IRAK

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Irak : carte physique

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Irak : drapeau

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Palmeraie sur les bords de l'Euphrate

Palmeraie sur les bords de l'Euphrate
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Irak : milieux naturels

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Nom officielRépublique d'Irak (IQ)
Chef de l'ÉtatFouad Massoum (depuis le 24 juillet 2014)
Chef du gouvernementHaïdar al-Abadi (depuis le 8 septembre 2014)
CapitaleBagdad
Langues officiellesarabe, kurde
Unité monétairedinar irakien (IQD)
Population38 893 000 (estim. 2017) 2
Note : Inclut plus d'un million d'Irakiens réfugiés dans les pays voisins
Superficie (km2)434 128
Dans l’atlas toutes les données

Les structures géologiques qui, d'une certaine manière, dessinent d'avance la biographie des peuples révèlent qu'entre l'Europe et l'Extrême-Orient les liaisons n'ont pu se faire aisément que dans la direction sud-est - nord-ouest (et réciproquement), c'est-à-dire précisément suivant l'orientation du Tigre et de l'Euphrate, les fleuves jumeaux de la Mésopotamie. C'est par le golfe Persique et la mer Rouge, bien mieux que par les routes de l'Iran barrées de montagnes et de zones désertiques, que communiquent les deux mondes, méditerranéen et indien. Golfe de Suez et bouches du Shaṭṭ al-‘Arab sont ainsi des points stratégiques essentiels où confluent les courants continus d'une civilisation et d'une communauté indo-européennes ayant le monde arabe pour trait d'union. Le destin irakien doit être apprécié à sa juste valeur par référence à cette géométrie politique. Un survol attentif des siècles confirme que les rapports fondamentaux qui ont régi la politique des pharaons et des Babyloniens, tant entre eux qu'à l'égard des autres nations, demeurent ceux que connaît la diplomatie contemporaine. Le Caire et Bagdad reflètent et perpétuent le destin de Memphis et de Babylone.

Irak : carte physique

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Carte physique de l'Irak. 

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Irak : drapeau

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drapeau

Irak (1963 ; modif. 2007). On retrouve ici les couleurs panarabiques de l'Égypte et de la Syrie. Quand ces deux pays lui firent en 1963 une proposition d'union, l'Irak adopta leur drapeau, mais en le chargeant d'une troisième étoile. L'union projetée ne put finalement se réaliser, mais l'Irak... 

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Mais, alors que l'Égypte, à l'écart des trajectoires hostiles, n'était menacée somme toute qu'à l'embouchure du Nil et aux portes du Sinaï, l'Irak s'est trouvé immédiatement visé sur toute l'étendue de son territoire, étant donné sa position idéale entre la Méditerranée et le golfe Persique, le niveau très accessible de ses plaines à moins de 200 m d'altitude, l'utilité et l'attrait de ses fleuves en pleine zone de la soif. Les pouvoirs politiques indigènes y furent donc assiégés par l'étranger dès les premiers âges. Tant que les courants de transaction allaient d'est en ouest, le pays était balayé par des invasions asiatiques ; quand ces courants s'inversaient, l'Europe y pénétrait d'ouest en est au fil des fleuves. Bien que ce double courant ait déposé en ces lieux des éléments hétérogènes qui donnent au pays son caractère complexe et inquiet, il est remarquable que soit demeurée, accrochée au vieux socle sumérien, une tradition qui se retrouve à peu près intacte dans les masses rurales qui constituent le pays profond.

Le pays profond appartient culturellement à l'univers sémitique araméen limité au nord par les montagnes d'Arménie, au sud par le détroit de Bab al-Mandeb. Berceau du monothéisme, de la méditation sumérienne, qui fut à la source des deux Testaments et de l'islam, l'Irak est un condensé sociologique et spirituel de haute valeur symbolisé par l'alpha du Déluge et l'oméga de la Révélation. Là furent conçues les spéculations algébrico-astronomiques de la pensée ; là fut codifiée à partir d'Hammourabi la loi des cités ; là furent définies les saisons, délimités dans le zodiaque les espaces du ciel, fondés l'agriculture, la monarchie, les rites commerciaux, découvertes les équations sur lesquelles allaient s'édifier, à partir de la voûte, l'architecture monumentale de l'Égypte et de la Grèce. Dès le IIIe millénaire avant notre ère, Our, capitale d'Abraham, entourée d'un essaim de communes agricoles, avait atteint la gloire. La splendide Babylone en hérita.

Tel était le pays qui eut à subir d'abord les invasions asiatiques. Cyrus le Perse l'occupa en 539 avant J.-C. ; malgré le court intermède occidental des Séleucides, successeurs d'Alexandre le Grand, suivis eux-mêmes des Romains, la prépondérance asiatique se maintint durant près de mille ans avec les dynasties arsacides et sassanides dont la capitale Ctésiphon a pris la relève de Babylone. Les Arabes s'y installèrent en l'an 634 de notre ère, non point en conquérants, mais en parents sémitiques, et les califes ‘abbāsides y déployèrent trois siècles au moins de brillante civilisation ; puis, en 1258, les Mongols incendièrent Bagdad ; en 1534, les Ottomans s'y installèrent et y demeurèrent jusqu'en 1920, date à laquelle l'Irak libéré des Turcs est passé sous l'allégeance britannique. Il lui faudra quelque quarante ans de négociations, de crises et de conflits pour progresser de l'indépendance nominale à une liberté politique réelle dont la révolution du 14 juillet 1958 ne fut que le signal.

En effet, le coup d'État du général Kassem n'apporte pas au pays la liberté souhaitée. L’Irak, dirigé par les militaires, se rapproche d’abord de l'U.R.S.S. Saddam Hussein, qui prend la tête du régime baassiste en 1979, rompt avec Moscou et se tourne vers l'Occident. Dès 1980, il attaque l'Iran de l'ayatollah Khomeyni. La guerre, très meurtrière, dure huit ans et laisse le pays exsangue. En 1990, l'Irak envahit le Koweït, qui sera libéré à l'issue d'une intervention militaire internationale mandatée par l'O.N.U. Celle-ci impose un embargo à Bagdad et entreprend un processus de désarmement qui donne lieu, à partir de 1997, à des frictions qui vont en s'amplifiant jusqu'à l'intervention américano-britannique sans mandat onusien, en 2003, laquelle aboutit à la chute de Saddam Hussein. Depuis lors, l’Irak est en proie à la violence. Actes de résistance à l’occupation américaine et affrontements interconfessionnels entre communautés chiites et sunnites participent à l’effondrement de l’État, à la dégradation de la sécurité et de l’économie, y compris pétrolière.

—  Pierre ROSSI

Géographie

Frontalier du Koweït, de l'Arabie Saoudite, de la Jordanie et de la Syrie, d'une part, de la Turquie et de l'Iran, d'autre part, l'Irak constitue la charnière du monde arabe et du monde turco-iranien. Son territoire s'étend sur une superficie de 438 320 kilomètres carrés dont plus de la moitié est occupée par des espaces désertiques ou semi-désertiques. La Mésopotamie, où se situe la capitale, Bagdad, constitue l'axe de peuplement et d'urbanisation majeur du pays. Pôles secondaires du point de vue démographique, les hautes terres du Kurdistan au nord, riches en eau et en hydrocarbures, dominées par Mossoul, seconde ville du pays, et la basse Mésopotamie, au sud, marécageuse et pétrolière, dominée par Bassorah, troisième ville irakienne, sont au cœur des enjeux économiques et politiques de l'Irak d'aujourd'hui.

Longtemps espace de passage entre le monde méditerranéen et le monde indien, l'Irak a été exposé aux convoitises d'empires puissants dont les influences successives expliquent un peuplement complexe. Dans la seconde moitié du xxe siècle, l'exode rural a estompé les particularismes ethniques, linguistiques et religieux, tandis que l'idéologie nationaliste et arabiste du régime baassiste endiguait le risque de balkanisation. La résurgence violente des logiques communautaristes qui prévaut désormais se combine avec des enjeux économiques et stratégiques externes.

Trois « guerres du Golfe », la guerre Irak-Iran (1980-1988), la guerre Irak-Koweït (1990-1991) et l'intervention de la coalition menée par les États-Unis, puis l'occupation du pays -(2003-2011), ont compromis le développement agricole et industriel du treizième producteur mondial de pétrole, qui a été durement frappé par l'embargo à partir de 1990. Malgré les lourdes pertes humaines de la guerre Irak-Iran (plus de 200 000 morts), malgré la remontée du taux de mortalité, notamment infantile, consécutive aux sanctions internationales, et le départ des travailleurs étrangers dans la décennie de 1990, la population de l'Irak, qui comptait 12 millions d'habitants en 1977 et 16 millions en 1987, s'élèverait en 2013, en dépit de l'exil de centaines de milliers d'Irakiens, à plus de 31 millions d'habitants, parmi lesquels 38 p. 100 ont moins de quinze ans et seulement 3 p. 100 plus de soixante-cinq ans. Une telle structure par âge (une femme irakienne sur deux est âgée de 15 à 49 ans) et une fécondité élevée (nombre moyen d'enfants par femme de 3,6, estimation de 2013) expliquent que les projections donnent 45 millions d'Irakiens en 2025.

Deux grands fleuves et quatre ensembles naturels inégalement peuplés

Dans ce pays où la température moyenne annuelle est presque partout supérieure à 20 0C et les précipitations inférieures à 100 millimètres sur une large partie du territoire, la combinaison d'éléments climatiques, topographiques et hydrographiques conduit à distinguer quatre ensembles naturels. Le premier, au sud et à l'ouest, regroupe des plateaux arides prolongeant les déserts d'Arabie et une plaine steppique se poursuivant en Syrie. Le deuxième, culminant à plus de 3 500 mètres, s'apparente aux massifs anatoliens et iraniens. Ces montagnes du nord-est dominent la troisième composante, un piémont de hautes plaines et de collines, où s'individualise le massif du Djebel Sindjar. Quant à la plaine alluviale et deltaïque du Tigre et de l'Euphrate qui confluent avant de se jeter dans le golfe Persique, elle demeure le centre de gravité du pays. Prenant leur source dans le Kurdistan turc, ces fleuves, entre lesquels se sont élaborées dès le IIIe millénaire de l'ère préchrétienne de grandes civilisations fondées sur la maîtrise de l'eau, ont fait l'objet, dans la partie irakienne de leur cours, d'aménagements hydrauliques d'envergure au cours du xxe siècle. La construction de ces barrages, lacs de régulation, canaux de dérivation des crues répondait à plusieurs objectifs : régulariser le débit des cours d'eau ; protéger les villes contre les inondations ; accroître les superficies irriguées ; produire de l'hydroélectricité. L'Euphrate, long de 2 700 kilomètres, en parcourt 1 200 en Irak, où il ne reçoit pas d'affluent, tandis que le Tigre, long de 1 899 kilomètres dont 1 418 en Irak, reçoit des affluents de rive gauche, issus des montagnes, alimentant une crue importante et brutale. En aval de Bagdad, les deux fleuves se rapprochent avant de s'écarter à nouveau. Ils divaguent alors en chenaux multiples sur une plaine marécageuse à la pente minime, encombrée de bras morts avant de mêler leurs eaux, formant ainsi, sur 170 kilomètres, le Chatt el-Arab. Ce monde amphibie est en rétraction du fait de l'assèchement des marais entrepris à partir de 1993, opération qui répondait autant à la volonté du régime de contrôler ce refuge de dissidents shiites qu'à un souci de bonification agricole. Les pluies méditerranéennes d'hiver en Turquie et la fonte des neiges sur les sommets au printemps donnent aux deux fleuves un régime pluvio-nival d'une très grande variabilité interannuelle et saisonnière. La construction de gigantesques barrages dans les pays d'amont, Syrie et Turquie, a aggravé de façon dramatique la diminution des débits vers l'aval.

Palmeraie sur les bords de l'Euphrate

Palmeraie sur les bords de l'Euphrate

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Le fleuve Euphrate à Khan al-Baghdadi, dans la région centre de l'Irak. 

Crédits : N. Wheeler

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Irak : milieux naturels

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Irak. Grands ensembles naturels. 

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La localisation des régions pétrolières et les migrations internes s'ajoutent aux disponibilités en eau pour rendre compte de la répartition de la population sur le territoire national et de la hiérarchie des villes dans un pays où le taux d'urbanisation atteignait 66 p. 100 en 2011. La densité moyenne (66 hab./km2) cache d'énormes disparités. De vastes étendues inhabitées occupent pratiquement la moitié occidentale du pays et les densités restent inférieures à la moyenne nationale dans une bonne partie de la moitié orientale. Dans les vallées et les régions montagneuses, hormis les secteurs de haute montagne, on compte entre 50 et 500 habitants par kilomètre carré en moyenne, les densités réelles pouvant atteindre plusieurs milliers d'habitants par kilomètre carré en milieu urbain. Les densités culminent dans la région de Bagdad, et dans certains quartiers s'entassent plus de 200 000 habitants par kilomètre carré. L'afflux d'habitants du reste du pays vers la capitale, l'exode des populations montagnardes vers Mossoul et Kirkouk, des ruraux de basse Mésopotamie vers Bassorah, des paysanneries shiites vers les centres religieux ont accéléré la croissance urbaine et renforcé le poids démographique de la capitale, qui a absorbé un flot de réfugiés du nord lors des guerres kurdes (1961-1975) et du sud lors de la guerre contre l'Iran. Bagdad et ses périphéries concentrent presque le quart de la population nationale.

Irak : population

Irak : population

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Irak. Population et villes en 2005. 

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Un pays arabe et musulman où subsistent des minorités ethniques et religieuses

L'Irak est un pays majoritairement arabe et musulman, où des milieux de vie spécifiques, d'accès difficile, marais au sud et isolats montagnards au nord, ont favorisé la survivance de particularismes religieux, statistiquement très minoritaires. On estime qu'il y aurait en Irak 60 p. 100 d'Arabes shiites, 20 p. 100 d'Arabes sunnites, 17 p. 100 de Kurdes sunnites. Les 3 p. 100 restants regroupent des minorités religieuses ou linguistiques. Au sein de la population arabe, on distingue une composante arabe, bédouine et pastorale, sunnite, venue d'Arabie, et une composante mésopotamienne arabisée, paysanne et sédentaire, largement shiite, qui constitue 70 p. 100 de la population. Les tribus arabes sont venues en deux vagues : aux premiers temps de l'expansion arabo-musulmane au viie siècle ; puis chassées de la péninsule arabique par l'expansion des Saoud au xviie siècle. Ces tribus nomadisaient, sans se soucier de lignes immatérielles tracées ensuite dans le désert par les diplomates britanniques, devenues des frontières internationales sensibles. Aujourd'hui sédentarisées, ces populations pratiquent encore le dialecte nedji, issu du Nedj, le plateau central saoudien, différent du dialecte mésopotamien qui prédomine ailleurs dans le pays, hormis sur la très étroite façade littorale, où est localement parlé le dialecte du Golfe, le khaledji (en arabe, el Khaledj signifie « le Golfe »). Mais la distinction entre Arabes et Arabisés n'est plus une opposition entre deux modes de vie, et la diversité des dialectes s'estompe au profit d'un arabe standard propagé par l'école et les médias.

Populations montagnardes transfrontalières d'Iran, de Turquie, de Syrie et d'Irak, plus ponctuellement d'Arménie et de Géorgie, les Kurdes représentent le second groupe ethnique irakien. Au-delà d'une revendication de reconnaissance culturelle, d'autonomie ou d'indépendance, les Kurdes d'Irak présentent une grande diversité linguistique interne, mais sont très majoritairement sunnites. Néanmoins des Kurdes shiites vivent à la frontière iranienne, aux limites méridionales de l'aire kurde. Très localisé dans le Djebel Sindjar, le yézidisme est la troisième confession kurde. Les adeptes de cette religion syncrétique, empruntant aux traditions religieuses préislamiques de la région – zoroastrisme, nestorianisme, judaïsme –, ainsi qu'au soufisme, courant mystique de l'islam, sont indûment qualifiés « d'adorateurs du diable » par les musulmans, leur théologie reposant sur l'idée que la chute de Satan (Yézid) a été suivie de son salut. Dans les marais du bas Tigre, à l'autre extrémité du pays, les mandéens ou sabéens pratiquent, quant à eux, un syncrétisme très empreint de christianisme, qui fait de Jean-Baptiste leur plus grand prophète, d'où la dénomination de « chrétiens de saint Jean » appliquée à cette communauté d'artisans. À la différence de ces minorités autochtones, les Turcomans, surtout implantés dans la région de Kirkouk, sont venus d'Asie centrale, initialement comme mercenaires dans les garnisons omeyyades, puis auprès des califes abbasides. Une autre vague turcomane arrive en Irak à l'époque seldjoukide et la dernière sous les Ottomans. Ces populations d'origine turkmène font usage de l'alphabet arabe pour écrire leur langue, proche du turc, et pratiquent l'islam sunnite. L'Irak abrite, enfin, une chrétienté autochtone, évangélisée par saint Thomas, principalement assyro-chaldéenne. Considérée comme hérétique, car nestorienne, au concile d'Éphèse en 431, l'Église assyrienne se détache de Rome. En 1552, une partie des fidèles se rallie à la papauté et forme l'Église chaldéenne, Église catholique de rite oriental. Si une partie des chrétiens se considèrent comme une minorité religieuse arabe, leurs coreligionnaires du Kurdistan, qui ont conservé l'usage de l'araméen, constituent une minorité linguistique et religieuse. Dans un contexte contemporain où, après le départ, au milieu du xxe siècle, de la très ancienne communauté juive, les chrétiens prennent à leur tour le chemin de l'exil, la diversité linguistique et religieuse du pays s'amenuise, tandis que se creuse la fracture entre les sunnites, anciens détenteurs du pouvoir, et les shiites, numériquement majoritaires dans un pays où se trouvent le berceau du shiisme et les lieux saints de Najaf et Kerbala.

Un développement compromis

On peut estimer que l'Irak a une superficie cultivable totale de 12 millions d'hectares, dont 4 millions dans les hautes terres septentrionales, où l'agriculture pluviale est possible, et 8 millions dans la Djézireh et en Mésopotamie, où l'irrigation est indispensable. Dans le nord-est, on pratique l'élevage en altitude, l'arboriculture sur les pentes ; on cultive des céréales (orge et blé) et des légumes dans les vallées. En Mésopotamie, le blé cède la place au riz et les arbres fruitiers aux palmiers ; on cultive également du coton. Les potentialités agricoles sont incomplètement mises en valeur : la jachère reste pratiquée en culture sèche et les terres irrigables ne sont pas toutes irriguées. Bien qu'une partie des revenus du pétrole ait été affectée à la mise en place de grands périmètres irrigués dont 250 000 kilomètres carrés dans la Djézireh et 150 000 kilomètres carrés en Mésopotamie, la production agricole s'est dégradée du fait des errements des politiques agraires, de l'exode rural et du départ des paysans au front ainsi que de la salinisation des sols, qui résulte des pratiques d'irrigation. Les réalités agricoles de l'Irak sont donc éloignées de l'image de prospérité agricole éveillée par l'expression de « pays du Croissant fertile », plus archéologique qu'agronomique.

En outre, l'Irak n'apparaît plus guère comme un « pays de l'or noir », du moins avec ce que cela comporte d'opulence dispendieuse. Détenant 11 p. 100 des réserves mondiales de pétrole, c'est le plus ancien producteur de pétrole du Moyen-Orient arabe. Le gisement de Kirkouk a été mis en exploitation dès 1927, soit une décennie avant les gisements saoudiens et koweïtiens. Dixième producteur mondial au début des années 1980, l'Irak est parvenu à maintenir son niveau d'extraction durant les premières années de la guerre contre l'Iran, mais la riposte occidentale à l'invasion du Koweït par Bagdad a fait chuter la production : elle atteignait 3,5 millions de barils par jour en 1990 et n'était plus que de 300 000 barils par jour en 1991. La production remonte à partir de 1996, avec la mise en application du programme « pétrole contre nourriture » et s'élève à 2,5 millions de barils par jour à la veille de l'offensive militaire américano-britannique de mars 2003, qui conduit à une diminution de la production (2 millions de barils par jour en 2005), tandis que des terminaux pétroliers ont été détruits et des oléoducs mis hors d'usage. Du point de vue des revenus irakiens, la baisse du volume produit a été compensée par la hausse des prix du pétrole. Mais, face à la croissance de la demande mondiale, liée aux besoins énergétiques de la Chine et de l'Inde, la reprise d'un niveau élevé d'exportations irakiennes est cruciale pour le marché mondial.

Tout comme l'agriculture et le pétrole, le secteur industriel a pâti de l'histoire récente. Réputé pour sa tradition artisanale, l'Irak avait connu une première période d'industrialisation sous le mandat britannique (après la Première Guerre mondiale), puis une seconde après la chute de la monarchie hachémite (1958). Le régime de Saddam Hussein a ensuite mis en place, conformément au modèle de développement du socialisme arabe, un secteur industriel étatisé donnant priorité à l'industrie lourde, dont la sidérurgie. Les trois guerres ont considérablement freiné ce développement. Raffineries et usines ont été des cibles stratégiques et certains projets ont été ajournés. Le niveau de vie moyen de la population s'est effondré ; les infrastructures se reconstruisent péniblement ; la dette extérieure est énorme, même si elle a été partiellement annulée. La situation économique, aussi chaotique que la situation politique, hypothèque la reconstruction. Pourtant, l'Irak dispose d'atouts et d'un potentiel de développement supérieur à celui de la plupart de ses voisins arabes : une population nombreuse et jeune ; d'abondantes réserves pétrolières ; des ressources hydrologiques et pédologiques, il est vrai fragiles.

—  Brigitte DUMORTIER

La monarchie soutenue par l'Europe

L'Europe évince les Turcs

La chute de l'empire turc et son éviction de l'Orient arabe après la Première Guerre mondiale ne fait que conclure une évolution inaugurée à partir du xviiie siècle par l'essor industriel qui avait naturellement amené l'Europe à imposer ses droits sur les routes stratégiques et économiques conduisant à l'Asie, c'est-à-dire d'abord sur l'Égypte et les approches du golfe Persique. Guidée par les intérêts de la Compagnie des Indes, la Grande-Bretagne, qui avait installé dès 1764 un consul à Basrah, avait fait accréditer en 1798 son premier résident permanent à Bagdad. Coïncidence notable, à Paris, la même année, le Directoire organisait l'expédition d'Égypte. Avant même que ne s'ouvrît la Première Guerre mondiale, la diplomatie britannique avait pratiquement acquis le golfe Persique, établi son influence sur l'ensemble de l'Irak, de Mossoul à Basrah, délimité les gisements pétroliers de la Mésopotamie septentrionale dès l'année 1913. Le pétrole, en effet, allait devenir l'aliment essentiel d'un Occident industriel jusqu'alors utilisateur de la houille. Dès 1900, année de l'apparition des voitures automobiles et de l'avion, s'était dessiné pour l'Irak un nouveau destin. La fondation, en 1911, de la Turkish Petroleum Company n'était que le prélude au plan soumis à Londres en février 1913 par le résident britannique à Bagdad et déterminant déjà dans ses grandes lignes les frontières et les structures politiques de l'Irak moderne.

Le 11 mars 1917, le général anglais sir Stanley Maud s'empara de Bagdad et, le 10 octobre 1918, son collègue le général Marshall pénétra à Mossoul. En avril 1920, le protocole de San Remo plaça la Palestine et la Mésopotamie sous le mandat de la Grande-Bretagne. Ce mandat dura dix ans, jusqu'au 30 juin 1930. Cette période fut mise à profit par Londres pour tenter d'établir en Irak un pouvoir fort et indépendant des fluctuations populaires, de tracer des frontières précises et de négocier des accords pétroliers stables.

Mais le mandat britannique eut à faire face à l'insurrection de 1920 qui débuta le 3 mai pour ne s'achever qu'au mois d'avril 1921, et qui mobilisa l'ensemble du pays, de Kirkūk à Basrah, sous la conduite de chefs populaires. Cette grave crise fit 10 000 morts environ et exacerba des ressentiments déjà anciens. C'est seulement en 1925 que les campagnes furent à peu près pacifiées.

Accords difficiles

Les projets britanniques furent exécutés au milieu des troubles. Le 13 août 1921 était intronisé comme roi d'Irak Fayçal Ibn Hussein (Fayṣāl ibn Ḥusayn), prince de Hedjaz (Arabie Saoudite), fils du chérif de La Mecque. À ses côtés, il avait comme conseiller un homme qui allait lier son sort au régime monarchique et à la collaboration anglo-irakienne, Nouri Saïd (Nūrī al-Sa‘īd), compagnon de lutte de Lawrence. Le 10 octobre 1922, un premier traité anglo-irakien faisait du haut-commissaire britannique le gardien de la souveraineté irakienne. Le 21 mars 1925 fut promulgué un statut organique (rédigé par les experts de Foreign Office) qui devait servir de constitution à l'Irak jusqu'à la chute de la monarchie. Parlementaire et héréditaire, cette monarchie était assistée d'un Sénat désigné par les autorités et d'une Chambre, qui était élue par la population mâle au scrutin à deux degrés.

Faysal Ier, 1933

Faysal Ier, 1933

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Devenu roi de l'Irak en 1921, Faysal Ier (1885-1933) dirigea son pays sous le contrôle d'un haut-commissaire britannique. On le voit ici, en 1933, lors d'une visite à Londres. 

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Faysal à la conférence de paix de Paris, 1919

Faysal à la conférence de paix de Paris, 1919

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Faysal (1883-1933), prince de Hedjaz qui deviendra roi d'Irak en 1921, lors de la conférence de la paix de Paris, en 1919. Derrière lui, le général Nouri Saïd (1888-1958), des soldats anglo-irlandais et Lawrence d'Arabie (1888-1935). 

