PLOTIN

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La philosophie de l'Un

Certes subsiste l'issue d'un « premier Un », parfaitement simple, situé, comme le Bien de Platon, « au-delà de l'essence et de l'être » (Rép., 509 b). Mais ce principe lui-même ne peut être ni solitaire ni infécond ; « puissance de tout », comment serait-il « le plus parfait » s'il demeurait « en lui-même » ? (V, iv, 1). Posé d'abord comme ce qui n'est fondement des êtres qu'à condition de « n'être pas compté avec eux », il est aussi le centre omniprésent autour duquel, puisqu'il faut bien parler par symboles, Plotin décrit (dans un de ses plus anciens traités, mais que Porphyre a retenu comme conclusion des Ennéades) les âmes délivrées comme formant une sorte de ronde sacrée (VI, ix, 11). Et, tout d'abord, il est le foyer même de tout rayonnement. On ne l'atteint, de loin, que par des analogies, des négations, des connaissances fondées sur ce qui dérive de lui, mais mieux encore par une série de purifications (VI, vii, 36). Ici la causalité de l'Un n'est pas simple attraction comme celle du premier moteur aristotélicien ; pour la décrire, il faut à la fois critiquer ceux qui, par un « téméraire » discours, nient toute « liberté » divine ou la conçoivent comme le « chaos » des poètes, « surgissant d'un abîme » (VI, viii, 11), et ceux qui ne voient en lui que pure nécessité, comme si son acte et ce qui, en lui, est « une sorte de vie » étaient les simples attributs de « ce qui est en lui une sorte d'essence » (VI, viii, 7). On traduit ici par « une sorte de » le petit mot hoion qui trahit l'embarras de qui prétend dire l'« indicible ».

Encore qu'il préfère les images lumineuses au thème de la nuée ténébreuse (qui prendra plus de place chez le Pseudo-Denys), Plotin corrige toujours les « analogies » par des formules « apophatiques ». Si l'Un ressemble à une fontaine qui surabonde (V, ii, 1), à un feu qui répand sa chaleur (V, iv, 2), mais aussi à un « nombre intelligible », tout entier « en soi et pour soi » et qui engendre néanmoins l'indéfinité d'une série arit [...]


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Pour citer l’article

Maurice de GANDILLAC, « PLOTIN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/plotin/