Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

EXTINCTIONS BIOLOGIQUES

  • Article mis en ligne le
  • Écrit par et

La crise de la limite Crétacé-Tertiaire

L'existence d'une phase d'extinction très importante à la limite entre le Crétacé et le Paléogène est reconnue depuis longtemps : elle correspond à la frontière entre deux ères géologiques, le Mésozoïque (Secondaire) et le Cénozoïque (Tertiaire). Cette grande coupure dans l'histoire des êtres vivants, qui s'est produite il y a 66 millions d'années, est marquée de façon spectaculaire par la disparition des dinosaures, mais aussi par celles des ptérosaures, de plusieurs groupes de reptiles marins, des ammonites, des bélemnites, et d'une partie non négligeable du plancton marin. À cette époque, environ 70 p. 100 des espèces s'éteignent.

Une collision cosmique

En 1980, par un article resté célèbre, publié dans Science, Luis Alvarez et ses collaborateurs annonçaient la découverte dans les strates sédimentaires, à la limite Crétacé-Tertiaire, d'un enrichissement notable en iridium, qu'ils interprétaient comme la conséquence de la collision d'une énorme météorite avec la Terre. Le cataclysme provoqué par cet impact aurait été la cause des extinctions survenues à cette époque. Accueilli avec enthousiasme par certains scientifiques et avec scepticisme – voire indignation – par d'autres, cet article suscita un extraordinaire regain d'intérêt pour le problème des grandes extinctions. Les recherches qui s'ensuivirent ont permis d'élucider en grande partie les événements ayant eu lieu à cette époque et font de cette extinction en masse la mieux connue de toutes les grandes crises biologiques.

Extinctions biologiques : la limite Crétacé-Tertiaire - crédits : E. Buffetaut

Extinctions biologiques : la limite Crétacé-Tertiaire

Au cours de ces années de recherches, les preuves de cet impact météoritique se sont accumulées, suivant deux axes différents. Il s'agit d'abord des produits éjectés par l'impact et retombés à distance qui ont été découverts dans une mince couche d'argile, celle-ci marquant, dans le monde entier, la limite entre les roches sédimentaires du Crétacé et celles du Tertiaire. Ce niveau d'épaisseur centimétrique contient des quantités anormalement élevées de métaux qui sont rares dans l'écorce terrestre mais abondants dans certaines météorites ; l'iridium, métal du groupe du platine, est le plus connu d'entre eux. Ce niveau recèle également des grains minéraux (notamment de quartz) qui présentent, au niveau de leur structure cristalline, des déformations liées à de très hautes pressions exercées de façon soudaine. Selon des expériences menées en laboratoire, seuls les chocs engendrés par des impacts météoritiques peuvent produire de tels effets dans le milieu naturel. Des sphérules vitreuses, constituées de roches fondues et semblables aux tectites éjectées dans l'atmosphère lors de collisions de météorites, ont aussi été observées dans cette couche argileuse, ainsi que des minéraux magnétiques très particuliers, des spinelles nickelifères, qui se forment lors de l'oxydation de la surface d'une météorite lorsque celle-ci traverse l'atmosphère. Tous ces indices démontrent l'existence d'un impact météoritique aux conséquences planétaires.

Au bout d'une dizaine d'années de recherches, un cratère pouvant avoir été produit par cette collision a été localisé au Mexique, sur la côte nord de la péninsule du Yucatán. Cette structure enfouie sous les sédiments marins, repérée grâce à des forages et à des études géophysiques, a été datée à 65 millions d'années, même si cet âge fait encore l'objet de controverses. D'un diamètre d'environ 200 kilomètres, elle correspond à l'impact d'un astéroïde d'environ 10 kilomètres de diamètre, soit les dimensions estimées à partir de la quantité d'iridium répandue à la surface de la Terre à la limite Crétacé-Tertiaire. Cet « astroblème » a reçu le nom de [...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : directeur de recherche émérite au CNRS
  • : docteur en sciences de l'environnement, historienne des sciences et de l'environnement, chercheuse associée au laboratoire SPHERE, CNRS, UMR 7219, université de Paris-VII-Denis-Diderot

Classification

Pour citer cet article

Eric BUFFETAUT et Valérie CHANSIGAUD. EXTINCTIONS BIOLOGIQUES [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le

Médias

Extinctions biologiques : la limite Crétacé-Tertiaire - crédits : E. Buffetaut

Extinctions biologiques : la limite Crétacé-Tertiaire

Extinctions biologiques : les effets de l'impact d'une météorite - crédits : Encyclopædia Universalis France

Extinctions biologiques : les effets de l'impact d'une météorite

Extinctions d'espèces : les cinq grandes crises - crédits : Encyclopædia Universalis France

Extinctions d'espèces : les cinq grandes crises

Autres références

  • ALVAREZ ET L'EXTINCTION DES DINOSAURES

    • Écrit par
    • 182 mots

    Les chercheurs américains Luis W. Alvarez, son fils Walter Alvarez, Frank Asaro et Helen Michel annoncent, en 1980, la découverte d'un fort enrichissement en iridium dans un niveau argileux daté à 65 millions d'années (limite entre le Crétacé et le Tertiaire). Cet élément chimique...

  • BIODIVERSITÉ

    • Écrit par et
    • 5 883 mots
    • 10 médias
    ...tous les niveaux : nombre d’espèces, taille des populations pour une espèce donnée et diversité génétique au sein même des populations. On estime que la vitesse d’extinction des espèces est actuellement cent à mille fois supérieure à ce qu’elle a pu être au cours des dix derniers millions d’années. Mais...
  • CÉNOZOÏQUE

    • Écrit par
    • 7 601 mots
    • 7 médias
    ... et les plantes à fleurs. Le Cénozoïque est, quant à lui, une ère de spécialisations qui s'opèrent sur des groupes déjà bien établis et ayant survécu à l'extinction en masse de la limite Crétacé/Paléogène (aussi dite Crétacé/Tertiaire) (fig. 4 et 5). Le nombre de ces groupes est très...
  • CHICXULUB CRATÈRE DE

    • Écrit par
    • 440 mots

    Pour la plupart des spécialistes, les extinctions massives d'espèces à la fin du Crétacé, il y a 65 millions d'années (Ma), ont résulté de l'obscurcissement du Soleil et de changements climatiques de grande ampleur déclenchés par un impact météoritique catastrophique. Témoins d'un...

  • Afficher les 16 références