ARMÉNIE

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Nom officielRépublique d'Arménie (AM)
Chef de l'ÉtatArmen Sarkissian (depuis le 9 avril 2018)
Chef du gouvernementNikol Pachinian (depuis le 8 mai 2018)
CapitaleErevan
Langue officiellearménien
Unité monétairedram (AMD)
Population2 965 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)29 743

Histoire

L'Arménie antique

Les origines de l'Arménie et du peuple arménien sont encore largement méconnues. Si plusieurs hypothèses sont avancées, la plus plausible fait état du mélange d'un peuple indo-européen de la branche thraco-phrygienne avec des autochtones d'Ourartou. Ces derniers auraient mis sur pied leur royaume dès le début du ixe siècle avant J.-C. et fondé l'actuel Erevan (Erebouni) en 782 avant J.-C. Deux siècles plus tard, les Thraco-Phrygiens venus des Balkans déferlent sur l'Anatolie, détruisant au passage l'empire hittite, et viennent se fixer sur les hauts plateaux bordés par les chaînes du Caucase et du Taurus. Le peuple arménien serait issu de ce mélange. Moins d'un demi-siècle après, les Arméniens passent sous la tutelle des Mèdes puis des Perses achéménides. Ces derniers, défaits par les armées d'Alexandre le Grand en 331 avant J.-C., abandonnent l'Arménie aux Macédoniens. En 190 avant J.-C., Antiochos III, l'un des successeurs d'Alexandre, est battu à son tour par les Romains. Artaxias et Zareh, alors gouverneurs des deux provinces arméniennes, proclament leur indépendance. À la mort de Zareh, Artaxias unifie l'Arménie et en agrandit les frontières. En 95 avant J.-C., Tigrane, son successeur, monte sur le trône et devient rapidement Tigrane le Grand, prestigieux fondateur de l'empire d'Arménie qui s'étendra de la mer Noire à la Caspienne et à la Méditerranée. Mais, en 66 avant J.-C., cet empereur arménien épris d'hellénisme est battu par les légions de Pompée. Devenue protectorat romain, l'Arménie est dirigée par les successeurs de Tigrane jusqu'en l'an 2 après J.-C. Après une période de troubles intérieurs, elle tombe aux mains d'une dynastie parthe : les Arsacides. C'est un de ses rois, Tiridate III, qui, en 301, proclame le christianisme religion d'État. L'Arménie devient ainsi le premier royaume officiellement chrétien. Grigor, le premier catholicos (pasteur suprême), est sanctifié sous le nom de Grégoire l'Illuminateur, d'où la dénomination d'Église grégorienne pour qualifier le culte arménien. Dans la foulée, les Arméniens abandonnent l'écriture grecque pour utiliser leur propre alphabet, inventé par Mesrop Machtotz. Les deux piliers de l'« arménité » sont désormais en place. En 428, l'Arménie, bien qu'assujettie une nouvelle fois par la Perse sassanide, conserve sa liberté de culte.

L'Arménie médiévale et moderne

À la fin du vie siècle, la Perse cède la majeure partie de l'Arménie à l'Empire byzantin qui en occupait déjà les provinces occidentales. Mais l'accord gréco-arménien est si fragile que les Arméniens préfèrent s'entendre avec une nouvelle puissance régionale. En 661, ils reconnaissent l'autorité politique des califes arabes, et l'Arménie se transforme alors en champ clos des affrontements arabo-byzantins. Entre 852 et 855, le pays est d'ailleurs complètement dévasté par les armées d'un général d'origine turque, Bougha Al-Kabir. Mais une fois de plus l'Arménie va renaître de ses cendres. En 885, Achot le Grand Bagratouni est reconnu roi d'Arménie par le calife et l'empereur byzantin. Pendant deux siècles (xe et xie), la dynastie des Bagratides fera régner une paix et une prospérité jamais égalées. Ani devient en 961 la capitale de l'âge d'or arménien. Cette ville « aux cent palais et aux mille églises » va cependant être rasée par les Turcs seldjoukides en 1064. Petit à petit, la Grande Arménie indépendante disparaît. Certains Arméniens s'exilent alors en Moldavie et en Hongrie, d'autres en plus grand nombre, sous la conduite du prince bagratide Rouben, s'installent en Cilicie qui devient en 1080 la Petite Arménie. Cette fondation coïncidant avec les premières croisades, les rois arméniens de Cilicie s'allient avec les croisés. Ils traitent même avec les Mongols contre les Turcs et les Arabes. Alors que la Grande Arménie passe sous la domination mongole (1236-1317), la dernière dynastie arménienne de Cilicie s'éteint en 1342. Cette région revient à la famille française des Lusignan, régnant déjà sur l'île voisine de Chypre. Mais, sous les coups de boutoir des Égyptiens, Léon V de Lusignan perd son fief en 1375. Le destin de l'Arménie allait être divisé entre Turcs, Perses et Russes.

