MEXIQUE

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Mexique : carte physique

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Mexique : drapeau

Mexique : drapeau
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Palenque

Palenque
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Désert de Basse-Californie, Mexique

Désert de Basse-Californie, Mexique
Crédits : P. Schermeister/ National Geographic/ Getty

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Nom officielÉtats-Unis du Mexique (MX)
Chef de l'ÉtatEnrique Peña Nieto (depuis le 1er décembre 2012)
Note :
CapitaleMexico
Langue officielleespagnol
Unité monétairepeso mexicain (MXN)
Population123 169 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)1 964 375
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Situé dans la partie méridionale du continent nord-américain tout en appartenant historiquement et culturellement à l'Amérique latine, le Mexique est un pays qui surprend par sa diversité. Au moins trois fois plus grand que la France (1 968 201 km2), il est composé, en grande partie, d'un immense plateau élevé entouré de chaînes de montagnes et de volcans qui s'abaissent vers d'étroites plaines côtières sablonneuses sur sa façade pacifique, à l'ouest, et sur le golfe du Mexique, à l'est. À l'extrémité sud-est s'étend la péninsule du Yucatán, plate et peu élevée. Le pays est coupé en deux par le tropique du Cancer, au sud duquel domine un climat intertropical. La variété des reliefs et des climats offre ainsi une gamme variée de paysages, de végétation, de vie animale et de territoires, généralement divisés en terres chaudes, tempérées et froides.

Cette diversité se retrouve également au niveau humain puisque la population mexicaine est composée de nombreux groupes d'Indiens, de Noirs, de Blancs, de Métis et de Mulâtres aux appartenances communautaires et religieuses variées. L'explosion démographique des années 1970 a fait croître de nombreux centres urbains : Guadalajara, Monterrey et la capitale Mexico, qui, si elle n'est plus la plus grande ville du monde, reste une très importante mégapole rassemblant 22,7 millions d'habitants (2011). Au total, le Mexique compte 112,3 millions d'habitants (2010), dont plus des trois quarts vivent en milieu urbain. Les activités économiques les plus modernes (industrielles et technologiques) côtoient les plus traditionnelles (agriculture vivrière, artisanat), reflétant bien souvent la grande variété des formes d'organisation sociale (de la ville morderne aux communautés rurales) et d'insertion dans l'histoire nationale (exclusion des régions du sud). La construction de l'identité nationale sur le métissage cache mal les diverses formes d'exploitation économique et de domination politique des minorités ethniques. L'histoire récente du Mexique montre, néanmoins, une revalorisation de la diversité culturelle, qui a accompagné la libéralisation économique et politique du début des années 1980. La démocratie se renforce encore en 2000, avec la fin de l'hégémonie sans partage du Parti révolutionnaire institutionnel (P.R.I.), qui s'était installé au pouvoir quelques années après la révolution mexicaine de 1910. Mais l'amplification du narcotrafic, de la violence et de la corruption, ainsi que les difficultés à combler les inégalités sociales sont autant de menaces qui pèsent sur la démocratie mexicaine.

Mexique : carte physique

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Carte physique du Mexique. 

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Mexique : drapeau

Mexique : drapeau

drapeau

Mexique (1821 ; off. 1968). Les trois couleurs verte, blanche et rouge symbolisent respectivement l'indépendance mexicaine, la pureté de la religion et l'unité nationale. L'écusson central évoque la légende de la fondation de la capitale en 1325 : cette année-là, en effet, les Aztèques... 

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—  Cécile LACHENAL

Géographie

Géographie physique

Des données climatiques exceptionnelles

Le rapprochement, unique sur notre globe, d'un monde tropical de basse altitude poussé vers le nord et d'un monde tempéré des hautes terres avancé vers le sud rend compte à lui seul des traits les plus singuliers de la géographie du Mexique. L'Éthiopie pourrait lui être comparée mais elle se situe tout entière au sud du 15e degré de latitude, et donc en position subéquatoriale, tandis que le territoire mexicain est tout entier au nord du 15e degré, à des latitudes sahariennes. Reportée sur celle de l'Afrique, la carte du Mexique s'inscrirait entre le sud-ouest du Maroc (Safi) et la cuvette nord-tchadienne (Ténéré). Mexico se placerait dans le Tanesrouft, entre Tombouctou et Tamanrasset. Sur la côte du Pacifique, au nord de Mazatlán, la borne qui, en bordure de la route panaméricaine, signale le tropique du Cancer, est édifiée dans une forêt claire de mimosées. En Afrique occidentale, sur la côte atlantique, elle serait plantée dans le désert qui s'étend jusqu'au fleuve Sénégal à 800 kilomètres au sud.

Pour expliquer que, pendant l'été, le Mexique soit baigné presque tout entier dans une humide atmosphère tropicale et reçoive des pluies abondantes, il ne suffirait pas d'invoquer le rôle du relief. Au Sahara, les massifs de l'Adrar et du Hoggar ne provoquent pas de telles précipitations. Ce sont les eaux exceptionnellement chaudes des deux océans Atlantique et Pacifique qui apportent au Mexique l'humidité dont il bénéficie. Les alizés de l'est-nord-est la distribuent sur les côtes orientales cependant qu'une sorte de mousson courte amène des précipitations sur les régions côtières du Pacifique. Les eaux chaudes (28 0C) de la mer Caraïbe viennent du golfe de Guinée et s'échappent par le Gulf Stream après avoir tourné dans le golfe du Mexique. Celles de la zone équatoriale du Pacifique se déplacent en été du golfe de Panamá vers Acapulco et atteignent la pointe sud de la Basse-Californie.

Ce prolongement vers le nord du système tropical commande le climat des « terres chaudes » (tierra caliente) et humides du Mexique. Celles-ci se distribuent en croissant depuis le Sinaloa et le Nayarit à l'ouest, jusqu'au Veracruz et au Tamaulipas à l'est. Selon la longueur et l'intensité de la saison pluvieuse d'été, on a des forêts vierges comme celles qui enserrent les ruines de Palenque au nord du Chiapas et plus encore des forêts claires à mimosées ou des savanes. Un bon tiers du Mexique se trouve ainsi compris dans le domaine tropical.

Palenque

Palenque

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Le palais de Palenque. Civilisation maya, Chiapas, Mexique. 

Crédits : Istituto Geografico De Agostini

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Les pluies d'été tombent aussi sur les plateaux de 1 700 à 2 600 mètres d'altitude qui s'étendent de Puebla à Mexico et à Guadalajara. À la différence des pays européens, un hiver sec règne sur ces hautes terres tempérées. Le blé et l'orge venus d'Europe y voisinent avec le maïs et la pomme de terre d'origine américaine. L'analogie de ces paysages mexicains et de ceux qui caractérisent l'Europe de l'Ouest résulte, pour le Mexique, d'un héritage venu du nord. À l'époque glaciaire, les boisements de pins et de chênes des États-Unis et leurs associations de graminées émigrèrent vers le Mexique. Quand le climat se réchauffa, forêts et prairies tempérées s'élevèrent en altitude. Au-dessus de Mexico, vers 2 800 mètres, le nouveau centre nucléaire mexicain du désert des Lions est implanté dans un cadre forestier qui ressemble à s'y méprendre à celui des plateaux jurassiens de Pontarlier.

Cependant le désert menace ces paysages tempérés. Que les précipitations tombent au-dessous de 600 millimètres, et l'on trouve des cactus et des nopals. Le véritable désert chaud se situe au nord-ouest dans l'Altar sonorien et dans la Basse-Californie centrale ; grâce à de lointains héritages il diffère du désert total de type saharien. Les grands candélabres des cactus, les épineux hérissés du type ocotillo, quelques touffes épaisses de graminées sèches en font un « désert vivant », comme celui de l'Arizona que Walt Disney a fait connaître aux Américains. Il y pleut tous les cinq ou dix ans : en moins d'une semaine fleurissent, éphémères, des milliers de plantes. Sur les plateaux du Centre et du Nord mexicains, le désert comporte quelques arbustes du type mezquite (Prosopis), des touffes de buissons et, dans les « bolsons » aux sols limoneux, des maquis de gobernadora (Larrea) dont les feuilles vernissées font songer au lentisque de l'Algarve. Les yuccas et les agaves le disputent aux nopals lorsque l'on passe au semi-désert que hantent les chevriers et leurs maigres troupeaux.

Désert de Basse-Californie, Mexique

Désert de Basse-Californie, Mexique

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Paysage désertique de la péninsule de Basse-Californie, dans le nord du Mexique… 

Crédits : P. Schermeister/ National Geographic/ Getty

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Ces associations végétales s'avancent vers le sud dans les régions abritées, sous le vent, où les pluies se font rares. De bassin en bassin, elles pénètrent jusqu'à Tehuantepec et jusqu'à la dépression centrale du Chiapas. En Basse-Californie, un climat « méditerranéen » à pluies d'hiver permet l'existence d'une sorte de maquis, le chaparral, jusqu'à 100 kilomètres au sud de la frontière.

Rareté et dispersion des terres cultivables

Les combinaisons qui résultent de l'interférence des climats tropical, tempéré et désertique suffisent à faire apparaître au Mexique un grand nombre de régions naturelles. Le relief vient accroître cette diversité et aussi la pédologie ou, pour mieux dire, la présence ou l'absence de sols. Les versants ravinés, les affleurements de roches calcaires mises à nu, les coulées volcaniques récentes, les déserts pierreux, les fonds de cuvettes salés sont si nombreux et si étendus que le Mexique, trois fois et demi plus grand que la France, n'a guère plus de 15 millions d'hectares en culture, soit à peine la moitié des terres cultivées de cette dernière. Elles se répartissent en une soixantaine de régions, le plus souvent isolées, si bien que l'on peut comparer le « Mexique utile » à un archipel dont les îles seraient dispersées, dans les divers étages du pays, entre les terres basses et chaudes de la côte et les hauts bassins de l'intérieur. Dans les déserts du Nord, la notion d'archipel s'impose d'une manière absolue, qu'il s'agisse des grandes oasis côtières du Sinaloa-Sonora arrosées par les fleuves de la Sierra Madre occidentale ou des périmètres irrigués qui s'échelonnent de Torreón à Ciudad Juárez dans le désert du Centre-Nord.

Sur les plateaux du Mexique central se sont édifiés les cinq grands volcans de l'Anahuac, dont le plus connu, près de Mexico, le Popocatepetl, s'élève à 5 500 mètres, et les soixante volcans plus petits du Michoacán dont le Paricutin, sorti de terre dans des champs de maïs en 1943. Entre ces reliefs éruptifs se logent de larges dépressions aux sols faits de cendres et de ponces. Ils constituent de très bons terroirs autour de Puebla, de Mexico, de Toluca et plus encore dans le Bajío, de Celaya à Guadalajara. Cependant, là aussi, l'horizon se ferme sur des reliefs incultes plus étendus que les fonds exploitables.

Le Popocatepetl

Le Popocatepetl

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Le Popocatepetl, puissant volcan de 5450 mètres, domine l'église de Cholula, au Mexique. 

Crédits : Robert Frerck/ Getty Images

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En zone tropicale, les terres ont été presque partout lessivées ; aussi sont-elles ordinairement très pauvres. Sur ce point, toutefois, le Mexique est moins mal partagé que la plupart des pays tropicaux. Il compte assez peu de sols latéritiques infertiles. En revanche, il dispose, dans les terres chaudes, de sols volcaniques, calcaires, alluviaux qui se prêtent à une mise en culture satisfaisante. C'est le domaine de la milpa, le champ de maïs temporaire. Il résulte d'un défrichement par brûlis. Après être passé par le stade du pacage de hautes graminées, il retournera à la brousse arbustive. L'émiettement des aires exploitées est de règle, ainsi que le petit noyau de peuplement isolé dans de vastes régions vides d'hommes.

Trois étapes de peuplement

Grâce aux fouilles archéologiques récentes, en particulier celles de Mac Neish à Tehuacán, on sait que les civilisations indiennes du Mexique ont pris leur départ dans des terres sèches qui se situent aux limites du monde tempéré et du monde tropical. Le maïs et les cultures qui l'accompagnent, les haricots, les courges, les piments, les tomates, furent domestiqués pour la première fois dans cette région de transition, ce qui explique qu'ils aient pu constituer le fond commun de l'agriculture tropicale des Olmèques, des Totonaques et des Mayas, comme celui de l'agriculture tempérée des Toltèques, Aztèques et Tarasques. Plus fragile, le premier type d'agriculture a donné des « civilisations mortelles » dont il subsiste des monuments et des traditions. Sur les terres tempérées, en revanche, l'occupation du sol fut beaucoup plus stable en dépit des destructions causées par les envahisseurs venus du désert.

En 1519, le domaine du peuplement rural dense et sédentaire était encore réduit. Il s'arrêtait à 100 ou 150 kilomètres au nord et au nord-ouest de Mexico. Les nomades chichimèques occupaient alors le vaste et fertile Bajío de Celaya. Les Espagnols s'empressèrent de mettre en culture ces terres de colonisation. La prospection minière les conduisit à Pachuca, à Guanajuato, à Zacatecas, à Santa Bárbara et détermina une rapide expansion du peuplement dans les régions steppiques du plateau central mexicain. Au xviiie siècle, de nouvelles découvertes de filons argentifères à Santa Eulalia et à Alamos les firent pénétrer au Chihuahua et en Sonora, où ils s'installèrent solidement. Par rapport au Mexique utile de Moctezuma, celui des derniers vice-rois, au début du xixe siècle, était deux fois plus étendu. Il s'avançait même par endroits au Texas, au Nouveau-Mexique et en Californie, mais la guerre malheureuse de 1846-1848 lui fit perdre ces positions qu'annexèrent les États-Unis.

