AUSTRALIE

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Australie : carte physique

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Australie : drapeau

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Unités structurales de l'Australie

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Granitoïdes I et S

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quelques données-clés.
Nom officielCommonwealth d'Australie (AU)
Chef de l'Étatla reine Élisabeth II (Royaume-Uni), représentée par le gouverneur général David Hurley (depuis le 1er juillet 2019)
Note :
Chef du gouvernementScott Morrison (depuis le 24 août 2018)
CapitaleCanberra
Langue officielleaucune
Unité monétairedollar australien (AUD)
Population25 879 000 (estim. 2019)
Superficie (km2)7 688 126

L'Australie, île-continent située entre l'océan Pacifique sud et l'océan Indien, ne compte que 22 millions d'habitants (2010) sur un territoire de 7 682 300 kilomètres carrés. Le territoire australien est une partie de l'ancien Gondwana et fut habité il y a 60 000 ans par des populations venues de l'ancien continent de Sahul, aujourd'hui l'Asie. La montée des eaux au Quaternaire isola ces populations qui maintinrent un mode de vie fondé sur la chasse et la cueillette. Plus de cinq cents langues étaient parlées sur l'ensemble du territoire par une population évaluée à environ un million d'habitants au moment de l'arrivée des Européens au xviiie siècle. Les Aborigènes, plus nombreux dans les zones tempérées ou humides que dans les déserts arides du cœur australien, menaient une existence nomade.

Occupée par les Britanniques à partir de 1788, l'Australie sert de colonie pénale de 1788 à 1868 et reçoit plus de 160 000 convicts originaires d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse. Le développement de l'élevage et la production de la laine à partir de 1815, puis la découverte de l'or en 1850 et l'expansion de l'économie australienne attirent de nombreux émigrants britanniques. À la fin du xixe siècle, l'Australie compte 3,5 millions d'habitants. En 1901, elle devient une fédération dont l'un des fondements est la défense de « l'Australie blanche » contre l'immigration asiatique ou de couleur, et au mépris des droits aborigènes. L'engagement du pays dans la Première Guerre mondiale est un moyen de prouver sa fidélité à la Couronne et à l'Empire britanniques et de nourrir le patriotisme des dominions britanniques du Pacifique, australiens et néo-zélandais.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la menace japonaise, l'isolement géographique et la faiblesse de la démographie australienne obligent Canberra à repenser le positionnement du pays. La nécessité d'accroître la population pousse l'Australie à s'ouvrir à l'Europe du Nord, de l'Est puis à l'Europe du Sud, au Moyen-Orient et, depuis les années 1970, à l'Asie. Les transformations de la société australienne se traduisent par l'abandon de la politique de l'Australie blanche en 1975 et par l'affirmation du multiculturalisme. Les États-Unis deviennent, après la guerre, le principal protecteur du pays, tandis que les liens commerciaux avec le Royaume-Uni se distendent progressivement. Les pays asiatiques sont désormais les partenaires économiques privilégiés et Canberra affirme de plus en plus son rôle de puissance régionale dans le Pacifique.

L'Australie est une monarchie constitutionnelle à régime parlementaire dont le souverain est la reine Elisabeth II ; celle-ci est représentée sur l'île par un gouverneur général. Le pays est dirigé en alternance par un gouvernement conservateur (Liberal Party) ou travailliste (Labor Party). Premier producteur mondial de laine et principal fournisseur de produits minéraux, l'Australie est un pays riche, désormais lié à la région Asie-Pacifique.

Australie : carte physique

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Carte physique de l'Australie. 

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Australie : drapeau

drapeau : Australie : drapeau

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Australie (1908). L'« Australian Blue Ensign », première version de l'actuel drapeau national australien, date du début du XXe siècle et présentait déjà l'Union Jack britannique au guindant supérieur (ou canton) et les étoiles, mais la grande étoile du guindant inférieur ne comportait... 

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—  Bastien BOSA, Isabelle MERLE

Structure et milieu

Géologie

Les principales unités structurales

Le continent australien est classiquement divisé en cinq provinces orogéniques et en quatre groupes de couvertures de plate-forme. À ces grandes unités il faut ajouter quatre ensembles métamorphiques dont l'attribution à un cycle donné est incertaine : il s'agit des blocs d'Arunta, en Australie centrale, de Lichtfield et d'Arnhem, dans la partie la plus septentrionale du Territoire du Nord, et de Georgetown, dans le nord du Queensland.

Unités structurales de l'Australie

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Principales unités structurales du continent australien (d'après N. H. Fisher & R. G. Warren, 1975). 

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De plus, deux domaines, situés, l'un, dans la partie occidentale de la Tasmanie, l'autre, dans la partie sud-ouest de l'Australie-Occidentale, ont été déformés au Protérozoïque, mais on connaît mal leur rôle dans l'évolution structurale générale du continent australien.

La cinquième province orogénique correspond en fait à la Papouasie - Nouvelle-Guinée. Il s'agit d'une zone orogénique dont la phase initiale remonte au Trias, mais qui est toujours active. Située à l'extérieur du continent australien proprement dit, cet orogène est toutefois rattaché à l'évolution géodynamique de cet ensemble.

La province orogénique de l'Australie occidentale

Cette zone, qui comprend les roches les plus anciennes d'Australie, est composée des blocs de Yilgarn et de Pilbara, et de quelques zones de moindre importance. Les granites du bloc de Pilbara et du sud-ouest du bloc de Yilgarn, datés de 3 050 à 3 100 millions d'années, recoupent des roches métamorphiques plus anciennes. Les formations représentées dans ces blocs contiennent des gneiss et des migmatites ainsi que des métasédiments recoupés par des intrusions de roches basiques et ultrabasiques. Ce type de formation, caractéristique de l'Archéen, est connu sous le nom de greenstone belt dans les boucliers du Canada et de l'Afrique australe ; contenant du nickel et de l'or, ces zones présentent un grand intérêt économique.

Des formations appartenant à ce cycle se retrouvent dans d'autres zones, notamment dans celle de Rum Jungle (synclinal de Pine Creek), dans le Territoire du Nord. Les datations isotopiques y donnent des âges de 2 550 à 2 400 millions d'années, donc nettement moins élevés que dans le Yilgarn.

Les couvertures de l'Australie occidentale

Les plissements se terminent entre 2 900 et 2 200 millions d'années dans l'aire d'influence de l'orogène ouest-australien. Les dépôts de couverture transgressifs sont localisés au nord du bloc de Yilgarn, dans le bassin de Hamersley Range, discordant sur le socle de Pilbara. Il s'agit de formations déposées dans un bassin subsident calme, avec, essentiellement vers la base, de nombreuses intercalations de coulées de laves surtout basiques. Les sédiments sont constitués de grès, de pélites, de dolomies et de cherts. Cette unité est particulièrement importante du point de vue économique car elle contient d'importantes concentrations de fer, les Banded Iron Formations, ou BIF.

La province orogénique nord-australienne

Dans cette province, les formations sont essentiellement constituées de roches sédimentaires d'âge protérozoïque qui ont subi un métamorphisme peu intense. Cet ensemble est recoupé par des granites et par des roches volcaniques non métamorphisées. D'après des travaux récents, les blocs d'Arunta et d'Arnhem seraient rattachés à cette province qui recèle par ailleurs d'importants gisements d'uranium.

Les couvertures de plate-forme nord-australiennes

Après l'orogenèse nord-australienne, la majeure partie du nord de l'Australie subit une transgression et des sédiments de plate-forme s'y déposent. Le socle apparaît uniquement en boutonnières sous cette couverture.

Ces dépôts sédimentaires du Carpentarien (de 1 800 à 1 400 Ma) sont à dominante pélitique, avec des intercalations dolomitiques et des roches volcaniques. Ils comprennent le bassin de Kimberley et le grand bassin qui va du bord du golfe de Carpentarie jusqu'à Mount Isa.

Ces dépôts de plate-forme contiennent des gîtes métallifères stratiformes qui figurent parmi les plus importants d'Australie (gîtes de plomb-zinc-argent du bassin de McArthur, gîtes de fer, de cuivre, de tungstène, etc.).

La province orogénique centrale

On rapporte essentiellement à cet ensemble des formations métamorphiques mises en place et déformées entre 1 800 et 1 200 millions d'années, donc contemporaines des dépôts carpentariens de plate-forme. Le métamorphisme, mésozonal à catazonal, est généralement plus intense que dans l'unité nord-australienne.

Cette province comprend différentes unités, blocs ou ceintures : la ceinture de Mount Isa, les blocs d'Ophtalmia-Gascoyne, de Willyama, de Wonaminta, les unités de Denison et du Mount Painter, le bloc de Gawler, la ceinture d'Albany-Frazer, les blocs de Musgrave, de Northampton, etc.

La ceinture de Mount Isa et le bloc de Willyama contiennent de très importants filons de plomb-zinc-argent sans doute contemporains des dépôts stratiformes du bassin de McArthur, mais repris et remobilisés au cours des phases tectoniques et métamorphiques centro-australiennes.

Les couvertures de plate-forme centro-australiennes

Des dépôts qui vont de l'Adelaïdien (1 000 Ma) au Paléozoïque supérieur recouvrent et masquent la plus grande partie de la zone orogénique de l'Australie centrale. Les séries sédimentaires faiblement plissées des bassins d'Amadeus et de Ngalia vont du Précambrien au Dévonien et contiennent des gisements d'hydrocarbures. Vers le sud, les dépôts du fossé d'Adélaïde, plissés et métamorphisés postérieurement, sont datés de 1 400 millions d'années (Cambrien). D'autres bassins, plus limités (de Bangemall, au Protérozoïque, de Carnarvon, d'Officer, de Canning, au Paléozoïque moyen et supérieur), sont situés en Australie de l'Ouest. Dans l'Australie du Nord, les bassins sont souvent recouverts par de puissantes coulées basaltiques, d'âge adélaïdien tardif ou cambrien basal, annonciatrices de l'ouverture du bassin de Georgina, qui contient d'importants gisements de phosphates cambriens.

La province orogénique de l'Australie orientale

Il s'agit là des formations de la chaîne tasmanienne, qui s'étend depuis la Tasmanie jusqu'à l'extrême nord du Queensland. L'âge des formations varie d'ouest en est ; les plus anciennes, celles de la ceinture de Kanmantoo, à l'ouest, ont des âges éocambrien à cambrien moyen, tandis que d'autres formations, plus à l'est, ont des âges paléozoïques supérieurs et constituent les dernières zones d'accrétion de la plaque continentale vers l'est.

La structure générale de la chaîne tasmanienne est particulièrement complexe. Les sédiments déposés couvrent l'ensemble du Paléozoïque et on note différentes phases de granitisation, probablement associées à divers contextes géodynamiques qui se sont succédé dans le temps.

Granitoïdes I et S

carte : Granitoïdes I et S

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Distribution des granitoïdes de types I et S en Australie orientale (d'après T.N.G. Richards, 1980). 

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Les couvertures de plate-forme transaustraliennes

Ces formations occupent la plus grande partie de l'est de l'Australie, où elles reposent en discordance sur la chaîne d'Australie orientale. Toutefois, on les retrouve aussi plus à l'ouest, où elles sont plus minces et plus discontinues. Les dépôts de base, d'âge carbonifère, sont débordés par la sédimentation triasique ; cependant, c'est au Crétacé que l'extension des dépôts est maximale. À partir de la fin du Crétacé, le continent australien subit une régression, à l'exception du bassin à faciès marins de la Murray River et de quelques zones de la marge continentale.

Ces dépôts de couverture ont une grande importance économique, tant à terre que sur les plateaux continentaux. Ce sont eux, en effet, qui contiennent les principaux gisements d'hydrocarbures et de charbon d'Australie. En ce qui concerne les hydrocarbures, on trouve du pétrole dans le Permien du bassin de Surat et du bassin de Cooper, du gaz dans la bassin de Perth, dans le mésozoïque de la plate-forme du nord-ouest et à Scott Reef, du pétrole et du gaz dans le Tertiaire basal du bassin de Gipsland, du pétrole dans le Crétacé de Barrow Island... Des bassins permiens contiennent de beaux gisements de charbon (Bowen-Surat, Sydney, Collie et Tasmanie). Différents bassins contiennent également des charbons mésozoïques (Styx, Marysborough, Ipswich, Leigh Creek et Wonthagi) ; mais l'Australie est surtout riche en énormes gisements de lignite d'âge éocène (État de Victoria).

La province orogénique de Papouasie - Nouvelle-Guinée

Bien que séparée de l'Australie par le détroit de Torres, la Papouasie - Nouvelle-Guinée constitue une zone mobile en bordure du craton australien. Ce craton recouvert par les sédiments de la plate-forme transaustralienne s'avance sous la mer jusqu'en Papouasie Nouvelle-Guinée, où il est entré en contact avec la zone mobile par l'intermédiaire d'une série de failles décrochantes. Au-delà de la zone orogénique de la Papouasie - Nouvelle-Guinée s'étend la plaque océanique Pacifique.

La sédimentation débute, à l'emplacement de la future chaîne de Papouasie - Nouvelle-Guinée, par des calcaires permiens et reste dominée au Trias par des dépôts clastiques traduisant un milieu marin peu profond. Parallèlement, un volcanisme andésitique commence à se développer. Au Jurassique et au Crétacé, le volcanisme est dominant tandis qu'apparaissent des faciès de sédimentation profonde. Un métamorphisme général dans le faciès des schistes verts s'affirme dès l'Éocène. Des intrusions dioritiques et ultrabasiques lui succèdent, et un volcanisme de type arc insulaire se met en place à partir du Miocène. Des intrusions miocènes ou plus récentes, de type porphyry copper, constituent les principaux métallotectes pour le cuivre et l'or. Cette succession, surtout valable dans la partie occidentale de la Papouasie - Nouvelle-Guinée, est évidemment plus complexe dans le détail.

Histoire géologique

L'Archéen du bouclier de l'Australie occidentale

Le bouclier précambrien de l'Australie occidentale est constitué par deux noyaux archéens, celui de l'Yilgarn et celui de Pilbara, séparés par des bassins protérozoïques plus ou moins métamorphisés et plissés.

Les deux blocs sont constitués par des ensembles de roches d'origine volcanique, les greenstone belts, intrudés et métamorphisés par des granitoïdes. Les greenstone belts comprennent des roches volcaniques ultrabasiques, basiques et acides, des sédiments pyroclastiques, des formations siliceuses, des pélites carbonées, des formations du type Banded Iron Formation, des arénites et des rudites. Les roches volcaniques archéennes possèdent des caractéristiques géochimiques propres et sont surtout constituées par des tholéiites faiblement potassiques et par des basaltes riches en magnésium. Les greenstone belts sont souvent structurées en synformes plus ou moins complexes.

Dans le Pilbara, les granitoïdes intrusifs sont grossièrement circulaires tandis que dans l'Yilgarn ils sont allongés et plus ou moins imbriqués, donnant ainsi une structure générale rubanée. Le rapport isotopique strontium 87/strontium 86 généralement faible tend à indiquer que ces intrusions ne proviennent pas de la fusion partielle d'une croûte sialique plus ancienne. Les datations radiochronologiques des plutons de Pilbara donnent des âges compris entre 3 100 et 2 900 millions d'années, tandis que l'on obtient dans l'Yilgarn des valeurs comprises entre 2 700 et 2 600 millions d'années. Ces datations confèrent aux formations des greenstone belts un âge nettement plus ancien. Dans le Pilbara, les roches volcaniques les plus récentes des greenstone belts ont été datées à environ 3 milliards d'années et il est évident que les roches volcaniques et les gneiss sous-jacents doivent être d'un âge nettement plus élevé.

Le noyau de Pilbara présente un grand intérêt géologique car il s'agit d'une ceinture orogénique archéenne bien conservée, constituée par un arc volcanique et par un bassin à remplissage essentiellement sédimentaire. Ce système de type eugéo-synclinal a subi un double cycle orogénique, chaque orogenèse séparant deux cycles volcaniques. L'arc volcanique de Pilbara repose sur des formations gneissiques plus anciennes qui pourraient être apparentées à un craton situé au nord-ouest. Le bassin au sud de l'arc volcanique comporte un ensemble sédimentaire d'une puissance supérieure à 12 000 mètres. À sa base, cette série comporte des niveaux d'amphibolites qui pourraient être les témoins d'un très vieux fond océanique ; ces roches figurent sans doute parmi les plus anciennes du globe. Cet ensemble (arc volcanique et bassin) est recoupé par des granites mélanocrates semblables à des intrusions connues au Canada (Manitoba), et datées de 3 050 millions d'années.

Le Protérozoïque inférieur et moyen (Carpentarien)

Le Protérozoïque inférieur est présent dans différentes zones d'Australie occidentale et centrale, mais il forme surtout une ceinture de près de 650 000 kilomètres carrés entre les Kimberleys, à l'ouest, et Mount Isa, le long de la côte nord. Cette zone est économiquement importante du fait de la présence de nombreux gîtes métallifères de première importance, comme les gisements de plomb-zinc-cuivre de Mount Isa, de plomb-zinc de Hilton et de McArthur, d'uranium de Mary Kathleen, de Rum Jungle, de Jabiluka, de Koongara et de Nabarlek, de fer de Yampi Sound, de Frances Creek, de Constance Range et de Roper River. Ce Protérozoïque recouvert par des formations de plate-forme appartient à la province orogénique nord-australienne. Il repose sur les formations archéennes du complexe de Rum Jungle et du bloc de Lichfield ; on y trouve une grande variété de sédiments affectés par un métamorphisme faible à élevé et par des intrusions doléritiques. Ces formations constituent le géosynclinal de Pine Creek, discordant sur le socle archéen. Au sud-ouest et au sud, une zone mobile sépare les blocs stables des Kimberleys et de Sturt. Les formations y sont vraisemblablement partiellement archéennes, mais le métamorphisme, les intrusions granitiques et le volcanisme acide y sont datés du Protérozoïque inférieur. Ce secteur est relié à Pine Creek par la zone mobile de Fitzmaurice.

La plus grande unité de la couverture nord-australienne est constituée par le bassin de McArthur, où l'on distingue des formations du Carpentarien – les groupes de Tawallah et de McArthur – surmontées par des formations – Roper Group – dont l'attribution au Carpentarien ou à l'Adélaïdien suscite des controverses. Ce bassin faiblement plissé à l'Adélaïdien disparaît vers le nord, le sud et l'est sous des formations plus récentes ou sous la mer. Au sud-est, il est bordé par la zone plissée de Mount Isa, subdivisée en deux géosynclinaux, l'un occidental, l'autre oriental, séparés par un horst, le bloc de Kalkadoon-Leichhardt ; les formations contenues dans ces géosynclinaux sont équivalentes à celles du bassin de McArthur.

Le Protérozoïque supérieur (Adélaïdien) et le Paléozoïque

Les formations de ces âges affleurent sous la forme de lambeaux dispersés préservés de l'érosion qui font partie d'une zone plissée intracratonique. On peut citer le bassin de Bangemall, en Australie de l'Ouest, les bassins de plate-forme relativement peu déformés comme ceux d'Amadeus, de Ngalia, de Georgina, de Wiso, de Daly River, de Ord et du golfe Joseph-Bonaparte, et, surtout, le grand ensemble orogénique de la chaîne tasmanienne.

