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DÉMOGRAPHIE

La définition de la démographie, simple et universellement admise, est l'étude scientifique des populations. Cette définition entraîne immédiatement les quatre questions qui vont être abordées dans cet article : qu'est-ce qu'une population ? en quoi consiste l'étude « scientifique » des populations ? dans quelle mesure l'évolution des populations est-elle la cause et dans quelle mesure est-elle la conséquence des tendances plus générales de l'économie et de la société ? et, finalement, comment la politique peut-elle infléchir les tendances de la démographie ?

Une population est constituée par l'ensemble des personnes qui habitent un lieu donné : la population de la France, celle de l'agglomération parisienne ou simplement d'un immeuble. Par extension, le terme désigne des personnes partageant un caractère commun : population protestante, population ouvrière, population immigrée... La notion ne semble pas poser de question. Pourtant, il a fallu attendre le milieu du xviie siècle pour qu'elle apparaisse et un siècle de plus pour que le mot soit employé. Avant cette date, l'idée de la population n'existait pas. On comptait certains groupes particuliers mais jamais l'ensemble des habitants d'un pays. Ainsi, les Athéniens connaissaient à l'unité près le nombre de leurs citoyens, mais ignoraient celui des métèques qui commerçaient dans leur ville, des thètes qui cultivaient leurs champs, et plus encore des esclaves à leur service. De même, les Romains comptaient les foyers fiscaux en vue de recouvrer l'impôt (le cens d'où vient le terme de recensement) ou les esclaves au moment de les adjuger (César dans la guerre de Gaules), mais jamais la population totale d'une ville ou d'une province.

À cette époque, l'absence d'un comptage de la population venait de l'impossibilité de trouver un dénominateur commun aux différents statuts des personnes. Il n'était pas pensable pour un Grec ou un Romain d'additionner les esclaves avec les hommes libres. Cet acte n'aurait eu aucun sens car ces groupes ne constituaient pas ensemble une communauté. Il a fallu attendre la Renaissance pour qu'une définition commune de l'homme émerge et permette un comptage de toutes les personnes présentes à un moment donné sur un territoire donné. La voie a été tracée par les auteurs politiques de la fin du xvie siècle, en particulier par Jean Bodin et Francis Bacon, pour qui la richesse de l'État n'était pas constituée par son stock d'or mais par sa production, donc par ses producteurs. Dès lors, gouverner ne signifie plus conserver ses richesses et les étendre mais assurer la meilleure production de l'ensemble du pays. Dans les Six livres de la République, Jean Bodin l'exprime clairement en affirmant... « Il faut désormais distinguer l'État et le gouvernement ». L'État signifie la continuité du pouvoir sur un territoire donné, le gouvernement, l'organisation de la production et de la distribution des richesses sur ce territoire. C'est dans le même esprit qu'il faut interpréter une autre sentence célèbre de Bodin : « Il n'est de richesses que d'hommes ».

Pour organiser la production, il faut connaître le nombre et la qualité des producteurs. Bacon forge la maxime « savoir pour pouvoir ». L'un de ses assistants, Thomas Hobbes, tirera la conclusion nécessaire de ce changement de point de vue dans le Léviathan, son grand traité de philosophie politique : les hommes sont tous égaux car ils sont tous capables d'attenter à la vie d'autrui. Or leur existence constitue leur bien le plus précieux. Pour la préserver, ils se soumettent donc également à un pouvoir souverain qui garantira la paix et leur survie. Puisque les hommes sont égaux, on peut les compter. [...]

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Écrit par

  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, directeur de recherche à l'Institut national d'études démographiques, directeur du laboratoire de démographie historique au C.N.R.S.

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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