Arménie, XIe siècle

Dessin : Arménie, XIe siècle

La Grande Arménie indépendante à la veille de sa disparition au XIe siècle. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Au xve siècle, l'Arménie est occupée par les Ottomans qui lui laissent un certain degré d'autonomie entériné par le pacte de l'Aman en 1461. En 1555, 1620, 1639 et 1746, le pays est sans cesse divisé : l'Ouest à la Sublime Porte, l'Est aux Perses. Au xviie siècle, les Arméniens chrétiens commencent à demander de l'aide à l'Occident : Rome, la France, la Bavière, la Russie. Devant l'échec des missions des notables Khatchadour et d'Ori, un prince arménien du Karabakh, Tavit Beg, se lance dans l'insurrection. Il ne succombe qu'après huit ans de lutte (1722-1730). En 1801, les Russes font leur apparition dans le Caucase. La Géorgie est occupée, puis le Nakhitchevan en 1808, le Karabakh et le Kantzak en 1813. En 1828, les territoires arméniens sont unis à la Russie sous le nom d'Armianskaia Oblast. Après avoir écrasé les Perses, le tsar Nicolas Ier fait de même avec les Ottomans. Mais lors du traité d'Andrinople, le 14 septembre 1829, l'Angleterre oblige la Russie à rendre les provinces d'Erzeroum, Kars et Ardahan à l'Empire ottoman déjà confronté à l'insurrection grecque (1821-1830). Désormais, l'histoire de l'Arménie sera indissolublement liée aux derniers soubresauts de l'« homme malade de l'Orient » et à la compétition engagée entre la France, le Royaume-Uni et la Russie pour le contrôle des mers chaudes et de leurs accès.

L'Arménie, province turque

Photographie : L'Arménie, province turque

L'armée turque aux abords de la ville arménienne de Kars, vers 1850. 

Crédits : Hulton Getty

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Raffermis par l'avance russe dans le Caucase, électrisés par les succès grec, valaque, moldave, serbe, monténégrin et bulgare, les Arméniens vont faire leur entrée dans le concert du réveil des nationalités. La question arménienne est ouverte. Elle sera refermée en l'espace d'un demi-siècle, avec les massacres de 1915-1921 perpétrés par la quasi-totalité de ses voisins.

Le génocide

Laissant une forte autonomie à ses minorités, l'Empire ottoman se raidit de plus en plus au fur et à mesure de son déclin politique et économique. Désormais, les réformes appliquées aux minorités chrétiennes seront le fruit de la pression des grandes puissances. Cet état de fait étant vécu comme une humiliation par les musulmans de l'Empire, le [...]

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Arménie : carte physique

Arménie : carte physique
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Arménie : drapeau

Arménie : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'Arménie, République socialiste soviétique

L'Arménie, République socialiste soviétique
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Arménie, XIe siècle

Arménie, XIe siècle
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Pour citer l’article

Jean-Pierre ALEM, Françoise ARDILLIER-CARRAS, Christophe CHICLET, Sirarpie DER NERSESSIAN, Kegham FENERDJIAN, Marguerite LEUWERS-HALADJIAN, Kegham TOROSSIAN, « ARMÉNIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/armenie/