IRAK

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Nom officielRépublique d'Irak (IQ)
Chef de l'ÉtatBarham Salih (depuis le 2 octobre 2018)
Chef du gouvernementMustafa Al-Kadhimi (depuis le 7 mai 2020)
CapitaleBagdad
Langues officiellesarabe, kurde
Unité monétairedinar irakien (IQD)
Population40 644 000 (estim. 2021) 2
Note : Inclut plus d'un million d'Irakiens réfugiés dans les pays voisins
Superficie (km2)435 052

L'impasse des sanctions internationales : une décennie perdue ? (1993-2003)

La mise sous tutelle étrangère

Dans les années 1990, l'Irak cesse d'exister en tant qu'État souverain et indépendant. Son assise territoriale est de facto amputée des trois provinces kurdes, au nord du pays, placées sous la protection des Alliés ; une interdiction de survol couvre 60 p. 100 de son espace aérien et enfin, la libre disposition de sa principale ressource nationale, le pétrole, lui est retirée. Agissant dans le cadre discrétionnaire et coercitif du chapitre VII de la Charte relatif au maintien et au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales, le Conseil de sécurité des Nations unies lui impose un régime juridique draconien. Il comprend un embargo commercial et pétrolier, un blocus aérien et maritime, le désarmement forcé doublé d'une surveillance à long terme de son industrie militaire, le paiement de réparations de guerre ; en cas de violation, ces injonctions peuvent être appuyées par des frappes de missiles et des bombardements punitifs.

Ces différentes facettes du régime des sanctions prennent vite une tournure institutionnelle ; elles sont administrées par une multitude de commissions spéciales et d'agences émanant de l'O.N.U., notamment le tout-puissant Comité des sanctions (« Comité 661 ») sans l'autorisation duquel aucune dérogation à l'interdiction d'exporter vers l'Irak ne peut avoir lieu. En outre, elles ne peuvent être révisées ou démantelées qu'à l'unanimité des cinq membres permanents du Conseil. En réalité, jusqu'en 2003, elles seront renouvelées quasi automatiquement tous les soixante jours et resteront tributaires de la libre appréciation d'un seul membre, les États-Unis. Pourtant, au fil des années, leur objectif s'obscurcit pour ne rien dire de leur légitimité qui finit par diviser et embarrasser la communauté internationale. Dans le même temps, leur étau se resserre autour de la population irakienne, victime à la fois de l'intransigeance américaine et de l'insensibilité d'un régime dont la priorité est de se maintenir au pouvoir envers et contre tous, même au prix d'une mise sous tutelle internationale du pays.

Conçues au départ pour dénier à un État agresseur et proliférant les moyens, en particulier militaires, d'une récidive, et le contraindre à réparer les dommages causés par ses agissements illicites, les sanctions glissent sur le terrain du changement politique. Implicitement, les États-Unis et leur allié britannique utilisent la survie de Saddam Hussein à la tête du pouvoir comme une justification de leur maintien indéfini. En revanche, la France, la Russie et la Chine s'en tiennent à une interprétation strictement juridique des résolutions de l'O.N.U. et estiment que des mesures d'encouragement doivent être consenties à Bagdad en cas de progrès et de coopération. Pour eux comme pour la plupart des anciens partenaires commerciaux de Bagdad, sanctions riment avec manque à gagner et perte de contrats lucratifs avec l'Irak.

Le processus de désarmement

L'affrontement se cristallise autour de la question du désarmement. Cette mission est confiée à une commission spéciale de l'O.N.U., l'Unscom, dont les inspecteurs ont toute latitude pour explorer, sans préavis, tout le territoire irakien, détruire les matériels prohibés, interroger les officiels et saisir tous les documents utiles. Suspicieux des intentions des dirigeants irakiens qu'ils accusent d'entretenir un programme de réarmement clandestin, notamment chimique, les États-Unis sont convaincus qu'il est impossible de s'assurer que tout a été fouillé et détruit. Quant au régime irakien, il croit pouvoir monnayer sa survie en refusant d'obtempérer clairement et en entretenant le doute sur ses réelles capacités de nuisance. Aussi, il déploie beaucoup d'ingéniosité pour faire obstruction au travail des inspecteurs de l'Unscom. Lors de chacun des affrontements qui ponctuent la décennie, le scénario se répète à l'identique : l'Irak pratique une politique du bord du gouffre pour arracher d'éventuelles concessions, mais finit par reculer à la dernière minute sous la menace de frappes militaires. L'Unscom parvient néanmoins à détruire plusieurs milliers de tonnes d'agents et de munitions chimiques et estime, en 1994, que le programme nucléaire est totalement démantelé. S'agissant des armes biologiques, les inspecteurs ne trouvent aucune trace de leur existence, l'Irak affirmant s'être lui-même chargé [...]

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Irak : carte physique

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Irak : drapeau

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Palmeraie sur les bords de l'Euphrate

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Irak : milieux naturels

Irak : milieux naturels
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Écrit par :

  • : docteur en science politique, chercheur à la chaire Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, consultante Irak
  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de géographie, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : docteur en sociologie politique des relations internationales
  • : professeur de lettres

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Pour citer l’article

Loulouwa AL RACHID, Brigitte DUMORTIER, Philippe RONDOT, Pierre ROSSI, « IRAK », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/irak/