ALEXANDRE LE GRAND (356-323 av. J.-C.)

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Alexandre le Grand

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-600 à -200. Philosophes et conquérants

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Portrait d’Alexandre le Grand

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Bataille d'Alexandre contre Darius, mosaïque, détail

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Si tant d'écrits ont été consacrés à Alexandre III de Macédoine le Grand, c'est que le sujet n'a pas cessé d'attirer public et éditeurs. Encore faut-il remarquer que l'histoire du roi macédonien n'est qu'imparfaitement connue, et que les zones d'ombre ont laissé le champ libre aux interprétations – toujours contestables – et aux polémiques, pour ne rien dire d'une floraison d'ouvrages relevant du genre romanesque. Héros pour les uns, mégalomane pour les autres, et ce dès l'Antiquité, le plus connu des rois macédoniens a trop servi de référence au cours des siècles pour que les Modernes portent un jugement serein sur son œuvre. Or celle-ci a été diversement jugée, selon que l'on reproduisait des stéréotypes hérités des Anciens (victoire des « bons » Grecs sur les « méchants » Perses, idéalisme du roi-conquérant visant l'unification du genre humain, fin du monde des cités grecques indépendantes) ou du xixe siècle (colonisation par les Grecs, porteurs d'une civilisation supérieure, de vastes régions peuplées de « Barbares »). Si l'on fait abstraction de ces lieux communs, il reste que les conquêtes d'Alexandre modifièrent profondément l'équilibre des forces au Proche-Orient où l'Iran perdit la prédominance qu'il exerçait depuis Cyrus : il ne la retrouvera qu'avec les Parthes, deux siècles plus tard et elle fut d'ailleurs contenue par une Rome belliqueuse. Ces conquêtes modifièrent également le rapport des forces à l'intérieur du monde grec en faisant apparaître une disproportion, inconnue jusqu'alors, entre les royaumes hellénistiques, édifiés sur les ruines de l'empire d'Alexandre, et les vieilles cités, comme Athènes ou Sparte, qui, sans connaître un déclin aussi profond qu'on le croyait naguère, prirent du moins vite conscience d'une faiblesse résultant moins d'une « décadence » (dont on peut légitimement douter) que d'une réévaluation des critères de puissance. De ce fait, durant les deux siècles qui suivirent la mort d'Alexandre, l'histoire de la Méditerranée orientale se résuma aux luttes opposant ses héritiers hantés par le rêve de reconstituer l'Empire éclaté. Ce sont là des faits majeurs qui justifient un examen, forcément sommaire, des grandes phases d'un règne bref, mais riche de conséquences.

Alexandre le Grand

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Alexandre le Grand coiffé d'une dépouille de lion à la manière d'Héraclès, IVe siècle avant> J.-C. Musée national d'Athènes, Grèce. 

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-600 à -200. Philosophes et conquérants

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Éveil philosophique en Méditerranée. Les Achéménides au Moyen-Orient. Monte Albán en Amérique centrale. Alexandre le Grand.Le milieu du Ier millénaire avant J.-C. est une époque de conquêtes.Dans les steppes de Sibérie, les Xiongnus fondent une vaste confédération de tribus, aussi... 

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Comment nous est connue l'histoire d'Alexandre

Rappelons les données du problème historiographique. Le récit le plus ancien est celui du Sicilien Diodore, contemporain de César et d'Auguste. Plus appréciée des Modernes, l'Anabase d'Alexandre, œuvre d'Arrien de Nicomédie, qui exerçait de hautes fonctions sous Hadrien, n'en est pas moins postérieure d'un demi-millénaire aux événements qu'elle relate. Qu'il se réfère à ces auteurs, ou encore au Romain Quinte-Curce (qui vécut probablement sous Claude) ou au philosophe Plutarque, le lecteur moderne se retrouve donc confronté à des interprétations tardives, d'une fiabilité incertaine. Si, depuis le xixe siècle, l'on préfère Arrien, c'est qu'il s'inspirait de mémorialistes contemporains d'Alexandre, comme Ptolémée, le fondateur de la dynastie des Lagides, Néarque, proche collaborateur du roi et amiral de sa flotte, ou encore Aristoboulos, un technicien grec de son entourage. On se méfie en revanche de la « vulgate », tradition romancée représentée par les ouvrages du Grec Diodore et des Romains Trogue-Pompée (abrégé par Justin) et Quinte-Curce. Son créateur fut l'historien Clitarque d'Alexandrie qui vécut, semble-t-il, sous le règne de Ptolémée Ier. Or ces auteurs ne s'accordent pas toujours entre eux. Certes, leur objectivité n'est jamais assurée, d'autant qu'Alexandre fut mal vu des écoles philosophiques, qui lui reprochaient d'avoir mis un pouvoir tyrannique au service de sa gloriole et de ses passions. Même dans le conglomérat d'anecdotes constituant la Vie d'Alexandre de Plutarque, pourtant grand admirateur de son héros, on relève des traces de ce dénigrement ou d'une apologétique censée y répondre. On ne devra donc jamais perdre de vue que la personnalité réelle d'Alexandre et le sens profond de sa politique ne sont pas plus déchiffrables pour nous que pour les auteurs gréco-romains, et que, si nous situons mieux les faits grâce aux voyageurs et aux archéologues, nous hésitons toujours entre plusieurs versions de ces faits et plusieurs interprétations. Ajoutons enfin que les rois hellénistiques, puis les généraux et empereurs romains, tirèrent parti du souvenir laissé par Alexandre pour justifier leur pouvoir et leurs ambitions : très tôt se répand un « mythe » d'Alexandre dont les effets sont particulièrement sensibles dans l'iconographie.

