ÉTHIOPIE

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Éthiopie : carte physique

Éthiopie : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Éthiopie : drapeau

Éthiopie : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Kaffa

Kaffa
Crédits : Nick Gunderson, Tony Stone Images/ Getty

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Parc national du Simien, Éthiopie

Parc national du Simien, Éthiopie
Crédits : B. Haas/ National Geographic/ Getty

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Nom officielRépublique démocratique fédérale d'Éthiopie (ET)
Chef de l'ÉtatMulatu Teshome (depuis le 7 octobre 2013)
Chef du gouvernementHaile Mariam Dessalegn (depuis le 20 août 2012)
CapitaleAddis-Abeba
Langue officielleaucune 1
Note : La langue de travail est l'amharique
Unité monétairebirr éthiopien (ETB)
Population94 485 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)1 063 652
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« Pays des visages incandescents », signifiant à la fois l'ardeur du tempérament et la brûlure de la peau par le soleil, l'Éthiopie est un toponyme grec ancien. Il est passé dans la Bible pour désigner les territoires au sud de l'Égypte puis il s'est appliqué aux hautes terres de la Corne de l'Afrique, depuis qu'un royaume, centré sur la cité d'Axoum, se l'est approprié après avoir adopté le christianisme au ive siècle. Depuis l'Antiquité, ce pays, longtemps resté à la périphérie du monde connu, a été réceptif aux grands courants de pensées et aux flux économiques qui ont lié les unes aux autres les sociétés humaines. Cette ouverture, souvent prudente, aux phases successives de la mondialisation s'est effectuée notamment à travers l'écriture et les religions dites du livre qui ont eu une place prépondérante dans la configuration des espaces sociaux et politiques. Les échanges et les rivalités entre les pouvoirs chrétiens et musulmans ont joué un rôle déterminant dans les dynamiques de peuplement et d'organisation des circuits commerciaux. À l'époque contemporaine, la construction d'un État moderne demeuré indépendant face aux conquêtes coloniales a impliqué la formulation de plusieurs cadres institutionnels et idéologiques : monarchie constitutionnelle (1930-1974), révolution marxiste (1974-1991), fédéralisme ethnique (depuis 1991). Chacun de ces régimes a insisté sur la priorité absolue et sacrée de l'unité nationale tout en devant faire face, souvent de manière martiale, au caractère irréductiblement diversifié et mixte de cet ensemble de sociétés.

Éthiopie : carte physique

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Carte physique de l'Éthiopie. 

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Éthiopie : drapeau

Éthiopie : drapeau

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Éthiopie (1996). Ce drapeau ancien (1897 ; modif. 1941) comporte trois bandes horizontales verte, jaune et rouge, couleurs panafricaines traditionnelles en Éthiopie. C'est en février 1996 qu'a été ajouté un écu central, chevauchant les trois bandes, et dont voici la description officielle :... 

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Deux fois moins grande que le Soudan, l'Éthiopie (1 106 000 km2), est l'État le plus peuplé de la Corne de l'Afrique avec 82,8 millions d'habitants en 2009. Ses hautes montagnes, culminant à plus de 4 000 mètres, sont fertiles, arrosées et densément peuplées. Mais des épisodes de sécheresse, dont les basses terres sont plus chroniquement affectées, provoquent régulièrement des situations de crise alimentaire dont les effets sont souvent dévastateurs (grande famine de 1984, cause humanitaire majeure fortement médiatisée) en raison du manque d'infrastructures et de l'inadéquation des décisions politiques dirigistes aux situations locales.

Kaffa

Kaffa

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Vue de la région de Kaffa (chef-lieu, Djimma), en Éthiopie. 

Crédits : Nick Gunderson, Tony Stone Images/ Getty

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—  Éloi FICQUET

Géographie

Jamais colonisée, l'Éthiopie occupe une place singulière en Afrique. Elle a conservé, intacte, sa culture écrite qui plonge ses racines dans le récit biblique. Or trente ans de crises, de disettes et de guerre menacent l'existence du vieil empire. La recomposition fédérale, engagée par une coalition issue des maquis depuis la chute du marxisme militaire, peut-elle éviter que l'Éthiopie n'éclate sous les coups du régionalisme et ne disparaisse à cause des famines ?

Hautes terres et basses terres

Plus que l'Afrique de l'Est et des Grands Lacs, l'Éthiopie, dont la superficie égale deux fois celle de la France (1 106 000 km2), est « le toit de l'Afrique » (G. Gerster, 1975). Tout au long du Tertiaire, quand s'ouvrirent les fossés tectoniques de la mer Rouge, du golfe d'Aden et de l'Afrique de l'Est, surgirent des trapps (coulées de basaltes) volcaniques, stratifiés sur des milliers de mètres. Les hautes terres éthio-érythréennes forment deux vastes horsts, séparées par le rift méridien est-africain. Un formidable escarpement, de 2 000 mètres de dénivelé, court d'Addigrat, au nord, à Addis-Abeba, au sud. Il délimite les hautes terres occidentales et, à l'est, le Triangle Afar, une dépression aride. Celle-ci s'enfonce, dans la région du Dallol, à -110 m au lac Assal, où l'érosion éolienne sculpte des formes étranges dans le sel et l'argile. L'Awash, venu des montagnes du Choa, se perd, plus au sud, dans un delta intérieur jusqu'au lac Abhé, à la frontière de Djibouti. Au nord, d'énormes cônes démantelés par l'érosion (Guna 4 231 m, Abune Yoséf 4 190 m, Amba Farit 3 975 m, Abuye Meda 4 000 m) coiffent le rebord. Ils surmontent les plateaux du Choa, du Wollo et du Tigré où affleurent les tables gréseuses et calcaires (Addigrat, Adoua). Plus à l'ouest, les gorges du Tekkezé séparent le Tigré du massif du Simén, point culminant d'Éthiopie (Ras Dachan 4 620 m). Les plateaux, au sud de Gondar, s'inclinent vers la dépression du lac Tana (1 800 m), le plus vaste d'Éthiopie. L'Abbay ou Nil Bleu le traverse avant de s'enfoncer, après les chutes de Tes Esat, dans un canyon, profond de 2 000 mètres, dont il ne sort qu'au Soudan. Il enveloppe, par une ample courbe, les plateaux et les hautes montagnes du Gojjam (Choké 4 154 m) qu'il sépare, ainsi que son affluent, le Wenchit, du Choa, transition vers les hautes terres méridionales. Au sud du Nil Bleu, les gorges de son affluent, le Diddessa, de l'Omo-Gibé et de ses affluents (Gojeb) et des tributaires du Nil Blanc, les dissèquent en étroits plateaux coiffés de volcans anciens (Gurage 3 720 m, Gugé 4 200 m). Au sud de la capitale, le fond du rift méridien est occupé par des lacs endoréiques : Shala, Langano, Awasa, Abaya et Turkana où se jette l'Omo. Les hautes terres occidentales se partagent suivant deux régimes pluviométriques : au nord, entre 600 et 800 mm de précipitations, qui tombent en été, ne garantissent pas la maturité des récoltes, et, au sud, entre 1 et 2 m par an, répartis sur huit à dix mois, assurent, à l'ouest, la croissance de la forêt pluviale. À l'est du Rift, les sommets des massifs boisés du Batu (4 307 m), du Kaka (4 180 m) et du Bada (4 139 m) dominent les plateaux défrichés de l'Arsi. Vers l'est, ils se poursuivent par une chaîne étroite coupée par l'ensellement de la ville de Harar gardé par le Gara Muleta (3 381 m). Elle surplombe la base du triangle afar et, au sud, s'adosse aux plateaux sédimentaires d'Ogaden qui, parcourus par le Wabi Shabeele et le Jubba, descendent en pente douce vers l'océan Indien. Au nord du Nil Bleu, les hautes terres retombent brutalement sur le glacis aride des confins soudanais. Plus au sud, notamment dans le saillant de Gambéla, les inondations estivales noient les marais du Baro et des autres affluents du Nil Blanc.

Parc national du Simien, Éthiopie

Parc national du Simien, Éthiopie

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S'étendant à plus de 3 000 mètres d'altitude, le parc national du Simien, sur le plateau éthiopien, abrite le point culminant du pays, le Ras Dachan (4 620 m.). 

Crédits : B. Haas/ National Geographic/ Getty

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Chutes du Nil Bleu, Éthiopie

Chutes du Nil Bleu, Éthiopie

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Les chutes de Tissisat, ou chutes du Nil Bleu, en Éthiopie, sont également appelées «Tisoha» («fumée-eau»). 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Des peuples, un État et une Terre sainte

Les populations des plateaux fuient les basses terres (au-dessous de 1 800 m), arides et chaudes, où règnent le paludisme et la maladie du sommeil dès qu'il y a de l'eau. Les hautes terres représentent un tiers de l'Éthiopie. Les cultures, développées aux dépens des forêts de genévriers et de Podocarpus, cessent au-delà de 3 200 mètres. À plus de 4 000 mètres règne une pelouse afro-alpine mêlée de bruyères arborescentes. Sur ce tiers du territoire vivent 80 p. 100 des Éthiopiens, des agriculteurs sédentaires, en majorité chrétiens, tandis que des éleveurs, nomades et musulmans, parcourent les étages inférieurs. Dans la « montagne la plus peuplée du monde » (J. Gallais) se pressent, en moyenne, plus de 170 hab./km2 et, dans maints districts, au sud de la capitale, plus de 300 hab./km2 et même plus de 500.

Au xixe siècle, les paysans ont acclimaté l'eucalyptus et reboisé les hauteurs. Le vieux royaume chrétien, héritier de l'antique royaume d'Axoum et des souverains éthiopiens antérieurs à Ménélik II (1889-1913), s'est enraciné sur les hautes terres, au nord de l'Abbay. Le Tigré s'étend entre la frontière érythréenne et les gorges du Tekkezé, à l'est et au sud ; son chef-lieu, Mekele, a évincé Axoum, la capitale religieuse de l'Éthiopie. Les Tigréens (6 p. 100 de la population), présents aussi en Érythrée, parlent tigrinia et professent le christianisme monophysite (orthodoxe) comme les Amhara (25 p. 100 de la population), à l'origine de l'amharique, la langue nationale. Ces derniers habitent le Begemeder, le Wollo, le Gojjam et le nord du Choa, les provinces qui formaient le cœur du royaume de Gondar (xviie-xixe siècle). Aux xviie et xviiie siècles, les Oromo, partis des plateaux de l'Arsi et du Balé, s'enfoncèrent, à l'est, au Harar et, à l'ouest, au Choa, au Wollo, au Wällägga, en Illubabor et à Jimma. Soumis par Ménélik, et regroupés dans la région-État Oromie (Oromiyaa), ils représentent 35 p. 100 de la population totale. Ils se sont convertis, à l'ouest, aux christianismes monophysite et protestant et, à l'est et à Jimma, à l'islam. Ils parlent oromo, une langue couchitique, comme l'afar, le somali et l'agaw (présent au Gojjam, au Tigré et en Érythrée). Les Afar, établis également en Érythrée et à Djibouti, vivent dans le triangle afar. Les Somali (6 p. 100 de la population), présents aussi à Djibouti et en Somalie, occupent l'Ogaden et l'est du Harär. Les locuteurs des langues couchitiques appartenaient à des civilisations orales, même si les lettrés musulmans écrivaient l'arabe. Le tigrinia et l'amharique (langues sémitiques) utilisent le syllabaire du guèze (éthiopien ancien), leur langue mère, en usage à Axoum et langue liturgique de l'Église monophysite (orthodoxe) éthiopienne. Cette dernière, s'opposa, en 1991, à la réforme ethnofédérale qui autorisait les peuples couchitiques à promouvoir leurs langues régionales, à égalité avec l'amharique, et à les écrire avec des caractères latins. Au sud-ouest du Rift, dans les Balkans de l'Éthiopie rattachés il y a un siècle, s'entremêlent de multiples peuples et langues sémitiques, couchitiques et omotiques. Le principe du découpage en États-régions ethnofédéraux (kellel), inscrit dans la Constitution éthiopienne de 1994, se révélant impossible à appliquer, on a regroupé les peuples périphériques dans les kellel de Gambéla et de Béni Shangul et Gumuz, qui ont adopté l'amharique comme langue de travail. Toutefois, c'est le kellel « Sud » (20 p. 100 de la population éthiopienne) qui, en réunissant une trentaine de nationalités, réalise l'entorse majeure à la règle du découpage ethnique ; il a pris, comme Addis-Abeba (4 p. 100) et Dirré Dawa, l'amharique comme langue de travail. Au sud et dans les périphéries, le protestantisme pentecôtiste fait de nombreux adeptes qui représentent 10 p. 100 des Éthiopiens, alors que les musulmans atteignent 35 p. 100 et l'ensemble des chrétiens plus de 60 p. 100 (chiffres de 1998). République fédérale parlementaire, l'Éthiopie reconnaît à « chaque peuple, chaque nation, chaque nationalité », le droit à la sécession. Toutefois, cet article est resté lettre morte depuis la séparation avec l'Érythrée en 1991. L'imbrication territoriale des nationalités et de leurs liens économiques et matrimoniaux est telle que tracer des limites est délicat, d'autant que les migrations urbaines brouillent encore les cartes. Rappelons la prégnance du mythe salomonien, qui assimile les hautes terres à la Terre sainte, un nouvel Israël, et les Éthiopiens au Peuple élu.

Éthiopie : régions et relief

Éthiopie : régions et relief

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Éthiopie. Cadre géographique et administratif. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Éthiopie: village

Éthiopie: village

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Village traditionnel dans le nord de l'Éthiopie. Huttes d'habitation et greniers à grains avec, au premier plan, l'aire de battage. 

Crédits : C. Peter/ National Geographic/ Getty

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Conjurer la malédiction de Malthus

Peuplée de 25 millions d'habitants en 1970 (avec l'Érythrée), l'Éthiopie avait presque doublé l'effectif de sa population en 1994 (sans l'Érythrée) et l'a plus que triplé en 2009 (82,8 millions). Exportatrice de céréales jusqu'en 1950, l'Éthiopie a subi des famines de plus en plus étendues en 1958-1959, puis en 1973-1974 et enfin en 1984-1985. Les tentatives officielles pour dissimuler les famines ont précipité, en 1974, la déposition de Haïlé Sélassié et donc la révolution éthiopienne. Elles ont entraîné, à plus long terme, en 1991, la fuite de Menguistu Hailé Mariam. Les témoignages de la répétition régulière des crises de subsistance remplissent les archives, alors que l'Éthiopie était beaucoup moins peuplée qu'aujourd'hui. Le paradigme malthusien, selon lequel la population croît à un rythme plus rapide que la production agricole, fournit une explication trop mécanique et trop simple. En effet, depuis le début des années 1970, entre 7 et 11 p. 100 des Éthiopiens ont besoin d'aide alimentaire : ce taux reste le même, prouvant ainsi que les agriculteurs peinent à suivre la croissance des besoins alimentaires. En 1996, à l'occasion d'une bonne récolte céréalière, de la montée des cours mondiaux du café et du retour de la paix, l'Éthiopie a équilibré sa balance alimentaire. Ces trois conditions n'ont plus été réunies depuis cette date. En opposant, d'un bloc, les basses terres arides, terrain des éleveurs, et hautes terres arrosées, domaine des sédentaires, on néglige l'échelle régionale des crises de subsistance. Ainsi, les régions frappées depuis les années 1970 par les pénuries alimentaires ne coïncident pas avec les districts les plus peuplés, qui correspondent aux dorsales les plus denses, au sud et à l'ouest d'Addis-Abeba (Gurage, Hadiya, Sidama). Ces fortes concentrations tirent leur subsistance de leurs vergers de faux-bananiers, de la culture du café (Sidama, Gedeo), des migrations urbaines (les Gurage à Addis-Abeba) et de leur artisanat (les tisserands dorzé). Sur les hautes terres du Nord (Tigré, Wollo) touchées par les guerres, les pluies d'été sont à peine suffisantes et les rendements de la monoculture céréalière baissent. Une part de la récolte sert à nourrir les bovins qui tirent l'araire. La nourriture, peu variée, est carencée : on consomme des crêpes de téf, une céréale locale, trempées dans un ragoût de légumes épicés. Pendant les jeûnes, chrétiens (durant la moitié de l'année) et musulmans ne mangent pas de viande ; et ils ne consomment jamais de porc. Ovins, caprins et volailles, élevés pour l'auto-consommation dans les cours des maisons, même en ville, sont également une forme d'épargne. La pression démographique a fait reculer les jachères et étendu les cultures sur les pentes les plus raides et les plus élevées.

Famine en Éthiopie, 1984

Famine en Éthiopie, 1984

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Enfants victimes de la famine en Éthiopie, en 1984. 

Crédits : Hulton Getty

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Culture du café, Éthiopie

Culture du café, Éthiopie

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Séchage des grains de café dans la région de Sidamo, au sud d'Addis-Abeba. 

Crédits : A. Mahdi

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Pour le moment, l'exode rural n'allège pas la pression foncière sur les hautes terres, mais il bouscule les rapports de forces politiques, religieux et linguistiques en favorisant la christianisation et l'amharisation, notamment à Addis-Abeba. En 1970, les citadins représentaient 9 p. 100 de la population totale, 11 p. 100 en 1984, 13,6 p. 100 en 1994 et 16,2 p. 100 en 2007. La capitale fédérale (2,7 millions d'habitants) se prolonge vers le sud, le long de la voie ferrée et de la route vers Djibouti, par une conurbation industrielle (textile, mécanique, cuirs, minoterie) de 400 000 habitants englobant Nazareth et Debre Zeyit. Dirré Dawa (342 827 hab.), la deuxième ville du pays, fondée en 1902 sur le chemin de fer, est également le deuxième pôle industriel, après la capitale, avec Harar (183 344 hab.). Les capitales administratives (entre 100 000 et 200 000 hab.) espèrent profiter des retombées de la fédéralisation des institutions. À Addis-Abeba, les expulsions provoquées par la rénovation urbaine, et en périphérie, les serres horticoles et floricoles, concédées à des firmes industrielles, créent des tensions foncières encore avivées par l'annonce de l'ouverture au privé du marché de la terre. L'irruption du négoce mondial dans les marchés éthiopiens a entraîné des mutations aux conséquences imprévisibles : la mévente du café a poussé les paysans du Harar, de l'est puis de l'ouest de l'Éthiopie, à se reconvertir dans la culture du tchat (le qat), un stupéfiant vendu à Djibouti, en Somalie, au Yémen et en Afrique de l'Est. La réforme agraire radicale de 1975 a atténué la pression foncière sans apporter le « déchaînement » attendu des forces productives. La révolution décida alors d'étendre les fermes d'État irriguées, découpées dans les parcours des éleveurs, le long de la vallée de l'Awash. Le gouvernement tente, sans grand succès, de privatiser les plantations cotonnières et agrumicoles, en dépit de leur passif environnemental et économique : sols saturés de sel, de pesticides et d'engrais, malaria. Le faible coût de la main-d'œuvre attire les investisseurs industriels locaux et étrangers, surtout chinois, qui produisent plus pour l'exportation que pour l'étroit marché intérieur. Toutefois, l'inconvertibilité du birr ainsi que les insuffisances des transports routiers et ferroviaires et de la production d'électricité limitent l'industrialisation. Les sécheresses n'affectent pas seulement la production agricole mais aussi la production d'énergie. La construction de barrages sur le Tekkezé, l'Omo et l'Abbay se heurtent à la réticence des investisseurs internationaux à financer les grands ouvrages hydrauliques. Augmenter la production agricole, tracer des routes, bâtir des villes et des usines, tels sont les buts que les Éthiopiens (P.N.B. 900 dollars ppa/hab. en 2009) doivent atteindre pour que l'Éthiopie puisse accueillir les 118 millions d'habitants annoncés par les prévisions pour 2025.

—  Alain GASCON

Histoire

Saba et le royaume d'Axoum

Les traditions relatives à la reine de Saba (dont se réclame la lignée salomonide des empereurs éthiopiens) n'ont été écrites qu'au xive siècle, et l'Arabie du Sud présente des traditions parallèles. L'archéologie a révélé que, pendant au moins dix siècles, le Royaume de Saba a existé en Arabie du Sud. Cependant, surtout en ces dernières décennies, les fouilles ont mis au jour, au Tigré éthiopien, des inscriptions et des monuments appartenant à cette même culture sabéenne et datant du ve au iiie siècle avant J.-C. On a d'abord supposé qu'ils attestaient une colonisation du plateau éthiopien par les Arabes du Sud, à haute époque, expliquant ainsi le type et la langue sémitique des anciens Éthiopiens. Aujourd'hui, on nuance cette thèse. L'uniformité culturelle (qui n'exclut pas quelques différences) est due à des liens historiques existant manifestement entre le ve et le iiie siècle avant J.-C., mais dont on ne peut prouver la présence à une date antérieure. Selon la Bible, il pourrait s'agir de deux peuples cousins (Shaba, d'Arabie, serait petit-fils de Koush, tandis que Saba, d'Éthiopie, serait fils de celui-ci et serait donc le plus ancien), mais son exposé généalogique est sujet à caution.