Crédits : Hulton Getty

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Les négociations frontalières furent menées de pair avec celles qui intéressaient l'indépendance nationale, les unes comme les autres étant tributaires des négociations pétrolières qui apparurent alors comme déterminantes. C'est seulement après l'acceptation par l'Irak d'un accord pétrolier avec la Turkish Oil Company, le 14 mars 1925, que la Grande-Bretagne imposa aux Turcs l'accord du 5 juin 1926 qui attribuait définitivement à Bagdad le district de Mossoul, intégrant ainsi les Kurdes au nouvel État. De même l'accord anglo-irakien du 30 juin 1930, mettant fin au mandat et remplaçant le haut-commissaire britannique par un ambassadeur, eut pour compensation le protocole du 10 octobre 1930 sur l'exploitation et le transport du pétrole irakien vers la Méditerranée. L'admission de l'Irak à la Société des nations, le 3 octobre 1932, couronna ces démarches. Les dernières et délicates négociations qui comportaient la cession du sous-sol irakien aux compagnies occidentales furent menées du côté irakien par Nūrī al-Sa‘īd, désigné pour la première fois comme Premier ministre le 23 mars 1930. L'Irak payait ainsi son indépendance d'une certaine diminution de souveraineté dont la reconquête fut dès lors inscrite au programme de ses partis politiques.

Le monopole pétrolier

La Turkish Petroleum Co. (T.P.C.) fut dissoute et remplacée le 8 juin 1929 par l'Iraq Petroleum Co. (I.P.C.) ; le jaillissement très riche de Bābā Gurgūr, le 15 octobre 1927, avait donné la certitude que la structure pétrolière de Kirkūk était des plus considérables. La France, alertée, avait dès 1924 créé la Compagnie française des pétroles qui, par la signature du Group Agreement du 31 juillet 1928, venait participer à l'exploitation des pétroles d'Irak comme actionnaire de l'I.P.C., à l'intérieur de laquelle les intérêts internationaux furent ainsi répartis : Anglo-Persian, 23,75 p. 100 ; Royal Dutch Shell, 23,75 p. 100 ; groupe américain Nedec, 23,75 p. 100 ; C.F.P., 23,75 p. 100 ; Gulbenkian, 5 p. 100.

Héritière du petit périmètre de recherches de la T.P.C. qui était, à l'origine, de 497 km2, l'I.P.C., au cours de négociations menées de 1929 à 1938, parvint à se faire concéder une surface de 418 000 km2, soit la quasi-totalité du territoire irakien (446 713 km2), et cela jusqu'à l'an 2000. Les redevances à verser au trésor irakien furent calculées à partir d'un forfait maximal annuel de 400 000 livres-or. Un double pipe-line fut construit, en direction de la Méditerranée, pour transporter environ 4 millions de tonnes par an, ce qui était une estimation des plus modestes. Le premier pétrole irakien fut donc embarqué au terminal de Tripoli le 14 juillet 1934, à Haifa, en Palestine, le 14 octobre.

Sous couvert du monopole ainsi acquis, l'I.P.C. devenait pratiquement l'unique partenaire international de l'Irak.

La monarchie hāchémite

Seul pouvoir réel, la monarchie détentrice de l'exécutif était en fait maîtresse également du législatif. Elle détenait aussi le pouvoir judiciaire, puisque les libertés constitutionnelles étaient suspendues presque en permanence par la loi martiale (seize fois décrétée). L'Irak ne semble pas avoir connu, durant trente-sept années de monarchie, d'autre statut que l'état d'exception. À Fayṣal Ier, qui mourut le 8 septembre 1933, succéda son fils Ghāzī, mort accidentellement le 4 avril 1939 ; le prince ‘Abd Allāh, cousin du roi défunt, assura ensuite la régence jusqu'au 22 mai 1953, date du couronnement du troisième et dernier roi, Fayṣal II, qui sera exécuté le jour de la révolution du 14 juillet 1958.

La loi administrative, votée en 1927, divisa le pays en quatorze liwā's, administrés chacun par un mutaṣṣarif représentant le ministère de l'Intérieur ; chaque liwā' étant partagé en ā‘idas avec un ā'imaām et chaque kā‘ida en īyas ou communes avec un mudīr. Le pouvoir judiciaire, fort complexe, comportait, outre une cour civile et criminelle, un tribunal tribal et une cour spéciale de droit religieux ayant à connaître des contentieux propres au statut personnel qui régissait les trois communautés musulmane, israélite et chrétienne.

L'armée et la police, créées par le même décret du 6 janvier 1921, étaient étroitement liées aux forces britanniques par les accords de 1930 ; les effectifs dépendaient davantage de l'engagement volontaire que d'un service militaire obligatoire, resté très théorique. L'une et l'autre étaient conçues pour la défense de l'ordre intérieur, et non en vue d'opérations sur des théâtres extérieurs.

La ligne générale de la politique hāchémite alliée à la diplomatie du Foreign Office paraît avoir consisté à soustraire l'Irak à l'attraction arabe pour l'attacher à la Turquie et à l'Iran et, par-delà, à une politique exclusivement européenne ; les partis de l'opposition, en revanche, qui recherchaient selon l'occasion et leur idéologie l'alliance de l'Allemagne du IIIe Reich ou de l'Europe socialiste, s'entendaient tous pour rejoindre le camp arabe avant même que ce dernier ne fût représenté par Gamal Abdel Nasser. De ces deux conceptions, la dernière, en l'emportant, devait renverser la monarchie. La Seconde Guerre mondiale partage en deux chapitres à peu près égaux cette histoire mouvementée.

L'avant-guerre et la guerre : la conjuration du Carré d'or

Économiquement, l'avant-guerre est marquée par l'institution de la grande propriété terrienne et d'une classe de seigneurs féodaux ; politiquement, par l'organisation des partis politiques : conservateurs et Istiḳlāl entre 1930 et 1935, Ahālī socialisant en 1932, Parti communiste en 1934. Le premier coup d'État du 19 octobre 1936 porte au pouvoir l'équipe kémaliste de Ḥikmet Sulaymān qui signe avec la Turquie et l'Iran, le 8 juillet 1937 à Sa‘ādābād, le premier pacte militaire, jugé « probritannique » et hostile à l'arabisme. L'opposition contre Londres s'organise autour de quatre colonels pour constituer ce qu'on a appelé la conjuration du Carré d'or. Après le coup d'État du 24 décembre 1938, Rashīd ‘Alī, soutenu par le Carré d'or, entre en guerre contre les Britanniques le 1er avril 1941 et fait appel aux forces allemandes du Levant. Il est battu. Les colonels en fuite seront rattrapés et exécutés l'un après l'autre, le dernier à Bagdad le 16 octobre 1945.

L'après-guerre : plan de développement et pacte de Bagdad

L'après-guerre est une période particulièrement troublée ; économiquement, elle est caractérisée par la mise sur pied d'un plan ambitieux de développement industriel ; politiquement, par une résistance intérieure violente à la diplomatie anglo-saxonne, la tension américo-soviétique devant porter les conflits intérieurs irakiens à leur paroxysme et la création, le 15 mai 1948, de l'État d'Israël mobilisant tous les mécontentements. Mis en route le 24 mars 1952, un plan dirigé par l'Office du développement se proposa de donner au pays des structures modernes, grâce aux revenus pétroliers qui passaient de 13 millions à 32 millions de dinars, et à l'aide de banques occidentales. Conçu à des fins tant économiques que stratégiques, il fut assorti du pacte de Bagdad, de son vrai nom Middle East Defence Organization (M.E.D.O.), qui, signé le 24 février 1955 par la Grande-Bretagne, l'Irak, la Turquie, l'Iran et le Pakistan, eut la caution des États-Unis mais souleva l'opposition du Caire et de Moscou qui rompit les relations diplomatiques. L'adhésion de la Turquie au pacte de l'Atlantique Nord laissait voir en effet trop clairement les buts réels du pacte de Bagdad, tout autant que la signature, à Manille en 1954, du pacte de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (O.T.A.S.E.). Émeutes, manifestations et répression en furent les conséquences. La chute de la monarchie égyptienne, en 1952, avait encouragé l'opposition irakienne exaspérée par la dégradation économique qui accompagna les premières années de la mise en œuvre du plan de développement. Survenant dans un tel climat, la guerre de Suez devait achever de détruire la confiance et rassembler les conditions requises pour une révolution.

Conférence de Bagdad, 1955

Conférence de Bagdad, 1955

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Délégués à la conférence de Bagdad, qui devait déboucher sur la signature du pacte de Bagdad (24 février 1955), traité de défense dirigé contre l'influence soviétique au Moyen-Orient. 

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Gisement de pétrole en feu

Gisement de pétrole en feu

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Incendie dans un gisement de pétrole appartenant à la Basrah Petroleum Company, dans le sud de l'Irak, en 1952. 

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—  Pierre ROSSI

L'instauration de la République (1958-1968)

La révolution du 14 juillet 1958

Sous la couronne hāchémite, la situation intérieure de l'Irak a considérablement évolué, entraînant une modification sensible du rapport des forces politiques : le pouvoir n'appartient pas au roi – Fayçal II a atteint sa majorité le 2 mai 1953 – mais toujours au régent Abdulillah et surtout à Nouri Pacha Saïd. Le Parlement, docile, est neutralisé, les gouvernements se succèdent les uns aux autres (58 cabinets entre le 23 août 1921 et le 14 juillet 1958 !) et une haute bourgeoisie sunnite domine les affaires. L'armée, qu'inspire un vif sentiment nationaliste, est mise à contribution, souvent contre son gré, pour maintenir l'ordre et se prépare lentement, dans l'ombre, à intervenir, comme elle l'a déjà fait. Enfin le peuple, qui suit avec beaucoup d'attention ce qui se passe dans les autres pays arabes, notamment en Égypte dont la révolution nassérienne de juillet 1952 sert de référence à de nombreux discours révolutionnaires, se reconnaît d'autant moins dans ses dirigeants que cette monarchie hāchémite lui semble doublement illégitime : elle est venue de l'extérieur et elle a été imposée par les Britanniques.

Fayçal II, roi d'Irak, C. Beaton

Fayçal II, roi d'Irak, C. Beaton

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Cecil Beaton, Fayçal II, roi d'Irak. Le roi Fayçal II (1935-1958) a quatre ans lorsqu'il accède au trône, en 1939; le véritable pouvoir appartient alors au régent Abdulillah. 

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Depuis le début des années cinquante, une opposition s'est donc cristallisée autour de deux revendications : le refus des méthodes brutales de l'équipe Abdulillah-Nouri Saïd, et le rejet nationaliste de la collaboration de l'Irak avec les puissances occidentales. Ce dernier thème, alimenté par la défaite des armées arabes en Palestine en 1948-1949, est devenu plus important encore à la suite de la participation de Bagdad au pacte de 1955 qui porte son nom. On voit en effet dans cette construction une volonté américaine de contrecarrer l'influence croissante en Orient d'une Égypte nassérienne qui s'ouvre à l'Union soviétique, et donc de faire obstacle à l'expression de ce renouveau du nationalisme arabe incarné désormais par Gamal Abdel Nasser.

C'est naturellement au sein de l'armée que le mouvement est le plus actif, car celle-ci représente la seule force organisée du pays capable de recueillir l'approbation des masses populaires. Depuis 1952 déjà, quelques officiers songent au coup d'État (échec d'un complot en 1955). En janvier 1956, un groupe secret se forme et prend le nom d'« officiers libres », à l'instar des auteurs du coup d'État égyptien. Un comité supérieur d'une quinzaine d'officiers est constitué avec, à sa tête, le brigadier Abdel Karim Kassem. Entre 1956 et 1958, alors que les rangs de l'organisation clandestine se confortent, quatre tentatives de prise de pouvoir sont préparées. Des raisons d'ordre pratique et surtout des divergences d'ordre politique (l'Irak « nouveau » devra-t-il rejoindre la République arabe unie – R.A.U. – constituée le 1er février 1958 par l'Égypte et la Syrie ?) entraînent l'ajournement des projets. Mais la décision d'associer l'Irak et la Jordanie, le 14 février 1958, dans une même confédération – l'Union arabe – précipite les événements.

Création de la République arabe unie, 1958

Création de la République arabe unie, 1958

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Le 1er février 1958, au Caire, le président égyptien Gamal Abdel Nasser reçoit son homologue syrien Chukri Al-Quwwatli. À la mosquée Al-Azhar, les deux hommes signent l'acte de naissance de la République arabe unie, formée de l'Égypte et de la Syrie. Manifestation ultime du... 

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L'opportunité du déclenchement de la révolution se présente lorsque Nouri Saïd, suivant les accords fédératifs, ordonne l'envoi d'unités militaires au secours du trône menacé du roi Hussein de Jordanie. La 20e brigade, commandée par le brigadier Haqqi, secondé par le colonel Abdel Salam Aref, un « officier libre », fait mouvement et opère sa jonction, le 13 juillet dans la nuit, avec la 19e, commandée par le brigadier Kassem. Mais au lieu de prendre le chemin d'Amman, les troupes investissent Bagdad où la population, prévenue, se trouve dans la rue. Le roi Fayçal II et son oncle Abdulillah, surpris dans le palais Ribah, sont abattus. Nouri Pacha Saïd, reconnu, le 16, dans la rue, malgré son déguisement, se suicide. C'est ainsi que, le 14 juillet 1958 au soir, la République irakienne est née.

Le régime du général Kassem (1958-1963)

Suivant la proclamation no 1 des putschistes, un Conseil de souveraineté composé de trois membres est installé, mais il n'aura que des fonctions purement honorifiques. Abdel Karim Kassem cumule les postes de commandant en chef des armées, Premier ministre et ministre de la Défense. Abdel Salam Aref, qui a été le principal exécutant du coup d'État, n'est que vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur et commandant en chef adjoint. Le premier gouvernement compte dix militaires parmi ses quatorze ministres, contrairement aux projets initiaux des « officiers libres » qui entendaient donner l'exclusivité du pouvoir à des civils. Une constitution provisoire est promulguée et restera en vigueur jusqu'en 1963. Le Parlement est renvoyé et les prisonniers politiques sont libérés. Pendant les cinq années qui suivent, le général Kassem renforce son pouvoir en plaçant ses fidèles aux principaux postes de responsabilité et impose progressivement une dictature personnelle.

Abdel Karim Kassem, vers 1959

Abdel Karim Kassem, vers 1959

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Devenu Premier ministre et ministre de la Défense de l'Irak à la suite d'un coup d'État le 14 juillet 1958, le général Abdel Karim Kassem proclama la République le jour-même. Il fut assassiné lors d'un nouveau putsch, en février 1963. 

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En prenant le contre-pied de la politique précédente – le pacte de Bagdad est dénoncé le 24 mars 1959, l'égalité est offerte au peuple kurde au sein de la nation irakienne –, le zaïm (président) acquiert une réelle popularité. Cependant, les difficultés ne tardent pas à s'amonceler : la gauche et l'extrême gauche organisent des manifestations de plus en plus audacieuses, des conflits éclatent au sein du gouvernement et notamment entre le général Kassem et le colonel Aref auquel sont reprochés ses liens avec le président Nasser, son appartenance au parti Baas et son souhait de voir l'Irak rejoindre sans tarder la R.A.U. Aref est démis de toutes ses fonctions en septembre 1958. Le colonel Ahmed Hassan al-Bakr, également baassiste, organise bien un complot en sa faveur, mais celui-ci est découvert et conduit ses auteurs en prison ou en exil. Finalement, le colonel Aref, revenu d'Allemagne à l'improviste en décembre 1958, est arrêté et cette fois condamné à mort (la sentence ne sera pas exécutée). De son côté, Rachid Ali Gaylani, rentré également en Irak, tente lui aussi d'utiliser le mécontentement des fidèles d'Abdel Salam Aref, mais son complot (9 déc.) est déjoué. Condamné à mort, il est amnistié, curieusement, quatre ans plus tard.

Ces péripéties, dont les cheminements compliqués laissent supposer une part de provocation, et un remaniement ministériel (7 févr. 1959), qui consacre la mise à l'écart du Baas et de l'Istiklal, compliquent la tâche du général Kassem. C'est dans ce climat politique passablement dégradé qu'a lieu la rébellion de Mossoul. Cette grande métropole est le siège du commandant de la région militaire du Nord, dont le titulaire est le colonel Abdel Wahab Chaouaf, lequel a été écarté par le zaïm. Autour de lui, des « officiers libres » appartenant au courant nationaliste, anticommuniste et pro-nassérien, sont particulièrement actifs. Non loin, à Kirkouk, l'état d'esprit dans la garnison est le même. Une réunion des Partisans de la paix, d'obédience communiste, autorisée à Mossoul contre le gré de ces officiers, sert de prétexte à une déclaration de rébellion (8 mars 1959). La réaction de Bagdad est rapide et brutale : Mossoul est bombardée tandis que les milices kurdes et communistes se heurtent avec succès aux rebelles. Aussitôt les communistes, forts de cette victoire et appuyés par les Kurdes et quelques shī‘ites qui ont trouvé en eux des alliés, exigent de plus grandes responsabilités au sein du pouvoir. Ils appuient même ces revendications par des émeutes (ainsi, le 14 juillet 1959 à Kirkouk, les communistes kurdes s'en prennent aux Turkmènes).

Arrestations, procès et condamnations se succèdent sans que les troubles et les violences cessent pour autant. Le 7 octobre 1959, le général Kassem est blessé dans un attentat baassiste dans lequel est impliqué un certain Saddam Hussein al-Takriti. Dès lors, le zaïm est obligé de rechercher un difficile équilibre entre les uns et les autres. La loi du 1er janvier 1960 autorise la réapparition légale des partis, dont certains se sont déjà rassemblés au sein d'un Front national unifié (nov. 1959). Le Baas, anathématisé par le Front et poursuivi par les foudres du tribunal du peuple du sanguinaire colonel Fadil Abbas al-Mahdaoui, procède, dans la clandestinité, à la mise en place de ses infrastructures. En novembre 1960, les ministres communistes quittent le gouvernement et, au printemps de 1961, des grèves éclatent. Depuis avril 1961, une révolte kurde, conduite par Mollah Moustapha Barzani, se développe dans le Nord, devant laquelle l'armée, impuissante, doit céder du terrain. Les jours du régime Kassem sont désormais comptés.

Le régime des frères Aref (1963-1968)

Au début de 1963, le Baas est parvenu à étendre son réseau aussi bien chez les civils que chez les militaires. C'est parmi ces derniers qu’Hassan al-Bakr, prenant de court la répression qu'annonce l'arrestation de certains baassistes civils, décide de passer à l'action le 8 février 1963. Aidé par l'aviation et les blindés, il obtient après 36 heures de combats violents la reddition du général Kassem. Jugé, celui-ci est condamné à mort et exécuté sur-le-champ. Un Conseil de commandement de la révolution (C.C.R.) est formé. Le colonel Abdel Salam Aref est nommé président provisoire de la République, le brigadier Bakr prenant la tête d'un gouvernement mi-militaire et mi-civil. Une milice, la garde nationale, est créée, sous la direction du colonel Nasrat, et entreprend la chasse aux communistes. L'administration et l'armée sont épurées.

Chute du régime du général Kassem, 1963

Chute du régime du général Kassem, 1963

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Des soldats irakiens et un tank à Bagdad, après le renversement du régime du général Abdel Karim Kassem (1914-1963), en 1963. 

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Mais, alors que la branche syrienne du Baas prend, le 8 mars 1963, le pouvoir à Damas en Syrie, les tensions se manifestent déjà à Bagdad entre nassériens et baassistes, ces derniers étant eux-mêmes divisés en deux courants. Malgré les recherches de compromis tentées par Michel Aflak, un Syrien, l'un des fondateurs et le théoricien principal du Baas, et par Hassan al-Bakr, au terme de conflits internes rendus encore plus compliqués par l'apparition de divergences sur la nature des liens à établir entre Bagdad et Damas, le colonel Aref décide, le 18 novembre 1963, de faire arrêter ou expulser certains dirigeants baassistes dont Michel Aflak. Cette crise provoque la rupture entre l'Irak et la Syrie. Après s'être fait élever à la dignité de maréchal, Abdel Salam Aref consolide son pouvoir en s'appuyant sur les nassériens. Les partis sont dissous. Le brigadier Bakr, vice-président de la République, décide de se retirer de la vie politique pour rester fidèle à Michel Aflak. Une nouvelle dictature personnelle ne tarde pas à s'instaurer.

Ayant de la sorte éliminé le Baas de la scène politique, le maréchal Aref engage avec les Kurdes des pourparlers qui aboutissent à un accord de cessez-le-feu, le 10 février 1964, lequel est malheureusement rompu quelques mois plus tard. En juillet 1964, continuant à vouloir prendre modèle sur l'Égypte, il préside à la création d'une Union socialiste arabe, censée rassembler toutes les formations politiques, et décide d'importantes nationalisations (banques, industries). Tout cela n'empêche pas les nassériens de reprocher au gouvernement de Tahar Yahya le retard mis à réaliser une union effective avec l'Égypte : le 10 juillet 1965, les ministres nassériens démissionnent. Un nouveau gouvernement est formé autour du brigadier Aref Abdel Razzak. Un complot nassérien unioniste, destiné à porter au pouvoir celui-ci à la place du maréchal Aref, est déjoué à temps (16 sept. 1965) par le propre frère du maréchal, Abdel Rahman Aref. Le docteur Abdel Rahman Bazzaz est chargé de présider un autre gouvernement (21 sept.) pour préparer le retour des civils au pouvoir. Tandis que, dans le Nord, la révolte kurde fait front à une offensive des forces armées, le maréchal Aref trouve la mort dans un accident d'hélicoptère (13 avr. 1966).

Le frère du maréchal, Abdel Rahman Aref, est porté à la présidence pour une période de un an. Une de ses premières initiatives est de signer avec Moustapha Barzani l'accord du 29 juin 1966, qui prévoit la reconnaissance dans la Constitution des droits nationaux des Kurdes : le répit de ce côté durera, tant bien que mal, jusqu'en 1969. La menace vient d'ailleurs, des nassériens : Aref Abdel Razzak et ses amis, rentrés clandestinement dans le pays, préparent en effet à partir de Mossoul un autre coup d'État. Après s'être assurés du contrôle de la ville, les conjurés, aidés d'officiers de la garnison, lancent une attaque aérienne sur la capitale et dépêchent des contingents vers celle-ci. Mais la tentative se heurte aux troupes loyalistes et les comploteurs sont arrêtés. Le général Aref, tirant prétexte de ce coup de force, refuse de laisser, comme prévu, le gouvernement aux civils : le docteur Bazzaz démissionne (6 août), bientôt suivi par son successeur, le brigadier Naji Taleb. Le général Aref cumule alors les fonctions de président de la République et de Premier ministre. La guerre de juin 1967 et la persistance de mauvaises relations avec la Syrie alourdissent le climat politique, malgré quelques concessions faites aux nationalistes avec une attitude plus vigoureuse à l'égard des États-Unis et la désignation d'un Premier ministre, le brigadier Tahar Yahya. Dans l'ombre, le Baas prépare son retour au pouvoir. Cette fois-ci, après l'avoir pris il ne s'en laissera pas démettre.

Le Baas au pouvoir (1968-1979)

La révolution des 17 et 30 juillet 1968

Depuis le 16 avril 1968, date à laquelle quelques officiers baassistes font circuler une pétition réclamant l'élection d'une Assemblée nationale, la conjuration s'étend. Cette fois, elle est d'inspiration uniquement baassiste, les alliés du Baas ayant fait défaut au dernier moment. Le 17 juillet, au petit matin, les troupes des commandants Abdel Razzak Nayef et Ibrahim Abdel Rahman Daoud se joignent à celles du brigadier Bakr pour encercler le palais présidentiel. Le général Aref se rend presque aussitôt : le sang n'a pas coulé. Un Conseil de commandement de la révolution (C.C.R.) est formé, qui élit Hassan al-Bakr à la présidence de la République et donne le gouvernement au commandant Nayef, le commandant Daoud se voyant réserver le portefeuille de la Défense. Cependant, au bout de quelques jours un conflit oppose ces deux officiers à leurs compagnons. Le 30 juillet, pour prévenir toute tentative de leur part, la division du général Hamadi al-Takriti prend le contrôle de Bagdad, le gouvernement est dissous, Nayef et Daoud sont mis d'office à la retraite. Le 31, le général Bakr préside le nouveau cabinet, Hardan al-Takriti devenant vice-Premier ministre et ministre de la Défense, poste qu'il gardera jusqu'en avril 1970, avant d'être, à son tour, définitivement écarté (15 oct. 1970). Cette seconde révolution du 30 juillet 1968 consacre le succès du mouvement révolutionnaire engagé le 17 juillet et la prééminence du parti Baas : Saddam Hussein al-Takriti, qui s'est consacré dans le secret à la réussite du coup d'État, rejoint le président Bakr.