Portrait d’Alexandre le Grand

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Alexandre le Grand. Buste en marbre. Hauteur : 37 cm. IIe-Ier siècle av. J.-C. British Museum, Londres. 

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Rappelons que la Macédoine existe avant Alexandre, qui hérita d'un royaume unifié et agrandi par son père Philippe, de même qu'il hérita d'une armée entraînée et d'une flotte de guerre. Le roi des Macédoniens ajoutait en effet aux ressources nationales l'appoint militaire d'alliés ou de sujets, comme les Thessaliens et les Thraces. Philippe réussit également à faire entrer de nombreuses cités grecques (et non des moindres) dans une sorte de confédération (la « Ligue de Corinthe »), dont l'objectif était de faire régner la paix entre les Grecs pour mieux porter la guerre contre les Perses. Le programme d'Alexandre se trouvait donc tout tracé. Si plus d'une année s'écoula entre son avènement (automne 336) et le début des opérations en Asie (printemps 334), la cause de ce retard est à chercher dans les faiblesses de la construction hâtivement édifiée par Philippe. En Macédoine même, des lézardes fissurèrent la cohésion incertaine des ethnies. En Grèce, Athéniens et Thébains songèrent à la révolte. Aux frontières du Nord, il fallut parer aux menaces de peuples toujours hostiles aux Macédoniens. Soulignons enfin que la position d'Alexandre était rien moins qu'assurée. La couronne devait revenir à son cousin Amyntas IV, fils de Perdiccas III, lui-même frère et prédécesseur de Philippe. Il semble qu'Alexandre fut poussé sur le trône par Antipatros, l'un des principaux généraux de Philippe, peut-être pour devancer les projets de deux autres généraux, Parménion et Attale, qui combattaient déjà en Asie au côté d'Amyntas IV. S'il est vrai que l'avènement du fils de Philippe fut accueilli favorablement par les Macédoniens, il est également certain que l'on fit place nette autour de lui : disparurent alors son cousin Amyntas et les héritiers du royaume des Lyncestes, annexé naguère par Philippe. Nous ignorons toutefois quelle était la marge de manœuvre du jeune roi face aux magnats qui l'avaient couronné. Il est en tout cas frappant qu'il abandonnera bientôt, sans espoir de retour, la Macédoine à Antipatros, et ce pour s'engager dans une interminable expédition asiatique avec ce Parménion qui ne s'était rallié à lui qu'après son avènement. L'explication la plus simple de la conquête de l'empire des Perses est peut-être à chercher dans la volonté de s'affranchir de la tutelle pesante du puissant Antipatros, qui l'avait formé au maniement des affaires publiques à l'époque où le philosophe Aristote enrichissait son esprit de savoirs variés.

Mais revenons aux faits. Philippe meurt assassiné à la fin de l'été 336, trop tard pour entreprendre des opérations militaires d'envergure, mais assez tôt pour que la nouvelle de sa mort provoque l'agitation dans les Balkans et en Grèce. Alexandre doit agir. Dès le printemps 335, après avoir fait reconnaître son autorité par les Thessaliens, le conseil de l'Amphictyonie delphique et la Ligue de Corinthe, le jeune roi conduit son armée jusqu'au Danube, qu'il franchit. Après ce premier succès, il doit faire face aux Illyriens, qu'il impressionne par de savantes manœuvres militaires. Mais la rumeur de sa mort et les intrigues des Perses, relayées par l'orateur athénien Démosthène, poussent Thèbes à la révolte. Redescendu en hâte d'Illyrie, Alexandre défait les Thébains, détruit leur ville, vend les captifs comme esclaves. Ce coup de semonce arrête, pour longtemps, les velléités d'indépendance, d'autant qu'Alexandre, par générosité calculée, pardonne aux Athéniens.

Une expédition panhellénique pour libérer les Grecs d'Asie

À l'automne de 335, dans une feinte sérénité, le conseil de la Ligue peut donc fixer au printemps suivant le début d'une expédition panhellénique, visant à libérer les Grecs d'Asie, et répartir entre ses membres l'effort de guerre, au demeurant modéré, imposé par Alexandre. La conjoncture était toutefois moins favorable que sous Philippe. Un bon organisateur, Darius III Codoman, régnait depuis 336 sur les Perses. Il disposait en Asie Mineure d'un remarquable stratège, le Rhodien Memnon. Enfin, alors que les ressources financières d'Alexandre s'amenuisaient, l'or du Grand Roi, inépuisable, permettait à ses généraux de recruter des mercenaires grecs (au moins 50 000), d'équiper une flotte nombreuse et de stipendier des alliés : le roi de Sparte, Agis IV, s'alliera bientôt aux Perses et se montrera jusqu'à sa mort un adversaire irréductible des Macédoniens. Le « panhellénisme » n'était donc qu'une façade.

