KANT EMMANUEL

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La philosophie pratique

Le privilège de la liberté

En faisant ainsi valoir la supériorité de la fonction pratique de la raison sur sa fonction théorique, la philosophie critique a conscience de revenir des vaines spéculations où les écoles s'étaient fourvoyées aux saines convictions du bon sens auxquelles tout homme est attaché, et d'en révéler les solides fondements. Ainsi la raison la plus commune n'a pas tort de donner deux sens au verbe devoir, selon qu'elle affirme que dans la nature tout effet doit avoir une cause, ou bien que tout homme doit dire la vérité ou tenir sa promesse. Elle a raison de reconnaître que l'acte criminel d'un homme se laisse lire dans l'expérience comme l'effet de causes concourantes : tare héréditaire, éducation et fréquentation déplorables, accès passionnel, etc., et de maintenir cependant qu'il est avec tout cela autre chose que le carrefour de ces séries causales et qu'il demeure à bon droit l'objet d'un jugement de réprobation parce qu'il reste l'acte d'un être doué de raison qui, à ce titre, en est bien l'origine absolue et aurait pu ne pas l'accomplir. La raison spéculative des métaphysiciens en restait sur ce point à une antinomie, puisque son raisonnement pouvait, avec la même rigueur logiquement irréfutable, conclure aussi bien qu'il n'y a de causalité que naturelle et qu'il y a une causalité libre. La critique commence par apporter la solution de ce conflit de la raison avec elle-même en lui apprenant à prendre toute chose en deux sens : telle qu'elle apparaît et telle qu'elle est en soi. Ainsi ce n'est pas au point de vue de son existence comme phénomène que l'homme affirme qu'il doit accomplir tel acte, mais au point de vue de son existence comme être en soi : l'idée que la raison forme de la liberté comme causalité inconditionnée, différente de celle qui a lieu dans le temps, ne saurait donc contredire à la nécessité propre au mécanisme de la nature.

Mais la critique n'aurait pas assez fait en montrant que la liberté est possible si elle n'al [...]


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Pour citer l’article

Louis GUILLERMIT, « KANT EMMANUEL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emmanuel-kant/