Éthiopie, Antiquité et Moyen Âge

Éthiopie, Antiquité et Moyen Âge

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Localisation des populations, des villes et des provinces en Éthiopie, de l'Antiquité au Moyen Âge."… 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les données archéologiques montrent qu'à partir du iie siècle avant J.-C. la culture sabéenne s'abâtardit, tandis qu'apparaît une écriture qui va devenir celle du guèze (éthiopien classique).

On ne sait pas encore comment s'est élaborée la civilisation axoumite, ni précisément à quelle date.

200 à 300. Division des empires

200 à 300. Division des empires

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Teotihuacán et Maya en Amérique centrale. Division des empires en Chine et en Europe.Le IIIe siècle est une période de crise pour les grands empires en place.En 226 tout d'abord, les Sassanides profitent de la déstabilisation des Parthes Arsacides pour prendre la tête de... 

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Un texte grec anonyme, Le Périple de la mer Érythrée, mentionne pour la première fois ce royaume. Ce texte, qu'on a daté du ier siècle de notre ère, paraît aujourd'hui appartenir plutôt au début du iiie. Ce royaume, dont la capitale était Axoum, serait donc né au cours du iie siècle après J.-C. D'après le Périple, son roi était ami des empereurs romains ; les navires alexandrins fréquentaient le port d'Aloulis (dont les fouilles n'ont encore révélé que peu de choses).

Seul le classement des monnaies d'or, d'argent et de bronze frappées par ces souverains pourra établir la chronologie de leur succession entre le iiie et le viiie siècle. Ce classement n'est pas encore fixé de manière certaine. Toutefois, les monnaies permettent de constater le passage du paganisme (croissant et disque) au christianisme (croix).

Au début du ive siècle, un jeune Syrien naufragé, Frumence, recueilli par le négus et élevé à sa cour, convertit celui-ci et devint le premier évêque du pays. Des moines venus d'Antioche, au ve siècle, réalisèrent la conversion définitive du peuple et de ses rois.

Au vie siècle, un roi de l'Arabie du Sud, converti au judaïsme, ayant martyrisé les chrétiens de son royaume, l'empereur Justinien pria le négus Kaleb d'intervenir. Celui-ci triompha du souverain arabe, et les églises furent reconstruites. La mainmise de l'Éthiopie sur l'Arabie du Sud dura une cinquantaine d'années, jusqu'à ce qu'un descendant royal, à la tête d'une troupe de condamnés sortis des prisons de Perse, réussisse à reconquérir son royaume (572). Mais l'avènement de l'islam mit bientôt fin à la civilisation sud-arabe et l'Éthiopie se trouva peu à peu isolée.

La période obscure

L'Éthiopie perdit puis reprit sa côte de la mer Rouge. Au viiie siècle, après le sac de Djeddah par les Abyssins, les Arabes réoccupèrent le littoral (Massaoua, ou les îles Dahlak) et Adoulis fut définitivement détruite. Mais, au commencement du xe siècle, le pays fut en détresse. Une reine de race agaou, païenne, ou peut-être judaïsante, brûlait les églises, tuait les prêtres, emmenait les gens en esclavage, dévastait Axoum et poursuivait le roi de refuge en refuge. Elle fut enfin vaincue, après l'arrivée d'un nouvel abouna.

Cependant, la puissance éthiopienne était ébranlée. Les îles Dahlak et la côte des Danakils furent perdues, l'islam pénétra au Sidamo et à Harar, et le sultanat d'Ifat se créa, juste au pied du plateau, à l'est.

L'Éthiopie se trouvait coupée de la mer. Privée de relations extérieures, elle commença à s'étendre vers le sud.

Dans le Lasta apparut la dynastie Zagoué, dont les origines appartiennent à la légende. De race agaou, elle était usurpatrice, mais, se posant comme rivale de la dynastie légitime salomonienne, elle prétendait descendre de Moïse. Son plus grand roi, Lalibéla, est considéré comme un saint par les Éthiopiens. De la capitale qu'il fonda, Roha (à laquelle la postérité donna son nom, Lalibéla), il ne reste que les douze églises extraordinaires, qui sont censées composer une nouvelle Jérusalem symbolique et que les foules éthiopiennes vénèrent à l'égal de la Ville sainte. La dynastie fut renversée, vers 1270, par un Amhara, Yekouno Amlak.

Un brillant Moyen Âge

La renaissance

Yekouno Amlak (1270-1285) prit pour capitale Tegoulet, dans le Shoa. Les historiographes qui écrivirent la Chronique de la gloire des rois (Kebra Nagast) ont célébré la restauration de la lignée des rois axoumites, donnés pour descendants de Salomon et de la reine de Saba (dont on rédigea alors la légende). Yekouno Amlak aurait été un de leurs descendants, échappé au massacre et élevé dans le Shoa.

1400 - 1500. Poussée ottomane et grandes découvertes

1400 - 1500. Poussée ottomane et grandes découvertes

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Prise de Constantinople. Voyages maritimes du Chinois Zheng He, de Vasco de Gama, de Christophe Colomb. Les Ming en Chine. Gutenberg. Renaissance en Europe. Le XVe siècle marque la fin du Moyen Âge. Les grands empires nomades : la Horde d'or et l'ancien empire de Tamerlan, se… 

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La période qui s'ouvrait allait être marquée par une floraison littéraire qui dura quelque cinq siècles. De grands ordres religieux se créèrent. Les monastères prirent, grâce à la faveur royale, un éclat et une importance primordiales ; il n'y en avait pas moins de violents affrontements lorsqu'un abbé désapprouvait et excommuniait le roi. Les souverains édifièrent de magnifiques églises. Couvents et ermitages se multiplièrent dans tout le pays. Des moines éthiopiens s'établirent à Jérusalem (où ils sont encore au Saint-Sépulcre).

Cependant, le clergé de la cour prit ombrage de l'éclat du monachisme. Les métropolites coptes envoyés d'Alexandrie ne furent pas toujours bien vus. Des disputes théologiques s'envenimèrent ; les moines michaélites et stéphanites furent dénoncés comme hérétiques, et le roi Zara Yaqob, s'étant arrogé la capacité de définir l'orthodoxie mena contre ces deux ordres une persécution sanglante. Les traités qu'il fit rédiger définissent encore aujourd'hui la foi pour l'Église d'Éthiopie.

L'éclat chrétien de cette dynastie fut tel qu'en Europe on identifia alors ce royaume avec celui du légendaire roi asiatique chrétien, le Prêtre Jean.

Le Portugal y envoya en 1520 une ambassade qui resta six ans. À son retour, le chapelain Alvares publia une description des mœurs et de la civilisation médiévale de l'Abyssinie, alors à son apogée, qui fut aussitôt traduite en toutes les langues de l'Occident.

La lutte contre l'Islam et l'aide portugaise

Les rois salomonides s'illustrèrent aussi en repoussant, tout d'abord victorieusement, les attaques des sultans de l'Ifat et de l'Adal. Cette âpre lutte, poursuivie pendant deux siècles et demi, a fourni à la littérature le sujet de ses plus belles chroniques et de poèmes guerriers, en particulier les guerres victorieuses de Amda Sion (1314-1344). Les campagnes des rois David Ier (1382-1411) et Yeshaq (1414-1429), puis de Zara Yaqob (1434-1468) réduisirent la puissance du sultan d'Ifat, chef de la ligue musulmane. Mais la province de l'Adal prit la relève, et les souverains ne parvinrent pas à la soumettre.

Sous le règne de Lebna Dengel (1508-1540), le pays était dans toute sa prospérité. Mais, avant que les Portugais aient pu s'entendre avec l'Éthiopie contre l'avance des Turcs en mer Rouge, le chef de guerre de l'Adal attaqua avec deux cents arquebusiers fournis par ceux-ci. Surnommé Gragne (« le Gaucher »), il dévasta le pays jusqu'au Tigré et à Axoum. Neuf sur dix de ses sujets abjuraient le christianisme, et le roi des rois, acculé dans les montagnes de l'intérieur, envoya aux Portugais un appel désespéré. La flotte ottomane tenait alors la mer Rouge. En 1541, les Portugais parvinrent à débarquer quatre cents hommes à Massaoua, sous le commandement de Christophe de Gama (le fils du célèbre Vasco de Gama). Il fallut à Gragne, replié, l'appui de neuf cents arquebusiers turcs pour tuer plus de la moitié des chrétiens et pour prendre Christophe, qui fut martyrisé. Cependant, sur une amba que celui-ci avait conquise auparavant, le jeune négus Claude et ses fidèles préparèrent avec les Portugais la victoire finale, et Gragne fut tué dans ce combat.

En 1558, les Turcs occupèrent Massaoua. Aucun secours ne pouvait plus venir de la mer. L'année suivante, le sultan de Harar vainquit Claude et le tua. Cependant, l'invasion des Galla allait mettre fin aux luttes entre musulmans et chrétiens.

Les survivants portugais étaient restés dans le pays, faute de pouvoir être rapatriés.

Les jésuites espagnols

Les initiatives autoritaires d'un Portugais qui se faisait passer pour un patriarche catholique incitèrent Rome à envoyer des missionnaires de saint Ignace de Loyola, sous la conduite de l'évêque espagnol André d'Oviedo (1554). La mission s'établit à Frémona, près d'Axoum, et exerça une influence sur le développement de la littérature théologique et de la langue amharique. Mais, à la fin du siècle, les missionnaires s'étaient peu à peu éteints.

Malgré le barrage vigilant qu'opposaient les Turcs à l'entrée en Abyssinie, un jésuite espagnol, Pierre Paez, parvint en 1603 à Frémona, où il ouvrit une école. Brillant linguiste, il sut se faire aussi maçon, architecte et charpentier. Libéral patient et discret, il sut convaincre le négus Susenyos d'écrire au pape pour lui prêter serment d'obédience, et à Philippe III d'Espagne. Mais Paez mourut, et le pape envoya un autre Espagnol, Mendez, dont les réformes maladroites soulevèrent l'opinion publique et provoquèrent une insurrection. Susenyos revint à la foi de ses pères et abdiqua en faveur de son fils, Fasilidas, qui effectua une sévère répression.

Les rois de Gondar (XVIIe et XVIIIe s.)

Profitant de l'épuisement des musulmans comme des chrétiens, après leurs longues luttes, un peuple du Sud, les Galla, envahit les abords du plateau éthiopien et même s'installa au cœur de celui-ci, dans le Shoa, l'Amhara et le Lasta. Devant cette menace, Fasilidas transporta sa capitale plus au nord, à Gondar.

Aux xviie et xviiie siècles, dans le somptueux décor d'une ville pourvue d'églises et de palais, les rois virent sombrer leur pouvoir. Les trois premiers (Fasilidas, Yohannès et Yasous le Grand entre 1632 et 1705) maintinrent leur autorité. Après l'assassinat, au Sennar, de l'ambassade française de M. du Roule envoyée à Yasous, il n'y eut plus de contacts diplomatiques avec l'Europe pendant un siècle. Les missionnaires qui parvinrent à pénétrer dans le pays y laissèrent tous la vie. L'explorateur anglais Bruce qui y séjourna de 1768 à 1772, sous la protection du puissant seigneur du Tigré, a donné une description des rivalités et des luttes sanglantes qui ruinaient le pays ; à partir de 1769, les empereurs, sans armée, sans revenus, furent nommés et détrônés par les seigneurs.

L'unité de l'Église se perd dans les luttes doctrinales, et les factions, soutenues par les grands, donnent lieu à des conflits allant jusqu'au massacre.

À la fin du xviiie siècle, c'est une dynastie de seigneurs galla, musulmans, qui prend le contrôle de la province clé, celle de Gondar ; la noblesse chrétienne est en perpétuelle rébellion, en proie aux intrigues et aux rivalités. Chacun cherche à s'assurer le contrôle (et le revenu) du territoire le plus vaste possible. En 1827, on se dispute l'héritage du seigneur de Dembiya, qui a rassemblé sous son contrôle toutes les provinces entourant celle de Gondar. C'est en participant à cette lutte que le futur Théodoros allait réussir à restaurer le pouvoir impérial.

—  Jacqueline PIRENNE

L'Éthiopie face au monde moderne

Des princes à Théodoros

L'Antiquité avait connu d'âpres conflits pour la maîtrise des deux routes qui vont de la Méditerranée aux Indes – route des caravanes par l'Iran, route des flottes par la mer Rouge. L'empire d'Axoum dut sa puissance à son contrôle des côtes éthiopiennes et sabéennes. Ce trafic maritime déclina lorsque Perses et Arabes puis Turcs et Portugais se le disputèrent. Au xviiie siècle, Français et Britanniques, rivaux pour la maîtrise de l'Inde, rêvaient de rouvrir ce passage par la mer Rouge. Bonaparte eût voulu couper l'isthme de Suez ; empereur, il projeta même, avec le tsar Paul Ier, de conquérir l'autre passage, terrestre, entre l'Iran et l'Inde (projet que les Russes ont poursuivi de 1865 à nos jours) : les conflits des grandes nations pour le contrôle de ces deux routes s'attisent sitôt qu'au xixe siècle le percement du canal de Suez devient une possibilité. Entre Éthiopie et Yémen, sociétés ou gouvernements achètent des enclaves dont la première est Aden (acquis en 1802 par le gouvernement britannique de Bombay), puis Socotra, Zeila, Berbera, tandis que les Italiens acquerront la baie d'Assab, les rivages d'Amphila et se montreront au Bénadir ; les Français se borneront à Obock. Vers l'Abyssinie, les explorateurs affluent (Rochet d'Héricourt, 1839 et 1843 ; Salt, 1805 et 1809 ; Harris, 1841 ; Lefebvre, 1839-1843 ; Combes et Tamisier, 1838). Mais, autour de la mer Rouge aussi bien qu'en haute Asie, ces mainmises des puissances suscitent résistances et soulèvements nationaux qui – particulièrement pour l'Éthiopie – éclipsent désormais les épisodes de l'histoire intérieure.

L'Éthiopie rebelle à toute colonisation avait, au xvie siècle, rejeté à la mer les Turcs, leur concédant seulement contre tribut l'usage du port de Massaoua. Au xixe siècle, les premières tentatives pour l'envahir viennent des Égyptiens qui, depuis 1820, ont annexé le Soudan. Pour déboucher de Kassala sur la mer Rouge, ils revendiquent le port de Massaoua, Kérén et les districts septentrionaux du Tigré où, insidieusement d'abord puis par force, ils imposent l'islam à quelques tribus jusqu'alors chrétiennes de cette vieille province éthiopienne. Bien plus au sud, les Égyptiens tentent de s'approprier Zeila et Harar, débouchés vers la mer des marchés de Choa. Ils guettent enfin, depuis le haut Nil soudanais, le sud-ouest éthiopien, où le christianisme national, coupé du centre depuis deux siècles, s'étiole. L'Éthiopie est d'autant plus vulnérable qu'elle n'a plus pour défenseur que des « juges » ou « princes », dont les dissensions – chrétiens ou musulmans ; tigréens, amhara ou oromo – divisent le pays. La seule force unificatrice reste l'Église, qui usera de prophéties fictives pour porter sur le trône tel ou tel descendant d'une lignée salomonienne bien diluée depuis le déclin de Gondar. C'est ainsi qu'elle appuiera des féodaux qui, au dernier instant, sauveront la nation.

Théodoros II

Le premier de ces sauveurs, qui porte le nom banal de Kassa, est né vers 1820 d'un notable : dedjaz Haïlou-Maryam. Tout jeune, il échappe à la dévastation d'un monastère proche de Gondar où il était écolier. Sa colère et sa cruauté s'enflamment contre les féodaux qui démembrent l'Empire (nominalement détenu par une impératrice, Menén) et contre les Égyptiens qui, du Soudan où ils fondent Khartoum, harcèlent l'Éthiopie. Dès 1845, Kassa suscite la bienveillance de la reine Menén, dont il épousera une fille, Téouabesh, mais dont il écrasera en 1853 le fils, le puissant Ras Ali, mettant ainsi un terme à l'époque « des juges ». En 1855, il fait s'incliner le roi du Choa, Haïlé Melekôt, dont peu après il enlève, pour l'éduquer auprès de lui, le fils, Sahlé-Maryam, qui deviendra son successeur, Ménélik II. Il traite en vassal le chef du Godjam, Ras Adal. Lorsque enfin à Derasguié il écrase Ras Oubié, maître du Tigré, il se couronne empereur et prend ce nom de Théodoros (II) sous lequel de vieilles prophéties éthiopiennes promettaient un sauveur à la nation. De Gondar délabrée, il fait emporter les trésors et les manuscrits à sa nouvelle capitale, Magdala, forteresse naturelle du haut Amhara. Aux Égyptiens, qui préparent (1862) une colonisation, il répond par les armes, tout comme il réplique à l'islam, fourrier de leur invasion, en faisant du christianisme un bouclier qu'il impose sans ménagements à l'ensemble de sa nation. Il fait appel à la reine Victoria, car il souhaite, contre les Égyptiens et les Turcs, l'aide des Britanniques : c'est ignorer qu'en 1862 ceux-ci sont alliés aux Ottomans contre la Russie ! Rebuté par le silence de lord Russell, il s'en prend aux Européens, diplomates ou missionnaires – Anglais en premier – qu'il interne et humilie. C'en est trop pour les Britanniques qui, ébranlés par les dernières révoltes des Indes, craignent tout affront à leur prestige – particulièrement à ce moment où la Russie occupe Merv, avant d'atteindre sur les confins afghans l'oasis de Péndjeh (avril 1885 : date restée célèbre, l'affrontement entre puissances n'étant évité que de peu !). Pour les Anglais, un orage sur le haut Nil (qui, stratégiquement, est lié pour eux à la sphère des Indes), en s'ajoutant à leurs ennuis afghans, dépasserait leurs forces : ils confient en hâte une expédition militaire à Robert Napier (plus tard lord Napier of Magdala) qui, de Bombay, débarque à Zoula (déc. 1867). Semant l'or, profitant de l'épouvante que les violences de Théodoros ont suscitées chez les Éthiopiens, Napier assiège Magdala où Théodoros, indomptable, se tue le 13 avril 1868. Les Britanniques emportent à Londres les trésors que Théodoros avait amenés de Gondar deux ans plus tôt. Théodoros, expression d'un patriotisme mystique, reste, pour les Éthiopiens, un héros exemplaire.

Yohannès IV empereur, Ménélik (II) roi du Choa...

Ménélik fuyant Théodoros brigue, de son royaume du Choa, le titre impérial. Il n'est pas seul prétendant. Ras Adal règne sur le Godjam, où les produits des ports du golfe d'Aden s'échangent contre ceux du haut Nil. Gobazié, seigneur du Ouag, descendant des rois Zagoué, s'intitule Takla-Guiorguis II. Mais ces concurrents sont surclassés par un nommé Kassa, du Témbién, qui se proclame empereur, Yohannès IV, le 11 juillet 1872. Dès lors, le pouvoir se partage entre Ras Adal, qui lutte contre les derviches (il deviendra le roi Takla Haïmanot en 1881), Ménélik dont l'autorité s'étend sur le centre et le sud de l'Empire, et ce Yohannès IV, qui, tenant le Tigré jusqu'à la mer, restera jusqu'à sa mort leur suzerain.

Entre Ménélik et Yohannès, l'entrevue de Boroumiéda (près de l'actuelle Dessié) partage l'Empire, en 1878 ; outre le Wollo et le Choa, Ménélik obtient le Harar, l'Ogaden, le Balé, le Sidamo et tout le Sud-Ouest. Il se bornera temporairement au titre de roi (negous), mais un mariage unit sa lignée à celle de Yohannès avec promesse d'hériter du rang impérial. Ménélik et Yohannès vont désormais accélérer la christianisation forcée des populations musulmanes ou païennes et lutter, chacun de leur côté, contre les mêmes périls : les tentatives de colonisation égyptienne, le déferlement du mahdisme soudanais (1881-1898), les pénétrations britanniques et italiennes (surtout depuis 1885). Tandis que Britanniques et Italiens vont subir successivement les assauts du mahdisme au Soudan (1881-1898), puis du « Mad Mullah » en Somalie (1899-1920), au même temps où les Anglais doivent, aux portes de l'Inde, craindre les Afghans et les Russes, les forces de Yohannès écrasent coup sur coup deux armées égyptiennes modernes : à Goundét en novembre 1875, à Goura en mars 1877.