Bataille de Buena Vista

Bataille de Buena Vista

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Pendant la guerre américano-mexicaine, en 1847-1848, la bataille de Buena Vista remportée par l'Américain Jefferson Davis (1808-1889). 

Crédits : Hulton Getty

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Il restait cependant, à l'intérieur du territoire fédéral, de vastes espaces à coloniser. Dès que les chemins de fer en assurèrent la pénétration, au temps de Porfirio Díaz, de 1876 à 1910, leur mise en valeur se développa dans trois directions : vers les terres tropicales du Sud, où allaient prospérer les nouvelles plantations, principalement celles de café et de henequen (sisal), vers les régions côtières du golfe où l'on découvrit le pétrole, vers les oasis des régions désertiques du Centre et du Nord-Ouest où l'on mit en pratique les techniques modernes de l'irrigation par barrages et canaux.

Après la guerre civile, cette politique fut reprise avec le soutien de l'État qui finança les programmes d'irrigation en même temps qu'il prenait en charge la construction des routes modernes. Un pays tropical que traverse une route devient en quelques années un producteur de vivres, de bétail, de fruits tropicaux, de coton et de café. Comme la progression se faisait ordinairement à partir des hauts plateaux en direction de la côte, on qualifia de « marche à la mer » cette conquête des terres vierges. La réforme agraire, organisée en 1917, n'intéressait d'abord que les terres déjà exploitées. Il s'agissait de réduire les grands domaines et de constituer des communautés rurales appelées ejidos dont les parcelles étaient confiées en usufruit aux travailleurs des campagnes. Mais la réforme agraire ainsi comprise ne pouvait fournir des terres à tous les ayants droit. Aussi fallut-il ouvrir, dès 1926, les zones pionnières des oasis, des steppes et des terres chaudes aux hommes des ejidos qui y prirent place aux côtés des colons propriétaires. Les distributions de terres se sont faites à un tel rythme que, de 1926 à 1970, les surfaces cultivées ont plus que doublé, passant de 7 millions d'hectares à plus de 15 millions. Ce bilan remarquable doit cependant s'interpréter en fonction des types d'exploitation. La réforme agraire a répondu à des exigences sociales. Elle a donné des terres à de petits paysans qui produisent peu : 85 p. 100 des fermes mexicaines ne livrent, en valeur, que 15 p. 100 des denrées agricoles commercialisées. En revanche, 15 p. 100 des exploitants ont réalisé la révolution agricole sur les terres à eux laissées ou confiées par la réforme agraire ; ils participent pour 85 p. 100 à la production agricole collectée de la Fédération.

Labourage au Mexique

Labourage au Mexique

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Les moyens rudimentaires des paysans mexicains, vers 1950. 

Crédits : George Pickow/ Getty Images

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Il s'agit d'une agriculture intégrée dans l'économie nationale. Les nouvelles voies de communication n'ont pas eu pour seul mérite de désenclaver les zones pionnières. Elles ont aussi rendu effective la proximité des secteurs tropicaux ou désertiques de la périphérie et les secteurs tempérés du plateau central. Des échanges qui, ailleurs, se font à l'échelle intercontinentale, par exemple entre le golfe de Guinée et l'Europe, s'effectuent au Mexique sur 200 kilomètres au moyen de bonnes routes qui franchissent sans difficultés l'escarpe bordière des plateaux. Des bananes, des goyaves et des avocats à très bas prix existent sur le marché du moindre bourg des terres froides. Le ravitaillement des villes s'en trouve mieux assuré et les campagnes tropicales ont l'avantage de disposer, à courte distance, de gros marchés urbains. Pour prendre la mesure de ce privilège, il suffit de comparer le sertao brésilien ou l'Afrique intérieure, irrémédiablement sous-développés, aux terres tropicales mexicaines en plein essor de Veracruz.

—  Henri ENJALBERT

Géographie humaine et économique

Au début du xxie siècle, le Mexique a achevé une triple transition, démographique, politique et économique, qui semble l'avoir rapproché des pays développés. La maîtrise de la fécondité et la fin de la forte croissance démographique ont mis un terme à l'explosion urbaine. Le choix résolu du libéralisme avec l'intégration dans l'A.L.E.N.A. (Accord de libre-échange nord-américain) le 1er janvier 1994 a contribué à hisser le Mexique parmi les premières puissances économiques d'Amérique latine. Pour autant, les inégalités sociales apparaissent plus marquées que jamais, l'émigration vers les États-Unis voisins n'a jamais été aussi forte et la violence liée aux trafics de drogue viennent rappeler que le Mexique appartient encore au monde dit en développement.

Transition démographique et concentration urbaine

La population du Mexique a franchi le cap des 100 millions d'habitants depuis 2001 (104,9 millions en 2006), mais sa croissance n'est désormais plus que de 1 p. 100 par an, inférieure à la moyenne de la population mondiale. Ce pays avait pourtant été en tête de l'explosion démographique mondiale avec un taux de fécondité de sept enfants par femme en 1965, voyant sa population quintupler entre 1930 et 1990. Le « retournement » démographique, opéré à partir des années 1970 grâce à une chute rapide de la fécondité, encouragée par une politique efficace de contrôle des naissances, n'a donc fait que se confirmer : le taux de natalité a été divisé par 2,4 pour s'établir à 19 p. 1 000 en 2006. Dans le même temps, l'espérance de vie portée à soixante-quinze ans est devenue celle d'un pays développé. Il n'est pas insignifiant de constater qu'au début du xxie siècle, c'est la question du vieillissement de la population qui est entrée dans le débat politique.

Mexique : population

Mexique : population

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La population mexicaine à la fin du xxe siècle. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'explosion démographique s'était accompagnée de profondes redistributions territoriales de la population, avec notamment une urbanisation accélérée. Le Mexique devint ainsi, dès les années 1970, un pays à la population majoritairement urbaine. L'exode rural massif s'est traduit par la spectaculaire croissance de trois grandes villes : Guadalajara, Monterrey et surtout l'agglomération de Mexico qui fit alors figure de la plus grande ville du monde. Entre 1960 et 1980, elle accueillit plus de la moitié des migrations internes pour sextupler et atteindre 20 millions d'habitants en 2005. L'extension sans fin, largement informelle, des immenses périphéries populaires, ainsi que les difficultés croissantes d'approvisionnement en eau et la pollution atmosphérique, accentuée par les 2 400 mètres d'altitude et l'enclavement du site, en firent le symbole de la ville « apocalyptique » et ingérable.

Mexico, centre-ville

Mexico, centre-ville

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Vue aérienne du centre-ville de Mexico, capitale du Mexique. 

Crédits : Robert Frerck/ The Image Bank/ Getty Images

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Désormais, 70 p. 100 de la population mexicaine est urbaine (2006) et, parmi celle-ci, la moitié est concentrée dans neuf agglomérations de plus de 1 million d'habitants (Mexico, Guadalajara [4,1 millions], Monterrey [3,6], Puebla [2,1], Toluca [1,6], Tijuana [1,5], León [1,4], Ciudad Juárez [1,4], La Laguna [1,1]). Toutefois, la croissance des grandes villes s'est fortement ralentie au cours des années 1980-2005, au profit de celle des villes moyennes, et plus particulièrement des villes frontalières. D'ailleurs, la géographie des migrations internes s'est profondément modifiée. En effet, les régions pétrolières du golfe du Mexique et de l'isthme de Tehuantepec ont cessé d'attirer des travailleurs et expulsent leur population. Il en est de même de la ville de Mexico qui contribue à alimenter la croissance de la zone métropolitaine et des villes situées dans les États voisins (Puebla, Toluca, Tlaxcala, Queretaro). Les zones qui focalisent les migrations sont surtout celles en lien avec les États-Unis : les grands périmètres d'agriculture d'exportation du nord du pays (États du Sonora et du Sinaloa) ; les villes de la frontière, tout particulièrement celles de la Basse Californie ; et Cancún, la cité touristique située dans la péninsule du Yucatán.

Mexique - États-Unis : la question migratoire

Plus que jamais, l'attrait pour les États-Unis demeure une dimension incontournable de la réalité mexicaine, contribuant pour une bonne part à réguler la croissance démographique et à soulager la pauvreté des zones rurales grâce aux transferts d'argent des migrants. Le flux n'a cessé de croître depuis 1995 ; entre 2000 et 2005, ce sont plus de 450 000 Mexicains par an – notamment des jeunes hommes – qui sont partis s'établir aux États-Unis. Longtemps circonscrite à des régions bien délimitées, essentiellement situées dans le centre-ouest, l'émigration concerne, depuis les années 2000, tout le territoire. La construction de murs aux passages les plus fréquentés (notamment à Tijuana) et le renforcement du contrôle de la frontière après le 11 septembre 2001 n'ont pas ralenti les flux. Ces mesures ont eu pour seul effet de rendre la migration plus coûteuse et plus meurtrière, avec de nouveaux points de passage dans le désert de Sonora. Par ailleurs, dans son immense majorité, le migrant mexicain n'est plus un ouvrier agricole saisonnier, mais un travailleur urbain qui peuple les barrios des grandes villes américaines (Los Angeles, Chicago, Dallas, New York). En 2005, plus de 12 millions de personnes nées au Mexique vivaient aux États-Unis, dont 3 à 4 millions en situation irrégulière. Les hispaniques (qui sont majoritairement d'origine mexicaine) représentaient, à cette date, le tiers de la population du Texas et de la Californie et plus de 40 p. 100 de celle du Nouveau-Mexique. Cette « Mexamérique », selon l'expression forgée au début des années 1980 par le journaliste Joël Garreau pour désigner l'émergence d'un espace transnational à dimension culturelle regroupant le sud des États-Unis et le nord du Mexique, inquiète de plus en plus. Certains, comme le politologue américain Samuel Huntington, y voient une menace pour l'identité américaine, tandis que les « Latinos » réclament plus de reconnaissance et que l'État mexicain plaide pour la régularisation des nombreux clandestins. Cette migration est, en effet, devenue un enjeu économique et politique majeur pour ce dernier. En moins de dix ans, les remesas (les remises), envois d'argent des émigrés, ont quadruplé (23 milliards de dollars en 2006), dépassant les revenus du tourisme (12 milliards en 2006), pour représenter la deuxième source de devises après le pétrole. Ces « migradollars », qui servent d'appui à la consommation familiale, apparaissent de plus en plus, pour l'État, comme un facteur d'investissement à valoriser. Les autorités mexicaines ont mis en place des dispositifs pour faire des « Mexicains de l'extérieur » des acteurs du développement local. À travers les clubs de migrants établis aux États-Unis, ceux-ci gardent des liens étroits avec leur communauté d'origine.

L'intensification des migrations vers le puissant voisin du Nord traduit, certes, le maintien de la pression démographique sur l'emploi (la population active a augmenté de plus de 25 p. 100 entre 1994 et 2004), mais surtout le resserrement des liens économiques entre les deux pays, qui s'est produit dans le cadre d'un changement radical du modèle de développement économique mexicain.

De l'ouverture économique au libre-échange

Le 1er janvier 1994, l'A.L.E.N.A. entrait en vigueur. L'intégration du Mexique dans un vaste marché nord-américain était l'aboutissement d'un revirement brutal de la politique économique. En 1982, la crise de la dette liée à l'effondrement des prix du pétrole avait conduit à l'ouverture économique et au désengagement de l'État, conformément aux principes néo-libéraux qui s'imposaient, à la même époque, aux États-Unis et dans les institutions internationales. La signature, en 1986, du G.A.T.T. (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, devenu Organisation mondiale du commerce, O.M.C., en 1995) puis, en 1992, de l'A.L.E.N.A., ainsi que la multiplication d'accords régionaux de libre-échange ont conduit l'économie mexicaine à devenir l'une des plus ouvertes du monde. De fait, cette ouverture s'est essentiellement traduite par un branchement sur l'économie des États-Unis d'où proviennent les deux tiers des investissements étrangers et vers où se dirigent près de 90 p. 100 des exportations (2007).

Mexique : économie

Mexique : économie

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Le Mexique industriel et agricole. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La libéralisation a des implications sociales et territoriales fortes dans un pays où le poids des politiques publiques avait jusqu'alors été considérable. En effet, depuis la révolution mexicaine de 1917 et la crise mondiale de 1929, l'État avait joué un rôle toujours plus important dans l'économie, en nationalisant, à la fin des années 1930, les secteurs clés de l'économie comme le pétrole (Pemex, Petróleos mexicanos) ou les chemins de fer, puis de plus en plus d'entreprises, notamment pour défendre l'emploi et créer une industrie nationale.

Le Mexique industriel : les héritages

Le processus d'industrialisation du Mexique débute à la fin du xixe siècle. Les industries de biens de consommation, essentiellement le textile, s'installent alors à Mexico et dans les grandes villes du plateau central comme Puebla, ainsi qu'à Guadalajara à l'ouest. Des industries lourdes se développent plus au nord, à Monterrey, berceau de la sidérurgie et des grandes familles d'entrepreneurs mexicains, ainsi que dans les enclaves minières dans le nord-ouest (Cananea, Durango) et pétrolières sur la côte du golfe du Mexique (Tampico, Poza Rica).

