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MANNE SHELLY (1920-1984)

Né à New York en 1920 dans une famille musicienne, Sheldon Manne, dit Shelly Manne, jette d'abord son dévolu sur le saxophone alto mais l'abandonne assez vite pour se consacrer exclusivement à la percussion. Il débute sa carrière professionnelle comme batteur sur les paquebots de l'Atlantique nord, où il commence à se faire une réputation. En 1939, il réalise son premier enregistrement avec Bobby Byrne. Il remplace Dave Tough chez Joe Marsala en 1940 et participe, en 1942, aux orchestres de Les Brown. C'est en 1946 qu'il entre, pour une durée de deux ans, dans la formation que dirige Stan Kenton. Ce qui ne l'empêchera pas de jouer dans l'orchestre de Charlie Ventura (1947) ni de fonder, en 1948, un sextette avec Bill Harris. On le retrouve en 1948-1949 dans les tournées du J.A.T.P. (Jazz At The Philharmonic). Il rejoint bientôt les troupes de Woody Herman (1949) et de Stan Kenton (1950-1951). Shelly Manne est alors incontestablement le batteur attitré des meilleurs big bands du moment. En 1952, il se fixe en Californie et devient très vite le personnage essentiel et central du style West Coast. On se l'arrache dans tous les studios d'enregistrement. Rares sont les disques d'origine californienne où il ne figure pas. Il s'associe à Shorty Rodgers en 1954 et forme, en 1956, son propre quintette. Shelly Manne joue alors dans les nombreux clubs de la côte, avant d'ouvrir le sien en 1960, le Shelly's Manne Hole. Il continuera cependant à se produire avec de petits ensembles comme, en 1974, le Los Angeles Four où jouent Ray Brown, Laurindo Almeida et Bud Shank. Au début des années 1980, il travaille dans un quartette composé d'une contrebasse et de deux pianos. En 1983, il enregistre avec Russ Freeman. À cela, il faut ajouter une notable activité cinématographique. Il apparaît en effet dans de nombreux films comme The Gene Krupa Story, The Five Pennies, The Proper Time et, surtout, L'Homme au bras d'or d'Otto Preminger. Shelly Manne écrit également de la musique pour la télévision (Daktari).

Cette personnalité des plus attachantes ne connaît pas d'œillères esthétiques. Les violentes guerres de religion qui ont si souvent déchiré le monde du jazz ne semblent pas l'effleurer. Shelly Manne a en effet joué avec la plupart des musiciens importants de l'après-guerre sans distinction de style, révélant un sens de l'adaptation des plus rares. Il passera ainsi sans difficulté de Coleman Hawkins à Ornette Coleman, de Lee Konitz à Sonny Rollins, de Shorty Rodgers à Bill Evans. Il œuvrera avec la même intelligence et la même efficacité comme vedette dans un quartette ou comme pilier au sein d'une vaste formation. Car, avant tout, Shelly Manne est un remarquable professionnel. Peu sujet aux grands élans passionnés, il offre à la fois un style très technique et virtuose et un jeu rigoureusement construit. Sa discrétion et la concision de son expression en font un admirable accompagnateur. Shelly Manne demeurera dans l'histoire du jazz comme un musicien tout en finesse, toujours soucieux de privilégier la courbe mélodique et la souplesse du rythme.

— Pierre BRETON

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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