Et pourtant, dès 1881, les Britanniques, débordés par le soulèvement mahdiste (qui harcèle aussi les confins éthiopiens), font appel, pour une stratégie commune, à la fois à l'aide de Yohannès et à une participation militaire italienne. Yohannès signe à contre-cœur le traité Hewett (1884) par lequel, à condition que sa souveraineté sur le nord du Tigré reste reconnue, il tolère temporairement le transit par Massaoua et Chérén de forces italiennes associées à la défense de Kassala. Il regrette toutefois l'ambiguïté de cette emprise (d'où naîtra plus tard le problème de l'« Érythrée ») et laisse Ras Aloula écraser à Dogali (janvier 1887) une colonne italienne aventurée hors des limites qu'il a concédées : coup de foudre pour l'Italie aussi bien que pour les Britanniques ! Quant aux mahdistes, ce même Ras Aloula les avait déjà écrasés près de Kassala à Koufit (sept. 1885) ; Negous Takla-Haïmanôt allait les défaire en juin 1887 à Metemma, mais être battu six mois plus tard par leur retour. C'est à cette occasion que les mahdistes dévasteront Gondar, puis, repoussés, seront écrasés plus au sud par un général de Ménélik, Ras Gobana. Yohannès se lance à son tour contre 60 000 derviches concentrés à Metemma, les disloque, mais succombe à ses blessures (11 mars 1889).

Ménélik II empereur

Ménélik II reçoit la couronne que lui prédisaient de factices prophéties annonçant le retour de la dynastie du Choa. Jusqu'à 1879, il s'était reclus sur les froides altitudes de Debra-Berhân et d'Ankobér dominant le désert au débouché des caravanes de Zeila. Ayant reconquis les plaines du Sud, perdues par ses ancêtres au xvie siècle, il décide d'y ressusciter la capitale d'Entotto que Lebna-Dénguel avait abandonnée, puis fonde, dans la plaine, Addis-Abeba, « De nouveau fleurie ! » (1887). Autour de son palais – de curieux pavillons à l'indienne et une immense salle de réception –, la ville est un camp où se dispersent églises octogonales, marchés, artisans, négociants européens ou orientaux et où afflue le peuple des provinces.

Ménélik II

Ménélik II

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Grâce à sa victoire sur les Italiens à Adoua le 1er mars 1896, l'empereur éthiopien Ménélik II parvient à se dégager de la tutelle européenne et étend sa domination sur les territoires voisins. 

Crédits : Hulton Getty

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Ménélik a, comme Yohannès, déjoué des intrusions égyptiennes qui tentent de s'implanter sur toutes les voies reliant les côtes au Choa. En 1870, Raouf Pacha avait occupé les rivages de Zeila à Berbera, puis, en 1875 (l'année même où Yohannès écrase l'armée d'Arakel Bey à Goundét), il avait occupé le Harar, imposant brutalement l'islam aux oromo de la ville et des campagnes. Du golfe de Tadjoura, une autre colonne égyptienne montant vers l'intérieur est annihilée par le sultan du Aoussa fidèle à Ménélik. Malgré les convoitises italiennes que la France a déjouées, Ménélik reconquiert en 1887 Harar, clé des caravanes du Choa, d'où Ras Makonnen, son bras droit, va pacifier l'Ogaden jusqu'au Shébelli et au Juba. Au Sud-Ouest, Ménélik affirme sa souveraineté jusqu'au lac Rodolphe, d'où la mission britannique Macdonald décampera avant même qu'arrive l'armée de Ras Ouoldé-Guiorguis, conseillé dans sa marche par l'officier russe Alexandre X. Boulatovitch (1898). Au Sud, il confie au Russe Nicolaï Stepanovitch Leontieff l'administration des terres fertiles du Sidamo et du Borana, que les Britanniques auraient voulu adjoindre à leurs provinces du Jubaland et du Nord-Kenya.

Les prétentions égyptiennes ayant avorté, Ménélik échappera-t-il aux Italiens ? Depuis leur humiliante défaite de Dogali, ceux-ci ont confié leur gouvernement à Francesco Crispi, revanchard qui voudrait effacer l'Éthiopie de la carte. On usera, envers Ménélik, de duplicité : dès son accès à l'Empire, on lui fait signer (2 mai 1889) le traité d'Uccialli, où l'ambiguïté de quelques mots italiens (la version éthiopienne ne la laissait point paraître) ouvre aux colonisateurs le nord du Tigré et les côtes éthiopiennes de la mer Rouge, ensemble disparate qu'ils baptiseront du nom romantique d'Érythrée en janvier 1890 (colonisation pourtant dénoncée comme dispendieuse en hommes et en moyens par l'opinion italienne ; tandis que les populations autochtones fuiront vers Addis-Abeba la tutelle étrangère) et qui laisse à Rome un protectorat fictif sur l'Éthiopie. La duperie sitôt décelée, Ménélik réagit en affirmant son indépendance (fin de 1889), notifie aux puissances l'étendue traditionnelle de son Empire (avr. 1891) et dénonce finalement le traité (févr. 1893). Incorrigibles, Italiens et Britanniques se partagent l'Éthiopie (traité de 1891, puis clauses « secrètes » du traité de 1894) au mépris de conventions franco-britanniques de 1888 stipulant, entre autres, l'indépendance éthiopienne du Harar. À trois reprises (1891, 1894 et 1895), la France interviendra auprès de Londres pour contester ces ambitions.

La réponse de Ménélik sera la conclusion avec la France d'accords pour la construction d'un chemin de fer d'Obock au Nil soudanais, par Addis-Abeba (seul débouché sur la mer depuis que l'Italie a confisqué Massaoua, Assab et Zeila) ; pour l'acquisition d'armes qui permettront d'entraver l'invasion du Tigré par les Italiens (victoire d'Adoua, aidée par les « chassepots » français, 1er mars 1896) ; pour une jonction franco-éthiopienne sur le Nil Blanc (1894), qui n'échouera que parce que les Britanniques écraseront les derviches et, du même coup, délogeront Marchand de Fachoda (juill. 1898).

L'écrasante victoire de l'Éthiopie à Adoua entraîne en Italie l'effondrement du colonialisme de Crispi. Elle assure à Ménélik la maîtrise voulue pour négocier, en 1897, trois traités bornant les empiètements italiens, britanniques et français. Toutefois, les Anglais, pour protéger l'Égypte et le Soudan, lui imposeront une limitation de ses droits sur les eaux éthiopiennes du Nil Bleu (1902). Quant aux Italiens, leurs intrigues font disparaître mystérieusement du traité délimitant la Somalie un document essentiel : une carte, contresignée comme appendice au traité de 1897. Spéculant sur la maladie de Ménélik, probablement provoquée, Italiens et Britanniques ne renonceraient point à se partager son empire... sur le papier, si le souverain ne s'obstinait à survivre et à protester. La France fera elle aussi obstacle aux plus brutales clauses du « traité tripartite » de 1906. Italiens et Britanniques sont d'ailleurs aux prises depuis 1897 avec la féroce révolte du mullah somali, Mohammed Abdullah Hassan, qui, bénéficiant d'aides cachées des Éthiopiens, ne sera vaincu qu'en 1920.

Ménélik modernise l'Éthiopie : les Postes fonctionnent dès 1893 ; Addis-Abeba est reliée par téléphone à Djibouti, par télégraphe à Asmara. Un hôpital a été créé par la Croix-Rouge russe en 1896. De Djibouti, le chemin de fer atteint au Harar en 1902 la ville nouvelle de Diré-Daoua. En mai 1907, Ménélik s'efface et proclame futur héritier son petit-fils Lidj Iyasou. L'impératrice Taïtou tente de gouverner jusqu'en 1910 ; Ras Tessemma est régent jusqu'en avril 1911, où Ras Mikaél lui succède. Ménélik meurt le 12 décembre 1913, ayant poursuivi sans relâche ce que Yohannès IV et lui avaient conçu pour épargner à l'Éthiopie les colonisations étrangères.

La succession de Ménélik

Lidj Iyasou, négligeant le trône qui lui échoit, laisse gouverner son père, Ras Mikaél (oromo converti au christianisme) en lui conférant le rang de negous (roi) sur le Wollo, le Tigré, le Bégamedér et le Godjam. Son attachement pour le Harar où il aime résider, sa sympathie pour le mullah rebelle des Somalis s'expliquent par son ascendance paternelle. Au déclenchement de la guerre mondiale qui se répercute en mer Rouge, il pencherait pour les Turcs et les Allemands, d'où la fureur des Anglais et des Italiens. La pression diplomatique des Alliés obtient des grands et de l'Église, le 27 avril 1916, la déchéance de Lidj Iyasou en faveur de Zaouditou, fille de Ménélik, assistée par un régent Ras Tafari, habilement soutenu par les missionnaires catholiques de Harar. Lidj Iyasou, vainement défendu par negous Mikaél dont l'armée est défaite à Sagallé (27 oct. 1916), est interné (1921). Il sera relégué dans les monts du Harar où, à la veille de l'invasion italienne, Haïlé Sellassié le fait assassiner. Nombre d'Éthiopiens gardent la nostalgie de ce prince que la marche imprévisible de l'histoire mondiale écrasa.

1914 à 1939. De Sarajevo à Dantzig

1914 à 1939. De Sarajevo à Dantzig

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Première Guerre mondiale. S.D.N. Crise de 1929. Communisme. Nazisme.La Première Guerre mondiale, véritable matrice du nouveau siècle, procède directement de l'exacerbation des tensions nationalistes en Europe. En 1917, l'intervention nord-américaine accélère la défaite des Empires centraux... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La régence : Ras Tafari

Le 11 février 1917, on célèbre le couronnement de Zaouditou-Ménélik. Le régent, Ras Tafari, jusqu'alors gouverneur du Harar où il a succédé à son père, Ras Makonnen, a pour épouse la princesse Menén, petite-fille de negous Mikaél. Il dégage l'Éthiopie des alliances germano-turques de Lidj Iyasou, retournement qui, à la victoire des Alliés, évite à la nation d'être dépecée comme l'Italie l'espérait. Il fait admettre l'Éthiopie à la Société des nations (S.D.N.) (28 sept. 1923), ce qui n'empêche Britanniques et Italiens de se partager une fois encore le pays, sur le papier, par un accord de 1925. Ras Tafari proteste à la S.D.N. (juin 1926). L'encerclement de l'Éthiopie se resserre, les Britanniques cédant à la Somalie italienne le Jubaland, seul débouché vers la mer pour les marchés du sud ee l'Éthiopie. La seule porte maritime reste le très coûteux chemin de fer « franco-éthiopien » de Djibouti. Tafari accepterait donc un projet d'accès à Zeila, suggéré par les Anglais, ou de route vers Assab, proposé par l'Italie (2 août 1928), mais qui se révèlent irréalisables. Ayant écrasé une tentative de coup d'État, Ras Tafari est proclamé negous (7 oct. 1928). Après avoir acquis des avions Potez et Junkers, il fait instruire par la France des pilotes éthiopiens. Il multiplie dans la capitale écoles et imprimeries. Lorsque Zaouditou meurt « fortuitement » le 2 avril 1930, Negous Tafari (désormais Haïlé Sellassié Ier : « Force de la Trinité ») et Woizero Menén sont couronnés le 2 novembre suivant. Une première Constitution est proclamée.

Haïlé Sellassié et l'invasion italienne

En 1930, le plan fasciste pour envahir l'Éthiopie par les armes est prêt : d'année en année, sans bruit, les cartes italiennes qui figuraient la limite entre Somalie et Éthiopie résultant des traités de 1897 et de 1908 ont été escamotées et remplacées par d'autres, fort ambitieuses, que les cartographies étrangères ont machinalement copiées ; en même temps, profitant du vide de certains secteurs de l'Ogaden, les Italiens y ont insinué des avant-postes. Reste à mettre le feu aux poudres. Le 23 novembre 1934, une banale commission anglo-éthiopienne inspectant les pâturages du Haud aux confins éthiopiens du Somaliland – à plus de 100 kilomètres de la Somalie – tombe dans un guet-apens qui, aussitôt déguisé par Rome en « agression » éthiopienne, fait l'objet d'une plainte italienne à la S.D.N. La requête, un instant accueillie, fait scandale lorsque des vestiges de la cartographie ancienne sont retrouvés (déc. 1934) : l'Italie est condamnée. Vaine décision, car déjà Hoare, Laval et Mussolini, malgré l'indignation générale, sacrifient l'Éthiopie. Envahie simultanément depuis l'Érythrée et la Somalie, bombardée à l'ypérite et au phosphore, elle est écrasée. Le 5 mai 1936, l'empereur quitte Addis-Abeba pour l'exil et, le 1er juin suivant, Rome proclame l'Africa Orientale Italiana. À la tribune de Genève, Haïlé Sellassié, déçu dans sa foi en la « sécurité collective », clame l'indignation de son peuple avant de s'exiler en Angleterre. Mais, déjà, le monde libre a d'autres soucis : la guerre civile en Espagne, prélude au déchirement de l'Occident.

Mussolini envahit l'Éthiopie, 1935

Mussolini envahit l'Éthiopie, 1935

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En octobre 1935, les troupes de Mussolini envahissent l'Éthiopie à partir des colonies italiennes d'Érythrée et de Somalie, déclenchant ainsi la dernière guerre de conquête coloniale. La lutte est âpre, mais totalement inégale, entre une armée mécanisée moderne qui n'hésite ni à... 

Crédits : National Archives

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Laval sacrifie l'Éthiopie

Laval sacrifie l'Éthiopie

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Pierre Laval (1883-1945), président du Conseil, signe en 1935 le traité Hoare-Laval qui sacrifie l'Éthiopie aux ambitions hégémoniques italiennes. 

Crédits : Hulton Getty

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Hailé Sélassié lors de l'invasion de l'Éthiopie

Hailé Sélassié lors de l'invasion de l'Éthiopie

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L'empereur d'Éthiopie Hailé Sélassié (1892-1975), sur le champ de bataille, lors de l'invasion de l'Éthiopie par les troupes italiennes (1936). 

Crédits : Hulton Getty

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Les patriotes éthiopiens vont résister aux envahisseurs : réseau « Lion noir » dans l'Ouest ; maquis d'Abebe Aragaï au Sud-Ouest ; commandos qui, entre Addis-Abeba et Djibouti, s'associeront dès 1940, contre les Italiens, aux partisans de la France libre. Le général Graziani échappe, le 20 février 1936, à un attentat : en représailles, 30 000 civils sont massacrés dans Addis-Abeba incendiée ; l'archevêque Pétros a été fusillé ; au couvent de Dabra-Libanos, 499 moines sont exécutés. Au même moment, les occupants défrichent, bâtissent des routes, introduisent électricité, mécanique et radio, et tracent, pour une Addis-Abeba italienne, un plan majestueux. Les mœurs éthiopiennes seront marquées par cette époque qui, bien qu'avilie par des génocides aveugles, apporte en compensation le dédain des castes qui existaient sous l'Empire et dissémine des connaissances et des techniques nouvelles. Si, durant la Seconde Guerre mondiale, l'Italie ne s'était alliée au nazisme, Haïlé Sellassié eut-il retrouvé son trône ? Bien des Éthiopiens ne souhaitaient pas son retour. Lorsque les Alliés vont déloger les Italiens d'Afrique Orientale, l'empereur quitte avec eux l'Angleterre pour Khartoum (juill. 1940). De l'Ouest, la « force Gédéon » qu'accompagne l'empereur rejoint les partisans au Godjam et entre dans la capitale le 5 mai 1941. Au Sud, les Britanniques ont reconquis le Somaliland et le Harar. Au Nord, les divisions indiennes du général Platt et la 1re division française libre avec son aviation ont livré les plus durs combats pour enlever Khérén, Massaoua, et Gondar.

Haïlé Sellassié de 1941 à 1966

L'Éthiopie n'est plus, juridiquement, qu'une « colonie italienne » conquise. Mais on admet, dès février 1941, le retour de l'empereur sur le trône : peut-être aurait-il été préférable de faire globalement accéder l'ex-Africa Orientale Italiana – l'Éthiopie et les colonies taillées dans ses marges – à une décolonisation qui eût rétabli l'unité de ces régions ; mais il n'était point encore question de « décolonisation » pour des puissances qui songeaient encore à se partager ces régions. Lorsque Haïlé Sellassié voulut récupérer sa nation, certains – dont l'Égypte – lui contestèrent l'Érythrée : un référendum organisé par les Nations unies constata que (même sans consulter les nombreux Érythréens qui avaient fui jadis vers le centre de l'Éthiopie impériale) les Éthiopiens de l'ex-Colonia Eritrea souhaitaient être fédérés à leur ancienne patrie, ce qui leur fut concédé en 1952. En occupant autrefois ce territoire aride, les Italiens avaient surestimé le trafic commercial qui le traversait, entre la mer et le centre de l'Éthiopie : ce trafic déclinait et, dès la fin du xixe siècle, les quatre cinquièmes de la population autochtone avaient fui vers les provinces impériales par suite des confiscations de leurs terres, de la ségrégation, des discriminations italiennes favorables aux catholiques et aux musulmans. De plus, à la Libération, les Britanniques avaient démantelé ports et voies ferrées sous le prétexte d'indemnités de guerre dues par les Italiens. Rattachée à l'Éthiopie par un statut fédératif qui la laissait à ses seules ressources, l'Érythrée était exsangue. Et c'est pourquoi, hâtivement réunis, les parlementaires érythréens demandèrent par vote l'annulation de ce statut fédéral et le bénéfice de tous les droits des provinces ordinaires de l'Empire (nov. 1962). Cette démarche, qui surprit le gouvernement éthiopien lui-même, embrasa les mécontentements politiques ou culturels de l'ex-colonie.

Sur l'Éthiopie libérée, les Britanniques maintinrent une tutelle : anglais obligatoire comme seconde langue, conseillers britanniques, administration britannique dans l'Ogaden et le Haud jusqu'en 1948. L'empereur s'en dégagera par l'aide américaine : il rencontre le président Roosevelt (1945) ; il se liera aux États-Unis en 1953 par un accord de défense mutuelle ; il fait admettre l'Éthiopie à l'O.N.U. comme il avait jadis rallié la S.D.N. Son armée modernisée participe activement aux opérations internationales de Corée (1951-1953) ou du Congo. En mars 1964, elle repousse une puissante invasion somalienne du Harar. Une aviation militaire est constituée. Avec l'aide de la T.W.A. naissent les Ethiopian Airlines (déc. 1945) qui, outre les liaisons intérieures, vont relier l'Éthiopie à l'Europe, à l'Asie et au reste de l'Afrique. L'antique port d'Assab ressuscité est relié par route à la capitale, concurrençant Djibouti et son chemin de fer. À Massaoua naît une marine de guerre. Un collège universitaire (1946) prélude à la fondation d'une université. Des industries sont créées. Le souverain rejette la tutelle que l'Église copte d'Égypte exerçait depuis mille ans sur la chrétienté éthiopienne : pour la première fois, un Éthiopien est consacré patriarche en 1951. Célébrant, en 1955, le jubilé de son couronnement, Haïlé Sellassié édicte une Constitution « révisée », où des institutions parlementaires se dessinent.

Il fit plus usage des aides internationales pour le prestige de sa capitale que pour le développement du pays. Croyait-il encore à cette « sécurité collective » qui n'avait pu protéger sa nation ? Il persista à jouer internationalement un rôle de médiateur. Il poussa à la création de l'Organisation de l'unité africaine, qui proclama sa charte en mai 1963 depuis Addis-Abeba, où elle fixa son siège proche de celui de la commission économique des Nations unies pour l'Afrique. Lorsqu'en 1960 Somalia et Somaliland devinrent, unis, une nation indépendante, il prôna une fédération de l'est de l'Afrique. Il soutenait en secret les mouvements de libération d'autres peuples africains. Il se défiait assez de l'Occident pour vouloir aussi des relations étroites avec l'U.R.S.S. (d'où il obtient, en 1959, 100 millions de dollars) et la Chine maoïste (oct. 1971) qui lui offre un prêt de 440 millions de francs : alliances qui préparent en fait la ruine de sa dynastie. Peut-être, après la mort accidentelle de son second fils, le prince Makonnén, et après la tentative de coup d'État de 1960, sentait-il que nulle lignée ne pourrait plus gouverner autoritairement une Éthiopie en butte aux revendications érythréennes et aux agressions somaliennes. On s'est étonné, lors du vingt-cinquième anniversaire de la Libération (1966), de la puissance qu'il avait donnée à son armée. Sans doute, consciemment ou non, lui avait-il déjà remis le sort de la nation.

Métamorphose de l'empire

L'Éthiopie retrouvée par Haïlé Sellassié en 1941 n'était plus tout à fait la nation servile de 1936. Certes, il y a encore des hiérarchies féodales dans des provinces dont il faut réprimer les révoltes, au Tigré en 1943, au Godjam en 1951 et 1967-1968. Mais il n'en est pas de même des protestations des oromo au Balé en 1963-1970, non plus que de la tentative de coup d'État de Manguestou-Neway et de la garde impériale (déc. 1960). Dès 1962, la rébellion érythréenne s'inspire du socialisme, tandis que l'évolution sociale et économique va bouleverser en vingt ans la vie traditionnelle. À la radio nationale à peine créée répondent du dehors des propagandes étrangères. La réforme agraire, qui eût laissé aux paysans le bénéfice de leurs récoltes, est sans cesse reportée. Depuis 1960, une classe de salariés (fonctionnaires, policiers, employés, ouvriers) s'est constituée, émergeant d'une population qui ne connaissait encore que les revenus en nature de patrimoines agraires ou fonciers. Il s'ensuit dans les villes, dès 1963, des inégalités de ressources et la montée des prix. Des syndicats étaient nés dès 1947 ; d'abord écrasés, ils sont reconnus par décret en 1962 et constituent la Confédération des unions de travailleurs éthiopiens (C.E.L.U.). Les étudiants contestent le pouvoir (1965 et 1969), encouragés par ceux de leurs camarades qui, en stage à l'étranger, ressentent plus vivement le besoin de liberté. De l'Union des étudiants éthiopiens en Europe est né, en août 1968, le Mouvement socialiste panéthiopien (M.E.I.S.O.N.) d'où sortiront le Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (E.P.R.P.) puis l'Organisation révolutionnaire pour la libération de l'Éthiopie, ouverte à des influences érythréennes et palestiniennes.