Ce sont sur ces mêmes espaces que se greffe, dans la seconde moitié du xxe siècle, la politique volontariste d'industrialisation par substitution d'importation, et ce n'est qu'à partir des années 1970 que le pays se lance dans un vaste programme industriel. Selon la doctrine des pôles de développement, préconisée par la Commission économique pour l'Amérique latine (C.E.P.A.L.), les investissements sont concentrés dans quelques sites, éloignés de Mexico, premier centre industriel du pays, afin de promouvoir le développement régional. Un ambitieux programme industrialo-portuaire est ainsi lancé et financé grâce à la manne pétrolière des « années d'abondance » (1976-1982) et à l'endettement gagé sur celle-ci. Côté atlantique, le système portuaire Tampico-Altamira (État de Tamaulipas) et la construction de grands complexes pétrochimiques à Coatzacoalcos-Minatitlán (Veracruz) et Cactus (Tabasco) donnent une impulsion toute particulière à la côte du golfe du Mexique. Sur la côte pacifique, dans une zone pourtant difficile d'accès, le port de Ciudad Lázaro Cárdenas associé à l'usine sidérurgique sicartsa de Las Truchas (Michoacán) deviennent le symbole du volontarisme industriel de l'État mexicain. La privatisation, en 1991, de cette entreprise qui produit un tiers de l'acier mexicain (soit 16 millions de tonnes) et son acquisition par le groupe anglo-indien Mittal Steel, en 2006, illustrent le tournant néo-libéral pris dans les années 1990. L'État se déleste de presque toutes ses entreprises publiques (sidérurgie, engrais, compagnie d'aviation), sanctionnant la fin de l'État entrepreneur et aménageur. Toutefois, en raison de sa très forte charge symbolique et politique, le secteur pétrolier est resté à l'écart de la grande vague de privatisation des années 1988-1994.

Port de Veracruz, Mexique

Port de Veracruz, Mexique

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Le port de Veracruz, fondé par Hernán Cortés en 1519, est le plus important de la côte est du Mexique. Les grues du port industriel surplombent la forteresse de San Juan de Ulúa, construite par les Espagnols en 1565 sur une île au cœur du port. 

Crédits : M. Lachenal

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Le Mexique était, dès le début du xxe siècle, le deuxième producteur mondial de brut. Exploité par des compagnies étrangères (américaine et britannique), le pétrole fut nationalisé en 1938 et la fondation de Pemex en 1940 a symbolisé l'affirmation de la souveraineté du pays. L'entreprise détient, depuis lors, le monopole de la gestion des hydrocarbures mexicains de l'exploration jusqu'à la commercialisation. De 1938 à 1970, le secteur pétrolier a été un des piliers de l'industrialisation. Sous la devise « au service de la patrie », il a fourni une énergie à bas coût. Les découvertes pétrolières de 1976 ont permis au Mexique de renouer avec une politique d'exportation destinée à financer la nouvelle politique industrielle par pôle de développement et les mégaprojets d'infrastructures portuaires. L'effondrement des prix du brut, en 1982, met fin à la « pétrolisation de l'économie ». Depuis, la part des exportations pétrolières dans la balance commerciale n'a cessé de diminuer (moins de 10 p. 100 en 2002) et le pétrole n'est plus le moteur de la croissance économique. Pour autant, son poids dans les finances publiques reste considérable. Pemex, qui compte plus de 130 000 employés, alimente pour un tiers le budget de l'État. L'entreprise est, au début du xxie siècle, le 5e producteur mondial de brut grâce aux importants champs pétrolifères du golfe de Campeche, et le 3e fournisseur des États-Unis (2006). Mais la baisse constante du prix du baril dans les années 1990 et la pression fiscale avaient peu à peu asphyxié Pemex et freiné sa modernisation, de telle sorte que le pays doit importer le quart de sa consommation d'essence et de gaz (2005). Le déclin de la production du gisement de Cantarell et la baisse des réserves prouvées placent au cœur du débat politique national la question de l'ouverture du secteur énergétique aux investisseurs privés.

Le modèle des maquiladoras

La sortie du protectionnisme et les nouvelles règles d'investissement ont induit un redéploiement spatial des activités industrielles vers le nord et le centre-ouest du pays, alors largement dominés par le modèle des maquiladoras. Ces usines d'assemblage étaient apparues en 1965 afin de répondre aux difficultés conjoncturelles des régions frontalières avec la fin du programme braceros. Celui-ci avait permis, depuis 1942, à de nombreux ouvriers agricoles mexicains de travailler comme saisonniers aux États-Unis. Les maquiladoras, des usines étrangères qui importent des intrants pour procéder à l'assemblage de produits essentiellement destinés à l'exportation, étaient, dans un premier temps, exonérées de droits de douane si elles s'installaient dans une frange frontalière de vingt kilomètres de profondeur. Leur implantation dans les villes proches de la frontière a provoqué ainsi un gigantesque appel de main-d'œuvre à l'origine d'une croissance urbaine brutale (à Tijuana, Mexicali, Ciudad Juárez, Reynosa, Matamoros, notamment) et de dysfonctionnements graves (population flottante, extension des quartiers précaires, pollution, violence). Une des formes d'implantation locale originale a été la mise en place d'usines jumelles de part et d'autre de la frontière États-Unis-Mexique (par exemple, El Paso - Ciudad Juárez) : au nord, les fonctions d'encadrement et, au sud, les tâches d'assemblage. La libéralisation du statut des maquiladoras à tout le territoire n'a pas provoqué leur diffusion généralisée, puisque 80 p. 100 des emplois restent localisés dans les États frontaliers. Les nouvelles installations se sont faites de manière sélective dans les grandes villes et axes industriels du nord (Chihuahua, Monterrey), vers le centre du pays (Puebla, Tlaxcala), l'ouest (Guadalajara) et de manière massive dans le Yucatán à Mérida et dans les campagnes environnantes. Cette diffusion sélective s'est accompagnée à la fois d'un renouvellement dans la production (chute des effectifs dans les usines de la première génération : jouet, cuir, textile) et d'une ouverture au marché mondial (firmes japonaises et coréennes). Ainsi, à Guadalajara, des maquiladoras du secteur de l'électronique se sont installées à proximité d'importantes entreprises multinationales (I.B.M., H.P., Siemens). Dans le Guanajuato s'est développée une nébuleuse d'entreprises (cluster) autour du cuir et de la chaussure. Malgré l'A.L.E.N.A., qui a progressivement généralisé la libre circulation des marchandises avec les États-Unis, le boom des maquiladoras s'est confirmé : depuis 1994, l'emploi a doublé pour occuper 1,4 million de personnes en 2005. Néanmoins, cette activité est très dépendante des rythmes de l'économie du pays voisin : avec la récession en 2001 puis la crise en 2008, certains observateurs ont cru – à tort – à la fin des maquiladoras. Renforçant ce glissement des activités vers le nord, l'industrie automobile, maillon essentiel de l'industrialisation mexicaine dans les années 1960, a également été stimulée par un meilleur accès au marché américain. Au dixième rang de la production mondiale (2010), avec la fabrication de 2 millions de véhicules par an, et de nombreuses pièces détachées, elle s'est réorganisée spatialement, quittant le centre pour le nord, à Hermosillo (Ford), Ramos Arizpe (General Motors), ou le centre-ouest à Aguascalientes (Nissan). Seule Volkswagen est restée dans son fief, à Puebla. La libéralisation économique a également été le cadre de la constitution de grands groupes. C'est le cas des réussites de Bimbo (boulangerie industrielle) ou de Modelo (qui produit la bière mexicaine Corona) dans l'agroalimentaire, ou encore de Telmex dans les télécommunications, à l'origine de la troisième plus grande fortune mondiale en 2009, celle de l'entrepreneur Carlos Slim.

La croissance des exportations manufacturières semble donc être essentielle dans le développement économique du pays. Elle n'a eu, cependant, qu'un effet d'entraînement limité sur l'ensemble du secteur industriel, en raison de la pénétration massive des importations, notamment de composants pour la fabrication des produits destinés à l'exportation (logiciels, produits chimiques, etc.). D'ailleurs, la concurrence internationale, en particulier la Chine, inquiète. Celle-ci est devenue, en 2002, le premier partenaire commercial des États-Unis, devant le Mexique. La dépendance au marché américain et la faiblesse persistante du secteur de la recherche-développement constituent les points faibles du modèle de croissance mexicain contemporain.

Le secteur tertiaire : essor et informalité

En 2006, plus de la moitié de la population active travaillait dans le tertiaire. Mais ce secteur illustre particulièrement les inégalités de la société mexicaine. Le tourisme international est, à ce titre, révélateur puisqu'il constitue la troisième source de devises du Mexique, avec plus de 21 millions d'entrées (2006). Certes, la moitié provient des Américains qui franchissent la frontière nord pour acheter des produits ou des services moins coûteux. Mais la politique volontariste de l'État a été déterminante dans le développement du tourisme, dans un pays doté d'atouts considérables : 11 000 kilomètres de littoraux, nombreux vestiges archéologiques précolombiens et richesse du patrimoine colonial. Le cas de Cancún est exemplaire. La station balnéaire, créée ex nihilo, en 1976, à partir de critères techniques (forte durée d'ensoleillement, plages, proximité des sites archéologiques mayas), a connu un succès considérable. Première destination des Caraïbes, elle accueille deux millions de touristes (2006) et même le double si on inclut les séjours dans les sites proches de la Riviera Maya. La clientèle est aux trois quarts internationale, particulièrement américaine. La stricte séparation entre le front hôtelier et le reste de la ville évite aux touristes de voir l'extension de bidonvilles. On assiste également au développement d'un tourisme national. Les Mexicains représentent les deux tiers des visiteurs des zones archéologiques, et ils viennent, chaque week-end, dans les hôtels des villes coloniales du centre (Guanajuato ou Zacatecas), rapidement accessibles depuis Mexico.

Taxco, Mexique

Taxco, Mexique

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La ville des mines d'argent. Taxco (État de Guerrero) avec ses maisons blanches aux toits de tuiles rouges est une ville pittoresque qui vit du commerce de l'argent et du tourisme. 

Crédits : G. Martin/ National Geographic/ Getty

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Site de Tulum, Mexique

Site de Tulum, Mexique

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Le littoral caribéen, avec le site archéologique de Tulum et les plages de sable fin, dans le Yucatán, est une destination touristique très prisée. 

Crédits : M. Lachenal

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Le commerce emploie, à lui seul, plus de 19 p. 100 de la population active (2006). La multiplication des centres commerciaux (notamment du groupe américain Wal-Mart) donne un visage de plus en plus américain aux villes mexicaines, mais n'efface pas l'omniprésence du petit commerce et des vendeurs ambulants. Ainsi, la part du secteur de l'informel se maintient : il représente plus du tiers du total des emplois des grandes agglomérations et représenterait, selon certaines estimations, 30 à 40 p. 100 du P.I.B. Entre 1991 et 2003, dans le commerce, les services, et même dans les petites entreprises industrielles, le nombre d'emplois sans affiliation à la sécurité sociale a augmenté trois fois plus rapidement que ceux offrant une protection sociale, dans un contexte de libéralisation de l'économie et de très forte précarisation du marché du travail. Aussi, depuis 1994, on observe une augmentation de la pauvreté urbaine (42 p. 100 de la population des villes en 2004, dont 11 p. 100 en situation d'extrême pauvreté – moins de un dollar par jour).

Agriculture et monde rural

Toutefois, la part la plus élevée des familles pauvres se trouve dans les campagnes – qui rassemblent encore 25 millions des Mexicains – et plus spécifiquement dans des petites localités de moins de 2 500 habitants, où l'accès aux services d'éducation et de santé reste déficient.

L'insuffisance des précipitations au nord et l'étendue des espaces de montagne réduisent l'espace agricole utile à 25 millions d'hectares, c'est-à-dire à peine 12 p. 100 du territoire national. Mais la géographie du pays a permis une extraordinaire variété de production agricole. Si l'agriculture ne représente plus que 5 p. 100 du P.I.B., elle emploie toujours près de 16 p. 100 de la population active (2006). La question de l'ouverture économique s'est donc posée de façon particulièrement aiguë dans le premier pays latino-américain à avoir mis en place une réforme agraire (1917). Les principales productions étaient, en effet, réalisées dans un cadre étatiste, selon l'objectif affiché de l'indépendance alimentaire. Ainsi, l'achat et la revente à bas prix des céréales et grains de base étaient garantis par un organisme fédéral (Compañía nacional de subsistencias populares, Conasupo). Au début des années 1980, les autorités ont décidé d'abandonner progressivement ce système qui maintenait en place une agriculture peu efficace, souvent pratiquée dans des exploitations trop petites. L'objectif a été de réorienter le secteur vers des productions d'exportation à forte valeur ajoutée comme les fruits, les fleurs ou les légumes, tout en favorisant la constitution d'exploitations plus grandes. En 1991, la réforme de l'article 27 de la Constitution de 1917 a mis un terme aux distributions de terres et a permis, à travers un processus de privatisation, de relancer le marché de la terre. L'entrée en vigueur de l'A.L.E.N.A., trois ans plus tard, a ouvert le marché des États-Unis, mais aussi confronté l'agriculture mexicaine à la concurrence des produits du puissant voisin. Avec l'ouverture économique, le prix de vente du maïs – céréale emblématique qui occupe la moitié des surfaces cultivées – s'est effondré avec l'augmentation des importations de maïs américain mais, contre toute attente, la production a augmenté (20 millions de tonnes en 2005). En effet, faute de moyens techniques et financiers, il est impossible pour les petits paysans de se tourner vers des productions destinées à l'exportation. Par ailleurs, cela révèle l'extension des surfaces de maïs en culture irriguée pour approvisionner les marchés urbains et l'industrie (farine et fructose).