Le bassin de plate-forme de Bangemall – compris entre le Protérozoïque inférieur de la province de Hamersley, au nord, et l'Archéen de l'Yilgarn ainsi que le Protérozoïque inférieur de Gascoyne, au sud – s'apparente à une dépression intracratonique qui contient des formations sédimentaires continentales du Protérozoïque moyen (de 800 à 1 000 Ma) d'origine continentale. Les formations du bassin de Bangemall reposent sur les formations plus anciennes par une simple discordance ; vers l'est, elles s'enfoncent sous le bassin de Cannings. Structuralement, le bassin de Bangemall représente la terminaison occidentale de la couverture de la plate-forme du centre de l'Australie. Les autres bassins (Amadeus, Ngalia, etc.) possèdent des séries sédimentaires épaisses (jusqu'à 10 000 m dans le bassin d'Amadeus) qui vont du Protérozoïque supérieur au Dévonien. Ils contiennent essentiellement des formations de plate-forme détritiques et carbonatées. Seuls les bassins de Daily River, au sud de Darwin, et du golfe Joseph-Bonaparte présentent des manifestations volcaniques acides relativement importantes.

La zone plissée d'Adélaïde est bordée à l'est et à l'ouest par des cratons dont l'âge est supérieur à 1 400 millions d'années. La puissance totale des formations – Adélaïdien plus Cambrien – est supérieure à 24 000 mètres. Une succession de phases tectoniques et de périodes de subsidence tranquille caractérise ce secteur. Les dépôts débutent par des niveaux évaporitiques et par des épanchements basaltiques qui traduisent un épisode de distension. Ensuite, la sédimentation évolue plutôt vers des faciès lagunaires ou marins peu profonds. L'ensemble a été plissé lors de l'orogenèse du Delamérien (Cambrien supérieur).

La chaîne tasmanienne constitue une structure géologique majeure du continent australien ; elle traverse les États de Tasmanie, d'Australie-Méridionale, de Victoria, de Nouvelle-Galles du Sud et de Queensland. En Tasmanie, le socle ancien est constitué pour l'essentiel de formations sédimentaires faiblement métamorphisées. Au-dessus viennent les dépôts du Cambrien et de l'Ordovicien.

Nord-Est : évolution du Siluro-Dévonien à l'Éocène

diaporama : Nord-Est : évolution du Siluro-Dévonien à l'Éocène

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Schéma évolutif de l'Australie du Nord-Est (d'après R. A. Henderson & P.J. Stephenson, 1980). 

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Le Cambrien débute par une sédimentation détritique contenant quelques niveaux pyroclastiques (groupe de Success Creek) et se poursuit par une importante série d'argilites vertes et rouges alternante avec des coulées basaltiques sous-marines (pillow-lavas). Cette succession de dépôts fins, appelée argilite de Crimson Creek, est caractérisée par la présence, surtout vers son sommet, de masses de roches ultrabasiques et d'ophiolites, la principale étant constituée par le complexe de Heazlewood River. Cette succession est surmontée en discordance par le groupe de Dundas – dont la puissance est estimée à 3 800 mètres –, constitué principalement par des mudstones, des brèches, des conglomérats, et secondairement par des roches volcaniques. Des fossiles permettent de dater ce groupe du Cambrien moyen et supérieur. On observe au-dessus les volcanites de Mount Reads, où prédominent des rhyolites et des dacites avec quelques basaltes et andésites intercalés. Ce volcanisme est de type calco-alcalin, mais l'abondance des rhyolites et des dacites ainsi que le spectre des éléments en traces le rapprochent plus d'un volcanisme andin que d'un volcanisme d'arc insulaire stricto sensu. L'Ordovicien commence par des dépôts sans doute terrigènes qui passent à une sédimentation marine détritique puis à des formations de pélites et de carbonates de plate-forme. Le Silurien est lui aussi caractérisé par des dépôts marins de faible profondeur. Ce type de sédimentation à dominante détritique, avec des passées turbiditiques, se poursuit au Dévonien inférieur avec les couches de Mathina.

En Tasmanie, la plupart des granitisations vont prendre place entre 375 et 335 millions d'années avec des batholites qui recoupent des dépôts dévoniens inférieurs de Mathina. Dans l'État de Victoria, les formations de la chaîne tasmanienne sont constituées par de puissantes séries sédimentaires d'âge cambrien à carbonifère inférieur et présentent peu d'intercalations volcaniques. Le volcanisme, l'importance des phases de plissements et les discordances augmentent toutefois d'ouest en est dans les différentes structures mises en évidence par les géologues australiens (ouest de l'État de Victoria, bassin de Melbourne et est de l'État de Victoria).

L'histoire géologique de la chaîne tasmanienne commence à l'Éocambrien et ne se termine qu'au Trias. C'est sur la bordure est de l'Australie, en Nouvelle-Galles du Sud et au Queensland, qu'elle acquiert son complet développement et peut être le mieux caractérisée, même si, vers le nord, au Queensland, les structures sont partiellement masquées par les bassins mésozoïques. Toutefois, là encore, de nombreux géologues reconnaissent l'existence d'une subduction située à l'est du bloc de Georgetown. Le développement de la zone mobile tasmanienne a commencé dès l'Éocambrien par une phase de rifting à l'est du bouclier protérozoïque australien, phase caractérisée par la formation d'un bassin marginal, d'un arc volcanique (Mount Wright) et d'un complexe de fosses associées à des flyschs. Cette première structure fut remobilisée lors de la phase delamérienne d'âge cambrien moyen à ordovicien inférieur. Cet épisode tectonique provoqua une cratonisation du bassin marginal et de l'arc volcanique qui aboutit à la naissance d'une province intermédiaire comprenant un bassin sans volcanisme et une plate-forme orientale séparés par une ride émergée. Le développement de cette plate-forme se poursuivit jusqu'à l'Ordovicien supérieur.

Après la phase delamérienne, un nouvel épisode extensif domine sur la bordure orientale de la plaque australienne. Cette extension provoque à nouveau la formation d'un bassin marginal et d'une nouvelle fosse orientale avec des flyschs ; ces deux unités sont séparées par la ride volcanique de Molong. Au début du Silurien, ces zones sont à nouveau plissées et métamorphisées durant une phase, dite bénambrienne, au cours de laquelle se développe du plutonisme le long d'un arc. À la suite de cet événement, une nouvelle phase d'extension provoque la formation de nombreuses mers marginales et le morcellement de la ride volcanique de Molong, formées précédemment. À la fin du Silurien apparaissent de nouveaux mouvements orogéniques, dits quidongiens, durant lesquels des granites syncinématiques se mettent en place dans les zones de ride. C'est après ce dernier épisode que se développe un volcanisme acide d'arcs enraciné à un cortège plutonique, plus particulièrement durant tout le reste du Silurien et le Dévonien inférieur et moyen. Pour certains géologues, un nouvel arc volcanique frontal a commencé à se développer durant le Silurien supérieur, avec individualisation d'un bassin arrière-arc, tandis que l'on aboutit vers l'est à des fonds océaniques par l'intermédiaire d'une marge continentale.

Quoi qu'il en soit, une nouvelle phase orogénique (dite de Bowning) intervient au début du Dévonien inférieur. Le domaine de sédimentation de plate-forme s'étend et affecte même localement les zones épicontinentales. Vers l'est, un nouvel arc volcanique, dit de Tamworth, et une zone volcanique frontale s'établissent.

Au Dévonien moyen, les mouvements de la phase de Tabberabera et le magmatisme qui lui est associé déforment et cratonisent fortement de grandes parties de la province à l'ouest de l'arc de Tamworth, tandis qu'on note une stabilisation à l'est. Après cette phase, des bassins continentaux s'installent à l'ouest, tandis que des bassins intramontagneux s'individualisent à l'est et au sud-est durant le Dévonien moyen et supérieur. À la fin du Dévonien supérieur, toute activité volcanique d'arc cesse, et la plate-forme se stabilise. Vers la fin du Carbonifère inférieur, la phase de Kanimbla et le magmatisme qui lui est associé complètent la cratonisation du secteur ouest, tandis que des chevauchements se mettent en place dans l'arc de Nouvelle-Angleterre.

Au Carbonifère supérieur, des bassins continentaux et paraliques avec un volcanisme de rift vont se développer le long du bloc constitué. Une large plate-forme sépare ces bassins de l'arc de Nouvelle-Angleterre. Des épisodes distensifs avec formation d'un flysch se produisent encore au Permien inférieur (bassin de Nambucca). La phase finale de l'orogène tasmanien, dite phase de Hunter-Bowen, intervient vers la fin du Permien inférieur et se traduit par le plissement et le métamorphisme des formations du bassin de Nambucca et de l'arc de Nouvelle-Angleterre, tandis que des granites syncinématiques se mettent en place.

Vers le nord, la chaîne tasmanienne se poursuit sur 1 800 kilomètres à travers le Queensland, où elle est classiquement divisée en unités comme les bassins de Hodgkinson, de Burdekin et de Bower. On note la présence de la grande faille de Palmerville, qui sépare une série orientale épaisse, à turbidites avec de rares épisodes carbonatés et basaltiques, de la série précambrienne cratonique, telle celle de Georgetown Inlier. On peut sans doute interpréter la faille de Palmerville comme la cicatrice d'une ancienne marge active. Une autre caractéristique de la chaîne tasmanienne au Queensland réside dans l'abondance du volcanisme calco-alcalin et du plutonisme. Ce magmatisme associé à des faciès de calcaires récifaux paraît pouvoir être rapporté au contexte géodynamique d'arc, tandis que le volcanisme intracontinental prédomine à l'ouest. Les âges variés, durant le Paléozoïque, de tous ces phénomènes magmatiques soulignent encore le caractère polyphasé de la chaîne tasmanienne.

Le Mésozoïque et le Cénozoïque

L'évolution géologique de l'Australie durant le Mésozoïque et le Cénozoïque est étroitement liée à l'évolution de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Du Jurassique à l'Actuel, la Papouasie - Nouvelle-Guinée s'est formée par l'affrontement entre la plaque continentale australienne, au sud, et des fragments de croûte océanique rigide, au nord-est et à l'est. Cette collision a induit la formation d'une zone intensément plissée – la zone mobile de Nouvelle-Guinée – entre la plaque australienne, que l'on retrouve dans la partie méridionale de l'île, et la province océanique mélanésienne, au nord.

Pendant toute cette période, le continent australien fonctionne en zone stable caractérisée par des dépôts épirogéniques dont les plus importants constituent le Great Artesian Basin. Initié par des mouvements verticaux lents, le Great Artesian Basin contient une série sédimentaire qui débute au Jurassique par des dépôts fluviatiles, suivis au Crétacé par des sédiments marins transgressifs puis régressifs et enfin par des épandages continentaux. Le bassin émerge à la fin du Cénomanien. Enfin, il faut noter que c'est vers la fin du Crétacé que s'effectue la séparation Australie-Antarctique. La mer contourne alors l'Australie par le sud et de petits bassins côtiers se forment au sud-ouest (en particulier, le bassin d'Eucla).

L'Australie et le Gondwana

Les données maintenant acquises sur la géologie de l'Australie mais aussi sur celle d'autres continents, ainsi que les campagnes de prospection du fond de l'océan Indien, permettent de mieux préciser les relations de l'ensemble Australie - Nouvelle-Guinée avec les autres éléments de ce que les géologues appellent le Gondwana. Les différentes études – en particulier celles du paléomagnétisme des roches – indiquent que les différents blocs qui constituent l'Australie ont gardé des positions relatives fixes de 1 700 à 750 millions d'années. On considère que le continent australien, à l'exception de la chaîne tasmanienne, formée plus tard, est resté stable de 750 à 450 millions d'années. D'autres études indiquent que le supercontinent de Gondwana, dont faisait partie le bloc australien, existe depuis 750 millions d'années et s'est fragmenté et dispersé voici 150 millions d'années.

Les données géologiques indiquent que les premières séparations ont dû se produire vers la fin du Précambrien, lorsque des éléments de la bordure nord-ouest et de la frange orientale du Gondwana se sont séparés de l'Australie du fait d'une tectonique d'ouverture par rapport à des continents inconnus. Au nord, l'ouverture de la Téthys provoqua la séparation de l'Australie des continents plus septentrionaux. Ensuite, la marge active orientale (pacifique) eut tendance à se déplacer vers l'est par accrétion de matériel d'arcs insulaires, tandis que la bordure théthysienne, après l'ouverture complète à l'Ordovicien inférieur, ne bougea plus jusqu'au Mésozoïque.

Le processus plus récent de séparation de l'Australie des autres éléments du Gondwana est beaucoup mieux connu. En effet, on dispose à la fois de données géologiques sur les différents fragments continentaux et sur les fonds océaniques (celui de l'océan Indien, par exemple), dont l'accrétion est directement liée à l'« éclatement » du Gondwana. L'Inde s'est séparée de l'Australie et de l'Antarctique, encore joints, vers le début du Crétacé, il y a 130 millions d'années, et l'Antarctique s'est séparé de l'Australie vers la fin du Paléocène, il y a 53 millions d'années. Lors de la séparation Antarctique-Australie, le mouvement relatif du bloc australien vers le nord provoqua le début d'une collision avec l'Asie du Sud-Est vers la fin du Tertiaire, donnant naissance à la chaîne de Papouasie - Nouvelle-Guinée.

—  Yves FUCHS

Milieu naturel

Les paysages australiens, parfois très beaux, présentent dans l'ensemble une certaine monotonie. Les formes de relief qui dominent sont les surfaces planes, plateaux ou plaines. Sur d'immenses étendues, l'insuffisance des pluies ne permet que le développement d'une médiocre végétation, et la véritable forêt se cantonne dans les zones proches du littoral. En outre, de nombreuses rivières ne sont pas pérennes et on ne trouve pas en Australie de voies d'eau comparables au Mississippi ou au Saint-Laurent.

Île Whitsunday

photographie : Île Whitsunday

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Vue aérienne de la plage de Whitehaven, sur l'île Whitsunday, en Australie. 

Crédits : Martin Barraud/ The Image Bank/ Getty Images

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La rivière Wickham

photographie : La rivière Wickham

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La rivière Wickham, affluent du fleuve Victoria, dans le Territoire-du-Nord, Australie. 

Crédits : Robin Smith/ The Image Bank/ Getty Images

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Le relief

L'impression générale que donne le relief australien est celle d'un pays usé, d'un modelé sénile. L'étude morphologique peut se diviser en trois parties qui correspondent aux grands ensembles géologiques.

Le plateau occidental correspond à une vieille surface d'aplanissement à peine modifiée depuis le Primaire. Les déformations tectoniques du Tertiaire l'ont à peine soulevée et disloquée ; elles ont donné naissance à quelques horsts de direction ouest-est : les monts Musgrave (1 585 m) et Macdonnell (1 450 m) sont les plus importants ; au cours de périodes de climat plus humide que le climat actuel, ces montagnes ont été entaillées de gorges profondes.

La majeure partie du plateau occidental est située de part et d'autre du tropique du Capricorne, dans une zone aride ou subaride : les formes de relief sont celles des pays désertiques. Au centre, un désert de pierres, analogue aux hamadas du Sahara, est entouré par trois déserts de sable : le grand désert de sable du Nord où les dunes, allongées de l'est vers l'ouest, sont le plus souvent fixées par la brousse ; le désert de Gibson à l'ouest et au sud, le Grand Désert de Victoria, où les dunes, également longitudinales, sont assez dispersées, irrégulières et courtes. En approchant de la Grande Baie australienne, les dunes font place à un plateau de calcaires du Miocène, le plateau de Nullarbor, qui descend lentement du nord (300 m) vers le sud et domine la mer par des falaises d'environ 70 m de haut. Les rares pluies s'infiltrent immédiatement, il n'y a aucun drainage, et les nappes souterraines sont souvent salées : cette région est une des plus désolées de l'Australie.

Les Pinacles

photographie : Les Pinacles

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Les Pinacles du Namburg National Park, en Australie-Occidentale. 

Crédits : Michael Runkel/ Getty Images

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Au sud-ouest, le plateau occidental, formé de granites, a environ 400 m d'altitude et il est parsemé de dépressions intérieures au fond desquelles stagnent des lacs salés, le plus souvent asséchés (du type « playas »). Ces dépressions peuvent être d'origine éolienne ou proviendraient de la désorganisation progressive d'un drainage normal pendant une période d'aridité croissante. Le granite, souvent très décomposé, est parfois recouvert par une cuirasse latéritique. Cette pénéplaine cristalline, probablement soulevée au Pliocène, se termine à l'ouest par un escarpement de faille de 350 km de long (Darling Scarp) et domine l'étroite plaine littorale du Swanland. Vers le nord, le massif cristallin fait place à des roches précambriennes qui ont été soulevées et cassées dans le massif de Hammersley. Au-delà du Grand Désert de sable, on retrouve la pénéplaine précambrienne dans les plateaux de Kimberley et de la Terre d'Arnhem ; peu élevés (de 200 à 400 m), ils sont disséqués par des rivières bien alimentées pendant les pluies tropicales (janvier et février). Au sud-est, l'apparition de calcaires du Cambrien donne naissance au plateau karstique sans drainage de Barkly.

Les plaines du Centre-Est occupent deux grands bassins sédimentaires. Au nord, dans le Grand Bassin artésien, le relief est très peu différencié : l'altitude est faible, presque partout inférieure à 150 m. De basses croupes latéritiques séparent les énormes vallées des rivières intermittentes. Celles-ci présentent un écheveau extraordinairement compliqué de chenaux et de bras morts. Vers le sud-ouest, le désert de Simpson, couvert de grandes dunes sud-nord, isole la cuvette du lac Eyre : l'altitude de ce bassin fermé est inférieure au niveau de la mer ; le fond du lac Eyre, en grande partie asséché et remplacé par une couche de sel et de gypse, se trouve à — 11 m. Cette dépression est séparée de l'océan Austral par une série de môles tectoniques, les monts Flinders et les monts Lofty, dont le soulèvement est très récent. À l'est, les dômes de Broken Hill et de Cobar séparent le bassin artésien de celui du Murray.

Dans les plaines du Murray, les rivières coulent difficilement dans d'importantes vallées encombrées d'alluvions. Vers l'aval, un léger soulèvement du sol semble expliquer la présence de hautes terrasses. Sous l'influence de fractures nord-sud, le Murray change brusquement de direction ; son estuaire est en grande partie barré par un cordon littoral.

La Cordillère australienne, ou Great Dividing Range, a plus souvent un aspect de plateau que de véritable montagne. Les noms d'Alpes ou de Pyrénées, appliqués à certaines parties de la chaîne, ne conviennent guère.

Dans le nord du Queensland, la péninsule de York et le plateau d'Atherton sont constitués de roches cristallines ou sédimentaires primaires surmontées de coulées de basalte. La région d'Atherton est parsemée de volcans aux formes très fraîches. De part et d'autre de Brisbane, des blocs soulevés sont séparés par des fossés tectoniques en grande partie remplis d'alluvions ; une série de petites plaines s'égrènent à proximité de la côte. En Nouvelle-Angleterre, les plateaux cristallins, qui dépassent parfois 1 500 m, dominent assez brutalement la zone littorale par des escarpements de failles.

Dans la région de Sydney-Canberra, des plateaux de grès constituent les montagnes Bleues. Les vallées encaissées, véritables canyons dominés par de grands escarpements verticaux, forment un dédale impressionnant. Au sud de Canberra se trouvent les plus hauts sommets de l'Australie : le mont Kosciusko (2 240 m) est un relief résiduel (monadnock) perché sur un massif soulevé (horst) ; son altitude est suffisante pour qu'il soit enneigé une bonne partie de l'année et pour qu'il ait été affecté par la glaciation pléistocène (petits cirques, moraines). La zone côtière présente une alternance de petites plaines et de bas plateaux gréseux bordés de falaises.