Le 19 janvier 1973, le président Pompidou quitte l'Éthiopie après une visite amicale ; une délégation du patriarcat de Moscou y arrive pour les fêtes de l'Épiphanie : Haïlé Sellassié jubile. Mais, quelques jours après, un « accident » survenu dans l'ombre du palais oblige à transporter d'urgence à Londres le prince héritier Asfaou Ouossén paralysé, désormais inapte à régner. On sent les obscures rivalités entre des candidats au pouvoir, peut-être suscitées par des puissances étrangères qui espèrent réitérer leur tutelle successorale de 1916. Mais d'autres forces s'élèvent, qui sont les véritables espoirs du peuple éthiopien. Presse et radios étrangères, indignées par des exécutions d'étudiants et par la famine qui ravage le Wollo, font campagne contre le gouvernement impérial. À l'Organisation de l'unité africaine, Kadhafi invective le souverain éthiopien. C'est, pour les mécontents, le moment d'abattre le pouvoir impérial : au début, certains des Érythréens sécessionnistes leur prêteront main forte. On prend pour cible le Premier ministre Aklilou Haptewolde. Les désordres éclatent en février 1974 à l'occasion de la hausse pétrolière qui se répercute sur les prix de l'essence. La police débordée est remplacée par l'armée, qui s'assure ainsi un avantage aussitôt exploité par un « comité militaire » qui va désormais incarner la révolution. Des forces éthiopiennes cantonnées en Érythrée lancent au gouvernement un ultimatum (26 févr.) qu'appuie aussitôt l'armée de l'air, près de la capitale, à Debre-Zeit ; la police rejoint le mouvement. Le 27, le Premier ministre Aklilou dont, pour le principe, on réclame la tête, remet sa démission au souverain, qui le remplace par Endalkatchéou Makonnén et accepte, en accord avec les militaires, de préparer une nouvelle Constitution. Le 4 avril – trop tard –, le souverain désigne un héritier possible, le jeune prince Zara-Yaqob.

Déjà, les militaires, approuvés par la majorité des responsables civils, perçoivent la clairvoyance d'un des leurs : Mengistu Haïlé-Mariam. Une commission d'enquête sur la corruption multiplie les arrestations jusqu'en juillet. L'appel à l'égalité et à la justice sociale incite les musulmans de la capitale, le 18 avril, à soutenir la rébellion. La masse de l'Église, le clergé pauvre, indigné par l'inutile richesse de sa hiérarchie, profite en 1976 de la vacance du patriarcat pour y élire un humble moine dévoué aux tâches humanitaires. Empereur et gouvernement sont sans voix, car presse et radio se sont ralliées aux militaires. Le Derg (comité de coordination de l'armée, de la police et des forces territoriales), né le 28 juin, lance l'appel Etiopya Tikdem !, « Éthiopie d'abord ! ». Le souverain dédaigne le projet de Constitution à l'anglaise qui lui est soumis, et Endalkatchéou Makonnén, responsable de cet échec, est remplacé par Mikaél Imrou, progressiste sincère (22 juill.). Dès lors, le comité nationalise les palais (25 août) et proclame la déchéance de l'empereur et du Parlement (12 sept.).

Coup d'État en Éthiopie, 1974

Coup d'État en Éthiopie, 1974

photographie

Dans leurs uniformes neufs, les chefs militaires éthiopiens qui ont renversé l'empereur Hailé Sélassié (1892-1975), en septembre 1974. De gauche à droite : Menguistu Hailé Mariam, qui sera président de 1977 à 1991, Tafari Banti et Atnafu Abate. 

Crédits : Hulton Getty

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Le gouvernement militaire provisoire

Le 12 septembre, le comité militaire se proclame gouvernement provisoire. Il devra à la fois résister aux partisans de l'ancien régime et aux dissidents tant libéraux que marxistes. Quelques féodaux rebelles sont assiégés et écrasés. Seul le Tigré, voisin de l'Érythrée rebelle et fidèle à son ras, Menguecha Seyoum (petit-fils de l'empereur Yohannès IV), demeurera irréductible, même après que Menguecha ait rejoint à Londres les « émigrés » de l'Union « démocratique » éthiopienne. Les révolutionnaires dissidents sont plus dangereux : les étudiants contestent à l'armée le monopole du pouvoir et manifestent, par diversion, pour un gouvernement civil (16 sept.). Les syndicats, pareillement réticents, sont décapités. Même le président du comité – du Derg –, le général Aman Amdom, prône une hâtive république (20 sept.). Le Derg, dans la nuit du 23 au 24 novembre 1974, fait exécuter par « décision politique » soixante des personnalités internées, auxquelles il ajoute deux de ses propres membres et le général Aman Amdom.

Depuis toujours avides de justice égalitaire, les masses n'ont pas bronché : la révolution les avantage. L'alphabétisation qui commence est un modèle de rapidité. La zametcha (« expédition ») envoie les étudiants alphabétiser les paysans et découvrir le peuple. Ce procédé semble d'inspiration maoïste en ces débuts d'un communisme qui garde des Chinois pour conseillers. Pour neutraliser ethnies et religions, on élimine du calendrier des fêtes chrétiennes et on y introduit de grandes fêtes musulmanes. Aux privilégiés, on retire les sociétés commerciales et industrielles dont, pour le seul 3 février 1975, soixante-douze sont nationalisées. La collectivisation des terres rurales transférées aux associations paysannes (4 mars) puis des sols urbains et des habitations (chacun gardant toutefois le libre usage d'une maison) satisfait la population. Un code du travail et de l'emploi (6 déc. 1975), dont les clauses sont conformes au droit moderne, achève cet édifice. Le Bureau d'organisation des masses élabore un programme (avr. 1976). Le 16 mai s'ouvre l'institut marxiste-léniniste Yékatit (du nom éthiopien du mois de février où naquit la révolution). Mais, au Derg, un conflit éclate, un discours de son président, le général Tafari Banté, étant le premier signe d'un coup d'État qui est arrêté net par une échauffourée sanglante, le 3 février. Les derniers partisans du M.E.I.S.O.N. sont éliminés. L'empereur déchu est mort, dans le silence – même si des romans courent à ce sujet – au vieux palais, le 27 août 1975, à plus de quatre-vingt-dix ans.

Les agressions étrangères

Le Derg, dont Mengistu Haïlé-Mariam devient président (11 févr. 1977), triomphe-t-il ? Car c'est aussi bien contre l'Éthiopie de toujours que contre son nouveau régime que partent les agressions. L'Érythrée, après avoir poussé à la révolution, se retranche dans la sécession. La Somalie voisine ressasse les vieilles haines que l'Italie fasciste avait excitées. Trompée par le fait qu'en 1971 Mogadiscio s'est allié à l'U.R.S.S., l'Éthiopie lui propose une association fraternelle par l'entremise de Fidel Castro : l'effort de ce dernier pour rapprocher le président somalien Siyad Barré de Mengistu échoue (Aden, 16 mars 1977). Bien plus : alors même que dans l'euphorie se prépare pour le 27 juin l'accession de Djibouti à l'indépendance, les forces somaliennes attaquent l'Éthiopie sans avertissement. Encouragées par les États-Unis, l'Allemagne fédérale, la Grande-Bretagne et la France, elles envahissent le Harar dans la nuit du 23 juillet. En vain, l'Éthiopie attend-elle des États-Unis – ses fournisseurs habituels – les armes nécessaires : on les lui refuse selon le même scénario qui livra la nation, en 1935, à l'invasion italienne ; la Somalie expulse ses conseillers soviétiques (13 sept.-13 nov.). Comment l'Éthiopie rejetterait-elle l'aide de l'U.R.S.S. d'où un pont aérien lui déverse à point nommé armements et instructeurs ? La forfaiture somalienne rallie du même coup au Derg la foule des patriotes éthiopiens, jusqu'alors hésitants. Addis-Abeba s'allie au Yémen du Sud et à la Libye. Ainsi, les Occidentaux ont fait gagner à l'Union soviétique une aire stratégique très supérieure à ce qu'elle perd en Somalie. Mieux armés, les Éthiopiens nettoient le Harar et l'Ogaden des envahisseurs somaliens qui les ont dévastés (8 oct. 1977-5 mars 1978). En Érythrée, après des revers, le Derg reconquiert les régions vitales (juin à novembre 1978).

—  Jean DORESSE

Institutionnalisation et défaillances de la révolution éthiopienne

Par la campagne de « terreur rouge » menée de 1977 à 1978, le Derg empêche toute expression de divergences idéologiques au cœur même de l'appareil politique. Les éléments les plus actifs (ou soupçonnés tels) d'une jeune génération d'intellectuels et de militants sont massacrés. Ceux qui en réchappent sont réduits à la clandestinité ou contraints à l'exil. La révolution est confisquée par l'armée. Sous la pression du nouvel allié soviétique, qui cherche à renforcer ses appuis en Afrique, le gouvernement militaire provisoire doit s'organiser en régime conforme à la doctrine marxiste-léniniste. La première étape de cette institutionnalisation consiste à former un parti pour faire la courroie de transmission avec la société civile. Craignant de voir resurgir des querelles idéologiques, les militaires encadrent fermement ce processus qui débute en 1979 et aboutit en 1984 avec la création du Parti des travailleurs éthiopiens. Pour parachever la révolution, il ne reste qu'à doter le pays d'une nouvelle Constitution.

Rédigé par une commission représentative d'une diversité intellectuelle, professionnelle et ethnique conforme aux orientations du régime, le projet de loi fondamentale fait l'objet d'une vaste consultation nationale organisée au niveau de chaque circonscription. Le régime entend mener une procédure exemplaire pour asseoir sa légitimité sur le peuple qui, alphabétisé, est théoriquement en mesure de se prononcer sur les enjeux qui l'engagerait sur la voie du progrès. Après avoir été approuvée lors du référendum au suffrage universel − le premier dans l'histoire du pays, étroitement surveillé par les représentants du parti −, la Constitution de la République démocratique populaire d'Éthiopie est proclamée le 22 février 1987. Dans une large mesure, le régime qu'elle met en place est une fiction. Calquée sur le modèle de la Constitution soviétique de 1977, elle fait entrer l'Éthiopie dans le rang des États progressistes, en la dotant de tous les outils révolutionnaires (assemblées élues, centralisme, propriété collective des moyens de production, internationalisme prolétarien) conçus pour hâter l'avènement du socialisme. Les divers groupes sociaux composant la nation doivent s'y adapter en abandonnant les archaïsmes de leurs traditions et les particularismes de leurs revendications. Néanmoins, la grandiloquence des déclarations d'intention du pouvoir ne peut dissimuler les contradictions et les défaillances du régime qui se manifestent sur plusieurs plans.

Contradictions et défaillances

Au niveau institutionnel, toutes les décisions sont, en principe, arbitrées par l'Assemblée nationale (shengo), qui est formée à l'issue des élections générales de juin 1987, au cours desquelles les électeurs ont à choisir entre plusieurs candidats du parti unique. Mais, en pratique, derrière la multiplication des instances aux attributions enchevêtrées, le pouvoir est concentré entre les mains de Mengistu Hailé Mariam, président de la République élu à cette charge par l'Assemblée en septembre 1987. Comme signe de la transformation du régime, le chef de l'État abandonne le treillis pour le costume civil, bien que ce soit l'armée qui continue de gouverner.

Le problème de la cohésion nationale continue de se heurter à la question dite des « nationalités ». Alors que la subordination et la mise à l'écart des ethnies périphériques (principalement les Oromo, les Tigré, les Afars et les Somali, ainsi que les nombreuses sociétés du Sud-Ouest) par rapport au groupe amhara-chrétien dans l'appareil d'État avait fissuré le régime impérial et précipité sa chute en 1974, le Derg réalise, dans un premier temps, quelques progrès sur cette question en reconnaissant la diversité des cultures et des langues, mais sans octroyer de droits politiques. La révolution doit mobiliser toute la société sans établir de distinction entre les peuples, l'armée se faisant fort de défendre l'unité nationale contre toute menace d'agression ou de dislocation. Néanmoins, cette rigueur patriotique ne suffit pas à enrayer l'extension des rébellions séparatistes (notamment érythréennes, tigré et oromo). Conformément aux recommandations des conseillers soviétiques, le régime cherche à résorber ce problème en l'inscrivant dans l'architecture de la nouvelle République. Un institut des nationalités est ainsi créé en 1983, afin de décrire scientifiquement la réalité de la diversité ethnique et de concevoir des découpages territoriaux pertinents. Des enquêtes approfondies sont conduites, s'appuyant sur le recensement entrepris en 1984 à l'échelle nationale, à l'exception des régions en conflit. Même partiels, les résultats de ces travaux révèlent une réalité si complexe qu'ils suscitent de vifs débats. Devant l'impossibilité d'établir des tracés administratifs satisfaisants, le gouvernement conserve, avec seulement quelques retouches, la carte des provinces de l'ancien régime et reconnaît une autonomie aux territoires dissidents (Érythrée, Tigré, Afar, Ogaden).

Sur le plan militaire, l'Éthiopie s'enorgueillit de disposer de l'une des plus grandes armées d'Afrique. Avec l'appui des États-Unis, l'empereur Hailé Sélassié avait modernisé les forces éthiopiennes en insistant notamment sur leur formation. Ensuite, le chef militaire Mengistu, avec l'assistance soviétique qui se traduit par des envois massifs de matériels et de conseillers, crée un appareil gigantesque. Toutefois, l'entretien et l'armement de plus de 300 000 hommes représentent un coût exorbitant qui ruine l'économie du pays. Par ailleurs, le conflit en Érythrée et au Tigré s'enlise et le nationalisme intransigeant martelé par le pouvoir pour les combattre ne mobilise plus. Les conscriptions, qui se sont intensifiées depuis 1984 et prennent la forme de rafles des jeunes générations, attisent l'hostilité des populations. De plus, l'armée est elle-même profondément divisée : l'état-major est tiraillé par le contrôle politique exercé sur le commandement militaire, et les soldats sont démoralisés de ne pas être payés en échange de sacrifices de plus en plus lourds. Malgré leur supériorité en nombre et en force de frappe, les troupes gouvernementales ne parviennent plus à contrer les maquisards. Perdant l'une après l'autre leurs positions dans les villes et sur les principaux axes de communication et de ravitaillement (victoire érythréenne à Af Abed en mars 1988, et succès du front tigréen sur l'axe Dessié-Mekelé à partir de mai 1988), les forces armées sont asphyxiées.

Sur le plan économique, le pays se trouve dans l'impasse. Les objectifs de développement inscrits dans la Constitution visent à équiper le pays d'une industrie moderne et surtout à transformer l'agriculture pour éloigner le spectre des grandes famines. Ces ambitions échouent, principalement en raison du dirigisme obtus des autorités qui mettent en œuvre des projets mal conçus sans aucun égard pour les particularités locales. Ainsi, à partir de septembre 1984, tandis que le pouvoir célèbre la création du Parti des travailleurs éthiopiens, le pays est ravagé par l'une des pires famines de son histoire. Ce drame, à l'origine de près d'un demi-million de victimes et de déplacements massifs de réfugiés, est largement médiatisé. Des concerts de vedettes pop sensibilisent les populations du monde entier et provoquent un afflux considérable d'aide humanitaire. Cette catastrophe est tout d'abord due à une sécheresse sans précédent sur l'ensemble du territoire. Mais les conséquences de cette situation climatique sont aggravées par l'incohérence et la brutalité des mesures prises pour tenter d'y remédier. D'une part, la « villagisation » consiste à créer des villages en rassemblant un habitat rural très dispersé pour améliorer, dit-on, l'accès aux services sociaux ; et, d'autre part, des transferts de populations sont organisés depuis des régions densément peuplées et chroniquement atteintes de disette vers des territoires plus fertiles et moins exploités. Ces opérations cherchent à corriger des réalités qui apparaissent comme des symptômes du sous-développement. Mais, sur le terrain, la manière expéditive et coercitive de leur mise en œuvre est désastreuse, causant de nombreuses victimes, ruinant et dispersant des familles entières.

Les dernières années de la junte militaire

Pour cacher ce bilan négatif, le chef de l'État organise des parades militaires et prononce des discours fleuves. Mais, en mai 1989, une tentative de coup d'État est menée contre Mengistu. Organisé au plus haut niveau de l'état-major militaire, ce putsch éclate à l'occasion d'une visite présidentielle en Allemagne de l'Est. Il est rapidement et violemment réprimé par les services de renseignement et la garde présidentielle. Purgée de nombreux officiers, l'armée sort encore plus affaiblie de cette crise. La chute du régime est alors précipitée par le désengagement de ses soutiens extérieurs et par l'effondrement du bloc communiste. L'Union soviétique, qui prend le tournant de la perestroïka, devient de plus en plus critique à l'égard du gouvernement éthiopien, et finit par l'abandonner complètement en cessant de le fournir en armements et en pétrole en 1990.

Privée de tout soutien, la dictature de Mengistu se maintient toutefois encore plusieurs mois. Ses ultimes manœuvres anticipent, d'une certaine façon, la transition qui suivra. D'une part, le président éthiopien opère un revirement spectaculaire en mars 1990 en annonçant l'abandon officiel du marxisme-léninisme et s'engage à promouvoir des réformes destinées à encourager les investissements privés dans tous les secteurs. D'autre part, un renversement d'alliances diplomatiques est entrepris. En effet, la guerre du Golfe (1990-1991) permet un rapprochement avec les pays arabes (excédés par le soutien du front érythréen à Saddam Hussein, son principal pourvoyeur d'armes) et avec les États-Unis, qui veulent se redéployer en mer Rouge. Mengistu est alors amené à accepter l'ouverture de négociations avec les fronts érythréen et tigréen, conduites sous l'égide de Washington à partir de novembre 1990.

Mais ces négociations vont être le paravent de combats intenses. Agissant en concertation, les deux forces rebelles (Front populaire de libération de l'Érythrée et Front populaire de libération du Tigré) élargissent le théâtre des opérations en s'alliant à d'autres maquis (Amhara et Oromo, au centre et au sud du pays). Cette coalition permet de lancer des assauts simultanés par le nord, l'est et l'ouest. En quelques mois, entre février et mai 1991, les forces gouvernementales sont complètement anéanties par cette offensive de grande envergure qui se solde par la prise d'Addis Abeba par les forces rebelles le 28 mai 1991. Mengistu avait fui au Zimbabwe sept jours auparavant, permettant au gouvernement de négocier un cessez-le-feu avec les rebelles afin d'éviter toute effusion de sang.

Mise en place d'un nouveau régime fédéral

Le premier effet de la victoire des rebelles est la paix. Les hostilités cessent immédiatement, la force armée éthiopienne étant décimée et la sécession de l'Érythrée proclamée. L'indépendance sera officiellement reconnue en mai 1993 à la suite d'un référendum observé par l'O.N.U. qui montre l'adhésion, à 99 p. 100, du peuple érythréen. Le gouvernement établi à Asmara est l'émanation du Front populaire de libération de l'Érythrée (F.P.L.E.) dirigé par Issayas Afeworki. Il doit relever le défi de convertir en administration civile une organisation militaire dont le fonctionnement était entièrement orienté vers la lutte. À Addis Abeba, les enjeux sont très différents. Les nouveaux dirigeants, notamment Meles Zenawi, sont perçus comme des étrangers par une grande partie de la population − le terme weyyané par lequel se désignent les rebelles du Nord prend une connotation péjorative. Ils doivent faire la preuve de leur capacité à gouverner le pays dans son ensemble. Pour cela, ils vont réaliser un programme conçu depuis 1989.

Alors que la révolution éthiopienne commençait à vaciller à la suite du coup d'État manqué contre Mengistu, le Front populaire de libération du Tigré entamait sa mutation en force politique d'envergure nationale. En octobre 1989, il créait le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (F.D.R.P.E.) qui coalisait plusieurs partis constitués sur une base ethnique, tels que le mouvement de lutte amhara et le parti formé par des prisonniers de guerre d'origine oromo. La première mouture du programme de ce parti était d'obédience marxiste, prônant le contrôle populaire des moyens de production contre l'inféodation au capital. Il annonçait aussi l'autodétermination des peuples, tout en affirmant que les conditions égalitaires instaurées renforceraient l'unité nationale. Quand Mengistu annonça sa conversion à l'économie mixte en mars 1990, le F.D.R.P.E. fit lui aussi des concessions aux principes de l'économie de marché, afin d'attirer les aides et les investissements de la communauté internationale.