La rapidité de la libéralisation a conduit à renforcer les dualismes agricoles mexicains. Les exploitations du nord-ouest, plus étendues et plus riches, ont modernisé leurs techniques de production, améliorant leur rendement, et renforcé leur intégration dans les firmes agro-industrielles. Au cours des années 1930, dans ces régions généralement semi-arides, les premiers gouvernements révolutionnaires avaient, en effet, établi les principaux périmètres irrigués. C'est là que sont produits l'essentiel des primeurs (tomates et melons) à destination des États-Unis, mais aussi le maïs irrigué, aux rendements trois fois supérieur à la moyenne nationale. Le plateau central produit essentiellement des céréales pour le marché national. Dans les zones humides et chaudes, sur les côtes du golfe du Mexique et du Pacifique, dans le Sinaloa, le Jalisco et le Nayarit, la culture de la canne à sucre (6e producteur mondial en 2005) est menacée par la fin des subventions apportées par l'État à la production sucrière et la concurrence des produits de synthèse. Le café, au Chiapas et à Oaxaca, et surtout les agrumes (3e rang mondial en 2006), en particulier à Veracruz, sont en partie exportés vers les États-Unis. Mais dans une grande partie du sud-est perdure une agriculture de subsistance, peu intégrée. Le maïs est souvent produit traditionnellement et s'étend au détriment de la forêt. Les très fortes tensions, révélées au monde entier par la rébellion néo-zapatiste qui a éclaté dans l'État du Chiapas lors de l'entrée du Mexique dans l'A.L.E.N.A., expliquent les moyens mis en place par Mexico pour accompagner la « transition » : programmes d'aide à la production (Programa de apoyos directos al campo, Procampo), d'aide à la commercialisation (Alianza para el campo) et programmes de lutte contre la pauvreté. En 2003, les transferts publics vers le monde rural ont représenté 37 p. 100 du P.I.B. du secteur agricole. Toutefois, la régionalisation de ces programmes révèle une concentration de ces aides vers les régions irriguées de l'ouest et du nord, renvoyant les petites exploitations paysannes du sud aux politiques de traitement de la pauvreté.

L'ouverture économique a largement été ressentie par les Mexicains comme étant la cause de l'accentuation des inégalités. La fermeture de nombreuses entreprises publiques, le maintien de la pauvreté rurale, l'augmentation de l'informalité et l'absence, pour les deux tiers de la population active, d'une véritable couverture sociale expliquent que près de 40 millions de Mexicains vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Leur proportion est trois fois plus importante en milieu rural. La moitié des pauvres ruraux vit dans cinq États du sud : Veracruz, Puebla, Chiapas, Guerrero et Oaxaca. Cette concentration est à mettre en relation avec la forte présence de populations indiennes, largement restées en marge du développement. Celles-ci représentaient environ 10 p. 100 de la population totale (2000). Les populations indiennes, ainsi que les femmes ont été les cibles des grands programmes de réduction de la pauvreté (Progresa, en 1997, devenu Oportunidades sous le gouvernement de Vicente Fox en 2000), privilégiant des actions individualisées en faveur des populations marginales (bourses scolaires notamment aux filles, appui sanitaire et alimentaire aux femmes). Comme partout en Amérique latine, des revendications ethniques se sont développées au cours des années 1990, alors que le caractère pluriculturel de la nation a été reconnu officiellement par la Constitution en 1991. De fait, si le groupe numériquement le plus important, les Náhuatls (descendants des Aztèques), est localisé sur le plateau central et a largement abandonné les modes de vie traditionnels, le sud connaît une forte présence indienne (Zapotèques, Mixtèques, Mayas) qui représente plus du tiers de la population de l'État de Oaxaca, et un quart de celle du Chiapas. Ainsi, l'opposition entre nord et sud apparaît à la fois économique et sociale, et reste l'une des clés de lecture de l'espace mexicain.

L'appel des Nords renforcé

Le nord du territoire est marqué par le manque d'eau qui, depuis des siècles, avait limité le peuplement dans cette région. Certes, il existe toute une gamme de climats, entre le désert de Chihuahua et les forêts de la Sierra Madre occidentale, mais c'étaient les steppes à cactées des grandes haciendas d'élevage extensif, des mines et de la frontière, qui avaient donné au Mexique des années 1950 son image hollywoodienne. Le voisinage des États-Unis, la première puissance du monde, a contrebalancé les difficultés du milieu et la position périphérique de ce pays en développement. Ainsi, les États du nord, à travers leurs villes mais aussi leurs cultures spéculatives, constituent l'image d'un Mexique intégré à l'économie mondiale, et possédant des revenus 50 p. 100 supérieurs à la moyenne nationale. La population est à plus de 90 p. 100 urbaine, et la frontière attire des migrants de tout le Mexique. Le développement des villes frontalières, favorisé dans les années 1920 par la prohibition, est devenu spectaculaire depuis la libéralisation de l'économie. Toutes ont profité du boom des maquiladoras, même si elles présentent des caractères différents. Tijuana, par ses liens avec San Diego, est la porte d'entrée mexicaine de la mégalopole qui s'est constituée à partir de Los Angeles. Point de passage parmi les plus fréquentés au monde, Tijuana maintient, à côté de son industrie (matériel médical, composants électroniques), ses activités de service, notamment de tourisme frontalier (centres commerciaux, pharmacies, consommation d'alcool ou fréquentation de prostituées). À l'inverse, Ciudad Juárez, championne des maquiladoras avec 200 000 emplois (2004), domine la ville américaine d'El Paso, son double du Nord. En dehors de ces deux agglomérations millionnaires, de Tijuana à Matamoros, une douzaine de villes importantes jalonnent les 3 000 kilomètres de frontière et fonctionnent selon une logique de complémentarité avec les villes voisines (en étant associées à une « ville jumelle » américaine). Située plus à l'intérieur du pays, Monterrey offre pourtant un paysage urbain proche des villes américaines. Fière d'une vieille tradition industrielle et libérale, cette métropole a su restructurer son économie longtemps fondée sur l'industrie lourde, et son Institut technologique supérieur est conçu à l'image du Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.) de Boston et s'est étendu dans tout le pays.

Le poids des Centres

Depuis l'époque préhispanique, les hautes terres du plateau de l'Anáhuac constituent le principal foyer de peuplement du Mexique. L'altitude (souvent supérieure à 2 000 mètres) tempère la latitude tropicale, et les édifices volcaniques, en multipliant les expositions, les étages et en différenciant les sols, sont à l'origine de la multitude de milieux et de la diversification des cultures qui permettent d'alimenter les populations urbaines et, en premier lieu, l'agglomération de Mexico. Celle-ci, fondée sur les cendres de Tenochtitlán, l'ancienne capitale aztèque, maintient sa domination sur le territoire national. Si la capitale (district fédéral), en particulier après le séisme de 1985 (20 000 morts), a vu son poids contesté et, d'une certaine façon relativisé, elle maintient un fort pouvoir décisionnel et domine le réseau des villes qui forme un espace mégapolitain. Une partie de la population s'est, en effet, redistribuée vers les États voisins (Mexico, Puebla, Morelos) qui ont également récupéré l'implantation de nombreuses usines. Ainsi, Cuernavaca, Puebla ou Toluca, dont le développement avait longtemps été ralenti par la présence de la capitale, bénéficient désormais de la proximité. Les liens avec Guadalajara, la deuxième agglomération du pays, souvent présentée comme la « grande ville de la petite industrie », se sont accentués, via le développement du corridor industriel du Bajío, de León à Querétaro.

Le basculement du regard vers le sud

À l'opposé des Nords dynamiques, et du Centre en difficulté mais qui maintient sa domination, le sud du pays apparaît comme un vaste ensemble en marge du développement. L'idée selon laquelle « le Sud aussi existe », développée au début des années 2000 par les autorités mexicaines, s'appuie sur des indicateurs révélant que les populations y sont deux fois plus pauvres que la moyenne du pays, que l'économie est surtout rurale et peu intégrée au marché. Pourtant, le Sud présente des visages très contrastés. La côte du golfe, en particulier l'État de Veracruz, développée à l'époque du boom pétrolier, a subi les incertitudes sur le sort de Pemex et la baisse du nombre des emplois : après avoir longtemps été attractive, elle est devenue répulsive, à l'exception de la baie de Campeche qui bénéficie de la proximité de gigantesques gisements offshore. La péninsule du Yucatán se singularise essentiellement grâce au développement spectaculaire de la station balnéaire de Cancún, et au dynamisme de la ville de Mérida et de sa bourgeoisie régionale. À l'opposé, le Sud-Est pacifique (Chiapas, Oaxaca et Guerrero), dont plus du tiers de la population est indienne, reste en grande difficulté, comme l'a mis en exergue l'insurrection néo-zapatiste au Chiapas en 1994. Malgré la production de café et l'existence de quelques enclaves plus développées (station balnéaire d'Acapulco, sites touristiques mayas du Chiapas), ces trois États constituent, selon le Conapo (Conseil national de population, 2006), « le triangle de l'extrême pauvreté ».

Oaxaca, Mexique

Oaxaca, Mexique

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Le centre historique d'Oaxaca est classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'U.N.E.S.C.O. Au second plan, l'église et le couvent de Santo Domingo, l'un des plus beaux édifices religieux du Mexique, construit aux XVIe et XVIIe siècles. 

Crédits : M. Lachenal

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Le basculement du regard vers le sud s'explique également par la transformation du Mexique en pays de transit pour les migrants centre-américains qui, de plus en plus nombreux, se dirigent vers les États-Unis, et donc par la nécessité de maîtriser la frontière avec le Guatemala voisin. C'est en partie pour répondre à cette situation de crise que le gouvernement de Vicente Fox avait lancé avec fracas, en 2001, un programme dit de rattrapage, le Plan Puebla Panamá, en associant la question de la pauvreté des États du Sud mexicain à celle des pays d'Amérique centrale, dans une perspective régionale. Cette « initiative mésoamérique de développement humain » a eu des effets limités. Mais en englobant le pays dans un espace allant de l'Isthme de Tehuantepec à celui de Panamá, ce projet contribue à renforcer l'image d'un Mexique divisé entre le nord industriel, libéral et urbain, solidement ancré dans l'espace économique nord-américain et un sud encore rural et pauvre, qui voit migrer chaque jour un peu plus ses populations del otro lado (« de l'autre côté »).

—  Marie-France PRÉVÔT-SCHAPIRA, Philippe SIERRA

L'économie du Mexique

L'histoire du Mexique est marquée par quelques dates clés. La conquête tout d'abord, lorsque Cortés en 1521 détruit l'empire aztèque ; puis les guerres d'indépendance, déclenchées en 1810, marquant le terme de la longue période coloniale et mercantiliste ; la révolution de 1910 qui lance le pays dans une nouvelle période de guerres civiles et de transformations sociales ; le retour à la stabilité politique dans les années 1930, à l'origine de la grande croissance de l'après-guerre, et enfin l'alternance en 2000 qui met fin à des décennies de pouvoir d'un seul parti. Cinq grandes périodes peuvent ainsi être étudiées sous l'angle du développement économique : le Mexique précolombien, le Mexique colonial, le Mexique indépendant du xixe siècle, la révolution (1910-1940), la modernisation sous le PRI (1940-2000). La dernière période est celle de la démocratie, établie au début du xxie siècle.

L'économie précolombienne

L'Amérique s'étend sur un axe nord-sud, à la différence de l'allongement est-ouest de l'Eurasie. Et à l'intérieur du continent américain, les pays du Nord bénéficient de la plus grande extension est-ouest, l'Amérique latine de la plus faible. Cette différence commence au Mexique, dont la forme se rétrécit comme un entonnoir vers l'Amérique centrale.

Jared Diamond a longuement développé ce point dans son ouvrage Guns, Germs, and Steel (1997) en expliquant les différences de développement par des facteurs environnementaux et géographiques. Sur un axe est-ouest, les cultures et les techniques se propagent plus facilement, les climats sont les mêmes, les plantes cultivables aussi. Sur un axe nord-sud, on passe de climats très froids à des climats tropicaux et équatoriaux, pour revenir ensuite à des climats tempérés puis froids. Les techniques agraires et les cultures ne peuvent se propager aussi aisément. En outre, les sierras Madre au Mexique et les Andes au sud freinent encore les échanges. Ainsi, l'ancien Mexique invente la roue mais n'a pas d'animaux de trait, le sud du continent dispose en revanche de ces animaux, mais la roue ne lui parviendra pas. On ne la trouvera au Mexique que sous forme de jouets. Il n'y a pas de charrues ni de chariots, pas de routes mais de simples sentiers. Les animaux domestiques présentent l'avantage de fournir une énergie additionnelle sans empiéter sur la consommation alimentaire des humains, ils complètent même leur nourriture. Il n'y a pas non plus d'outils métalliques, les outils et les armes de pierre sont la norme.

Les premières traces d'agriculture datent d'il y a 7 000 ans ; celle-ci serait ainsi apparue en Amérique quelque cinq millénaires après la révolution néolithique du Moyen-Orient, mais de façon totalement autonome. Le peuplement du continent, depuis l'Asie et le détroit de Béring, daterait d'il y a environ 15 000 ans.

Le type d'organisation économique a relevé pendant longtemps de l'autosubsistance. La durée de vie était courte, de seulement 15 à 20 ans en moyenne selon Linda Newson. La spécialisation pour l'échange, sous forme de troc au départ, apparaît vers l'an 200 à Teotihuacán, au nord de Mexico. Des monnaies marchandises viendront plus tard, comme des fèves de cacao ou des morceaux de coton, mais pas de pièces métalliques. Des ateliers d'obsidienne et de céramique, pour fabriquer des outils, des bijoux, des armes, produisent alors au-delà des besoins. La spécialisation se développe dans les activités de base, comme en témoigne l'organisation du commerce par des guildes de marchands, avec leurs privilèges et leurs hiérarchies.