Quand Alexandre débarque en Troade (printemps 334), son premier geste est de planter sa lance dans le sol, dont il prend ainsi possession : par droit de conquête, les domaines du Grand Roi lui appartiendront, puissant moyen pour enrichir ses amis et payer le ralliement d'Asiatiques influents. Le geste ne saurait être dissocié des réalités économiques qui le matérialisent. Le reste est connu. Alexandre se porte rapidement à la rencontre des forces perses, nombreuses, mais sans chef suprême. Les deux armées se font face sur les rives du fleuve Granique (Bigha Tschai). Dans cette première bataille, dont nous possédons trois versions mal conciliables (celle de Diodore, la plus ancienne, puis celles de Plutarque et d'Arrien), il semblerait qu'Alexandre brisa d'abord la cavalerie iranienne, grâce à la supériorité de son armement, avant de massacrer l'infanterie grecque, privée de soutien. Les satrapies de Phrygie et de Lydie offrirent leur soumission, tandis que de nombreuses cités grecques d'Asie se « libéraient », recevant d'Alexandre l'autonomie et des gouvernements démocratiques.

Mais Alexandre devait compter avec Memnon, auquel le Grand Roi confia le commandement suprême, et surtout avec la flotte perse, qui risquait de couper ses communications avec l'Europe. La résistance d'Halicarnasse, capitale de la Carie, où Memnon s'était retranché, fut si opiniâtre que le roi laissa la conduite du siège à l'un de ses lieutenants pour gagner Gordion, capitale de la Grande-Phrygie, où il dénoua ou trancha d'un coup d'épée, selon les auteurs, le fameux « nœud gordien » assemblant le joug et le timon d'un char de guerre, relique d'un ancien roi phrygien conservée dans un sanctuaire. Ce geste symbolique lui assurait « l'empire de l'Asie », réduit pour le moment à la frange occidentale de l'Asie Mineure.

La guerre contre le Grand Roi : la première phase

Au printemps de 332, il fallut déchanter : à la tête de la flotte perse, Memnon lança une vigoureuse campagne militaire et diplomatique en direction de la Grèce. Mais il tomba malade et mourut. Sa disparition servit Alexandre, puisque Darius décida d'affronter lui-même son adversaire et, pour ce faire, ôta au successeur de Memnon, Pharnabaze, le meilleur de ses troupes. Sans moyens adaptés, celui-ci renonça au plan d'invasion, bien que l'opinion grecque lui fût favorable.

La bataille décisive fut livrée près d'Issos, sur la côte syrienne. Non sans habileté, le Grand Roi manœuvra de manière à se retrouver sur les arrières des Macédoniens. Mais ceux-ci firent front et la bataille s'engagea dans une plaine étroite, coupée par le fleuve Pinaros et donc impropre à un emploi massif de la cavalerie iranienne, supérieure en nombre. Après de lourdes pertes, celle-ci se dispersa, tandis que l'infanterie grecque, fendant la phalange macédonienne, s'ouvrait un chemin vers la mer. Alexandre était donc loin d'avoir détruit les forces adverses. Mais le Grand Roi avait fui, abandonnant son camp, sa famille et son trésor de guerre déposé à Damas. Le succès dans l'opinion était immense.

Bataille d'Alexandre contre Darius, mosaïque, détail

Bataille d'Alexandre contre Darius, mosaïque, détail

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Détail de la «Bataille d'Alexandre contre Darius». Mosaïque. IIIe-e siècle avant J.-C. Museo Nazionale, Naples. 

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Sur le terrain la situation demeurait critique. Alexandre se trouva bloqué durant huit mois devant la citadelle insulaire de Tyr, tandis que les Perses reprenaient l'offensive en Asie Mineure et dans l'Égée, avec l'appui du roi de Sparte Agis IV. Les Macédoniens durent réarmer une flotte. Darius jugea alors que la situation était mûre et offrit la paix, abandonnant les territoires conquis : Alexandre refusa une proposition que ses conseillers jugeaient pourtant avantageuse. Après avoir pris et ravagé Tyr (été 332), Alexandre marcha sur l'Égypte, où les rescapés d'Issos causaient du désordre. Mais il lui fallut deux mois encore pour prendre Gaza. La route de l'Égypte était désormais ouverte, et cette riche province fut livrée par son satrape, Mazakès. Alexandre comprit immédiatement qu'il ne pouvait s'y installer durablement qu'en prenant la suite des anciens Pharaons. Il accomplit donc, à Memphis, un nouveau geste symbolique en sacrifiant au dieu égyptien Apis, avant de se rendre à un fameux temple du dieu Thébain Ammon, dans l'oasis de Siwa. Selon le protocole pharaonique, il y fut salué par le clergé du nom de « fils d'Ammon », ce dont il crut pouvoir déduire (fiction politique ou sincère conviction...) qu'il était le fils d'un dieu que les Grecs assimilaient à Zeus. Plus concrètement, la fin de l'hiver fut occupée par la fondation d'une ville promise à un grand avenir, Alexandrie d'Égypte, dont le tracé fut délimité en présence du roi.