Dans sa partie méridionale, la Cordillère australienne change de direction et devient est-ouest. Des plateaux et massifs montagneux sont disséqués par des vallées encaissées. La chaîne est bordée par une dépression, la Grande Vallée de Victoria, elle aussi de direction est-ouest. À l'est, cette plaine est alluviale (Gippsland) ; à l'ouest, elle est recouverte de coulées de basalte parsemées de cônes et de petits lacs. De part et d'autre de la brèche de Port Phillip, la Grande Vallée est séparée de la mer par des collines du Jurassique (Otway).

La Tasmanie, séparée du continent par le détroit de Bass, est la région de l'Australie dont le relief est le plus pittoresque. À l'ouest, un massif ancien a été vigoureusement soulevé et les sommets, qui atteignent 2 000 m, ont été profondément burinés par l'érosion glaciaire du Quaternaire. Au centre, une zone déprimée, la plaine de Launceston, met en communication les côtes septentrionale et méridionale. Au nord-est, le petit massif du Ben Lomond correspond à un horst.

Launceston, Tasmanie

photographie : Launceston, Tasmanie

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La Tasmanie, séparée du continent par le détroit de Bass, est la région de l'Australie dont le relief est le plus pittoresque. Maisons adossées à la falaise, aux environs de Launceston, dans le nord de l'île. 

Crédits : B. Grilly/ Getty Images

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L'Australie est un continent massif. Elle est presque aussi large que longue : 3 850 km de l'est à l'ouest, 3 200 km du nord au sud. Par suite, la longueur des côtes est relativement faible par rapport à la superficie du pays : 19 646 km, soit 1 km de côte pour 395 km2, alors que l'Europe, plus découpée, a 1 km de rivage pour 125 km2. Toutefois, dans le détail, les côtes australiennes sont souvent très dentelées : la dernière transgression marine donne au rivage un aspect caractéristique de côte de submersion. Dans les zones stables, en particulier sur la côte occidentale, des plages soulevées soulignent avec netteté les anciennes transgressions quaternaires.

La côte méridionale présente une alternance de grandes falaises et de cordons littoraux. Sur la côte septentrionale, les côtes rocheuses sont souvent remplacées par des côtes basses à mangrove (palétuviers), en particulier autour du golfe de Carpentarie. Les récifs coralliens frangeants sont assez rares mais sur la côte du Nord-Est s'étire le plus vaste récif-barrière du monde (2 400 km). Les récifs coralliens sont beaucoup plus discontinus au nord-ouest, sur la plate-forme de Sahul.

Port Campbell

photographie : Port Campbell

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Vue de Port Campbell, dans l'État de Victoria, en Australie. 

Crédits : Randy Wells/ The Image Bank/ Getty Images

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La côte du Sud-Est est une des plus variées. De petites plaines côtières sont interrompues par des falaises hostiles. Des dépressions envahies par la remontée du niveau de la mer donnent des baies magnifiques. Autour de Brisbane, ce sont des petits fossés tectoniques qui ont été submergés. Les baies de Hawkesbury et de Port Jackson (Sydney) sont parmi les plus belles du monde.

Le climat

Véritable petit continent situé de part et d'autre du tropique du Capricorne, entre 100 et 400 de latitude sud, l'Australie a une position symétrique de celle du Sahara dans l'hémisphère Nord : aussi est-ce un continent sec, les régions bien arrosées ne constituant qu'une frange littorale plus ou moins large au nord, à l'est et au sud.

Australie : températures et précipitations

tableau : Australie : températures et précipitations

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Moyennes mensuelles des températures et précipitations. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La circulation atmosphérique générale explique un tel climat : quelle que soit la saison, une masse d'air tropical continental couvre la majeure partie du continent australien. Cette masse d'air, qui fait partie de la bande planétaire des hautes pressions subtropicales, est constituée généralement par des anticyclones qui se déplacent lentement de l'ouest vers l'est à travers le pays. Ces anticyclones migrateurs sont séparés par des fronts qui sont le plus souvent « stationnaires », c'est-à-dire faiblement actifs parce que les différences de température et d'humidité entre deux anticyclones voisins sont faibles.

En hiver (juillet), les anticyclones occupent une position assez septentrionale. La côte Nord du pays est alors soumise aux alizés secs venus de l'intérieur du continent ; seule la côte du Queensland est arrosée, car l'alizé maritime du sud-est aborde directement la côte et doit gravir les flancs de la Cordillère. Dans le centre de l'Australie (de 15 à 250 de latitude sud), le passage des fronts stationnaires se marque par l'apparition de bandes nuageuses qui donnent rarement des pluies. En allant vers le sud, ces fronts deviennent de plus en plus actifs avec l'apparition de l'air polaire maritime. Des fronts froids, qui sont parfois doubles ou triples, entraînent de fortes précipitations sur toutes les régions méridionales du sud-ouest, du sud et du sud-est de l'Australie, ainsi qu'en Tasmanie.

Australie : climat

carte : Australie : climat

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L'Australie : climat. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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En été (janvier), la bande des anticyclones se déplace vers le sud de l'Australie : seule l'extrémité sud-est (Victoria et Tasmanie) reçoit encore des pluies provoquées par des invasions d'air polaire maritime. Le beau temps anticyclonal règne sur Adélaïde et Perth. Au contraire, dans le nord de l'Australie, les pressions sont basses et la présence du front intertropical donne naissance à des pluies abondantes. Celles-ci arrosent en particulier le nord-est du Queensland, mais elles diminuent rapidement vers l'intérieur : au contact des masses d'air chaud et sec, l'air tropical s'éloigne de son point de saturation et les pluies deviennent rares dans le centre de l'Australie. Au nord-ouest, des cyclones tropicaux, les Willy-willies, naissent dans la mer de Timor en été et au début de l'automne. Leur trajectoire nord-est - sud-ouest s'incurve ensuite vers le sud et le sud-est : lorsqu'ils pénètrent dans l'intérieur du pays, ils disparaissent rapidement.

Le total des précipitations varie considérablement selon les années, et les moyennes ne permettent pas de se rendre compte suffisamment de ces oscillations qui peuvent avoir une ampleur de 1 à 5 ou même de 1 à 10 dans les régions semi-arides. Presque toute l'Australie est menacée par l'aridité, et l'élevage connaît d'importantes fluctuations en fonction de l'alternance de séries d'années sèches et d'années humides.

Le tableau ci-dessous donne les caractéristiques de cinq stations et permet de distinguer quelques types de climat essentiels :

Le climat désertique, bordé par une zone de climats semi-arides, couvre plus de la moitié de la superficie du continent australien. Par suite de la sécheresse de l'air, les températures sont très contrastées : les étés sont très chauds, mais les températures sont fraîches en hiver (moyenne de 11,5 0C à Alice Springs), et quelques gelées peuvent atteindre — 3 0C ou — 4 0C pendant les nuits de juin ou de juillet. Les pluies sont rares mais les régions qui reçoivent moins de 100 mm sont peu étendues : sur la plus grande partie du désert australien, il tombe de 100 à 250 mm d'eau en moyenne par an. On ne trouve donc pas de zone aussi totalement sèche qu'au Sahara. Cependant ces précipitations sont extrêmement irrégulières : au sud d'Alice Springs, Charlotte Waters reçoit normalement 137 mm d'eau, mais on a noté 310 mm en 1908 et seulement 30 mm, soit dix fois moins, en 1929. Les averses peuvent avoir une origine polaire et tomber en hiver ; les plus fréquentes et les plus importantes ont une origine tropicale. Dans le nord du désert, le maximum d'été s'accentue et on passe par transitions insensibles au climat tropical.

Le climat tropical est caractérisé par l'opposition entre une saison sèche (juillet) et une saison pluvieuse centrée sur le mois de janvier et de plus en plus longue au fur et à mesure que l'on se dirige vers le nord. Alors qu'à Wyndham, le total des précipitations n'atteint que 688 mm, Darwin reçoit 1 545 mm de pluies en moyenne. Les températures, très élevées en saison chaude, ne connaissent plus le rafraîchissement hivernal. L'amplitude thermique annuelle devient de plus en plus faible (Darwin 4,7 0C) et la moyenne est très élevée (29,1 0C à Wyndham).

Au nord-est, sur la côte du Queensland, le climat tropical est particulièrement arrosé : Cairns reçoit 2 228 mm par an. Les vents d'est dominants (alizés) doivent s'élever pour franchir la Cordillère australienne, et leur humidité se condense et donne des pluies considérables de décembre à mars ; les précipitations sont encore assez fréquentes pendant les mois d'hiver.

Sur la côte orientale, en Nouvelle-Galles du Sud, les températures diminuent très lentement vers le sud, mais les pluies restent abondantes. À Sydney, les 1 220 mm tombent en toutes saisons, simplement avec un léger maximum d'été.

L'extrémité sud-est de l'Australie, et en particulier la Tasmanie, a un climat océanique, avec des pluies en toutes saisons dues à l'air polaire maritime et des températures modérées. Les vents d'ouest, les Westerlies, soufflent avec vigueur, les zones montagneuses (Kosciusko, montagnes de Tasmanie) sont couvertes de neige.

Dans la région d'Adélaïde et au sud-ouest de l'Australie (Perth), le climat est de type méditerranéen : les pluies d'hiver (juillet) sont dues au flux d'ouest de la zone tempérée ; les coups de froid analogues à ceux des côtes méditerranéennes de la France sont inconnus, parce qu'il n'y a pas d'air polaire continental aux latitudes tempérées. La sécheresse et la chaleur de l'été s'expliquent par la présence des hautes pressions subtropicales. Les températures moyennes sont assez élevées par suite de vagues de chaleur, avec, en été, un vent de type « sirocco ».

Les sols

La répartition des sols est en rapport avec la nature du sous-sol rocheux et les conditions climatiques. La grande superficie occupée par les croûtes (duricrust) souligne le rôle important joué par les variations climatiques du Quaternaire dans la formation des sols actuels. Les sols de la zone aride, qu'ils soient rocheux ou sableux, ne sont pas utilisés par l'agriculture. Dans la zone subaride, on peut distinguer des sols bruns de texture variable, qui donnent dans l'ensemble de bons pâturages, et les sols de mallee, sableux, riches en calcaires, qui permettent seulement un élevage très extensif du mouton. Dans la zone subhumide (de 450 à 600 mm) se trouvent les meilleurs sols pour la culture du blé : terre argileuse brun rougeâtre dans le sud-est ou sols noirs dans le sud du Queensland. Avec la zone humide, les podzols deviennent fréquents, en particulier dans la bande côtière de l'Est et en Tasmanie, mais on trouve aussi des sols sableux, parfois dérivés de couches latéritiques, des terres rouges fertiles (red loams) dérivées de coulées basaltiques et des sols tourbeux dans les parties hautes de la Cordillère australienne.

Les sols fertiles ont donc une extension limitée. Il n'y a pas en Australie de riches plaines à limons comparables à celles du Mississippi ou à celle de l'Ukraine. De plus, les sols sont fréquemment attaqués par l'érosion que favorise la brutalité du climat. Les averses diluviennes provoquent ravinement et inondations ; les rafales de vent arrachent à la terre ses éléments fins. Comme partout, l'érosion est souvent la conséquence de la destruction par l'homme de la végétation naturelle.

Les eaux

Par suite de l'aridité d'ensemble du climat, les fleuves australiens sont médiocres et une grande partie du pays (64 p. 100) n'a pas un drainage normal vers la mer. Certaines régions n'ont aucune rivière : ainsi le calcaire du plateau de Nullarbor absorbe immédiatement les quelques averses annuelles. Dans la plus grande partie du désert et de la zone semi-aride règne un drainage non coordonné, avec d'innombrables cuvettes occupées par des lacs salés. Ainsi tout un faisceau de rivières temporaires (Cooper's Creek, Diamantina) converge vers la profonde dépression du lac Eyre. D'autres lacs (Torrens, Frome, etc.) sont également sans communication avec l'Océan.

Les fortes pluies qui tombent sur la Cordillère orientale donnent naissance à des rivières côtières assez abondantes mais courtes. Au sud-est de l'Australie, les eaux se concentrent dans le seul grand bassin fluvial, celui du Murray, qui couvre 1 072 000 km2, deux fois la superficie de la France. Le fleuve (2 766 km de long) de même que ses grands affluents, Murrumbidgee (2 172 km), Lachlan (1 126 km) et Darling (3 124 km), ne sont bien alimentés que dans leur partie amont : ils ont de moins en moins d'eau en allant vers l'aval. Certaines années, le Murray devient incapable de percer le cordon littoral qui barre son embouchure. Par contre, les années pluvieuses, le fleuve et ses affluents peuvent avoir des crues redoutables : ils se sont exhaussés sur leurs propres alluvions et coulent au-dessus de la plaine environnante. Aussi cet énorme réseau hydrographique est-il pratiquement inutilisable pour la navigation fluviale, et même insuffisant pour l'irrigation. C'est là un énorme handicap pour l'Australie qui ne possède pas de richesses fluviales comparables à celles des États-Unis.

L'agriculture, perpétuellement menacée par l'inconstance du climat, doit pourtant utiliser le mieux possible toute l'eau disponible. Cette recherche de l'eau s'oriente dans deux directions : l'aménagement des rivières, l'utilisation des eaux de puits.

Dès la fin du xixe siècle, des périmètres d'irrigation ont été installés sur le bas Murray, près de Mildura. Ensuite, au fur et à mesure que le peuplement s'étendait, des organismes officiels ou privés ont construit des barrages de retenue dans la partie amont des cours fluviaux et ont irrigué d'importantes superficies. Après la Seconde Guerre mondiale, de grands travaux ont été effectués dans les Alpes australiennes : les eaux de la rivière Snowy, qui prend sa source dans le massif du Kosciusko, ont été détournées vers le bassin du Murray grâce à un tunnel de 22 km. À l'heure actuelle, les terres irriguées couvrent environ 800 000 ha dont 330 000 dans l'État de Victoria et 280 000 en Nouvelle-Galles du Sud. Il faut d'ailleurs noter qu'une partie des terres irriguées à partir des rivières sont situées dans des zones où les pluies sont assez abondantes ; l'irrigation permet simplement de pratiquer des cultures exigeantes en eau (agrumes, luzerne, riz).

Nowra

photographie : Nowra

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Vue des paysages verdoyants autour de Nowra, en Nouvelle-Galles-du-Sud, Australie. 

Crédits : John Ibbotson/ Getty Images

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Les eaux souterraines sont largement utilisées. On se contente parfois d'atteindre les nappes phréatiques situées à assez faible profondeur. Sur le plateau calcaire de Barkly, le bétail peut être abreuvé grâce à des forages profonds de 30 à 100 m. Sur le plateau cristallin d'Australie-Occidentale, des poches dans le granite pourri, les gnamma holes, renferment de l'eau. Dans l'État de Victoria, on utilise des nappes d'eau situées dans d'anciens lits de rivière de l'époque tertiaire (deep leads). Un peu partout, les sous-écoulements des rivières actuelles permettent d'obtenir de l'eau, parfois malheureusement trop salée.

Les bassins artésiens, qui occupent environ 2 800 000 km2, peuvent également fournir d'importantes quantités d'eaux profondes. L'existence du Grand Bassin artésien était prouvée par des sources jaillissantes naturelles, les mound springs ; certaines avaient construit des cônes de boue et de sable de quelque 40 m de haut. Le premier forage a eu lieu en 1870. Il y a aujourd'hui environ 3 000 puits artésiens et plus de 5 000 puits subartésiens. Sauf à proximité du golfe de Carpentarie, les eaux renferment peu de chlorure de sodium. Elles sont utilisées pour les agglomérations humaines, pour les abreuvoirs et pour des luzernières destinées à constituer des réserves de fourrage. La pression, très forte au début, a beaucoup décliné avec la multiplication des puits, et, pour maintenir un certain équilibre, un contrôle strict de l'administration a été établi.

—  Alain HUETZ DE LEMPS

La flore et la faune

L'Australie, atteignant au nord les tropiques, au sud les régions tempérées froides, offre des milieux très variés bien que ses caractères physiographiques soient peu tranchés : à peu près plat, le continent australien n'a pas de montagnes dépassant 2 200 m d'altitude.

C'est pourquoi rien ne commande aussi nettement la répartition des plantes et des animaux que la pluviosité : un tiers du continent reçoit moins de 250 mm, un autre tiers moins de 350 mm par an. Il ne pleut beaucoup que sur le littoral septentrional et oriental, ainsi que sur la côte sud-occidentale. Là seulement se rencontrent des cours d'eau permanents. Ailleurs, les systèmes hydrographiques sont fort peu réguliers et les lacs eux-mêmes sont souvent temporaires.

En dehors de cette aridité, un second facteur explique les particularités de la flore et de la faune, c'est l'isolement géographique.

Du point de vue biologique, la région australienne, qui comprend vers l'est la Polynésie, est limitée au nord par une ligne théorique qui passe entre Bornéo et Célèbes pour traverser ensuite les Philippines. On nomme cette limite la ligne Wallace, mais pour certains groupes d'animaux une autre limite a été définie, plus à l'est : c'est la ligne Weber. En réalité, cette notion de limites géographiques manque de souplesse : Mayr a montré (1945) que les espèces d'oiseaux changeaient graduellement d'est en ouest à travers les îles, et non pas brusquement selon la ligne Wallace. Celle-ci est plutôt une zone de passage entre la faune continentale riche, au nord, et la faune insulaire appauvrie de Célèbes et des Moluques.

Le fait que la dissémination des espèces se produise de manière très diverse selon les groupes d'animaux rend par surcroît délicate l'appréciation des limites biogéographiques : une zone de transition comme la ligne Wallace jouera un rôle différent selon qu'il s'agira, par exemple, des Mollusques ou du plancton atmosphérique. Enfin, la nature de telles barrières a beaucoup changé au cours de l'histoire géologique. Quoi qu'il en soit, la région australienne inclut l'Indonésie orientale, la Polynésie, la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande, ainsi que l'Australie et la Tasmanie ; mais nous ne retiendrons ici que ces dernières.

Le cœur de cette région est en effet le continent lui-même. Au nord-ouest, les éléments australiens disparaissent aux lignes Weber et Wallace qu'atteignent et franchissent même diverses espèces asiatiques. À l'est, la faune d'Australie s'étend en Mélanésie et moins nettement en Nouvelle-Zélande, riche en endémiques qui semblent être arrivées aussi bien du sud que du nord (par la Nouvelle-Calédonie).

La flore

La végétation est formée de plusieurs zones vaguement concentriques entourant une région désertique. Celle-ci est excentrée vers l'ouest, si bien qu'en Australie-Occidentale la zone aride inclut la côte, qui en est distante à l'est de plusieurs centaines de kilomètres. Cette frange littorale est occupée par des forêts d'eucalyptus, sauf en quelques endroits au nord et à l'est, où forte pluviosité et sol favorable se conjuguent pour permettre à la forêt ombrophile d'apparaître. Une forêt humide sclérophylle existe d'autre part dans les chaînes montagneuses côtières. Vers l'intérieur, la zone forestière se dégrade en savanes boisées à eucalyptus, puis en formations buissonnantes à acacia, les scrubs (myall, mulga, boree, brigalow) ; au sud, le scrub à eucalyptus porte le nom de mallee. Viennent ensuite des pelouses et steppes épineuses, puis c'est le désert épineux, avec quelques dunes sans végétation.

