mille drogues dans le Corpus simplicium medicamentarum.

C'est au xiiie siècle qu'apparaissent en Europe les premières boutiques d'apothicaires, auxquels Saint Louis donne, en 1258, un statut pour la préparation et la vente des médicaments. Grâce aux croisades, les épices exotiques parviennent en Europe. Cependant, mêlée de sorcellerie et de charlatanisme, la connaissance médicale n'a guère progressé durant toute l'époque médiévale : l'alchimie règne alors sur l'Occident et on recherche l'or, la pierre philosophale, l'élixir universel. On soigne avec des extraits végétaux, mais aussi avec des organes d'animaux étranges ou venimeux, de l'urine, des pierres précieuses, de la terre sigillée (argile spéciale de l'île de Lemnos), etc.

Paracelse, médecin suisse du début du xvie siècle, pour lequel la nature était « une immense apothicairerie », est resté célèbre par sa « théorie des signatures ». Cette théorie est fondée sur la croyance que l'aspect et la couleur des plantes sont en rapport avec leurs propriétés médicinales : ainsi, les plantes à suc jaune seraient efficaces contre les affections biliaires.

Aux xvie et xviie siècles, de nouvelles drogues (thé, café, cacao, etc.), introduites en Europe à la suite de la découverte de la route maritime des Indes et de l'Amérique, firent leur entrée en thérapeutique et, parfois, comme le quinquina et l'ipéca, sous forme de « remèdes secrets ». Au xviie siècle, on commence aussi à utiliser en médecine des sels minéraux bien définis : sulfate de magnésie, calomel, nitrate d'argent, etc.

En 1777, les apothicaires furent, en France, officiellement séparés des épiciers par une ordonnance royale fondant le Collège de pharmacie.

Le xixe siècle est considéré comme le grand siècle de la médecine et de la pharmacie. De nombreux principes actifs sont isolés des végétaux, tels des alcaloïdes : morphine (F. W. Sertürner, 1805), strychnine et quinine (J. Pelletier et J. Caventou, 1818 et 1820), codéine, cocaïne, colchicine, etc., et des hétérosides : digitaline cristallisée (C. Nativelle, 1868), ouabaïne, etc. En même temps, la physiologie progresse notablement à la suite des travaux de Claude Bernard (curares). Après la découverte des sécrétions endocrines par C. Brown-Séquard (1889) naît l'opothérapie, ou utilisation d'extraits animaux ; les travaux de C. Eijkman et de C. Funk sur une maladie par carence, le béribéri, sont à l'origine de la vitaminothérapie.

Le développement de la chimie permet aussi de grands progrès en médecine : découverte du phénol et du chloral ; emploi de l'anesthésie à l'éther, puis au chloroforme ; synthèse de l'aspirine, des salicylates, etc. Une grande révolution thérapeutique, due aux travaux de Louis Pasteur, aboutit à la sérothérapie et à la vaccinothérapie, pour la guérison et la prévention de nombreuses maladies infectieuses en dehors de la stérilisation et de l'antisepsie.

Le début du xxe siècle a vu l'essor de la chimiothérapie (médication par les substances d'origine chimique) : arsenicaux antisyphilitiques de synthèse, barbituriques, sulfamides antimicrobiens, antipaludéens, etc., en même temps que la découverte de nouvelles substances naturelles : vitamine C (A. Szent-Györgyi, 1928), insuline (F. G. Banting et C. H. Best, 1921), folliculine (E. A. Doisy, 1929), œstrone (A. Butenandt, 1929), etc.

Découverte de l’insuline

Photographie : Découverte de l’insuline

Les Canadiens Frederick Banting (1891-1941), à gauche, et Charles Best (1899-1978), à droite, découvrent l'insuline en 1921 et testent le remède sur un chien diabétique. Banting recevra le prix Nobel de médecine en 1923 qu'il partagera avec Best, écarté de cette distinction. 

Crédits : Bettmann/ Getty Images

Afficher

L'ère des antibiotiques a pris naissance pendant la Seconde Guerre mondiale, avec la préparation, à l'état pur et à grande échelle, de la pénicilline découverte en 1928 par A. Fleming. Après la streptomycine, le chloramphénicol et les tétracyclines, des centaines de substances antibactériennes ou antifongiques ont été isolées des végétaux inférieurs ; une cinquantaine sont aujourd'hui couramment employées en thérapeutique. La chimiothérapie n'a cessé de fournir de nouvelles substances actives : anticoagulants, antihistaminiques, tranquillisants, antitubercul [...]