La guerre contre le Grand Roi : la seconde phase

Au printemps de 331, Alexandre remonta vers la Syrie. De son côté, Darius avait profité de l'hiver pour réunir à Babylone d'innombrables contingents venus de tout l'empire. Mais, si la cavalerie était nombreuse et de valeur, manquaient désormais les mercenaires grecs, décimés au cours des précédentes batailles ou perdus dans de vaines aventures. Les deux armées se rencontrèrent en Haute-Mésopotamie, près du village de Gaugamèles, non loin de la ville assyrienne d'Arbèles (Erbil). C'était une vaste plaine, propice aux évolutions des chars de guerre et des cavaliers. Si nous connaissons exactement le dispositif des armées en présence, les nuages de poussière qui s'élevèrent bientôt interdirent toute vue d'ensemble : nos sources se contredisent plus que jamais. Seule certitude, la cavalerie macédonienne emmenée par Alexandre contraignit Darius à la fuite, et son départ donna le signal d'un repli général, accompagné parfois d'une vigoureuse résistance. Ainsi, au début d'octobre 331, Alexandre se trouva maître de la Mésopotamie tandis que Darius se retirait en Médie.

Ses capitales tombèrent l'une après l'autre. D'abord Babylone, qui accueillit Alexandre en libérateur car de vieilles haines, surtout d'ordre religieux, remontèrent alors contre les Perses. Ce fut pourtant l'un d'eux, Mazaios, qui fut nommé satrape, premier signe d'un rapprochement avec l'aristocratie iranienne. Il en fut de même à Suse, où Aboulitès, qui avait livré la citadelle et ses trésors, conserva ses fonctions. En revanche, la Perside résista avec acharnement. Le satrape Ariobarzanès se fit en effet massacrer, avec 40 000 hommes, au défilé des « Portes persiques » (janvier 330). Irrité par cette résistance, Alexandre livra Persépolis au pillage puis incendia les célèbres palais peu avant de reprendre l'offensive contre Darius. C'était donc moins par vengeance que pour ruiner les derniers espoirs de l'Achéménide vaincu : le symbole par excellence de l'empire perse s'en allait en fumée.

De fait, en ce printemps 330, Darius n'était plus qu'un otage aux mains des grands féodaux des provinces orientales, qui finirent par l'assassiner, alors qu'Alexandre les poursuivait à marches forcées afin de s'emparer d'un symbole désormais inoffensif, qu'il comptait peut-être épargner, comme Cyrus l'avait fait autrefois avec Crésus. La mort du dernier des Achéménides plaça Alexandre devant un choix difficile. Ou bien il se contentait de ce qu'il avait conquis (ce qui aurait répondu à l'attente de ses conseillers et de ses soldats), ou bien il s'engageait dans des régions inconnues, de plus en plus éloignées de la Méditerranée, pour y continuer une guerre dont l'objet devenait de moins en moins clair. Le second avis prévalut, mais, pour le réaliser, Alexandre dut éliminer une opposition aristocratique conduite par le vieux général Parménion et son fils Philotas. Ces purges complexes, qui assombrirent l'automne de 330, marquent le tournant du règne. C'est que les rois des Perses, dont Alexandre s'affirmait le successeur, étaient environnés de symboles et d'une cour hiérarchisée : s'il voulait se conformer aux habitudes de ses nouveaux sujets, le roi des Macédoniens devait accepter l'apparat d'un cérémonial que ses compatriotes, d'ailleurs respectueux de leurs rois, jugeaient d'un exotisme déplaisant.

La conquête de l'Iran oriental

Néanmoins, sûr de l'appui d'amis fidèles, dont Hephæstion, promu « Chiliarque » (dignité aulique perse qui faisait de lui le second personnage de l'empire), Alexandre s'engagea dans les satrapies orientales et dans une mutation lente, mais profonde, des traditions politiques et militaires de sa nation.

Malgré les investigations des explorateurs (xixe s.) et des archéologues (xxe s.), beaucoup de points restent obscurs : chronologie souvent incertaine, itinéraires conjecturaux, contradictions de nos sources qui maîtrisent mal leur information et méconnaissent des régions dominées de leur temps par les Parthes.

Une remarque préliminaire s'impose : si la culture et la religion de l'Iran oriental ne différaient pas sensiblement de celles de l'Iran occidental (à cette réserve près que les influences méditerranéennes, en particulier grecques, y étaient moins sensibles), les populations, sujettes des Perses, s'étaient souvent rebellées contre les Achéménides. Loin de les accabler, la disparition de l'empire permettait à ces Iraniens orientaux de retrouver leur liberté. Quant aux populations des marches (Scythes d'Asie centrale, principautés et ethnies, indo-européennes ou dravidiennes, du bassin de l'Indus), on peut affirmer qu'elles s'inquiétaient plutôt de l'apparition, sur leurs frontières, d'un nouvel impérialisme, autrement plus dynamique et brutal que celui des Perses. Il est d'autre part certain que l'armée d'Alexandre (Macédoniens aussi bien que Grecs) ne s'engageait qu'à contrecœur dans des régions immenses, souvent inhospitalières, où les profits de la guerre paraissaient maigres comparés aux difficultés de conflits relevant souvent de la guérilla. Mouvements d'humeur et même mutineries se succéderont jusqu'à la fin du règne.

