ALPHAND ADOLPHE (1817-1891)

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Ouvrir de nouveaux espaces, assainir les anciens, créer des jardins, embellir l'ensemble, tels sont les différents gestes d'une même démarche qui ont conduit à faire de Paris une capitale moderne au xixe siècle. Jean-Charles Adolphe Alphand, paysagiste et administrateur français de haut rang, fut l'un des grands acteurs de cette révolution urbaine menée par le baron Haussmann sous le second Empire et poursuivie ensuite sous la IIIe République. La plus grande contribution de cet ingénieur responsable du « Service des Promenades de Paris » concerne les jardins et les parcs de la ville. Alphand a en effet aménagé les « bois » – Vincennes et Boulogne –, créé des parcs – Buttes-Chaumont, Montsouris, etc. –, et la plupart des squares. Et il convient également d'ajouter les larges voies bordées d'arbres qui sillonnent la ville en tous sens : les boulevards.

Tout comme le plan d'ensemble des grands travaux d'Haussmann, la physionomie et la répartition de ces ensembles « verts » sont le produit des circonstances autant que d'une intention délibérée d'aménager la ville. Dans le cadre de cette entreprise, l'ingénieur Alphand fit preuve d'une aptitude exceptionnelle à réunir et à mettre en œuvre les connaissances les plus diverses et à coordonner des entreprises jusqu'alors étrangères les unes aux autres. Alphand n'a en effet négligé aucun détail et est parvenu à penser ses parcs et promenades comme un tout qui s'inscrirait idéalement dans l'ensemble de l'urbanisme parisien.

Un ingénieur à la tête des « Promenades de Paris »

Né en 1817 à Grenoble, d'un père colonel d'artillerie, Adolphe Alphand entre à l'École polytechnique en 1835, puis à l'École des ponts et chaussées en 1837. Après s'être vu confier des missions dans l'Isère et la Charente-Inférieure, il est envoyé en 1839 à Bordeaux comme ingénieur ordinaire du corps des Ponts et Chaussées. Il y réalise des travaux portuaires et ferroviaires, se familiarise avec la botanique en participant à la mise en valeur des Landes, aménage en station sanitaire et hivernale la baie d'Arcachon. Cette intense activité lui vaut une renommée précoce, attestée par son élection au conseil municipal de la ville, puis au conseil général de la Gironde qu'il représentera pendant vingt ans. En 1851, la nomination à Bordeaux du préfet Haussmann va décider de son avenir. Lors du voyage du Prince-président dans cette ville, en octobre 1854, Alphand seconde le préfet dans les préparatifs de la réception solennelle, véritable prologue théâtral de l'Empire. Il révèle dans cette circonstance le goût et le sens de l'organisation qui feront de lui l'ordonnateur idéal de la vie quotidienne et de ses plaisirs. La carrière de l'ingénieur se trouve liée à celle du grand préfet qui a su le distinguer et saura l'attacher à son service durant seize années.

Quelques mois après sa nomination dans la capitale (22 juin 1853), Haussmann l'installe à son côté dans le poste d'ingénieur en chef du service des Promenades de Paris. Ce poste d'apparence modeste embrasse pourtant un des aspects majeurs de la transformation de Paris. C'est que Napoléon III est acquis à la cause des jardins publics. Influencé par les doctrines saint-simoniennes et par la civilisation anglaise où il a baigné en exil, Louis-Napoléon Bonaparte entend doter Paris d'un « système » de parcs qui rivaliserait avec celui de Londres. Donner à la ville un visage verdoyant répond à des préoccupations mêlées d'ordre économique, esthétique et moral. Le jardin n'est plus un simple accessoire décoratif, il devient un instrument perfectionné de progrès, un symbole de modernité autour duquel la ville se régénère. C'est là sans doute la raison initiale du choix d'un ingénieur pour l'accomplissement d'une tâche ordinairement dévolue à un architecte ou à un jardinier. Il est vrai qu'Alphand sait lui-même s'entourer d'hommes compétents : l'architecte Gabriel Davioud, qui sera chargé des constructions meublant les parcs, et l'horticulteur bordelais Barillet-Deschamps, qu'il connaît de longue date et qui semble bien avoir été le véritable dessinateur des nouveaux jardins de Paris si l'on en croit Édouard André, son collaborateur.

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  • : enseignant à l'U.P.A. numéro 6 de l'École nationale supérieure des beaux-arts

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Pour citer l’article

Michel VERNÈS, « ALPHAND ADOLPHE - (1817-1891) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/adolphe-alphand/