ISLAM (La civilisation islamique)Les mathématiques et les autres sciences

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L'astrologie

À côté de l'astronomie, dont le caractère scientifique est sans cesse affirmé dans les classifications, apparaît une pseudo-science, l'astrologie, qui connut une très grande vogue au Moyen Âge comme dans l'Antiquité, mais se heurta à une vive opposition de la part des philosophes et des théologiens, et finalement fut condamnée par la religion comme incompatible avec elle.

Cette discipline repose fondamentalement sur le principe que l'univers est un tout et que le monde sublunaire est soumis aux mouvements des astres, soit que ceux-ci influent réellement sur lui, soit qu'il y ait une certaine correspondance, une « analogie » entre les changements d'ici-bas et les mouvements sidéraux, qui peuvent alors être compris comme des signes, des indications (dalā'il) des événements terrestres. Dès lors, l'observation des astres permettra à ceux qui savent lire ces « signes dans le ciel » de connaître le présent et l'avenir. L'« outillage » de l'astrologue se ramène pour l'essentiel aux éléments suivants : tout d'abord les astres eux-mêmes et leurs positions par rapport à la Terre et les uns par rapport aux autres (cinq combinaisons sont possibles : la conjonction et les quatre « aspects » ou « applications ») ; ensuite les signes du zodiaque, qu'on peut considérer soit isolément soit groupés par ensembles de trois, ou qu'on divisera encore jusqu'à envisager pour chaque degré un caractère spécial (les signes masculins ou féminins, les luisants, les ténébreux, les colorés, les fumeux, ceux qui augmentent le bonheur, etc.). Certaines parties du zodiaque ont une importance particulière par rapport au Soleil, à la Lune et aux cinq planètes : ils en sont les « termes », les « domiciles » et les « détriments », les « exaltations » et les « chutes ».

L'horizon et le méridien jouent aussi un grand rôle par leurs points d'intersection avec l'écliptique, qui sont appelés les quatre pivots (cardines) : l'ascendant (al-ṭāli‘) qui est le point de l'écliptique montant à l'horizon, le pivot de la Terre, le descendant, le point culminant. L'écliptique est ainsi partagé en douze sections, les « douze maisons célestes » (buyūt) sur lesquelles se fonde toute activité astrologique. Enfin, chaque région géographique étant soumise à une influence particulière, il faudra également en tenir compte.

En notant précieusement la combinaison de ces divers éléments, l'astrologue pourra se livrer à trois sortes d'opérations, obéissant à des principes différents. Il peut d'abord répondre à des questions (masā'il, quaestiones) sur la santé d'une personne absente, sur l'identité d'un voleur, etc. ; puis calculer le moment propice pour une entreprise importante (ikhtiyārāt, electiones). C'est ainsi que, selon Ya‘qūbī dans son livre sur Les Pays, le calife al-Manṣūr jeta les fondements de Bagdad « au temps fixé par les astrologues Nawbakht et Mā shā' Allāh ». Enfin l'astrologue peut prévoir l'avenir : le « système généthialogique », en effet, repose sur le principe qu'à l'instant de la naissance d'un être humain ou de l'apparition d'un événement, la configuration de la sphère céleste fixe irrévocablement la destinée du nouveau-né ou les conséquences de cet événement.

Un tel déterminisme, qui fait de l'individu un simple jouet des forces cosmiques, ne tarda pas à soulever les critiques des hommes de religion, ainsi que de nombreux philosophes, en particulier Fārābī, Avicenne et Averroès. Il eut toutefois la faveur de certains penseurs comme Kindī et les Ikhwān al-Ṣafā' et d'un théologien comme Fakhr al-Dīn al-Rāzī. Mais quelles qu'aient été ces oppositions et ces condamnations, l'astrologie resta très populaire jusqu'à la période moderne, où la révolution copernicienne – qui en sapait les principes – et la pénétration de la civilisation occidentale firent perdre à ces théories le crédit dont elles jouissaient dans le monde musulman.

Il importe cependant de signaler la supériorité de l'astrologie arabe par rapport à celles dont elle s'inspirait. Ses sources étaient celles de l'astronomie indienne, persane et surtout grecque : elle se réclamait notamment de Ptolémée (Tetrabilion), de Dorotheos Sidonius, d'Antiochus, de Vettius Valens, de Teukros. Mais l'immense progrès réalisé dans les observations astronomiques elles-mêmes et l'emploi des procédés mathématiques pour le calcul de l'« outillage astrologique » donnèrent à l'astrologie musulma [...]

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Pour citer l’article

Georges C. ANAWATI, Roshdi RASHED, « ISLAM (La civilisation islamique) - Les mathématiques et les autres sciences », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-la-civilisation-islamique-les-mathematiques-et-les-autres-sciences/