Le Baas a trouvé son origine en Syrie lorsque, en 1932, est fondée la Ligue d'action nationaliste par les représentants d'une petite bourgeoisie de commerçants, d'enseignants et de fonctionnaires marqués par l'action d'anciennes sociétés secrètes comme al-Fatat, al-Qahtaniya et al-Ahd. Certains, même, ont appartenu à l'Istiklal, parti nationaliste panarabe qui a fait son apparition en Syrie, en Jordanie et en Irak entre 1920 et 1932. La Ligue éclate en 1939 et Zaki al-Arsouzi, un Alaouite d'Alexandrette, crée un Parti nationaliste arabe qui devient, à l'initiative du Damascène Michel Aflak et de Salah Bitar, un autre Syrien, d'abord al-Ihya al-Arabi (la Réanimation arabe), avant de prendre le nom d’al-Baas al-Arabi (la Résurgence arabe). En avril 1947, lors de la réunion du premier congrès du parti, les statuts et le programme en sont définis. La doctrine du Baas est résumée dans sa devise : « Unité-Socialisme-Liberté » et sa profession de foi : « Une seule nation arabe à la mission éternelle. » Tous ses principes sont contenus dans une constitution, à laquelle il est fait constamment référence, dont l'une des idées fondamentales est celle-ci : « Les Arabes forment une seule nation ; la patrie forme une unité politique et économique indivisible ; la nation arabe forme une unité culturelle ; enfin la patrie arabe appartient aux Arabes. » Cette constitution ne fait pas référence directement à l'islam, considéré pourtant par le chrétien Michel Aflak comme la « religion nationale des Arabes », accentuant ainsi son caractère laïcisant et montrant son souci de créer un arabisme unitaire qui refuse aux diverses communautés un quelconque pouvoir politique ou administratif. Le Baas se présente davantage comme un parti d'encadrement des masses que comme un parti de masse. Il dispose d'une direction nationale, ou commandement national, élue par un congrès national interarabe et qui a vocation sur l'ensemble de la nation arabe. Mais chaque pays dans lequel le Baas est implanté possède une direction distincte, régionale, également élue, qui exerce un pouvoir collégial. Michel Aflak, revenu à Bagdad après l'élimination en Syrie du général Amine al-Hafez, est le secrétaire général du commandement national. À partir de juillet 1968, la vie politique de l'Irak va connaître une relative stabilité dans la permanence, à la tête du pays, du tandem Hassan al-Bakr - Saddam Hussein.

La paix intérieure pour le développement économique

La proclamation de l'autonomie kurde dans le cadre de la République irakienne, le 11 mars 1970, répond en partie aux revendications des Kurdes. Mais des contestations concernant la délimitation géographique de la région autonome (Kirkouk) et la politique d'arabisation menée par le pouvoir central entravent l'application des accords. Les Kurdes eux-mêmes sont partagés. Tandis que Mollah Moustapha Barzani continue de rassembler autour de lui des milliers de peshmerga (soldats de l'armée kurde), d'autres chefs kurdes, dont son fils Obeidallah, se désolidarisant de son action, rallient Bagdad. Chacun s'organise administrativement et militairement dans les zones qu'il contrôle.

Peshmerga

Peshmerga

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Un camp de peshmerga, soldats de l'armée kurde, dans le nord de l'Irak. 

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Conformément aux accords de 1970, le président Hassan al-Bakr proclame (unilatéralement) la loi du 11 mars 1974 établissant une région autonome du Kurdistan, divisée en trois provinces avec pour siège Erbil et dotée de deux Conseils, législatif et exécutif. Barzani, soutenu matériellement par l'Iran, reprend aussitôt la lutte armée. Faute d'obtenir sur le terrain une victoire par les armes, Bagdad parvient à briser définitivement l'irrédentisme kurde en signant, le 6 mars 1975, un accord avec Téhéran. Privés de l'aide iranienne, les Kurdes, désarmés, désorganisés, meurtris par des années de guerre, mais aussi divisés, n'ont d'autre choix que celui d'accepter l'autonomie telle qu'elle leur a été octroyée. Unique dans son genre dans le monde arabe, cette solution, refusée encore par quelques nationalistes kurdes irréductibles qui animent une guérilla sporadique et limitée, est jugée par beaucoup imparfaite. Elle a cependant permis avec le retour du calme dans le Nord un certain apaisement des esprits, sinon des cœurs, sans lequel toute tentative d'essor économique eût été vaine en Irak.

Réfugiés kurdes d'Irak, vers 1974

Réfugiés kurdes d'Irak, vers 1974

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Réfugiés kurdes espérant franchir la frontière irakienne et passer en Iran (vers 1974). 

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Avec des réserves pétrolières estimées à 4,7 milliards de tonnes pour une production annuelle de 115 millions de tonnes (1978) lui assurant un revenu de 20 milliards de dollars (1979), l'Irak possède des ressources financières nécessaires à son développement. Le rythme de la production (200 millions de tonnes après 1980) ne peut plus être réduit par les menaces que la guerre du Kurdistan faisait peser sur les gisements de Kirkouk. Fermes partisans de la maximisation des prix du pétrole, les responsables de l'économie irakienne ont planifié de manière rigoureuse la répartition des revenus dans tous les secteurs.

L'agriculture, peu favorisée jusque-là malgré les réformes agraires, fut la première à bénéficier de ce pactole. Les travaux d'irrigation (régularisation du cours de l'Euphrate), la mécanisation, l'utilisation des engrais et la multiplication des coopératives assurent à cette branche, qui occupe encore la moitié de la population active, un essor remarquable. Ce sont cependant les industries créées autour du pétrole, du gaz et de leurs dérivés qui dominent et domineront pour de longues années encore une économie de type socialiste dans laquelle les secteurs privé et mixte ont leur place.

Avec un P.I.B. (produit intérieur brut) permettant d'atteindre une croissance annuelle de 16,8 p. 100, l'Irak est sorti de son sous-développement des années soixante. La nationalisation des compagnies pétrolières, obtenue entre 1972 et 1975, et la signature de nouveaux accords d'exploitation lui ont donné une indépendance financière totale. Sa volonté de se doter d'une capacité nucléaire, même si elle peut être dictée par des considérations d'ordre politique ou militaire, prouve que les dirigeants irakiens songent déjà à l'« après-pétrole ».

La prééminence du parti Baas

Le parti Baas, dès son arrivée au pouvoir, doit imposer sa suprématie aux autres forces progressistes, issues de la révolution de 1968, et cela au prix d'une remise en ordre à l'intérieur du Baas lui-même, où le « courant militaire », prédominant, cède peu à peu le pas à la « ligne civile ». La présence à la tête de l'État du général Hassan al-Bakr et le rôle très important joué à ses côtés par Saddam Hussein font que cette évolution dans les habitudes du Baas s'est passée sans troubles majeurs. Seul le complot du chef de la Sûreté, Nazim Kazzar, en juillet 1973, soutenu par les « civils », faillit mettre l'équipe Bakr-Saddam Hussein en difficulté.

Après avoir souscrit à la charte d'action nationale proposée par Hassan al-Bakr en novembre 1971, le Parti communiste irakien (P.C.I.) et le Parti démocratique kurde (P.D.K., rallié) signent, en 1973, un pacte national qui annonce la constitution, autour du Baas, du Front national progressiste. Mais si des ministres communistes (deux) et kurdes font partie du gouvernement, le Conseil de commandement de la révolution (C.C.R.), qui détient tous les leviers de commande de l'État, est exclusivement réservé aux baassistes. Cette prééminence imposée par le Baas est dénoncée par le P.C.I., à partir de 1977, à un point tel que les militants de ce parti, par ailleurs interdit dans l'armée, sont l'objet d'une sévère répression. L'exécution, en mai 1978, de plusieurs d'entre eux et l'éviction du gouvernement, un an plus tard, des ministres communistes ont (après l'exemple afghan d'avril 1978) valeur d'avertissement. La fermeté de la riposte du Baas est à la mesure de sa puissance et de sa détermination à ne rien céder de ses actuelles prérogatives.

La force du Baas tient d'abord à la solidité de son appareil, formé de militants soigneusement sélectionnés, idéologiquement convaincus mais motivés aussi par le fait que leur appartenance au seul parti détenteur du pouvoir peut leur assurer une situation enviable. Saddam Hussein, rompu dès sa jeunesse aux méthodes de l'action clandestine, est le principal artisan de cette forteresse baassiste dont l'armée populaire, milice qui double les forces armées régulières, est le gardien vigilant. Il s'est affirmé au fil des ans comme le véritable homme fort du régime avant d'être porté à la présidence de la République et du C.C.R., après la démission, le 16 juillet 1979, d'Hassan al-Bakr.

Tout en consolidant, à l'intérieur, son autorité, le vice-président du C.C.R., fidèle en cela à la vocation panarabe et unitaire du Baas, s'emploie à faire sortir l'Irak de l'isolement que lui avait valu, entre 1958 et 1968, une vie politique agitée. Le règlement du contentieux frontalier irako-iranien concernant le Chatt al-Arab, à la faveur de l'accord de mars 1975, est mis à profit par Bagdad pour opérer un retour dans le Golfe. Une solution est trouvée en 1978 dans le différend qui l'oppose à Koweït concernant la souveraineté des îles de Boubiane et Warba, à l'origine, en 1973 et en 1977, de graves incidents. De même, des relations plus sereines s'établissent avec l'Arabie Saoudite lorsque les deux gouvernements décident de coopérer à la préservation de la sécurité de cette région particulièrement sensible. Mais c'est avec la Syrie que le retournement est le plus spectaculaire. Après dix années de tensions parfois extrêmes, les deux capitales baassistes souscrivent, en octobre 1978, à une charte d'action commune qui reconstitue le fameux « Croissant fertile ». Ces retrouvailles au sein du premier parti socialiste arabe, dont la vocation est de réaliser la patrie arabe par-dessus les frontières étatiques, auraient été, sur le plan régional, un événement d'une portée considérable, si l'implication de Damas dans une « tentative de coup d'État » à Bagdad (juill. 1979) n'avait mis le processus en sommeil.

Réalisme et fermeté

Lorsque le Baas prend le pouvoir, il trouve dans l'Union soviétique un allié sur lequel il s'appuie pour hâter l'entrée du P.C.I. au sein du Front progressiste. En avril 1972, un traité d'amitié et de coopération consacre l'établissement de liens privilégiés politiques, économiques et militaires. Mais une appréciation différente du conflit israélo-arabe et la dégradation manifeste des relations entre le Baas et le P.C.I. modifient sinon la nature du moins la qualité de l'entente entre les deux États.

L'ouverture économique mais aussi politique pratiquée par Bagdad, au nom du réalisme, en direction des pays occidentaux et une recherche dans la diversification des fournisseurs en matériels militaires, sans détourner l'Irak du camp socialiste, accentuent cette mutation. Les principaux fournisseurs de l'Irak sont le Japon, l'Allemagne fédérale, la Grande-Bretagne et la France bien avant l'U.R.S.S. Les États-Unis eux-mêmes, malgré l'absence de relations diplomatiques, augmentent leurs échanges. Grâce à l'héritage politique du général de Gaulle, la France bénéficie d'une situation relativement privilégiée. L'Irak, qui est son deuxième fournisseur en pétrole (20 millions de tonnes en 1978), est acheteur d'usines « clefs en main », de matériels militaires (avions Mirage) et de technologie nucléaire (réacteurs).

Cette politique répond naturellement à des impératifs de développement économique. Elle résulte aussi de l'appartenance de l'Irak au mouvement des pays non alignés. Le réalisme, cher à Saddam Hussein, ne doit pas faire oublier sa fermeté dans d'autres domaines. Ainsi l'intransigeance des dirigeants baassistes quant à la solution du conflit entre Arabes et Israéliens fait de Bagdad la capitale de ce « front du refus » hostile à toute solution négociée. En ignorant l'existence d'Israël en tant qu'État, en participant activement à l'effort de guerre arabe, notamment en 1973, et en dénonçant les résolutions 242 et 238 du Conseil de sécurité comme les accords de désengagement égypto-israélien et syro-israélien de 1974, l'Irak veut rassembler les courants les plus extrémistes, « maximalistes », du monde arabe. Ceux des Palestiniens qui jugent l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) trop modérée font de l'Irak le principal porte-parole de leurs revendications.

L'initiative du président Sadate en novembre 1977, suivie par la signature des accords-cadres de Camp David en septembre 1978 et celle du traité de paix égypto-israélien de mars 1979, met en vedette la position irakienne. Bagdad est le siège des deux conférences arabes (nov. 1978 et mars 1979) qui décident les sanctions contre l'Égypte. Cependant, pour obtenir que l'accord puisse se faire dans leur capitale sur une attitude commune des pays arabes, les dirigeants irakiens ont dû consentir à modérer une position jusque-là intransigeante. Leur refus d'un règlement négocié serait moins déterminé dans la mesure où celui-ci associerait tous les Arabes, Palestiniens y compris, dans la recherche d'une paix globale.

En 1979, après une dizaine d'années de pouvoir du Baas, le bilan apparaît à beaucoup satisfaisant. Mais cette évolution n'a pu se faire qu'au prix de sacrifices et de contraintes acceptés par la majorité de la population. Beaucoup de problèmes, certains douloureux comme celui du Kurdistan, ont trouvé une solution. D'autres ont été effacés sans être véritablement réglés. Si le parti Baas a réussi à mettre le pays à l'abri de tensions extrêmes, celles-ci risquent pourtant de resurgir un jour ou l'autre.

À cet égard, l'exemple de la révolution iranienne, aux frontières d'un Irak où la majorité de la population est composée de shī‘ites également frondeurs (émeutes de Nedjef et Kerbala en février 1977), est de nature à influencer le comportement de dirigeants recrutés presque exclusivement chez les musulmans sunnites. Le fait que les Kurdes, également sunnites, n'aient pas tous passé sous silence des revendications, par ailleurs appuyées par les communistes, réduit d'autant les assises du pouvoir en place. La sanglante élimination en août 1979 (21 exécutions) d'une opposition potentielle au sein même de la direction du Baas renforce l'emprise de Saddam Hussein. Son extrême vigilance à ne pas se laisser déborder par un courant politique et religieux concurrent lui procure, dans l'immédiat, une incontestable autorité.

Saddam Hussein s'impose (1979-1988)

Saddam Hussein, président de l'Irak

Né en avril 1937 à Takriti, au nord de Bagdad, Saddam Hussein est issu d'une famille de paysans modestes. Élevé par son oncle maternel, un officier qui sera chassé de l'armée après le soulèvement antibritannique de 1941, il milite dès 1955, comme lycéen, au sein du Baas et participe déjà au coup d'État avorté de 1956. Après avoir fait ainsi ses preuves, il devient membre actif du parti en 1957. En 1959, il est sélectionné avec une dizaine d'autres étudiants pour participer au projet d'assassinat du général Kassem. Blessé au cours de la tentative, condamné à mort par contumace, Saddam Hussein trouve refuge à Damas, où il passe un an et fait connaissance du théoricien du Baas, Michel Aflak. Puis, il va au Caire terminer ses études secondaires (1961) tout en y étant le responsable des étudiants baassistes. Il ne regagne l'Irak qu'en février 1963 lorsque son parti prend part à la prise du pouvoir d'Abdel Salam Aref. L'éviction rapide des baassistes l'oblige à replonger dans la clandestinité. Il devient membre et secrétaire du commandement régional du Baas aux côtés d'Hassan al-Bakr. En août 1964, cerné par la police, il est arrêté et condamné à deux ans de prison.

À sa sortie de cellule, en 1966, Saddam Hussein est élu secrétaire général adjoint du parti et prépare dès lors le coup d'État de juillet 1968. Celui-ci réussi, il reçoit notamment la charge d'organiser les milices (les « brassards verts ») chargées de pourchasser les opposants au nouveau régime, communistes et nassériens. En 1969, il est nommé vice-président du C.C.R., devenant ainsi le « numéro deux » du régime, après Hassan al-Bakr. Il passe pour être l'« homme fort » du système jusqu'au moment où, le 16 juillet 1979, à la suite de la démission du vieux maréchal pour raison de santé, Saddam Hussein regroupe entre ses mains tous les postes clefs du pouvoir en Irak. Il est élu président de la République, secrétaire général adjoint du commandement national du Baas, secrétaire général du commandement régional, et président du C.C.R. Cette prise en main du pays s'accompagne, le 28 juillet 1979, d'une purge sanglante de son entourage (21 exécutions) à la suite d'un « vil complot, fomenté par une bande de traîtres au parti Baas et à la révolution irakienne ». Au nombre des comploteurs figurent Adnan Hussein, devenu vice-Premier ministre et son chef de cabinet à la présidence, et Abdel Khalek Samarrai qui avait été l'un des dirigeants historiques du parti. Cette élimination d'une opposition potentielle provoque la rupture avec la Syrie, accusée d'être l'instigatrice du complot. Mais peut-être annonçait-elle déjà la guerre avec l'Iran, qui commencera quelques mois plus tard, en septembre 1980 ?

Sous la présidence de Saddam Hussein, l'Irak est toujours baassiste, mais le tempérament du nouveau président, volontariste et pragmatique, et son besoin d'affirmer sa puissance à l'intérieur et celle de son pays à l'extérieur donnent rapidement à son pouvoir une forme très personnalisée dont, d'ailleurs, s'accommode parfaitement la très grande majorité de son peuple. Âgé seulement de quarante-deux ans en 1979, l'« homme fort » de l'Irak depuis une décennie déjà, libéré désormais depuis juillet de la supériorité protocolaire d'Hassan al-Bakr (décédé en oct. 1982), et devenu « el-Raïs el-monadel » (le Président combattant), Saddam Hussein va s'employer à bien montrer à tous qu'il est le seul maître de l'ancienne Mésopotamie.

Saddam Hussein, 1990

Saddam Hussein, 1990

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Saddam Hussein (ici, lors du sommet arabe à Bagdad en mai 1990), président de l'Irak de juillet 1979 à avril 2003, a ordonné, en septembre 1980, l'attaque contre l'Iran, début d'une guerre qui allait durer huit ans, puis a fait envahir le Koweït, en août 1990. Le dictateur sera capturé le… 

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Les grandes ambitions

À la différence du Baas syrien, le Baas irakien n'a pas connu (ou n'a que peu connu) les âpres luttes intestines entre clans rivaux. C'est ainsi que, bon gré mal gré, les « militaires » ont dû céder le pas aux « civils », au prix de mises à l'écart et de purges préventives. Après avoir successivement liquidé, entre mai 1978 et juillet 1979, le Parti communiste (P.C.I.), dont les militants qui ont pu échapper aux arrestations se sont réfugiés dans la clandestinité, et, en août 1979, les baassistes pro-syriens, ou supposés tels, le président Saddam Hussein peut songer à l'ouverture. Le 16 mars 1980, le C.C.R. promulgue deux lois, l'une instituant une Assemblée nationale pour l'ensemble de l'Irak, l'autre une Assemblée législative pour la région autonome du Kurdistan. La première assemblée a (en principe) quelques compétences : elle propose et vote les lois, ratifie les traités et accords internationaux, discute de la politique intérieure et étrangère et peut adresser des questions à un ministre et même proposer sa révocation au C.C.R. Le 20 juin 1980, la première Assemblée nationale depuis le renversement de la monarchie (14 juill. 1958) est élue au suffrage universel direct et à bulletins secrets. Elle compte 250 députés, dont 18 femmes, choisis pour quatre ans parmi 840 candidats. 175 députés sont membres du Baas et l'un d'entre eux, Naïm Haddad, est élu à la présidence. Le 19 septembre, c'est au tour de la région autonome d'élire, pour trois ans, 50 députés, dont le plus grand nombre sont responsables d'organisations de masse liées au Baas. Bagdad veut ainsi imposer une leçon : celle de l'accession d'une puissance régionale, pétrolière de surcroît, à la vie parlementaire. Le fait que l'exécutif irakien ait finalement réussi à mener à bien, et sans incidents, cette entreprise surprend et rassure à la fois : si le Baas a pris ce « risque démocratique », c'est qu'il se sent assez fort. Il domine toujours, et plus encore, les autres partis autorisés, le Parti démocratique du Kurdistan (P.D.K.) et le Parti révolutionnaire kurde (P.R.K.), ce d'autant plus que le P.C.I. a été écarté de la scène politique.

Pourtant, les opposants kurdes, shī‘ites et communistes qui continuent à refuser de composer avec le régime, ne restent pas inactifs. Le 12 novembre 1980, huit organisations politiques de cette opposition à Saddam Hussein signent, à Damas, la capitale rivale qui organise cette « résistance », une Charte du front patriotique national démocratique en Irak. On y retrouve le Parti socialiste, le Parti socialiste unifié du Kurdistan (P.S.U.K.) du Dr Mahmoud Osman, le Mouvement socialiste arabe, l'Armée populaire de libération irakienne (fraction issue d'une scission du P.C.I. après 1964), les Indépendants démocrates, rejoints par les Turcomans, l'Union patriotique du Kurdistan (U.P.K.) de Jalal Talabani, le P.C.I. et les dissidents du Baas soutenus par la Syrie. D'un autre côté, le mouvement shī‘ite al-Dawa al-Islamiya (l'Appel de l'islam), fondé à la fin des années 1950, est devenu, avec l'exécution de son principal idéologue, l'ayatollah Mohammed Bagher Sadr (juin 1979), une autre force politico-religieuse avec laquelle il faut compter. Persuadée que l'heure de la succession de Saddam Hussein est proche – notamment à cause des revers irakiens en Iran –, cette opposition souffre de sa diversité et de son absence d'accord sur la nature du régime – laïque ou islamique –, qui devrait être établi. Cette alliance, qui tient beaucoup à la conjoncture, peut avoir quelques répercussions pour l'avenir du régime, car elle recrute ses adhérents dans les minorités – les Kurdes, les chrétiens – et dans la population shī‘ite du Sud, le P.C.I. étant encore, quant à lui, bien implanté dans les organisations syndicales et professionnelles, même s'il est sorti affaibli de sa longue « collaboration » avec le Baas.

Cette effervescence politique souterraine que le régime discerne bien, même s'il en minimise la portée, et qu'il domine en partie, plus dans le Sud que dans le Nord d'ailleurs, n'empêche pas Saddam Hussein de porter ses ambitions plus loin, à l'extérieur. Le rapprochement opéré de façon éphémère avec la Syrie devait orienter davantage la politique irakienne vers l'Ouest en l'engageant nécessairement plus directement dans le conflit israélo-arabe. Elle aurait posé, en cas de succès, le problème du pouvoir, à la fois en Syrie et en Irak, si les deux fractions réconciliées du Baas s'étaient ressoudées et si une direction unique avait dû être instaurée. En juillet 1979, Saddam Hussein, alerté par le succès de la révolution prêchée par l'ayatollah Khomeyni et ne pouvant opérer sur deux fronts, abandonne donc celui de l'Ouest pour accorder toute son attention au Sud, c'est-à-dire vers le Golfe, y rassemblant la totalité de ses moyens. Il peut craindre en effet que les discours khomeynistes n'enflamment ses shī‘ites du Sud. L'Irak se sent donc tenu de prendre la responsabilité de la sécurité de la région. C'est l'occasion aussi pour Bagdad d'accéder à une position internationale majeure. À cet égard, une charte nationale, proposée par Saddam Hussein dès le 8 février 1980, ne demande-t-elle pas que « tous les pays arabes se coalisent contre toute agression portée par une partie étrangère », qui viserait en premier lieu le Golfe ?

La guerre contre l'Iran (1980-1989)

L'ancien conflit qui opposait l'Irak à l'Iran à propos du Chatt al-Arab avait été réglé par l'accord d'Alger (6 mars 1975), dans la mesure où la frontière fluviale avait été établie selon la ligne de thalweg au lieu de suivre la rive orientale comme c'était le cas jusque-là, et où les frontières terrestres avaient été délimitées sur la base d'accords antérieurs à la présence britannique, tenue par l'Iran pour responsable des dispositions contestées. Après la chute du shāh (févr. 1979), l'Iran se trouve militairement affaibli par la dislocation de son armée régulière et par l'embargo américain sur les livraisons d'armes puis des pièces de rechange (affaire des otages américains). L'Irak est alors à l'apogée de sa puissance politique et militaire. La méfiance de Bagdad à l'égard de la révolution iranienne, renforcée par le soutien de plus en plus ouvert accordé par Téhéran aux groupes shī‘ites (dont al-Dawa) opposés au gouvernement baassiste, rejoint, sur le plan régional, l'hostilité des pays arabes producteurs de pétrole du Golfe à la révolution islamique, qu'ils perçoivent comme un facteur de déstabilisation économique, politique et sociale.

Prisonniers irakiens

Prisonniers irakiens

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Des prisonniers irakiens, en Iran, pendant la guerre Iran-Irak, en 1987. 

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La situation entre l'Irak et l'Iran, tendue dès juin 1979, se dégrade considérablement à partir de mars 1980 : retrait des ambassadeurs (mars), attentat contre le vice-Premier ministre Tarek Aziz (1er avr.), arrestation de l'ayatollah Bagher Sadr, responsable d'al-Dawa (9 avr.), expulsion de 20 000 Irakiens shī‘ites d'origine iranienne (11 avr.). Le 17 septembre, le président Saddam Hussein dénonce l'accord d'Alger de 1975. Le 22 septembre, le C.C.R., « prenant acte de la transformation graduelle des combats en une guerre ouverte », décide de « porter des coups décisifs » aux forces iraniennes qui, depuis le mois de juillet, se livrent aux frontières à un harcèlement continu. L'armée irakienne prend pied en Iran. Les visées initiales exprimées officiellement par l'Irak sont triples :

Saddam Hussein, 1980

Saddam Hussein, 1980

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Saddam Hussein encourage ses troupes, avant l'invasion de l'Iran par son armée, en 1980. 

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– la restauration de droits légitimes irakiens sur des territoires et des eaux (celles du Chatt al-Arab) toujours disputés malgré l'accord d'Alger ;

– le respect par les parties des principes de souveraineté et de bon voisinage, la non-ingérence dans les affaires intérieures et l'abandon d'ambitions expansionnistes dans les relations entre l'Iran et l'Irak, d'une part, et les autres pays arabes, d'autre part ;

– la restauration des droits nationaux arabes usurpés par l'Iran, cette dernière revendication ayant trait plus spécialement au sort du Khouzistan (l'Arabistan) et à celui des trois îles arabes, Abou Moussa, Petite et Grande Tomb, dans le détroit d'Hormuz, occupées par l'Iran depuis 1971.