Les marchés locaux sont omniprésents mais les échanges sur de longues distances sont limités, étant donné la faiblesse des moyens (on ne transporte qu'à pied et à dos d'homme), seuls les biens de grande valeur et de prestige circulent (jade, or, cacao, ambre), davantage dans le but de renforcer des alliances que de commercer.

Les sociétés précolombiennes au Mexique, comme celle de Teotihuacán, celle des Mayas ou des Toltèques, étaient des sociétés complexes dépendantes de leur milieu naturel. Un changement écologique – comme une sécheresse prolongée, une déforestation ou des éruptions volcaniques – pouvait déstabiliser ces sociétés et entraîner leur effondrement. C'est ce que Diamond explique dans Collapse (2005) pour les Mayas : la surpopulation sur des terres de plus en plus exploitées a conduit à des famines et à la disparition des royaumes organisés. Les sociétés aztèques et incas étaient, au contraire, dans une phase de relative prospérité économique au moment de la conquête – la capitale aztèque par exemple, Tenochtitlán, aurait compté 200 000 habitants, soit le double de Londres –, et on ne peut savoir comment elles auraient évolué en l'absence de ce choc.

L'impact démographique de la découverte

L'arrivée des Européens a provoqué l'un des plus grands effondrements démographiques de l'histoire : de 50 millions d'habitants environ dans toutes les Amériques en 1492, la population indienne tombe à 5 millions vers 1650, pour revenir seulement à 25 aujourd'hui. La cause principale de la chute réside dans les maladies apportées de l'Ancien Monde qui vont décimer les populations, faute d'immunité naturelle. Les autres facteurs sont les conditions imposées, le travail forcé, l'enrôlement massif pour d'autres conquêtes, et parfois simplement les massacres.

La population du Mexique serait ainsi passée de 17 millions en 1521 à un million un siècle après. La reprise démographique indienne date des années 1620, la hausse de la natalité est confirmée par les registres paroissiaux. L'introduction de nouvelles méthodes agricoles, de nouvelles plantes (blé, canne à sucre, riz, café, agrumes, bananes, etc.) et d'animaux (chèvres, moutons, vaches, chevaux, cochons, volaille) a permis cette reprise ; l'élevage fournit un apport de protéines par rapport à la diète des sociétés précolombiennes, mais facilite aussi le transport des marchandises et accroît la productivité. Toutes sortes de techniques inconnues des Aztèques ont aussi contribué au renouveau, comme les outils en fer qui permettent de défricher et de mieux travailler la terre.

En 1810, on estime la population mexicaine à 6 millions d'habitants, dont 18 p. 100 de Blancs, 60 p. 100 d'Indiens et 22 p. 100 de métis, les Noirs ne représentant qu'une part infime. Aujourd'hui, la population indienne est d'environ 14 millions, soit 12 p. 100 de la population. On compte en outre 70 p. 100 de Mexicains ayant du sang indien, ce qui est bien différent de la situation dans les Caraïbes (domination des Afro-Américains) et dans le cône sud du continent américain, où les descendants d'Européens dominent, et aussi du Brésil (environ deux tiers de Blancs, un tiers de Noirs). La situation au Mexique est proche de celle des pays andins, alors que les Indiens ont été éliminés dans les Antilles après la colonisation, et réduits à de faibles minorités en Argentine ou au Chili, ainsi qu'aux États-Unis et au Canada. La raison tient au fait que le choc culturel entre les deux civilisations a été moins fort dans les sociétés précolombiennes plus développées du Mexique et des Andes. Dans les autres régions de l'Amérique, pour toutes les tribus encore au stade paléolithique, l'écart était abyssal et les Indiens ont été balayés.

En outre, les colonisateurs ont été confrontés à des problèmes très différents. Les Espagnols ont trouvé au Mexique et au Pérou des sociétés étatiques, structurées, avec des relations hiérarchiques et des formes d'impôts élaborées, alors que les Anglo-Saxons et les Portugais ont eu en face d'eux des tribus éparpillées, sans société complexe ni urbanisée. La conséquence en a été que l'organisation de la société coloniale de la Nouvelle Espagne a dû reprendre des aspects des sociétés précolombiennes (habitude de l'autorité, soumission à l'État central, versements de tributs, etc.), alors que les sociétés indiennes tribales au nord comme au sud ont été repoussées ou détruites, sans qu'il soit nécessaire de transcrire leurs traditions dans le cadre des sociétés nouvelles.

La « siesta colonial »

Les trois siècles de la période coloniale correspondent à la domination des idées mercantilistes. Les colonies ne doivent servir qu'à la prospérité de la métropole et leurs échanges ne se faire qu'avec elle, selon le système dit de l'exclusif. L'empire espagnol apparaît ainsi comme un coffre rempli d'or et d'argent, que les corsaires des autres pays, et les pirates de la région, essayent de piller. Le protectionnisme extrême pratiqué par l'Espagne se justifie par l'idée préclassique que les richesses de l'empire doivent être à tout prix conservées, et qu'une importation du Mexique depuis un autre pays que l'Espagne se paierait par une perte de métal précieux, tenu pour la valeur suprême. La Nouvelle Espagne ne doit pas, en outre, concurrencer la métropole, elle n'est là que pour fournir les matières premières. Le commerce ne peut venir que de Séville, sur des navires espagnols, et il ne peut passer que par le port de Veracruz, de façon à mieux collecter les taxes. L'exception est, une fois par an, le galion de Manille, desservant les Philippines depuis Acapulco, et déchargeant les richesses de l'Asie. Le nombre de ports est un exemple marquant du retard dû au mercantilisme : au lieu d'avoir des centaines de ports actifs sur ses milliers de kilomètres de côtes, des ports en concurrence favorisant toutes sortes d'activités locales et d'innovations, comme en Amérique du Nord britannique, l'Amérique espagnole n'en ouvre que trois au commerce colonial, et un seul en Espagne...

C'est aussi l'époque où la grande propriété terrienne se forme, l'encomienda au début, d'immenses domaines cédés par la Couronne aux conquistadors, avec les communautés qui y vivent et qui doivent fournir un tribut, poursuivant ainsi les pratiques des Aztèques. L'encomienda sera remplacée par un autre grand domaine, l'hacienda, la chute de la population indigène facilitant la reprise de ses terres. Le système s'est avéré hostile à la croissance, non pas tant du fait de gaspillages, mais plutôt pour des raisons institutionnelles : inaliénabilité des terres, insécurité des titres de propriété, inefficacité des cours de justice et absence de cadastre, tout cela freinant la mise en place d'un marché financier et de banques, la possibilité d'emprunter et donc d'investir.

L'esclavage des Indiens est aboli en 1549 et un nouveau régime est mis en place, le repartimiento, sorte de corvée où les Indiens devaient fournir 45 jours de travail par an. L'effondrement de la population indienne entraîne un accroissement de l'exploitation, de l'esclavage déguisé et du salariat contraint ou péonage. Une assez grande autonomie est cependant accordée aux indigènes, une autonomie qui contribue à la durée et à la stabilité coloniales. Les communautés indiennes peuvent gérer leurs villages selon leurs lois et coutumes, l'exploitation de leurs terres est reconnue.

Un système de castes est mis en place où les droits et les obligations diffèrent selon l'origine raciale. La República de Indios regroupe les populations indigènes et mélangées, tandis que la República de Españoles est composée des Espagnols et des créoles, ceux-ci considérés comme inférieurs aux Européens selon le préjugé que l'environnement aux Amériques était débilitant et produisait des êtres physiquement, mentalement et moralement inférieurs. En 1800, on compte 1 million de Blancs en Nouvelle Espagne, dont 70 000 Peninsulares (Espagnols), pour une population de moins de 6 millions, dont 3,5 millions d'Indiens. Loin en dessous dans la hiérarchie sociale, on trouve les métis, puis les Africains et leurs descendants, esclaves ou affranchis. Seuls les Espagnols pouvaient avoir les plus hauts postes officiels, les métis étaient exclus de la plupart des positions publiques et métiers. Les Indiens ne pouvaient détenir ni armes ni chevaux et ne pouvaient se vêtir à l'européenne. Des codes de privilèges, des exceptions, des contraintes, étaient spécifiés pour chaque catégorie. Le marché du travail était ainsi largement empêché de fonctionner, la mobilité sociale et géographique limitée, et la formation du capital freinée par le cadre étroit de ces restrictions.

La richesse principale de la colonie réside alors dans les mines d'argent des provinces de Zacatecas ou de San Luis Potosí. Les mines du Zacatecas produisent un tiers de l'argent extrait et emploient jusqu'à 5 000 Indiens, dans des conditions très dures. Autour des mines se développent des activités diverses, notamment le textile, l'agriculture, l'élevage et toutes ses applications. La production de blé se met en place sur les plateaux du centre, en plus du maïs traditionnel, et le sucre dans les régions côtières. D'autres produits sont exploités, comme des teintures, le cacao, la vanille, le sucre de canne ou le sisal. Plus proche de l'Espagne, le Mexique va recevoir plus d'immigrants et aussi exporter davantage que les autres colonies : trois à quatre fois plus que l'Argentine, Cuba et le Pérou en 1800.

La Nouvelle Espagne a tout d'abord prospéré, grâce à des administrateurs efficaces, elle a bénéficié d'une très longue stabilité, mais s'est assez rapidement assoupie dans une stagnation à long terme, du fait d'institutions bureaucratiques hostiles à l'initiative, des institutions transférées d'Espagne, où elles ont d'ailleurs eu le même effet. Malgré tout, de nombreuses réalisations caractérisent la période : la première imprimerie du continent arrive au Mexique en 1537, la première université ouvre en 1553, six hôpitaux sont en activité à Mexico en 1580, et le premier opéra du continent s'y joue en 1711. Malgré l'interdiction de développer des produits concurrençant ceux de la métropole, des activités manufacturières apparaissent. Il est en effet impossible de tout importer et il y a toujours place pour des activités locales. Un système de corporations (gremios) organise les différents artisanats, avec des normes et des prix administrés.

Le pouvoir est pendant deux siècles celui des Habsbourg, où une assez grande liberté est laissée aux colons, mais l'administration devient peu à peu insuffisante et corrompue. Quand la dynastie change avec les Bourbons, en 1700, une recentralisation est opérée, la monarchie tente de contrôler de façon plus étroite le domaine colonial, ce qui suscite des réactions locales qui aboutiront aux indépendances un siècle plus tard.

Des guerres d'indépendance à Benito Juárez

Les indépendances sont obtenues en Amérique latine entre 1808 et 1825, au Mexique en 1821. Une décennie de guerres a été nécessaire pour séparer la Nouvelle Espagne de l'ancienne. L'indépendance a mené à la modernisation des institutions (abolition du système des castes, unification des systèmes juridiques, suppression des prohibitions d'importations, de monopoles publics, etc.), mais essentiellement à partir de la seconde moitié du siècle, après des décennies de conflits. L'abolition précoce de l'esclavage, en 1829, cinq ans avant l'Angleterre, s'explique par la volonté de freiner l'afflux au Texas (alors mexicain) d'immigrés originaires des États-Unis et habitués à l'emploi d'une main-d'œuvre servile.

La destruction de capital physique des années 1810 entraîne un déclin à long terme de la production minière, notamment des mines d'argent, qui se traduit à son tour par la baisse de l'émission monétaire, des pertes de recettes d'exportation, la chute des recettes fiscales, des prêts disponibles et de l'activité économique en général. En outre, les guerres entraînent la désorganisation de la production agricole (récoltes ravagées, haciendas brûlées, propriétaires assassinés) et l'exode massif des Espagnols, qui formaient les cadres de la société coloniale, emportant leurs capitaux et leur expertise avec eux. Le transfert du pouvoir à la classe moyenne créole est une nécessité, mais aussi un traumatisme pour la nouvelle nation.

Le gain obtenu de l'arrêt des versements de taxes à l'Espagne (environ 4 p. 100 du P.I.B. de la colonie) a été largement compensé par ces effets négatifs. En outre, l'Amérique centrale se sépare du Mexique en 1823 et des économies d'échelle sont perdues par rapport à l'unité préalable. Les régimes monétaires se fragmentent, les ressources fiscales sont toujours insuffisantes face à des dépenses militaires croissantes, et les déficits explosent. Les capitaux s'enfuient, la dette publique hors de contrôle évince l'investissement et la production recule. Les contraintes institutionnelles demeurent pour la plupart : d'abord l'instabilité des gouvernements, un pouvoir faible et des politiques imprévisibles, ensuite des droits de propriété peu protégés et mal définis, des privilèges et des rentes, des juges corrompus et des impôts arbitraires, et enfin une insuffisance notoire des infrastructures et biens publics en matière de santé, de transport et surtout d'éducation.

Le Mexique est, dans cette période, une sorte de caricature de l'instabilité latino-américaine, il continue à osciller « du simple chaos à l'anarchie débridée » (Michael Meyer et al.), dans un contexte de violence et de corruption. À partir de l'indépendance en 1821, soixante-quinze présidents vont se succéder en cinquante-cinq ans. La figure la plus « originale », Antonio de Santa Anna, a été président à onze reprises, avec en 1853 le titre de « dictateur perpétuel » : « souvent habile mais jamais sage, il établit un exemple de malhonnêteté, de tromperie et d'incapacité complète à adhérer à des principes quelconques » (Michael Meyer et al.). C'est aussi l'époque où le pays s'appauvrit encore en perdant le Texas et les autres territoires du Nord, dont la Californie, dans une guerre avec les États-Unis (1846-1848). Le Mexique n'a connu aucune croissance durant les trois premiers quarts du xixe siècle. La production s'est effondrée de 50 p. 100 dans les années 1810, et la stagnation se prolonge ensuite. Le P.I.B. par tête recule de 73 dollars en 1800 à 62 en 1877...