Une fois au pouvoir, ce parti tentaculaire continue de s'agrandir en créant et en absorbant d'autres partis satellites à base ethnique. Cette reconfiguration de l'espace politique éthiopien génère une inflation rapide d'« organisations démocratiques » représentant chacune une ethnie. En 1993, on compte ainsi plus de cent partis, parmi lesquels moins d'une dizaine s'inscrivent dans une dimension nationale. De cette façon, le régime peut se prévaloir d'introduire le pluralisme dans la vie politique tout en neutralisant les débats d'idées, dissous dans l'expression politique des revendications locales.

Le gouvernement de transition dirigé par Meles Zenawi, élu le 23 juillet 1991 par le Conseil général (Parlement provisoire), adopte une charte provisoire qui reprend l'essentiel du programme du F.D.R.P.E. De premières élections ont lieu en juin 1992 pour désigner les représentants aux conseils régionaux. Le parti entend gagner le contrôle exclusif de ces nouvelles instances, et écarte brutalement les oppositions les plus sérieuses. S'appuyant sur une large victoire, le gouvernement jette alors les bases d'une nouvelle Constitution, qui sera ratifiée en décembre 1994 et prendra effet à partir des élections législatives du 7 mai 1995. Celles-ci sont, une fois encore, remportées par le F.D.R.P.E. dans l'amertume et l'apathie générale.

La Constitution organise l'Éthiopie en fédération selon un principe d'homogénéité ethnique des régions autonomes (kellel). Ces nouveaux découpages territoriaux prennent la langue comme critère principal ; ils s'appuient sur les travaux préparatoires de l'Institut des nationalités du Derg, et sont affinés avec le recensement national de 1994. Ils seront retouchés plusieurs fois en fonction des revendications de chaque parti ethnique. Au début du xxie siècle, l'Éthiopie présente onze régions, dont trois villes ethniquement mixtes (Addis Abeba, Dirré Dawa et Harar) et un kellel Sud organisé en une trentaine de sous-divisions à base ethnique.

Le régime fédéral met au premier plan la question ethnique, en octroyant notamment le droit de faire sécession (article 39 de la Constitution), ce qui fera l'objet de vives controverses sur le risque de balkanisation du pays. Cependant, le gouvernement exerce un contrôle sur la décentralisation, souvent aux dépens des libertés politiques, justifié par l'idée que seule la nation peut assurer un développement égalitaire de chaque ethnie. Les griefs d'incitation à la haine raciale ou d'atteinte à l'intérêt national sont monnaie courante pour justifier des opérations de maintien de l'ordre, des arrestations d'opposants et des mesures de censure.

Réformes économiques et sociales

Sous l'œil attentif des organisations et des pays donateurs, le nouveau régime poursuit les réformes de libéralisation de l'économie qui avaient déjà été engagées dans les dernières années du Derg. Suivant les consignes du programme d'ajustement structurel du F.M.I., un grand nombre d'entreprises sont privatisées. D'importantes parts dans les secteurs des mines, de l'agroalimentaire, de l'industrie, des assurances, de la banque sont acquises par le conglomérat saoudien Midroc, dirigé par le milliardaire Mohammed Al-Amoudi. Le secteur des petites et moyennes entreprises ne se développe que très faiblement, en raison de contraintes réglementaires conçues pour plafonner les investissements et ainsi limiter les inégalités. Derrière cette libéralisation en trompe-l'œil, le gouvernement garde la main − au nom des masses − sur les moyens de production, en confiant à des proches la direction d'importantes firmes.

Le secteur qui se développe le moins reste l'agriculture. Le régime bénéficie, au début, de conditions climatiques favorables qui assurent de bonnes récoltes. Mais les problèmes de fond demeurent, en particulier dans le domaine du foncier. La propriété collective de la terre est un point inamovible dans le programme de l'État, qui se pose comme garant de la juste distribution de cette ressource. Les paysans sont les acteurs les plus vulnérables de l'économie, non seulement parce qu'ils sont exposés aux aléas climatiques, mais aussi soumis à une inertie des réformes agraires qui limitent la production agricole à l'autosubsistance au lieu d'inciter à la diversification des ressources.

Le dynamisme économique dont le régime se prévaut dans ses premières années est lié à la pacification des territoires sinistrés du Nord (Tigré), qui nécessitent de lourds et de légitimes efforts de développement. D'une part, les projets de reconstruction attirent l'aide internationale qui représente le quart du P.I.B. D'autre part, la normalisation des relations avec l'Érythrée relance les échanges en réanimant les débouchés maritimes et les routes qui les desservent, et en permettant aux entrepreneurs érythréens de jouer un rôle actif dans l'économie éthiopienne, notamment dans le commerce. Cette spirale apparemment vertueuse va cependant se gripper.

La seconde guerre d'Érythrée

Quand, en mai 1998, des escarmouches à la frontière avec l'Érythrée, dans de petites zones contestées (Badme puis, plus à l'est, Altena, Zalanbessa et Bure), dégénèrent en violents bombardements aériens (à Mekelé et à Addigrat par l'aviation érythréenne, et sur la base militaire d'Asmara par l'aviation éthiopienne), la consternation est générale. Les oligarchies avaient dissimulé leurs intérêts divergents, les laissant s'envenimer jusqu'au point de non-retour. La principale raison de cette guerre n'est pas liée à la question frontalière. Cette dernière n'est, en fait, que le symptôme visible d'autres tensions sous-jacentes.

Les infrastructures industrielles érythréennes héritées de la période coloniale, qui étaient relativement prospères, ont été ravagées par trente années de conflits. Pour les remettre sur pied, l'Érythrée compte principalement sur ses ports d'Assab et de Massaoua, par lesquels transitent les échanges commerciaux éthiopiens, et dont les taxations subventionnent en partie l'économie érythréenne renaissante. L'opinion publique éthiopienne en conçoit du ressentiment, considérant qu'il s'agit d'une rançon due au vainqueur. Parallèlement, les ambitions érythréennes sont contrariées par les investissements massifs consacrés au développement du Tigré voisin, qui menacent non seulement les exportations mais aussi le marché intérieur d'Asmara. Des tensions commencent à se faire jour avec la création de la monnaie érythréenne, le nakfa, mise en circulation en novembre 1997. Par ce moyen, Asmara affirme sa pleine souveraineté tout en voulant institutionnaliser une ponction sur la masse monétaire éthiopienne. En effet, une parité stricte des deux monnaies est établie mais, dans les pratiques commerciales, le nakfa se dévalue très vite par rapport au birr éthiopien, et la banque centrale éthiopienne et les institutions financières ne peuvent assurer la compensation. Cette contrainte monétaire affecte les mouvements de marchandises, de travailleurs et de flux financiers et finit par matérialiser une frontière jusque-là restée poreuse. Par ailleurs, le déclenchement du conflit et sa violence s'expliquent également par les relations de méfiance et de jalousie qu'entretiennent les élites dirigeantes des deux pays depuis les années de maquis.

La guerre dure deux ans, de mai 1998 à mai 2000, faisant plus de 50 000 morts sur le front. S'enterrant dans des tranchées, les armées ne semblent avoir aucun objectif précis, si ce n'est la conquête ou la défense de territoires très petits. On peut se demander si cette guerre n'avait pas pour seul objectif de faire parler les armes et d'exciter les ferveurs nationalistes de chaque côté, de façon à éluder les débats de politique intérieure. Les affrontements atteignent leur paroxysme entre février et juin 1999. Après plusieurs tentatives de conciliation, les hostilités cessent à la suite d'une offensive éthiopienne, lancée en mai 2000, à la veille des élections législatives. L'armée éthiopienne fait une démonstration de force en perçant les lignes érythréennes jusqu'à Asmara. Un cessez-le-feu est signé à Alger le 18 juin et des négociations de paix sont entamées sous l'égide de l'O.N.U. et de l'Organisation de l'unité africaine (O.U.A.) ; elles aboutissent à la signature de l'accord de paix le 12 décembre. Une force internationale est déployée pour surveiller une zone de sécurité autour de la frontière (en territoire érythréen), et une commission de la Cour permanente d'arbitrage de La Haye est chargée de régler la question de la démarcation. Cependant, cet arbitrage s'appuie sur des cartes coloniales intrinsèquement floues. La décision est rendue en avril 2002, et est rejetée par l'Éthiopie : elle attribue une partie des territoires contestés à chacun des deux États qui s'engagent à respecter la nouvelle frontière. En dépit d'une année de négociations, la décision est jugée inacceptable par les deux parties qui, depuis 2007, n'ont toujours pas trouvé un terrain d'entente et ont rompu toute relation officielle.

Nouveau front entre l'Érythrée et l'Éthiopie, février 1999

Nouveau front entre l'Érythrée et l'Éthiopie, février 1999

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Soldats érythréens devant les débris calcinés d'un hélicoptère éthiopien, abattu sur le front de Burre, au sud-est de l'Érythrée, où des échanges d'artillerie se poursuivent entre les deux armées. Cette région est une position stratégique pour le contrôle d'Assab, port érythréen... 

Crédits : PA Photos

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Un régime sur la corde raide

Grâce à la propagande nationaliste utilisée comme arme de guerre, le gouvernement a renvoyé à l'arrière-plan les difficultés économiques et les tensions au sein de la fédération. Il s'est assuré une large victoire aux élections de 2000, face à une opposition disloquée (notamment au sein du Conseil des forces alternatives pour la paix et la démocratie en Éthiopie, coalition formée de cinq petits partis). Cependant, il rencontre plusieurs problèmes. Tout d'abord, une crise éclate, en mars 2001, au cœur de l'appareil d'État quand une faction du parti dominant − issue du Front populaire de libération du Tigré − conteste la gestion peu offensive du conflit avec l'Érythrée du Premier ministre Zenawi. Ensuite, la fédération est secouée par plusieurs conflits interethniques aux périphéries, entre Afars et Somalis à l’est, entre Anuak et Nuer au sud-ouest (à la frontière soudanaise). Le seul élément favorable au gouvernement est la situation internationale qui, depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre d'Irak en 2003, place l'Éthiopie comme principal allié des États-Unis en Afrique orientale. Meles Zenawi se présente comme indispensable à la stabilité régionale, et s'affiche aux côtés des grandes puissances.

C'est ainsi que la campagne électorale de mai 2005 a lieu dans une ambiance inédite. Pour une fois, l'opposition se montre offensive et déterminée, organisée notamment dans la Coalition pour l'unité et la démocratie (C.U.D.), et dans l'Union éthiopienne des forces démocratiques (U.E.D.F.), toutes deux largement financées et influencées par la diaspora. Elles bénéficient d'une liberté d'expression sans précédent, faisant naître un véritable engouement qui se propage hors des villes. Menacé de perdre, le régime renforce sa propagande et les tensions montent. La C.U.D. est accusée d'encourager les violences ethniques, tandis que le gouvernement pratiquerait l'intimidation. Le scrutin enregistre une participation de 90 p. 100, et la C.U.D., qui l'emporte très nettement dans la capitale mais pas dans les campagnes, dénonce les irrégularités du scrutin et conteste les résultats qui donnent le F.D.R.P.E. gagnant. Les élus de la C.U.D. refusent de siéger au Parlement, contrairement à ceux de l'U.E.D.F., et ils lancent des manifestations publiques dans la capitale, le 1er novembre, qui déclenchent des émeutes violemment réprimées. Les leaders de l'opposition (Hailu Shawel, Birtukan Mideksa, Berhanu Negga, Mesfin Woldemariam), ainsi que des journalistes et des militants sont reconnus coupables de graves délits contre l'ordre public, et reçoivent de lourdes peines de prison, qui seront annulées par une amnistie présidentielle, obtenue sous la forte pression de la communauté internationale.

Les partis d’opposition continuent de critiquer le gouvernement sur ses méthodes d’intimidation et sur la mise en place d’une législation qui, d’une part, restreint considérablement la capacité d’action des organisations de la société civile et, d’autre part, limite la liberté de la presse. Une nouvelle loi antiterroriste est également adoptée en 2009. À l’issue des élections législatives de mai 2010, le parti du Premier ministre Meles Zenawi remporte une écrasante victoire (545 sièges sur 547 au Parlement), contestée par l’opposition. Le gouvernement adopte une politique répressive à l'égard de tout mouvement de contestation. Mais il doit aussi et surtout faire face à la sécheresse, la pire depuis soixante ans, et à la famine qui sévit dans toute la Corne de l'Afrique.

—  Éloi FICQUET

Perspectives

C'est avec sa capacité d'assimiler les influences extérieures tout en préservant farouchement sa singularité que l'Éthiopie fait face à des enjeux contemporains de plus en plus pressants. Son principal défi consiste à améliorer la qualité de vie de sa population, nombreuse, jeune et avide des modèles de consommation. Pour cela, les Éthiopiens sont conscients qu'ils doivent consolider la fragile construction de l'État contemporain. Sur le plan extérieur, cette transformation passe par un apaisement des relations avec les États limitrophes qui doit s'inscrire dans le cadre d'une communauté économique afin de résoudre le problème de la privation d'accès à la mer. Sur le plan intérieur, l'Éthiopie a commencé à organiser politiquement la diversité des cultures qui la compose et cherche encore le point d'équilibre qui contiendrait les tendances à la fragmentation. Il lui reste aussi à promouvoir une véritable diversité sociale, qui passe essentiellement par la transformation du monde rural et donc par la maîtrise d'une urbanisation en pleine expansion, par la privatisation équitable et contrôlée des terres, par la diversification des activités secondaires et tertiaires, et par l'utilisation raisonnée des ressources naturelles.

(Voir également ÉTHIOPIE, chronologie contemporaine)

—  Éloi FICQUET, Universalis

L'Église d'Éthiopie

Le christianisme fut introduit en Éthiopie vers l'an 320 par deux laïcs syriens, Edesius et Frumentius, qui y convertirent le souverain après avoir été conduits à sa cour à la suite d'un naufrage en mer Rouge. Frumentius, après avoir reçu l'ordination épiscopale de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, devint le premier évêque du pays. Fidèle à ce précédent, l'Église d'Éthiopie allait recevoirs ses hiérarques de l'Église copte jusqu'auxxe siècle. Vers 480, un groupe de moines syriens (les Neuf Saints) donna un nouvel essor au christianisme éthiopien, y introduisant à la fois le monachisme (dont le rôle sera capital) et le monophysisme, au moins sous la forme d'un refus des formulations du Concile de Chalcédoine (451), qui renforçait ses liens avec l'Église d'Alexandrie. De cette époque dateraient les monastères les plus célèbres : Debra Damo et Debra Libanos notamment ; ce dernier fut réorganisé par Tekla Haymanot vers 620.

Vers l'autonomie

L'invasion islamique de la vallée du Nil, en 640, coupa l'Église d'Éthiopie du reste de la chrétienté : son histoire reste mal connue pour la période du viie au xiiie siècle. L'Histoire des patriarches (coptes) d'Alexandrie, écrite au xe siècle, relate cependant que, par la menace de mesures de rétorsion sur leurs sujets musulmans, les souverains éthiopiens purent protéger, à plusieurs reprises, leurs coreligionnaires d'Égypte de la persécution. Six siècles plus tard, la découverte du pays par les Portugais, et surtout l'aide qu'ils lui apportèrent dans la lutte contre l'invasion musulmane, amena l'Église au contact du catholicisme pendant deux siècles, et même à une union avec Rome. Elle fut éphémère (1626-1632), surtout à cause des tendances latinisantes des jésuites. Le xxe siècle s'est caractérisé par l'émancipation canonique de l'Église vis-à-vis de celle d'Alexandrie : en 1929, elle obtint l'ordination de cinq évêques autochtones ; en 1948, l'existence d'un archevêque éthiopien fut acceptée ; en 1959, un accord définitif consacra l'autocéphalie de l'Église avec un patriarche catholicos à sa tête (abouna). Ce dernier, éthiopien, devait simplement reconnaître la primauté d'honneur du pape d'Alexandrie, qui procédait à son ordination. Le chef de l'ordre monastique (etcheguié) gardait un rôle considérable dans un pays qui comptait des milliers de couvents. Son titre et sa fonction furent repris par l’abouna en 1971.

Le renouveau contemporain

L'Église d'Éthiopie, qui a été l'épine dorsale de la nation, a bénéficié pour son renouveau contemporain de la sollicitude de l'empereur Hailé Sélassié. Il a favorisé la traduction de la Bible en amharique, comme l'introduction partielle de cette langue dans une liturgie jusqu'alors tout entière en guèze. De même, il a créé une école théologique en 1944, pour un clergé surabondant mais peu instruit ; qu'il ait placé à la tête de celle-ci un Arménien puis un Syrien du Malabar témoignait de son souci de regrouper les Églises sœurs non chalcédoniennes. L'Église éthiopienne, la plus nombreuse (huit millions de fidèles), et seule à être une Église d'État, prit conscience de ses responsabilités en ce sens, comme en témoigne la rencontre organisée à Addis-Abeba entre toutes ces Églises en 1965. L'empereur aurait voulu également lui voir assumer un rôle social en rapport avec son immense richesse foncière : sa collaboration avec le Conseil œcuménique des Églises l'y aida quelque peu.

Hailé Sélassié

Hailé Sélassié

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L'empereur d'Éthiopie Hailé Sélassié (1892-1975), assis, et sa suite en costume traditionnel, lors d'une réception, à Addis-Abeba, en 1930. 

Crédits : Hulton Getty

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Proche parente de l'Église copte, l'Église d'Éthiopie n'en est pas une simple réplique. Elle a une liturgie qui lui est propre : jeûne très développé (deux cent cinquante jours par an) et danses sacrées, par exemple. Ses ministères incluent des dabtaras (lecteurs-psalmistes, scribes et danseurs), et son canon des Écritures admet des apocryphes, tels le Livre d'Énoch, le Pasteur d'Hermas, l'Ascension d'Isaïe, etc. Dans l'ensemble, elle a subi des influences judaïsantes (observance du sabbat, interdits alimentaires, circoncision sans portée religieuse) et aussi païennes. La réussite unique qu'elle représente pour le christianisme, en fait d'acculturation à l'Afrique, explique que bien des regards continuent de se tourner vers elle.

Prêtre copte

Prêtre copte

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L'Église copte d'Éthiopie s'est affranchie du patriarcat d'Alexandrie en 1959. 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Un temps d'épreuves

Avec l’instauration du régime militaire en 1974, l’Église d’Éthiopie dut affronter une série de difficultés  : elle perdit sa position officielle, tandis qu’une pleine liberté religieuse était reconnue aux musulmans, aux catholiques et aux protestants ; elle perdit aussi son patrimoine foncier ; elle dut admettre, sur la pression du pouvoir, que les laïcs participent aux prises de décisions à tous les échelons ; le patriarche Théophilos fut déposé en 1976, ainsi que dix évêques, remplacés en 1978. Le régime ménagea néanmoins cette Église fortement identifiée à la culture amharique, ciment de l’unité nationale. Après la chute de Mengistu, en mai 1991, le patriarche Merkorios, compromis avec le régime, fut contraint d’abdiquer et s’exila aux États-Unis. Mais des évêques et des fidèles l’ont suivi ; ils font schisme dans l’Église éthiopienne orthodoxe en exil. Quant à l’indépendance de l’Érythrée, en 1993, elle entraîne l’autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Érythrée, dont le premier patriarche est consacré par le pape d’Alexandrie en 1998.

—  Hervé LEGRAND

Littérature

Langues

Les premiers documents linguistiques connus sont quelques brèves inscriptions sudarabiques des ve-ive siècles avant J.-C. On possède maintenant d'autres documents épigraphiques – pratiquement de la même époque – également en sudarabique, mais présentant déjà certains phénomènes qui sont caractéristiques de l'éthiopien. Malheureusement, sur une période de plusieurs siècles les documents font défaut.

Le guèze, ou éthiopien classique, est la langue du royaume d'Axoum (sa fondation date du ier siècle de notre ère). À partir du iiie siècle, quelques courtes inscriptions témoignent de l'usage de cette langue. Son domaine englobait, probablement, les plateaux septentrionaux, c'est-à-dire, en gros, la province du Tigré et une partie de l'Érythrée. Le guèze a dû disparaître de l'usage parlé autour du xe siècle, mais il s'est maintenu, à l'instar du latin, comme langue savante et littéraire jusqu'au xixe siècle et est encore la langue liturgique de l'Église copte d'Éthiopie.

Les principales autres langues éthiopiennes sont : le tigrigna, qui s'est développé sur l'ancien domaine du guèze, et le tigré, au nord, l'amharique, langue officielle de l'empire, le harari, langue de la cité de Harar, l'argobba et le gafat, assez proches de l'amharique, et les dialectes gouragués au sud.

De ces langues, seuls le guèze et, de nos jours, l'amharique possèdent une littérature écrite. En harari existent deux ou trois œuvres, d'inspiration religieuse islamique, qui peuvent dater du xvie siècle. En tigrigna et en tigré, des recueils de littérature orale (traditions, fables, dictons, chansons) ont été collectés à l'époque moderne par les soins d'africanistes européens.

