CARTER BENNY (1907-2003)

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S'il s'est exprimé avec un indéniable talent à la clarinette et à la trompette, Benny Carter reste, avec Johnny Hodges, le saxophone alto le plus important qui ait précédé Charlie Parker. Exceptionnel soliste mais aussi chef d'orchestre et arrangeur tout aussi remarquable, il mérite bien plus que la discrète notoriété qu'il a connue de son vivant.

Bennett Lester Carter naît à New York le 8 août 1907. Musicalement autodidacte, il choisit le saxophone alto après avoir tâté de plusieurs instruments. Il se produit avec June Clark (1924-1925), Billy Paige (1925), Earl Hines (1925), au sein des Collegians d'Horace Henderson (1925-1926), formation qu'il dirigera en 1928 et 1929. Il passe un an dans l'orchestre de Fletcher Henderson (1930-1931), auquel il fournit des arrangements qui vont asseoir sa réputation. Il succède à Don Redman comme directeur musical des McKinney's Cotton Pickers (1931-1932) et forme en 1932 à New York un grand orchestre swing qui verra passer des musiciens de la stature de Bill Coleman, Ben Webster, Chu Berry, Teddy Wilson, Cozy Cole ou Sid Catlett. Benny Carter dissout sa formation à la fin de 1934, tient brièvement la trompette chez Willie Bryant (1935) puis s'établit en Europe, où il se fait l'ardent propagateur du jazz en Angleterre, en France, aux Pays-Bas et en Scandinavie. À Paris, il dirige l'orchestre du cabaret Le Bœuf sur le toit et réalise des enregistrements historiques avec Django Reinhardt, Alix Combelle, Coleman Hawkins, Stéphane Grappelli, André Ekyan... (1937-1938).

Benny Carter regagne les États-Unis en mai 1938 et prend à New York la tête d'un nouveau grand orchestre. Dans les clubs – notamment au Savoy Ballroom de Harlem – et les studios, en grande ou en petite formation, sans se résoudre à choisir entre tenants du traditionalisme et jeunes loups du be-bop, il côtoie l'élite de son temps : Bill Coleman, Freddie Webster, Sidney DeParis, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke, Ethel Waters, Charlie Christian, Jimmy Rowles, Shorty Rodgers, Dexter Gordon, Don Byas, Shelly Manne, Roy Eldridge, Milt Jackson, Tommy Flanagan, Cootie Williams, Art Tatum, Oscar Peterson... Le 15 octobre 1940, il accompagne Billie Holiday pour deux plages mémorables, St. Louis Blues et Loveless Love. Pour Lionel Hampton, il écrit le célèbre When Lights Are Low.

À la fin de 1942, il s'installe à Los Angeles et prend la direction d'un nouveau big band qui accueillera des novateurs comme Miles Davis, J. J. Johnson, Max Roach, Art Pepper... Il est l'un des premiers musiciens afro-américains à travailler pour Hollywood. En collaboration avec Emil Newman, il compose la musique du film Stormy Weather (Symphonie magique, 1943, Andrew L. Stone), dont tous les acteurs sont noirs et où l'on entend la chanteuse Lena Horne, les orchestres de Cab Calloway et de Fats Waller et, en soliste, lui-même. À partir de 1946, il cesse de diriger ses propres orchestres, mais continue de se produire : il participe à des tournées du Jazz At The Philharmonic, rassemble plusieurs « all stars », enseigne dans des universités, écrit pour Count Basie (Kansas City Suite, 1960 ; The Legend, 1961), fait des arrangements pour Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Ray Charles, Peggy Lee et Louis Armstrong. Il meurt à Los Angeles le 12 juillet 2003.

Benny Carter est l'un des plus passionnants innovateurs du middle jazz. Il introduit en effet dans le traitement des standards habituels un enrichissement harmonique, une liberté tonale et une souplesse rythmique toutes nouvelles. Arrangeur hors pair, il s'affirme comme un des principaux architectes du swing : Keep a Song in Your Soul, réalisé pour Fletcher Henderson en 1930, marque un tournant dans l'histoire de l'arrangement jazz. Sa culture et sa technique lui permettront de garder sa place dans le be-bop des années 1940 et dans le cool, dix ans plus tard. Sa sonorité, chaleureuse, veloutée, langoureuse sait pourtant éviter toute mièvrerie sur les tempos lents. Son phrasé gracieux et élégant développe, sur de longues phrases sinueuses, un legato d'une rare pureté. L'improvisateur éblouit par la finesse de son intelligence et la vivacité de son imagination. À la tête de formations de grande qualité mais hélas ! par trop éphémères, il montre les mêmes qualités de rigueur et d'invention. Mise en place précise, swing puissant et contrôlé, sereine alternance des sections de cuivres et de saxophones définissent une manière éclectique et savante dont beaucoup se sont largement inspirés. Et c'est à son instrument qu'il réserve le meilleur de son génie. Personne n'a jamais écrit pour quatuor de saxophones avec autant d'habileté musicale et de lyrisme.

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Pierre BRETON, « CARTER BENNY - (1907-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/benny-carter/