NIL

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le bassin, le régime et la crue

Les profils des deux ensembles, Nil Blanc et Nil Bleu, sont très différents. Le Nil Blanc, né dans la région des grands lacs, débute par un cours entrecoupé de rapides et de chutes. Entre le lac Victoria et Djouba au Soudan du Sud, sur 900 kilomètres, il passe de 1 135 mètres d'altitude à 455 mètres. Il lui reste donc moins de 500 mètres de dénivelé pour parcourir les 5 100 kilomètres qui le séparent encore de Rosette et charrier les 30 kilomètres cubes d'eau apportés chaque année par le Nil Albert aux portes du Soudan, à Nimule. Le Nil ne dispose ensuite que d'une pente de 67 mètres pour parcourir les 1 050 kilomètres qui le séparent de Malakal et d'à peine 90 mètres durant les 950 kilomètres suivants jusqu'à Khartoum. Ses eaux vont donc se perdre pour moitié dans les marais du Soudan du Sud.

Paysage de la région du Nil

Photographie : Paysage de la région du Nil

Le Nil, l'un des trois plus longs fleuves du monde, est un élément vital pour les pays qu'il traverse. 

Crédits : C. Sappa/ De Agostini/ Getty Images

Afficher

À 1 800 mètres d'altitude à la sortie du lac Tana, le Nil Bleu dévale des gorges torrentueuses qui lui font perdre 1 200 mètres en 900 kilomètres pour un débit annuel énorme de 56 kilomètres cubes avant d'acquérir un profil apaisé en franchissant la frontière soudanaise. C'est ce cours impétueux qui va donner au Nil Bleu sa principale caractéristique, celle d'un alluvionnement massif qui arrache chaque année deux cents millions de tonnes de sol meuble à l'Éthiopie pour les déposer en aval (de 4 à 7 000 ppm/m3, soit de 4 à 7 000 cm3 de charge limoneuse par m3 d'eau). Le Nil égyptien compte encore 1 600 parties par million par mètre cube en arrivant au lac Nasser, la retenue d'eau formée par le haut barrage d'Assouan.

Les apports ne se résument pas à ces deux fleuves. Du côté du Nil Blanc, environ 35 p. 100 de l'alimentation en eau du lac Victoria proviennent du bassin de la Kagera, partagé entre le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie. Les autres cours d'eau de la Tanzanie contribuent pour 30 p. 100, ceux de l'Ouganda et du Kenya pour 10 p. 100 chacun. Le reste, soit 15 p. 100, provient de l'eau de pluie tombant dans le lac. Le Nil Victoria se joint au Nil Albert à la sortie du lac du même nom, alimenté en amont par la Semliki, émissaire des lacs Édouard et George, située à l'ouest du massif du Ruwenzori, ligne de partage des eaux entre le bassin du Nil sortant du lac Victoria à l'est et celui du Semliki à l'ouest.

Entré au Soudan, le Nil Albert, devenu le Bahr el-Jebel, se répand dans le Sudd. À Bor, il diverge à nouveau dans des effluents marécageux, le Bahr el-Zaraf. Le fleuve serpente sur plus de 600 kilomètres avant d'atteindre le lac No, point de jonction avec le Bahr el-Ghazal. Cet affluent draine un immense bassin remontant, à l'ouest, jusqu'à la ligne de partage des eaux qui court le long de la frontière avec la République démocratique du Congo et la République centrafricaine. Peu après, sur sa rive est, le Nil Blanc reçoit un important apport (12 km3/an) de la Sobat, produit de la fusion entre la grande rivière éthiopienne Baro et son affluent soudanais, la Pibor. Ensuite, pendant plus de 800 kilomètres, jusqu'à Khartoum, le Nil Blanc ne reçoit plus aucun apport. Le débit moyen annuel du Nil Blanc, fort de la recharge du Bahr el-Ghazal et de la Sobat, est de 23 kilomètres cubes à Khartoum et celui du Nil Bleu de 57 kilomètres cubes. Quelque 200 kilomètres après la réunion des deux Nils à Khartoum, le dernier affluent du fleuve, l'Atbara, appelé Tekezzé en Éthiopie, apporte 11 kilomètres cubes depuis l'Éthiopie. Ensuite, le fleuve traverse 3 000 kilomètres de Sahara jusqu'à son embouchure. L'Éthiopie fournit donc 86 p. 100 des eaux du Nil et même 95 p. 100 durant la crue.

La pluviosité moyenne sur le haut plateau éthiopien est pourtant plus faible (800 à 1 000 mm par an) que celle de la région équatoriale où le Nil Blanc prend sa source (1 200 mm par an). Mais les déperditions le long du Nil Bleu et de l'Atbara sont faibles ; la pente est nette et les sols rocheux très dénudés, contrairement à l'environnement meuble, plat et marécageux traversé par le Nil Blanc et ses affluents. Grâce aux pluies de mousson, les hautes terres volcaniques éthiopiennes fournissent une alimentation tropicale de fin de printemps et de début d'été. Le Nil Blanc, au contraire, parcourt d'abord la zone équatoriale à pluies abondantes et régulières. Son débi [...]