La fin du régime de l'exclusif permet la liberté du commerce extérieur, mais les conflits empêchent d'en profiter pleinement. Ce n'est qu'après 1850 que le pays s'insère dans le commerce mondial, avec des effets positifs sur la croissance, d'autant que les coûts du transport baissent rapidement dans la navigation et le transport terrestre. Le commerce extérieur représentait 8 p. 100 du P.I.B. en 1800 et 12 p. 100 dès 1845.

Les débuts de l'industrie datent néanmoins de cette période troublée. En 1845, il y avait une cinquantaine d'entreprises cotonnières dans le pays, autour de Puebla, avec une capacité 15 fois plus élevée qu'en 1830. Il s'agit d'un début d'industrialisation protégée, avec un accroissement des droits sur les importations de cotonnades, qui se poursuit dans les années 1850 et 1860. Les mines reprennent également, les exportations se développent, favorisant une reprise à la fin des années 1860. Une nouvelle guerre, cette fois contre la France, lorsque Napoléon III tente d'imposer un empereur au Mexique (1863-1867), est remportée par les insurgés menés par Benito Juárez, et le pays s'affirme alors comme une véritable nation.

Le Porfiriato, 1876-1911

Jusqu'en 1876, le Mexique est un État instable et fragmenté. Porfirio Díaz arrive à la présidence par la force dans une économie stagnante depuis des décennies. Pour renforcer son pouvoir et relancer l'économie, il choisit de favoriser certains secteurs, d'accorder des rentes et des garanties sélectives de propriété en échange de ressources financières permettant de rétablir l'ordre, de ramener la sécurité dans les provinces et d'affaiblir les baronnies locales.

Des éléments favorables ont aidé cette stratégie. La fin du siècle correspond à la première vague de mondialisation, avec une liberté de circulation des capitaux et une ouverture croissante qui favorisent les placements. Le déplacement des États-Unis vers l'Ouest, la présence croissante de marchés au Nord, grâce aux chemins de fer et à la baisse des coûts de transport, avec en plus une dévaluation du peso, permettent un boom des exportations. Les investissements reprennent alors dans les mines, l'élevage et des cultures diverses, la banque et les industries lourdes, ainsi que les infrastructures. La croissance devient régulière, les recettes fiscales augmentent, le pays sort enfin d'un cycle de surendettement et de défaillances. Díaz réussit sur les deux tableaux, il rétablit pour la première fois depuis 1811 la stabilité politique et la croissance économique. Après des décennies de régression, le P.I.B. réel par habitant augmente de 2 p. 100 par an durant toute la période, transformant le Mexique en une nation industrielle émergente au début du xxe siècle.

Les investissements ferroviaires marquent la période : le Ferrocarril Mexicano, reliant Mexico à Veracruz, ouvre en 1873 et le port représentera plus de la moitié des exportations du pays en 1880, avant d'être dépassé par Tampico plus au nord à la fin du siècle avec la découverte de pétrole. D'un réseau de 684 kilomètres en 1877 on passe à 19 205 kilomètres en 1911, grâce à une action déterminée du gouvernement, s'endettant massivement pour financer les infrastructures et les subventions aux compagnies privées. Le rail crée un marché national intégré pour la première fois dans l'histoire du pays. Une spécialisation accrue, des économies d'échelle et des externalités positives favorisent la croissance. Les activités industrielles se diversifient : de nouveaux minerais (cuivre, zinc, plomb), ayant beaucoup moins de valeur au poids que l'or ou l'argent, peuvent être exportés en quantité croissante grâce au train, au moment même où la deuxième révolution industrielle en stimule la demande dans le monde, à côté de tous les produits agricoles traditionnels (sisal, coton, tabac, café). Les exportations augmentent de 8 p. 100 par an en volume entre 1895 et 1910, contre 6 p. 100 pour les activités industrielles et minières, et 3 p. 100 pour le P.I.B. réel.

Le crédit est dominé par deux banques, Banco de Londres et Banamex, bénéficiant de privilèges d'État, et destinées à financer le développement économique. Mais cette concentration empêche la création d'un système bancaire concurrentiel et limite le marché du crédit aux entreprises. Il n'y a au Mexique en 1910 que 42 banques, alors que les États-Unis en comptent plus de 18 000.

Le système mis en place est basé sur le clientélisme, un crony system où les gouverneurs de province sont faits et défaits par l'homme fort, où les politiciens dociles, les ministres ou les membres de la famille siègent dans les sociétés liées au régime. La compagnie pétrolière par exemple, El Aguila, compte à son conseil d'administration le fils de Díaz, le gouverneur de l'État concerné, le président du parlement et le gouverneur du district fédéral. Ce favoritisme généralisé, la corruption et l'absence de démocratie génèrent une énorme inégalité des revenus, qui explique la révolution de 1910.

L'économie mexicaine sous la révolution

La révolution mexicaine des années 1910 à 1930 est peu étudiée en Europe, elle souffre de sa complexité et de la place prépondérante occupée par la Grande Guerre dans l'historiographie de la période. Il s'agit pourtant d'un événement fondateur du xxe siècle, une révolution à la fois politique et sociale, profondément originale.

Les conflits ont provoqué environ un million de morts, et entraîné un ralentissement de la croissance (cf. tableau), mais pas son arrêt. Les gouvernements successifs se sont contentés, comme Díaz, de mettre en place des droits de propriété sélectifs, des biens privés qui ne bénéficient qu'à des groupes de possédants. Les factions en lutte « n'avaient aucun intérêt à détruire les actifs et les activités productives, mais au contraire tout intérêt à les utiliser pour financer leurs armées » (Stephen Haber et al., 2003). Après la chute du dictateur, le pays connaît deux décennies de troubles, mais la plupart des activités se développent et le commerce extérieur continue de progresser.

C'est le cas dans les textiles, la sidérurgie, l'énergie et les mines. La croissance économique, forte de 1890 à 1910, a été peu affectée, sauf dans la période de guerre civile, entre 1914 et 1917, où les transports s'arrêtent (les trains sont réquisitionnés par les armées en présence). La production de pétrole explose, celle des années 1920 est 90 fois plus élevée que lors de la première décennie du siècle. Le Mexique devient le deuxième producteur de pétrole, derrière les États-Unis, avec un quart de la production mondiale. Les firmes pétrolières constituaient un cartel puissant, contrôlé par des intérêts anglo-saxons. Les gouvernements successifs et factions politiques, qui avaient un besoin pressant de la manne fiscale et n'avaient pas la capacité de gérer eux-mêmes l'extraction, ont laissé prospérer ces enclaves. Les investissements et la production ne furent en rien arrêtés par l'instabilité, au contraire la croissance n'y a jamais été aussi forte. En fait, la nationalisation n'aura lieu qu'en 1938, sous Lázaro Cárdenas, alors même que pour des raisons géologiques l'activité se ralentit et que la part du pays recule rapidement dans la production pétrolière mondiale, au moment où le Moyen-Orient prend son essor. Ici, l'instabilité politique a favorisé les droits de propriété, la stabilité les a supprimés.

Nationalisation du pétrole au Mexique

Nationalisation du pétrole au Mexique

photographie

Un cercueil, représentant les compagnies pétrolières, brûle devant une foule en liesse, à Mexico. Le gouvernement vient de nationaliser les biens étrangers (1938). 

Crédits : Hulton Getty

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La même domination peut être constatée dans l'industrie minière, aux trois quarts contrôlée par des intérêts américains : les gouvernements successifs se bornèrent à la taxer, ayant tout intérêt à maintenir les droits de propriété. Là aussi, la production s'accélère pendant la crise politique et le Mexique accroît ses parts dans la production mondiale de plomb, d'argent et de cuivre.

Dans le secteur du crédit, les banques sont d'abord pillées pendant la guerre civile, le système monétaire se disloque, chaque armée locale émet sa propre monnaie. Puis elles voient leur activité protégée par les chefs de faction sur des marchés segmentés. Le système bancaire est préservé dans les années 1920, la solution des droits sélectifs sauve l'essentiel et évite que l'instabilité chronique ne bloque l'activité.

En ce qui concerne l'agriculture, le Mexique est encore un pays rural lorsque la révolution éclate, les deux tiers des gens sont des paysans en 1910, dont plus de 90 p. 100 des peones sans terre. Le chaos se traduit par une baisse de la production agricole, les bandes armées rançonnant les exploitations. Mais à plus long terme, on constate que la production reprend, ainsi que les exportations. Ce n'est pas la réforme agraire, entamée en 1914-1917, qui a provoqué cette croissance, mais plutôt le fait que des coalitions se sont formées (généraux/gouvernement/propriétaires) pour protéger les titres, et ainsi bloquer ou repousser la redistribution. La véritable réforme a eu lieu seulement dans les années 1930, caractérisées par la stabilité politique, et ses conséquences ont été négatives pour la production : « Le système de l'ejido a été un échec économique, mais un succès politique et social » (Meyer). En 1940, un tiers de la population mexicaine avait reçu des terres par le biais de ces communautés rurales de type coopératif, et l'essentiel des terres arables du pays avaient été redistribuées.

La révolution a changé le système, dans le sens d'une part accrue des ouvriers au processus de décision et au revenu national, les syndicats deviennent une force politique. Elle a également mis fin aux énormes inégalités foncières. Les écarts de revenu sont aujourd'hui de ce fait inférieurs au Mexique à ceux du reste de l'Amérique latine : ainsi la part des 20 p. 100 les plus riches y est de 55 p. 100 du revenu national en 2000, contre 58 p. 100 pour le sous-continent et 62 p. 100 au Brésil. Elle a aussi favorisé l'éducation, en développant les écoles dans le monde rural grâce à l'action énergique de José Vasconcelos. Les dépenses pour l'éducation connaissent alors, au début des années 1920, un boom spectaculaire. L'effort sera poursuivi, avec une réduction rapide des dépenses militaires dans le budget, qui passent de 70 p. 100 en 1917 à 7 p. 100 en 1952. L'alphabétisation progresse en parallèle, et de 80 p. 100 d'illettrés en 1910, on arrive à un peu moins de 40 p. 100 en 1960.

Cependant, la révolution n'a pas réussi à supprimer le système de rentes qui caractérise l'économie mexicaine. Les ouvriers ont vu leur condition s'améliorer, mais l'immense majorité de la population, paysanne, n'a guère vu sa situation progresser.

La révolution institutionnalisée

Après avoir fléchi pendant les années de violence, la population du pays ne cesse d'augmenter, en même temps que l'urbanisation : la population rurale représentait 71 p. 100 du total en 1910, le basculement s'effectue en 1960 avec une population urbaine qui atteint 51 p. 100.

La croissance économique a été la plus forte entre les années 1940 et 1980 et on assiste à un rattrapage des pays développés (cf. tableau). Le Mexique profite de la demande élevée lors de la guerre pour développer ses industries, c'est le début du « miracle mexicain ». Les autorités mettent en place une politique économique favorisant le textile, l'agroalimentaire, les produits chimiques, les industries lourdes et les infrastructures. Il s'agit d'un processus d'industrialisation par substitution d'importations, comme dans le reste de l'Amérique latine. L'économie se diversifie et le produit national triple durant la période. Le pays oublie ses projets révolutionnaires, pour s'orienter vers un développement capitaliste avec une bourgeoisie conservatrice au pouvoir, même si les mots d'ordre et les slogans continuent d'évoquer la révolution.

Mais les années 1980 sont des années de stagnation ; le Mexique est le premier à entrer dans une crise financière et à déclarer un moratoire sur sa dette, en août 1982. L'endettement excessif des années 1970, la baisse du prix du pétrole après 1981, et l'adoption d'une politique monétariste restrictive aux États-Unis en 1979 expliquent le basculement. Par la suite, le Mexique s'engage sur la voie d'une libéralisation, avec des privatisations (dans le secteur bancaire notamment, nationalisé en 1982), l'ouverture aux investissements directs étrangers et l'adoption du libre-échange dans le cadre de l'A.L.E.N.A. en 1993 (90 p. 100 des exportations du pays et plus des deux tiers de ses importations). La croissance reprend après une deuxième crise des paiements extérieurs en 1994, due à la récession mondiale depuis 1991.

Le Mexique démocratique des années 2000

Après des décennies de croissance, le Mexique est devenu en 2011 la quatorzième économie mondiale, entre l'Australie et la Corée du Sud et la deuxième d'Amérique latine après le Brésil. Son niveau de vie reste cependant inférieur à celui du Chili, de l'Uruguay ou du Brésil, mais le Mexique est sorti plus rapidement de la crise de 2008 et la croissance y est plus forte au début des années 2010. Il est le premier producteur de pétrole et le deuxième producteur d'automobiles. Il bénéficie pleinement de son appartenance à l'A.L.E.N.A., les exportations représentent un tiers du P.I.B. (18 p. 100 et 25 p. 100 respectivement pour le Brésil et l'Argentine), et s'élèvent à près du double du montant brésilien, dont 80 p. 100 de produits manufacturés.