Alexander Fleming

Photographie : Alexander Fleming

Le bactériologiste britannique Alexander Fleming (1881-1955) constate le phénomène d'antibiose et découvre la pénicilline en 1928. Il reçoit le prix Nobel de médecine en 1945, conjointement avec Ernst Boris Chain (1906-1979) et Howard Walter Florey (1898-1968). 

Crédits : Davies/ Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 15 pages

Médias de l’article

Papyrus Ebers

Papyrus Ebers
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Découverte de l’insuline

Découverte de l’insuline
Crédits : Bettmann/ Getty Images

photographie

Alexander Fleming

Alexander Fleming
Crédits : Davies/ Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Sort d'un médicament dans l'organisme

Sort d'un médicament dans l'organisme
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

  • : économiste (Rhône Poulenc Santé)
  • : docteur en pharmacie, ancienne assistante à la faculté de pharmacie de Paris
  • : docteur en médecine, journaliste, chroniqueur médical sur le site d'information Slate.fr
  • : professeur émérite de la faculté de pharmacie de Paris, ancien directeur au laboratoire national de la santé publique, Paris, membre de l'Académie nationale de pharmacie
  • : professeur à l'université de Paris-XI, Orsay, professeur de pharmacologie à la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry

Classification

Autres références

«  MÉDICAMENTS  » est également traité dans :

ALCALOÏDES

  • Écrit par 
  • Jacques E. POISSON
  •  • 5 686 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Intérêt thérapeutique »  : […] Les alcaloïdes jouent toujours un rôle important, comme principes actifs des médicaments, malgré l'essor des produits de synthèse. Ils sont utilisés soit tels quels, soit sous forme de dérivés plus actifs, mieux tolérés par l'organisme, ou manifestant des effets différents. Ils ont souvent servi de modèle pour imaginer de nouvelles molécules de synthèse. La morphine reste le produit de référence […] Lire la suite

ALLERGIE & HYPERSENSIBILITÉ

  • Écrit par 
  • Bernard HALPERN, 
  • Georges HALPERN, 
  • Salah MECHERI, 
  • Jean-Pierre REVILLARD
  •  • 12 543 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre «  Définition et cadre de l'allergie »  : […] Il serait malaisé de définir le concept d'allergie de manière concise sans aboutir à des propositions tronquées ou distorses. Le mot allergie couvre une série d'entités biologiques et pathologiques ayant des aspects différents, mais reliées par le même mécanisme fondamental, de nature immunologique . L' allergie apparaît comme un état biologique particulier qui se traduit par une réponse altérée d […] Lire la suite

AMPHÉTAMINES

  • Écrit par 
  • Michel HAMON
  •  • 502 mots

Drogues sympathicomimétiques dérivées de la phényl-éthylamine. Ainsi l'amphétamine racémique proprement dite est la ± α-méthyl-phényl-éthylamine. Deux propriétés caractérisent ce groupe : suppression de de l'appétit (effet anorexigène), stimulation de l'activité du système nerveux central. Le dérivé dextrogyre, la dexamphétamine, est deux fois plus actif que le racémique. Chez l'homme, il fait dis […] Lire la suite

ANALEPTIQUES

  • Écrit par 
  • Marie-Christine STÉRIN
  •  • 189 mots

Drogues qui ont une action stimulante sur le fonctionnement des différents appareils de l'organisme. Les plus connus des analeptiques sont ceux qui agissent sur le système cardio-vasculaire et ceux qui agissent sur le système nerveux (psycho-analeptiques). Les analeptiques cardio-vasculaires sont surtout utilisés en cas de collapsus ; ils ont, en plus de leur action propre sur le cœur, une action […] Lire la suite

ANALGÉSIQUES ET ANTALGIQUES

  • Écrit par 
  • Jacques DUTEIL
  •  • 1 053 mots

Face à des douleurs multiples par leur siège, leur nature et leur intensité, chaque patient réagit individuellement en fonction de ses facteurs génétiques et de son psychisme. L'appréciation de l'effet analgésique d'un médicament varie, elle aussi, d'un individu à l'autre. Une classification simple des médicaments analgésiques consiste à les séparer suivant leur lieu principal d'action, périphériq […] Lire la suite

ANESTHÉSIE

  • Écrit par 
  • Francis BONNET, 
  • François CHAST
  •  • 4 116 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L'anesthésie générale »  : […] L'anesthésie générale est obtenue en administrant des agents (dits anesthésiques généraux) qui provoquent une perte de conscience réversible . […] Lire la suite