La flore comprend près de 1 200 espèces d'Angiospermes, 61 de Gymnospermes, 250 de Fougères, 600 de Mousses, plus de 1 000 d'Hépatiques, 1 000 de Champignons supérieurs, ainsi que de nombreux Champignons inférieurs et Algues. L'endémisme, chez les Spermaphytes, concerne trois familles seulement, mais plus de 500 genres sur 1 700 et notamment Grevillea, Styphelia, Melaleuca, Candollea, Goodenia, Hakea, Hibbertia, Pultenaea, Eremophila, tous typiquement australiens. Il existe 400 espèces australiennes d'acacias et 600 d'eucalyptus. On distingue dans la flore, à côté de l'élément australien, un élément malais, bien représenté dans le nord-est du Queensland : en face de 2 familles endémiques australiennes, 18 autres représentent des familles malaises, illustrant l'importance de cette contrée, point d'entrée des plantes venant d'Asie. Un troisième élément, dit antarctique, est plus hypothétique : des affinités ont été relevées entre les flores de Nouvelle-Zélande, d'Amérique du Sud et d'Afrique du Sud.

La faune

Les Vertébrés terrestres et dulçaquicoles groupent une centaine de Mammifères placentaires, plus de 100 Marsupiaux, 2 Monotrèmes, plus de 500 Oiseaux, près de 400 Reptiles, une centaine de Batraciens anoures (pas de salamandres ni de tritons) et 180 Poissons. Chez les Invertébrés, 700 Mollusques et, selon Keast (1959), 50 000 Insectes sont à mentionner. Les Oiseaux, qui constituent le groupe le mieux étudié, ont permis de délimiter des sous-régions zoogéographiques : la sous-région torrésienne (tropicale nord-orientale), la sous-région eyrienne (aride et semi-aride) et la sous-région bassienne (sud-orientale et sud-occidentale tempérée). Cette dernière doit, pour certains auteurs, être divisée en deux sous-régions distinctes. Les Reptiles sont répartis en quatre groupes (Keast, 1959) dont la localisation est analogue à la précédente : région du détroit de Torrès (point d'entrée de nombreuses formes indo-malaisiennes ou néo-guinéennes), Sud-Est forestier, Sud-Ouest forestier, zone aride intérieure. Des divisions semblables peuvent être admises en ce qui concerne la distribution des plantes, des Poissons, des Crustacés, des Mollusques, des Insectes et des Mammifères.

Australie : zoogéographie

carte : Australie : zoogéographie

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L'Australie : zoogéographie. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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À la différence de la Nouvelle-Zélande, où beaucoup d'Insectes primitifs subsistent à cause d'un isolement plus prolongé, la faune australienne ne diffère guère des autres faunes continentales en ce qui concerne les Insectes. Les groupes primitifs, peu nombreux, renferment des moucherons (Diadocidinés), le termite géant (Mastotermes) et une fourmi (Nothomyrmecia). Beaucoup d'Insectes (par exemple la mouche Edwardsina) ont d'étroites affinités avec les espèces sud-américaines, ce qui amène les entomologistes à admettre que ces animaux sont arrivés par le sud.

La faune australienne est intéressante en ce qui concerne les Mollusques, car elle renferme des reliques anciennes et des immigrants récents, mais les groupes dominants sont des genres endémiques appartenant à des familles d'extension géographique très vaste. Les Mollusques les plus remarquables sont ceux dont les affinités sont « méridionales », comme les moules d'eau douce (famille des Hyriidés) ; les grands escargots terrestres (famille des Acavidés) de la forêt sclérophylle ou ombrophile, du Queensland central à la Tasmanie ; les Bothriembryon (Bulimulidés) qui abondent dans le Sud-Ouest. Les Camaenidés, qu'on rencontre aussi dans le Sud-Est asiatique, les Indes occidentales et l'Amérique centrale, ont évolué rapidement, produisant un grand nombre de genres et d'espèces typiques de la faune australienne, répandus de la forêt ombrophile aux régions arides. Dans chaque groupe, herbivore ou carnivore, l'adaptation aux variations climatiques est manifeste : certaines formes d'eau douce peuvent survivre jusqu'à trois ans en milieu desséché.

On compte seulement 180 espèces de Poissons dans les eaux douces peu étendues. Beaucoup de familles importantes manquent, ainsi les Cyprinidés et les Cyprinodontides ; les Plotosidés sont peu nombreux et on ne trouve pas de poisson caractéristique des eaux dormantes (Whitley, 1959). Des formes archaïques sont à signaler : le poisson à poumon du Queensland (Neoceratodus), le barramunda (Scleropages) et le Gadopsis. D'autres, comme la « morue » de Murray (Maccullochella macquariensis), proviennent des eaux salées mais sont devenues complètement dulçaquicoles. Beaucoup de Poissons australiens passent la saison sèche enterrés dans les sols humides, ainsi les goujons (Gobiomoridés) et les vérons (Galaxias). D'autres, comme Madigania unicolor, supportent les eaux des puits artésiens dont la température peut atteindre 50 0C.

Si l'on ne compte qu'une seule famille endémique de Reptiles, celle des lézards apodes (Pygopodidés), de nombreux genres groupant les deux tiers des espèces sont endémiques. La faune reptilienne est caractérisée par l'importance des Élapidés, serpents venimeux, parfois petits et dangereux seulement pour diverses bestioles, d'autres au contraire très redoutables pour l'homme : le taipan (Oxyuranus scutellatus), le serpent-tigre (Notechis scutatus), le serpent de la mort (Acanthophis antarcticus), le serpent brun (Demansia textilis) et le « tête de cuivre » (Denisonia superba). Bien qu'elles ne soient pas spéciales à l'Australie, plusieurs autres familles doivent être mentionnées : les dragons (Agamidés), les iguanes (Varanidés), les scinques (Scincidés) et les geckos (Gekkonidés).

La plupart des familles d'Oiseaux à répartition mondiale sont présentes. Les premiers immigrants ont acquis des différenciations considérables, mais les derniers restent proches des formes paléarctiques et néo-tropicales. Dans la première catégorie, on peut ranger les émeus (Dromaiidés), les casoars (Casuariidés), les mégapodes (Mégapodiidés), les perroquets (Psittacidés), les oiseaux-lyres (Ménuridés). Il faut encore citer les Atrichornithidés, les Grallinidés, les Artamidés, les Méliphagidés, les Ptilonorhynchidés, les Podorgidés et les Cracticidés. La seconde catégorie comprend notamment des gobe-mouches (Pachycéphalidés) apparentés aux Muscicapidés de l'Ancien Monde, des chanteurs, voisins des Sylviidés et des grimpeurs Climactéridés. Beaucoup de familles à large essaimage ont atteint l'Australie, où leur spéciation s'est développée en radiations évolutives diverses. Il existe ainsi 19 Anatidés, hautement endémiques, avec plusieurs genres monotypiques et aberrants : Cereopsis, Anseranas, Malacorhynchus, Stictonetta et Biziura. Des faits analogues se retrouvent chez les Colombidés (37 espèces) et les Estrildidés (17 espèces). Peu de migrateurs arrivent en Australie : deux martinets (Apodidés), un coucou (Cuculus saturatus) et une hirondelle (Hirundo rustica). À l'intérieur du continent, 66 p. 100 des oiseaux sont sédentaires et 8 p. 100 sont migrateurs (contre 60 p. 100 dans l'hémisphère Nord). Dans les zones semi-aride et aride, on rencontre des oiseaux nomades qui représentent 26 p. 100 de l'avifaune. Bien que certains de leurs déplacements aient une régularité apparente, les oiseaux nomades sont pour la plupart absolument errants sur la quasi-totalité du continent : leurs couvées sont sporadiques et peuvent se produire selon les circonstances écologiques en différentes régions, différentes saisons, ou pas du tout pendant plusieurs années.

Émeu

photographie : Émeu

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Exclusivement australien, l'émeu (Dromaius novaehollandiae) a su tirer profit des exploitations agricoles : grâce aux nombreux points d'eau installés pour le bétail, il peut accéder aux zones les plus arides. Il envahit les cultures céréalières dont il est friand, et des clotûres doivent... 

Crédits : Alexander Ludwig/ Panther Media/ Age Fotostock

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En ce qui concerne les Mammifères, les Placentaires sont des chauves-souris, des rongeurs et le dingo (Canis familiaris dingo) qui semble avoir été introduit par l'homme aborigène. Les Mammifères ovipares ou Monotrèmes, confinés en Australie et Nouvelle-Guinée, tels l'échidné (Zachyglossus aculeatus) et l'ornithorhynque (Ornithorhynchus anatinus), sont trop hautement spécialisés pour se situer à la base de la lignée évolutive placentaire. Ils ont dû se différencier à partir de formes prémammaliennes et ont évolué, peut-être en Asie, pour survivre ensuite à l'état relictuel dans le continent australien isolé. Il est en général admis que Marsupiaux et Placentaires sont deux lignées divergentes issues au Crétacé d'une même souche nord-américaine ; par la suite, elles se sont dispersées en Amérique du Sud et en Europe. Les ancêtres des Marsupiaux australiens devaient être des petits Insectivores ou Carnivores à l'allure d'opossums (Didelphoïdea) qui arrivèrent sur place dès la fin du Crétacé. Ces connexions de l'Australie avec l'Asie étant rompues, ils durent utiliser des radeaux de végétaux flottants. L'absence de Carnivores placentaires et la rareté des barrières écologiques ont permis le développement et la diversification des Marsupiaux. « Rats » et « souris » marsupiaux occupent les niches écologiques qui servent à leurs homologues euthériens en d'autres continents ; les kangourous, les wallabies ont colonisé prairies et forêts que peuplent d'ailleurs daims et antilopes ; les phalangers habitent le sommet des arbres à la façon des singes ; les opossums (Petaurus) remplacent les écureuils, etc. Sur tous ces animaux règne un prédateur, le thylacin (Thylacinus cynocephalus). On retrouve les Marsupiaux en Tasmanie, en Nouvelle-Guinée et dans les plus grandes des îles proches des côtes australiennes.

Dingo

photographie : Dingo

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Le dingo (Canis familiaris dingo) vit en Australie. Il serait issu de chiens domestiques introduits par les aborigènes et redevenus sauvages. Bien que sa présence régule en partie les populations envahissantes de lapins, il aurait eu un rôle dans la disparition ou la régression des espèces de... 

Crédits : Robert Lynch/ flickr ; CC-BY

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—  Harold James FRITH

Géographie humaine et économique

La population australienne, les potentialités et handicaps du pays

Le Commonwealth d'Australie, nom officiel du pays, est une fédération de six États et de deux Territoires, chronologiquement constitués entre 1788 et 1911 : la Nouvelle-Galles du Sud (6,8 millions d'habitants en 2006), l'Australie-Occidentale (2,05 millions), l'Australie-Méridionale (1,55 million), le Victoria (5,1 millions), le Queensland (4,05 millions), la Tasmanie (500 000), le Territoire du Nord (200 000) et le Territoire de la capitale fédérale (350 000). Leurs limites internes, tirées au cordeau, suivent des parallèles et des méridiens, à l'exception du Victoria qui emprunte partiellement une limite naturelle : la vallée du fleuve Murray.

Pays massif, l'Australie oscille entre deux qualificatifs : est-elle la plus grande île de la planète ou son plus petit continent ? Elle représente 85 p. 100 des terres émergées de l'Océanie, immense continent maritime.

Ne comptant que 20,7 millions d'habitants en 2006 – avec une densité de 2,6 hab./km2 –, contre plus de 19 millions en 2000, 11,6 millions en 1967 et 3,77 millions en 1901, l'Australie écrase pourtant l'Océanie de son poids démographique, en représentant près des deux tiers des Océaniens. Une situation paradoxale, car l'Australie pèse peu sur le plan démographique au regard des pays asiatiques proches. Les Australiens ne représentent que 15 p. 100 de la population du Japon, 10 p. 100 de celle d'Indonésie et moins de 2 p. 100 de celle de la Chine. L'Australie, quelles que soient les apparences, est donc un petit pays, et constitue un petit marché malgré le niveau de vie élevé de ses habitants : le PIB/hab. est de 31 000 dollars en 2004, exprimé en parité du pouvoir d'achat (PPA), et en forte progression, de près de 1 000 dollars par an depuis 2000. L'espérance de vie à la naissance (80,2 ans) et la mortalité infantile (4,9 p. 1 000) des Australiens sont parmi les meilleures au monde, tout comme l'indice de développement humain (IDH) qui place le pays au troisième rang mondial. L'Australie connaît, par ailleurs, une inflation maîtrisée entre 3 et 4 p. 100 par an, de 2001 à 2004, et un taux de chômage en baisse, 5,5 p. 100 en 2004. Ses richesses agricoles (laine, viande, blé, canne à sucre, vigne) sont légendaires, et ses ressources énergétiques et minières (houille, gaz naturel, uranium, nickel, fer, titane, manganèse, plomb, argent, etc.) lui permettent de profiter de l'augmentation des cours des matières premières (150 p. 100 pour le nickel en 2006), en bénéficiant de la proximité des marchés asiatiques très demandeurs. Mais comme dans tous les pays développés, les services génèrent plus des trois quarts de la richesse du pays. L'Australie peine donc à trouver sa juste place entre celle de « géant du Pacifique » (Xavier Pons) et de nain de l'Australasie, ainsi qu'entre celle de fournisseur de denrées agricoles et minières et de pays développé avec un secteur tertiaire prédominant.

Une répartition de la population très inégale mais évolutive

Vaste comme quatorze fois la France, l'Australie mesure 4 000 kilomètres d'ouest en est et 3 200 kilomètres du nord au sud. Le pays est ourlé par plus de 20 000 kilomètres de côtes. Pour sillonner le territoire, plus de 300 000 kilomètres de routes et 600 000 kilomètres de pistes non goudronnées sont disponibles. Les voies ferrées ne servent pratiquement qu'à exporter les minerais. Malgré un usage constant de l'automobile (les distances se comptent en heures de route), du camion tractant de multiples remorques (road train), de l'avion et d'Internet (48 p. 100 de la population y avait accès en 2003), la population australienne, peu nombreuse, subit toujours un territoire trop grand, et souffre d'une véritable « tyrannie des distances » (selon l'historien Geoffrey Blainey).

Par ailleurs, la population ne se répartit pas de façon homogène. Elle se concentre sur le littoral, dont les fortes densités s'opposent à la vacuité du centre : le cœur géographique de l'Australie correspond au désert rouge et à l'outback – un terme d'ambiance désignant l'arrière-pays vide mais au caractère pionnier –, alors que c'est sur les marges littorales que bat le véritable cœur économique du pays. En 2003, 92 p. 100 des Australiens sont citadins et ils se concentrent, en outre, dans de très grandes conurbations littorales et portuaires. Ainsi, les cinq plus importantes agglomérations du pays – Sydney, Melbourne, Brisbane, Perth et Adelaïde – regroupent plus de 60 p. 100 de la population, tandis que Canberra, la capitale fédérale du pays, siège du Parlement, entièrement construite au début du xxe siècle, qui se trouve à équidistance de Sydney et de Melbourne, est la plus grande ville de l'intérieur du pays (350 000 hab. en 2005), mais elle se situe loin derrière les grandes villes du littoral.

Baie de Sydney, Australie

photographie : Baie de Sydney, Australie

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Vue aérienne de la baie de Sydney traversée par un pont majestueux, le Harbour Bridge. À gauche à la pointe du cap, le célèbre opéra en forme de coquillage réalisé par Jorn Utzon. 

Crédits : Grant Faint/ Photographer's Choice RF/ Getty Images

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Melbourne

photographie : Melbourne

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Coucher de soleil sur Melbourne et ses tours, Australie. 

Crédits : f11photo/ Shutterstock

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Canberra, le Parlement australien

photographie : Canberra, le Parlement australien

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Le Parlement de Canberra a été édifié en 1988 sur Capital Hill. 

Crédits : pattyjansen/ Fotosearch LBRF/ Age Fotostock

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Les évolutions de cette hiérarchie urbaine depuis les années 1960 sont remarquables. Les leaderships de Sydney (Nouvelle-Galles du Sud), ville plutôt lainière à l'origine, et de Melbourne (Victoria), plutôt minière, restent indiscutables, bien que Sydney, qui comptait 300 000 habitants de plus que Melbourne en 1967, en compte 600 000 de plus en 2004 avec ses 4 millions d'habitants. Les agglomérations de Brisbane (Queensland), dont la population a plus que doublé (1,6 million d'habitants) et celle de Perth (Australie-Occidentale) qui a presque triplé (1,4 million d'habitants) dans le même laps de temps, occupent désormais les 3e et 4e places, alors qu'Adélaïde (Australie-Méridionale) plafonne à plus de 1 million d'habitants et n'occupe plus que le 5e rang en 2004 (elle était la 3e ville du pays en 1967). Cette nouvelle hiérarchie urbaine illustre les évolutions économiques des différents États : explosion touristique au Queensland (avec le développement de la Gold Coast), boom minier exceptionnel en Australie-Occidentale alors que l'économie rurale traditionnelle (laine, céréales et viande) d'Australie du Sud, du Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud est soumise à des aléas climatiques répétés. Si le poids économique du quart sud-est de l'Australie – son « angle utile » – reste toujours prépondérant, la croissance la plus forte se situe désormais à l'Ouest et au Nord-Est, du fait d'un processus de rééquilibrage territorial de l'économie australienne.

Australie : économie

carte : Australie : économie

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L'économie australienne. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Un grand pays agricole

L'Australie dispose d'un espace démesuré où les conditions climatiques sont difficiles, les sols souvent stériles et l'écosystème fragile. Cette conjonction de facteurs expliquent les pratiques extensives, notamment en matière d'élevage bovin, et surtout ovin (1 mouton par hectare et jusqu'à 1 mouton pour 5-10 hectares en zone aride), mais aussi en matière de céréaliculture où les rendements en blé par hectare (20 quintaux en moyenne) sont quatre, voire cinq fois inférieurs à ceux de la Beauce (80 à 100 quintaux). Bien qu'il soit très difficile d'évaluer le troupeau ovin australien – les chiffres oscillant fortement d'une année sur l'autre en fonction des aléas climatiques –, celui-ci est considéré comme le second au monde après la Chine (100 millions de têtes environ, essentiellement mérinos, dont 37 p. 100 d'agneaux). Les bêtes destinées à fournir la laine et la viande sont parquées dans de gigantesques stations d'élevage de l'intérieur du pays (dont une cinquantaine compteraient plus de 50 000 têtes). Pour nourrir les bêtes, la rotation des paddocks est d'usage afin de pallier la pauvreté d'une steppe, parfois améliorée mais souvent pelée ; les forages et éoliennes d'un côté, les retenues collinaires de l'autre permettent d'abreuver les troupeaux, sauf en cas de sécheresse exceptionnelle (2006). Le bush constitue le paysage emblématique de l'Australie pastorale dont les surfaces dédiées à l'élevage sont dix fois plus grandes que celles qui sont cultivées.