Si Alexandre estima néanmoins nécessaire de s'engager dans ces provinces lointaines, ce fut d'abord parce que leurs satrapes, après avoir éliminé Darius, ne désarmaient pas. Il fallut réduire successivement l'Arie (province de Hérat) puis l'Arachosie (province de Kandahar) avant de remonter, au moment des premières neiges, jusqu'à Kaboul, où l'armée passa l'hiver 330-329. Mais, au-delà de l'Hindou-Kouch, que les Grecs confondaient avec le Caucase, le satrape de Bactriane, Bessos, s'était proclamé Grand Roi, affirmant ainsi, sur l'ensemble de l'empire achéménide, des prétentions qu'Alexandre ne pouvait tolérer. Trois années seront nécessaires pour l'abattre et surtout éradiquer toute résistance dans les vastes régions, en partie désertiques, comprises entre l'Hindou-Kouch et le fleuve Iaxarte (Syr-Darya).

Au printemps de 329, Alexandre franchit l'Hindou-Kouch. Affaibli par les désertions, Bessos se réfugia au-delà du fleuve Oxos (Amou-Darya), dans la riche province de Sogdiane. Croyant qu'Alexandre n'en voulait qu'à la personne de l'usurpateur, les habitants le lui livrèrent nu et enchaîné. Il fut fouetté, jugé puis sauvagement exécuté. Mais Alexandre voulait aussi l'entière soumission de la Sogdiane et prit possession de sa capitale, Maracanda (Afrasyab, près de Samarkand). Il dut cependant compter avec la résistance, longue et opiniâtre, des campagnes, conduite par Spitamène, un noble sogdien. Il en vint à bout par des moyens brutaux : destruction des villes et des bourgs, massacres, asservissement des populations vaincues, installation de colonies militaires. Restaient les tribus des contreforts himalayens, qu'Alexandre soumit moins par la guerre que par la diplomatie, prenant pour épouse Roxane, fille de l'un des principaux chefs locaux, Oxyartès (fin du printemps 327). Succès diplomatiques également que les accords conclus avec les Scythes d'au-delà l'Iaxarte et le royaume des Chorasmiens (région de Khiva, près de la mer d'Aral).

À mesure qu'elles s'implantaient dans ces régions lointaines, la royauté et l'armée d'Alexandre s'orientalisaient. Depuis 334, les pertes, impossibles à évaluer, avaient clairsemé les rangs. Beaucoup de Macédoniens étaient désormais démobilisables, sans que pourtant des renforts suffisants vinssent combler les vides. La Macédoine était un trop petit royaume pour soutenir un tel effort de guerre et la jeunesse y montrait, semble-t-il, peu d'enthousiasme pour de longs et lointains enrôlements. L'or des Perses permettait certes de recruter en Grèce des mercenaires. Mais cela ne suffisait pas. Alexandre fut obligé d'accepter dans son armée et dans son administration des Orientaux de plus en plus nombreux, excitant ainsi la jalousie des Macédoniens. Furent alors introduites diverses mesures vestimentaires (port du vêtement de cour perse) ou protocolaires (obligation d'accomplir devant Alexandre la proskynèse, autrement dit de s'incliner profondément devant lui). Ces mesures, qui choquaient des Macédoniens attachés à leurs traditions et des philosophes grecs férus de leurs valeurs, conduisirent à des drames gonflés par la tradition : meurtre de Clitus, coupable d'avoir offensé Alexandre par sa franchise déplacée ; exécution du philosophe Callisthène, neveu d'Aristote, accusé d'avoir poussé les jeunes nobles macédoniens à refuser l'orientalisation du régime. On sent néanmoins se creuser le fossé entre ceux qui estimaient que les Barbares vaincus étaient voués à servir leurs vainqueurs (c'était l'opinion d'un Aristote !) et les réalistes, prêts à adopter une partie au moins des usages orientaux, si tel était le prix à payer pour prendre racine en Asie.

La « conquête de l'Inde »

L'été et l'automne 327 furent occupés à rassembler, au sud de l'Hindou-Kouch, une armée cosmopolite de 120 000 hommes, dont de nombreux marins venus d'Égypte et de Phénicie. Alexandre s'apprêtait en effet à « conquérir l'Inde », et cette expédition constitue encore un mystère. On en voit plusieurs raisons. Il est clair tout d'abord qu'Alexandre devait répondre à l'appel du prince de Taxila, menacé par son voisin Porus. Mais cela n'appelait pas de tels préparatifs. On admet aussi que le roi souhaitait resserrer les liens entre Occidentaux et Orientaux en les engageant dans une entreprise militaire commune. Mais cela pouvait se faire dans les limites de l'empire perse, où subsistaient de vastes zones insoumises. Il semblerait plutôt que, persuadé que l'Indus était la partie supérieure du cours du Nil, Alexandre s'imaginait ramener son armée en Égypte par le chemin le plus court et le plus facile. Toujours est-il qu'il se lançait dans des terres à peu près inconnues, où les Perses n'avaient jamais exercé qu'une autorité éphémère ou nominale.

Au printemps 326, tandis qu'Alexandre soumettait les vallées subhimalayennes où il s'imaginait suivre la trace du dieu grec Dionysos, Héphæstion préparait le franchissement de l'Indus. L'armée réunie fut ensuite hébergée par le roi de Taxila. Puis il fallut affronter Porus, retranché derrière le fleuve Hydaspe (Jhelum) avec ses chars et ses éléphants. Combattant pour la première fois ces pachydermes, les Macédoniens s'imaginèrent avoir accompli des exploits surhumains. La victoire, chèrement payée, n'apportait toutefois rien de positif. Avec l'espoir de consolider cette frontière, le vainqueur s'allia au vaincu. Alliance imprudente : Porus avait des ennemis à l'est du Penjab, et, pour l'aider, les Macédoniens firent mouvement jusqu'à l'Hyphase (Jhelum). Ils refusèrent d'aller plus loin, permettant ainsi à Alexandre de reculer sans perdre la face.

