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BIBLE L'inspiration biblique

Le mot « inspiration » est fondamental dans le vocabulaire chrétien. Par le canal de la Vulgate, il vient directement de l'adjectif latin inspiratus. En II Timothée (iii, 16), saint Paul affirme en effet que « toute l'Écriture » est « inspirée de Dieu » (en grec : théopneustos ; en latin : divinus inspiratus). Et pour la IIe épitre de Pierre(i, 21), les prophètes sont « portés par l'Esprit-Saint » (en grec : phéroménoi ; en latin : inspirati). C'est dans ces formules que la doctrine chrétienne de l'inspiration des Écritures trouva son expression précoce. Elle y est à la fois le point de convergence de courants antiques, grecs surtout, et le point de départ d'un développement doctrinal ininterrompu. Quant au sens dit propre que le mot « inspiration » a aujourd'hui, celui de respiration pulmonaire, il n'apparut qu'au xvie siècle, avec Ambroise Paré.

Les sources de la doctrine de l'inspiration

Dans le monde antique, oriental et grec, on croyait volontiers que des révélations divines étaient transmises aux hommes par des personnages inspirés. L'enracinement culturel le plus ancien de la doctrine, juive puis spécifiquement chrétienne, de l'Écriture, est à chercher dans cette Antiquité lointaine.

L'Égypte ancienne, déjà, attribuait ses « saintes écritures » au dieu écrivain ou scribe Thot, le précurseur d'Hermès. Proche de cette figure égyptienne, il y avait aussi, et surtout, le dieu babylonien Nabû, fils de Marduk : considéré comme le scribe par excellence, on l'appelait le « scribe des dieux », le « scribe sans pareil », le « scribe de tout ce qui a un nom », le « scribe du sanctuaire mondial » (Esagil) d'où émanaient les lois divines : créateur de l'écriture, on le présentait comme le « seigneur du calame ».

Mais c'est en Grèce que l'idée d'inspiration trouva son terrain d'élection. L'Odyssée débute par cette invocation : « Muse, dis-moi [...], déesse née de Zeus, conte ces aventures. Et l'Iliade commence ainsi : « Chante la colère, déesse du fils de Pélée. » Chez Platon, le concept d'inspiration reçut un éclairage ample et précis, sous les deux aspects de « possession » et de « souffle divin ». Ainsi, Ion est déclaré bon rhapsode parce qu'une puissance divine (théia dunamis) le « meut ». Quant aux bons poètes, ils se distinguent réellement des mauvais « parce qu'un dieu est en eux et qu'il les possède » (enthéoi [...] kai katéchoménoi) ; un dieu dont la personnalité se substitue à la leur. Bien plus, le vrai poète doit être « inspiré » en recevant un « don divin par le moyen d'un délire » (dia manias) : il s'agit d'une réelle « possession » (katokochè) provenant des Muses (Phèdre). Les hommes politiques sont eux-mêmes inspirés, au même titre que les poètes (Ménon). La « possession » divine est donc le critère unique d'authenticité des activités et des fonctions qui, dans la cité, se particularisent par la créativité.

Le vocabulaire et les idées de Platon sur l'inspiration ont fortement marqué le grand commentateur juif de la Tōrah, Philon d'Alexandrie. Pour celui-ci, les « livres saints », qui ne sauraient être d'aucune façon des « témoins douteux », sont l'expression du « saint Logos ». D'où les vertus du « prophète » qui les publie, selon les deux textes suivants :

– « Car le prophète ne publie absolument rien de son cru, mais il est l'interprète (herméneus) d'un autre personnage, qui lui souffle toutes les paroles qu'il articule au moment même où l'inspiration (enthousia) le saisit et où il perd la conscience de lui-même, du fait que [...] l'Esprit divin visite et habite la citadelle de l'âme et qu'il[...]

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<it>Saint Augustin</it>, Botticelli

Saint Augustin, Botticelli

Autres références

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