La culture est hautement mécanisée et ne mobilise qu'une main-d'œuvre rare et dispersée. Le blé et les céréales associées (orge, avoine) ne sont cultivés que sur deux wheat belts de taille variable en fonction des années, dans les quarts sud-ouest et sud-est de l'Australie, souvent en association avec l'élevage bovin pour la viande et le lait (mixed farming). Ceux-ci se pratiquent dans des exploitations familiales de 400 à 800 hectares, notamment dans le sud-est. Certaines vallées, plus spécialisées dans la culture des agrumes (Murray), des fruits à pépins et à noyaux et de la vigne (Barossa, Hunter, Coonawarra), et certaines parties du Queensland orientées vers la canne à sucre, sont irriguées, bien que ces pratiques soient exceptionnelles (3 p. 100 des terres cultivées, surtout dans l'État de Victoria) et aujourd'hui controversées en raison de la rareté de la ressource en eau.

Parmi les nombreuses productions agricoles australiennes, le vin est considéré, dans le pays, comme un produit de niche et de prestige. La vigne y fut implantée au temps des premiers colons luthériens d'origine suisse ou allemande, au xixe siècle. L'Australie est devenue le 5e producteur mondial en 2004 (avec 11,5 millions d'hectolitres par an). La viticulture australienne utilise désormais des principes simples de fabrication qui font son succès. Au-delà de quelques règles (par exemple, pour un millésime, 95 p. 100 du raisin doit être de cette année-là ; pour une origine ou un cépage, 80 p. 100 du raisin doit en provenir), toutes les libertés sont permises pour façonner un vin standardisé de qualité constante, ce qui explique le boom des exportations depuis les années 1990, y compris vers la France. Même si la viticulture australienne bénéficie de procédés culturaux inconnus en Europe – comme l'irrigation –, et même si les vins titrent souvent jusqu'à 140 d'alcool, ceux-ci peuvent faire valoir leurs origines, notamment des cépages nobles (syrah, cabernet sauvignon et chardonnay). Les vins australiens bénéficient de techniques de vinification sophistiquées mises au point par des maîtres de chais expérimentés, assistés d'œnologues dont les compétences n'ont plus rien à envier à celles de leurs homologues européens. Le secteur connaît une très forte concentration, puisque 80 p. 100 des vins australiens sont commercialisés par quatre sociétés viticoles.

La grande majorité des productions agricoles australiennes sont destinées à l'exportation. Dans un secteur où le libre jeu du marché mondial est contrarié par des subventions protectionnistes (en Europe, aux États-Unis ou au Japon), toutes les productions animales et végétales australiennes (laine, céréales, canne à sucre, viande) dépendent, en revanche, des fluctuations des cours du marché mondial ; et si 75 p. 100 des céréales et du sucre sont exportés, leur contribution à la valeur totale des exportations varie grandement d'une année sur l'autre, du fait de ces fluctuations. De puissantes agences spécialisées par produits (Boards) aident le monde agricole, mais le gouvernement australien conservateur, au pouvoir depuis 1996, réélu en 2004 sur les valeurs libérales de la libre entreprise et du libre-échange, est moins enclin que par le passé à subventionner l'agriculture, même indirectement. Nécessité faisant loi, du fait de l'extrême sécheresse qui perdure, une substantielle aide gouvernementale a pourtant été fournie aux fermiers en 2006. Mais il semble certain qu'à l'avenir le marché menacera la survie même de certains territoires agricoles qui devront alors être abandonnés.

Mines, énergie et industrie

L'Australie-Occidentale est, par excellence, l'État minier du pays dont il assure en valeur, tous minerais confondus, plus du quart de la production nationale. En fait, considérant la structure géologique du pays, les mines sont réparties de façon assez homogène sur l'ensemble du territoire australien, d'autant que l'activité extractive, contrairement à l'agriculture, n'est pas tributaire des aléas climatiques extrêmes.

Le sous-sol de l'Australie recèle 38 p. 100 des réserves mondiales d'uranium – métal dont l'avenir et les prix semblent assurés en raison de l'épuisement des ressources en pétrole, et elle assure le quart de la production mondiale de ce minerai qu'elle exporte intégralement. Tandis que la houille, souvent extraite à fleur de terre, a vu sa production décupler entre 1966 et 2004, passant de 33 à 373 millions de tonnes par an, plaçant l'Australie au rang de 4e producteur mondial, les réserves prouvées de ce minerai passaient également, dans le même temps, de 8 à 86 milliards de tonnes (l'équivalent de deux siècles de réserves). L'Australie consomme 144 millions de tonnes de charbon par an (9e consommateur mondial), soit un tiers de l'énergie produite localement. Ce pourcentage est amené à s'accroître, en raison de l'abondance de la ressource disponible sur place, mais surtout de l'amélioration de la filière « charbon propre », qui consiste à dépolluer les résidus sulfureux contenus dans les fumées de combustion. L'Australie possède également des gisements de pétrole : 27 millions de tonnes extraites en 1990, 35 en 2000, et 23 seulement en 2004, notamment dans le détroit de Bass (au sud-est) ; tandis que la production commercialisée de gaz naturel est de 36 milliards de m3 par an en 2004, la consommation de 24 et les réserves estimées sont de 4 400 milliards de m3, soit seulement 20 p. 100 inférieures à celles de l'Arabie saoudite.

En plus de ces nombreux atouts énergétiques, l'Australie peut potentiellement produire en abondance de l'énergie renouvelable (10 p. 100 seulement de la production en 2006) et notamment solaire. Sa production électrique est de 227 milliards de kWh. Elle est bon marché mais elle est due essentiellement à la combustion d'énergie fossile et surtout du charbon. Les inquiétudes liées à l'augmentation mondiale des gaz à effet de serre ont poussé les autorités australiennes à lancer, en 2006, un débat public sur un éventuel recours à l'énergie nucléaire – dans une société fondamentalement hostile à cette filière, et sur le projet de construction de vingt-cinq réacteurs nucléaires à proximité des métropoles et le long des côtes.

L'Australie possède (en réserves prouvées), enrichit et exporte de nombreux minerais : elle est le 1er producteur mondial de bauxite et de titane, le 2e de fer, nickel et plomb, le 3e de zinc et manganèse, le 4e d'argent et de cuivre, etc. L'extraction de l'or, qui avait fait la fortune de l'Australie, et notamment de l'État de Victoria au xixe siècle, atteignait encore 250 tonnes par an au début du xxie siècle, plaçant l'Australie juste derrière l'Afrique du Sud (340 tonnes).

En revanche, l'industrie ne représente plus, en 2004, que 19 p. 100 de la valeur ajoutée produite dans le pays. L'industrie extractive et celle des produits dérivés de la mine, semi-finis (alumine, 1er producteur mondial) ou raffinés sur place (mattes et ferronickels) se portent bien. Les productions de l'économie rurale (laine, viande, céréales, vin), destinées traditionnellement à la grande exportation, compensent la baisse de production du blé en raison de cours élevés. Mais les industries de transformations subissent les handicaps d'un marché australien étroit, peu concurrentiel et très largement libéralisé dans les années 1990. La proximité du Japon et de la Chine, l'effondrement des coûts du transport maritime liés à la standardisation et à l'accroissement de la taille des porte-conteneurs, la concentration des consommateurs australiens dans les zones portuaires, sont autant de facteurs qui ont conduit à l'effondrement d'un dispositif industriel obsolète et ont contribué à la quasi-disparition des industries textiles, de la chaussure et du cuir, ainsi que de la petite mécanique. Certes, l'Australie produit toujours de la fonte, de l'acier, des produits chimiques et du papier, mais à un prix peu compétitif sur le marché mondial. L'industrie automobile australienne, souvent constituée par des filiales de groupes américains (General Motors Holden, Ford) dont le modèle industriel est contesté (produits de qualité médiocre), périclite face à la concurrence des marques japonaises et coréennes, dont certaines sont assemblées sur place (Toyota, Mitsubishi). Seules se maintiennent les industries des travaux publics et du bâtiment (cimenteries, scieries), de l'agroalimentaire (brasseries, meuneries, produits frais) ou celles qui offrent des services (commerce, banque, assurance, santé, éducation, transports, restauration, services à la personne, etc.) destinées à répondre à la demande du marché de proximité des grandes conurbations et des bourgs ruraux.

L'industrie high-tech de l'informatique (logiciels, réseaux), de la téléphonie, de l'imagerie, a subi les aléas de la bulle Internet, au début des années 2000. Elle a montré, tout comme les biotechnologies, une capacité à se régénérer qui la distingue des industries traditionnelles.

L'environnement : perception locale et réalité mondiale

Le mode de vie et la faiblesse du peuplement aborigène ont toujours laissé une empreinte écologique faible sur un écosystème très fragile. L'arrivée des Européens, depuis plus de deux siècles, et d'un mode de production capitaliste qui fait appel à une énergie mécanique et nécessite un prélèvement et une transformation des ressources naturelles ont bouleversé la relation homme-nature originelle. De plus, le réchauffement climatique a provoqué d'importantes dégradations écologiques : blanchiment des coraux de la Grande Barrière de corail dû au réchauffement des eaux, destruction des derniers lambeaux de forêts tropicales au Queensland, pollutions minières, rayonnements ultraviolets intensifiés du fait de la proximité du trou de la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique. Plus que jamais, les Australiens sont soucieux de préserver leur environnement, et notamment leurs parcs nationaux (Kakadu et Uluru-Kata-Tjuta dans le Territoire du Nord, ou celui de Fraser Island – la plus grande île de sable au monde – dans le Queensland), véritables conservatoires de la nature. Les craintes liées aux conséquences des dégradations sont relayées par un courant écologiste quasi intégriste (s'apparentant à la deep ecology), qui prône les valeurs de l'endémisme en proposant, entre autres, la suppression de la faune et de la flore importées, qualifiées d'aliens (l'introduction de vingt-quatre lapins en 1859, qui s'étaient multipliés, avait provoqué des dégâts considérables et nécessité la construction de barrières sur des milliers de kilomètres). Ce courant dénonce également une sylviculture fondée sur des essences à croissance rapide destinées à l'industrie de la pulpe et du papier. Mais il s'agit surtout d'une posture environnementale solidement ancrée dans la société australienne intellectuelle et urbaine, alors qu'au niveau international, le gouvernement australien n'a pas ratifié le protocole de Kyōto visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et qu'il a manifesté jusqu'ici une certaine insouciance à l'égard des périls écologiques.

Parc de la Grande Barrière de corail, Australie

photographie : Parc de la Grande Barrière de corail, Australie

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Les aires marines protégées, qu'elles concernent les milieux ou les espèces qui les peuplent, suffiront-elles à préserver les océans de plus en plus menacés, où s'accumulent toutes les pollutions? Ici, le parc de la Grande Barrière de corail en Australie. 

Crédits : Pete Atkinson/ Photographer's Choice/ Getty Images

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Renaissance aborigène et migrations internationales

Les Australiens considèrent qu'ils vivent dans un « pays chanceux » (Lucky Country, selon l'expression australienne consacrée), à la fois protégé par son éloignement et miraculeusement doté en ressources, où il fait bon vivre pour ceux qui ont une âme de pionnier. Mais à côté de ce mythe, l'Australie se voulait blanche et de préférence britannique. Originellement terre de bagne, pays d'éleveurs extensifs (squatters) menant les troupeaux de moutons sur les terres au détriment des colons (settlers), l'Australie n'a pas traité sa population aborigène avec beaucoup d'égards. Les premiers contacts avaient déjà été difficiles et marqués par des incompréhensions réciproques. Au xixe siècle et au début du xxe, le pays a restreint l'immigration asiatique (travail dans les mines) ou mélanésienne (dans les plantations de canne à sucre), puis, dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, il a favorisé des politiques migratoires actives mais ciblées (populations blanches anglaises, écossaises ou irlandaises, puis méditerranéennes d'origine italienne, grecque ou yougoslave), en subventionnant souvent le prix du passage. Progressivement le pays s'est fermé à l'immigration. Pourtant, 23 p. 100 des Australiens sont nés hors du pays et 7,3 p. 100 de la population, en 2003, était étrangère.

Colons et aborigènes

photographie : Colons et aborigènes

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Un couple de colons et des aborigènes australiens (vers 1855). Il s'agit probablement de la plus ancienne photographie prise en Australie. 

Crédits : Henry Guttmann/ Getty Images

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À compter du dernier tiers du xxe siècle, l'Australie est cependant devenue plus multiculturelle. Elle a octroyé, par référendum en 1967, une plus grande place aux Aborigènes, en donnant au gouvernement fédéral l'autorisation de voter des lois pour les protéger, de les compter dans les recensements et de leur reconnaître le droit à la citoyenneté, à la libre résidence et celui de voter. Puis, le gouvernement leur a accordé des droits territoriaux et fonciers (Aboriginal Land Rights Nothern Territory en 1976), et d'autres plus spécifiques (Native Title Act de 1993), qui confèrent des droits coutumiers sur les terres aborigènes (avec lesquelles la population entretient un lien ancestral et spirituel), permettant ainsi le paiement de royalties (notamment en terre d'Arnhem, riche en uranium) ou des compensations économiques pour leur exploitation. La loi de 1976 permit la rétrocession légale de terres publiques (titre de propriété aborigène exclusive sur 35 p. 100 du Territoire du Nord) et la restitution de hauts lieux, comme Ayers Rock (Uluru pour les Aborigènes), le monolithe sacré situé à proximité d'Alice Springs, rendu en 1985. Plus de 400 000 personnes se déclarent Aborigènes en 2006 (soit 2 p. 100 de la population totale). Mais, si, à l'occasion du référendum du 6 novembre 1999, la proposition principale de fonder une République australienne fut rejetée, celle annexe d'ajouter un préambule constitutionnel introduisant une référence officielle aux Aborigènes le fut également. La renaissance culturelle aborigène est pourtant devenue une réalité, en témoigne la valeur acquise par la peinture aborigène sur le marché international de l'art contemporain. Même si la dispersion des groupes sur le territoire nuit à l'émergence d'une « nation aborigène », et même si les médias associent trop souvent les Aborigènes à l'alcoolisme et à la misère, leur poids politique et l'impact sur les médias n'ont jamais été aussi importants.

Sédentarisation des aborigènes

photographie : Sédentarisation des aborigènes

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Dans la mission méthodiste de Croker Island (Territoire du Nord, Australie), apprentissage des méthodes agricoles visant à l'autosuffisance (vers 1955). 

Crédits : Hulton Getty

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Ayers Rock

photographie : Ayers Rock

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Situé en plein cœur de l'Australie, Ayers Rock est un lieu sacré appelé Uluru par les aborigènes. Ce haut lieu touristique, classé patrimoine de l'humanité par l'U.N.E.S.C.O., leur a été rétrocédé en 1985. 

Crédits : Doug Armand/ The Image Bank/ Getty Images

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Parallèlement, la politique migratoire australienne a également évolué, notamment face au vieillissement inexorable de la population : celle-ci comptera 16,5 p. 100 de plus de 65 ans en 2020, et à cette date, cette tranche d'âge représentera encore une part importante de la population active australienne. Dans ces conditions, vouloir endiguer l'arrivée d'immigrants illégaux, d'origine chinoise, afghane ou irakienne, sur les rivages de ce pays riche, n'est pas chose aisée. Qu'il s'agisse de les placer en centres de rétention sur le sol australien ou de les déporter dans les pays insulaires du Pacifique, comme à Nauru ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée – qui ont fait de ces accueils au long cours une véritable industrie, rémunérée par l'Australie qui paie pour l'hébergement des réfugiés –, la politique migratoire australienne reste dommageable en termes de logique économique et d'image. L'Australie tente donc de gérer, au cas par cas, ces flux d'immigrants, et pratique dans le même temps une politique d'immigration choisie très sélective, quasi discrétionnaire, en privilégiant des critères d'âge, de santé, d'éducation mais également de capitaux susceptibles d'être investis par les migrants entrepreneurs. Ainsi, on estime, en 2006, que 8 p. 100 de la population australienne est désormais d'origine asiatique, chiffre à la croissance exponentielle qui pourrait atteindre 20 p. 100 en 2020. Une forte diaspora chinoise, notamment en provenance de Hong Kong, est installée en Nouvelle-Galles du Sud. On compte également de nombreux Sud-Africains blancs qui ont émigré depuis la fin du régime de l'apartheid en 1994, en particulier à Perth, en Australie-Occidentale.

Géopolitique et positionnement mondial

Pour tenir son rang de puissance régionale, l'Australie porte un nouveau regard sur ses voisins et sur le monde. Sa diplomatie est active, notamment pour réclamer l'ouverture des marchés agricoles (groupe de Cairns), elle est encouragée par un puissant lobby qui lutte contre les subventions agricoles européennes ou américaines. Même si elle incarne les périls de la mondialisation, la création de l'Organisation mondiale du commerce a répondu partiellement aux attentes australiennes d'un monde librement régulé par le marché. Par ailleurs, l'Australie a resserré ses liens commerciaux avec l'Association des Nations du Sud-Est asiatique (ANSEA) et la Chine, depuis la fin des années 1990, en sachant, d'une part, que six des dix plus importants partenaires commerciaux de l'Australie sont asiatiques, le Japon en tête, et, d'autre part, que près des deux tiers des touristes viennent d'Asie. En outre, sous les auspices du Forum des îles du Pacifique (ancien Forum du Pacifique Sud créé en 1971), Canberra tente d'élaborer un nouveau « plan océanien » pour une plus grande intégration régionale, et donc une meilleure consolidation des petits États insulaires, considérés comme fragiles et vulnérables.

L'Australie n'hésite plus à intervenir pour des missions de maintien de l'ordre international, souvent avec un mandat de l'ONU, dans sa région (en Papouasie-Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon en 2005, au Timor oriental à nouveau en 2006) ou pour des raisons plus idéologiques (en Irak en 2003), puisqu'elle avait estimé avoir été elle aussi touchée par le terrorisme international (l'attentat de Bali en 2002 avait fait plus de quatre-vingts victimes australiennes).

Dans la première décennie du xxie siècle, l'Australie est à la croisée des chemins : c'est un pays riche mais dont la structure des exportations, composées de produits agricoles, de minerais et de matières premières, s'apparente toujours à celle d'un pays rentier ; et c'est un pays soucieux de sa place à la charnière de l'Asie, avec laquelle il a resserré ses liens économiques, et de l'Océanie, où il inspire une politique régionale active avec les îles et les États du Pacifique.

—  Benoît ANTHEAUME

Histoire

Découverte par l'Anglais Cook en 1770, l'Australie n'était peuplée que de quelque 250 000 indigènes. Sa colonisation se fit par trois apports successifs : les déportés (jusqu'en 1851), les colons agricoles (farmers et squatters) et les chercheurs d'or (notamment en 1850 et en 1880). Peuplement à majorité anglo-saxonne, lent et limité aux villes ; difficultés de communication à l'intérieur d'un continent massif, privé de voies navigables ; menaces, sur ce continent presque vide, des ambitions japonaises ou chinoises dans le Pacifique : autant de problèmes que l'Australie a dû déjà affronter au cours d'une histoire de deux siècles.

Chercheurs d'or en Australie

photographie : Chercheurs d'or en Australie

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En Australie, des chercheurs d'or lavent le sable et la boue à la batée avec l'espoir de trouver des pépites ou des paillettes du précieux métal (vers 1850). 

Crédits : Three Lions/ Hulton Archive/ Getty Images

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La première colonisation

Les hommes de la Renaissance imaginent qu'une Terra australis incognita équilibre les masses continentales du Vieux Monde. Cependant, malgré quelques voyages d'approche au xviie siècle (Tasman, 1642 ; Dampier, 1688), il faut attendre les expéditions de Cook pour que commence l'exploration. En 1770, il prend possession, au nom du roi d'Angleterre, d'un fragment de la côte orientale. La colonisation n'est envisagée que plus de quinze ans plus tard, après la perte des colonies américaines et devant la menace d'une installation française. 1 500 hommes, dont 800 forçats, partent, sous la direction d'Arthur Phillip, fonder la Nouvelle-Galles du Sud (26 janv. 1788).