ANTIAGRÉGANTS PLAQUETTAIRES

  • Écrit par 
  • Jacques CAEN, 
  • Jean-Luc WAUTIER
  •  • 688 mots

Les plaquettes ont un rôle dominant dans la genèse des thromboses artérielles et de l'athérosclérose, en intervenant au moins sur l'altération endothéliale ou sous-endothéliale, la prolifération des cellules musculaires lisses, ce qui a conduit à l'utilisation et à la rationalisation de médicaments capables de modifier les fonctions des plaquettes, c'est-à-dire l'adhésion à la paroi vasculaire, le […] Lire la suite

ANTIANGOREUX

  • Écrit par 
  • Dominique BIDET, 
  • Jean-Cyr GAIGNAULT
  •  • 766 mots

Les médicaments qui appartiennent à plusieurs classes chimiques concourant, par des mécanismes parfois multiples, à s'opposer à la crise d'angor, ou angine de poitrine ou coronarite, sont appelés antiangoreux. La coronarite résulte d'une anoxie brutale et transitoire qui traduit un déséquilibre entre les besoins en oxygène du muscle cardiaque (myocarde) et les apports de sang oxygéné réalisés par […] Lire la suite

ANTIARYTHMIQUES

  • Écrit par 
  • François LHOSTE
  •  • 368 mots

Par définition, les médicaments antiarythmiques sont des substances susceptibles de prévenir ou de réduire un trouble du rythme cardiaque. Ces médicaments sont nombreux, leurs structures biochimiques très différentes, leurs classifications pharmacologiques diverses, mais tous se caractérisent par une toxicité potentielle capable de réduire, à faibles doses, l'activité d'un groupe cellulaire respon […] Lire la suite

ANTIBIOTHÉRAPIE

  • Écrit par 
  • Paul MAZLIAK
  •  • 237 mots

Pathologiste à l'hôpital St. Mary de Londres, Alexander Fleming (1881-1955) étudiait les bactéries responsables, pensait-on, de l'épidémie de grippe espagnole qui fit vingt millions de morts en 1918. Cultivant ces bactéries pathogènes en boîtes de Pétri (plates, contenant des milieux de culture solidifiés), il constata en 1921 qu'une goutte de mucus nasal empêchait le développement des bactéries a […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

1er-23 juillet 2021 Union européenne. Début d'approbation des plans de relance post-Covid-19.

médicaments (AEM) approuve l’utilisation du vaccin de Moderna pour les jeunes à partir de douze ans. Le 26, les instances européennes entérinent les plans de relance nationaux de quatre autres pays membres (Croatie, Chypre, Lituanie, Slovénie). […] Lire la suite

11-22 juillet 2021 Cuba. Manifestations contre la « dictature ».

médicaments et d’aliments. Le 20 se déroulent les premiers procès de manifestants arrêtés le 11. Une dizaine d’entre eux sont condamnés à un an de prison pour désordre public ou désobéissance. Le 22, Washington annonce des sanctions contre le ministre cubain chargé de la Sécurité et contre une unité du ministère de l’Intérieur, accusés d’atteinte aux […] Lire la suite

20-28 mai 2021 Union européenne. Accord sur un « Certificat Covid numérique européen ».

médicaments (AEM), mais pourront ajouter à cette liste d’autres vaccins. L’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, membres de l’espace Schengen, ont également signé cet accord. Le 28, l’AEM autorise l’administration du vaccin Pfizer-BioNTech aux enfants de douze à quinze ans. Ce vaccin avait également été le premier à être autorisé pour […] Lire la suite

4-31 mars 2021 France. Adoption de « mesures de freinage » contre la pandémie de Covid-19.

médicaments (AEM) a homologué la veille. Le 15, la France, à la suite d’autres pays européens, suspend l’administration du vaccin AstraZeneca, dans l’attente de l’avis de l’AEM, en raison du signalement de cas de thromboses chez plusieurs personnes vaccinées. Le 18, Jean Castex annonce la mise en place, à compter du 20 et pour « au moins » quatre  […] Lire la suite

11-18 mars 2021 Union européenne. Autorisation du vaccin Johnson & Johnson contre la Covid-19.

médicaments (AEM), autorise l’utilisation du vaccin à dose unique Janssen contre la Covid-19, développé par le groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson. Le 17, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se dit prête à utiliser « tous les instruments » à sa disposition pour obtenir la livraison des vaccins commandés par  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Paul-Étienne BARRAL, Hélène MOYSE, Jean-Yves NAU, René Raymond PARIS, Michel PARIS, « MÉDICAMENTS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/medicaments/