Mais les inégalités restent fortes, le sud et le centre du pays sont en retard sur le nord, avec des foyers de contestation – comme l'ont montré les émeutes à Oaxaca et le mouvement zapatiste dans le Chiapas. L'écart est tel avec les États-Unis qu'environ un demi-million de Mexicains émigrent chaque année. Les conflits des gangs urbains accroissent le sentiment d'insécurité et les insuffisances de la police, de la justice et du système pénitentiaire aggravent la situation. Les efforts dans l'éducation sont souvent inefficaces. La plupart des gens n'ont pas accès à une protection, le système de sécurité sociale ne concernant que 13 millions de salariés du secteur formel, soit 30 p. 100 de la population active. Enfin, la croissance rapide de l'urbanisation, notamment dans le cas de Mexico, la troisième plus grande ville du monde avec environ vingt millions d'habitants, s'est accompagnée de problèmes considérables.

Dans le domaine commercial, le Mexique reprend sa place face à la concurrence asiatique, et notamment chinoise, où les coûts augmentent rapidement. Le pays a réorienté sa production vers des produits plus élaborés (écrans plats, smartphones, automobiles, aérospatiale, etc.). Les États-Unis sont un marché proche et ouvert, avec une frontière active de plus de 3 000 kilomètres. Reste cependant à accroître la concurrence dans l'industrie mexicaine, caractérisée par des monopoles comme Telmex ou Pemex, sources de revenus essentiels pour l'État. D'autant que la fiscalité est aussi inefficace, avec des recettes s'élevant à environ 12 p. 100 du P.I.B., contre 36 p. 100 en moyenne dans les pays de l'O.C.D.E. (dont le Mexique est membre). L'économie informelle dépasse la moitié de l'emploi total, ce qui explique la faiblesse des recettes fiscales et de la productivité.

Malgré tout, le chemin parcouru est remarquable : depuis l'effondrement dramatique de la population indienne au xvie siècle, la longue période coloniale marquée par l'absolutisme, un xixe siècle dominé par les dictatures et les guerres, les convulsions révolutionnaires de la première partie du xxe siècle, le Mexique est aujourd'hui un pays industrialisé en voie de modernisation rapide, ouvert à l'extérieur, et qui a su effectuer récemment un tournant démocratique sans heurts.

—  Jacques BRASSEUL

Le Mexique de l'indépendance à la fin du XXe siècle

Formation de la nation mexicaine

L'indépendance

La société coloniale a porté tous ses fruits au cours du brillant xviiie siècle dont le baron Alexandre de Humboldt a laissé un tableau saisissant, à la veille de l'indépendance. Deux sociétés parallèles existaient depuis la conquête : les Indiens, à mi-chemin entre deux mondes ; les Européens, qui contrôlaient la vie économique, politique et sociale. Le système des castes perpétuait la séparation entre les deux mondes, sans pouvoir empêcher le développement de mécontents turbulents, les métis et les mulâtres. Mécontents aussi, les créoles, nés en Amérique, espagnols par leurs ancêtres, défavorisés dans la distribution des postes administratifs, méprisés par les Espagnols et lésés par le système colonial. Le mécontentement des créoles, mal défini mais fondé sur des bases sérieuses, cristallisa lors de la disparition de la monarchie espagnole, confisquée par Napoléon en 1808.

Coupé de la métropole, subitement seul, le Mexique créole s'inquiète ; le pouvoir reste aux mains des conservateurs, déchirés par l'ambition, et soudain réconciliés face au péril populaire. En 1810, l'insurrection provoquée par le curé M. Hidalgo, secondé par le curé J. M. Morelos, déborde rapidement ses promoteurs pour devenir une négation millénariste de tous les principes de gouvernement et d'ordre. Rébellion contre toutes les autorités, guerre impitoyable, elle est parfaitement symbolisée par le cri de guerre des insurgés : « Vive la Vierge de Guadalupe ! Meurent les Espagnols ! » Guerre religieuse, guerre sociale, guerre paysanne, guerre indienne, le soulèvement de 1810 est tout cela. La peur, l'instinct de conservation, la volonté de châtier rassemblent Espagnols et créoles, et leur armée peu nombreuse, mais disciplinée et bien commandée par F. M. Calleja, écrase, en 1811, la rébellion. Les chefs les plus illustres des deux camps ternissent leur gloire par la férocité avec laquelle ils versent le sang, massacrent les populations et ravagent le pays. Les insurgés de 1810 poursuivent la guérilla sous le commandement de Morelos, mais succombent devant l'unanimité des créoles épouvantés par cette lutte sociale qui se masque derrière la haine raciale.

En 1821, les créoles choisissent l'indépendance pour ne pas avoir à appliquer la constitution libérale de Cadix, rétablie en Espagne par Riego. Leurs anciens ennemis se rallient et le peuple acclame avec enthousiasme son héros, Agustín de Itúrbide, qui s'était jadis illustré en combattant Morelos et qui proclamait maintenant l'indépendance. En 1822, Itúrbide était sacré empereur, réalisant les vœux de toute la nation, l'Espagne ayant refusé de donner un prince au Mexique.

D'un empire à l'autre (1821-1867)

Les premiers problèmes que devait affronter la jeune nation étaient politiques : libéraux contre conservateurs, fédéralistes contre centralistes, Église contre État ; ces questions divisèrent l'élite créole, ce qui explique l'instabilité politique et le déchaînement des factions sans que soit aucunement affectée la structure économique et sociale héritée de la période coloniale. Le système foncier ne changea pas et la dépendance économique subsista, l'Angleterre, puis les États-Unis, se substituant à l'Espagne. Les ravages des guerres de l'indépendance, en particulier l'anéantissement de l'industrie minière, provoquèrent le déclin économique et, en conséquence, l'effondrement de l'appareil administratif déjà disloqué par le départ des Espagnols. Le manque d'argent obligeait les gouvernements à recourir aux emprunts français et anglais, sources de frictions, de pressions et d'interventions. C'est la misère financière qui a provoqué la chute d'Itúrbide, renversé par la clique militaire et administrative des créoles qu'il ne pouvait satisfaire.

Pendant les trente premières années de son indépendance, le pays fut dirigé par des gouvernements généralement conservateurs, avec de brefs épisodes libéraux (1833-1834). Le personnage principal de cette époque est Antonio López de Santa Anna, démagogue de génie, capable de survivre à toutes les épreuves, même à la défaite militaire et à la perte de plus de la moitié du territoire national, après la sécession du Texas et la désastreuse guerre avec les États-Unis (1846-1848). Indifférent aux alliances politiques, sauveur éternel, appelé par les conservateurs comme par les libéraux, il arbitre entre les factions et, selon les circonstances, joue le rôle de Marius ou celui de Sylla. Les libéraux, soutenus par les États-Unis, consolidaient leur force jusqu'à l'affrontement violent avec les conservateurs, lors de la guerre de trois ans (1858-1861), que l'on appelle aussi guerre de la Réforme. Ce conflit éclata à propos de la Constitution libérale de 1857 et d'autres textes juridiques supprimèrent les privilèges traditionnels de l'Église et de l'armée. Forts du soutien de tous les régionalismes et de tous les caciques locaux menacés par le centralisme conservateur, les libéraux, aidés matériellement et politiquement par les ÉtatsUnis (qui interviennent même militairement en capturant l'escadre des conservateurs), triomphent en 1861, jetant leurs ennemis dans les bras de Napoléon III, qui rêvait d'établir au Mexique un empire latin saint-simonien pour barrer l'expansion américaine. Maximilien d'Autriche, l'empereur proposé par Napoléon III, perdit la vie dans l'aventure qui aurait pu tourner autrement. De toute manière, les conservateurs auraient été perdants : Maximilien était libéral comme Juárez, chef de ses adversaires, incarnation de la résistance. Dans les premiers temps de l'intervention française, la victoire de l'empire semblait certaine à cause de la supériorité militaire française, de la politique libérale de Maximilien et de la non-intervention des États-Unis, engagés dans leur guerre civile. Les libéraux, regroupés autour de Juárez, furent rapidement obligés de se replier sur la frontière américaine avant d'être sauvés par le renversement de la conjoncture internationale : la France menacée par la Prusse était obligée de se dégager de l'affaire mexicaine au moment où les États-Unis, une fois terminée la guerre de Sécession, reprenaient leur expansion. Le départ des Français laissait Maximilien seul, sans argent, sans armes, sans parti, la majorité des conservateurs ne lui ayant pas pardonné sa politique libérale. Armés, financés par les Américains, les libéraux réalisaient facilement la conquête du pays et du pouvoir. Maximilien, malgré l'intervention de Victor Hugo, admirateur de Juárez et partisan des libéraux, était fusillé en 1867 à Querétaro.

Mexique : formation territoriale

Mexique : formation territoriale

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La naissance de la nation mexicaine au XIXe siècle : guerres, insurrections et pertes territoriales. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La paix « porfirienne »

La paix « porfirienne » est née de l'anarchie libérale. La République restaurée fut immédiatement menacée par la révolte de tous les caciquismes locaux et les rivalités intestines qui déchiraient les libéraux. Le pays était ruiné par trente ans de guerres civiles et étrangères et la dette extérieure se montait à 454 millions de pesos. Juárez puis, après sa mort, Lerdo de Tejada durent faire face aux tendances centrifuges qui menaçaient l'unité nationale, alors que les caisses de l'État étaient vides et que le système parlementaire menaçait de paralyser l'exécutif. Juárez, tout en respectant les formes, régna de manière implacable : de 1867 à 1872, il fit couler plus de sang que Santa Anna en trente ans. Il combattit énergiquement l'anarchie et noya dans le sang toute opposition. Depuis, il est entré au panthéon national, devenant le héros suprême qui a implanté la démocratie au Mexique et gouverné démocratiquement jusqu'à sa mort. On a divinisé Juárez, qui fut pourtant détesté de son vivant, pour rabaisser Porfirio Díaz et aussi pour donner un ancêtre glorieux à la révolution. La légende de Juárez, même si elle ne correspond pas à la réalité, est un fait historique : son culte est un des éléments du sentiment national mexicain, tel qu'il se forge au xxe siècle.

Après la mort de Juárez, il semblait que le pays allait s'abîmer à nouveau dans la guerre civile entre libéraux, affaiblis par la discorde, et conservateurs, rapidement remis du désastre impérial. La politique anticléricale de Lerdo de Tejada provoquait le mécontentement du peuple et les soulèvements paysans se multipliaient, au même rythme que les tentatives de coups d'État. C'est alors que Porfirio Díaz réussit à s'emparer du pouvoir et à le conserver (1876-1910). Pour lui, le problème principal était de donner la paix à un pays épuisé ; il le résolut par sa politique « de la carotte et du bâton » : au lieu de fusiller, il rassasiait ; au lieu de pendre, il attachait : selon le mot d'un pamphlétaire, « le général Díaz a gouverné le Mexique avec un minimum de terreur et un maximum de bienveillance ». Respectant les formes constitutionnelles, il gouverna le pays sans interruption jusqu'à la révolution de 1910.

L'homme fort rétablit l'ordre, concentre les pouvoirs et à son ombre les cientificos, technocrates positivistes, organisent la première administration efficace depuis l'indépendance. C'est la fin du désordre, et l'économie peut reprendre sa marche interrompue depuis soixante ans. On a dit que les trois conditions du progrès et de la modernité étaient la concentration du pouvoir, la création d'une bureaucratie et l'incorporation des masses à la vie de la nation. La dernière condition n'était pas remplie à cause de la contradiction entre le régime de production agricole, lié aux conditions géographiques et ethniques, et un régime de production industrielle capitaliste. Le démarrage de la croissance économique est à l'actif de cette période, dite du « Porfiriat ». La construction des chemins de fer obéit à la géographie et à l'histoire, elle se fait vers les ports et vers les États-Unis qui déversent leur capital dans le pays nouvellement prospère : en 1911, leurs investissements totalisent 1 100 millions de dollars. La devise d'Auguste Comte : « ordre et progrès » est appliquée au Mexique. Les lois libérales, mises en œuvre par Porfirio Díaz, abolissaient la propriété communautaire et, en conséquence, le système agraire indigène. Le démembrement des collectivités paysannes et l'accaparement des biens du clergé renforcèrent le système colonial de la hacienda, grande propriété foncière qu'exploite une main-d'œuvre liée par ses dettes et rétribuée en nature et en espèces. Bien que la hacienda ait été techniquement, de par sa taille et son adaptation aux conditions du milieu, la forme la plus rationnelle de production agricole, ses implications sociales ne firent qu'aggraver le problème rural. En 1910, 80 p. 100 des paysans étaient sans terre et travaillaient comme peones sur les haciendas.

La révolution

Sous le Porfiriat, pour la première fois depuis l'indépendance, le gouvernement mexicain avait l'appui de tous les secteurs dirigeants et des factions politiquement actives. Le peuple profitait de la paix et d'une prospérité relative. Mais trente-quatre ans de pouvoir personnel provoquèrent l'érosion progressive de cette stabilité. Le grand âge du césar, les ambitions politiques, le mécontentement des États-Unis face à la politique récente du régime, la conjoncture économique mondiale expliquent la chute de don Porfirio, qui partit, respecté de tous, mourir en exil à Paris.

1850 à 1914. L'Europe émigre

1850 à 1914. L'Europe émigre

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Expansion mondiale des Blancs. Ère victorienne. Unité de l'Allemagne et de l'Italie.Les empires coloniaux atteignent leur apogée à la charnière des XIXe et XXe siècles. L'ensemble de l'Afrique ainsi qu'une grande partie de l'Asie sont alors sous la domination d'une... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'étape madériste

La classe moyenne, encore peu nombreuse, née du développement urbain et industriel, aspirait à la démocratie politique, et les jeunes enthousiastes et idéalistes répondirent à l'appel de Francisco Madero, riche propriétaire du Nord, qui voulut faire du Mexique une véritable démocratie d'où l'oppression serait à jamais bannie. La dernière tentative de Porfirio Díaz pour se faire réélire à la présidence conduisit à l'insurrection armée, qui, presque sans combats, donna la victoire aux partisans de Madero. Ce dernier, extraordinairement populaire, essaya de changer la structure politique du pays sans toucher au principal problème, le problème de la terre. Rapidement attaqué par tous les partisans de l'ancien régime qui n'avait perdu que le vieux dictateur, débordé sur sa gauche par les rébellions paysannes d'Orozco dans le Nord et de Zapata dans le Sud, rébellions utilisées contre Madero par les grands propriétaires, le nouveau gouvernement devint le prisonnier de l'armée fédérale héritée de Díaz.

