WILSON TEDDY (1912-1986)

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Pour s'épanouir, certains talents préfèrent parfois l'ombre à la lumière. Teddy Wilson n'a jamais eu auprès du grand public, ni même auprès de la critique, un succès à la mesure de l'admiration que ses pairs n'ont cessé de lui porter. Bien rares pourtant sont les pianistes dont le jeu atteint un tel degré de maîtrise et de perfection.

Theodore Shaw Wilson naît à Austin (Texas) le 24 novembre 1912. C'est en Alabama, à Tuskegee, qu'il suit une formation musicale classique, s'essayant tour à tour au violon, à la clarinette, au hautbois et au piano. Ce dernier instrument l'emportera bien vite dès ses années de collège. Il rejoint ensuite son frère Gus, qui joue du trombone à Detroit, et il se fait remarquer dès l'été de 1929 dans les orchestres locaux. Ses véritables débuts professionnels ont lieu au sein du Lawrence « Speed » Webb Band.

Il se distingue en 1930 dans la formation de Milton Senior à Toledo. Louis Armstrong l'engage et le garde à ses côtés de 1931 à 1933. C'est avec le grand trompettiste qu'il grave son premier enregistrement – Basin Street Blues – le 27 janvier 1933. À cette époque, il joue beaucoup avec Erskine Tate et Jimmie Noone. En 1933, il se retrouve à New York dans les Chocolate's Dandies de Benny Carter. Il appartient, en 1934 et 1935, à l'orchestre de Willie Bryant. Sur la recommandation de John Hammond, Benny Goodman l'appelle auprès de lui en 1935. Il est ainsi le premier musicien noir à entrer dans la formation du célèbre clarinettiste blanc. Il s'y illustre essentiellement en trio, avec le leader et le grand batteur Gene Krupa, ou dans des ensembles élargis, avec le concours de Lionel Hampton. Cela ne l'empêche pas d'enregistrer avec Lester Young, Ben Webster, Johnny Hodges, Buck Clayton, Cozy Cole et Billie Holiday, dont il fut l'un des meilleurs partenaires. Il fonde en 1939 un grand orchestre qu'il abandonnera rapidement pour se consacrer à un sextette (1940-1944). Il retourne chez Benny Goodman en 1945 mais côtoie parallèlement des musiciens de style aussi divers que Charlie Parker, Stan Getz, Harry James ou Art Blakey. Teddy Wilson, qui fut un temps directeur des programmes de la C.B.S., se dépense sans compter dans l'enseignement. Il n'interrompt pas pour autant son activité de concertiste, qui le mène en Scandinavie (1952), en Grande-Bretagne (1953) et à la foire de Bruxelles (1958). Il participe, en 1956, au film The Benny Goodman Story. En 1962, il est de la tournée qu'organise le clarinettiste américain en U.R.S.S. à la tête d'un grand orchestre reconstitué pour la circonstance. On peut ensuite l'entendre dans divers clubs du Nouveau Monde comme animateur d'un trio. À noter encore deux tournées européennes avec le Jazz At The Philharmonic (J.A.T.P.) en 1965, et au Paris Jazz Festival en 1966. Il meurt le ler août 1986 à son domicile de New Britain (Connecticut), laissant un legs discographique d'une grande importance musicale, tant à la tête de ses propres formations, qui comptent parmi les meilleures du Middle Jazz, que comme partenaire idéal de Benny Goodman, Lionel Hampton, Edmond Hall ou Billie Holiday.

« Jouer du jazz avec Teddy – avouait Benny Goodman –, c'était comme jouer du Mozart avec un quatuor à cordes. » Nous sommes avec lui bien loin des pyrotechnies flamboyantes d'un Earl Hines – dont le style a pourtant profondément marqué ses débuts – d'un Art Tatum ou d'un Fats Waller. Teddy Wilson nous fait redécouvrir une simplicité aussi révolutionnaire en 1930 que les audaces dissonantes d'un Monk dans les années 1950. Tout son art est tendu vers la clarté des lignes mélodiques, la limpidité de la sonorité. C'est volontairement qu'il réduit à sa plus simple expression le rôle décoratif du trait pianistique dont tant d'autres ont usé et abusé jusqu'à l'écœurement. Doté pourtant d'une somptueuse technique, il n'a jamais cessé de l'améliorer. Sa main gauche, aussi expressive que sa dextre, montre un sens rare du contre-chant. Elle développe un jeu d'une extraordinaire variété, des basses classiques à la définition de phrases mélodiques entières dans le grave ou le médium, en passant par des séries d'accords de dixième placés sur le temps ou sur le contre-temps. À la main droite règne un toucher exceptionnel, incisif et délicat, l'un des plus émouvants de l'histoire du jazz, jouant sur une large palette de couleurs sonores. Une invention toujours en éveil marie en permanence goût, mesure et sobriété. La rengaine la plus éculée retrouve entre ses mains une noblesse toute nouvelle. Chez ce musicien, dont l'élégance et la finesse sont les qualités dominantes, le swing n'est pas vague furieuse mais pulsation précise, souple et détendue. Le raffinement de ses curiosités harmoniques est tel qu'Earl Hines lui-même s'est senti contraint, en 1935, de se remettre à son école.

Difficile de rêver plus bel hommage ! Malgré la discrétion relative de sa carrière, Teddy Wilson a exercé une influence grandissante sur la plupart des pianistes de son temps, à qui il offrait la plus sereine et la plus prenante image du classicisme.

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Pierre BRETON, « WILSON TEDDY - (1912-1986) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/teddy-wilson/