La littérature guèze

Évolution

La littérature guèze est une littérature savante, religieuse, où les traductions ont joué un rôle important.

Elle se laisse aisément diviser en deux grandes périodes : la période axoumite, qui coïncide à peu près avec l'apogée du royaume d'Axoum – à cette époque, le guèze est encore une langue vivante – et la période qui commence avec la restauration de la dynastie dite salomonienne, en 1270. Le cœur du royaume n'est plus dorénavant au nord, mais dans les régions centrales et méridionales du haut plateau. Le guèze est désormais une langue morte.

Le royaume d'Axoum a dû subir très tôt l'influence de la culture du Proche-Orient hellénistique. On sait, en fait, par des témoignages étrangers, que la langue grecque était connue à la cour d'Axoum. D'ailleurs, certaines inscriptions royales anciennes sont rédigées en grec, tout comme les légendes des monnaies.

Le guèze est employé pour la première fois dans des inscriptions du ive siècle : le roi Ezana, avant et après sa conversion au christianisme, y fait état de ses campagnes, premier exemple d'historiographie officielle en Éthiopie.

Au siècle suivant se situe la traduction de la Bible faite d'après un texte grec. Notons que le canon de la Bible éthiopienne contient plusieurs livres considérés comme apocryphes par les autres Églises : le Livre d'Énoch, l'Ascension d'Isaïe, le Livre des jubilés entre autres. À cela s'ajoutent quelques ouvrages comme le Qerillos (Cyrille), recueil d'extraits et d'homélies des Pères de l'Église traitant de questions christologiques, les Règles monastiques de saint Pacôme, le Physiologus, qui eut aussi sa vogue dans la littérature médiévale de l'Europe et qui traite des qualités essentiellement légendaires des animaux, des plantes et des pierres.

Toutes ces œuvres furent traduites directement du grec ; il y en eut probablement d'autres, peut-être aussi des ouvrages originaux, mais rien ne nous en est parvenu. Les plus anciens manuscrits éthiopiens connus à ce jour ne sont pas antérieurs au xiiie siècle, à une ou deux exceptions près.

L'histoire d'Axoum demeure dans l'obscurité en ce qui concerne la période qui couvre et avoisine le viiie siècle. Les seuls documents connus rapportent les exploits guerriers qu'une reine non chrétienne mena contre le royaume, qu'elle dévasta, vers la fin du xe siècle.

Pendant les xie et xiie siècles, plus au sud, dans le Lasta, l'existence d'une dynastie différente est attestée, celle des Zagoué, dont le plus illustre roi fut Lalibéla. Enfin, en 1270, c'est le représentant d'une dynastie du Sud, Yekouno Amlak, qui, se réclamant de la descendance de l'ancienne dynastie salomonienne, prend le pouvoir.

Du xiiie au début du xve siècle, la puissance de l'Éthiopie s'affirme graduellement sur les royaumes musulmans entourant le plateau central. Le pays entre dans une période de renouveau culturel et religieux. Les monastères sont nombreux, et la littérature, étant essentiellement une littérature religieuse, se développe.

Les règnes les plus notables et les plus florissants furent celui du grand guerrier Amda Sion (1314-1344), de David (1382-1411), du roi théologien Zara Yakob (1434-1468), auteur lui-même de plusieurs ouvrages de caractère théologique, tel le Livre de la lumière, et de Lebna Dengel (1508-1540). C'est sous ce dernier que se produisit, en 1527, l'attaque des musulmans d'Ahmed Gragne, qui dévastèrent le pays, pillant et brûlant d'innombrables églises et couvents, et faillirent anéantir l'Éthiopie chrétienne. Ils furent finalement vaincus, en 1543, par les Éthiopiens aidés d'un corps expéditionnaire portugais.

Plus tard, l'établissement de la capitale à Gondar suscita encore une brève période de fécondité littéraire et scientifique, mais les désordres politiques, dès la fin du xviiie siècle, marquent aussi l'arrêt de cette activité.

Genres littéraires

Les textes relatifs aux vies de saints sont nombreux en Éthiopie. Aux xive et xve siècles furent traduits des actes de martyrs, de saints, les actes apocryphes des apôtres, et tout particulièrement le calendrier des saints, ou synaxaire, de l'Église copte. Cette rédaction primitive fut, dans les siècles suivants, modifiée et adaptée aux besoins locaux. Des notices sur la vie de saints indigènes, notamment, y furent ajoutées. Toutes ces traductions ont inspiré les auteurs locaux, qui ont relaté, et en abondance, les vies de saints éthiopiens – textes dont la véracité historique, à vrai dire, est souvent peu sûre.

Par contre, le récit des miracles, parfois stupéfiants, accomplis par les saints, occupe fréquemment une place prépondérante. Il existe, d'ailleurs, des recueils de miracles traduits en partie : miracles de saint Georges, de saint Michel, de la Trinité, de Jésus... Le recueil le plus intéressant, celui qui est aussi le plus apprécié, est celui des Miracles de la Vierge.

Le texte primitif fut rédigé en France, probablement au cours de la seconde moitié du xiie siècle. Ces légendes jouirent en Europe d'une grande faveur et connurent une énorme diffusion, quoique subissant des altérations et des additions dans les divers pays où elles parvinrent. L'un de ces recueils arriva dans le royaume latin d'Orient et y fut traduit en arabe au xiiie siècle. Il passa en Égypte, et l'Éthiopie l'emprunta sans doute à l'Église copte d'Égypte à la fin du xive siècle. Les recueils éthiopiens reflètent, d'ailleurs, les étapes de ce long itinéraire. On y trouve des récits originaires de France, d'Espagne, d'Italie, de Syrie, de Palestine, d'Égypte, à côté d'autres proprement éthiopiens.

Le premier ouvrage original est vraisemblablement le Kebra nagast (« La Gloire des rois »), livre capital pour l'Éthiopie, car il explique l'origine salomonienne de la dynastie. Sa rédaction doit dater du début du xive siècle. On y expose, depuis la création, l'histoire de la dynastie éthiopienne. La partie centrale relate le voyage que fit Makeda, reine de Saba, c'est-à-dire d'Éthiopie, pour se rendre auprès de Salomon, la naissance de Ménélik, leur fils qui, lui-même, se rendit auprès de son père, à Jérusalem. De là, il partit pour l'Éthiopie, emmenant secrètement l'arche d'alliance. À côté de ce récit s'ajoutent d'autres chapitres exposant des explications de symboles et des prophéties. Le texte du Kebra nagast est donc assez disparate, et il est encore bien difficile d'établir son origine exacte.

En matière d'histoire, notons que la première chronique royale est celle qui relate les guerres victorieuses du roi Amda Sion contre les souverains musulmans. De peu postérieure aux événements décrits, elle plaît au lecteur tant le ton en est simple et vive la narration, alors que la plupart des autres chroniques sont souvent surchargées de comparaisons et de citations bibliques, ou alors se réduisent à une énumération sèche et stéréotypée des faits au jour le jour, comme dans certaines annales tardives.

Parmi les textes historiques traduits, citons l'Histoire du monde de Jean de Nikiou. L'original en est perdu. Le récit de la conquête musulmane de l'Égypte, événement dont l'auteur était contemporain, en fait tout l'intérêt.

La poésie est essentiellement religieuse ; des genres caractéristiques sont les malke (portraits) et les qenē. Dans le malke, le poète trace le portrait du personnage qu'il chante, décrivant longuement les différentes parties de son corps, depuis les cheveux jusqu'aux ongles des orteils. Les qenē sont de courtes pièces, de deux à onze vers selon le genre, en l'honneur de Dieu ou des saints, chantées à certains moments de la messe.

Nombreuses sont les collections d'hymnes composées pour l'usage liturgique, tels les Louanges de la Vierge, le Deggwa et autres.

Cette poésie, qui use de la rime, de la division en strophes, est fréquemment écrite en une langue obscure, usant et abusant de l'inversion, remplie de citations bibliques, d'allusions de toute sorte ; souvent, il est fort difficile de la comprendre. Pour les qenē il existe d'ailleurs un enseignement spécial.

La littérature amharique

Les premiers documents littéraires amhariques sont les courts Chants royaux des xive et xve siècles. Aux xviie/xviiie siècles se trouvent des paraphrases des psautiers et de certaines prières, ainsi que quelques traités théologiques.

Mais la littérature amharique ne débute vraiment qu'après le règne de Théodoros (1855-1868), avec les chroniques de ce roi.

Le premier roman est dû à Afework ; il fut publié en 1908. L'auteur a composé aussi des ouvrages didactiques et une Vie de Ménélik II. Un peu plus tard, Herouy publie des biographies, des recueils de poésies, des récits historiques, des essais, etc.

Il est difficile de dresser un tableau de la littérature actuelle. Nombre d'ouvrages sont franchement moralisants et témoignent d'une psychologie fort sommaire : les bons sont bons et les méchants, méchants. Le sentiment de la nature est inexistant. Par contre, les longs discours édifiants abondent. Cependant, certains auteurs modernes ne se contentent plus de poncifs et de rhétorique. Ils s'attaquent à l'étude de la société moderne, font preuve de sensibilité, d'observation.

Parmi les noms les plus connus, citons : Makonnen Endalkatchew, auteur de romans et de pièces de théâtre, d'inspiration assez pessimiste, Kebbede Mikael, poète, essayiste et auteur dramatique, Mangestu Lemma, qui a composé poèmes et pièces de théâtre, et, enfin, Tadesse Liban, nouvelliste.

—  R. SCHNEIDER

Archéologie et art

La préhistoire

Depuis 1963, les découvertes de sols paléolithiques et de fossiles d'Hominidés se sont succédé en Éthiopie, et cette région du monde est devenue l'une des plus intéressantes pour la connaissance de l'origine de l'homme. Les premières récoltes de fossiles du genre Australopithecus ont été effectuées dans la basse vallée de l'Omo par la mission internationale franco-kényo-américaine ; elle y a recueilli plus de quatre cents fragments dans des couches de différentes époques. Le Paraustralopithecus aethiopicus dont on a retrouvé une mâchoire est très proche anatomiquement d'Australopithecus afarensis, et le squelette, complet à 40 p. 100 de la célèbre Lucy (3 M.A.), a été l'une des découvertes marquantes de l'expédition franco-américaine dans la basse vallée de l'Awash. Des fossiles du genre Homo ont été trouvés dans cette même région des Afars ; à Bodo et à Melka-Kunturé, des crânes et des ossements d'Homo erectus. Dans ce dernier gisement et dans la vallée de l'Omo, on a également découvert de très anciens restes d'Homo sapiens. En Afrique orientale, et particulièrement en Éthiopie, les fossiles des différents genres d'Hominidés suggèrent que cette région du monde pourrait être le berceau de l'humanité.

Les premiers outils lithiques et vestiges de campements ont été trouvés en Éthiopie. Dans les Afars, l'un des sites de Kada-Hadar a fourni plusieurs pièces taillées qui dateraient de 2,63 M.A. À Gona, quelques outils trouvés en place avec des os brisés témoignent sans doute du plus ancien campement connu du monde, de même que l'installation provisoire d'Omo 71 sur le rivage de l'ancien lac Turkana, où l'on a découvert un chopper biface, sorte de tranchoir en quartz, aménagé par l'enlèvement de quelques éclats. Vers 2 M.A., des Hominidés ont vécu sur les berges du fleuve Omo, et l'on a retrouvé, ensevelis dans les limons, de petits éclats de quartz, déchets de taille mais aussi éclats détachés de nucléus, bien qu'exceptionnellement retouchés. Est-on en présence d'un outillage fabriqué et utilisé par des végétariens ou par des omnivores ? Par des Australopithèques ou par Homo habilis ?

Près d'Addis-Abeba, le gisement de Melka-Kunturé doit son nom à un gué du fleuve Awash. On y observe environ quatre-vingts niveaux, la plupart en succession stratigraphique, vestiges d'anciens campements paléolithiques. À la base de la séquence sédimentaire, plusieurs niveaux pré-acheuléens ont été attribués à l'Oldowayen ; leurs âges se situeraient vers 1,7 M.A. Sur le site de Gomboré I, où des milliers de galets taillés étaient mêlés à des ossements brisés d'hippopotames, de bovidés et d'Hominidés, on a trouvé l'humérus d'un Homo erectus. On y a décelé également les traces d'un abri construit ou d'un pare-vent. À Garba IV (1,5 M.A.), on a découvert la mâchoire d'un enfant de six ans. Le sol, très riche en vestiges lithiques et ossements, est celui d'un habitat de savane et porte les marques d'activités variées : aire de dépeçage, atelier de taille. Ces deux sites peuvent être comparés aux Bed I et II d'Olduvai Gorge, en Tanzanie.

Le début de la longue période acheuléenne n'est connu, en Éthiopie, que vers 1 M.A. Le site de Garba XII, à Melka-Kunturé, possède des bifaces, de rares hachereaux, de grands et de petits éclats qui servent de supports à des racloirs, grattoirs, perçoirs, encoches et outils denticulés. L'emplacement d'un abri comportant des pierres de calage d'éventuels piquets montre l'amélioration technique des installations. Sur le site de Gomboré II (0,8 M.A.), les archéologues ont révélé la présence de fragments d'un crâne d'Homo erectus, mêlés aux ossements d'une faune variée, à des bifaces et à de petites pièces en obsidienne. À Garba I comme à Gadeb, dans le bassin de Webi Shebele, de très nombreux bifaces, hachereaux, boules à facettes et bolas piquetées indiquent un stade techniquement très élaboré de l'Acheuléen supérieur. Le feu était utilisé et maîtrisé. À Garba III, dernière phase de l'Acheuléen (de 300 000 à 250 000 ans av. J.-C.), des Homo sapiens fabriquaient des outils sur de petits éclats d'obsidienne. D'autres sites acheuléens sont connus : les terrasses du lac Langano, les rives de la moyenne vallée de l'Awash, Gadeb où des sols d'occupation s'échelonnent de l'Oldowayen évolué à l'Acheuléen supérieur. Dans ce dernier site, des populations très différentes auraient installé leurs campements en alternance, alors qu'à Melka-Kunturé le passage de l'Oldowayen à l'Acheuléen puis au Paléolithique moyen aurait été progressif : l'évolution se serait faite « en mosaïque », tous les caractères ne se modifiant pas au même rythme ; le progrès technologique se heurtait au frein du mode de vie traditionnel.

Dans la région des lacs, au sud d'Addis-Abeba, les habitats du Middle Stone Age dateraient de 180 000 ans avant J.-C. À Langano et à Ziwaï, on a découvert les vestiges d'occupations successives. Le débitage Levallois était pratiqué, et des éclats d'obsidienne ont été finement retouchés : racloirs, couteaux, pointes foliacées, burins accompagnent quelques petits bifaces. Dans le Harrar, la grotte du Porc-épic aurait été une halte de chasseurs pendant la saison sèche. On connaît de nombreux habitats du Later Stone Age ; près du lac Besaka, des grattoirs, des lamelles retouchées, des microlithes géométriques ainsi qu'une céramique décorée ont été recueillis. Des gravures et des peintures ornent les parois rocheuses. À Laga-Oda, dans le Harrar, des scènes pastorales ont été peintes, alors qu'à Chabbé, dans le Sidamo, on a sculpté de grands bovidés.

—  Jean CHAVAILLON

L'époque préaxoumite

Le sud du pays, – le Soddo en particulier et le Sidamo –, est célèbre pour ses pierres dressées, qui permettent de ranger l'Éthiopie dans la grande zone des cultures mégalithiques. Stèles anthropomorphes, stèles figuratives, stèles décorées de glaives, pierres phalloïdes, monolithes hémisphériques ou coniques, la plupart d'entre eux sont placés au milieu de sépultures : ce sont des monuments funéraires. Les fouilles récemment entreprises à Gattira-Demma, puis à Tiya, apporteront sans doute des éléments de datation.

Vers le ve siècle avant notre ère, selon des modalités qui nous échappent encore, apparaît soudain une civilisation si comparable à celle de l'Arabie du Sud toute proche qu'on a longtemps cru qu'elle correspondait à une conquête : les peuplades pastorales de la corne nord-est de l'Afrique, de culture wiltonienne, auraient été soumises par une migration massive d'éléments sabéens d'origine sémitique ayant franchi la mer Rouge ; pourtant, si l'on constate beaucoup de ressemblances entre les types de monuments et les inscriptions gravées en une splendide graphie de style géométrique, on note aussi des différences ; sud-arabisante plutôt que proprement sud-arabique, cette phase peut être dénommée « sabéo-éthiopienne ».

Aux confins de l'Érythrée et du Tigré, de nombreux vestiges ont été recueillis dans les vallons des montagnes d'Adoua (Yéha) et sur les hauts plateaux où plus tard se développera Axoum : Haoulti, Melazo. En ce dernier site, la fouille du petit tertre de Gobochéla a mis en évidence un sanctuaire, le plus ancien connu ; les tablettes votives indiquent qu'il était dédié à Almaqah, le dieu lunaire sud-arabique, ce que confirme la présence de deux statuettes de taureau, l'une de schiste, l'autre d'albâtre ; plusieurs autels sont marqués des symboles conjugués du croissant et du disque. Non loin, à Haoulti, deux édifices jumeaux étaient entourés de banquettes, où étaient posés de nombreux ex-voto en poterie : figurines de bovidés, jougs miniatures, modèles de maisons, statuettes assez grossières de femmes enceintes. D'autres fragments ont permis de reconstituer deux importants monuments. Le premier est une sorte de trône, haut de 1,40 m, orné de sculptures en un relief très plat qui rappelle le style de Persépolis ; sur les montants et les rebords de son dais sont gravés des bouquetins accroupis, aux longues cornes enroulées, comme on en voit en bordure de stèles sud-arabiques ; sur chacune des parois latérales s'avancent deux personnages : l'un de grande taille, barbu, tend devant lui ce qui semble être un flabellum ; l'autre, plus petit, qui le précède, tient des deux mains un bâton. Le second monument est la statuette de calcaire, haute de 0,80 m, d'une femme assise, drapée dans une grande robe plissée ; elle porte un lourd collier, muni d'un contrepoids dans le dos ; son visage, aux lèvres étranges, aux yeux sertis d'une sorte de listel, est d'une extraordinaire expression. Les dimensions des deux monuments se correspondant, ce pourrait être la statue d'une divinité et le naos dans lequel elle se trouvait assise.

Parmi plusieurs pièces d'âges divers recueillies dans une cachette à Hawilé Assaraw figurait une autre statuette énigmatique ; haute d'une cinquantaine de centimètres, elle représente un personnage aux formes trapues, assis sur un tabouret à barreau, tenant un gobelet dans chacune de ses mains posées sur les genoux ; il est vêtu d'une robe à rosaces, où s'inséraient sans doute primitivement des pierres précieuses, et devait porter en outre un collier à contrepoids ; l'expression du visage est cruelle : bouche aux lèvres étroites, grands yeux dont les pupilles devaient recevoir des incrustations aujourd'hui disparues. Sur un socle, dont l'appartenance à la statuette n'est pas certaine, une inscription pourrait se lire ainsi : « Afin d'accorder à Yemenit un enfant. » D'interprétation difficile, la statuette d'Hawilé Assaraw fera naître encore bien des hypothèses.

Remarquables aussi sont de petits pendentifs de métal recueillis à Sabéa et à Yéha, dans une nécropole que domine un temple de style sud-arabique : affectant la forme d'un animal (bouquetin, lion, oiseau), ils sont décorés intérieurement par un entrelacs de caractères d'écriture ; on peut y voir des sortes de « marques d'identité ». La tradition de virtuosité de l'art animalier se traduit enfin dans la gravure si véhémente d'une lionne sur le rocher de Govedra et dans une grande statue de lion dégagée d'une falaise, à Komboltcha, probablement déjà d'époque axoumite.

Le royaume d'Axoum

La richesse d'invention des formes, l'aisance de l'exécution attestent ainsi la maîtrise des artisans de l'antique Éthiopie. C'est sur ce fonds culturel qu'à partir du ier siècle ou du début du iie siècle de notre ère se développa la capitale, Axoum. Celle-ci dut profiter de l'essor économique qu'avait connu la mer Rouge sous l'impulsion des Ptolémées et des Romains ; c'était une étape sur les pistes caravanières reliant les ports au bassin du Nil. Nombre de petits objets de style égyptisant ou hellénistique découverts en Éthiopie attestent l'existence d'échanges avec la vallée du Nil et le monde méditerranéen : scaraboïde d'Adoulis, amulettes de faïence bleue de Haoulti, cippe d'Horus sur les crocodiles (si l'on en croit du moins le voyageur James Bruce, 1730-1794), scarabée et statuette d'Hermaphrodite d'Axoum ; un joli taureau de bronze semble une œuvre alexandrine. En revanche, des coupes en métal retrouvées dans le lot de Hawilé Assaraw sont d'une origine plus nettement méroïtique, tout comme une statuette de cornaline représentant un personnage nu, avec deux uræi, recueillie à Matara.