Jusqu'au milieu du xixe siècle, les Anglais n'accordent qu'un intérêt médiocre à ces terres lointaines, où ils expédient les opposants irlandais. C'est le temps des forçats et des premiers explorateurs, qui recensent les terres exploitables au-delà des Blue Mountains. Les premières villes : Sydney (sur l'emplacement où les premiers colons ont débarqué), Melbourne (1835), Adelaïde (1836) sont fondées et quelques colons libres viennent s'établir. En 1797, le capitaine MacArthur a introduit le mouton dont les troupeaux vont devenir une des sources de la richesse locale, et l'on voit se multiplier des domaines immenses que les éleveurs (squatters) se réservent aux dépens des cultivateurs (settlers). Ces établissements permettent la prise de possession officielle, en 1803, de la Tasmanie, de l'Australie-Occidentale en 1830, du Victoria en 1835, de l'Australie-Méridionale en 1836. L'ensemble, cependant, reste modeste : il se présente sous la forme de noyaux de peuplement isolés les uns des autres. La présence des forçats (150 000 au milieu du xixe siècle) donne mauvaise réputation au pays. Aussi les colons libres luttent-ils pour obtenir l'abrogation de la déportation (1840 en Nouvelle-Galles du Sud) et une reconnaissance politique. Ils obtiennent, de 1823 à 1842, du Parlement de Londres, des chartes constitutionnelles, créant des conseils locaux à responsabilité limitée. En 1850, le British Government's Australian Colonies Government Act marque le début d'une véritable vie politique locale : cinq colonies (Nouvelle-Galles du Sud, Tasmanie, Australie-Méridionale, Victoria, Queensland) reçoivent un début d'autonomie.

Le développement économique

Cependant la découverte de l'or, à Bathurst en 1851, puis à Bendigo, bouleverse le pays. En vingt ans, on en extrait pour 190 millions de livres. Une population d'aventuriers et de pionniers se lance à la recherche de gisements nouveaux. La population quadruple en vingt ans : 405 000 habitants en 1850, 1 146 000 en 1860, 1 600 000 en 1870. Sur les camps des chercheurs naissent les villes (Ballarat, Bendigo, etc.). Le pays s'équipe en routes et entreprend la construction des voies ferrées. Un commerce, indispensable pour l'approvisionnement de ces centres nouveaux, s'organise. L'agriculture en est stimulée dans la mesure où s'accroît et se régularise le marché intérieur (laine et céréales surtout). Elle accueille même, après 1857, les chercheurs d'or déçus, désireux de s'établir. C'est l'occasion d'une assez grave crise agraire : les settlers, dont l'importance s'est brusquement accrue, exigent qu'une partie du sol contrôlé par les squatters redevienne « terre ouverte » et obtiennent par les Grant Acts (1865-1869) un accroissement notable des étendues mises en culture (au total, plus de 1,3 million d'acres). Aux éleveurs qui vendent déjà la laine sur le marché mondial, en Angleterre surtout, s'offre à partir de 1882 (invention des procédés de réfrigération) la possibilité d'exporter la viande. Un secteur industriel s'ébauche, médiocre d'abord (industries alimentaires et minières), à cause de la concurrence anglaise qui empêche notamment la création d'une industrie textile ; on voit naître aussi une classe ouvrière, formée principalement de mineurs qui, en 1874, organisent les premiers syndicats (Union des mineurs).

La laine du Commonwealth

photographie : La laine du Commonwealth

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Le stockage de la laine à Adélaïde, en Australie-Méridionale. En 1960, cet État d'Australie est le premier producteur mondial de laine, avec quelque 112 millions de moutons. 

Crédits : Hulton Getty

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Tout cela n'est qu'un début : en 1890, il n'y a encore que 15 000 km de voies ferrées, et l'on manque de capitaux d'équipement. Les quatre cinquièmes de la population restent groupés en Nouvelle-Galles du Sud et en Victoria ; au total, il n'y a que 3,2 millions d'habitants.

Dans le domaine politique, chacune des colonies reçoit un gouvernement responsable, avec constitution à l'anglaise et gouverneur représentant l'autorité de la métropole. Seule l'Australie-Occidentale, moins peuplée, doit attendre jusqu'en 1890. Entre elles, les colonies, en dehors de conférences intercoloniales, peu efficaces, n'ont pratiquement aucun lien.

Le problème fédéral

Les années 1890 marquent une coupure : une grave crise économique secoue le pays, en liaison avec la dépression mondiale. Les cours de la laine baissent de moitié (en 1872, 3 F le kg ; en 1895, 1,4 F). Les capitaux étrangers disparaissent, entraînant la faillite de banques. Dans leur lutte contre la crise, les colonies souffrent de leur isolement réciproque ; les syndicats lancent des grèves qui échouent (1893). Ces expériences, confrontées à celles de la Nouvelle-Zélande, transforment les données de la vie politique.

En effet, tandis qu'après 1895 la prospérité revient lentement, stimulée par la découverte de nouveaux filons aurifères (Colgardie, 1892, et surtout Kalgoorlie, qui va rester le gisement essentiel), la question de la fédération passe au premier plan. On a ressenti le danger des ambitions allemandes et japonaises dans le Pacifique, et la crise a fait le reste. Dès 1885 un conseil fédéral siège. Sous l'influence de Londres se réunit une convention fédérale dont les travaux, difficiles, sont sanctionnés, après référendum, par un Acte du Parlement britannique (9 juill. 1900), approuvant, pour le 1er janvier 1901, la création d'un Commonwealth d'Australie. Il groupe les six colonies, qui deviennent des États. Seul le Nord, trop peu peuplé, ne constitue qu'un territoire, dépendant d'abord de l'Australie-Méridionale, plus tard du gouvernement fédéral.

Ce rapprochement favorise l'essor économique : accroissement des terres mises en culture (7,5 millions d'arpents en 1914), du troupeau (93 millions de têtes en 1911), du commerce extérieur (146 millions de livres en 1911). Il y a maintenant plus de 300 000 ouvriers travaillant dans des activités de base : extraction de l'or, du charbon (12 millions de tonnes en 1913), de l'étain (Tasmanie). La vie politique, stimulée par le vote des femmes après 1895, est profondément renouvelée par l'apparition d'un Labour Party, sous l'influence des milieux syndicalistes. Essentiellement réformiste, dans un pays où la vie politique manque de passion, mais soutenu par le vif sentiment de la démocratie qui anime la masse des colons, dont les origines européennes sont souvent modestes, le Parti travailliste fait éclater, comme il le fera plus tard en Angleterre, la vieille opposition libéraux-conservateurs, d'ailleurs peu marquée ici. À partir de 1904 (J. C. Watson) et surtout 1908 (A. Fischer), il ravit le pouvoir aux conservateurs de Deakin, qui avaient pratiqué une politique d'organisation de la fédération à l'intérieur, et de protectionnisme économique et racial à l'extérieur (vote, en 1901, de la « loi des cinquante mots », qui permet, sous prétexte d'analphabétisme, d'interdire l'entrée du continent aux asiatiques). Les travaillistes, qui restent au pouvoir jusqu'en 1914 avec de courtes interruptions, appliquent leur programme modéré de 1905.

Tout en accentuant le protectionnisme, ils pratiquent une politique de hauts salaires, développent l'instruction, imposent la journée de travail de huit heures, créent des institutions d'assistance. Le budget de l'État se gonfle démesurément, et la fiscalité s'accroît ; mais le niveau de vie de l'Australien devient un des plus hauts du monde.

Les problèmes extérieurs

À l'extérieur, l'Union se sent rattachée par des liens économiques et stratégiques à Londres, qu'elle soutient à plusieurs reprises (notamment au Soudan en 1885 et contre les Boers en 1900). Les travaillistes lancent le pays dans la Première Guerre mondiale, où se regroupent les corps expéditionnaires australien et néo-zélandais, soit 300 000 hommes, qui interviendront sur les fronts d'Europe et du Proche-Orient. Cela n'empêche pas le gouvernement australien d'avoir conscience d'une mission à remplir dans les mers du Sud, dont il se considère comme le gardien : à la conférence de la Paix en 1919, le Premier ministre australien, Hugues, s'oppose aux idées de Wilson sur le rôle du Japon dans le Pacifique. Il obtient de la SDN mandat sur les anciennes possessions allemandes au sud de l'équateur (à l'exception des Samoa). Ainsi s'affirme le début d'une politique internationale originale.

Les conséquences de la guerre dans le domaine économique n'apparaissent qu'assez lentement. Pendant le conflit, par manque de fret, on n'arriva pas à écouler toute la production agricole. La viande partait en priorité, et sa vente progressa. Mais les récoltes de blé ne s'écoulaient pas. L'arrêt des investissements britanniques paralysa temporairement les grands travaux. La fin du conflit, comme partout dans le monde, se marque par une courte crise de reconversion. Ce n'est finalement qu'à partir de 1921 que se font véritablement sentir les effets de la prospérité. La hausse générale des prix agricoles permet un réel essor de la vie rurale : les surfaces labourées doublent, tandis que le troupeau de moutons passe à 110 millions de têtes en 1929, le Japon devenant l'un des principaux clients de la laine et de la viande australiennes. Le secteur industriel se développe, notamment la métallurgie, qui est une création de la guerre. À l'abri de droits de douane renforcés, la métallurgie, l'industrie textile et l'industrie automobile s'affirment sur le marché national. Le niveau de vie reste très élevé : les gouvernements (de coalition ou conservateurs) pratiquent une série de réformes, qui complètent l'œuvre travailliste : assurances sociales, assurances chômage, ajustement automatique des salaires au coût de la vie.

Au tableau, deux points noirs. À partir de 1926, le déficit de plus en plus lourd de la balance commerciale, dû au niveau de vie élevé de la population, entraîne la nécessité de multiplier les emprunts à Londres, ce qui accroît la dépendance de l'Australie vis-à-vis du marché financier britannique. Par ailleurs, le peuplement est faible (5,6 millions en 1920) face à un Japon démographiquement débordant. D'où des efforts, faiblement couronnés de succès, pour attirer les émigrants anglais : de 1921 à 1929, 320 000 arrivées seulement. Ces émigrants sont pour la plupart des chômeurs dépourvus de ressources.

La crise économique

La crise mondiale de 1929-1930 touche profondément un pays dont la vie économique et financière dépend par trop de l'extérieur. Elle se traduit par un effondrement des prix de la laine et du blé. Le pouvoir d'achat des producteurs tombe au point de paralyser le commerce et de créer une vague de chômage. La crise éclate alors que les travaillistes, sous la direction de James Scullin, viennent de triompher aux élections (oct. 1929). Mal soutenu par une Chambre haute où il n'a pas la majorité, le gouvernement a de la peine à faire face. Les banques anglaises, alarmées par l'évolution de la situation, imposent, après l'enquête de sir Otto Niemeyer, une politique d'économie (accord de Melbourne d'août 1930), qui aboutit à réduire de 10 p. 100 environ les salaires et de 20 p. 100 toutes les dépenses de l'État. Cela ne va pas sans une scission à l'intérieur du groupe travailliste. Finalement, après les élections de novembre 1931, se constitue un cabinet de coalition, qui garde le pouvoir de 1932 à la guerre, avec J. A. Lyons, puis Menzies (United Australia Party, formé d'une minorité travailliste et du parti nationaliste).

Cependant, à partir de 1933, la reprise s'affirme, lentement, et en 1937, le revenu national par habitant est devenu comparable à celui de 1928. Mais la crise a laissé des traces. Tandis que l'industrie et l'élevage connaissent une nouvelle phase de prospérité, on constate un déclin relatif de la culture du blé, dû à l'instabilité des cours mondiaux.

Les accords de Westminster et d'Ottawa ont posé en termes nouveaux le problème des rapports avec Londres. Ils n'ont pu, en fait, que consacrer la situation précédente : si les Australiens sont très attachés au Commonwealth, s'ils sont britanniques de cœur, leurs intérêts économiques et politiques ne convergent pas toujours avec ceux de Londres. Comme la Nouvelle-Zélande, ils attendent de la métropole qu'elle leur achète le plus possible de produits bruts agricoles (blé, laine, viande, etc.), tout en cherchant au maximum à se protéger de la concurrence de ses usines. Dans ce domaine, la clientèle du Japon, qui manque de matières premières, apparaît aux Australiens comme un contrepoids possible au marché de Londres.

—  Jean BOISSIÈRE

L'Australie depuis la Seconde Guerre mondiale

L'Australie dans la guerre, et l'après-guerre sous l'influence travailliste

En 1940-1941, l'Australie se voit encore comme un dominion très éloigné des lieux d'affrontements de la Seconde Guerre mondiale, qui envoie des hommes et des matières premières au Royaume-Uni. À l'abri des menaces militaires internationales, le débat politique interne se focalise sur les conséquences profondes de la crise économique des années 1930 : chômage, misère, bas salaires et mauvaises conditions de travail. C'est donc avec un programme de justice sociale que le gouvernement travailliste dirigé par John Curtin triomphe en octobre 1941.

Mais deux mois plus tard, le Japon entre en guerre et ouvre un front dans le Pacifique. En février 1942, Singapour, réputée imprenable, tombe en dix jours et 15 000 Australiens sont faits prisonniers de guerre. La ville de Darwin est bombardée dans le mois qui suit. Pour la première fois de son histoire, l'Australie, isolée et impuissante, privée du secours du Royaume-Uni, se trouve sous la menace d'une invasion militaire. Dès avril 1942, les États-Unis s'imposent comme le nouveau protecteur, avec l'arrivée du général MacArthur et l'installation du commandement en chef des forces alliées dans le Pacifique, à Melbourne, puis à Brisbane : 540 000 soldats australiens sont engagés aux côtés des 900 000 Américains dans la reconquête des îles du Pacifique, en particulier en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Bien que l'Australie ait mobilisé plus d'hommes pour la Seconde que pour la Première Guerre mondiale, il y a eu moins de morts et le bilan a pesé moins lourd.

La menace japonaise s'éloignant, l'Australie connaît un renouveau économique précoce, dès 1942. La guerre est synonyme du retour du plein-emploi. Le pays subvient aux besoins alimentaires du Royaume-Uni et nourrit les armées américaines dans le Pacifique. Elle exporte sa laine en grande quantité et transforme ses industries en industries de guerre pour approvisionner le front. Les mines de minerais utiles (charbon, cuivre, plomb, bauxite) voient leur production augmenter. Les éleveurs et fermiers de l'Australie rurale entrent dans une phase de prospérité qui leur permet de rembourser leurs dettes accumulées avant la guerre. Les ouvriers, grâce à la stabilité de l'emploi, retrouvent leur capacité de revendication, longtemps contenue. Les conflits sociaux se multiplient, annonçant les crises sociales de l'après-guerre.

Pour faire face à cette situation exceptionnelle, le gouvernement Curtin met en place une économie de guerre fondée sur la planification, le contrôle des prix et des salaires et le rationnement. L'interventionnisme de l'État fédéral n'a jamais eu une telle importance dans un pays formé de plusieurs États jaloux de leurs prérogatives et traditionnellement méfiants à l'égard de l'autorité centrale. Si l'Australie ne connaît pas les vagues de nationalisations, comme dans les pays européens de l'immédiat après-guerre, elle s'engage néanmoins dans une politique volontariste, influencée par la doctrine keynésienne et par le New Deal des années 1930. Le département de la Reconstruction, créé en 1942, engage plusieurs grands chantiers : le logement (200 000 maisons construites à la fin des années 1940 et accès à la propriété facilitée), la reconversion de l'industrie, la modernisation de l'agriculture et des exploitations d'élevage, l'éducation, le lancement de la voiture australienne Holden grâce à la participation financière de la firme américaine General Motors... L'accent est mis sur le développement des formations techniques supérieures et universitaires (création en 1947 de l'Université australienne nationale à Canberra). Le recrutement de fonctionnaires augmente de 300 p. 100 de 1939 à 1951, et le gouvernement fédéral parvient à généraliser l'extension de droits sociaux en matière d'hospitalisation, d'indemnités de chômage, de pensions de veuvage ou de bourses d'éducation.

Les Aborigènes, qui vivent dans des conditions de pauvreté extrêmes et d'exclusion, ne profitent pas de ces progrès sociaux. Le gouvernement fédéral se garde d'intervenir dans ce domaine réservé aux États fédérés, il ne se charge que de la population aborigène du Territoire du Nord. Considérés depuis l'origine comme des British Subjects, les Aborigènes accèdent naturellement à la citoyenneté australienne, lorsque celle-ci est créée en 1948. Mais elle n'en fait pas pour autant des électeurs : les Aborigènes restent exclus des listes électorales dans le Queensland et en Australie de l'Ouest. Dans les autres États, ils ont théoriquement le droit de vote, mais en font peu usage. La politique menée à leur égard relève d'une volonté d'assimilation, voire d'absorption, qui se heurte à une logique toujours très forte de ségrégation.

Le gouvernement travailliste, dans l'immédiat après-guerre, outre la reconversion et la modernisation de l'économie, a deux préoccupations essentielles. La première concerne le sous-peuplement du pays, brutalement révélé durant la guerre face à la « menace asiatique ». La seconde porte sur le positionnement régional et international de l'Australie, et la nécessité de modifier les formes et la nature des alliances.

Le premier recensement d'après guerre, organisé en 1947, compte une population de 7,5 millions d'habitants dont 90 p. 100 d'origine britannique, très inégalement répartie sur le territoire, et dont la croissance démographique annuelle pendant la guerre n'a été que de 1 p. 100. Dès 1943, Curtin annonce que pour atteindre un seuil de sécurité (afin de faire face à une éventuelle menace asiatique), la population australienne doit compter entre 20 et 30 millions de personnes. Ben Chifley, le successeur de Curtin, crée, en 1945, un département fédéral de l'immigration, sous la responsabilité d'Arthur Calwell, qui met en œuvre une politique pour introduire ceux que l'on appellera les « nouveaux Australiens ». Fidèle au principe de l'Australie blanche, cette politique cherche surtout à attirer les migrants britanniques (offres de passages très bon marché : 10 livres, voire gratuité). En revanche, les Juifs ne sont pas les bienvenus (des quotas sont prévus mais pas appliqués) dans une Australie antisémite et xénophobe, et les réfugiés du Sud-Est asiatique, arrivés au cours de la Seconde Guerre mondiale, sont renvoyés. Mais les besoins en main-d'œuvre sont tels que les restrictions (dix immigrés britanniques pour un étranger) sont rapidement levées. De 1947 à 1951, quelque 550 000 personnes s'installent en Australie, 41 p. 100 sont Britanniques, 37 p. 100 viennent d'Europe de l'Est et du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Yougoslavie, Pologne, États Baltes), et 11 p. 100 d'Europe du Sud (Italie, Grèce, Malte). Ces nouveaux Australiens arrivent via des programmes d'aides, et doivent alors deux ans de travail au profit du gouvernement. Ils ont ainsi contribué à la construction du grand chantier hydroélectrique des Snowy Mountains.