Mais derrière ces desseins avoués se dessinent d'autres motivations, plus politiques : le renversement de la République islamique d'Iran, l'émergence de l'Irak en tant que première puissance du Golfe, et l'affermissement de l'autorité personnelle, régionale et internationale, de Saddam Hussein.

Actions militaires

Dès le début des hostilités, l'Irak se fixe des objectifs militaires précis. Il s'agit, grâce à la prise de quelques gages territoriaux, notamment dans le Sud où se trouvent les principales infrastructures pétrolières et une population d'origine arabe, d'exercer sur l'Iran une pression suffisamment forte pour l'amener à composer en position défavorable. Très vite, cette conception d'une guerre offensive limitée et rapide, qui aurait été appuyée, au-delà du théâtre des opérations militaires, par l'action à Téhéran d'opposants iraniens, pour déboucher sur une négociation aussitôt offerte par Bagdad, se heurte à la résistance puis aux contre-offensives réussies des forces iraniennes. Cet échec initial conduit le président Saddam Hussein à l'escalade que lui impose la détermination jusqu'au-boutiste de son adversaire. Pourtant dans cette spirale de la montée aux extrêmes, l'Irak, bien que pris au piège de sa propre stratégie et malgré plusieurs revers conséquents, réussit à dominer le cours de la bataille. De septembre 1980 à mars 1982, son armée occupe quelques portions du territoire iranien mais ne réussit aucune percée décisive. Puis l'Iran, s'étant ressaisi, reprend l'initiative. Le 10 juin, Bagdad, après avoir retiré ses forces à la frontière, décrète unilatéralement un cessez-le-feu ignoré de Téhéran. À leur tour, les forces iraniennes, multipliant leurs offensives, pénètrent en Irak. Celui-ci met alors l'accent sur la « guerre économique », en imposant un blocus de l'île de Kharg, où se trouve le principal terminal pétrolier iranien, dès août 1982. Le front terrestre se stabilise pendant plusieurs mois, les défenses irakiennes s'étant consolidées et les actions iraniennes, là où elles les submergent, ne pouvant se prolonger durablement sur le territoire adverse. En avril 1984, les Irakiens engagent la « guerre des villes ». Diverses missions de conciliation échouent et les efforts des Nations unies restent inopérants. En 1986, l'escalade dans la « guerre économique » s'intensifie tandis que quelques offensives iraniennes enregistrent des succès locaux (prise de Fao en février). Au début de 1987, la pression iranienne se fait plus forte autour de Bassorah, menaçant de nouveau le Koweït. L'Émirat obtient la protection de la marine américaine pour ses pétroliers. C'est l'internationalisation de la guerre, recherchée par l'Irak car elle ouvre un second front, dans le Golfe même, où vont se faire face et parfois s'opposer violemment Iraniens et Américains. Le 20 juillet 1987, le Conseil de sécurité adopte à l'unanimité la résolution 598 réclamant un cessez-le-feu et proposant un processus de paix. L'Irak l'accepte mais l'Iran la refuse. La tension s'accroît dangereusement dans le Golfe. En février 1988, la guerre des villes, avec l'emploi massif de missiles sol-sol, connaît une nouvelle escalade meurtrière. À partir d'avril, les forces iraniennes soumises à une double poussée, irakienne et américaine, subissent des revers majeurs (retrait, dans le Sud, de Fao et des îles Majnoun dans les marais du Chatt al-Arab, et, dans le Nord, du Kurdistan). Le 18 juillet, Téhéran consent finalement à accepter officiellement la résolution 598 (1987) et, ce faisant, un cessez-le-feu qui prend effet le 20 août.

Actions diplomatiques

Cette stratégie de l'Irak, consistant à ne pas se laisser enfermer dans une guerre terrestre qu'il sait ne pouvoir gagner et à parier sur une internationalisation du conflit, première étape d'une paix négociée, se double, durant le même temps, d'une action diplomatique également contrastée. Se départissant d'une attitude jusque-là constante de suspicion contre les États arabes modérés et d'hostilité plus ou moins déclarée vis-à-vis des Occidentaux, les dirigeants irakiens s'emploient à constituer un solide réseau d'appuis extérieurs. Ils obtiennent une aide financière substantielle, quoique savamment dosée (estimée à plus de 40 milliards de dollars pour les cinq premières années de la guerre), et un soutien politique discret des monarchies du Golfe – Arabie Saoudite en tête – à la mesure de l'inquiétude qu'elles éprouvent de voir l'Iran l'emporter. Les liens unissant l'Irak à la Jordanie, qui lui offre son débouché stratégique dans le golfe d'Akaba, se haussent à un niveau tel que le roi Hussein ne manque jamais d'accourir auprès du président irakien lorsque les circonstances sont graves ou quand il s'agit de favoriser une hypothétique réconciliation avec le général Hafez al-Assad. Surtout, l'Irak, qui avait violemment dénoncé, en leur temps, les accords de Camp David et le traité de paix égypto-israélien et accueilli, à Bagdad, le sommet de la Ligue arabe excluant l'Égypte de ses rangs, rétablit des relations étroites avec elle (visite d'Hosni Moubarak, en mars 1985). Ainsi se constitue dans la région, à la faveur de la guerre, un axe Bagdad-Amman-Le Caire, bientôt rejoint par l'O.L.P., faisant contrepoids à la coalition d'intérêts Téhéran-Damas-Tripoli. Damas, en effet, est la seule capitale arabe de la région à prendre ses distances d'avec Bagdad. Dénonçant l'initiative irakienne d'avoir porté la guerre en Iran, rompant leurs relations diplomatiques et fermant leurs frontières avec leurs voisins de l'Est (avr. 1982), les Syriens ne se départiront pas de leur attitude hostile, malgré les efforts renouvelés du roi Hussein pour réconcilier les « frères ennemis » (rencontre secrète Hafez al-Assad-Saddam Hussein en Jordanie, le 27 avril 1987, sommet arabe d'Amman, 8-11 nov. 1987).

Tributaire de l'Union soviétique pour son armement, l'Irak éprouve d'abord quelques difficultés à tirer profit du traité d'amitié et de coopération qui la lie à elle depuis 1972 et qui sera renouvelé pour quinze ans en avril 1987. Les livraisons de matériels sont ralenties – suspendues ? – de septembre 1980 à juin 1982, c'est-à-dire durant la période où les forces irakiennes font figure d'agresseurs. Elles reprennent considérablement à partir de cette date mais les relations entre les deux pays (visite du président Saddam Hussein à Moscou, 15-17 déc. 1985, la première depuis sept ans) souffrent de ce que l'Union soviétique, pour ne pas avoir à renoncer à sa politique d'équilibre dans le Golfe et à subir des effets indirects en Afghanistan, maintient un minimum d'échanges avec l'Iran. En revanche, la neutralité déclarée des États-Unis dans le conflit va profiter à l'Irak. À partir de 1984, Washington commence à s'inquiéter de l'intensification de la guerre dans le Golfe et des menaces qui pèsent sur son trafic maritime. Les relations diplomatiques, rompues depuis 1967, sont rétablies (26 novembre 1984). Nonobstant l'affaire de l'Irangate (1986) et l'incident de la frégate Stark (17 mai 1987), les décisions et les intérêts irakiens correspondent de plus en plus à ceux des États-Unis. Cette convergence est habilement exploitée du côté irakien, durant les six derniers mois de la guerre, pour forcer l'Iran dans ses ultimes retranchements. Au sein de la Communauté européenne, dont les membres affichent leur neutralité, la France occupe une place particulière. Sa coopération avec l'Irak remonte aux années 1970. La guerre non seulement ne la remet pas en question mais, au contraire, l'accentue (poursuite de la livraison d'avions Mirage F-1, prêt temporaire d'avions Super-Étendard en octobre 1983, fourniture de nouvelles armes). Ce choix vaut à la France l'hostilité déclarée de l'Iran – avec lequel elle suspend ses relations de juillet 1987 à juin 1988 – et l'attaque, sous diverses formes (actions terroristes, prises d'otages), de ses intérêts et ressortissants, au Liban d'abord. Cet engagement plus ou moins prononcé des acteurs extérieurs aura finalement joué un rôle décisif en faveur de l'Irak.

Le réveil des oppositions

La nature même du régime baassiste exige que les oppositions internes, qui mettent en question sa prééminence, soient bridées et, lorsqu'elles se manifestent de manière extrême, soient radicalement éliminées. L'état de guerre impose encore davantage de vigilance. Les craintes du pouvoir ne sont pas sans fondement. Elles viennent de la survivance d'une contestation shī‘ite limitée à quelques cercles politico-religieux très localisés (Nedjef, Kerbala), que l'Iran s'emploie à revigorer, de l'irrédentisme de certaines organisations kurdes encouragé, lui aussi, par Téhéran et d'ambitions partisanes au sein même du Baas, que la Syrie ne manque pas d'exploiter.

Les sh̄i‘ites

Contre toute attente – notamment de la part de la République islamique iranienne –, la communauté shī‘ite irakienne reste sourde aux appels qui lui sont lancés de se dresser contre le régime du président Saddam Hussein. L'exécution de l'ayatollah Mohammed Bagher Sadr (avr. 1980), en réponse à un attentat manqué contre le vice-Premier ministre Tarek Aziz, décapite la direction de l'organisation al-Dawa al-Islamiya, considérée comme la plus virulente. Son objectif est l'instauration d'un gouvernement islamique. Repliée en Iran, elle prête allégeance à l'ayatollah Khomeyni, au printemps de 1982, à l'occasion de son congrès. Le 17 novembre 1982, l'hodjatoleslam Seyed Mohammed Bagher Hakim, fils du grand ayatollah Mohsen Hakim (mort en 1970) et chef de file du clergé shī‘ite irakien, hostile au régime de Bagdad et réfugié à Téhéran, y annonce la formation d'un Conseil supérieur de la révolution irakienne, qui se fixe comme objectif le renversement du Baas en Irak et la constitution d'une République islamique à l'exemple de celle de l'Iran. Un ultimatum du président Saddam Hussein est adressé au chef de cette opposition islamique. Peu de temps avant (1er août 1982), un attentat à l'explosif à Bagdad, revendiqué par les moudjahidins d'Irak, se situant dans cette mouvance Hakim, avait provoqué de nombreux morts. D'autres attentats meurtriers se produisent dans la capitale irakienne (déc. 1982, avr. 1983), dont l'origine ne fait aucun doute. En mai 1983, les autorités ripostent en procédant à des arrestations massives au sein de la famille Hakim demeurant encore à Nedjef. Dix de ses membres – dont l'un passe pour diriger l'opposition shī‘ite en Irak – sont exécutés par pendaison à Bagdad (6 mars 1985). Cette répression ne met pourtant pas un terme aux attentats en Irak ou contre des intérêts irakiens à l'étranger – particulièrement durant l'année 1984 –, actions que se partagent les moudjahidins, Amal islamique irakien (fondé à Kerbala, en 1975, par des proches de l'ayatollah Mohammed Bagher Sadr) et l'Organisation d'action islamique. Le 26 décembre 1986, le Jihad islamique pro-iranien revendique la réalisation, en liaison avec al-Dawa, de l'attentat commis contre un Boeing irakien à Beyrouth (62 morts) et réclame la libération de militants dont certains, irakiens, sont détenus au Koweït pour des actes terroristes commis en décembre 1983. À la fin de 1986, à Téhéran, à l'invitation de la République islamique qui souhaite les fédérer, les opposants irakiens de toutes origines – shī‘tes, kurdes, chrétiens, nationalistes, baassistes – ne parviennent pas à s'entendre sur la formation de ce front commun, marquant les limites de leur entreprise. La cessation des hostilités entre l'Irak et l'Iran pose, à partir d'août 1988, la question de leur survie politique.

Les Kurdes

L'opposition d'une partie des Kurdes d'Irak repose, quant à elle, sur des bases plus solides. L'accord irako-iranien du 6 mars 1975 n'a désarmé les fidèles de Mollah Moustapha Barzani repliés en Iran que pour un temps. À la mort du vieux chef kurde (le 2 mars 1979 aux États-Unis), ses deux fils, Massoud et Idriss (qui trouvera la mort en janvier 1987), prennent sa relève à la tête du P.D.K.-Irak (dissident). Dès le début de la révolution iranienne, ils se rapprochent de la République islamique. La guerre, ensuite, fait renaître les alliances croisées : les Kurdes d'Iran – principalement le P.D.K.-Iran d'Abderrahman Ghassemlou – sont aidés par Bagdad alors que ceux de l'Irak sont utilisés par Téhéran pour tenir un front secondaire dans le Kurdistan. Mais, tandis que les « barzanistes » du P.D.K.-Irak, animés d'une haine irréductible à l'égard du pouvoir central de Bagdad, s'engagent militairement aux côtés des forces iraniennes, les « talabanistes » de l'Union patriotique du Kurdistan (U.P.K.), une organisation née de la défaite de 1975, pratiquent un jeu plus équivoque. Leur chef, Jalal Talabani, allié lui aussi de la République islamique rompt avec elle et entreprend, en 1983, une négociation avec Bagdad. Un cessez-le-feu est conclu mais, après quelques mois de discussions, aucun accord sur l'amélioration du régime d'autonomie du Kurdistan n'est obtenu du président Saddam Hussein. Cet échec, consommé en janvier 1985, conduit Jalal Talabani à rejoindre le P.D.K.-Irak, longtemps son rival, et à conclure avec lui, en novembre 1986 à Téhéran, un accord politico-militaire. À partir de mai 1987, devant la montée des périls dans le Kurdistan, l'armée irakienne entreprend de vastes opérations de ratissage. Elle y rencontre des résistances farouches (bataille de Halabja, en mars 1988, avec emploi d'armes chimiques). L'U.P.K. se conforte en signant, en mai 1988 à Damas sous l'égide du général Hafez al-Assad, un accord avec le Parti des travailleurs du Kurdistan, qui mène sa propre guérilla dans l'est de la Turquie. Le cessez-le-feu d'août 1988 est aussitôt mis à profit par Bagdad pour mener de nouvelles opérations militaires au Kurdistan. L'armée irakienne est accusée de recourir, une fois de plus, au gaz, ce dont elle se défend. Des milliers de Kurdes cherchent refuge en Turquie et en Iran. Une amnistie en leur faveur – à l'exception de Jalal Talabani – est décrétée par Bagdad, le 6 septembre 1988 mais a peu d'effet. Une nouvelle fois, les Kurdes se trouvent être les perdants de la guerre. Ceux d'entre eux qui, dans leur région autonome, se sont soumis à la loi du 11 mars 1974 ont aussi à supporter les effets de cette situation dramatique : zones frontalières interdites, déplacements de populations et contrôles rigoureux.

Victimes de la guerre Irak-Iran

Victimes de la guerre Irak-Iran

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Cet homme pleure son enfant mort, victime des bombardements chimiques de l'armée irakienne sur la ville d'Halabja, dans le Kurdistan irakien, en 1988. 

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Au sein du Baas

À travers la guerre, donc, les ressorts de cette contestation interne se trouvent renforcés de l'extérieur. D'une certaine façon, le pouvoir du parti Baas est remis en cause et, avec lui, cette minorité sunnite qui entoure le président Saddam Hussein et passe pour tenir les commandes de l'État. Afin de dépasser ces clivages communautaires, que refuse l'idéologie baassiste, et renforcer le sentiment nationaliste arabe, le pouvoir articule son discours de guerre autour de deux thèmes : l'opposition aux menées khomeynistes qui veulent saper les bases de l'ordre interne irakien et la défense, en lieu et place des Arabes, du flanc oriental de la « nation arabe ». D'où cette référence à la « nouvelle Qādissiyya », du nom de la bataille qui, en 637, a vu la défaite des Perses face aux armées musulmanes. Ce renvoi à l'histoire ancienne vise à renforcer l'autorité personnelle du chef de l'État irakien et à le placer dans une situation de héros qui le rende intouchable. Cela explique le culte de la personnalité dont il est l'objet et l'extrême rigueur avec laquelle le pays se trouve gouverné. Le 27 juin 1982 – c'est-à-dire au moment même où l'armée irakienne se replie à hauteur de la frontière internationale –, le IXe congrès du commandement régional (irakien) du Baas procède à la réélection de Saddam Hussein au poste de secrétaire général. Les instances dirigeantes en sont remaniées, passant de treize à neuf membres. Un vaste mouvement ministériel est en même temps opéré. Le gouvernement n'est plus à l'abri des purges : exécution d'un ministre prévaricateur, celui de la Santé, en novembre 1982 ; mutations ou limogeages à intervalles réguliers. Il arrive même à l'Assemblée – renouvelée en octobre 1984 – de censurer des ministres. Des proches du chef de l'État peuvent également subir son courroux : mise à pied, en 1983, de son demi-frère, Barzan al-Takriti, chef du Renseignement ; arrestation, en novembre 1988, de son fils Oudaï, impliqué dans l'assassinat d'un garde du corps de son père. De temps à autre, des rumeurs invérifiables concernant des tentatives de coup d'État, suivies d'arrestations et d'exécutions, notamment de militaires, circulent (décembre 1988 et janvier 1989, notamment). La mort, le 5 mai 1989, dans un accident d'hélicoptère, du général Adnan Kairallah, l'un des neuf membres du C.C.R. et ministre de la Défense, par ailleurs cousin et beau-frère de Saddam Hussein, donne matière à spéculations sur la loyauté de certains cadres de l'armée, dont quelques généraux qui ont péri dans des accidents similaires ou ont quitté discrètement leur commandement. Lorsque la situation devient préoccupante sur le front et risque d'avoir des effets à l'intérieur, le président Saddam Hussein ne tarde jamais à reprendre les choses en main. Ainsi, le 10 juillet 1986, une séance extraordinaire du commandement régional du Baas est-elle convoquée pour approuver ses choix et conforter son autorité sur le parti par l'entrée, au sein de sa direction, de fidèles éprouvés.

Tempêtes sur l'Irak (1989-1993)

Prémices

L'acceptation d'un cessez-le-feu par l'Iran, le 18 juillet 1988, consacre, du point de vue de l'Irak, sa victoire, c'est-à-dire le bien-fondé des options de son président même si, sur le terrain, la situation n'est guère différente de celle qui prévalait en 1980. Le conflit régional le plus meurtrier de l'histoire moderne depuis la Seconde Guerre mondiale aurait fait un million deux cent mille morts, les pertes irakiennes étant cependant trois fois moins élevées que les pertes iraniennes. Après huit années de guerre, l'Irak est exsangue : le coût de sa reconstruction est estimé à 60 milliards de dollars, tandis que la dette extérieure se situe autour de 70 milliards, venant pour moitié des monarchies du Golfe. Le président Saddam Hussein, se voulant apaisant, ne renonce pas, pour autant, à ses ambitions. À l'intérieur, après avoir fait approuver par le C.C.R. l'idée de multipartisme en janvier 1989, il organise des élections législatives (1er avr.) pour la désignation des deux cent cinquante membres du Conseil national (Parlement) : le Baas y obtient cent sièges, le reste allant aux indépendants et aux associations socioprofessionnelles. À l'extérieur, mesurant les craintes ressenties notamment dans les pays du Golfe, il multiplie les déclarations rassurantes sur sa volonté de ne pas intervenir dans les affaires des autres pays arabes, précisant qu'il n'a aucune revendication sur ses voisins. Mais c'est bien à Bagdad que se crée, le 16 février 1989, un Conseil de coopération arabe réunissant, autour de l'Irak, l'Égypte, la Jordanie et le Yémen du Nord. Le régime irakien entend, de la sorte, asseoir sa puissance par un développement tous azimuts des potentialités du pays.

Peu à peu, l'inquiétude, dans la région et même au-delà, perce, alimentée par les rumeurs mais aussi par les faits : le 5 avril 1989, Saddam Hussein adresse une mise en garde à Israël contre toute agression qui prendrait pour cible des installations irakiennes ; le 15 septembre, un journaliste britannique, Farzad Bazoft, est arrêté, accusé d'espionnage et sera exécuté le 15 mars 1990 ; le 7 décembre 1989, on annonce le lancement réussi d'une fusée à trois étages ; les Israéliens assurent que les Irakiens pourraient fabriquer une bombe atomique dans les deux ans ; en avril 1990, on saisit à Londres des « kryton » (détonateurs atomiques) tandis que l'affaire du « canon géant », dont les éléments constitutifs sont interceptés, défraye la chronique. Cette montée en puissance, affichée sur fond de prolifération balistique, nucléaire et chimique, entraîne une vive tension avec les États-Unis et la Grande-Bretagne : l'armée irakienne apparaît comme la plus puissante et la mieux expérimentée de la région, prête à s'engager, à court terme, cette fois sur le front occidental, contre Israël. Le 2 avril, en effet, le président irakien réitère ses avertissements : reconnaissant que son pays est en possession d'armes chimiques binaires, il menace de les utiliser contre l'État juif dans le cas où celui-ci lancerait une offensive. Mais c'est lors du sommet extraordinaire de la Ligue arabe, à Bagdad, du 28 au 30 mai 1990, que Saddam Hussein dévoile ses intentions. Désignant Israël et rejetant sur les États-Unis la responsabilité première de sa « politique agressive et expansionniste », il fustige aussi les monarchies du Golfe pour leur « attitude complaisante », jugeant que la guerre est, désormais, inévitable.

Bouclier et Tempête du désert

En fait, l'objectif de Saddam Hussein est moins Israël que l'instauration de l'hégémonie irakienne : la restauration de la grandeur abbasside est devenue le leitmotiv de ses discours officiels sur le Golfe et dans le monde arabe. Une première cible est désignée : le Koweït. À l'occasion de la célébration, les 17 et 18 juillet 1990, du vingt-deuxième anniversaire de l'arrivée du Baas au pouvoir, il est reproché aux pays du Golfe d'être les instruments d'un complot impérialo-sioniste et d'avoir « planté un couteau empoisonné dans le dos de l'Irak ». Le gouvernement koweïtien tente de s'expliquer et recherche des médiations. Le 19 juillet, il demande à la Ligue arabe la constitution d'une commission arabe pour trancher définitivement de la délimitation de ses frontières avec l'Irak. Les États-Unis font connaître leur soutien. Le 21 juillet, l'Irak reproche au Koweït d'avoir préparé le terrain à une intervention étrangère. Les médiations s'essoufflent, tandis qu'on observe le déploiement de nombreuses unités militaires irakiennes à la frontière. Le 25 juillet, Saddam Hussein, convoquant l'ambassadeur des États-Unis, April Glaspie, l'avertit, à mots couverts, que l'Irak pourrait réagir militairement en cas d'échec de ses discussions avec le Koweït, à Djedda. Le 1er août, celles-ci échouent, ainsi que les ultimes tentatives du roi Hussein de Jordanie et de Yasser Arafat. Dans la nuit du 1er au 2 août, par une attaque surprise, les troupes irakiennes occupent, en cinq heures, le petit émirat.

Ce faisant, les motivations irakiennes peuvent être d'abord d'ordre financier : n'arrivant pas, avec ses 12 à 13 milliards de dollars de recettes pétrolières propres, à satisfaire les besoins induits par la reconstruction et n'ayant obtenu satisfaction à la conférence ministérielle de l'O.P.E.P. à Genève, les 26 et 27 juillet 1990, l'Irak s'approprie la ressource koweïtienne. Mais l'histoire peut aussi se répéter. L'Irak a longtemps revendiqué le rattachement pur et simple de l'émirat, rappelant que celui-ci avait été une partie intégrante du wilayet ottoman de Bassorah. En juin 1961, une semaine après l'indépendance du Koweït, le général Kassem avait tenté, une première fois, de s'en emparer par la force. L'indépendance de l'émirat est reconnue, en 1963, par le maréchal Aref mais, de 1963 à 1973, date à laquelle de nouveaux incidents éclatent, aucune négociation pour le tracé des frontières n'aboutit. Le contentieux, qui porte principalement sur les îles koweïtiennes de Boubiane et de Warba et, par voie de conséquence, sur la délimitation des eaux territoriales et des zones de prospection pétrolière sur le plateau continental du Golfe, fut mis en sourdine durant le conflit irako-iranien (1980-1988). Les négociations entamées entre Irakiens et Koweïtiens, à partir du mois de janvier 1990, n'aboutirent pas, malgré l'entremise secrète du roi Hussein de Jordanie.

À partir du 2 août, les événements se succèdent rapidement : la résolution 660 du Conseil de sécurité de l'O.N.U. exige le retrait immédiat et inconditionnel de l'Irak (2 août) ; la Ligue arabe condamne l'agression irakienne (3 août) ; la résolution 661 décrète un boycottage général, commercial, financier et militaire, de l'Irak (6 août) ; les États-Unis déclenchent l'opération Bouclier du désert, afin de prévenir une invasion de l'Arabie Saoudite (7 août) ; l'Irak annexe le Koweït (8 août) ; après avoir déclaré le djihad, Saddam Hussein préconise une « solution globale » pour tous les problèmes d'occupation de la région, établissant ainsi un lien entre le règlement de la crise du Golfe et celui du problème palestinien (12 août) ; puis il annonce que l'Irak va évacuer les territoires iraniens qu'il occupe encore pour mettre un point final au premier conflit du Golfe (15 août) ; Bagdad bloque au Koweït (16 août), puis en Irak même, des milliers de ressortissants étrangers qui serviront, quelques semaines durant, de « boucliers humains », avant d'être progressivement libérés (6 déc.)... Au Conseil de sécurité, les résolutions se succèdent, sans pour autant faire fléchir le président irakien. L'embargo, assorti d'un blocus naval, bien qu'efficace – l'Irak est privé du produit de la vente, désormais bloquée, de son pétrole –, ne semble pas l'affaiblir. En octobre, les États-Unis, avec le soutien des Nations unies, ont réussi à rassembler une vaste coalition armée occidentale et arabe et jugent que, pour obtenir l'évacuation du Koweït, il n'y a pas d'autre recours que la force armée. Le 29 novembre, le Conseil de sécurité adopte la résolution 678 autorisant les Alliés à « user de tous les moyens nécessaires », après le 15 janvier, pour contraindre l'Irak à se retirer du Koweït.