Alexandre le Grand en Inde

Alexandre le Grand en Inde

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Cette rare monnaie d'argent babylonienne, fondue à Taxila (près de l'actuelle Islamabad) et contemporaine de la campagne d'Alexandre le Grand en Inde, est traditionnellement interprétée comme une commémoration de la victoire du conquérant sur Pôros à la bataille d'Hydaspe (326 avant J.-C ;... 

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Revenue sur les bords de l'Hydaspe, équipée de neuf et renforcée, l'armée s'engagea sur ce qu'elle croyait être le chemin du retour (automne 326) : une flotte de 1 000 navires devait faciliter les déplacements. En fait, les difficultés s'accumulèrent, les indigènes, fanatisés par les Brahmanes, résistant farouchement : il fallut parfois les exterminer. Alexandre lui-même fut très gravement blessé et la nouvelle de sa mort ébranla son empire : les mercenaires grecs stationnés en Bactriane se révoltèrent, tandis qu'Harpale, laissé à Babylone comme vice-roi, jouait son propre jeu, imité par bien d'autres.

Une fois rétabli, certain désormais que l'Indus n'était pas le Nil, Alexandre fractionna son armée. Le gros des troupes, confié à Cratèros, son meilleur général, devait regagner l'Iran par Kandahar. Lui-même, avec la flotte (commandée par Néarque) et des troupes légères, descendrait jusqu'à l'embouchure de l'Indus puis remonterait la côte du golfe Persique : le rendez-vous était fixé en Carmanie (Kirman). Cratèros et Néarque accomplirent leur mission sans trop de difficulté. En revanche, faute de moyens adaptés, Alexandre perdit beaucoup d'hommes en traversant les déserts arides de la Gédrosie (Bélouchistan). Il parvint néanmoins à son but, à force de volonté (fin 325).

Vers un empire enfin organisé

L'éphémère et inutile « conquête de l'Inde » ne s'achevait donc point par un désastre. Mais l'absence du roi avait déstabilisé un empire à peine ébauché. L'année 324 fut occupée à rétablir l'autorité royale. Apprenant le retour d'Alexandre, Harpale s'était enfui vers la Grèce, qu'il tentait de soulever. Mais d'autres satrapes, macédoniens ou orientaux, s'étaient également affranchis : ordre fut donné à tous de licencier leurs mercenaires, souvent des Grecs exilés, qui regagnèrent la côte méditerranéenne, posant un grave problème, qu'Alexandre tenta de résoudre en invitant toutes les cités grecques à rappeler leurs bannis : elles s'exécutèrent.

Après avoir rétabli l'ordre et puni les serviteurs infidèles, Alexandre paraît s'être préoccupé des moyens de rendre son œuvre durable. On peut discerner au moins quatre directions dans son action, que nos sources peignent en termes trop anecdotiques. D'une part, il tenta d'unir les aristocraties macédonienne et perse par des mariages dont il donna l'exemple, épousant la fille aînée de Darius. Il s'employa d'autre part à renforcer son armée d'éléments nés en Asie : à court terme, il prépara l'incorporation de 20 000 jeunes Perses, entraînés par leur nouveau satrape, son ancien garde du corps Peukestas. S'y ajoutèrent 30 000 jeunes Asiatiques, choisis en 327-326 et formés aux techniques de combat macédoniennes. À plus long terme, il prévoyait d'enrôler les enfants (les plus âgés n'avaient qu'une dizaine d'années...) nés de ses soldats et de leurs concubines asiatiques : il leur donna le nom d'épigones. Restait le plus difficile : renouveler les Macédoniens. Tandis que Cratèros était chargé de conduire en Macédoine les vétérans démobilisés, Antipatros recevait l'ordre de rejoindre Babylone avec de jeunes recrues. Enfin, pour asseoir son autorité, Alexandre crut nécessaire de se doter d'un statut surhumain, exigeant des Grecs, en tant que « dieu invincible » (théos anikètos), un culte dont quelques exemplaires d'une monnaie (le « décadrachme de Porus », probablement frappé en 323) confirment la réalité.

Plusieurs de ces mesures furent mal accueillies. Antipatros, mécontent du rappel des exilés et inquiet de l'agitation en Grèce, refusa de venir à Babylone et ne fit rien pour recruter. Cratèros et ses vétérans se retrouvèrent bloqués en Cilicie. De son côté, Alexandre suscita le mécontentement des troupes en refusant de les ramener lui-même en Macédoine et en imposant la présence massive d'Orientaux dans leurs rangs et à sa cour (mutinerie d'Opis). Situation paradoxale que celle de ce fondateur d'empire, en froid avec la grande majorité de ses compatriotes et soutenu par l'élite des vaincus !