En politique extérieure, Herbert Vere Evatt, ministre des Affaires étrangères (1941-1949) et président de l'Assemblée générale des Nations unies (1948-1949), se donne pour but d'accroître l'autonomie de l'Australie dans un monde nouveau, désormais dominé par les États-Unis. L'Australie adhère, en 1947, aux institutions internationales créées sous l'égide américaine : Banque mondiale, Fonds monétaire international (FMI), Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) ; tout en restant fidèle au Royaume-Uni en matière de coopération militaire et de renseignements. Mais Canberra cherche à s'affirmer sur le plan régional. La signature du traité, Australian-New Zealand Agreement, en 1944 avec la Nouvelle-Zélande vise à garantir l'influence de ces deux pays dans le Pacifique et aboutit, en 1947, à la création de la Commission du Pacifique Sud, première organisation représentant les territoires insulaires. L'Australie entend réaffirmer sa présence dans les îles du Sud-Ouest, en Papouasie-Nouvelle-Guinée ainsi qu'aux Salomon et aux Nouvelles-Hébrides. Evatt reconnaît l'Inde et le Pakistan en 1947, refuse aux Britanniques une aide militaire en Malaisie et soutient les mouvements indépendantistes indonésiens en lutte contre le pouvoir hollandais. Il renonce, en revanche, en 1949, à reconnaître la république populaire de Chine, ancien allié de guerre, face au triomphe des communistes et dans le contexte de la guerre froide.

L'Australie des Trente Glorieuses et l'ère Menzies

Le maintien du rationnement jusqu'en 1948, la frilosité du gouvernement en matière de hausse des salaires, la lutte engagée par les syndicats pour la semaine de quarante heures (acquise en 1947) et l'amélioration des conditions de travail (notamment dans les mines) sont autant de sujets qui, comme en Europe, provoquent la multiplication des grèves et un climat social tendu. La montée de l'anticommunisme en écho au maccarthysme américain, la crainte d'un projet de nationalisation du système bancaire et l'usure du pouvoir provoquent la défaite des travaillistes en 1949 au profit de l'alliance conservatrice Liberal-Country Party (L-CP), dirigée par sir Robert Menzies, qui conservera le pouvoir jusqu'en 1972. S'ouvre ainsi une longue période de stabilité politique (y compris au niveau des États) qui s'inscrit à bien des égards dans la continuité des politiques menées précédemment. Menzies, tout en valorisant l'entreprise privée et l'initiative individuelle, défend le principe d'un service public puissant, coordonné au niveau fédéral et national : l'éducation, la santé, les transports, les systèmes de couverture sociale, le logement. Il défend également un niveau élevé de protectionnisme économique pour les industries et les services, mais ouvre à nouveau le pays aux investissements étrangers. Enfin, le soutien au peuplement du pays par l'immigration est poursuivi : 2 millions de personnes s'installent en Australie entre 1947 et 1969, date à laquelle la population atteint 12,5 millions d'habitants. Si 45 p. 100 des immigrants viennent encore du Royaume-Uni, ils sont de plus en plus nombreux à venir, dans les années 1960, d'Europe du Sud et du Moyen-Orient (Italie, Grèce, Turquie, Liban...).

Pourtant, Menzies reste très attaché à l'idée d'une Australie blanche, liée à une nostalgie de la « grandeur » impériale britannique. Mal à l'aise face au mouvement mondial de décolonisation ou à la diversification ethnique de son propre pays, il se lance, dès son arrivée au pouvoir, dans la lutte contre le communisme. Il exige l'interdiction du Parti communiste. Se heurtant au veto de la High Court, Menzies n'hésite pas, en 1951, à dissoudre les deux Chambres, pour consolider son pouvoir, puis à organiser un référendum, la même année, sur le sujet. Le Parti travailliste se trouve alors aux prises avec des dissensions internes, dont l'attaque de militants anticommunistes qui provoquera la scission et la création du Democratic Labor Party, en 1955. La défaite de Menzies au référendum permet au Parti communiste australien de continuer à exister, et d'éviter les pires excès du maccarthysme. Freiné sur le plan intérieur, Menzies affiche un anticommunisme sans faille dans sa politique extérieure en s'alignant fidèlement sur les Américains et les Britanniques en Asie. Il propose une assistance militaire contre l'insurrection communiste en Malaisie et engage les troupes en Corée en 1950. Il signe le traité militaire de l'ANZUS (Australia, New Zealand and United States) en 1951, il soutient le plan de Colombo de collaboration économique et de développement avec les pays du Sud-Est asiatique et, dès 1962, envoie des instructeurs militaires au Vietnam du Sud. La conscription militaire obligatoire est réintroduite et, en 1968, 8 000 Australiens participent aux combats dans cette région auprès de 500 000 Américains. Persuadé que l'Australie ne peut se défendre seule et doit « choisir ses amis », Menzies suit les Américains et accepte de renouer des relations diplomatiques et commerciales avec son ennemi d'hier, le Japon.

Conscrits australiens envoyés au Vietnam

photographie : Conscrits australiens envoyés au Vietnam

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Des soldats australiens défilent dans Sydney (Australie) avant leur départ pour le Vietnam, en 1966. 

Crédits : Hulton Getty

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Au cours des années 1950-1960, l'Australie connaît une période de croissance remarquable de 4,3 p. 100 par an. La demande intérieure explose dans un contexte de plein-emploi, d'augmentation soutenue des salaires et de hausse de la productivité. Les exportations, essentiellement de matières premières, connaissent une croissance régulière. Le prix de la laine atteint des records en 1951 (treize fois son prix d'avant guerre) et fait la richesse du pays à un moment où l'économie agricole contribue pour 30 p. 100 au PIB, loin devant les minerais et métaux (2,6 p. 100). L'Australie rurale tire les bénéfices des exportations de la laine et de la viande, et convertit massivement les terres arables en pâturages au profit de grandes exploitations et aux dépens de la petite propriété, qui fut longtemps associée au bush australien. Mais la concurrence des fibres synthétiques oblige, à la fin des années 1950, à prévoir des ressources alternatives, notamment minières. L'uranium paraît le plus prometteur à l'aube de l'ère nucléaire et le Royaume-Uni procède à des tests à ciel ouvert de 1952 à 1957, dans le désert de l'Ouest. Les mines de charbon sont modernisées et les exploitations de fer, de zinc et de bauxite se développent grâce aux investissements des multinationales américaines et japonaises. À l'abri d'une politique protectionniste usant d'un système de taxes et de quotas à l'importation – déjà en vigueur avant la guerre et maintenue jusqu'au début des années 1960 –, l'industrie des produits manufacturés prend un remarquable essor pour répondre à la demande intérieure. En 1960, la part de ces industries de transformation dans le P.I.B. atteint le niveau record de 29 p. 100 (contre 19 p. 100 en 1939). Le Royaume-Uni reste le principal partenaire commercial, mais l'entrée de ce dernier dans la CEE, en 1973, signe la fin d'un lien historique privilégié. Ainsi, la part des exportations agricoles vers le Royaume-Uni passe de 33 p. 100 à 2 p. 100 entre 1950 et 1980. L'Australie, dès les années 1960, part à la quête de nouveaux marchés plus proches et s'oriente vers les États-Unis et surtout l'Asie du Sud, la Chine et le Japon.

Les grandes villes sont en pleine croissance. Sydney et Melbourne dépassent 2 millions d'habitants en 1960, Sydney atteint même 3 millions en 1971. Brisbane et Adelaïde comptent 1 million d'habitants dans les années 1970, et Perth 800 000. En 1970, plus de 86 p. 100 des Australiens vivent en ville. Pour beaucoup d'immigrants, le pays incarne The Lucky Country (titre de l'ouvrage de l'historien et philosophe Donald Horne, paru en 1964).

Toutefois, les Aborigènes sont tenus à l'écart de cette prospérité. Malgré une politique d'assimilation censée les intégrer – de gré ou de force –, ils restent en marge de la société et les indicateurs socio-économiques les concernant sont toujours au plus bas (en termes de scolarisation, d'espérance de vie, d'accès à la santé, de précarité de l'emploi et de conditions de logement). Même l'écrasant succès du référendum de 1967 (plus de 90 p. 100 en faveur de l'intervention du gouvernement fédéral dans les affaires aborigènes), qui témoigne d'une opinion publique désormais favorable à une intégration pleine et entière, n'a finalement, en pratique, qu'un impact limité.

Par ailleurs, le pays est touché par le climat mondial de révolte qui caractérise la fin des années 1960, en particulier à travers des mobilisations étudiantes contre la guerre du Vietnam, et un militantisme aborigène plus prononcé. Or les quatre gouvernements conservateurs qui se succèdent après le départ de Menzies en 1966 semblent incapables de répondre aux aspirations des nouvelles générations.

Réformes et tensions : le Parti travailliste à l'épreuve du pouvoir

Cette situation profite à Gough Whitlam qui, à la fin de 1972, conduit le Parti travailliste au pouvoir, après vingt-trois ans d'absence. Dès son arrivée, il met en place un programme politique ambitieux, dont la mesure la plus forte est la création d'un système universel d'assurance-maladie (Medibank).

En matière de politique étrangère et de défense, le gouvernement retire les troupes du Vietnam et met fin à la conscription. Il établit des relations diplomatiques avec la Chine, annonce l'indépendance, en 1975, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui était sous sa tutelle.

Dans un contexte économique plus difficile, Whitlam décide de réduire les flux migratoires mais supprime, dans le même temps, toute discrimination (basée sur la race, la religion ou la couleur de peau) à l'entrée du pays. Avec le Racial Discrimination Act de 1975, l'Australie revendique officiellement le multiculturalisme et des programmes communautaires sont mis en place pour prendre en compte les besoins particuliers des groupes ethniques. La question aborigène est également essentielle pour Whitlam, qui la présente comme « le problème central sur lequel l'Australie sera jugée par le reste du monde ». Promouvant une politique d'autodétermination, il crée un département des Affaires aborigènes, disposant de moyens d'action importants. Enfin, il contribue à faire avancer les droits des femmes (congé de maternité, crèches d'État, aide aux familles monoparentales, salaire minimum égal à celui des hommes, etc.) et encourage une certaine libéralisation des mœurs (divorce par consentement mutuel, radios communautaires, droit de vote à dix-huit ans, abolition de la peine de mort, etc.).

Si cette politique suscite l'adhésion d'une large partie de l'opinion publique, elle soulève également de nombreuses critiques dans les milieux d'affaires car l'inflation augmente, l'économie ralentit et la balance des paiements connaît un déficit important. Whitlam doit faire face à l'opposition de la presse – en particulier le groupe de Rupert Murdoch, qui l'avait soutenu pendant sa campagne – et du gouvernement américain qui n'apprécie pas, en ce début des années 1970, le virage à gauche chez certains de ses alliés. Withlam se heurte à une opposition de plus en plus forte qui aboutit, en 1975, à son éviction : prétextant le blocage des institutions parlementaires, le gouverneur général sir John Kerr use d'un pouvoir exceptionnel de la Couronne pour démettre le gouvernement et pour organiser de nouvelles élections. À la suite de cette crise constitutionnelle sans précédent, Malcolm Fraser, leader de la coalition conservatrice Liberal-National Country Party (L-NCP) remporte une victoire écrasante.

Fraser promet une réduction drastique des dépenses publiques et remet en cause certaines des mesures phares de Whitlam, comme le système de santé Medibank. Mais il n'applique pas entièrement le programme radicalement conservateur pour lequel il a été élu. À certains égards, notamment sur les questions de multiculturalisme (création de la chaîne publique de radio et de télévision multilingues SBS), d'immigration (il favorise l'immigration asiatique et autorise l'entrée d'un nombre important de réfugiés) et des affaires aborigènes (avec les premières lois de rétrocession foncière dans le Territoire du Nord), Fraser poursuit les transformations engagées par son prédécesseur. De même, au niveau international, son action est surtout marquée par la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud et en faveur de l'indépendance de la Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe).

Si les travaillistes reviennent au pouvoir en 1983, grâce au très populaire Bob Hawke, un ancien leader syndicaliste, ils ne renouent pas avec les années Whitlam. Face au déficit du budget de l'État et au ralentissement de l'économie (qui entre en récession en 1982-1983), Hawke, surnommé « l'homme du consensus », rétablit certes le système d'assurance-maladie, mais applique des réformes économiques et monétaires néo-libérales conduites dans d'autres pays par des gouvernements conservateurs : déréglementation du système financier, flottement du dollar australien, privatisation de l'industrie et des banques. Ces choix ne sont pas sans conséquences : alors que Hawke avait promis que « plus aucun enfant australien ne grandirait dans la pauvreté à partir de 1990 », l'écart se creuse entre les plus riches et les plus pauvres, et le chômage atteint des taux records (11 p. 100 en 1991). C'est donc sous les gouvernements travaillistes de Bob Hawke, puis de son ministre des Finances, Paul Keating – qui lui succède comme Premier ministre en 1991 –, que s'effrite l'idéologie égalitariste qui avait prévalu depuis l'après-guerre. De plus, la puissance du lobby minier oblige Hawke à abandonner la politique ambitieuse de droits fonciers qu'il avait envisagée pour les Aborigènes. Au début des années 1990, Keating procède à des réformes essentielles pour l'image même de l'Australie : le projet de fonder une République en dénouant les liens avec la Couronne, même s'il sera finalement rejeté lors du référendum de 1999, l'ancrage dans la région Asie-Pacifique et la « réconciliation » avec les Aborigènes (la décision Mabo permet une première reconnaissance de la propriété traditionnelle en 1992). Mais celles-ci ne répondent pas aux préoccupations de l'électorat populaire traditionnellement favorable au Labor Party.

Alternances politiques au début du XXIe siècle

John Howard, le nouveau leader de l'opposition conservatrice, dénonce, durant la campagne électorale de 1996, l'arrogance et l'élitisme de Keating. Il refuse, par ailleurs, de condamner les idées fortement médiatisées et ouvertement racistes de la candidate Pauline Hanson, leader du Parti d'extrême droite One Nation, fondé en 1997. Cette stratégie s'avère payante et, une fois élu, Howard met en place un programme caractérisé par un mélange de néo-libéralisme économique radical, de conservatisme moral et de patriotisme.

Meeting électoral de John Howard, 1998

photographie : Meeting électoral de John Howard, 1998

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Le Premier ministre australien John Howard, au cours d'un meeting électoral du Parti libéral, à Sydney, en septembre 1998. Il y affirmait que les vertus financières de son gouvernement conservateur pourraient enrayer les effets de la crise asiatique. Il sera réélu de justesse le 3 octobre,... 

Crédits : PA Photos

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Il commence par réduire sensiblement les dépenses de l'État : de nombreux programmes sociaux subissent des coupes drastiques. Les années suivantes confirment l'inflexion néo-libérale : privatisation de l'entreprise nationale de télécommunications Telstra, réformes fiscales, nouvelles dispositions assouplissant les réglementations antérieures.

Howard rompt également avec le multiculturalisme et les politiques aborigènes, qui faisaient consensus depuis les années 1970, en réduisant les budgets des institutions représentatives, voire en les supprimant (c'est le cas de l'Aboriginal and Torres Strait Islander Commission – ATSIC – supprimée en 2005). Il entend également revenir sur les droits fonciers accordés aux Aborigènes et refuse de présenter les excuses de l'État après les révélations de la Commission royale sur la Stolen Generation (enlèvement des enfants aborigènes dans le cadre de la politique d'assimilation entre 1910 et 1970). Howard adopte également une politique d'immigration très restrictive (refoulement du cargo norvégien Tampa, en 2001, avec à son bord quelque 460 demandeurs d'asile originaires d'Afghanistan). Les centres de détention pour immigrés clandestins se multiplient, et certains sont même installés sur la petite île de Nauru en vertu d'accords entre cet État et les autorités australiennes. Enfin, au niveau international, Howard se félicite de l'élection du président américain George W. Bush en 2000, avec lequel il noue des relations économiques et stratégiques : s'alignant sur la position américaine, Howard soutient l'intervention militaire américano-britannique en Afghanistan en 2001, envoie des troupes australiennes dès le début de la guerre en Irak, en mars 2003, puis en Afghanistan (plus de 1 500 hommes).

Si les bons résultats économiques et le retour de la croissance lui permettent de devenir, après Menzies, le Premier ministre qui a occupé ce poste le plus longtemps, sa politique suscite néanmoins des oppositions très fortes : des marches réunissant des centaines de milliers de manifestants sont organisées pour la réconciliation avec les Aborigènes, contre la participation de l'Australie à la guerre en Irak et contre les industrial relations laws visant à assouplir considérablement le droit du travail. D'autres thèmes font l'objet de débats passionnés (en particulier, le traitement des réfugiés et la réforme de l'enseignement supérieur) et, de manière générale, la « révolution conservatrice » de Howard suscite l'opposition d'une très large partie de l'intelligentsia australienne.

—  Bastien BOSA, Isabelle MERLE

En 2007, après plus d’une décennie au pouvoir, le Parti libéral de John Howard perd les élections législatives. À la tête du Parti travailliste depuis 2006, Kevin Rudd devient alors Premier ministre. Il opère un virage radical avec la politique du précédent gouvernement, en signant, le jour de son entrée en fonction, le protocole de Kyōto relatif à la lutte contre le réchauffement climatique et en adoptant, en 2008, un texte qui exprime les excuses de l'État australien à la communauté aborigène pour les enlèvements forcés, institutionnalisés, d’enfants (« générations volées ») ayant eu lieu de la fin du xixe siecle aux années 1970). Le gouvernement Rudd adopte également, en 2009, la Déclaration des droits des peuples autochtones votée deux ans plus tôt à l’ONU, mais non ratifiée alors par le cabinet conservateur qui refusait de reconnaître les droits spécifiques des autochtones. Sur le plan économique, la politique du gouvernement Rudd permet au pays d’être relativement épargné par la crise financière mondiale de 2008. Mais l’implication du Premier ministre dans des scandales politico-financiers et la forte opposition du puissant secteur minier face à sa « super-taxe » sur les bénéfices des sociétés minières ont raison de sa popularité. En juin 2010, il est remplacé à la tête du Parti travailliste par Julia Gillard, membre de l'aile gauche du parti et vice-Première ministre. Celle-ci devient la première femme chef du gouvernement australien. Elle convoque des élections législatives anticipées, à l’issue desquelles le Parti libéral et le Parti travailliste obtiennent le même nombre d’élus. Les travaillistes parviennent finalement à obtenir la majorité absolue grâce au soutien de députés indépendants et d’un député vert. Julia Gillard doit elle aussi faire face au lobby minier lorsque, en 2011, la « super-taxe », pourtant réduite, est votée par la Chambre des représentants. Sa popularité baisse encore avec le vote parlementaire pour la mise en application de la taxe carbone et l’échec de sa politique de contrôle de l’immigration.

En 2013, Julia Gillard est contrainte à la démission à la suite d’un vote de confiance par lequel elle est désavouée par les députés de sa formation, inquiets des prévisions des sondages à quelques semaines des législatives. L’ancien Premier ministre Kevin Rudd fait alors son retour à la tête du gouvernement. Les élections législatives de 2013 se soldent par la victoire de l’opposition conservatrice, mettant fin à six années de gouvernement travailliste marquées par de nombreuses dissensions au sein de la majorité parlementaire. Tony Abbott devient Premier ministre de l’Australie.

Tony Abbott est catholique, monarchiste, traditionaliste, conservateur et fédéraliste. Il a été ministre de l’Emploi et ministre de la Santé, puis il est devenu chef du Parti libéral en 2009, poste auquel il s’était présenté en réaction à la position de Malcolm Turnbull, alors chef de l’opposition, sur le changement climatique. Tony Abbott est ouvertement climato-sceptique. Il a d’ailleurs déclaré à plusieurs reprises que « la soi-disant science du changement climatique était une connerie absolue » (« absolute crap »). Turnbull, quant à lui, avait soutenu la politique de réduction des gaz à effet de serre du Premier ministre travailliste Kevin Rudd.