Si ces objets témoignent d'influences étrangères, les fouilles effectuées sur les sites du royaume d'Axoum font connaître une civilisation originale et brillante. La capitale se couvre de palais d'une architecture puissante. Leurs murs épais disposés selon une alternance de saillants et de rentrants s'élèvent en une série de retraits successifs. Les plans de plusieurs édifices ont pu être précisés ; mieux, des élévations en étage ont été récemment retrouvées. Au cœur d'Axoum, près du lieu dit de la « sortie des vents », un socle monumental à saillants et degrés caractéristiques supportait autrefois plusieurs « obélisques », ou plutôt des sortes de stèles géantes ; la plus grande, brisée aujourd'hui, était un monolithe dont la hauteur atteignait 33,50 m ; c'était à coup sûr le plus important bloc qui ait été dressé par les Anciens ; une autre est encore debout ; elle a 23 mètres de hauteur ; ces stèles présentent un décor qui évoque de hautes maisons, aux nombreux étages, comme on en voit encore en Arabie du Sud ; la porte du bas, avec sa serrure, est surmontée de plusieurs étages de fenêtres grillagées entre lesquelles apparaissent les extrémités des poutres des planchers (les « têtes de singe », selon la désignation locale). D'autres pierres levées, abondantes dans la zone d'Axoum, marquaient sans doute l'emplacement de sépultures. De grandes bases, entaillées de degrés, portant des traces de rainures, sont les restes de « trônes ». On ne sait pas encore s'il y a un rapport entre ces bases et les dalles gravées d'inscriptions retrouvées sur le site. Sont aussi typiquement axoumites d'énigmatiques têtes de terre cuite rouge, avec traces d'un engobe gris ; le visage, aux traits habituellement fins, s'encadre d'une ample coiffure qui fait saillie à l'arrière ; quelquefois percées, au sommet, d'un orifice, elles sont munies d'un assez long cou formant col. Peut-être ces têtes constituaient-elles des goulots de jarres. L'archéologie axoumite pose encore bien des problèmes.

Parfois, pourtant, elle apporte aux historiens une pièce de choix : tel ce « couteau de jet » – ou sceptre votif – de bronze, gravé en caractères déjà éthiopiens (les plus anciens actuellement connus de cette écriture) d'une inscription commémorant deux conquêtes de « Gadar, roi (ngšy) d'Axoum » ; ce serait le souverain identifié par l'épigraphie sudarabique à propos d'une guerre dirigée contre les Sabéens.

De toute façon, le développement des fouilles menées par l'Institut éthiopien d'archéologie fait mieux connaître l'importance du royaume d'Axoum, l'un des « quatre royaumes » du monde avec Rome, la Perse et la Chine selon les Kephalaia de Mani (fin du iiie siècle de notre ère). Le site privilégié de Matara, près de Sénafé de Chimézané, permet de vérifier sur plusieurs siècles la succession des époques. Une vraie Pompéi éthiopienne surgit des terres depuis 1959 : magnifiques constructions de style axoumite classique, dont les murs présentent une disposition en gradins avec une alternance de saillants et de rentrants. Un abondant matériel nous renseigne sur la vie quotidienne : fourneaux, écuelles, marmites, petites lampes. Plusieurs pièces attestent la longue et brillante tradition culturelle de Matara, où se sont accumulés des objets d'âges très divers : un sautoir avec quatorze monnaies et deux bractéates d'or à l'effigie des Césars, de Nerva à Septime Sévère ; une magnifique lampe de bronze, haute de 0,40 m, où s'allient les influences d'Alexandrie et de l'Arabie du Sud : au-dessus de la coupe au socle délicatement ciselé, un chien saisit à la course un bouquetin bondissant. Parmi d'autres bijoux, on compte deux croix en or remarquablement ouvragées.

L'Éthiopie chrétienne

Vers 330, l'empire d'Axoum s'était, en effet, converti au christianisme. Sur les monnaies du roi Ezana, la croix remplace le croissant et le disque lunaire ; une stèle inscrite en grec, découverte en 1969, relatant les victoires du roi sur les Noba, atteste la « puissance du Père, du Fils et du Saint-Esprit » et exalte « la foi dans le Christ et sa volonté » ; une autre inscription d'Ezana, trouvée en 1981 au nord d'Axoum, présente sur une face un texte en écriture pseudo-sabéenne et un texte en guèze, tandis que l'autre face porte un texte en grec ; ce sont là trois versions de la campagne du roi contre les Bedja, révélant de nouveaux détails et permettant de mieux cerner ses croyances religieuses.

Stèle du roi Ezana

Stèle du roi Ezana

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La stèle du roi Ezana, premier roi chrétien d'Axoum, relate en grec ses victoires, vers 330, à Axoum, Éthiopie. 

Crédits : Merilyn Thorold, Bridgeman Images

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Malgré les crises du Moyen Âge et les destructions, il demeure des vestiges de quelques églises de haute époque ; elles conservent le plan des temples païens ; les influences majeures semblent celles de la Syrie du Nord ; il en résulte un plan basilical (Yéha, Goulo Makéda, Enda Cerqos de Melazo), avec parfois une abside semi-circulaire (Adoulis) ; de date apparemment postérieure, l'église de Debra Damo présente encore une double rangée de piliers monolithes soutenant des galeries de part et d'autre de la nef centrale couverte par des arceaux de bois.

Peu à peu, la civilisation d'Axoum s'étiola. Lentement, peut-être sous la menace bedja venue du Nord, le centre de gravité du royaume chrétien se déplaça vers les plateaux des Amhara et même le lointain Shoa. Une reine du Semien, qualifiée de juive et nommée Judith, après avoir détruit Axoum, aurait pendant une quarantaine d'années persécuté les chrétiens. On attribue à cet intermède la destruction d'un grand nombre de vestiges du plus lointain passé éthiopien.

Le renouveau vint du Sud, de la région du Lasta, un bastion qu'enserrent les cours supérieurs du Takazzé et son affluent le Tsellari. Vers 1135 apparaît la nouvelle dynastie des Zagoué. Dans ces régions où le christianisme venait d'être assimilé par les populations locales, on assiste à une puissante renaissance chrétienne, celle de moines d'une exceptionnelle sainteté ; au début du xiiie siècle, sous le saint roi Lalibéla et ses successeurs, la montagne sacrée, autour de la nouvelle capitale de Roha, est creusée d'étonnantes églises rupestres, merveilles de l'Éthiopie. La Terre sainte est recréée suivant une toponymie biblique : mont Thabor, le Jourdain. Dix sanctuaires se répartissent en deux groupes principaux, entourés chacun d'une enceinte ; à l'écart, au fond d'un puits profond, un onzième sanctuaire, Biet Giorgiys, se distingue par son plan cruciforme et son toit plat qui offre le dessin de grandes croix emboîtées, d'une rare élégance. Le principe de ces édifices est simple, bien qu'extraordinairement original : une large tranchée, qu'on atteint par des tunnels, isole du reste du plateau la masse de rocher dans laquelle est littéralement sculptée l'église ; partout dans la montagne, de petits alvéoles annexes servent de tombes aux prêtres les plus vénérables. Les plans sont variés, mais ils reproduisent, figés dans le roc, ceux de monuments antérieurement construits ; ainsi l'église du Sauveur-du-Monde (Biet Medani Alem) semble conserver la disposition de l'ancienne cathédrale d'Axoum (Notre-Dame-de-Sion) ; longue de 33 mètres et large de 23, elle dresse une masse haute de 11 mètres ; tout autour, une colonnade de trente-deux piliers à section quadrangulaire, délimitant un étroit promenoir de 0,70 m, supporte le toit à double pente, orné d'arcades sculptées ; l'intérieur est de plan basilical : cinq nefs – ce qui est exceptionnel – et huit travées, avec une puissante forêt de vingt-huit piliers portant des pseudo-chapiteaux en console et des arcs en plein cintre. À Biet Emmanuel, énorme bloc rectangulaire de 17 mètres de long sur 11 de large, l'imitation d'une architecture construite est parfaite : avec ses saillants et ses rentrants, ses « têtes de singe » (extrémités de poutres simulées), c'est un splendide exemple de style axoumite. De façon générale, les grandes façades de pierre, fort sobres, ne sont guère animées que par le jeu de larges bandeaux (horizontaux ou verticaux) et d'ouvertures, qui reprennent parfois le thème, indéfiniment répété, de la croix. À l'intérieur de certaines des églises de Lalibéla, des reliefs, et surtout des peintures, présentent un intérêt iconographique et historique considérable ; sans doute les peintures, dont les premières datent du xve siècle, sont-elles postérieures à la construction de ces églises. Sous l'impulsion d'un comité international, on procède actuellement à la conservation et à la restauration de cet ensemble unique au monde, malheureusement fort dégradé ou objet de remaniements bien intempestifs.

À travers l'Éthiopie, une centaine d'autres églises rupestres, plus ou moins bien décrites, étaient jusqu'ici connues ; à côté d'églises monolithes proprement dites, littéralement excavées du rocher, certaines étaient des églises hypogées mettant souvent à profit l'existence de grottes naturelles ; d'autres étaient des églises de cavernes, construites en pierre ou en bois, à l'intérieur ou sous une voûte rocheuse, dispositif particulièrement original. Or, en 1965, un prêtre éthiopien, Abba Tawalda Medhin Joseph, a révélé l'existence de cent vingt et une églises rupestres cachées dans les ravins des montagnes et des plateaux du Tigré (au nord de Makallé) et demeurées pour la plupart totalement inconnues : les unes dans l'Agamé (au sud d'Adigrat), les autres autour de Hauzen (Géralta et Enderta), d'autres au Tambien (Abbi Addi), d'autres enfin dans la région d'Asbi. En dehors du magnifique recueil de photographies du docteur G. Gerster, on ne possède encore que des indications très fragmentaires sur ces édifices. Certains sont fort maladroitement aménagés dans le rocher ; d'autres sont de vrais chefs-d'œuvre, telle la magnifique église d'Abraha Atsbeha. La plupart sont des églises hypogées. Le plan basilical semble le plus fréquent, mais on trouve des salles circulaires, comme à Guh (dans le Guéralta). De nombreux éléments perpétuent le style axoumite : plan rectangulaire, piliers et architraves, murs à ressauts, alternance de couches de bois équarri et de lits de pierres de taille, affleurement des poutres rondes en « têtes de singe » (par exemple, à Saint-Michel de Debra Salam). À côté de plafonds plats, souvent décorés en caissons, il en existe de voûtés : l'Enderta utilise avec prédilection la coupole. Si, comme dans tout l'art éthiopien, la rondebosse fait défaut, on trouve des reliefs à décor géométrique. De nombreuses parois décorées apportent une documentation précieuse pour la connaissance de la peinture éthiopienne : on y discerne des styles et des manières très diverses, de la plus naïve à la plus élaborée ; si certaines reflètent une tradition fort archaïque, d'autres ne peuvent guère être antérieures au xvie siècle (église de Guh). De nombreuses missions seront nécessaires pour étudier cet impressionnant ensemble ; il est trop tôt pour tenter de donner des indications précises de datation. Et il reste encore bien d'autres régions d'Éthiopie qui n'ont pas été systématiquement explorées, telles les églises du lac Tana, dont on sait cependant la richesse en peintures et en orfèvrerie sacrée. Un bon expert, A. Mordini, a estimé à quinze cents le nombre des églises antérieures au xvie siècle dont il subsiste des vestiges.

Le style « gondarien »

Au début du xvie siècle, l'invasion par les troupes de l'imam Gragne (tué en 1542) dévaste l'Éthiopie. C'est alors aussi l'arrivée des missionnaires portugais, puis espagnols. Un nouveau style se développe désormais. Le lac Tana, où avaient été livrés précisément les derniers combats contre l'envahisseur, devient le centre de gravité. Peut-être des monuments comme l'insolite église de Barié Guemb (où une coupole domine le cœur de l'édifice) invitent-ils à dater de Lebna Dengel ou de Galaoudéos les premiers témoins du style qu'on définira plus tard comme « gondarien » (ou « portugo-éthiopien »). Sarsa Dengel (1563-1597) fixe sa résidence à Gouazara. Puis le père Paez surcharge d'un riche décor manuélin l'église de la Vierge (près de Gorgora) ; à proximité, l'empereur Souseneyos édifie un palais. Fasilidas (1632-1667) est le fondateur de la cité impériale de Gondar, que développeront ses successeurs : dans une vaste enceinte percée de nombreuses portes, c'est un ensemble impressionnant de palais (Fasil Guemb, château de Yassous le Grand), de pavillons (bibliothèque de Tsadik Yohannès) et d'églises ; plus tard, Bacaffa (1719-1730) et l'impératrice Mentouab y adjoindront d'importantes constructions ; à cet ensemble si prestigieux, d'allure théâtrale, s'ajoutent de nombreuses autres églises, dont l'abbatiale de Debra-Berhan-Sélassié et la grande abbaye de Cousquam à la puissante enceinte crénelée et renforcée de tours. Les créneaux des murailles et des terrasses, les escaliers et balcons extérieurs, les tours rejetées aux angles et couvertes de coupoles sur trompes donnent à ces bâtiments une singulière allure, perpétuant le style de la Renaissance européenne jusqu'au xviiie siècle.

Palais de l'Empereur Fasilidas

Palais de l'Empereur Fasilidas

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Palais de l'empereur d'Éthiopie Fasilidas (1632-1667) et de ses successeurs pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. Gondar, Éthiopie. 

Crédits : Merilyn Thorold, Bridgeman Images

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Peintures murales de Debra-Berhan-Sélassié

Peintures murales de Debra-Berhan-Sélassié

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Peintures murales de l'église de Debra-Berhan-Sélassié à Gondar, Éthiopie. 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Peinture de l'abbatiale de Debra-Berhân-Sélassié, Éthiopie

Peinture de l'abbatiale de Debra-Berhân-Sélassié, Éthiopie

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Peinture murale représentant un saint à cheval. Abbatiale de Debra-Berhân-Sélassié, Gondar, Éthiopie. XVIIe siècle. 

Crédits : Merilyn Thorold, Bridgeman Images

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La peinture de manuscrits

Parallèlement à l'art monumental et à la grande peinture murale, l'effort des artistes éthiopiens s'est exercé dans un domaine fort séduisant, celui des miniatures : elles ornent les lourds manuscrits, sur parchemin, où textes et figures sont tracés à la main par les prêtres et leurs aides, les dabtaras, selon des règles immuables. Les miniatures des évangiles destinés à être lus à l'office (évangéliaires) sont inspirées d'un même thème : les scènes de la vie du Christ ; la première image montre l'Évangéliste en train d'écrire ou d'écouter l'inspiration divine ; enfin, des tableaux numériques, dits des canons d'Eusèbe, sont présentés dans de belles compositions : souvent, une sorte de temple, à colonnes et fronton décoré, entouré d'une végétation luxuriante où jouent les animaux et les oiseaux. Le plus ancien manuscrit décoré actuellement signalé semble être celui d'Abba Garima, près d'Adoua : xe-xie siècle. Du début du xive siècle date le manuscrit de l'église Saint-Étienne du lac Haïk (près de Dessié), conservé à la Bibliothèque nationale d'Addis-Abeba : toutes les vignettes sont groupées en tête du volume ; des images d'une grande naïveté, personnages aux traits fort simplifiés, au long nez, aux grands yeux globuleux, ne laissent pas d'être attachantes. La plupart des manuscrits proviennent du lac Tana ; l'un des plus remarquables est celui de l'île de Kébran, enluminé dans les premières années du xve siècle (vers 1420) ; l'influence de l'iconographie byzantine y est évidente ; mais la simplification des lignes et surtout les traits des personnages sont bien éthiopiens. Un peu postérieur (règne de Zara Yakob, vers 1450), le manuscrit de Jehjeh Giorgiys (dans le Wagara) offre une stylisation encore plus poussée. Après les destructions de Gragne, il fallut reconstituer les bibliothèques ; dans l'illustration des nouveaux manuscrits, la frontalité est abandonnée, les scènes s'animent, les couleurs sont plus variées, n'évitant pas le bariolage dans certains cas ; le plus célèbre manuscrit est celui des Miracles de Marie (Taamra Maryam). À l'époque de Gondar, l'influence occidentale est indéniable. Parmi tant de belles réussites, il suffit ici de signaler ces images d'apôtres et de saints qui ornent de grands dépliants de parchemin, parfois montés en roue pour être portés dans les processions.

Un art populaire vivace

Les œuvres populaires que produit encore l'artisanat éthiopien se rattachent à la tradition de l'art sacré. Ce sont des compositions aux couleurs vives, peintes sur toile ou parchemin ; le vert, le jaune et le rouge y dominent (couleurs du drapeau éthiopien). Les sujets relèvent de cycles consacrés : suite de tableautins évoquant la légende de la reine de Saba ou les faits miraculeux de quelque saint. Des règles fixes sont observées : les méchants sont toujours représentés de profil et les bons de face, les deux yeux bien apparents ; aucune ombre ne doit voiler le visage des saints ; la prédominance est donnée à la droite sur la gauche. Dans l'orfèvrerie, les croix de types et de décor infiniment variés perpétuent les créations si originales des siècles classiques ; originellement, la technique des bijoux d'argent était celle de la cire perdue ; souvent, la croix comporte un motif tressé, symbole d'infini ; elle s'insère parfois dans un cercle évoquant l'univers sur lequel elle doit régner ; des jeux de croix secondaires peuvent s'ajouter à la croix principale, multipliant ainsi son pouvoir.

Ces réussites de l'art populaire ne sauraient être négligées. Peintures aux tableautins de couleurs vives, croix ornées d'entrelacs variés, autant d'images liées au nom de l'Éthiopie, tout comme les églises rondes aux grands toits de chaume. Dans l'extension prise par ces édifices circulaires durant les derniers siècles (au point que les églises de plan quadrangulaire – les plus anciennes – ne se trouvent guère que dans le Tigré), faut-il voir l'affirmation sans cesse plus marquée du caractère africain de la civilisation éthiopienne, dont on a noté le progrès en d'autres domaines (dans la langue, par exemple, qui a beaucoup évolué à partir du schéma originel proprement sémitique) ? Faut-il considérer que les cercles concentriques, selon lesquels s'organise l'église, protègent l'accès vers le mystère : le qene mehlet, où sont installés les chantres, puis le qeddest, pour les fidèles, jusqu'à la partie centrale, le saint des saints (maqdas), espace quadrangulaire où est enfermé l'autel inaccessible (le tabot) ? Ce dispositif procéderait d'un réflexe de défense contre les périls de l'Islam, tant redouté depuis les destructions de Gragne. Bien des recherches doivent être faites en de tels domaines.

Si l'art éthiopien contemporain se tourne résolument vers l'avenir, il hérite de longs siècles de réalisations. C'est dans cet esprit qu'on doit apprécier l'œuvre d'une vigoureuse école de jeunes peintres et sculpteurs contemporains : Gébré Kristos Desta, Iskandar Boghossian et, avant tout, Afework Teklé, dont le génie inventif sait sauvegarder le meilleur de la tradition du patrimoine national.