Chutes du Nil Bleu, Éthiopie

Photographie : Chutes du Nil Bleu, Éthiopie

Les chutes de Tissisat, ou chutes du Nil Bleu, en Éthiopie, sont également appelées «Tisoha» («fumée-eau»). 

Crédits : C. Sappa/ De Agostini/ Getty Images

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Médias

Assouan

Assouan
Crédits : Tuul & Bruno Morandi/ The Image Bank/ Getty Images

photographie

Paysage de la région du Nil

Paysage de la région du Nil
Crédits : C. Sappa/ De Agostini/ Getty Images

photographie

Chutes du Nil Bleu, Éthiopie

Chutes du Nil Bleu, Éthiopie
Crédits : C. Sappa/ De Agostini/ Getty Images

photographie

Agriculture dans le delta du Nil

Agriculture dans le delta du Nil
Crédits : James Strachan/ Getty Images

photographie

Afficher les 5 médias de l'article

Écrit par :

Classification

Autres références

«  NIL  » est également traité dans :

AFRIQUE (Structure et milieu) - Géographie générale

  • Écrit par 
  • Roland POURTIER
  •  • 21 447 mots
  •  • 29 médias

Dans le chapitre « Les eaux  »  : […] L' hydrologie africaine présente de très grands contrastes dans la répartition des ressources en eau opposant Afrique sèche et Afrique humide. Les cours d'eau, les lacs et les lignes de partage des eaux ont joué un rôle très important dans le tracé des frontières africaines. L'hydrographie a par ailleurs été abondamment sollicitée pour la dénomination des États et des circonscriptions administrat […] Lire la suite

AGRICULTURE - Histoire des agricultures jusqu'au XIXe siècle

  • Écrit par 
  • Marcel MAZOYER, 
  • Laurence ROUDART
  •  • 6 078 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les agricultures hydrauliques des régions arides »  : […] Ainsi, il y a plus de cinq mille ans, les régions proche-orientales, sahariennes et arabo-persiques étaient déjà déboisées et en voie d'aridification. Dans les zones privilégiées, c'est-à-dire approvisionnées en eau par des nappes souterraines ou par des fleuves d'origine lointaine, les agriculteurs ont alors mis au point des cultures irriguées grâce à des travaux d'adduction d'eau, ou des cult […] Lire la suite

ASSIOUT ou ASYŪṬ

  • Écrit par 
  • Jean-Marc PROST-TOURNIER
  •  • 197 mots
  •  • 2 médias

Capitale de la Haute-Égypte, Assiout (en arabe Usyūt) comptait, au recensement de 2006, 386 000 habitants. Connue sous le nom de Siâout à l'époque pharaonique et appelée Lycopolis (« la Ville du loup », en l'honneur du chacal Oupouat, sa divinité principale) par les Grecs, Assiout ne joua pas de rôle primordial dans l'Antiquité ; elle fut la patrie de Plotin. Sa renommée fut grande au Moyen Âge co […] Lire la suite

ASSOUAN HAUT BARRAGE D'

  • Écrit par 
  • François LEMPÉRIÈRE
  •  • 792 mots

Le haut barrage d'Assouan, édifié sur le Nil en Haute-Égypte, a finalement été réalisé avec l'aide des Soviétiques alors que ses objectifs et ses dimensions avaient été initialement définis par les États-Unis, ces derniers ayant ensuite retiré leur financement pour raisons politiques. Constituant l'un des plus importants barrages du monde – avec une hauteur de 111 mètres et une longueur de 3 800  […] Lire la suite

CAIRE LE

  • Écrit par 
  • Éric DENIS, 
  • Gaston WIET
  •  • 5 841 mots
  •  • 6 médias

Capitale de l'Égypte, Le Caire, quinzième ville du monde avec ses 16 millions d'habitants en 2010 et plus grande ville d'Afrique comme du monde arabe, connaît un renouvellement marqué par la stabilisation démographique, la mise à niveau de ses infrastructures majeures, l'affirmation de ses fonctions de commandement comme de son statut de capitale culturelle, riche d'un patrimoine islamique sans é […] Lire la suite

CALENDRIERS

  • Écrit par 
  • Jean-Paul PARISOT
  •  • 9 874 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Calendriers égyptiens »  : […] Le calendrier égyptien initial est très simple : l'année de 360 jours est constituée de 12 mois de 30 jours. Puis lui succède le « calendrier vague » de 365 jours : 12 mois de 30 jours répartis en trois saisons, complétés par 5 jours appelés épagomènes . Bien que la dérive du calendrier dissocie les mois des saisons réelles, les mois sont répartis en fonction des crues du Nil : la saison inondat […] Lire la suite