À partir du mois d'octobre, l'opération Tempête du désert est mise au point et prévue en deux phases : une phase aérienne, dont on espère que l'ampleur contraindra Saddam Hussein à l'abandon, puis une phase aéro-terrestre si ce ne devait pas être le cas. Dans le même temps, on offre à celui-ci une porte de sortie honorable : entre le 15 décembre 1990 et le 15 janvier 1991, le secrétaire d'État américain, James Baker, est autorisé à rencontrer son homologue irakien, Tarek Aziz. Ces entretiens, d'autres plus discrets, entamés du côté français notamment, des actions partout dans le monde en faveur de la paix restent sans effet. Le 17 janvier, dans la nuit, l'opération Tempête du désert est déclenchée : l'offensive, comme prévu, est aérienne. Elle durera jusqu'au 24 février. Aux bombardements aériens massifs, les Irakiens répliquent par des tirs de missiles S.C.U.D., y compris sur Israël, pour tenter de l'impliquer – mais sans succès – dans le conflit. D'ultimes initiatives diplomatiques sont lancées, du côté iranien (2 févr. 1991) et, surtout, par les Soviétiques (missions d'Evgueni Primakov, à Bagdad, le 12 févr., et de Tarek Aziz, à Moscou, le 20 févr.). Le 22 février, George Bush, rejetant le plan de paix proposé par ces derniers, lance un ultimatum à Saddam Hussein. En l'absence de réaction des Irakiens, le 24 février, les forces alliées lancent leur opération terrestre contre l'armée irakienne du Koweït. En moins de quatre jours, l'émirat est libéré. Le 28, Tarek Aziz, au nom de l'Irak, accepte sans conditions les douze résolutions du Conseil de sécurité. Un cessez-le-feu entre en vigueur.

L'Irak sous haute surveillance

Cette deuxième guerre du Golfe fera date dans l'histoire : face à 580 000 Irakiens, un corps expéditionnaire de 750 000 hommes, dont 510 000 soldats américains ; une coalition alliée de trente-deux pays ; quarante-deux jours de combats aériens, avec 106 000 sorties ; 100 heures de combats terrestres ; 70 p. 100 de l'artillerie et des blindés irakiens détruits ; entre 50 000 et 150 000 morts irakiens, pour 235 alliés ; une bataille de missiles sol-sol S.C.U.D. et sol-air Patriot sans précédent ; une guerre suivie en direct par des millions de téléspectateurs... Mais on retiendra, aussi, de mutuelles erreurs d'appréciation : Saddam Hussein croyant que le fait accompli de l'annexion du Koweït ne serait pas sanctionné ; George Bush n'obtenant pas, in fine, l'élimination de son adversaire avec l'instauration, en Irak, d'un nouveau régime.

Tank détruit

Tank détruit

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Un tank irakien incendié, en 1991. 

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Le cessez-le-feu du 3 mars 1991, résultant de la résolution 686, ne met pas un terme aux ennuis de l'Irak. Non seulement il doit se plier aux exigences des vainqueurs, mais, plus encore, il doit faire face à des dissidences, kurde dans le Nord, shī‘ite dans le Sud, encouragées d'une certaine manière par les Occidentaux. Ainsi, une résolution autorise l'Agence internationale de l'énergie atomique à procéder à la destruction des armes chimiques, biologiques et balistiques. Une autre (715, du 11 oct.) permet le contrôle permanent des installations civiles et militaires susceptibles de fabriquer des armes de destruction massive. Les missions de contrôle se succèdent sur le territoire irakien, non sans provoquer, de temps à autre, des réactions hostiles. Au Kurdistan, une force internationale doit être dépêchée dès le mois d'avril 1991 (opération Provide Comfort), afin de soustraire les populations kurdes, dont certaines ont trouvé refuge en Turquie, aux représailles de Bagdad. Une zone d'exclusion aérienne est signifiée à l'Irak, au nord du 36e parallèle. Les Kurdes du Front du Kurdistan s'organisent, installant une administration de facto sous couvert de la résolution 688 (droit d'ingérence humanitaire), et faisant front avec un succès inégal, entre juillet et novembre 1991, aux tentatives militaires terrestres irakiennes de reprendre pied dans la région (Erbil, Souleimaniyeh, Kirkouk). Nonobstant ces affrontements, le P.D.K. de Massoud Barzani et l'U.P.K. de Jalal Talabani entament des négociations avec les autorités irakiennes. Elles échouent sur la question éternelle de Kirkouk et de son pétrole et sur le multipartisme, que l'on n'est plus prêt, à Bagdad, de mettre en œuvre. Les élections pour l'Assemblée de la région autonome, tenues le 19 mai 1992, confortent la prééminence de ces partis kurdes sur les autres, sans pour autant effacer la précarité de la situation des Kurdes. Dans le Sud, la situation n'est pas meilleure. Après le soulèvement des populations shī‘ites (févr.-mars 1991), la répression par le pouvoir central provoque la destruction partielle de Kerbala, Nedjef et Bassorah, la mort de plusieurs dizaines de milliers d'habitants et l'exode d'autres dizaines de milliers dans la région des marais ou en Iran.

Contre toute attente, le pouvoir personnel de Saddam Hussein, qui aurait échappé à plusieurs tentatives de coup d'État, sort relativement renforcé de toutes ces épreuves. Malgré la pénurie qui résulte de l'embargo, la population, mobilisée pour la reconstruction du pays, n'exprime aucune volonté de soulèvement généralisé. Les oppositions, kurde, shī‘ite et démocratique, après avoir tenté de s'organiser autour d'un projet commun (réunions de Vienne, le 20 juin 1992, puis d'Erbil, les 23-25 sept. 1992), restent trop divisées. Au gouvernement de Saadoun Hammadi, considéré comme modéré et ouvert aux réformes, succède, en septembre 1991, celui de Hamza al-Zubaydi. Le Xe congrès régional du Baas (10-13 sept. 1991) est sans relief mais, à cette occasion, le C.C.R. est renouvelé (sept nouveaux membres sur dix-sept), rassemblant les fidèles de Saddam Hussein.

Au début de 1993, la tension monte de nouveau sur la frontière entre le Koweït et l'Irak. Les commissions des Nations unies, opérant dans le cadre de la résolution 667, y ont décidé un nouveau tracé que Bagdad n'a pas officiellement accepté. Tout en procédant à quelques incursions au Koweït, pour y récupérer des armes en dépôt sous contrôle onusien, l'Irak déploie des missiles sol-air au sud du 32e parallèle, dans la zone d'exclusion aérienne. Ces violations des résolutions des Nations unies, à la veille de la prise de fonctions du président américain Bill Clinton, provoquent une première série de raids aériens alliés dans le Sud, sur ces sites (13 janv. 1993), puis un tir américain de missiles de croisière sur Bagdad (17 janv.). Constatant que la détermination alliée est intacte, Saddam Hussein assure vouloir chercher, désormais, l'apaisement : nouvelle manœuvre ou résignation ? Il sait déjà que l'Iran, plus que l'Irak, est de nouveau perçu comme la menace essentielle pour la région.

—  Philippe RONDOT

L'impasse des sanctions internationales : une décennie perdue ? (1993-2003)

La mise sous tutelle étrangère

Dans les années 1990, l'Irak cesse d'exister en tant qu'État souverain et indépendant. Son assise territoriale est de facto amputée des trois provinces kurdes, au nord du pays, placées sous la protection des Alliés ; une interdiction de survol couvre 60 p. 100 de son espace aérien et enfin, la libre disposition de sa principale ressource nationale, le pétrole, lui est retirée. Agissant dans le cadre discrétionnaire et coercitif du chapitre VII de la Charte relatif au maintien et au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales, le Conseil de sécurité des Nations unies lui impose un régime juridique draconien. Il comprend un embargo commercial et pétrolier, un blocus aérien et maritime, le désarmement forcé doublé d'une surveillance à long terme de son industrie militaire, le paiement de réparations de guerre ; en cas de violation, ces injonctions peuvent être appuyées par des frappes de missiles et des bombardements punitifs.

Ces différentes facettes du régime des sanctions prennent vite une tournure institutionnelle ; elles sont administrées par une multitude de commissions spéciales et d'agences émanant de l'O.N.U., notamment le tout-puissant Comité des sanctions (« Comité 661 ») sans l'autorisation duquel aucune dérogation à l'interdiction d'exporter vers l'Irak ne peut avoir lieu. En outre, elles ne peuvent être révisées ou démantelées qu'à l'unanimité des cinq membres permanents du Conseil. En réalité, jusqu'en 2003, elles seront renouvelées quasi automatiquement tous les soixante jours et resteront tributaires de la libre appréciation d'un seul membre, les États-Unis. Pourtant, au fil des années, leur objectif s'obscurcit pour ne rien dire de leur légitimité qui finit par diviser et embarrasser la communauté internationale. Dans le même temps, leur étau se resserre autour de la population irakienne, victime à la fois de l'intransigeance américaine et de l'insensibilité d'un régime dont la priorité est de se maintenir au pouvoir envers et contre tous, même au prix d'une mise sous tutelle internationale du pays.

Conçues au départ pour dénier à un État agresseur et proliférant les moyens, en particulier militaires, d'une récidive, et le contraindre à réparer les dommages causés par ses agissements illicites, les sanctions glissent sur le terrain du changement politique. Implicitement, les États-Unis et leur allié britannique utilisent la survie de Saddam Hussein à la tête du pouvoir comme une justification de leur maintien indéfini. En revanche, la France, la Russie et la Chine s'en tiennent à une interprétation strictement juridique des résolutions de l'O.N.U. et estiment que des mesures d'encouragement doivent être consenties à Bagdad en cas de progrès et de coopération. Pour eux comme pour la plupart des anciens partenaires commerciaux de Bagdad, sanctions riment avec manque à gagner et perte de contrats lucratifs avec l'Irak.

Le processus de désarmement

L'affrontement se cristallise autour de la question du désarmement. Cette mission est confiée à une commission spéciale de l'O.N.U., l'Unscom, dont les inspecteurs ont toute latitude pour explorer, sans préavis, tout le territoire irakien, détruire les matériels prohibés, interroger les officiels et saisir tous les documents utiles. Suspicieux des intentions des dirigeants irakiens qu'ils accusent d'entretenir un programme de réarmement clandestin, notamment chimique, les États-Unis sont convaincus qu'il est impossible de s'assurer que tout a été fouillé et détruit. Quant au régime irakien, il croit pouvoir monnayer sa survie en refusant d'obtempérer clairement et en entretenant le doute sur ses réelles capacités de nuisance. Aussi, il déploie beaucoup d'ingéniosité pour faire obstruction au travail des inspecteurs de l'Unscom. Lors de chacun des affrontements qui ponctuent la décennie, le scénario se répète à l'identique : l'Irak pratique une politique du bord du gouffre pour arracher d'éventuelles concessions, mais finit par reculer à la dernière minute sous la menace de frappes militaires. L'Unscom parvient néanmoins à détruire plusieurs milliers de tonnes d'agents et de munitions chimiques et estime, en 1994, que le programme nucléaire est totalement démantelé. S'agissant des armes biologiques, les inspecteurs ne trouvent aucune trace de leur existence, l'Irak affirmant s'être lui-même chargé de leur destruction.

Alors qu'il est sur le point d'être déclaré achevé, ce processus de désarmement est relancé par les révélations de Hussein Kamel. Cousin et gendre de Saddam Hussein, ce dernier était, depuis la guerre contre l'Iran, le principal artisan du programme d'industrialisation militaire du pays. En août 1995, voyant son ascension politique bloquée par des rivalités et des dissensions au sein même de la famille présidentielle, il fait défection en Jordanie, emportant avec lui les secrets les mieux gardés du régime. Il croit pouvoir les monnayer contre un soutien américain à son ambition d'être intronisé comme futur homme fort d'un Irak conciliant et en paix avec ses voisins. En vain. En février 1996, amer et désillusionné, il retourne à Bagdad pour y être finalement assassiné sur le champ par le régime. Un an plus tard, c'est au tour de l'Unscom de voir sa bonne foi discréditée : certains de ses inspecteurs espionnaient, en réalité, pour le compte des services de renseignement américains et israéliens. En décembre 1998, les difficultés auxquelles se heurte l'Unscom pour accéder aux palais présidentiels de Saddam Hussein finissent par la faire renoncer à sa mission : ses inspecteurs quittent alors définitivement l'Irak. En représailles, les États-Unis et le Royaume-Uni bombardent plusieurs sites militaires dans le pays (opération Renard du désert du 17-20 décembre). En 1999, une Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations unies (Cocovinu, ou Unmovic) est formée sous la présidence de Hans Blix, un diplomate suédois crédité d'une réputation d'impartialité, pour prendre la relève. En vain : le processus du désarmement reste interrompu jusqu'en 2002, date à laquelle le Conseil de sécurité de l'O.N.U. parvient – après avoir écarté le principe, proposé par Washington et Londres, d'automaticité d'une frappe militaire en cas de nouvelle obstruction irakienne – à s'entendre sur le texte de la résolution 1441 (8 novembre 2002). Les inspections sur le terrain reprennent alors sous la houlette de l'Unmovic et de l'Agence internationale à l'énergie atomique (A.I.E.A.).

Accord entre l’Irak et l’O.N.U., 23 février 1998

Accord entre l’Irak et l’O.N.U., 23 février 1998

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Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan (à gauche), et le vice-Premier ministre irakien, Tarek Aziz, signent un accord mettant un terme à la crise qui opposait l'Irak aux Nations unies depuis plusieurs semaines (23 février 1998). Cette victoire diplomatique écartera, pour cette... 

Crédits : INA/ AFP

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L'opération «Renard du désert», 17-20 décembre 1998

L'opération «Renard du désert», 17-20 décembre 1998

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Tirs de batteries antiaériennes dans le ciel de Bagdad contre des frappes américaines (19 décembre 1998). L'opération «Renard du désert», décidée par les États-Unis en réaction au manque de coopération de Saddam Hussein avec l'Unscom (Commission spéciale de l'O.N.U. chargée du... 

Crédits : PA Photos

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Estimant que cette relance du processus de désarmement est vouée à l'échec en dépit de la coopération réelle de Bagdad, Américains et Britanniques se préparent à la guerre. Une véritable bataille diplomatique s'engage alors, la France, l'Allemagne et la Russie refusant la logique de « guerre préventive » et plaidant pour que plus de temps et de moyens soient accordés aux inspecteurs en désarmement. Nonobstant l'intense mobilisation de l'opinion publique internationale contre la guerre et le refus du Conseil de sécurité de légitimer d'une façon ou d'une autre le recours à la force contre l'Irak, le président Bush adresse, le 17 mars 2003, un ultimatum à Saddam Hussein et à ses deux fils : ou bien ils s'exilent, ou bien ils exposent leur pays à une nouvelle guerre. Après le renversement du régime baasiste (le 9 avril 2003), aucune arme de destruction massive ne sera retrouvée en Irak, pas plus que ne sont vérifiées les allégations américaines sur la collusion de ce dernier avec le terrorisme international d'Al-Qaida. Les deux principales justifications de la guerre américaine s'avèrent ainsi totalement infondées. Quant au régime déchu, il est victime de ses propres mensonges.

Le coût humain de l'embargo

Les effets de l'embargo commercial et pétrolier sont dévastateurs pour l'économie du pays. Dépossédé de sa principale, sinon unique, ressource à l'exportation, le pétrole, et fortement dépendant de l'extérieur pour ses approvisionnements (en particulier, 70 p. 100 de ses besoins alimentaires), l'Irak voit son P.I.B. par habitant passer de 2 000 dollars en 1989 à 609 dollars à la fin de 1992. Au milieu des années 1990, plusieurs organisations de l'O.N.U. (U.N.I.C.E.F., F.A.O.) tirent la sonnette d'alarme : outre la malnutrition qui toucherait quatre millions d'Irakiens, le taux de mortalité infantile aurait plus que doublé entre la fin des années 1980 et 2000. Le régime a pu, dans un premier temps, vivre sur ses propres ressources, notamment en mobilisant ses énormes réserves stratégiques et en faisant marcher la planche à billets. Il met en place un système efficace de rationnement alimentaire qui permet d'éviter une situation de famine. Toutefois, à partir de 1994-1995, le pays approche le point de rupture en raison de la dégradation générale des conditions de vie et du délabrement des infrastructures, en particulier sanitaires. Dans un pays où la pression démographique reste forte (16 millions d'habitants en 1989, 22 en 1997), les sanctions ont un effet mécanique dévastateur qui se traduit par une chute vertigineuse du dinar irakien (en 1990, un dinar équivaut à 3,20 dollars ; en 1996, un dollar s'échange contre 2 600 dinars) et par l'instauration d'un cycle de pénurie généralisée et d'hyperinflation.

L'urgence humanitaire et son corollaire, le malaise croissant au sein d'une partie de la communauté internationale, sont à l'origine du programme « pétrole contre nourriture » (résolution 986 du 14 avril 1995). Unique dans les annales de l'O.N.U. par sa complexité et sa lourdeur bureaucratique, ce programme permet à l'Irak d'exporter une quantité limitée de pétrole afin de se procurer, sous contrôle international, de la nourriture et des médicaments. À condition que les revenus pétroliers ainsi générés soient directement versés sur un compte séquestre de l'O.N.U. et qu'une partie (30 p. 100) soit affectée au paiement des réparations de guerre dues par l'Irak et aux frais de fonctionnement de l'O.N.U. au titre du processus de désarmement (0,8 p. 100) et de la mise en œuvre du programme lui-même (2,2 p. 100). Après l'avoir dénoncée comme attentatoire à sa souveraineté, l'Irak finit par accepter cette bouée de sauvetage humanitaire en mai 1996. Les premières livraisons de nourriture arrivent en Irak en mars 1997.

Cette formule marque un tournant pour la population irakienne : non seulement la détérioration des conditions de vie est enrayée, mais, à la fin des années 1990, l'urgence humanitaire cède la place à un travail de réhabilitation des infrastructures, notamment dans le secteur pétrolier grâce à l'autorisation d'importer des pièces détachées. Initialement fixé à deux milliards de dollars par trimestre, le plafond des exportations de brut est supprimé en décembre 1999. Non seulement le régime opère ainsi son retour sur le marché pétrolier (avec des exportations atteignant deux millions et demi de barils par jour entre 1999 et 2001) et renoue de bonnes relations économiques et commerciales avec un nombre croissant de pays étrangers, dont la France et la Russie, mais se débarrasse du fardeau de l'approvisionnement alimentaire de sa population.

Les ressorts de la survie du régime

Le pari sur le temps et les intérêts réciproques

À l'extérieur, le régime parie sur le relâchement graduel du front anti-irakien et sur l'érosion des sanctions dont les critiques se font plus nombreuses à partir du milieu des années 1990. Leur caractère injuste et meurtrier est, en effet, de plus en plus dénoncé par une coalition d'intérêts très hétéroclites (le Vatican, des O.N.G. humanitaires, les lobbies d'affaires et des politiciens d'extrême droite à l'instar de Jean-Marie Le Pen et de Jörg Haider). Le régime exploite ce registre de la pitié internationale en adoptant une posture victimaire. N'hésitant pas à parler de « génocide », il accrédite l'idée que l'embargo est responsable de l'ensemble des maux dont souffrent les Irakiens. Le vice-Premier ministre, Tarek Aziz, orchestre l'offensive diplomatique, offrant au monde extérieur un visage policé et rassurant du régime. En janvier 1995, il effectue une visite officielle à Paris, la France étant le premier pays occidental à accueillir un haut responsable irakien depuis la guerre du Golfe. Le langage des intérêts n'en est pas pour autant oublié : mettant de côté son nationalisme antérieur en matière de ressources naturelles, le régime procède à un lobbying intensif auprès des grandes compagnies internationales auxquelles il fait notamment miroiter des concessions pétrolières.

Il parvient ainsi à des succès limités. Un modeste désenclavement du pays s'opère avec l'ouverture d'abord d'une liaison maritime entre l'Irak et les Émirats arabes unis en 1997 pour le transport de marchandises et de passagers puis, en 2000, celle de l'aéroport international de Bagdad. La même année, le pipeline pétrolier avec la Syrie est remis en état de marche et exporte 100 000 barils/jour. À partir de 2000, un réchauffement des relations avec le monde arabe aboutit à la signature d'accords de libre-échange avec plusieurs pays (Syrie, Égypte, Jordanie, Tunisie, etc.) ; à l'exception du Koweït et de l'Arabie Saoudite, les monarchies du Golfe rétablissent leurs représentations diplomatiques à Bagdad et multiplient les appels à la normalisation. Bien plus que cette modeste réinsertion dans le jeu régional, la contrebande pétrolière est ce qui permet au régime de desserrer véritablement l'étau des sanctions internationales. Avec la complicité des pays voisins, il parvient ainsi à exporter des quantités substantielles de brut en toute illégalité, une manne prioritairement consacrée à des fins sécuritaires, l'obsession de survie l'emportant sur le souci du bien-être de la population.

Une concentration accrue du pouvoir et des ressources

À l'intérieur, le statu quo politique domine : Saddam Hussein reste à la tête d'un régime assiégé, désargenté et largement délégitimé aux yeux de sa propre population, mais qui a su au fil des années s'accommoder des restrictions et développer des instruments de survie. Le président concentre plus que jamais le pouvoir entre ses mains. Son omniprésence se fait également sentir dans la gestion de l'économie. Toutes les ressources régulières (fiscalité, douanes, production des entreprises d'État) ou occasionnelles (revenus de la contrebande pétrolière, commissions sur contrats) remontent à son cabinet pour être ensuite affectées selon son bon vouloir. À partir de 1994, il cumule le poste de Premier ministre. Son clan, qui regroupe, outre les parents directs, les fidèles issus de la même tribu ou de la même région (Tikrit), phagocyte toutes les institutions et est le principal bénéficiaire des revenus de l'économie informelle et des trafics liés au détournement de l'embargo ; en outre, il a été également le principal bénéficiaire des contrats signés dans le cadre de la résolution « pétrole contre nourriture ».

L'État-providence d'antan est graduellement démantelé et la population, isolée et massivement paupérisée, est livrée à elle-même. Absorbés par leur survie matérielle, la majorité des Irakiens ne font plus de projets à long terme. À l'image du régime, ils se replient sur les réseaux communautaires et les cadres étroits de solidarité. Dans un environnement marqué par les pénuries et l'imprévisibilité totale, la famille, la tribu, et l'appartenance confessionnelle ou ethnique offrent plus de certitudes et de protection. L'émigration, lorsqu'elle est possible, apparaît comme la seule issue. Aussi, un exode d'une ampleur inédite dans l'histoire contemporaine de l'Irak, pays pétrolier et importateur net de main-d'œuvre étrangère, se produit au fur et à mesure de la détérioration des conditions de vie et de l'enlisement dans le provisoire de l'embargo. On estime ainsi qu'un million et demi d'Irakiens quittent durablement leur pays entre 1990 et la fin de l'année 2002, à la recherche d'un travail ou d'un statut de réfugié. Cette émigration emporte aussi bien des familles entières que des femmes seules, des élites urbaines ayant reçu une formation scolaire supérieure comme des travailleurs sans qualification, traduisant ainsi le processus de délabrement de la société irakienne.

La fonction publique dépérit et se corrompt : la majorité des fonctionnaires sont payés en monnaie de singe et les échelons supérieurs sont maintenus sous la menace constante d'un limogeage ou d'un emprisonnement. Le parti Baas ressemble à une coquille vide dont la seule fonction se réduit à mobiliser la population derrière le culte de la personnalité qui entoure le président : en octobre 1995, puis de nouveau en 2002, la population est soumise à la mascarade de la réélection référendaire de Saddam Hussein avec des taux de participation et d'approbation approchant les 100 p. 100. De la vieille garde historique du parti, il ne subsiste que quelques figures (Tarek Aziz, Taha Yassine Ramadan, Izzat Ibrahim, ...) connues pour leur loyauté indéfectible au président dont les deux fils assument de plus en plus un rôle public, accentuant le caractère dynastique du système. Brutal et violent, l'aîné, Oudaï, s'impose au cœur de tous les trafics liés à l'économie d'embargo et dirige une nouvelle formation paramilitaire, les « Fedayins (les combattants) de Saddam », qui supplante le parti dans le quadrillage policier de la société. À la tête du syndicat des journalistes irakiens, il a également la haute main sur les médias : pendant que le quotidien Babel, dont il est le directeur, se fait le champion de la lutte contre la corruption pour mieux surveiller et terroriser les administrations publiques, sa chaîne de télévision, Al-Shabab, encadre la jeunesse par le sport et la chanson. En décembre 1996, son ascension est brisée par une tentative d'assassinat qui le paralyse grièvement.

