PLOTIN

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'Âme et l'Intelligence

Cette limite pourtant ne s'atteint qu'en de rares moments, au terme d'une patiente ascension. Mais il la faut poser dès le départ, car, à chacune des étapes – « vie engendreuse », « sensation », « opinion » raisonnable ou pure « intellection » –, l'Âme doit prendre conscience de sa nature contemplative.

La liaison avec le corps exige un mécanisme sensoriel essentiellement « utile », mais qui provoque déjà la réminiscence d'un vrai savoir ; à l'étape ultérieure (et contiguë) du raisonnement discursif, l'âme use de mots et de concepts qui témoignent de son trouble et de son embarras (IV, iii, 18), mais elle ne saurait rien de ce qu'ils signifient si elle ne possédait déjà virtuellement « l'image et la trace » de ce que sont toutes choses dans l'acte même de l'Intelligence, c'est-à-dire de la deuxième hypostase (V, v, 2).

Cette fidélité à la théorie platonicienne de la « participation » n'empêche point Plotin de soumettre à un très rigoureux examen la théorie aristotélicienne des catégories et sa transformation stoïcienne. Les trois traités sur Les Genres de l'étant refusent un type de substantialité qui concernerait au même titre l'essence intelligible et son reflet temporal ; ils tendent à réduire les « composés » d'« ici-bas » à des conglomérats de qualités apparentes et réfèrent cependant à des formes transcendantes les images qui se dessinent sur la surface de la matière. Sans aboutir à une révolution cosmologique, Plotin dévalue la théorie classique des « lieux » et discerne dans la « puissance » du « mouvement » un élément dynamique qui serait comme « une forme éveillée » (VI, iii, 22), mais toujours aussi un pouvoir « inquiet », à la fois « expression » et « refus » de « l'indivisible éternel » (III, vii, 11). Translation, accroissement et diminution, altération, génération et corruption renvoient nécessairement à un domaine d'« altérité » ; bien loin d'être « créatrice », la durée reste un reflet dégradé de la vie intemporelle, celle des « archétypes impassibles » auxquels se réduisent « là-haut, [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PLOTIN (205-270)  » est également traité dans :

PLOTIN, en bref

  • Écrit par 
  • Francis WYBRANDS
  •  • 186 mots

Instigateur de ce que l'on appellera après lui le « néo-platonisme », Plotin retient avant tout de Platon l'idée de la transcendance absolue du Bien. Édités par son disciple Porphyre, les soixante-trois traités que comportent les Ennéades décrivent les niveaux […] Lire la suite

PLOTIN - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Francis WYBRANDS
  •  • 138 mots

205 D'origine romaine, naissance probable de Plotin à Lycopolis, en Égypte.233 Plotin rencontre Ammonius Saccas, dont il suit l'enseignement dix ans durant, à Alexandrie.245 Début de son enseignement à Rome, d'abord devant un auditoire restreint. […] Lire la suite

DU BEAU, ENNÉADES I, 6 et V, 8, Plotin - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Daniel RUSSO
  •  • 962 mots

Plotin (205-270) a cinquante-neuf ans quand il rencontre Porphyre (234-305 env.), qui demeure avec lui pendant six ans et qui, après sa mort, réunit ses œuvres en cinquante-quatre livres, partagés en six Ennéades. Les passages sur le Beau et le Beau intelligible […] Lire la suite

ENNÉADES, Plotin - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • François TRÉMOLIÈRES
  •  • 843 mots

Les Ennéades (de enneas, le chiffre neuf en grec) ne constituent pas à proprement parler une œuvre de Plotin (205-270), mais la bibliothèque plotinienne : c'est en effet le nom donné au rassemblement par Porphyre, après la mort du maître, de cinquante-quatre traités ou conférence […] Lire la suite

ACTE, philosophie

  • Écrit par 
  • Paul GILBERT
  •  • 1 282 mots

Dans le chapitre « L'acte d'être »  : […] La tradition philosophique dit cependant plus habituellement que l'énergie contamine l'entéléchie, que l'être suit l'agir. Nous avons vu comment cette articulation se présentait déjà d'une certaine manière chez Aristote, de qui Thomas l'a reçue ; elle a été retenue surtout par le néo-platonisme, qui constitue une autre de ses sources. Pour Plotin, l'être suit l'agir, car il est énergie, mouvemen […] Lire la suite

ANTIQUITÉ - Naissance de la philosophie

  • Écrit par 
  • Pierre AUBENQUE
  •  • 11 115 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « La fin de l'Antiquité »  : […] Comme il est arrivé plusieurs fois dans l'histoire de la philosophie, le découragement sceptique et la facilité éclectique ont été suivis d'une vigoureuse renaissance spéculative, dont l'école platonicienne va être le foyer. Certes, les platoniciens du i er  siècle de notre ère, dont le plus célèbre est Plutarque (45-125), ne s'élèvent pas au-dessus d'un dualisme bien-pensant, teinté de religiosit […] Lire la suite

ARCHITECTURE (Thèmes généraux) - Architecture et philosophie

  • Écrit par 
  • Daniel CHARLES
  •  • 5 451 mots

Dans le chapitre « L'architecture des philosophies, de Platon à Hegel »  : […] Le premier volet de notre enquête nous a révélé la fragilité de l'union des deux mots, archè et tektonikos , qui composent l'« architecture » en elle-même : vécue « de l'intérieur », dans la mémoire de la langue. Et donc posée comme susceptible de susciter sa propre philosophie. Mais qu'en pensent les philosophes ? L'investigation doit ici, semble-t-il, se dédoubler. D'une part, il existe des phi […] Lire la suite

ASCÈSE & ASCÉTISME

  • Écrit par 
  • Michel HULIN
  •  • 4 663 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'ascétisme en Grèce »  : […] L' ascétisme a joué un grand rôle dans certaines des écoles philosophiques de la Grèce ancienne. On distinguera ici une tradition dualiste de l'ascèse- purification et une tradition « réaliste » de l'ascèse comme retour à la nature. La première remonte au pythagorisme et à l' orphisme. C'est la tradition du corps-tombeau ( sôma =  sêma ) à laquelle Platon a donné ses lettres de noblesse dans le […] Lire la suite

DÉCADENCE

  • Écrit par 
  • Bernard VALADE
  •  • 9 959 mots

Dans le chapitre « La mutation des formes »  : […] Ce n'est pas dans les ateliers chrétiens que s'est d'abord produit le recul de l'esthétique classique, mais indépendamment du christianisme qu'a commencé de décliner l'art d'imiter objectivement l'apparence des êtres. La dissolution de la forme anatomique, la diminution de la rigueur formelle, la préférence donnée à l'expression sur la correction, au pathétique sur l'équilibre, à la couleur sur la […] Lire la suite

ÉGLISE, architecture

  • Écrit par 
  • Alain ERLANDE-BRANDENBURG
  •  • 8 040 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L'Église triomphante et l'architecture aulique »  : […] Il est difficile de porter un jugement sur les lieux où les premiers chrétiens se réunissaient pour célébrer l'Eucharistie. Les témoignages, rares, ne sont pas suffisamment évocateurs pour affirmer l'existence d'une architecture chrétienne. Le culte était célébré dans des maisons individuelles pour échapper aux regards indiscrets et éviter toute difficulté. Les découvertes de Doura Europos, en Syr […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Maurice de GANDILLAC, « PLOTIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/plotin/