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ORIGÈNE (185-253/54) & ORIGÉNISME

On appelle origénisme le système théologique attribué à Origène dans certains conflits doctrinaux qui ont divisé l' Église grecque au ive et au ve siècle. Les thèses condamnées par différents conciles et par l'empereur Justinien se rapportent à la préexistence des âmes, à l'égalité originelle de tous les esprits, à leur chute due à la satiété de la contemplation, à la forme sphérique des corps ressuscités et au salut universel de tous les esprits, qui retrouveront à la fin des temps leur condition première. En fait, la pensée d'Origène ne se ramène pas à ces seules thèses. L'origénisme défini aux ive et ve siècles correspond d'une part à la systématisation que certains disciples d'Origène ont imposée à la doctrine de leur maître, d'autre part aux déformations que les adversaires ont infligées à celle-ci, pour mieux la condamner.

L'œuvre et la personnalité d'Origène sont beaucoup plus complexes que ne le laissent supposer ces simplifications outrancières. D'une part, Origène est un homme d'Église. Toute sa vie a été consacrée à l'enseignement et à la prédication, c'est-à-dire à l'exégèse de la Bible. Dans ce domaine, il a été un initiateur en créant la critique textuelle de l'Ancien Testament et en rédigeant une masse de commentaires si importante que tous les exégètes postérieurs, grecs et latins, en seront tributaires. D'autre part, il est vrai qu'Origène a rédigé un traité, intitulé Sur les principes, qui contient, explicitement ou en germe, les thèses condamnées. Mais elles n'y sont présentées que par mode de recherche et d'hypothèse explicative, et pour essayer de rendre compte des origines et de la fin de l'histoire du salut. Il n'en reste pas moins que ce traité a une importance capitale, non seulement pour l'histoire de la théologie (c'est le premier essai de théologie chrétienne systématique), mais aussi pour l'histoire de la pensée occidentale, car c'est la première présentation, annonçant déjà Jean Scot, Hegel et Schelling, de l'odyssée métaphysique des esprits revenant à l'unité originelle, après avoir épuisé toutes les expériences de l'histoire.

Origène et son œuvre

D'Alexandrie à Césarée

Origène est né aux environ de 185 dans une famille chrétienne d'Alexandrie. Il gardera toute sa vie le souvenir du martyre de son père qui eut lieu lorsqu'il était lui-même dans sa dix-septième année. Vers l'âge de vingt ans, il ouvrit à Alexandrie une école de grammaire et, en même temps, il alla écouter, selon ses propres termes (Eusèbe de Césarée, Hist. Eccles., VI, xix, 11), un « maître des études philosophiques », qui, comme l'ont montré en 1977 et 1983, avec des arguments différents, R. Goulet et H.-R. Schwyzer, n'est pas (comme on le croyait à tort, en s'appuyant sur le témoignage confus de Porphyre), Ammonius Saccas, le maître de Plotin. Les nombreux essais entrepris par divers savants pour reconstruire, à partir de l'enseignement d'Origène, la mystérieuse figure d'Ammonius sont donc inutiles. Le platonisme chrétien d'Origène vient des prédécesseurs qui l'ont inspiré : Pantène et Clément d'Alexandrie. Comme eux, Origène conçoit le christianisme à la manière d'une philosophie qui est non plus l'exégèse de Platon, mais des Écritures, et qui est surtout, comme les autres philosophies de l'Antiquité, une forme de vie. Mais il est moins humaniste que Clément et il insiste beaucoup plus que lui sur l'ascétisme : jeûnes, veilles, pauvreté. Sa célèbre mutilation volontaire a probablement été motivée par une interprétation trop littérale du texte évangélique : « Il y a des eunuques qui se sont rendus tels eux-mêmes pour le royaume des Cieux. » Après 211, Origène renonça[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ALEXANDRIE ÉCOLE PHILOSOPHIQUE D'

    • Écrit par Jean PÉPIN
    • 2 186 mots
    La figure d'Origène est assez différente. Sa fidélité à la philosophie grecque porte moins sur le matériel expressif (comme c'était le cas de Clément) que sur les doctrines mêmes ; il applique à la Bible les méthodes de l'exégèse allégorique qui avaient cours dans les écoles...
  • ALLÉGORISTES CHRÉTIENS

    • Écrit par Richard GOULET
    • 668 mots

    À la suite des philosophes païens qui interprétaient les mythes traditionnels de l'hellénisme en dévoilant la signification philosophique cachée (morale ou physique) qu'ils contenaient, les Juifs (Aristobule et Philon d'Alexandrie) puis les chrétiens ont dégagé des saintes Écritures des sens...

  • ANTIOCHE

    • Écrit par Pierre Thomas CAMELOT
    • 2 577 mots
    Tous prennent vigoureusement parti contre l'allégorie, dont Origène est le représentant le plus célèbre. Entendons par ce mot, malgré les imprécisions d'un vocabulaire assez fluent, le procédé littéraire qui dans les faits racontés par l'histoire ne veut voir qu'une parabole à travers laquelle il...
  • BIBLE - L'inspiration biblique

    • Écrit par André PAUL
    • 4 564 mots
    • 1 média
    ...les auteurs inspirés quand il écrit : « Vous nous procurez joie et allégresse si vous obéissez à ce que nous avons écrit par le Saint-Esprit. » Pour Origène, l'inspiration divine (théou épipnoia) est nécessaire aussi au philosophe pour que puisse lui être « manifestée la nature du mal,...
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Voir aussi