Personnage plus discret, Qoussaï, le cadet, se voit progressivement confier les rênes de l'appareil de sécurité du régime, notamment la Garde républicaine, une force d'élite qui opère à la fois comme une garde prétorienne en charge de la sécurité physique du groupe dirigeant et comme force mobile, massée autour de la capitale et n'intervenant qu'en cas d'agitation de quelque ampleur. Marginalisée et démotivée, l'armée régulière souffre d'un phénomène de désertion massive. Un vif ressentiment s'exprime dans les rangs de ses officiers supérieurs et alimente défections à l'étranger et tentatives de coups d'État. À chaque incartade, le régime procède à des purges massives. En novembre 1994, la sédition d'un groupe d'officiers issus de la tribu des Dulaim de la province sunnite d'Al-Anbar est réprimée dans le sang. La même année, le directeur des services de renseignements militaires, Wafiq Al-Samarra'i, regagne le Kurdistan et met son expertise au service de l'opposition en exil. Il n'empêche. Le régime reste inexpugnable. Il réussit à neutraliser toute opposition interne. Les structures tribales, restées très fortes dans les zones rurales, lui apparaissent comme un précieux appui au maintien de l'ordre alors qu'il les avait combattues précédemment. Soigneusement cooptés et réarmés, les chefs tribaux deviennent d'excellents auxiliaires de police. La vague de contestation chiite survenue après l'annonce de l'assassinat de l'ayatollah Mohamad Sadeq Al-Sadr et de ses deux fils, en février 1999, est rapidement étouffée. Alors qu'il avait été propulsé à la tête du clergé chiite par le pouvoir, il était parvenu rapidement à s'ériger en principal porte-parole de la dissidence intérieure et de la mobilisation communautaire chiite. Il avait notamment su mettre à profit la réislamisation de la société irakienne décrétée par le haut dans le cadre de la « campagne nationale pour la foi » censée draper le régime d'une légitimité religieuse.

L'enclave kurde

Les assassinats de religieux chiites se poursuivent et les villes saintes de Nadjaf et Karbala sont définitivement mises au pas. La guérilla de faible intensité que mènent des groupuscules chiites dans le Sud est également maîtrisée, notamment grâce à la politique d'assèchement de la zone des marais, refuge traditionnel de toutes les dissidences par rapport à l'autorité centrale. Si le régime se montre intraitable avec les symboles de l'identité chiite, il sait en revanche s'accommoder de l'autonomie de facto du Kurdistan pourvu que sa capitale, Bagdad, soit sanctuarisée et que son contrôle exclusif continue à s'exercer sur les champs de pétrole de Kirkouk. Car, à la différence de la composante chiite de la population, sûre de son poids démographique et refusant d'être confinée à une marginalité politique, les Kurdes ne sont pas perçus comme une menace « existentielle » par le pouvoir. Leur priorité n'est pas de changer le centre politique, mais de s'autonomiser par rapport à lui. Pour la première fois de leur histoire, ils parviennent à soustraire au contrôle de Bagdad l'essentiel du territoire auquel ils aspirent à l'exception notable de Kirkouk. Saddam Hussein l'a très bien compris qui a rompu les liens économiques et financiers avec les Kurdes tout en gardant le contact avec leurs dirigeants politiques.

En mai 1994, le conflit fratricide qui éclate entre les deux grands partis kurdes, le Parti démocratique du Kurdistan (P.D.K.) de Massoud Barzani et l'Union patriotique du Kurdistan (U.P.K.) de Jalal Talabani lui fournit l'occasion de revenir sur la scène kurde. Jaloux de leurs pouvoirs et de leurs privilèges, ces deux partis n'étaient pas parvenus, au lendemain des élections de 1992, à fusionner leurs structures. Ils campent sur leurs territoires respectifs, divisant le Kurdistan en deux entités administratives et géographiques : le Nord agricole et tribal et qui s'étend le long de la frontière turque pour le premier, le Sud avec ses centres urbains, son animation culturelle, et ses meurtrissures héritées de la politique de la terre brûlée pratiquée par Bagdad dans les années 1980, pour le second. Le problème du partage des taxes prélevées sur les marchandises au point de passage de Khabour à la frontière irako-turque contrôlée par le P.D.K., ainsi que les interférences des États voisins (Turquie, Iran et Syrie) finissent par plonger le Kurdistan irakien dans la guerre civile. Lorsque l'avantage tourne clairement en faveur de Jalal Talabani, soutenu par l'Iran et la Syrie, son adversaire, Massoud Barzani, s'empresse de solliciter l'aide de Saddam Hussein. À la fin d'août 1996, des unités de la Garde républicaine réoccupent Erbil, la « capitale » du Kurdistan « libre », tandis que les peshmergas du P.D.K. délogent leurs homologues de l'U.P.K. de leur fief de Souleimaniya et les forcent à fuir en Iran. L'opération se solde par un désastre pour les États-Unis, obligés d'évacuer précipitamment leurs agents et leurs alliés, notamment plusieurs centaines d'opposants arabes à Saddam Hussein qui avaient fait du Kurdistan leur quartier général. Le 3 septembre 1996, ils ripostent, seuls, par des frappes de missiles dans le sud de l'Irak et se contentent d'agrandir la zone d'exclusion aérienne du Nord.

Entre le P.D.K. et l'U.P.K., la hache de guerre n'est définitivement enterrée qu'en 1998, après des combats ayant entraîné plusieurs milliers de morts et de personnes déplacées ; un accord négocié sous médiation américaine aboutit à deux administrations parallèles dans la zone autonome kurde et à un partage plus équitable de la manne financière liée au trafic de marchandises et de pétrole irakien vers la Turquie et l'Iran. Ajoutée aux 13 p. 100 des revenus générés par le programme « pétrole contre nourriture » et alloués aux Kurdes, cette manne autorise une relative prospérité économique qui tranche avec le marasme que connaissent le centre et le sud de l'Irak. Le contexte est propice à l'affirmation d'une identité kurde distincte : tandis que l'enseignement de l'arabe tend à disparaître des programmes scolaires, une nouvelle génération de Kurdes s'ouvre à l'Occident et grandit dans l'idée d'un impossible retour en arrière. La parenthèse d'autonomie qu'ils doivent paradoxalement au maintien au pouvoir de Saddam Hussein constitue, à leurs yeux, un acquis dont le prolongement naturel serait le fédéralisme au sein de la future entité irakienne.

Un renversement de l'extérieur

Bien qu'elle ne soit pas formellement inscrite dans les résolutions de l'O.N.U., la question du régime irakien et de son éventuel renversement de l'extérieur devient récurrente dans les années 1990. Aux États-Unis, la tentation d'« achever le travail » commencé lors de l'opération Tempête du désert hante les successeurs de George Bush à la Maison-Blanche et s'invite dans la politique intérieure. Tour à tour, les administrations américaines préconisent la déstabilisation clandestine (covert operations) pour renverser Saddam, l'endiguement (containment) pour l'enfermer « dans une boîte » ou encore les « sanctions intelligentes » (smart sanctions) pour l'asphyxier économiquement et le priver de contrebande pétrolière. La terminologie appliquée à la « menace » irakienne passe d'« État-voyou » (rogue state) sous le président Clinton à celle d'« Axe du mal » (Axis of evil) sous son successeur, George W. Bush. De son côté, le régime irakien n'a de cesse de vouloir normaliser ses relations avec les États-Unis devenus maîtres du jeu régional. En octobre-novembre 1994, après avoir massé 80 000 hommes à la frontière avec le Koweït, il finit par reconnaître officiellement son voisin ainsi que le nouveau tracé de la frontière qui pourtant le désavantage. Face au processus de paix israélo-arabe, lancé à Oslo, Tarek Aziz répète que son pays n'est pas en état de guerre avec l'État hébreu. Enfin, le régime baasiste agite le spectre de la désintégration de l'Irak et de la constitution d'une forteresse chiite que son élimination des équilibres régionaux ne manquerait pas de susciter. Washington reste insensible à ses efforts. Les accrochages sont constants entre l'aviation américaine et la D.C.A. irakienne, équivalant à une guerre larvée. Le soutien à l'opposition irakienne se renforce. Le 31 octobre 1998, le président Clinton signe le Iraq Liberation Act voté par le Congrès et allouant 97 millions de dollars à plusieurs organisations et partis politiques d'exilés afin de hâter la « transition démocratique ». Outre les deux grandes formations kurdes (P.D.K. et U.P.K.), l'opposition irakienne couvre un éventail politique très large, allant des communistes aux monarchistes, en passant par les libéraux, les anciens baasistes, et les islamistes chiites. Elle n'en reste pas moins coupée des réalités intérieures du pays, et minée par d'intenses rivalités personnelles et communautaires. Elle alimente, au cours des années 1990, toutes sortes de rumeurs et d'allégations souvent mensongères sur d'éventuelles infiltrations du cercle dirigeant à Bagdad ou sur les prétendues armes de destruction massive, afin de convaincre les États-Unis de sa capacité à prendre la relève. En décembre 2002, elle tient un congrès à Londres en vue de préparer l'« après-Saddam » ; si elle n'a eu aucune peine à se rallier derrière les impératifs de démocratie et de fédéralisme, elle entérine toutefois une vision de l'Irak où les appartenances ethniques et religieuses sont érigées en principales lignes de structuration politique.

Irak : groupes ethniques et religieux

Irak : groupes ethniques et religieux

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Irak. Groupes ethniques et religieux. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La guerre et l'occupation américaine

L'opération « Liberté pour l'Irak » (20 mars-14 avril 2003)

Les attentats du 11 septembre 2001 précipitent le changement de régime en Irak. Forts de leur succès en Afghanistan contre le régime des talibans et du soutien à leur guerre contre le terrorisme, les États-Unis décident d'abattre le régime de Saddam Hussein sans l'aval des Nations unies. Un objectif qui se nourrit, chez les idéologues néo-conservateurs de l'administration Bush, d'une forte vision utopique : le changement de régime à Bagdad y est conçu comme le prélude à la démocratisation, par simple effet de contagion, de l'ensemble du Moyen-Orient, et comme une opportunité historique de paix entre Israël et ses voisins arabes.

Le 20 mars 2003, dans le cadre d'une guerre éclair baptisée « Liberté pour l'Irak », plus de 150 000 soldats américains et britanniques prennent d'assaut le territoire irakien avec une puissance de feu sans égale (bombardements aériens et avancée terrestre depuis la frontière irako-koweïtienne). Sur fond d'apathie et d'attentisme de la population, ils maîtrisent la résistance de la garde prétorienne du régime et des miliciens du parti, et progressent rapidement vers Bagdad ; la capitale tombe le 9 avril entre les mains des Marines qui mettent à bas la statue du dictateur. Les villes du Nord (Mossoul, Kirkouk) et le fief présidentiel de Tikrit capitulent, respectivement, les 10, 11 et 14 avril. Le pays plonge néanmoins dans le chaos : Saddam Hussein et ses plus proches affidés prennent la fuite ; l'armée irakienne se volatilise, abandonnant ses armes et ses positions ; les administrations publiques cessent de fonctionner et l'Irak tout entier est livré aux pillards.

L'Autorité provisoire de la coalition

C'est après force hésitations et maladresses que cette vacance du pouvoir est comblée avec la mise en place d'une administration civile dirigée par un diplomate de carrière, l'Américain L. Paul Bremer et comprenant plusieurs milliers de fonctionnaires, essentiellement américains et britanniques. Le 22 mai, la résolution 1483 des Nations unies met fin aux sanctions internationales et donne aux États-Unis et au Royaume-Uni, désormais « puissances occupantes », le contrôle de l'avenir de l'Irak. Avec des accents de proconsul, Paul Bremer gouverne par décrets depuis l'ancien palais de Saddam Hussein au cœur de Bagdad (« zone verte ») et exporte le pétrole irakien dont il alloue les revenus à sa guise. Il ordonne une « dé-baasification » qui, très vite, se transforme en une purge aveugle des administrations publiques et dissout l'ensemble des forces armées irakiennes ainsi que la police. Il peine à restaurer les services de base (eau, électricité) et à enrayer l'insécurité généralisée. Dès l'été de 2003, la coalition fait face à une forte résistance armée qui trouve dans le « triangle sunnite », à l'ouest de la capitale, ses hommes et ses soutiens les plus déterminés : aux anciens baasistes et officiers sunnites exclus de la vie publique et dépossédés de leurs privilèges passés s'ajoutent plusieurs centaines d'islamistes étrangers venus transformer l'ancienne Mésopotamie en nouvelle terre de jihad contre l'Amérique. Aussi, l'occupation se durcit : représailles et raids contre la guérilla se multiplient aliénant davantage la population arabo-sunnite. Le 22 juillet, les deux fils de Saddam Hussein sont pourchassés et éliminés par les soldats américains. Le mois d'août inaugure en revanche le cycle des attentats spectaculaires, visant l'ambassade de Jordanie, le quartier général des Nations unies (dont le représentant spécial, Sergio Vieira de Mello, est tué dans l'explosion) et l'ayatollah Mohammed Baqer Al-Hakim, une grande figure de l'opposition islamiste chiite rentré à Nadjaf après plus de deux décennies d'exil en Iran. Face aux pressions internationales (notamment l'O.N.U. et la France) et irakiennes, la coalition finit par consentir à la formation d'un Conseil intérimaire de gouvernement : dotés de pouvoirs uniquement consultatifs, ses vingt-cinq membres sont désignés par Paul Bremer qui fait la part belle aux anciens exilés et consacre le principe des quotas ethniques et confessionnels. Ce conseil a pour tâche de passer le relais à un gouvernement irakien de transition jouissant des attributs de la souveraineté et de lancer le processus d'adoption d'une Constitution définitive.

Le transfert de souveraineté

L'approche de l'élection présidentielle américaine ainsi que le coût financier grandissant de l'occupation poussent vers une accélération et une « irakisation » de la transition. Or la nouvelle classe politique irakienne se distingue par un foisonnement d'acteurs incapables de s'entendre sur une ligne commune et qui, rapidement, succombent à la corruption, le népotisme et le clientélisme. Une étape est franchie le 28 juin 2004 avec la remise du pouvoir à un gouvernement intérimaire dirigé par Iyad Allaoui, un ex-exilé proche de la C.I.A. et crédité d'un leadership fort en raison de ses affinités avec l'ancien appareil baasiste. Paul Bremer quitte alors l'Irak ; baptisées « multinationales », les forces d'occupation n'en conservent pas moins toute leur liberté d'action sur le sol irakien. L'arrestation de Saddam Hussein (13 décembre 2003) puis sa mise en accusation, avec plusieurs de ses acolytes, devant un tribunal spécial irakien n'affectent en rien l'intensité de la guérilla sunnite. La coalition supervise la refondation des forces de sécurité irakiennes pour consolider le gouvernement et procède à plusieurs offensives militaires pour reconquérir les sanctuaires concédés à la guérilla (bataille de Fallouja, en octobre- novembre 2004). Son action est ternie par le scandale de la torture pratiquée sur les détenus de la prison d'Abou Ghraib (avril). En janvier 2005, une Assemblée constituante est élue dans un climat de violence, notamment dans les régions sunnites qui boycottent le scrutin ; elle est dominée par les partis islamistes chiites qui portent à la présidence de l'Irak, le 6 avril, le Kurde Jalal Talabani. Le chef du parti chiite Al-Da'wa (Parti de l'appel islamique), Ibrahim Al-Jaafari, devient Premier ministre. Après avoir approuvé par référendum (15 octobre 2005) une Constitution consacrant le principe du fédéralisme, les Irakiens retournent pour la troisième fois aux urnes pour élire une Assemblée législative (15 décembre 2005). Un gouvernement dirigé par le numéro deux du parti Al-Da'wa, Nouri Al-Maliki, voit le jour après plusieurs mois de crise, en mai 2006 ; il assiste impuissant à la montée du pouvoir milicien et aux affrontements interconfessionnels.

Massoud Barzani et Jalal Talabani, 2007

Massoud Barzani et Jalal Talabani, 2007

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Conférence de presse conjointe du président de la région kurde autonome Massoud Barzani (à gauche) et du président irakien, le Kurde Jalal Talabani, en octobre 2007, alors que la situation est très tendue à la frontière turco-irakienne. 

Crédits : S. Hamed/ AFP/ Getty

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L'épuration confessionnelle

L'occupation et le processus politique revêtent des significations irréconciliables pour les différentes composantes de l'entité irakienne et font basculer la société tout entière dans la haine intercommunautaire. Le chiisme irakien longtemps étouffé et persécuté recouvre, en 2003, des accents triomphalistes. L'ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité religieuse basée à Nadjaf, lui sert dans un premier temps de figure de ralliement en exprimant la volonté de la majorité démographique de se transformer en prépondérance politique. L'autorité morale de ce dernier est, cependant, vite affaiblie par les rivalités qui se font jour au sein du bloc chiite. Les anciens exilés du parti Al-Da'wa et de l'Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (A.S.R.I.I.) sont aux prises avec les partisans du jeune clerc Moqtada Al-Sadr, fort de la légitimité du combat mené par son père sous la dictature et de sa popularité dans les milieux défavorisés. Ces dissensions, qui ressortissent aux clivages de classes sociales, de générations et de régions, permettent à l'Iran d'accroître son influence en Irak, notamment dans les gouvernorats du sud, mais s'effacent lorsqu'il s'agit d'affronter l'Autre, réduit à sa seule catégorie d'appartenance religieuse. Du côté des Arabes sunnites, la crispation et le repli communautaires semblent irréversibles : ils ont le sentiment d'être collectivement punis pour les crimes de l'ancien régime. Leur représentation politique s'organise difficilement entre les partisans d'une participation au processus politique et les tenants d'une confrontation armée avec l'occupant et ses « collaborateurs ». Enfin, un séparatisme qui ne dit pas son nom se consolide dans les régions kurdes, désormais administrativement unifiées et préservées de la violence qui embrase le reste du pays. Bagdad en est le théâtre le plus sanglant : chiites et sunnites s'entre-déchirent surtout après l'attentat qui détruit, le 22 février 2006, le sanctuaire de la mosquée dorée de Samarra, l'un des principaux lieux de pèlerinage chiite en Irak. Une épuration confessionnelle à grande échelle s'étend alors à toutes les zones de peuplement mixte, faisant des dizaines de milliers de morts et provoquant d'importants déplacements de population à l'intérieur du pays alors que près de deux millions d'Irakiens se réfugient à l'étranger, principalement en Syrie et en Jordanie. Côté sunnite, cette épuration est le fait de combattants d'inspiration djihadiste proches d'Al-Qaida (notamment ceux qui sont regroupés autour d'Abou Moussab Al-Zarqaoui, tué par les forces américaines en juin 2006) ou liés à l'insurrection armée contre l'occupation. Côté chiite, les milices de Moqtada Al-Sadr (l'Armée du Mahdi) ainsi que celles, plus disciplinées et mieux entraînées, de l'A.S.R.I.I. (les brigades Badr) forment, avec la bienveillance voire le soutien actif de la police et de l'armée irakiennes qu'elles ont soigneusement infiltrées, de redoutables escadrons de la mort. De février 2006 à la mi-2007, le nombre de victimes civiles explose : entre 2 500 et 3 000 tués sont ainsi recensés chaque mois au cours de cette période.

Le « sursaut » américain, prélude au désengagement militaire et politique

Sanctionnée par les électeurs américains lors du scrutin de mi-mandat en novembre 2006, la politique de l'administration Bush en Irak aboutit à une impasse. Pour enrayer la spirale de la violence qui détruit les fondations même de l'État que Washington entend asseoir en Mésopotamie, une nouvelle stratégie est mise en place. Elle revêt la forme d'un « sursaut », amorcé en 2007 par le général David Petraeus, commandant des forces alliées en Irak ; cette inflexion s'inscrit dans la nouvelle doctrine de contre-insurrection adoptée à la fin de 2006 par le Pentagone et cherche, à travers un renforcement du nombre de troupes au sol, à éviter un emploi disproportionné de la puissance de feu. L'objectif consiste ainsi à sécuriser la population par une présence durable et à permettre une amorce de reconstruction économique. Autrement dit, il s'agit de gagner « les cœurs et les esprits » afin d'isoler la guérilla sunnite. Dans la province d'al-Anbar, à l'ouest de Bagdad, cette stratégie culmine dans le ralliement de la plupart des combattants issus des tribus sunnites : dûment stipendiés et regroupés par les Américains en « conseils du réveil tribal » (majalis al-sahwa), ils retournent leurs armes contre Al-Qaida, contribuant ainsi à la marginalisation d'une organisation restée, au demeurant, sans réelle base sociale en Irak. À Bagdad, le « sursaut » se traduit notamment par l'érection de murs en béton pour isoler les quartiers sensibles, contribuant davantage à la ghettoïsation confessionnelle de la capitale. La formation et l'appui logistique aux forces de sécurité irakiennes dont les effectifs triplent en 2005-2006, pour atteindre 650 000 hommes, achèvent cette stabilisation. Purgées des éléments corrompus ou compromis dans les massacres confessionnels et désormais plus professionnelles et plus réactives, ces forces se déploient sur tout le territoire où il n'existe plus pour elles d'enclaves interdites ; en 2007-2008, elles procèdent à des offensives militaires de grande envergure (à Mossoul, Bagdad et Bassora) pour venir à bout des derniers insurgés et de l'ordre milicien, y compris dans sa composante chiite. Délaissant le volet politique, notamment le processus de réconciliation nationale et la consolidation des institutions étatiques, qui devait pourtant accompagner le « sursaut » militaire, les États-Unis estiment alors que les progrès tangibles en matière sécuritaire justifient leur désengagement du théâtre irakien. Ce retrait est formalisé, en novembre 2008, par la signature avec Bagdad d'un Accord sur le statut des forces (Status of Forces Agreement) qui prévoit le départ de tous les soldats américains au 31 décembre 2011. Il octroie néanmoins aux États-Unis des bases militaires permanentes en Irak ainsi que l'immunité juridique de leur personnel militaire et civil. Le Premier ministre Nouri al-Maliki met, quant à lui, l'accent sur l'obtention d'une date butoir de retrait des troupes américaines pour se présenter en ardent défenseur de la souveraineté irakienne sans pour autant prendre le risque de soumettre cet accord à référendum national, comme prévu. Barack Obama, qui avait fait du retrait d'Irak un des principaux chevaux de bataille de sa campagne présidentielle, tourne la page sur l'ère de l'occupation militaire : le 31 août 2010, sans fanfare ni gloire, il déclare l'opération « Liberté pour l'Irak » terminée. Les deux tiers des troupes américaines présentes en Irak quittent alors le pays, ne laissant derrière elles qu'une force résiduelle de cinquante mille hommes aux seules fins de « conseiller et d'assister » les forces irakiennes. Le 18 décembre 2011, après neuf ans d’occupation et avec quelques jours d’avance sur le calendrier prévu, les cinq cents derniers soldats américains présents sur le sol irakien quittent le pays. Sans vision claire pour l'avenir de l'entité qu'ils ont façonnée, les États-Unis montrent un empressement à partir qui engendre un vide politique et sécuritaire ; celui-ci, à son tour, produit des ajustements de la part des acteurs irakiens et régionaux, l'interne et l'externe étant intimement liés.

Début du retrait des troupes américaines d'Irak, 2009

Début du retrait des troupes américaines d'Irak, 2009

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Passation symbolique de pouvoir entre le général américain Daniel Bolger et son homologue irakien Abboud Qambar, le 29 juin 2009 à Bagdad, à la veille du retrait des troupes américaines des villes irakiennes. 

Crédits : AFP/ Getty

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Une entité politique et institutionnelle fragile

S'attribuant naturellement la paternité de la diminution de la violence et capitalisant sur une réelle aspiration populaire à l'unité nationale et à la reconstruction des institutions centrales, le Premier ministre Nouri al-Maliki cultive sa stature d'homme d'État capable de mener à bien une transition démocratique désormais érigée en modèle pour l'ensemble de la région. Progressivement, la participation politique s'élargit aux exclus d'hier, les Arabes sunnites mais aussi les islamistes chiites les plus radicaux qui renoncent également à la lutte armée. Par ailleurs, la signature des premiers contrats entre le gouvernement irakien et plusieurs consortiums pétroliers internationaux redonne confiance dans les perspectives de reconstruction d'une économie adossée à d'immenses réserves de brut encore largement sous-exploitées. En réalité, Nouri Al-Maliki utilise les ressources étatiques à sa disposition pour consolider son assise personnelle, reproduisant en cela bon nombre des ressorts de survie et de légitimité de Saddam Hussein (cooptation du monde tribal, distribution de prébendes, confiscation des pouvoirs des structures ministérielles au profit de son propre cabinet, etc.). Les Kurdes voient d'un mauvais œil ces velléités de renforcement du pouvoir central qu'ils perçoivent toujours comme un danger pour la pérennité et la prospérité de leur région fédérée. D'autant plus que le sort de Kirkouk, ville pétrolière, massivement arabisée sous Saddam Hussein et dont ils réclament le rattachement à leur entité, demeure en suspens. Le Parlement s'avère incapable d'arbitrer les conflits structurels concernant le partage du pouvoir, du territoire et des ressources tant les dissensions en son sein sont fortes. Les partis politiques les plus influents s'arrogent des fiefs dans les administrations publiques en plaçant leurs fidèles aux postes clés. Cette logique de dépeçage de l'État se double d'une corruption généralisée et sûre de son impunité. Celle-ci est en réalité consubstantielle au système politique mis en place depuis 2003 : lorsque toutes les forces politiques représentées au Parlement contrôlent, au nom de l'unité nationale et du consensus, une portion du gouvernement, des administrations étatiques aussi bien centrales que provinciales et de l'appareil de sécurité, alors tous ferment les yeux sur les abus et la prédation des ressources publiques à grande échelle. Aussi, les services publics, en particulier les secteurs de la santé, de l'éducation et de l'électricité demeurent sinistrés. Les élections législatives du 7 mars 2010 ne modifient guère les règles du jeu si ce n'est qu'elles consacrent un interventionnisme accru des pays voisins (Turquie, Iran, Arabie Saoudite, Syrie) qui exercent désormais un droit de regard sur la dévolution du pouvoir en Irak en soutenant, notamment financièrement, la coalition jugée la plus favorable à leurs intérêts et à leur vision de l'avenir du pays. Aucun vainqueur véritable ne sort des urnes, qui confirment la fragmentation de la représentation politique. Tandis que les sunnites se regroupent formellement au sein d'une coalition menée par un chiite pro-occidental et laïc, l'ancien Premier ministre de transition Iyad Allaoui, les partis religieux chiites affichent ouvertement leurs dissensions. Après dix mois d'âpres négociations et de pressions extérieures, Nouri Al-Maliki parvient à se faire reconduire à son poste dans un climat de méfiance extrême, ses adversaires redoutant qu'il ne se transforme en nouvel homme fort.