CÉNOZOÏQUE

  • Écrit par 
  • Marie-Pierre AUBRY
  •  • 7 576 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « De la Téthys à la mer Méditerranée »  : […] La Téthys, principal océan du Mésozoïque, a perdu peu à peu son rôle dominant au cours du Cénozoïque, au profit des océans Atlantique et Indien. Elle assura toutefois une communication entre les deux océans durant la majeure partie de cette ère, d'abord sous forme d'océan profond (au Paléocène) puis, sous forme de mer de plus en plus restreinte. De plus, elle fut temporairement (durant l'Éocène) […] Lire la suite

DJOUBA ou JUBA

  • Écrit par 
  • Alain GASCON
  •  • 491 mots

Djouba (Juba) est la capitale du Soudan du Sud, et celle de l'État sud-soudanais d'Equatoria-Central. Construite dans une région de plateaux à polyculture pluviale, sur la rive gauche du Nil Blanc, Djouba est peuplée de 250 000 à 350 000 habitants (estimation de 2012). Tirant son nom d'une tribu des Bari (un peuple nilotique), Djouba est d'abord un modeste poste administratif et commercial dans la […] Lire la suite

ÉGYPTE - Géographie

  • Écrit par 
  • Éric DENIS
  •  • 5 786 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La maîtrise du Nil »  : […] À partir de 3800 avant J.-C. et du retour progressif de l'aridité, le système de la crue annuelle se remet en place, noyant la plaine alluviale sous 1 à 2 m d'eau. Progressivement, à partir de l'Ancien Empire (III e  millénaire av. J.-C.) et jusqu'à la fin du xviii e  siècle de notre ère, les communautés agricoles s'organisent par bassins ou hods indépendants – l'organisation en communauté de […] Lire la suite

ÉGYPTE - L'Égypte républicaine

  • Écrit par 
  • Sandrine GAMBLIN, 
  • Robert SANTUCCI
  •  • 36 094 mots
  •  • 18 médias

Dans le chapitre « Le temps de la libéralisation »  : […] L'économie égyptienne connaît dès lors une véritable revitalisation : l'inflation passe à 4,6 p. 100 en 1997, la monnaie égyptienne, alignée sur le dollar, se stabilise et le marché noir disparaît. Les réserves en devises de la banque centrale s'élèvent à plus de 20 milliards de dollars pour cette même année. Entre 1996 et 2000, la croissance économique annuelle moyenne est de 5,6 p. 100 pendant q […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

5-10 juin 2018 Éthiopie. Réformes internes et avancées diplomatiques.

Le 10, Abiy Ahmed, en visite au Caire, s’engage à reconsidérer le partage des eaux du Nil, sujet de désaccord entre les deux pays. Soucieuse de renforcer ses alliances stratégiques régionales, l’Arabie Saoudite joue un rôle de médiateur dans le rapprochement de l’Éthiopie avec l’Érythrée et l’Égypte. […] Lire la suite

17-26 août 2015 Soudan du Sud. Signature d'un accord de paix.

Un poste de vice-président doit ainsi être attribué aux rebelles durant une période transitoire, et ceux-ci doivent obtenir la majorité des postes ministériels dans l’État pétrolier du Haut-Nil. Le conflit pour le pouvoir et le contrôle de la manne pétrolière, qui oppose depuis décembre 2013, sur fond de rivalité ethnique, les différents clans de l’ancien mouvement de libération nationale, a fait quelque cinquante mille morts et deux millions deux cent mille déplacés. […] Lire la suite

14-27 janvier 2014 Égypte. Référendum constitutionnel et candidature du maréchal al-Sissi à l'élection présidentielle

Ce dernier avait déjà revendiqué l'attentat contre le siège de la police à Mansoura, dans le delta du Nil, en décembre 2013. Le 25, le troisième anniversaire de la révolution de 2011 est marqué par des manifestations favorables à l'armée et par des violences qui font une cinquantaine de morts parmi les opposants au régime, Frères musulmans ou révolutionnaires. […] Lire la suite

1er-25 décembre 2013 Égypte. Les Frères musulmans décrétés organisation terroriste

Le 24, à Mansoura, dans la région du delta du Nil, un attentat à la voiture piégée devant le siège de la police fait au moins quinze morts. Il est revendiqué par un groupe djihadiste actif dans le Sinaï. Le 25, les autorités, qui tiennent les Frères musulmans pour responsables de l'attentat de la veille, classent la confrérie dissoute en octobre comme « organisation terroriste » et lui interdisent toute activité. […] Lire la suite

17-31 janvier 2011 Égypte. Mouvement de contestation contre le président Hosni Moubarak

Le 25, des milliers de personnes inspirées par le mouvement de révolte en Tunisie et mobilisées par le biais des réseaux sociaux d'Internet manifestent au Caire et dans les villes du delta du Nil pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis octobre 1981. Le bilan des violences est de trois morts. Le 26, les opposants qui bravent l'interdiction de manifester dans les grandes villes, notamment au Caire et à Suez, affrontent violemment les forces antiémeutes. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Éric DENIS, « NIL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nil/