Abbott met en œuvre l’abrogation de la taxe carbone, supprime le ministère des Sciences et la Commission du climat et autorise le rejet de déchets de dragage dans les eaux de la Grande Barrière de corail.

Il mène par ailleurs une politique dissuasive face aux demandeurs d’asile, avec l’opération militaire Frontières souveraines destinée empêcher les migrants arrivant par bateau de franchir la frontière. En 2014, après neuf ans de négociations, le gouvernement Abbott signe un accord de libre-échange avec la Chine, censé apporter « des milliards à l’économie ». La Chine devient ainsi le partenaire privilégié de l’Australie.

Tony Abbott arrive au gouvernement alors que l’État a déjà présenté des excuses aux Aborigènes en 2008. Il montre un intérêt pour les questions aborigènes, contrairement à son prédécesseur libéral John Howard, mais avec une vision plutôt modérée. Il est proche de l’avocat aborigène Noel Pearson et est conseillé par le travailliste Warren Mundine sur la réforme de la Constitution qu’il a proposée pour reconnaître les autochtones australiens, Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres dans la Constitution. En 2015 néanmoins, Abbott est mis en minorité au sein du Parti libéral par Malcolm Turnbull, en partie en raison de son traitement des sujets liés au climat.

Turnbull, qui prend donc la tête du gouvernement, a été plusieurs fois ministre et chef du Parti libéral. Il reste Premier ministre après les élections fédérales de 2016. Il est plus modéré qu’Abott, plutôt centriste. Il est partisan d’une république (l’Australie est une monarchie et les Premiers ministres sont officiellement nommés par le gouverneur général, représentant la couronne d’Angleterre), a un réel intérêt pour la question du climat, ainsi que pour le multiculturalisme. Il a mené à bien la légalisation du mariage homosexuel, votée en 2017. Il a été critiqué pour son traitement des questions aborigènes et pour avoir conservé la politique ferme de lutte contre l’immigration illégale alors que des demandeurs d’asile détenus dans les camps-prisons s’auto-immolaient ou s’auto-mutilaient. En 2018, Turnbull doit renoncer malgré lui à prendre des mesures pour réduire les émissions polluantes conformément à l’accord de Paris. Faute du soutien de son parti, Turnbull est contraint de démissionner.

Il est remplacé par le ministre des Finances Scott Morrison, qui appartient à la droite du Parti libéral. La démission de Turnbull entraîne une élection dans sa circonscription que son parti perd, ce qui prive le gouvernement de la majorité absolue à la Chambre, et le rend tributaire du soutien d’élus indépendants. Alors que les sondages d’opinion misaient sur une victoire travailliste, Morrison remporte les élections fédérales anticipées en 2019. Il est vivement critiqué pour sa gestion des incendies géants qui ont ravagé le pays de septembre 2019 à février 2020, sa politique climatique, ainsi que ses relations avec les lobbys du charbon et du secteur minier. Dans le contexte de la crise liée à la pandémie de Covid-19, la dépendance économique de l’Australie à l’égard de la Chine se fait sentir : après que l’Australie a demandé, en avril, une enquête sur les origines de la pandémie, la Chine, l’accusant de racisme, a riposté en augmentant le prix de certaines exportations ou en les interdisant.

Les manifestations liées à la mort de George Floyd, en mai 2020, dénonçant le racisme aux États-Unis, trouvent un écho en Australie avec la dénonciation des traitements infligés aux autochtones, des violences policières dont ils sont victimes, du nombre élevé de morts aborigènes en prison. La déclaration du Premier ministre « Il n’y a pas d’esclavage en Australie », face aux demandes de remise en question de la société australienne sur ce sujet sensible, suscite de nombreuses réactions.

—  Vanessa CASTEJON

Littérature

Un peu plus de deux siècles après l'arrivée des premiers colons européens, l'Australie possède une littérature originale, qui ne saurait passer pour un sous-produit de la littérature britannique dont elle est cependant issue.

Ses débuts furent laborieux, comme c'est souvent le cas pour les littératures postcoloniales, appelées à s'émanciper de la culture métropolitaine ou impériale qui a orienté leurs premiers pas. Jusqu'à la fin du xixe siècle, les colons se préoccupaient plus des problèmes matériels que posaient la conquête et la mise en valeur du continent que d'activités culturelles. Un obstacle plus sérieux encore à l'essor artistique tenait au sentiment d'étrangeté qu'éprouvaient ces Européens en exil au bout du monde. Aujourd'hui encore, le problème n'est pas entièrement résolu. Les littérateurs du xixe siècle restèrent souvent prisonniers d'une rhétorique poétique forgée dans l'hémisphère Nord, impropre à restituer l'expérience inédite de l'Australie. Ainsi, Charles Harpur (1813-1868) ou Henry Kendall (1839-1882) célébraient les paysages de Nouvelle-Galles du Sud dans un langage emprunté au romantisme anglais, qui bridait leur talent. Il allait falloir du temps avant que les colons et leurs descendants ne se sentent chez eux et trouvent les mots justes pour évoquer leur expérience d'Australiens.

Naissance d'une littérature

Peu à peu, l'environnement se fit plus propice à la création artistique. L'élévation du niveau de vie et l'existence d'assez nombreux lecteurs potentiels favorisèrent les vocations littéraires. Par ailleurs, l'avènement d'un sentiment national australien semblait appeler poètes et prosateurs à le célébrer. Mais les romanciers de cette période restent pour la plupart des auteurs mineurs. Henry Kingsley (Geoffrey Hamlyn, 1859) et Rolf Boldrewood (Robbery under Arms, 1882-1883) pratiquaient un roman populaire, sans atteindre à la puissance romantique et ténébreuse d'un Marcus Clarke (1846-1881) qui, dans La Justice des hommes (For the Term of His Natural Life, 1870-1871), laissa un tableau mémorable de l'univers pénitentiaire des débuts de la colonisation. La poésie et la nouvelle furent stimulées par un hebdomadaire nationaliste et radical de Sydney, le Bulletin, fondé en 1880. Il publia, entre autres, les œuvres de Henry Lawson (1867-1922), qui fit très tôt figure d'écrivain national. Cet écorché vif, qui souffrait du triple handicap de la pauvreté, de la surdité et de l'alcoolisme, célébrait avec humour les gens simples du bush et leur courage tranquille, en même temps qu'il dénonçait les injustices qui révoltaient sa sensibilité socialiste. Le balladiste A. B. Paterson, dit Banjo (1864-1941), connut lui aussi une grande popularité en évoquant les gens du bush, et passa à la postérité pour avoir écrit Waltzing Matilda, hymne national officieux de l'Australie. En cette fin de xixe siècle, un seul romancier s'impose : Joseph Furphy (1843-1912), l'auteur de Such Is Life (1903). Ce roman touffu, étonnamment moderne par sa structure narrative, témoigne fidèlement de ce qu'était l'existence dans l'arrière-pays australien.

L'avènement, en 1901, d'une nation australienne au sens politique du terme, n'eut guère de répercussions littéraires. À l'aube du xxe siècle, un poète se distinguait cependant de ses prédécesseurs comme de ses contemporains : Christopher Brennan (1870-1932), universitaire, ne cherchait son inspiration ni dans le bush ni dans les mouvements sociaux de l'époque. Cet intellectuel se tourna vers les symbolistes allemands et français – notamment Mallarmé. Mais son œuvre reste mince, et il n'eut pas de postérité immédiate. Shaw Neilson (1872-1942) était sans doute plus représentatif de la pratique poétique australienne d'alors. Ce travailleur manuel autodidacte, bientôt frappé de cécité, fut un excellent poète lyrique, mais sa sensibilité frémissante n'évitait pas toujours la mièvrerie.

Le roman connut de belles réussites dans les années 1930 et 1940. Souvent, les auteurs mettaient en scène les pionniers qui ont forgé l'Australie moderne, leur enracinement laborieux dans une terre encore mal connue, leurs succès et leurs échecs. Tel est le thème de Landtakers (1934) de Brian Penton (1904-1951) ou de The Fortunes of Richard Mahony (1930) de Henry Handel Richardson (1870-1946). Le pseudonyme masculin utilisé par cette romancière témoigne du mal qu'avaient alors les femmes à faire valoir leur droit à la création littéraire, et qui les poussait parfois à l'exil. C'est ainsi que Christina Stead (1902-1983), auteur entre autres de Seven Poor Men of Sydney (1934) et de L'Homme qui aimait les enfants (The Man who Loved Children, 1940), passa la plus grande partie de sa vie aux États-Unis et en Europe. Les romans de cette époque furent souvent des œuvres engagées qui dénonçaient diverses injustices, dont celle faite aux aborigènes : dans Coonardoo (1929), K. S. Prichard (1883-1969) brossa un tableau émouvant de l'amour tragique d'une jeune aborigène pour un Blanc, tandis que Xavier Herbert (1901-1984) dénonçait le racisme des Australiens du Nord dans un roman violent, pénétré d'humour noir, Capricornia (1938).

Du réalisme à l'invention littéraire

L'après-guerre vit se concrétiser les promesses dont la littérature australienne semblait porteuse, même s'il fallut attendre les années 1970 pour que les activités culturelles jouent un rôle plus large au sein de la communauté. Des poètes de talent, tels que Kenneth Slessor (1901-1971), James McAuley (1917-1976) ou A. D. Hope (1907-2000), donnèrent alors toute leur mesure. Le dernier cité en particulier, intellectuel amoureux de classicisme et satirique vigoureux, domina longtemps la scène poétique. Leurs successeurs – Francis Webb (1925-1974), Peter Porter (1929-2010), Bruce Beaver (né en 1928), Michael Dransfield (1949-1973) ou Robert Adamson (né en 1944) – ont fait entendre des voix originales. Mais c'est Les Murray (né en 1938) qui possède la stature la plus impressionnante : cet intellectuel paysan célèbre la terre, ses saisons et ses gens, dans une langue riche et dense, nourrie de culture classique, et témoigne d'une grande virtuosité technique. La poésie féminine est représentée par Judith Wright (1915-2000), Rosemary Dobson (1920-2012) ou encore Kath Walker (1920-1993), premier poète aborigène à connaître une vaste popularité.

Le roman australien moderne s'identifia longtemps à l'imposante figure de Patrick White (1912-1990), qui reçut en 1973 le prix Nobel de littérature. Il répudia la tradition réaliste pour explorer, par le biais d'une écriture volontiers poétique et foisonnante de symboles, des problèmes spirituels et moraux. Il montra aussi une grande vigueur satirique dans ses tableaux de la société australienne d'hier et d'aujourd'hui. Son œuvre considérable comprend nouvelles et pièces de théâtre aussi bien que romans. Parmi ces derniers, les principaux sont L'Arbre de l'homme (1955), Voss (1957), Le Vivisecteur (1970) et Une ceinture de feuilles (1976). L'exemple de White stimula des romanciers plus jeunes, tels que Randolph Stow (1935-2010), auteur de romans passionnés, voire tragiques : To the Islands (1958), Tourmaline (1963), Visitants (1979), ou encore C. J. Koch (1935-2013), écrivain plus classique qui fait la part belle à l'observation psychologique : Les Garçons de l'île (The Boys in the Island, 1958), L'Année de tous les dangers (The Year of Living Dangerously, 1978), Doubleman (1985), Les Rizières rouges (Highways to a War, 1995). Quelques autres romanciers de la même génération méritent d'être cités : Thomas Keneally est l'auteur d'une vingtaine de romans inspirés souvent de faits historiques restitués avec brio pour faire ressortir les dilemmes moraux auxquels sont confrontés les protagonistes : Bring Larks and Heroes (1967), The Chant of Jimmie Blacksmith (1972), La Liste de Schindler (Schindler's Ark, 1982), Le Metteur en scène (The Playmaker, 1987). David Ireland dénonce avec une ironie féroce les tares de la société industrielle et donne une vision pessimiste, parfois grotesque, de la condition humaine avec The Unknown Industrial Prisoner (1971), A Woman of the Future (1979). David Malouf fait revivre le passé récent pour analyser la condition australienne : Johnno (1975), Harland's Half-Acre (1984), Ce vaste monde (The Great World, 1990) – préoccupation partagée par Rodney Hall dans In Memoriam (Just Relations, 1982) et Secrets barbares (Captivity Captive, 1988).

Les écrivains de la génération suivante jouent volontiers avec les formes narratives et manipulent les conventions romanesques pour tirer le réalisme vers la caricature ou le fantastique. Les plus marquants sont Frank Moorhouse (Tout un monde d'espoir [Grand Days, 1993]), Murray Bail (Homesickness, 1980 ; Eucalyptus, 1988), et Peter Carey, dont nombre de romans ont connu un grand succès international (Le Chemin du paradis [Bliss, 1981], Oscar et Lucinda [Oscar and Lucinda, 1988], Véritable Histoire du gang Kelly [True History of the Kelly Gang, 2000], Ma Vie d'imposteur [My Life as a Fake, 2005]). On peut leur adjoindre Brian Castro, auteur de Les Oiseaux de passage (Birds on Passage, 1983), L'Architecte chinois (After China, 1992), Shangaï Dancing (2003), ainsi que Tim Winton : Cloudstreet (1991), La Femme égarée (The Riders, 1994), Par-dessus le bord du monde (Dirt Music, 2001). Leur réalisme est pétri d'imagination.

Les auteurs contemporains pratiquent tous les genres, depuis le réalisme traditionnel renouvelé par des techniques narratives originales (Steven Carroll, De l'art de conduire sa machine [The Art of the Engine Driver, 2002]) et le « réalisme sale » ou grunge (Andrew McGahan, Praise, 1992) jusqu'au réalisme magique (Richard Flanagan, Le Livre de Gould [Gould's Book of Fish, 2001]), en passant par la chick lit, cette littérature écrite par des femmes pour des femmes (Linda Jaivin, Mange-moi [Eat Me, 1995]).

L'écriture féminine manifeste une grande vitalité. Elle s'est imposée dans les années 1960 à 1980 avec des romancières telles que Olga Masters (1919-1986), Thea Astley 1925-2004), Elizabeth Jolley (1923-2007) ou Shirley Hazzard. Des romancières plus jeunes, Kate Grenville, Beverley Farmer, Helen Garner ou Marion Halligan, ont ensuite continué d'affirmer la présence des femmes sur la scène littéraire.

L'écriture aborigène a, elle aussi, trouvé sa place. Longtemps privés de voix, les premiers habitants du pays font à présent entendre leur spécificité culturelle et dénoncent le racisme dont ils ont été les victimes. Ils n'étaient qu'une poignée dans les années 1960 à 1980 – poètes (Kevin Gilbert, 1933-1993 ; Lionel Fogarty), dramaturges (Jack Davis, 1917-2000) et romanciers tels que Mudrooroo (Dr. Wooreddy's Prescription, 1983 ; Le Maître du rêve-fantôme [Master of the Ghost Dreaming, 1991]), Sam Watson (The Kadaitcha Sung, 1990) ou Archie Weller (The Day of the Dog, 1981), mais ils s'imposent aujourd'hui comme une présence majeure, notamment sur la scène romanesque, avec des auteurs tels que Kim Scott, auteur de Le Vrai Pays (True Country, 1993), Benang (1999), ou Alexis Wright (Les Plaines de l'espoir [Plains of Promise, 1997]) Melissa Lucashenko (Steam Pigs, 1997 ; Hard Yards, 1999) ou encore Vivienne Cleven, née en 1968 (Bitin' Back, 2001).

La société australienne était, il y a soixante ans encore, calquée sur le modèle britannique. L'afflux d'immigrants venus d'Europe du Sud et de l'Est puis de pays asiatiques l'a rendue beaucoup plus variée, et cette diversité se reflète dans ses productions littéraires. Des écrivains d'origine grecque (Christos Tsolkias), italienne (Venero Armanno), chinoise (Beth Yap), vietnamienne (Nam Le) ou sri-lankaise (Michelle de Kretser) font désormais entendre leur différence et entraînent la culture australienne sur la voie du métissage. La violence de leurs récits et la précision impitoyable de leurs observations apportent un sang neuf à la littérature australienne.

L'Australie contemporaine compte aussi nombre de poètes de talent, comme Judith Bishop, Geoff Page, John Tranter, Philip Salom, Alan Gould ou John Kinsella.

À côté de la poésie et de la fiction, le théâtre australien fait un peu figure de parent pauvre. Malgré des succès isolés, tels que Summer of the Seventeenth Doll (1955) de Ray Lawler ou L'Unique Jour de l'année (The One Day of the Year, 1960) d'Alan Seymour, il ne commence à prendre son essor que dans les années 1970 avec Jack Hibberd, Alex Buzo (1944-2006), John Romeril, Louis Nowra et surtout David Williamson, critique acide de la société contemporaine (Don's Party, 1971 ; Travelling North, 1979 ; Emerald City, 1987 ; The Great Man, 2000). Leurs successeurs (Stephen Sewell, Michael Gow, Michael Gurr, Hannie Rayson...) peinent à s'imposer, mais le théâtre aborigène connaît un succès croissant (Jane Harrison, Wesley Enoch, Jimmy Chi ou Leah Purcell).

Au fil des décennies, la littérature australienne s'est beaucoup diversifiée. Elle puise désormais son inspiration dans les grands courants littéraires internationaux, et a cessé d'être obsédée par la question de l'identité nationale, conçue comme une australianité essentielle, voire monolithique, qu'elle aurait le devoir d'exprimer. La définition même de ce qu'est un écrivain australien s'est fragmentée au point de perdre presque tout son sens. Cette créature insaisissable ne se reconnaît ni à son passeport (il n'existait pas de passeport australien avant 1948), ni à son lieu de résidence, et guère plus aux thèmes dont traite son œuvre. Sa seule caractéristique est l'usage de la langue anglaise, ce qui (malgré la spécificité de l'anglais australien) ne le distingue pas toujours clairement de ses confrères américains, canadiens ou irlandais. Il existe en fait des auteurs australiens, et les rassembler sous la bannière d'une littérature nationale constitue un exercice passablement artificiel. Cela ne signifie pas qu'être australien aille de soi, ou qu'on ne puisse pas identifier des préoccupations caractéristiques de la littérature australienne, comme les rapports difficiles de l'homme avec son environnement naturel ou encore le poids d'un passé souvent tragique sur la société actuelle. Mais c'est l'individualité des auteurs, plus que leur appartenance nationale, qui fait la force de la littérature australienne.

—  Xavier PONS

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Écrit par :

  • : directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement
  • : agrégé de l'Université
  • : docteur de l'École des hautes études en sciences sociales, professeur à l'université du Rosario à Bogotá (Colombie)
  • : maître de conférences, enseignante-chercheuse, université Sorbonne Paris Nord
  • : chef de division au C.S.I.R.O., Canberra, Australie
  • : docteur ès sciences, maître de conférences à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie
  • : professeur à l'université de Bordeaux-III
  • : historienne, chercheuse au CNRS
  • : professeur à l'université de Toulouse-Le Mirail

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Benoît ANTHEAUME, Jean BOISSIÈRE, Bastien BOSA, Vanessa CASTEJON, Harold James FRITH, Yves FUCHS, Alain HUETZ DE LEMPS, Isabelle MERLE, Xavier PONS, « AUSTRALIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/australie/