La dégénérescence du communautarisme

Le paradoxe de l’homme fort

Au cours de son second mandat (décembre 2010-août 2014), Nouri Al-Maliki dirige un cabinet qui se veut d’union nationale, mais dont aucune composante n’est solidaire de son action. Cette formule d’inclusion des Kurdes et des Arabes sunnites dans un gouvernement dominé par les partis religieux chiites a été encouragée par les États-Unis de peur de voir le pays majoritairement chiite basculer sous l’emprise de l’Iran. Or elle ne fonctionne pas et finit par produire graduellement une paralysie politique et administrative générale quand elle n’engendre pas des crises à répétition. En effet, il apparaît clairement que le système politique érigé depuis 2003 assigne à chaque Irakien une identité ethnique et/ou confessionnelle impossible à transcender en s’adressant aux électeurs sur une base citoyenne. La majorité démocratique se confond avec la majorité démographique : chaque composante exige une portion politique et économique équivalente à son supposé poids démographique et vote pour des candidats exclusivement issus de ses rangs et sans autre programme que de vouloir la défendre contre les autres. Pourtant, hormis la reconnaissance explicite de l’identité kurde et du principe fédéral, aucune disposition de la Constitution de 2005 ne consacre cette implacable logique des quotas communautaires à la libanaise. Il est désormais impossible de changer le principe ouvertement assumé d’un président de la République kurde et de deux vice-présidents sunnite et chiite ; d’un chef de gouvernement chiite et de deux vice-chefs de gouvernement sunnite et kurde ; d’un président du Parlement sunnite et de deux vice-présidents chiite et kurde, et de même pour toutes les administrations centrales. Par conséquent, l’avantage obtenu par l’une de ces trois composantes de la société irakienne, en termes de financement ou de réalisation d’infrastructures par exemple, équivaut automatiquement à une discrimination inacceptable aux yeux des deux autres. La classe politique prospère de la faiblesse même des institutions étatiques qui en résulte, se forge des appuis extérieurs lorsque le rapport de forces intérieur lui est défavorable et déploie un art consommé de la guerre de tous contre tous.

Nouri Al-Maliki avait promis à ses électeurs de mettre un terme à cette situation au moyen d’un « État de droit » capable de restaurer l’autorité du pouvoir central et de commander la loyauté et le respect de tous. Enhardi par les six cent mille voix qu’il a personnellement remportées aux élections législatives, il clame haut et fort que la logique paralysante des quotas mène le pays au bord du précipice : elle aggrave, selon lui, les divisions et entraîne inéluctablement une partition du territoire, empêche de lutter efficacement contre le terrorisme d’Al-Qaida et le chaos provoqué par les milices armées chiites et, enfin, freine la relance d’une économie fortement gangrénée par la corruption. Pour redresser la situation, Al-Maliki estime qu’il n’a d’autre choix que de concentrer davantage tous les pouvoirs entre ses mains. Outre le poste de Premier ministre, commandant en chef des forces armées, il cumule les portefeuilles de ministre de l’Intérieur et de la Défense, marginalise le Parlement, met au pas l’institution judiciaire et s’assure un contrôle total et opaque sur les finances du pays. Lorsque, à la faveur du « printemps arabe » qui voit le jour en Tunisie en décembre 2010, des manifestations éclatent dans plusieurs grandes villes, dont Bagdad, Mossoul et Bassorah, il réprime brutalement ces timides « journées de la colère » contre le chômage, la pauvreté et l’état lamentable des services publics. Dans le même temps, il joue habilement sur le registre du sauveur dans une société profondément meurtrie par les guerres et l’instabilité et balaie les accusations de vouloir se transformer en « dictateur pire que Saddam Hussein » (Massoud Barzani). Ses relations ne tardent pas à s’envenimer avec les dirigeants kurdes et ses propres alliés du bloc chiite qui redoutent son emprise croissante. Divisant pour mieux régner, et n’hésitant pas à recourir à l’intimidation, Nouri Al-Maliki parvient néanmoins à mettre en échec toutes les grandes manœuvres pour censurer son gouvernement au Parlement. Paradoxalement, l’amorce d’une normalisation, d’une relative sécurité et d’une reconstruction économique fragilise les perspectives démocratiques en poussant les adversaires-partenaires du Premier ministre à une logique d’obstruction, de sabotage et de recours à la violence. En effet, les modestes progrès accomplis de 2010 à 2012 se retournent contre lui et finissent par être perçus par les autres acteurs politiques comme autant de menaces pour leurs assises communautaires et clientélistes.

Le traumatisme des Arabes sunnites

Sur le plan extérieur, Nouri Al-Maliki réussit un tour de force : il apparaît, aux yeux des États-Unis et de l’Iran, les deux puissances rivales qui se disputent l’hégémonie sur l’Irak postbaasiste, comme le seul rempart contre le chaos et la guerre civile. Il n’en demeure pas moins que l’Iran profite considérablement du désengagement militaire, mais aussi politique de l’administration Obama pour étendre son influence multiforme en Irak. En effet, la République islamique resserre ses liens avec les partis religieux et le clergé chiites ; elle augmente ses échanges économiques et commerciaux avec son voisin et y supervise la réémergence d’un ordre milicien chiite qu’elle endoctrine, arme et entraîne directement. Dans le même temps, l’Irak de Nouri Al-Maliki amorce un processus de normalisation diplomatique avec les voisins arabes qui aboutit à la tenue d’un sommet de la Ligue arabe, à Bagdad, en mars 2012, le premier en Irak depuis vingt ans. Mais les relations demeurent tendues avec l’Arabie Saoudite et l’axe d’affrontement entre sunnites et chiites ne tarde pas à être fortement ressenti à Bagdad à la faveur de la crise syrienne. Al-Maliki se jette alors de tout son poids derrière le régime de Bachar al-Assad, allié de Téhéran. Il ouvre l’espace aérien irakien à l’Iran pour acheminer de l’aide à Damas. Les pressions américaines sur Bagdad pour que ce flux cesse s’avèrent inopérantes : Al-Maliki fait semblant d’obtempérer et ferme les yeux sur l’envoi, par les milices chiites, de plusieurs milliers de combattants irakiens pour défendre le régime alaouite de Damas contre son opposition sunnite.

Cette guerre des axes géopolitiques ravive la polarisation confessionnelle en Irak et provoque une recrudescence de la violence. Un tiers de la population irakienne est sunnite et, en dehors de Bagdad, elle est concentrée dans les régions frontalières avec la Syrie. Saddam Hussein était le garant d’un ordre politique et géopolitique assurant la suprématie des Arabes sunnites et leur défense face à l’Iran chiite et ses alliés régionaux. Depuis la chute de ce dernier, ils peinent à trouver leur place et à formuler un projet politique. Paradoxalement, le désengagement des États-Unis les prive d’un arbitre dans leur confrontation avec le nouveau pouvoir central à Bagdad. Bien qu’il cultive son aura d’homme d’État détaché de tout esprit sectaire, Nouri Al-Maliki reste marqué par un sens aigu de la persécution : il est convaincu d’œuvrer pour la défense des chiites contre les anciennes élites politiques, militaires et religieuses sunnites. Toujours prompt à parler d’un complot des puissances sunnites pour déstabiliser l’Irak, il use et abuse de la rhétorique de lutte contre Al-Qaida et les baasistes indistinctement accusés d’être derrière chaque attentat. En décembre 2011, il limoge le vice-président sunnite Tarek Al-Hachemi contre lequel il délivre un mandat d’arrêt pour « terrorisme », puis s’attelle à éliminer de la scène les autres politiciens sunnites de premier plan. Puis, en dépit de la promesse faite à Washington, il se montre peu disposé à intégrer dans les forces armées régulières les milices tribales sunnites (les Sahwas) qui avaient été cooptées pour combattre Al-Qaida de 2007 à 2009. Il finit par s’aliéner délibérément et systématiquement la population sunnite à force d’arrestations et de détentions arbitraires aggravées par des cas de torture. Aussi, à la fin de 2012, la mobilisation s’organise contre lui dans le « triangle sunnite » : elle se mue en une campagne de désobéissance civile et en sit-in permanents sur les grandes places des villes sunnites. De nouveau, il réprime brutalement les manifestants à Fallouja, Mossoul et Houweijah, où les forces de l’ordre provoquent un bain de sang en dispersant la foule (avril 2013). Les élections provinciales d’avril-juin 2013 que le parti Al-Da’wa peut se targuer d’avoir remporté dans les régions chiites expriment clairement, côté sunnite, la gronde et le désir de se séparer du centre, à l’instar de la région autonome kurde.

La percée de l’État islamique

L’intransigeance de Nouri Al-Maliki, d’un côté, et le glissement du soulèvement syrien vers une guerre civile, de l’autre, mettent le feu aux régions sunnites d’Irak et créent un contexte favorable à la résurgence des groupes armés qui avaient auparavant combattu l’occupation américaine. La province d’Al-Anbar, à l’ouest de la capitale, devient le premier théâtre d’affrontements avec l’armée irakienne. Solidaire des frères sunnites, de l’autre côté de la frontière, soulevés contre Bachar al-Assad, cette province accueille les réfugiés et facilite le passage des armes aux rebelles provoquant l’ire de Nouri Al-Maliki fidèle, quant à lui, à l’axe Téhéran-Damas.

Ce contexte est éminemment favorable à la montée en puissance de l’État islamique en Irak (E.I.I.), né du regroupement de vétérans d’Al-Qaida et de l’ancienne armée de Saddam Hussein. En 2013, l’E.I.I. fusionne avec un groupe d’insurgés syriens et devient l’État islamique en Irak et au Levant (E.I.I.L. ou « Daech », son acronyme arabe) ; il multiplie, sur le territoire irakien, les attentats et mène des opérations spectaculaires contre le pouvoir central, ses représentants et ses institutions. Al-Maliki surenchérit et riposte par des bombardements à l’artillerie lourde qui rappellent les pires jours de l’invasion américaine. En janvier 2014, la ville de Fallouja tombe entre les mains des combattants de l’E.I.I.L. ; Ramadi connaît le même sort. Les élections législatives d’avril-juin 2014, de nouveau remportées par Al-Maliki et l’obstination de ce dernier à briguer un troisième mandat en dépit de l’hostilité de tous les acteurs politiques, signent la descente aux abîmes.

Le 10 juin 2014, Mossoul, la deuxième ville (sunnite) d’Irak est conquise avec une facilité déconcertante par des djihadistes de l’E.I.I.L. venus de Syrie et secondés par les groupes armés restés actifs dans la province de Ninive. Les peshmergas kurdes profitent du choc et de la déroute de l’armée irakienne dans le nord pour faire main basse sur Kirkouk. Devant la terreur que font régner les djihadistes, notamment la persécution des minorités (chrétiens, Yézidi) et les décapitations de journalistes occidentaux, les États-Unis lancent une campagne de bombardements aériens des positions djihadistes avec la participation de plusieurs pays de l’O.T.A.N., dont la France et la Turquie. Puis, tenant Al-Maliki pour personnellement responsable de la percée de l’E.I.I.L., ils s’accordent avec les Iraniens pour lui retirer tout soutien politique. En juillet, un Kurde, Fouad Massoum, est élu président de la République par le Parlement et confie à Haïdar Al-Abadi le soin de former le gouvernement. Également issu du parti Al-Da’wa, le nouveau Premier ministre est considéré comme une figure plus consensuelle que Nouri Al-Maliki qui quitte alors la scène.

Avancée des djihadistes en Irak, juin 2014

Avancée des djihadistes en Irak, juin 2014

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Ces habitants de Tal Afar, une ville proche de Mossoul, fuient vers Erbil, au Kurdistan irakien, devant l'avancée des djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant, le 16 juin 2014. 

Crédits : STR/ EPA/ Corbis

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De leur côté, les djihadistes entendent réussir le test de l’enracinement local ou de la territorialisation de leur « État » dans une vaste zone à cheval sur le nord de la Syrie et de l’Irak. Ils rétablissent, le 29 juin 2014, le « califat islamique » au profit de leur chef, Abou Bakr Al-Baghdadi, mais délèguent l’administration directe des territoires conquis aux notables locaux pour gagner les cœurs et les esprits. C’est la nouvelle logique de l’État islamique (E.I.), appellation dont ils s’autoréclament désormais pour mieux signifier leur ambition panislamique. La haine des chiites et de l’influence iranienne leur fournit un ressort puissant de sympathie et de mobilisation. Dans le contexte de l’effondrement de l’État irakien, mais aussi syrien, il y a fort à craindre que l’E.I. ne soit le seul à offrir aux sunnites du Levant un modèle d’intégration politique et économique qui n’est pas sans cohérence historique dans une région où l’État-nation reste une création artificielle. En s’imposant aux yeux de la communauté internationale comme un partenaire indispensable dans la lutte contre l’État islamique, les Kurdes, quant à eux, tirent, une fois de plus, leur épingle du jeu et progressent sur la voie d’un État séparé de Bagdad.

(Voir également IRAK, chronologie contemporaine)

—  Loulouwa AL RACHID

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Écrit par :

  • : professeur de lettres
  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de géographie, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : docteur en sociologie politique des relations internationales
  • : docteur en science politique, chercheur à la chaire Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, consultante Irak

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Autres références

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IRAK, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

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IRAK, DE L'INDÉPENDANCE À NOS JOURS - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Olivier COMPAGNON
  •  • 582 mots

30 juin 1930 Le Royaume-Uni, qui avait reçu de la Société des Nations un mandat sur l'Irak en avril 1920, lui accorde l'indépendance mais conserve ses prérogatives sur l'exploitation des richesses pétrolières. 3 octobre 1932 L'Irak est admis à la Société des Nations. 24 février […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/irak-de-l-independance-a-nos-jours-reperes-chronologiques/#i_5093

‘ABBĀSIDES

  • Écrit par 
  • Maxime RODINSON
  •  • 2 080 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « L'empire ‘abbāside »  : […] Le pouvoir central ‘abbāside se déplaça de Syrie en Irak et y prit pour capitale Bagdad, ville neuve, fondée en 762 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abbasides-abbassides/#i_5093

ABBASSIDES - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Pascal BURESI
  •  • 429 mots

762 Création d'une nouvelle capitale, la ville Ronde de Madīnat al-Salām (« ville du salut »), aussi appelée Bagdad […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abbasides-abbassides-reperes-chronologiques/#i_5093

ARABIE SAOUDITE

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Ghassan SALAMÉ
  •  • 18 453 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « La recherche de compromis régionaux »  : […] régional redevient menaçant pour les dirigeants de Riyad à la fin de la décennie de 1990 : l'Irak est moins isolé, parce qu'un nombre croissant d'États arabes a renoué des relations avec Bagdad et que les sociétés se mobilisent contre les souffrances du peuple irakien sous embargo (appels au boycott des produits américains et antiaméricanisme se […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/arabie-saoudite/#i_5093

AREF ABDEL RAHMAN (1916-2007)

  • Écrit par 
  • Martine MEUSY
  •  • 405 mots

Sorti de l'école militaire de Bagdad en 1937, Abdel Rahman Aref suit une carrière militaire normale, sans ambition politique. S'il se rallie au complot de 1958, qui instaure la république, c'est que son frère cadet, le colonel Abdel Salam Aref en est une des têtes. Il reste ensuite sous les ordres du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abdel-rahman-aref/#i_5093

AREF ABDEL SALAM (1921-1966)

  • Écrit par 
  • Martine MEUSY
  •  • 508 mots
  •  • 1 média

Né d'une famille musulmane (son père, marchand de drap, était imam), Abdel Salam sera toute sa vie un fervent adepte de l'islam. Ce fait sous-tendra son action politique et guidera sa recherche de l'unité arabe et son socialisme modéré […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abdel-salam-aref/#i_5093

ASIE (Géographie humaine et régionale) - Espaces et sociétés

  • Écrit par 
  • Philippe PELLETIER
  •  • 23 139 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Les poudrières de l'Asie »  : […] guérilla anticommuniste menée au nom de l'islam, qui triomphera en 1992, et, d'autre part, le régime dictatorial irakien contre le voisin iranien, au cours d'une guerre longue et meurtrière (1980-1988). Pensant récolter les fruits de son soutien à l'Occident, l'Irak s'attaque, en août 1990, au Koweït qu'il considère comme sa « treizième province […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/asie-geographie-humaine-et-regionale-espaces-et-societes/#i_5093

AZIZ TAREK (1936-2015)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 653 mots

Homme d’État irakien, Tarek Aziz fut vice-Premier ministre (1979-2003) et ministre des Affaires étrangères (1983-1991) dans le gouvernement baasiste de Saddam Hussein […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tarek-aziz/#i_5093

BAATH, BA'TH ou BAAS

  • Écrit par 
  • Françoise MEUSY
  •  • 1 040 mots
  •  • 1 média

Parti socialiste de la renaissance arabe, le Baath est un parti politique fortement structuré qui, dépassant les frontières des États, se veut un mouvement unitaire arabe et socialiste. Fondé en 1943 à Damas par un chrétien orthodoxe, Michel Aflak, le philosophe du parti, et Ṣālah al-Biṭar, qui en sera le tacticien et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/baath-ba-th-baas/#i_5093

BAGDAD

  • Écrit par 
  • Brigitte DUMORTIER, 
  • Gaston WIET
  •  • 2 617 mots
  •  • 2 médias

de Damas, les Abbassides transfèrent la capitale du califat en Irak et fondent une ville qui deviendra Bagdad. Métropole d'un vaste empire, Bagdad fut pendant plusieurs siècles un foyer de rayonnement intellectuel et artistique majeur. À partir du xiiie siècle, envahie par les Mongols, un temps […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bagdad/#i_5093

BAKR AHMED HASSAN AL- (1912-1982)

  • Écrit par 
  • Philippe RONDOT
  •  • 1 164 mots

Aux discrètes obsèques d'Ahmed Hassan al- Bakr, le 5 octobre 1982 à Bagdad, trois personnalités mènent le deuil : Michel Aflak, un des fondateurs historiques du parti Baas auquel adhéra très tôt le jeune officier Bakr ; le roi Hussein de Jordanie, dont le cousin, Fayçal II d' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmed-hassan-al-bakr/#i_5093

BARZANI MOUSTAFA (1904-1979)

  • Écrit par 
  • Christian BROMBERGER
  •  • 1 307 mots
  •  • 1 média

Né en 1904 à Barzan, dans le nord de l'actuel Irak, Moustafa Barzani est issu d'une famille patricienne de chefs religieux (sheikh) sunnites qui participa dès le début du xxe siècle aux principales révoltes kurdes ; ses frères aînés, sheikh Abdou Salam II et sheikh Ahmed, s' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/moustafa-barzani/#i_5093

BASSORA

  • Écrit par 
  • Georges BOHAS
  •  • 536 mots
  •  • 1 média

Ville du sud de l'Irak (837 000 hab. selon l'estimation de 2005). Bassora (ou Bassorah ou Basra) ne fut d'abord qu'un camp militaire, créé en 638 sur le site actuellement appelé al-Zubayr par ‘Utba ben Gazwān, pour contrôler les routes du golfe Persique et servir de point de départ à de nouvelles […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bassora/#i_5093

BLAIR TONY (1953-    )

  • Écrit par 
  • Jacques LERUEZ
  •  • 2 363 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'exercice du pouvoir »  : […] cache pas son soutien à Ben Laden et au terrorisme international, ses réactions sont très différentes quand se profile une invasion de l'Irak à laquelle le Premier ministre consent à s'associer, sans autre condition que l'accord formel du Conseil de sécurité de l'O.N.U., accord dont Washington, et par conséquent Londres, se passeront en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tony-blair/#i_5093

BLOCUS

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre COT
  •  • 3 424 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « L'interdiction de vol »  : […] Afin de contrecarrer les répressions contre la population chiite du sud de l'Irak, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont imposé, à partir du 14 septembre 1992, un nouveau contrôle : la « zone d'exclusion aérienne », qui interdit les vols militaires en Irak, au sud du 32e parallèle […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/blocus/#i_5093

BOUYIDES ou BUYIDES LES (935-1055)

  • Écrit par 
  • Jean CALMARD
  •  • 654 mots

La plus puissante des dynasties qui aient gouverné l'Irān islamisé avant la conquête des Turcs saldjūqides au xie siècle. Elle tient son nom de Buwayh (ou Būyeh), le père des trois frères fondateurs, ‘Alī, al-Ḥasan et Aḥmad. Ces chefs de guerre, d'origine modeste, sont des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bouyides-buyides/#i_5093

BOYCOTTAGE

  • Écrit par 
  • Berthold GOLDMAN
  • , Universalis
  •  • 4 918 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une sanction internationale »  : […] d'une longue liste, le 6 août 1990, après l'invasion du Koweït par l'Irak, une résolution du Conseil de sécurité impose un embargo total (financier, commercial et militaire) à l'encontre de ce dernier pays. Cette sanction est maintenue après la fin de la guerre par une nouvelle résolution prise le 3 avril 1991. Exceptant […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/boycottage/#i_5093

CALIFAT ABBASSIDE DE BAGDAD

  • Écrit par 
  • Pascal BURESI
  •  • 218 mots
  •  • 1 média

Damas, au profit d'un descendant d'al-‘Abbās, oncle du prophète Mahomet. Deuxième souverain de la nouvelle dynastie « abbasside », Al-Mansūr (754-775) choisit de fonder une nouvelle capitale, plus proche des terres persanes : Bagdad. Jusqu'au sac de 1258 par les Mongols et la disparition du califat […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/califat-abbasside-de-bagdad/#i_5093

CHAMIYÉ

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 402 mots

Venant de l'expression arabe « Badiya al-Ch'am », le désert de Syrie, la Chamiyé recouvre une entité géographique assez imprécise du Moyen-Orient. Domaine des populations nomades, elle s'oppose au Croissant Fertile, domaine de l'occupation agricole sédentaire. Aussi ses limites ont-elles beaucoup […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/chamiye/#i_5093

CHAṬṬ AL-‘ARAB ou SHAṬṬ AL-‘ARAB

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 347 mots

Exutoire commun du Tigre et de l'Euphrate, le Chaṭṭ al-‘Arab, long de 200 kilomètres entre al-Qurnah et le golfe Persique, reçoit sur sa rive gauche le Kārūn qui descend des montagnes d'Iran. Bordé d'un liseré de palmeraies, il constitue sur une partie de sa rive orientale la frontière entre l'Iran et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/chatt-al-arab-shatt-al-arab/#i_5093

DJEBĀL

  • Écrit par 
  • Jean CALMARD
  •  • 252 mots

Le terme de Djebāl (ou Djibāl, pluriel de l'arabe djabal, montagne ou colline) est employé par les Arabes pour désigner deux régions différentes […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/djebal/#i_5093

DJÉZIREH

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 328 mots

Plateau du Proche-Orient, à cheval sur la Syrie et l'Irak, la Djézireh doit son nom à sa situation entre le Tigre et l'Euphrate moyens : en arabe, al-Djazīra signifie l'île. Elle s'étend entre le rebord du Taurus, en Turquie, au nord, et la basse plaine […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/djezireh/#i_5093

ÉCONOMIE MONDIALE - 1991 : une économie convalescente

  • Écrit par 
  • Tristan DOELNITZ
  •  • 8 560 mots

Ce redressement s'explique par un ensemble de circonstances. L'Irak n'avait pas accepté les conditions imposées par les Nations unies à sa mise sur le marché de 460 000 barils par jour, et le Koweït venait juste de faire sa rentrée pour de petits tonnages. L'Arabie Saoudite, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-1991-une-economie-convalescente/#i_5093

ÉGYPTE - L'Égypte républicaine

  • Écrit par 
  • Sandrine GAMBLIN, 
  • Robert SANTUCCI
  •  • 36 092 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « En quête de reconnaissance internationale »  : […] intérêts des hommes d'affaires égyptiens, lesquels remportent des contrats importants en Irak (construction et télécommunications, notamment). L'Égypte paie en revanche le prix de ses choix, lorsqu'en juillet 2005 son émissaire en Irak, un diplomate qui fut auparavant en poste en Israël et aurait dû être le premier représentant d'un pays arabe […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-l-egypte-republicaine/#i_5093

EL BARADEI MOHAMED (1942-    )

  • Écrit par 
  • Vincent CHETAIL
  •  • 1 183 mots
  •  • 1 média

dotées de l'arme nucléaire à « ceux qui fument une cigarette aux lèvres et demandent aux autres de ne pas fumer ». La découverte en 1991 du programme nucléaire clandestin irakien montre les limites de la philosophie de la « paix par l'atome » et justifie un renforcement des moyens d'action de l'A.I.E.A. dans le contrôle de l'armement nucléaire […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mohamed-el-baradei/#i_5093

ÉTAT ISLAMIQUE (E.I.) ou DAECH ou DAESH

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 2 381 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L’implantation en Irak »  : […] la guerre d’Irak de 2003-2011. Son précurseur direct, Al-Qaida en Irak (AQI), fut l’un des acteurs centraux d’une vaste insurrection sunnite contre le gouvernement irakien (contrôlé par des chiites) et les forces d’occupation étrangères. Sous la direction d’Abou Moussab al-Zarkaoui, AQI a mené certaines des attaques les plus brutales et les plus […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/etat-islamique-daech-daesh/#i_5093