—  Jean LECLANT

Bibliographie

※ Géographie

Ethiopian Mapping Authority, National Atlas of Ethiopia, Addis-Abeba, 1988

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Écrit par :

  • : maître de conférences en anthropologie et en histoire au Centre d'études africaines, École des hautes études en sciences sociales
  • : professeur des Universités, Institut français de géopolitique de l'université de Paris-VIII, membre du Centre d'études africaines, C.N.R.S., École des hautes études en sciences sociales, chargé de cours à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : maître de recherche au C.N.R.S.
  • : docteur ès lettres, maître de recherche honoraire au C.N.R.S., de l'Académie des sciences d'outre-mer
  • : professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris
  • : expert à l'Institut éthiopien d'archéologie, Addis-Abeba
  • : docteur ès sciences, directeur de recherche au C.N.R.S., ancien directeur du Laboratoire de recherche sur l'Afrique orientale
  • : secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

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ARABIE

  • Écrit par 
  • Robert MANTRAN, 
  • Maxime RODINSON
  • , Universalis
  •  • 7 601 mots

Dans le chapitre « La lutte des empires »  : […] sous le nom de Dhoū Nowās. Il persécute les chrétiens. Byzance poussa l'empire chrétien d'Éthiopie à la revanche. Il fallut deux expéditions éthiopiennes pour abattre Dhoū Nowās vers 525 ( ?). Les Éthiopiens placèrent la région sous l'autorité d'un noble sudarabique rallié. Une révolte amena au pouvoir un ancien esclave, Abraha, champion du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/arabie/#i_14824

ARDIPITHECUS RAMIDUS

  • Écrit par 
  • Brigitte SENUT
  •  • 735 mots
  •  • 1 média

En 1994 était découvert à Aramis, en Éthiopie, un squelette daté de 4,4 millions d'années (Ma) appartenant à Ardipithecus ramidus. Comme le spécimen était très écrasé, il a fallu attendre quinze ans pour que la communauté scientifique puisse dresser un portrait de ce supposé […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ardipithecus-ramidus/#i_14824

AUSTRALOPITHECUS ANAMENSIS

  • Écrit par 
  • Brigitte SENUT
  •  • 769 mots

Dans le chapitre « Définition de l’espèce Australopithecus anamensis et sa place au sein des hominidés »  : […] anamensis (signifiant « australopithèque du lac »). Celle-ci est aujourd’hui connue entre 4,2 à 3,9 Ma environ au Kenya et en Éthiopie (site d’Asa-Issie dans le Middle Awash). Elle est représentée par des parties de mâchoires (avec des dents), des os des membres et un fragment d’os temporal. Ce qui est particulièrement intéressant est que […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/australopithecus-anamensis/#i_14824

BRUCE JAMES (1730-1794)

  • Écrit par 
  • Alfred FIERRO
  •  • 377 mots

Bien qu'il ait fait des études de droit, l'Écossais James Bruce se sent attiré par l'aventure. Son mariage avec Adriana Allan, fille d'un courtier en porto, l'amène à voyager en Espagne et au Portugal. Le décès de sa femme, après moins d'une année de mariage, le pousse à vivre principalement en Espagne. Lecteur à la bibliothèque de l'Escorial, il s […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/james-bruce/#i_14824

CAFÉ

  • Écrit par 
  • Jean-Paul CHARVET
  •  • 3 029 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Les exploitations caféières »  : […] dans la structuration économique, sociale et même politique de bien des pays d’Amérique centrale ou d’Afrique. En Éthiopie, elles apparaissent aujourd’hui défavorisées par le nouveau contexte de l’essor de la production caféière enregistré depuis le milieu des années 1990. Cet essor y est en effet principalement fondé sur le développement de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cafe/#i_14824

CHORORAPITHECUS

  • Écrit par 
  • Brigitte SENUT
  •  • 606 mots

Neuf dents isolées, dont quatre fragmentaires, découvertes entre 2005 et 2007 en Éthiopie, dans la région de Chorora (site de Beticha), ont été rapportées à un nouveau grand singe fossile, Chororapithecus abyssinicus, par une équipe nippo-éthiopienne dirigée par Yonas Beyene et Gen […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/chororapithecus/#i_14824

CONQUÊTE DE L'ÉTHIOPIE PAR L'ITALIE

  • Écrit par 
  • Sylvain VENAYRE
  •  • 188 mots
  •  • 1 média

Au début des années 1930, l'Éthiopie demeurait un des rares États indépendants d'Afrique, excitant les convoitises du pouvoir fasciste de Benito Mussolini, désireux de constituer, sur le modèle mythique de l'Empire romain, un Empire colonial […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/conquete-de-l-ethiopie-par-l-italie/#i_14824

CONVERSION D'EZANA, ROI D'AXOUM

  • Écrit par 
  • Bertrand HIRSCH
  •  • 203 mots
  •  • 1 média

Rufin d'Aquilée, dans un chapitre ajouté à sa traduction en latin de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, décrit l'arrivée fortuite sur les côtes de l'« Inde ultérieure », probablement les côtes érythréennes, « au temps de Constantin » (306-337), de deux […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/conversion-d-ezana-roi-d-axoum/#i_14824

COPPENS YVES (1934-    )

  • Écrit par 
  • Herbert THOMAS
  •  • 2 326 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Du Tchad à l'Éthiopie »  : […] pour avoir conduit la première expédition scientifique dans la basse vallée de l'Omo, en Éthiopie, en 1932-1933, ce dernier décide de faire de lui son héritier scientifique. Yves Coppens l'accompagne en 1966 en Algérie, où il part entreprendre des fouilles dans le Constantinois. Ce voyage est à l'origine de toute une série de missions et de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/yves-coppens/#i_14824

COVILHÃ PERO DA (1460 env.-env. 1545)

  • Écrit par 
  • Harold V. LIVERMORE
  • , Universalis
  •  • 766 mots

II entend profiter du commerce des épices indiennes et entrer en contact avec le négus chrétien d'Abyssinie (Éthiopie), que l'Occident identifie au légendaire Prêtre Jean (des rapports reçus en 1486 au royaume africain du Bénin auraient ravivé le mythe du grand souverain oriental). Les Abyssiniens ont déjà visité Rome et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pero-da-covilha/#i_14824

CRISPI FRANCESCO (1818-1901)

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 698 mots
  •  • 1 média

Établi à Naples en 1845, comme avocat, Francesco Crispi est tout d'abord un patriote conspirant contre les Bourbons pour l'indépendance de la Sicile. Membre du Comité de guerre lors de la révolution de Palerme (1848), il est chassé par la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/francesco-crispi/#i_14824

DEPRETIS AGOSTINO (1813-1887)

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 1 026 mots

Homme politique italien. Originaire d'une famille de riches agriculteurs, Agostino Depretis se lie avec les mazziniens durant ses études de droit puis, s'étant consacré à la gestion de ses domaines, il anime le courant libéral, dans la région de Voghera, en 1847-1848. Élu au Parlement de Turin, il devient l'un des leaders de la gauche anticléricale […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/agostino-depretis/#i_14824

DJIBOUTI

  • Écrit par 
  • Colette DUBOIS, 
  • Alain GASCON, 
  • Jean-Louis MIÈGE
  •  • 7 716 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « La voie d'accès à la sous-région »  : […] La R.D.D. a également tiré profit de la guerre opposant l'Érythrée à l'Éthiopie (1998-2000). Elle est redevenue le principal corridor d'une Éthiopie enclavée, une grande partie des échanges éthiopiens, y compris l'aide alimentaire, transitant par le port djiboutien. Ce dernier a enregistré une hausse spectaculaire de son trafic, passant de près de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/djibouti/#i_14824

ÉCONOMIE MONDIALE - 2016 : dynamisme asiatique et replis nationaux

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre FAUGÈRE
  •  • 3 421 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Pays du Sud : une aggravation générale »  : […] des crises politiques, du terrorisme et d’une faiblesse chronique de gouvernance. L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent après le Nigeria, connaît une des plus fortes croissances mondiales (4,5 p. 100 selon le FMI) ; cependant, dans un contexte politique violent, elle reste très dépendante des conditions climatiques malgré son […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2016-dynamisme-asiatique-et-replis-nationaux/#i_14824

ÉDÉSIUS saint (IVe s.)

  • Écrit par 
  • Jacques DUBOIS
  •  • 70 mots

Compagnon de voyage puis de captivité de saint Frumentius, premier évêque d'Éthiopie, Édésius n'a pas été vénéré comme saint alors que Frumentius devint un saint très populaire. Quand Frumentius alla rendre visite à saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, Édésius rentra dans sa ville de Tyr et c'est […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/edesius-saint/#i_14824

ERTA'ALE

  • Écrit par 
  • Alain Gil MAZET
  •  • 399 mots

Volcan actif basaltique situé en Éthiopie (région autonome du Tigré) dans la dépression tectonique de Danakilie (ou Afar). L'Erta'ale est localisé dans l'axe médian d'une chaîne volcanique quaternaire, orientée nord - nord-ouest sud - sud-est (orientation de la mer Rouge), s'étendant du lac Karum, au nord, au lac Giuletti ( […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/erta-ale/#i_14824

ÉRYTHRÉE

  • Écrit par 
  • Alain GASCON, 
  • Roland MARCHAL
  •  • 5 510 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « La guerre avec l'Éthiopie et ses implications régionales »  : […] En mai 1998 débute une guerre sanglante entre l'Érythrée et l'Éthiopie. Les combats, intermittents, prennent fin deux ans plus tard et un accord est conclu à Alger en décembre 2000. Cette guerre, qui est bien plus qu'un conflit de frontière, a des conséquences majeures sur la vie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/erythree/#i_14824

FALACHAS

  • Écrit par 
  • Vittorio MORABITO
  •  • 2 196 mots
  •  • 1 média

ses croyances et son origine. Eux-mêmes refusent le nom, courant, de Falacha qu'ils ont reçu en Éthiopie de leurs voisins, en raison de sa connotation péjorative : la racine du mot falacha, d'après l'ancienne langue guèze, porte le sens d'« émigré, exilé, séparé ». La dénomination Betä Esra'el, « la maison d' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/falachas/#i_14824

FRUMENTIUS saint (315 env.-env. 380)

  • Écrit par 
  • Jacques DUBOIS
  •  • 262 mots

Au temps de l'empereur Constantin, un certain Meropios de Tyr, accompagné de ses deux disciples Frumentius (ou Frumence) et Édésius, fut, en revenant des Indes, obligé d'aborder au port d'Adoulis en Éthiopie (au sud de Massaouah). Passagers et matelots furent tous massacrés à l'exception de Frumentius et d'Édésius, qui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/frumentius/#i_14824

GONDAR

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 338 mots

Ville du nord-ouest de l'Éthiopie, Gondar est située à plus de 2 200 mètres d'altitude sur une chaîne basaltique d'où partent des cours d'eau qui flanquent la ville avant de se jeter dans le lac Tana, une trentaine de kilomètres plus au sud […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/gondar/#i_14824

GRAGNE AHMED IBN IBRAHIM AL-GHAZI dit (1506 env.-1543)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 371 mots

Imâm éthiopien, né vers 1506, mort le 21 février 1543 à la bataille d'Ouaïna-Dega, près du lac Tana, Ahmed ibn Ibrāhīm al-Ghazī, dit Gragne (« le Gaucher »), est le fer de lance d'une vague musulmane qui, à l'apogée de sa conquête, va subjuguer pratiquement tout le royaume d'Éthiopie, dont les sujets se convertissent alors […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ahmed-ibn-ibrahim-al-ghazi-gragne/#i_14824

HAILÉ ou HAÏLÉ SÉLASSIÉ Ier (1892-1975) empereur d'Éthiopie (1930-1936 et 1941-1974)

  • Écrit par 
  • Jean DORESSE
  •  • 1 348 mots
  •  • 4 médias

Descendant, selon les légendes, de la reine de Saba et du roi Salomon, dont il est le deux cent vingt-cinquième successeur, l'empereur d'Éthiopie, le négus Hailé Sélassié Ier (ou Haïla Sellassié) est à la tête de la plus ancienne dynastie du monde […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/haile-haile-selassie-ier/#i_14824

HOMINIDÉS

  • Écrit par 
  • Brigitte SENUT
  •  • 9 486 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « « Australopithecus garhi » »  : […] Mis au jour en Éthiopie en 1999 dans la formation de Bouri, les fragments crâniens et restes osseux vieux de 2,5 Ma environ ont été rapportés à une nouvelle espèce d'Australopithèque, Australopithecus garhi. Parmi les caractères surprenants de cette nouvelle espèce, il faut noter des prémolaires et des molaires très grandes […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hominides/#i_14824

ISSA

  • Écrit par 
  • Alfred FIERRO
  •  • 152 mots

Avant-garde des Somali, dont ils sont un rameau, les Issa ont refoulé les Danakil, ou Afar, au nord du golfe du Tadjoura. Installés en Somalie, dans la partie méridionale de Djibouti où ils représentent 33 p. 100 de la population, mais aussi en Éthiopie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/issa/#i_14824

ITALIE - Histoire

  • Écrit par 
  • Michel BALARD, 
  • Paul GUICHONNET, 
  • Jean-Marie MARTIN, 
  • Jean-Louis MIÈGE, 
  • Paul PETIT
  •  • 27 452 mots
  •  • 43 médias

Dans le chapitre « L'expansion 1935-1940 »  : […] La conquête de l'Éthiopie, les conditions dans lesquelles elle s'est effectuée sont lourdes de conséquences. En Italie, la guerre exalta le nationalisme et conforta le régime. Celui-ci s'en trouva renforcé dans ses tendances extrêmes. G. Bottai, gouverneur de Rome et futur gouverneur civil d'Addis-Abeba, affirmait : « La révolution de Mussolini […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/italie-histoire/#i_14824

LEDI-GERARU HOMINIDÉ DE

  • Écrit par 
  • Brigitte SENUT
  •  • 960 mots
  •  • 1 média

Homo ? Autant de questions qui font l’objet de débats. C’est pourquoi la découverte sur le site de Ledi-Geraru, dans l’Afar, une région de l’Éthiopie, d’un fragment de mandibule (référencé LD 350-1) de cette période pourrait apporter des éléments de réponse. Mais est-ce un australopithèque ou un premier Homo […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/hominide-de-ledi-geraru/#i_14824

MÉDECINS SANS FRONTIÈRES

  • Écrit par 
  • Rony BRAUMAN
  •  • 1 095 mots

spécifiques, M.S.F. découvre peu à peu les contradictions et impasses de l'aide. C'est en Éthiopie que se fait la prise de conscience, lorsque la terrible famine de 1984 déclenche un immense mouvement de solidarité et que les O.N.G. se retrouvent enrôlées dans une opération de transferts forcés de populations. Refusant de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/medecins-sans-frontieres/#i_14824

MÉNÉLIK II (1844-1913) empereur d'Éthiopie (1889-1913)

  • Écrit par 
  • Richard David GREENFIELD
  • , Universalis
  •  • 779 mots

Empereur d'Éthiopie (1889-1913), né le 17 août 1844 à Ankober, dans le royaume de Choa (Éthiopie), mort le 12 décembre 1913 à Addis-Abeba […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/menelik-ii/#i_14824

MENGISTU ou MENGUISTU HAÏLÉ MARIAM (1937-    )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 524 mots

Militaire et homme politique éthiopien, président de la République de 1977 à 1991 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mengistu-menguistu/#i_14824

NEUF SAINTS LES

  • Écrit par 
  • Jacques DUBOIS
  •  • 204 mots

La piété populaire éthiopienne a toujours marqué beaucoup d'attachement aux « neuf saints romains », auxquels on attribue la diffusion de la foi chrétienne dans le pays. Le nombre d'endroits qui portent leurs noms est incalculable. Ils s'appelaient Za-Mikael, Pantaleouom, Isaac, Afsé, Gouba, Alef, Mata, Liqanos et Sehma, et portèrent tous le titre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-neuf-saints/#i_14824

NIL

  • Écrit par 
  • Éric DENIS
  •  • 3 380 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre «  Le statu quo »  : […] qui ne leur accorde aucun mètre cube pour d'éventuels projets. C'est à ce moment que les Éthiopiens commencent à étudier les possibilités de mise en valeur du Nil Bleu, jouant de l'équilibre de la guerre froide, d'abord au côté des Américains contre l'Égypte non alignée, dont le haut barrage est financé par l'Union soviétique puis, de 1974 à 1991 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nil/#i_14824

OROMO

  • Écrit par 
  • Éloi FICQUET
  •  • 1 701 mots

de la Corne de l'Afrique. Comprenant environ 25 millions d'individus au milieu des années 2000, leur territoire couvre une large partie du sud de l'Éthiopie, s'étendant vers l'ouest jusqu'à la frontière du Soudan, vers l'est et le sud jusqu'aux pâturages arides qu'ils disputent aux Somali. Cette dernière situation se prolonge au nord du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/oromo/#i_14824

PRÊTRE JEAN

  • Écrit par 
  • Jean RICHARD
  •  • 630 mots

Figure mythique, le Prêtre Jean représente pour les Occidentaux un puissant souverain chrétien, à la fois roi et prêtre, régnant au-delà des territoires qui leur étaient accessibles. Cette figure paraît s'être formée, à partir d'éléments divers, dans l'Orient latin, au contact des chrétiens orientaux (A. D. von den Brincken, Nationes […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pretre-jean/#i_14824

RAPATRIÉS

  • Écrit par 
  • Jean-Louis MIÈGE
  • , Universalis
  •  • 8 352 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Les indemnisations »  : […] se heurta à la mauvaise volonté des autorités libyennes à transmettre les documents nécessaires. Quant aux réfugiés d'Éthiopie, ils durent attendre la loi de décembre 1977 qui prévoyait le versement d'une somme de 25 milliards de lires « en attente d'un accord international ». Celui-ci intervint le 17 octobre 1982 entre Addis-Abeba et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rapatries/#i_14824

RIFT EST-AFRICAIN

  • Écrit par 
  • Jean-Jacques TIERCELIN
  •  • 6 229 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Le rift éthiopien »  : […] typique de vallée de rift, limité par d'importants escarpements de faille bordant les plateaux éthiopien au nord-ouest et somalien au sud-est, culminant à plus de 4 000 mètres d'altitude. Ces escarpements révèlent d'épaisses accumulations de basaltes dont les plus anciens sont datés de 45 millions d'années. À 30 millions d'années, une épaisseur de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rift-valleys-africains/#i_14824

ROUGE MER

  • Écrit par 
  • Colette DUBOIS, 
  • Jean-Pierre PINOT
  • , Universalis
  •  • 9 698 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Une région modelée par les crises et les tensions »  : […] 1991), les Érythréens ont obtenu leur indépendance, proclamée après un référendum en 1993, privant ainsi l'Éthiopie de son accès à la mer. Alliés contre le président éthiopien Mengistu Haïlé Mariam, Meles Zenawi, chef du Front populaire de libération du Tigré, et Issayas Afworki, chef du Font populaire de libération de l'Érythrée, ont accédé au […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mer-rouge/#i_14824

SÉMITES

  • Écrit par 
  • André CAQUOT
  •  • 4 800 mots

Dans le chapitre « Les Arabes »  : […] le sol africain au-delà du détroit de Bab el-Mandeb. Là est l'origine de la civilisation éthiopienne, qui s'est peu à peu différenciée de son modèle asiatique. L'écriture qu'utilisent encore les Éthiopiens d'aujourd'hui est une adaptation de celle des Arabes du Sud. Le geez, langue liturgique de l'Église éthiopienne, Église qu'on peut faire […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/semites/#i_14824

SHUNGURIEN

  • Écrit par 
  • Jean CHAVAILLON
  •  • 88 mots

En Éthiopie, la région de Shungura, dans la basse vallée de l'Omo, au nord du lac Turkana, est connue pour ses vestiges de faune et d'hominidés. Plusieurs gisements archéologiques ont été découverts in situ (âge 2,0 Ma) avec une industrie de très petits éclats (2-4 cm) en quartz, provenant d'un […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/shungurien/#i_14824

SOMALIE

  • Écrit par 
  • Éloi FICQUET, 
  • Alain GASCON, 
  • Francis SIMONIS
  •  • 10 586 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Situation après l’intervention éthiopienne »  : […] Depuis le conflit qui les a opposés dans l’Ogaden en 1977-1978, l’Éthiopie considère son voisin somalien comme un ennemi potentiel dont il importe de diminuer la puissance. Soutenue par les États-Unis, elle intervient donc militairement à la fin de 2006, convaincue que les islamistes radicaux sont sur le point de prendre le pouvoir à Mogadiscio. La […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/somalie/#i_14824

SOUDAN

  • Écrit par 
  • Alain GASCON, 
  • Roland MARCHAL
  •  • 10 539 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « Le régime Nimeyri (1969-1985) »  : […] diplômé d'une université américaine, John Garang de Mabior. Ce mouvement est soutenu par l'Éthiopie de Mengistu Haile Mariam en butte aux mouvements sécessionnistes érythréens et autonomistes éthiopiens, qui ont constitué avec l'accord de Khartoum de véritables sanctuaires sur le territoire soudanais. Les opérations du M./A.P.L.S. obligent en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/soudan/#i_14824

SOUDAN DU SUD

  • Écrit par 
  • Alain GASCON, 
  • Roland MARCHAL
  • , Universalis
  •  • 6 583 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (M./A.P.L.S.) »  : […] Le M./A.P.L.S. bénéficie d'une aide éthiopienne importante (sanctuaires, camps d'entraînement, accès à l'aide humanitaire internationale). Or Addis-Abeba, en butte à l'irrédentisme érythréen et siège de l'Organisation de l'unité africaine, ne peut accepter la revendication d'une sécession. Affaiblir Khartoum et diminuer l'appui octroyé par ce […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/soudan-du-sud/#i_14824

TEKLA HAYMANOT

  • Écrit par 
  • Jacques DUBOIS
  •  • 102 mots

Personnage célèbre en Éthiopie mais dont l'histoire a été tellement obscurcie qu'on en est arrivé à le dédoubler. Certains auteurs ont prétendu qu'un moine, Tekla Haymanot, aurait vécu aux viie et viiie siècles et aurait fondé des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tekla-haymanot/#i_14824

ZARA YAQOB, roi éthiopien (1434-1468)

  • Écrit par 
  • Vincent GOURDON
  •  • 220 mots

En 1434, Zara-Yaqob, fils de David Ier (1382-1411), devient empereur de la chrétienne Éthiopie. Il hérite d'un État puissant, reconstitué sur le plan territorial par les souverains de la dynastie fondée par son trisaïeul, Yekouno Amlak (1270-1285) et craint par ses voisins musulmans, depuis que David I […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/zara-yaqob/#i_14824

Voir aussi

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Pour citer l’article

Éloi FICQUET, Alain GASCON, Jacqueline PIRENNE, Jean DORESSE, Hervé LEGRAND, R. SCHNEIDER, Jean CHAVAILLON, Jean LECLANT, « ÉTHIOPIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ethiopie/