Un deuil frappa Alexandre à l'automne de 324 : Héphæstion, le fidèle exécutant de sa politique, mourut subitement à Ecbatane, où résidait la cour. Après avoir consulté l'oracle d'Ammon, Alexandre ordonna qu'on lui rendît un culte comme à un héros « qui écarte le mal » (alexikakos). On a parfois douté de cet épisode, dont un petit relief de marbre (fin du ive s. av. J.-C.) trouvé en Macédoine et dédié « au héros Héphæstion » confirme la réalité. Son apothéose fut célébrée à Babylone : un feu sacré, allumé au sommet d'une sorte de pyramide de briques, annonça que son âme était montée parmi les dieux.

Alexandre avait en effet regagné Babylone au printemps 323. D'innombrables ambassades vinrent le saluer. Tout en équipant sur l'Euphrate une flotte, dont Néarque devait prendre le commandement, il réorganisait une dernière fois son armée, où les Orientaux étaient désormais les plus nombreux. Son plan était de conquérir l'Arabie et d'ouvrir une route maritime reliant directement le golfe Persique, où il venait de fonder Alexandrie de Characène (non loin de Bassorah), à l'Égypte. À la veille d'une entreprise difficile, dont le succès paraît incertain, il fut emporté par la maladie en quelques jours (juin 323). Il ne laissait pas d'héritier adulte et l'empire qu'il avait fondé ne lui survécut pas.

Un empire immense et fragile

Il est difficile de porter un jugement sur une œuvre sans nécessité historique. Le temps des guerres médiques était depuis longtemps passé. Perses et Grecs vivaient en bonne intelligence et l'empire des Achéménides, généralement bien toléré par les peuples qu'il dominait, n'était plus une menace pour les cités grecques d'Europe, où l'on se souciait peu du sort des Ioniens et des Éoliens. En fait, le Grand Roi était plutôt une gêne pour les Macédoniens, dans la mesure où la politique étrangère perse avait pour unique règle d'empêcher l'établissement en Grèce d'une hégémonie. Philippe en avait pris conscience lorsque Artaxerxès Ochos avait aidé Byzance et Périnthe contre lui, afin de lui interdire l'accès à la Propontide. Il avait pris alors la décision d'affaiblir la position des Perses en Asie Mineure, sans autre ambition peut-être que de les empêcher d'agiter les Grecs contre lui. Dans la mesure où le programme de la Ligue de Corinthe était seulement de « libérer les Grecs d'Asie », on peut estimer que ses ambitions n'allaient pas au-delà. Tout change avec Alexandre, pour des raisons qui ne sont pas claires et ne tiennent sans doute pas seulement à sa jeunesse et à sa personnalité.

Soulignons en effet que les rois des Macédoniens devaient tenir compte de l'opinion publique, qui s'exprimait dans leur conseil et dans l'assemblée de l'armée. Certes, leur autorité prévalait d'ordinaire et ils avaient le pouvoir de décision. Mais Alexandre n'aurait pas entrepris son expédition s'il n'avait pas rencontré l'approbation d'une partie au moins des Macédoniens en âge de prendre les armes. Or cette approbation s'explique aisément : la machine de guerre fabriquée par Philippe vivait des profits de la guerre, et les dernières campagnes balkaniques de ce roi ne semblent pas avoir été d'un grand rapport. En Grèce, la « paix générale » organisée par la Ligue réduisait les perspectives de butin. Restait donc l'Asie, où l'on pouvait espérer piller, asservir, trouver des terres à se partager. D'où le sentiment que les enrôlements furent bien accueillis quand Alexandre prépara la campagne de 334.

En revanche, après les profitables batailles et les fructueuses prises de villes des premières années, l'enthousiasme décroît : partir au loin pour des années ne sourit guère aux jeunes Macédoniens, à l'affût d'exemptions. Les Thessaliens, pourtant attachés à Alexandre, se lassent eux aussi et demandent à rentrer dans leur patrie, chargés de butin. Restent les mercenaires. Mais, cantonnés dans des baraquements perdus au fond de l'Asie, confrontés à un environnement hostile, ceux-ci n'aspirent qu'à regagner la Méditerranée. Il est clair qu'après la mort de Darius, Alexandre est à peu près le seul à vouloir poursuivre la guerre et étendre les conquêtes. Seul, le lien personnel et contraignant qui unit à lui tous ceux qui, cavaliers ou fantassins, sont ses « compagnons » (hétaïroi) peut expliquer qu'ils ne l'abandonnent pas. Les conquêtes les plus lointaines et les plus fascinantes (en particulier celle de l'Inde) sont ainsi le fait d'un homme seul, à la volonté et à la santé duquel tout est suspendu.

Cet empire, issu d'une gigantesque entreprise de brigandage, était-il viable ? Probablement, dans la mesure où le conquérant avait respecté non seulement les structures de l'empire conquis et les usages des vaincus, mais aussi les intérêts matériels des élites, gagnant ainsi leur attachement. Paradoxalement, si Alexandre avait vécu, les difficultés seraient venues de la Macédoine d'Antipatros, devenue en quelque sorte un appendice récalcitrant de l'empire, dont on attendait des hommes en échange de subsides. On ne connaît guère d'exemples de conquérants aussi vite dévorés par leur conquête, et la raison doit en être cherchée dans la disproportion démographique. La Macédoine, même si l'on admet qu'elle traversait une phase d'expansion, ne pouvait en aucune façon fournir à la demande. Si le conquérant voulait implanter en Asie des noyaux helléniques (imitant ce que les Perses avaient fait avant lui en installant des colonies iraniennes en Asie Mineure, en Égypte...), il devait faire appel aux Grecs. L'ouverture de l'Asie à la colonisation grecque ne relève donc pas de la philanthropie ou d'une admiration esthétique pour l'hellénisme : les villes fondées par Alexandre suivent presque toujours le même schéma, rassemblant quelques centaines de Macédoniens, blessés ou invalides, quelques milliers de Grecs, le complément étant fourni par les marchands itinérants et les indigènes du voisinage. Il serait d'ailleurs naïf d'imaginer de splendides édifices sortant du sol par miracle. Une des raisons du soulèvement des colons grecs de Bactriane après la mort d'Alexandre sera précisément le manque de tout l'environnement urbain auquel ils étaient habitués dans leur ancienne patrie.