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Histoire

  • Écrit par 
  • Claude FOHLEN, 
  • Annick FOUCRIER, 
  • Marie-France TOINET
  •  • 33 193 mots
  •  • 55 médias

Dans le chapitre « La guerre préventive contre l'Irak »  : […] Après la victoire sur l'Afghanistan, les dirigeants américains se tournent vers l'Irak. Certains jugeaient que la guerre du Golfe, en 1991, n'était pas allée assez loin. Paul Wolfowitz, adjoint au secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, affirme l'existence de liens entre Saddam Hussein et Al-Qaida. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/etats-unis-d-amerique-le-territoire-et-les-hommes-histoire/#i_5093

EUPHRATE

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 478 mots
  •  • 2 médias

Fleuve de la Mésopotamie où il développe la majeure partie d'un cours long de 2 780 kilomètres, l'Euphrate tient son nom arabe al-Furāt (ou turc Firat) d'une déformation du sumérien Bu-Ra-Nu-Nu devenu en assyrien Purati. Le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/euphrate/#i_5093

FAYṢĀL Ier (1885-1933) roi d'Irak (1921-1933)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 602 mots

Entre-temps, les Britanniques établissent un pôle d'influence en Irak. Pour apaiser la résistance à leur domination, ils décident, en mars 1921, de soutenir Faysal comme roi d'un gouvernement irakien avec lequel ils concluraient un traité prévoyant l'indépendance à long terme. Faysal accepte le plan et est accueilli en Irak avec enthousiasme. Il […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/faysal-ier/#i_5093

FAYṢĀL II (1935-1958) roi d'Irak (1939-1958)

  • Écrit par 
  • Martine MEUSY
  •  • 341 mots
  •  • 2 médias

Roi d'Irak à l'âge de quatre ans, après la mort accidentelle de son père, le roi Ghazī (Rhāzī), alors que le pays était encore sous mandat britannique, Faysal II (Fayṣāl II) fait partie de la célèbre dynastie des Hachémites, fortement soutenue dans plusieurs pays du Moyen-Orient par la Grande-Bretagne. La régence est exercée […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/faysal-ii/#i_5093

FRANCE - L'année politique 2014

  • Écrit par 
  • Nicolas TENZER
  •  • 4 694 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « La France à l’épreuve du monde »  : […] se déploient sur trois fronts : le Mali, la République centrafricaine et, désormais, l’Irak également. La France est en effet membre de la coalition engagée contre Daesh (« État islamique ») dans la région. Elle intervient par des frappes aériennes, sans déployer de troupes au sol. Ces trois interventions suscitent peu d’opposition en France, mais […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2014/#i_5093

GHASSEMLOU ABDUL RAHMAN (1930-1989)

  • Écrit par 
  • Christiane MORE
  •  • 764 mots

Après le renversement de la monarchie irakienne en 1958, Ghassemlou est invité en Irak par Mustafa Barzani, chef historique des Kurdes irakiens, rentré triomphalement d'U.R.S.S. Il attendra un an à Bagdad l'autorisation de se rendre au Kurdistan, pour être finalement expulsé en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abdul-rahman-ghassemlou/#i_5093

GUERRE DU GOLFE, en bref

  • Écrit par 
  • Olivier COMPAGNON
  •  • 239 mots
  •  • 2 médias

Dans la nuit du 1er au 2 août 1990, deux ans après la fin d'une guerre très coûteuse contre l'Iran, le dirigeant irakien Saddam Hussein donne l'ordre à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-du-golfe-en-bref/#i_5093

GUERRE DU GOLFE

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 293 mots
  •  • 4 médias

Opération militaire menée en janvier et février 1991 par les États-Unis et leurs alliés, agissant sous l'égide de l'O.N.U. contre l'Irak, pour mettre fin à l'occupation du Koweït envahi par les troupes de Saddam Hussein le 2 août 1990 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-du-golfe/#i_5093

GUERRE IRAK-IRAN

  • Écrit par 
  • Pascal BURESI
  •  • 235 mots
  •  • 1 média

La révolution islamique qui a porté l'ayatollah Khomeyni au pouvoir en Iran en 1979 est la raison directe de la guerre déclenchée par l'Irak, le 22 septembre 1980. Même si celle-ci s'inscrit dans une longue série de contentieux frontaliers, sa longue durée (huit […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-irak-iran/#i_5093

HAMDANIDES

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 974 mots

Famille arabe, les Hamdanides ont donné naissance au xe siècle à deux petites dynasties, l'une à Mossoul, l'autre à Alep où a vécu le personnage le plus illustre de cette famille, l'émir Sayf al-Dawla […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hamdanides/#i_5093

HATRA SITE ARCHÉOLOGIQUE DE

  • Écrit par 
  • Michel GAWLIKOWSKI
  •  • 2 068 mots
  •  • 3 médias

Inscrite en 1985 au Patrimoine mondial de l’U.N.E.S.C.O., Hatra (en arabe al-Hadr) est un site de la steppe aride en Irak du Nord, à 100 kilomètres au sud-ouest de la ville moderne de Mossoul et 50 kilomètres à l’ouest d’Assur, l’ancienne capitale assyrienne. Le lieu, favorisé par la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/site-archeologique-d-hatra/#i_5093

HUSSEIN (1935-1999) roi de Jordanie (1953-1999)

  • Écrit par 
  • Nadine PICAUDOU
  •  • 864 mots
  •  • 3 médias

arabes. Hussein tente de jouer les arbitres afin de favoriser une solution régionale. Il est proche de l'Irak, dont les largesses sont indispensables au royaume touché par la récession économique et déstabilisé par les émeutes sociales d'avril 1989 qui ont affecté le Sud rural et bédouin, base politique traditionnelle de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hussein/#i_5093

HUSSEIN SADDAM (1937-2006)

  • Écrit par 
  • Françoise SELLIER
  •  • 1 056 mots
  •  • 1 média

Douze ans après la fin de la guerre du Golfe (cessez-le-feu du 3 mars 1991) et l'instauration d'un régime international de sanctions sans précédent (résolution 687 du Conseil de sécurité des Nations unies, 3 avril 1991), le régime de Saddam Hussein est tombé par la force le 9 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/saddam-hussein/#i_5093

IRAK GUERRE D' (2003-2011)

  • Écrit par 
  • Christophe PÉRY
  •  • 424 mots

L'intervention armée américano-britannique « Liberté pour l'Irak » lancée le 20 mars 2003 contre l'Irak a provoqué la chute du régime de Saddam Hussein après une vingtaine de jours de combats […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-d-irak/#i_5093

IRAK EL-ARABI

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 497 mots

Expression arabe médiévale, l'Irak el-Arabi désigne la basse Mésopotamie et s'oppose à l'Irak el-Adjami (l'Irak persan), qui correspond à l'Iran occidental (l'ancienne Médie). La basse Mésopotamie constitue la partie méridionale de l'Irak actuel. Elle est entièrement dominée par la dynamique du Tigre et de l'Euphrate : à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/irak-el-arabi/#i_5093

IRAK-IRAN (GUERRE)

  • Écrit par 
  • Philippe RONDOT
  •  • 3 779 mots
  •  • 5 médias

Officiellement, la guerre entre l'Irak et l'Iran commence le 22 septembre 1980, lorsque le Conseil de commandement de la révolution (C.C.R.) irakien donne l'ordre à l'armée de « porter des coups décisifs aux objectifs militaires iraniens ». En fait, l'initiative prise […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/irak-iran-guerre/#i_5093

IRAN - Histoire et politique

  • Écrit par 
  • Christian BROMBERGER, 
  • Robert MANTRAN
  • , Universalis
  •  • 22 384 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Durcissement du régime et problèmes extérieurs »  : […] Estimant la situation favorable, le président irakien, Saddam Hussein, rompt le 17 septembre 1980 l'accord de 1975 et lance ses troupes à l'attaque de l'Iran (le 17 septembre) en vue de reconquérir les territoires cédés en 1975 et surtout de provoquer la chute du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/iran-histoire-et-politique/#i_5093

ISLAM (Histoire) - De Mahomet à la fin de l'Empire ottoman

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 10 447 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « La nouvelle expansion musulmane, œuvre des non-Arabes »  : […] : l'Iran tombe entre leurs mains en 1231 ; en 1258, Hulégu détruit Bagdad, ravage l'Iraq, détruit le califat ; deux ans plus tard, c'est le tour de Damas, mais les Mamelouks d'Égypte interviennent et rejettent hors de Syrie les Mongols qui continuent cependant à camper en Anatolie orientale, en Iraq et en Iran. Après quelques décennies de répit, l […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-histoire-de-mahomet-a-la-fin-de-l-empire-ottoman/#i_5093

ISLAM (Histoire) - Le monde musulman contemporain

  • Écrit par 
  • Françoise AUBIN, 
  • Olivier CARRÉ, 
  • Nathalie CLAYER, 
  • Andrée FEILLARD, 
  • Marc GABORIEAU, 
  • Altan GOKALP, 
  • Denys LOMBARD, 
  • Robert MANTRAN, 
  • Alexandre POPOVIC, 
  • Catherine POUJOL, 
  • Jean-Louis TRIAUD
  • , Universalis
  •  • 31 433 mots
  •  • 14 médias

Dans le chapitre « Nation(s) et nationalisme(s) »  : […] La guerre du Golfe de 1991 renforce l'ancrage sunnite du pouvoir baasiste irakien, en une sorte d'union sacrée contre le « grand Satan américain ». En même temps, ce conflit d'ampleur internationale divise le monde musulman en opposant, d'une part, le gouvernement de Bagdad aux chiites et aux […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/islam-histoire-le-monde-musulman-contemporain/#i_5093

JORDANIE

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Philippe RONDOT
  •  • 19 645 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « La crise du Golfe »  : […] faveur de son pays « avant qu'il ne soit trop tard ». C'est lors de cette même réunion que le président irakien, Saddam Hussein, menace sans détour de s'en prendre militairement à Israël et fustige la mollesse des monarchies du Golfe. Quelques jours plus tard, la tension monte entre l'Irak et le Koweït. Pressentant l'imminence de la guerre, le roi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jordanie/#i_5093

KERBELA ou KARBALĀ

  • Écrit par 
  • Philippe OUANNÈS
  •  • 776 mots
  •  • 1 média

Également appelée Mashhad (Mechhed) Ḥusayn, ou Mausolée de Ḥusayn. Ville oasis de l'Irak à quelque 100 kilomètres au sud-ouest de Bagdad, sur les bords du désert, Kerbela (Karbalā […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kerbela-karbala/#i_5093

KHOMEYNI ROUHOLLĀH MOUSSAVI (1900-1989)

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN
  •  • 1 612 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Le chef religieux »  : […] turcs n'appréciant pas spécialement sa présence, il est accueilli en Irak dont le gouvernement est alors en froid avec celui d'Iran, et s'installe à Nadjaf, une des villes saintes des musulmans sh‘īites. C'est à partir de là qu'il intensifie son action politique ; en 1969 il publie son manifeste « Pour un […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rouhollah-moussavi-khomeyni/#i_5093

KHORSABAD

  • Écrit par 
  • Jean-Daniel FOREST
  •  • 615 mots
  •  • 2 médias

La ville est située à peu de distance du Tigre, à une vingtaine de kilomètres de Ninive, dans le nord de l'Irak. Khorsabad est le nom moderne de Dur Sharrukin, une capitale du Nouvel Empire assyrien construite de toutes pièces par Sargon II à la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/khorsabad/#i_5093

KIRKOUK

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 216 mots
  •  • 1 média

Ville du nord de l'Irak, Kirkouk, ou Kirkūk (1 200 000 hab. selon les estimations de 2008), capitale de la province du même nom, est située près du Zagros entre Bagdad et Mossoul. Ce centre commercial et industriel doit sa prospérité à l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kirkouk/#i_5093

KOWEÏT

  • Écrit par 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Ghassan SALAMÉ
  •  • 7 172 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Relations extérieures »  : […] l'autonomie de l'émirat sur la rivalité permanente des trois grands acteurs régionaux (Irak, Iran et Arabie Saoudite). Avec l'arrivée de Khomeyni à Téhéran et ses tentatives pour « exporter la révolution », le Koweït s'est pratiquement aligné sur la position de l'Irak, lui offrant un soutien multiforme (fonds, transit de marchandises par les ports […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/koweit/#i_5093

KURDES

  • Écrit par 
  • Thomas BOIS, 
  • Hamit BOZARSLAN, 
  • Christiane MORE, 
  • Éric ROULEAU
  •  • 16 403 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « L'évolution de la question kurde en Irak »  : […] Les Kurdes irakiens virent dans la guerre du Golfe de 1991 l'occasion d'en finir avec le pouvoir ba'athiste qui avait eu massivement recours aux armes chimiques contre eux. Encouragés par les appels américains à renverser Saddam Hussein, ils se révoltèrent en mars-avril 1991 comme les shi'ites au sud et certaines banlieues de Bagdad. Ces révoltes […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/kurdes/#i_5093

MALĀ'IKA NĀZIK AL- (1923-2007)

  • Écrit par 
  • Gilles LADKANY
  •  • 747 mots

Issue d'une famille de lettrés, Nāzik al-Malā'ika — née à Bagdad — baigne dans un milieu littéraire dès son plus jeune âge. Elle revient en 1951 des États-Unis, où elle a poursuivi ses études supérieures, et enseigne la littérature arabe à l'université de Bagdad. De son œuvre, deux figures émergent : poète du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nazik-al-mala-ika/#i_5093

MERCENAIRES

  • Écrit par 
  • Pascal LE PAUTREMAT
  •  • 5 166 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Entre interdiction et développement »  : […] Nouveaux outils géostratégiques, les sociétés militaires privées s'immiscent dans les crises et conflits armés. Plus de quinze mille de leurs employés opèrent ainsi en Irak en 2005. Les États membres se montrant de plus en plus réticents à fournir des unités pour ces opérations, les Nations unies étudient sérieusement l'opportunité […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mercenaires/#i_5093

MÉSOPOTAMIE - L'archéologie

  • Écrit par 
  • Jean-Louis HUOT
  •  • 5 134 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « La Mésopotamie antique »  : […] importance de l'irrigation. Sur les 32 500 km2 cultivés en 1955 en Iraq, 84 p. 100 étaient susceptibles d'être inondés à un moment ou à un autre, et le contrôle des crues commande tout le système d'irrigation, c'est-à-dire de la production agricole. Ces crues peuvent être irrégulières, car elles dépendent de l'abondance de l'eau issue de la fonte […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mesopotamie-l-archeologie/#i_5093

MINORITÉS DROIT DES

  • Écrit par 
  • Yves PLASSERAUD
  •  • 11 211 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Minorités et ordre politique international »  : […] devoirs et de ses responsabilités en vertu de la Charte des Nations unies en ce qui concerne le maintien de la paix et de la sécurité internationales », le Conseil est intervenu en Irak en faveur des Kurdes malmenés par le régime de Saddam Hussein. Exigeant l'ouverture d'un dialogue entre les Kurdes et Bagdad, le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/droit-des-minorites/#i_5093

MOSQUÉE

  • Écrit par 
  • Marianne BARRUCAND
  •  • 3 683 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « La mosquée basilicale »  : […] La prise du pouvoir par les Abbassides (750) et le transfert de la capitale en Iraq n'entraînent pas une modification en profondeur du schéma architectural de la grande mosquée. Certes, en Iraq on construit surtout en briques et non plus en pierre de taille, et les dimensions augmentent, mais le mihrab reste toujours le point de convergence, et la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mosquee/#i_5093

NATIONS UNIES (O.N.U.)

  • Écrit par 
  • Jacques FOMERAND, 
  • Cecelia M. LYNCH, 
  • Karen MINGST
  •  • 16 655 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Sanctions et opérations militaires »  : […] Irak en août 1990. Après avoir condamné l'agression et imposé des sanctions économiques à l'Irak, le Conseil autorisa les États membres à utiliser tous les moyens nécessaires au rétablissement de la « paix et la sécurité » au Koweït. La guerre du Golfe qui s'ensuivit dura six semaines, jusqu'à ce que l'Irak se conforme aux […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nations-unies/#i_5093

NŪRĪ ‘ABD AL-MALIK (1921-    )

  • Écrit par 
  • Sayed Attia ABUL NAGA
  •  • 642 mots

Essayiste et nouvelliste irakien, ‘Abd al-Malik Nūrī, fervent admirateur de Joyce, de Tchekhov et de Dostoïevski, publie plusieurs recueils de nouvelles durant les années 1950 : La Dernière Lanterne, Omar Beg, La Serveuse, la Souris et le Printemps, Le Mur muet (1953 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abd-al-malik-nuri/#i_5093

PALESTINIENNE AUTORITÉ

  • Écrit par 
  • Olivier CARRÉ, 
  • Aude SIGNOLES
  • , Universalis
  •  • 28 722 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Les Palestiniens dans la crise du Golfe et dans les négociations israélo-arabes de paix (1990-1994) »  : […] vie le 15 janvier 1991 à Tunis son point de vue, l'implication de l'O.L.P. aux côtés de l'Irak dans la crise du Golfe d'août 1990 à février 1991 représente l'un des plus cuisants revers palestiniens. Mais il en résulte aussi le vaste réseau de la négociation israélo-arabe (et même israélo-palestinienne directe) à plusieurs niveaux et en plusieurs […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/autorite-palestinienne/#i_5093

PÉTROLE - Géographie du pétrole

  • Écrit par 
  • Christophe BÉLORGEOT
  •  • 5 063 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le Moyen-Orient »  : […] arabes unis (138 Mt), Oman (37 Mt), le Qatar (50 Mt), la Syrie (21 Mt) et le Yémen (18 Mt). L'Irak regagne petit à petit son niveau de production d'avant la guerre de 2003 (120 Mt) mais reste loin de celui qu'il avait enregistré à la fin des années 1970 avec plus de 170 Mt/an […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/petrole-geographie-du-petrole/#i_5093

PÉTROLE - Économie pétrolière

  • Écrit par 
  • Jean-Marie BOURDAIRE
  •  • 7 218 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « L'avenir de l'offre de pétrole »  : […] de 2010 mais, en attendant, cette capacité bute sur un plafond de 9 millions de barils. L’Irak a de son côté un potentiel d’augmentation significatif mais sans aucune certitude de parvenir un jour à le mettre en œuvre en raison des tensions politico-religieuses dans le pays, même si les estimations les plus récentes des productions sont […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/petrole-economie-petroliere/#i_5093

PROCHE ET MOYEN-ORIENT CONTEMPORAIN

  • Écrit par 
  • Nadine PICAUDOU, 
  • Aude SIGNOLES
  •  • 21 333 mots
  •  • 25 médias

Dans le chapitre « Le tournant des « révolutions arabes » »  : […] que l'interventionnisme guerrier de son prédécesseur a engendrés dans la région. En Irak, malgré le retrait annoncé des troupes américaines et l'organisation d'élections législatives en mars 2010, la situation sécuritaire et politique du pays est loin d'être stable. Huit mois sont ainsi nécessaires à la formation d'un nouveau gouvernement, qui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/proche-et-moyen-orient-contemporain/#i_5093

ROUGE MER

  • Écrit par 
  • Colette DUBOIS, 
  • Jean-Pierre PINOT
  • , Universalis
  •  • 9 698 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Un double enjeu, économique et stratégique »  : […] un essor considérable, rivalisant avec Djeddah. La capacité de la Petroline a été portée en 1987 à 150 millions de tonnes par an. Reliée à l'Irak, elle écoule 0,5 million de barils par jour pour le compte de Bagdad. Par ailleurs, l'Irak s'est entendu avec Riyad pour poser une ligne parallèle à la Petroline, ce qui lui offrirait un débouché […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mer-rouge/#i_5093

ROYAUME-UNI - L'empire britannique

  • Écrit par 
  • Roland MARX
  •  • 21 748 mots
  •  • 46 médias

Dans le chapitre « Les « exclus » »  : […] arbitrairement détachée, constituent des mandats, c'est-à-dire des colonies de fait, mais sous réserve d'un contrôle par la S.D.N. L'Irak, détaché de l'Empire ottoman, bénéficie d'une indépendance théorique sous tutelle vigilante de l'Angleterre, admise à y faire intervenir ses troupes en cas de nécessité. Le rêve de Lawrence d'Arabie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/royaume-uni-l-empire-britannique/#i_5093

SĀMARRĀ

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 397 mots
  •  • 2 médias

Ville de l'Irak, Sāmarrā est située sur la rive gauche du Tigre, à 140 kilomètres au nord-ouest de Bagdad. Après l'intervention militaire de la coalition américano-britannique en 2003, cette cité au riche patrimoine architectural a été le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/samarra/#i_5093

SAYYĀB BADR SHĀKIR AS- (1926-1964)

  • Écrit par 
  • Gilles LADKANY
  •  • 666 mots

Né dans le village de Jaykur, près de Baṣra, en Iraq, Badr Shākir as-Sayyāb fait ses études secondaires à Baṣra et ses études supérieures à l'E.N.S. de Bagdad, dont il sort en 1948. Occupation de l'Iraq par les Anglais, mouvements populaires et « révolutions », troubles en Palestine : les événements politiques que connaît le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/badr-shakir-as-sayyab/#i_5093

SINDJĀR DJEBEL

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 196 mots

Ride montagneuse de la Djézireh irakienne, à l'ouest de Mossoul, le djebel Sindjār se prolonge légèrement à l'ouest en Syrie, où il est relayé, au-delà de la vallée du Khābūr, par le djebel Abd al-‘Azīz. Bombement anticlinal de direction ouest - sud-ouest - est - nord-est, il altère la plate-forme […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/djebel-sindjar/#i_5093

SOUFISME ou ṢŪFISME

  • Écrit par 
  • Jacqueline CHABBI
  •  • 4 023 mots

Dans le chapitre « L'Irak, berceau du soufisme »  : […] C'est en Irak, centre du pouvoir califal à partir du milieu du iie/viiie siècle, creuset intellectuel et carrefour d'influences diverses (Massignon, Passion, chapitres consacrés à la formation d'Al-Ḥallādj), dans les cercles mystiques […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/soufisme-sufisme/#i_5093

SYRIE

  • Écrit par 
  • Fabrice BALANCHE, 
  • Jean-Pierre CALLOT, 
  • Philippe DROZ-VINCENT, 
  • Philippe RONDOT, 
  • Charles SIFFERT
  •  • 34 145 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Ouverture sur l'extérieur »  : […] après 2005, les relations avec Téhéran demeurent une carte fondamentale pour Damas. La politique envers l'Irak post-Saddam Hussein est ambiguë : les relations diplomatiques sont rétablies en novembre 2006 avec le gouvernement Maliki (proche de Téhéran et bien disposé vis-à-vis de Damas), mais la Syrie ne contrôle pas totalement sa frontière avec l […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/syrie/#i_5093

TAKARLĪ FU'AD (1927-2008)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 170 mots

Juriste et écrivain, Fu’ad Takarlī est considéré comme l'un des meilleurs auteurs irakiens de sa génération […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fu-ad-takarli/#i_5093

TALABANI JALAL (1933-2017)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 568 mots

Homme politique kurde irakien, Jalal Talabani fut président de la république d’Irak de 2005 à 2014 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jalal-talabani/#i_5093

TEKERLĪ ou TAKIRLĪ FU'ĀD AL- (1927-    )

  • Écrit par 
  • Sayed Attia ABUL NAGA
  •  • 292 mots

Nouvelliste iraquien. Comme son ami Nūrī ‘Abd al-Malik, Fu'ād al-Takirlī (Tekerlī) fit ses études à l'université américaine de Beyrouth avant de faire carrière dans la magistrature. Ses écrivains favoris sont Sartre, Dostoïevski et Tchekhov. Au cours des années 1950, il se révéla en publiant des nouvelles dominées par les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tekerli-takirli/#i_5093

TIGRE, fleuve

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 467 mots
  •  • 1 média

En arabe Didjla, en turc Dide (formes modernes du Diglat antique), le Tigre déroule la majeure partie de son cours (1 950 km) en Mésopotamie. Né en Turquie du Sud-Est, le fleuve est montagnard (gorges) jusqu'à son entrée […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tigre-fleuve/#i_5093

TURQUIE

  • Écrit par 
  • Michel BOZDÉMIR, 
  • Ali KAZANCIGIL, 
  • Robert MANTRAN, 
  • Jean-François PÉROUSE
  •  • 40 603 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Les relations de la Turquie avec son voisinage »  : […] La Turquie entretenait de bonnes relations diplomatiques et économiques avec l'Irak de Saddam Hussein. Les deux pays coopérèrent contre le P.K.K., l'Irak acceptant que l'armée turque fasse des incursions sur son territoire, à la poursuite de combattants du P.K.K. Sur le plan économique, Bagdad fournissait du pétrole et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/turquie/#i_5093

ZAHĀWĪ DJAMĪL AL- (1863-1936)

  • Écrit par 
  • Sayed Attia ABUL NAGA
  •  • 206 mots

Poète et homme politique irakien, Djamīl Ṣidqī al-Zahāwī, possédant à fond l'arabe, le turc et le persan, est, tour à tour, professeur d'arabe à la faculté de droit d'Istanbul, directeur de l'imprimerie officielle de Bagdad, journaliste et traducteur. En 1908, il devient député de l'Irak au Parlement […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/djamil-al-zahawi/#i_5093

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Pour citer l’article

Pierre ROSSI, Brigitte DUMORTIER, Philippe RONDOT, Loulouwa AL RACHID, « IRAK », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/irak/