Beaucoup d'improvisation et peu d'innovation : à cela se résume l'action politique d'Alexandre, plus habile à aménager les structures administratives et financières des Perses qu'à en inventer de nouvelles. Sur le plan militaire, nul ne lui conteste les qualités d'un grand capitaine, sachant utiliser le terrain et manier les armes spécialisées (infanterie et cavalerie) créées par son père. Plus remarquable encore paraît sa faculté d'adaptation, qui lui permet d'emprunter à ses adversaires le meilleur de leurs techniques de combat (archers à cheval, éléphants, etc.), mais aussi de remodeler ses formations pour répondre aux besoins particuliers de chaque campagne et aux ressources humaines dont il dispose. On conçoit que ces réformes incessantes aient provoqué, chez les Macédoniens, une nostalgie des traditions ancestrales qui explique l'avènement de Philippe III Arrhidée, personnage falot, incapable de continuer l'œuvre de son demi-frère, mais de nature à tranquilliser ceux qui ressentaient le vertige que provoquent les changements trop brutaux. Après cet intermède, les principaux généraux d'Alexandre – Ptolémée, Séleucos, Antigonos – reprendront la partie interrompue, chacun avec son style particulier.

—  Paul GOUKOWSKY

Bibliographie

Bilan des travaux publiés jusqu'en 1970 : J. Seibert, Alexander der Grosse, Erträge der Forschung, X, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1972.

※ Sources littéraires

Texte et traduction

Dans la collection Les Belles Lettres : Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, livre XVII, par P. Goukowsky ; Plutarque, Vie d'Alexandre, par R. Flacelière ; Quinte-Curce, Histoires, par H. Bardon.

Traduction seule

Justin, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue-Pompée, par E. Chambry et L. Thély-Chambry, Garnier Paris, 1936 ; Arrien, L'Anabase d'Alexandre, trad. de P. Savinel, Paris, éd. de Minuit, Paris, 1984.

※ Commentaires

A. B. Bosworth, A Historical Commentary on Arrian's « History of Alexander », Oxford, Clarendon Press, I, 1985, II, 1995

J. E. Atkinson, A Commentary on Q. Curtius Rufus Historiæ Alexandri Magni, Amsterdam, I, 1980, II, 1994.

※ Études

P. Pedech, Historiens compagnons d'Alexandre : Callisthène, Onésicrite, Néarque, Ptolémée, Aristobule, Les Belles Lettres, Paris, 1984

L. Pearson, The Lost Histories of Alexander the Great, Philadelphie, 1960.

※ Sources numismatiques

M. J. Price, The Coinage in the Name of Alexander the Great and Philip Arrhidæus, I-II, Londres, 1991.

※ Sources épigraphiques

A. J. Heisserer, Alexander the Great and the Greeks : the Epigraphic Evidence, University of Oklahoma Press, 1980.

※ Iconographie

M. Bieber, Alexander the Great in Greek and Roman Art, Argonaut Publ., Chicago, 1964.

※ Synthèses historiques récentes

P. Goukowsky, « Alexandre et la conquête de l'Orient », in E. Will, C. Mosse, P. Goukowsky, Le Monde grec et l'Orient, II, Le IVe siècle et l'époque hellénistique, pp. 247-333, coll. Peuples et civilisations, P.U.F., Paris, 1985 ; P. Briant, Histoire de l'Empire perse, Paris, Fayard, 1996 ; A. B. Bosworth, From Arrian to Alexander : Studies in Historical Interpretation, Clarendon Press, Oxford, 1988 ; Alexander and the East : the Tragedy of Triumph, ibid., 1996

R. A. Billows, Kings and Colonists. Aspects of Macedonian Imperialism, E. J. Brill, Leyde, 1995.

※ Mythe d'Alexandre dans l'Antiquité

D. Michel Alexander als Vorbild für Pompeius, Cæsar und Marcus Antonius : archäologische Untersuchungen, coll. Latomus, Bruxelles, 1967

P. Goukowsky, Essai sur les origines du mythe d'Alexandre, I, les origines politiques, II, Alexandre et Dionysos, Presses universitaires de Nancy, 1978 et 1981

A. F. Stewart, Alexander's image and Hellenistic Politics, University of California Press, 1993

A. Cohen, The Alexander Mosaic : Stories of Victory and Defeat, Cambridge University Press, 1997.

Écrit par :

  • : correspondant de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres), professeur de langue et littérature grecques à l'université de Nancy-II

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Pour citer l’article

Paul GOUKOWSKY, « ALEXANDRE LE GRAND (356-323 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-le-grand/