Zapata, chef rebelle

Zapata, chef rebelle

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Emiliano Zapata (1877 env.-1919), chef de la rébellion paysanne dans le sud du Mexique (1915). 

Crédits : Hulton Getty

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Malgré sa modération, il était inquiétant pour les porfiristes, qui s'appuyèrent sur l'armée et sur l'ambassadeur américain, Henry Lane Wilson, pour le renverser. Le coup d'État fut suivi de l'assassinat de Madero, tandis que le général Victoriano Huerta, qui jusque-là avait travaillé dans l'ombre, s'emparait de la présidence.

La révolution ne faisait que commencer alors que tout le monde croyait que la contre-révolution y avait mis un terme. Venustiano Carranza, ancien sénateur et gouverneur porfiriste, en froid avec Madero, refusa de reconnaître l'« usurpateur », le général Huerta, et, s'affirmant le continuateur de la légalité républicaine, prit la tête de la faction « constitutionnaliste », vite ralliée par les États du Nord, les plus développés. Pancho Villa, révolté du Nord, et Emiliano Zapata, leader métis des Indiens du Sud, s'y joignirent, tandis que les États-Unis, inquiets du nationalisme antiyankee de Huerta, intervenaient ouvertement en faveur des constitutionnalistes. Ils débarquaient même, en 1914, à Veracruz pour empêcher l'arrivée du matériel de guerre acheté en Europe par Huerta. L'armée fédérale démoralisée par le manque de munitions était dès lors condamnée à la défaite, et, en 1914, Huerta partait en exil. Vainqueurs, les constitutionnalistes se divisaient. Pancho Villa, chef de la « division du Nord », recrutait parmi les cavaliers des grands domaines d'élevage du Nord. Son talent militaire, sa violence, la rapidité de ses actions et de sa cavalerie sont caractéristiques du Nord agricole. Comme lui, Zapata s'identifie à son milieu. Il incarne la résistance des villages indiens à l'expansion des haciendas. Zapata et Villa s'opposent à V. Carranza, qui poursuit le processus centralisateur du Porfiriat. À la fin de 1914, la situation de Carranza semblait désespérée car ses forces ne contrôlaient plus que l'axe ferroviaire unissant Veracruz (l'océan) à l'intérieur. Carranza fut sauvé par la division entre zapatistes et villistes, par l'appui américain et par le talent du général A. Obregón. Villa fut battu trois fois en un mois par Obregón et dut revenir à la guérilla dans le nord du pays. Militairement victorieux, Carranza pouvait s'occuper de gouverner un pays anéanti par la guerre et par le pillage systématiquement pratiqué par toutes les factions, mais plus méthodiquement encore par les carrancistes qui en firent un système de gouvernement : enrichir les révolutionnaires pour consolider le régime. C'était en revenir aux pratiques de Díaz. Avant cela, Carranza avait été obligé de s'allier aux ouvriers et de publier les premières lois agraires pour calmer les paysans. La Constitution de 1917 est en quelque sorte un post-scriptum de cette période tourmentée : inspirée de la Constitution libérale de 1857, elle renferme des articles radicalement anticléricaux, comme l'article 130, des articles favorables aux ouvriers (art. 123) établissant paradoxalement une législation ouvrière avancée pour un pays de paysans. L'article 27, le plus important, rétablissait le vieux droit espagnol, abandonné par Díaz, instituant la nation propriétaire du sous-sol. Cela permettrait dans l'avenir de récupérer les terrains pétrolifères contrôlés par les grandes compagnies anglo-saxonnes. Sous la pression de Carranza, les constituants renforcèrent les pouvoirs du président, qui devenait de fait tout-puissant puisqu'il avait le droit de dissoudre le pouvoir législatif et exécutif des États (théoriquement, le système mexicain est fédéraliste comme celui des États-Unis). Contradictoire et maniable, la Constitution, encore en vigueur aujourd'hui, laissait aux présidents une grande marge de manœuvre et consacrait le renforcement du centralisme, de l'autoritarisme et de l'étatisme dans tous les domaines. Une fois élu, Carranza gouverna en donnant à la Constitution une interprétation conservatrice : réforme agraire paralysée, loi martiale contre les ouvriers, assassinat de Zapata (1919), « pacification » des campagnes par des officiers pillards.

Pancho Villa

Pancho Villa

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Le général révolutionnaire Pancho Villa (1878-1923) à la tête des rebelles pendant la révolution mexicaine, en 1911. 

Crédits : Hulton Getty

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La dynastie du Sonora : Obregón et Calles

Alvaro Obregón, homme du Sonora, ne songeait pas à renverser Carranza et attendait, sûr de sa force, l'heure de la succession. Mais Carranza voulut imposer son successeur. Cela provoqua le soulèvement d'Obregón rallié par les autres généraux et l'assassinat de Carranza en 1920. Pendant quinze ans, le Mexique allait être le champ de bataille où se déroulait un curieux combat entre ce qui semblait, depuis l'indépendance, être le Mexique éternel, un Mexique ingouvernable, exploité par une bande de profiteurs nés de la dernière révolution et pressés de s'enrichir avant la suivante, et le nouveau Mexique en gestation qui cherchait péniblement sa voie en utilisant ceux-là mêmes qui voulaient le renvoyer aux limbes d'où l'avait tiré le cauchemar de la révolution. De 1920 à 1935, deux généraux révolutionnaires du Sonora, État du Nord, Obregón et Calles, gouvernèrent le pays, ensemble et à tour de rôle. Ils surent résoudre le problème du pouvoir, posèrent les règles du jeu politique et entreprirent la création d'institutions adaptées à la réalité mexicaine que leur successeur, Lázaro Cárdenas, allait parachever ; ils furent plus d'une fois mis en difficulté, mais triomphèrent de leurs rivaux pendant quinze ans, grâce au contrôle que leur valait la fidélité des « loyaux » gouverneurs, généraux, chefs agraristes et syndicalistes. Là où la loyauté faiblissait, là où le contrôle échappait, ils recouraient à la corruption et à l'assassinat. Cette époque a été décrite par Martín Luís Guzmán dans son roman L'Ombre du caudillo. L'ambiguïté du régime venait de ce qu'il accomplissait effectivement des réformes et dans le même temps engendrait une classe dirigeante qui voulait le pouvoir et la fortune, selon les méthodes traditionnelles. La structure du pouvoir ressemblait à celle du passé : politiciens et généraux à vendre, et pourtant le régime a survécu aux terribles années 1924-1929. Malgré ses défauts, le caudillo Calles, autocrate sanglant, a sauvé le pays de la désintégration. C'est l'époque où l'on parle de reconstruction nationale et où les anciens révolutionnaires, à l'image d'Obregón, engraissent. Les apôtres émaciés de la révolution se transforment en fêtards « avec un penchant pour le champagne, les automobiles et les maîtresses, bien habillés, corpulents et tyranniques », écrit H. Parkes.

Le retour d'Obregon

Le retour d'Obregon

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La foule acclame le général révolutionnaire et ancien président mexicain Obregon, lors de son arrivée à Mexico, en 1928. Il sera réélu mais mourra assassiné quelques semaines plus tard. 

Crédits : Hulton Getty

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Les trois premières années du gouvernement d'Obregón furent des années de reconstruction et de paix, mais le général manchot était un caudillo et non Cincinnatus. Son mandat arrivant à son terme, comme la Constitution ne lui permettait pas de se faire réélire, il imposa son homme lige, Calles. L'assassinat de Villa donna le signal des crimes politiques qui conduisirent Calles à la présidence. Nul autre président n'a fusillé plus de généraux. Il a éliminé progressivement et violemment tous les caudillos (on l'accuse même d'avoir trempé dans l'assassinat d'Obregón en 1928). Le choix de Calles par Obregón avait provoqué un terrible soulèvement de la moitié de l'armée. Écrasée grâce à l'appui des États-Unis, cette rébellion prouve le principe, depuis lors resté inviolé, selon lequel, une fois qu'une décision a été prise au sein de l'élite dirigeante, elle est absolument acceptée par toute la « famille révolutionnaire ». Tous ceux qui, comme les rebelles de 1924 – et ils ont été nombreux jusqu'à ce jour –, ont refusé de s'incliner devant la rigueur de ce principe ont été battus. C'est sous la présidence de Calles que la gauche révolutionnaire connut son apogée. Morones, chef de la Confédération de la région ouvrière mexicaine (C.R.O.M.), prétendait contrôler deux millions d'affiliés. Le chiffre, bien que faux, prouve la force politique des syndicalistes. L'époque était au nationalisme économique, et Calles faillit rompre avec les États-Unis à propos de la question pétrolière. Finalement, comme Obregón avant lui, Calles ne put résister à la pression américaine et dut abandonner son projet d'appliquer la loi. La mise au pas de tous les rebelles s'accompagnait de la reconstruction économique, stimulée par la création d'une banque centrale en 1925. Tous ces efforts faillirent être anéantis par le conflit avec l'Église, provoqué bien inutilement par l'autocratie de Calles qui attaqua un clergé fort de sa résistance à soixante ans de gouvernements anticléricaux et à la persécution de Carranza, fort aussi de sa popularité et de l'incontestable foi du peuple rural. La persécution de l'Église, déchaînée sous un prétexte sans importance, conduisit à la suspension des cultes décidée par les évêques et approuvée, avec réticence, par Rome. Cela provoqua le soulèvement des cristeros, ainsi nommés par dérision, à cause de leur cri de guerre : « Vive le Christ-Roi et la Vierge de Guadalupe ! » ; cinquante mille paysans en armes, appuyés par le peuple des campagnes, tinrent tête à l'armée fédérale pendant trois ans, de 1926 à 1929, lui infligeant de sérieuses défaites. Le gouvernement, incapable de venir à bout du mouvement qui faisait tache d'huile, fit sa paix avec les évêques pressés par Rome de transiger. L'ambassadeur américain Morrow joua un rôle essentiel dans la conclusion de la paix en juin 1929. La reprise de la persécution après 1930 provoqua de nouveaux soulèvements qui furent à la guerre cristera ce que la chouannerie fut à la Vendée. Les guérillas catholiques ne cessèrent de gagner du terrain jusqu'à ce que Cárdenas, en 1938, ramène définitivement la paix en mettant fin à la persécution. Les derniers cristeros se soumirent en 1940. Cette guerre religieuse, désastreuse pour le pays, s'accompagna de divisions au sein de la « famille révolutionnaire ». Obregón viola un des principes de la révolution, la non-réélection, en se faisant élire comme successeur de Calles (c'était une manière de dyarchie comparable à celle du Bas-Empire romain). Le mécontentement qui s'ensuivit conduisit à diverses insurrections, toutes écrasées dans le sang. Obregón, réélu, fut assassiné par un jeune catholique mystique, José de León Toral, vraisemblablement manipulé par des gens du groupe de Morones, le bras droit de Calles. Les obregonistes, frustrés de leur victoire, se soulevèrent en mars 1929, dans ce qui fut le dernier coup d'État militaire au Mexique. Après les avoir écrasés, Calles trouva la solution en établissant le régime autoritaire du parti unique, qui supprimait l'autodestruction périodique de la « famille révolutionnaire ». En 1929, en fondant le Parti national révolutionnaire, il pérennisait la dictature de la faction triomphante, qui depuis n'a jamais perdu le pouvoir. Association des callistes, reflet du pouvoir de Calles, le parti (devenu Parti de la révolution mexicaine en 1938 et Parti révolutionnaire institutionnel en 1946) réduit les chocs entre les factions et fournit un machine électorale, un instrument de contrôle politique qui établit, de fait, le monopole. Jusqu'en 1935, les présidents ne sont que les hommes de paille de Calles, « el Máximo ».

Lázaro Cárdenas

Il faut croire que le général Cárdenas avait bien caché son jeu, puisque, candidat de Calles, son élection allait signifier l'exil de ce dernier (non pas la fin du callisme, qui, modernisé, continue encore de nos jours). Un an après son élection, Cárdenas se débarrassait de son patron. Connaissant la vie politique et le peuple, il était capable de mettre ses idées en veilleuse, lorsque, comme l'anticléricalisme, chez lui au moins aussi fort que chez Calles, elles étaient trop dangereuses. On a fait de lui, avec le recul de l'histoire, un révolutionnaire presque marxiste, un précurseur de Fidel Castro. Avec Castro il a en commun la passion du pouvoir personnel, la volonté de tout savoir, tout faire, tout voir. Il a passé plus de la moitié de sa présidence à visiter le pays, à se rendre compte par lui-même. Despote éclairé, il se choisit en 1940 un successeur à droite parce que la conjoncture internationale commande de rassurer les États-Unis, parce que la nation est fatiguée de l'agitation et de l'impéritie. Nationaliste comme Calles, il parvient à nationaliser les pétroles, parce qu'il est sûr de l'amitié de Roosevelt, dont finalement il est très proche. Il faudrait parler de New Deal mexicain plutôt que de Front populaire, mais les formes sont trompeuses et la présence d'une éducation dite socialiste, une rhétorique marxiste, des drapeaux rouges et noirs, tout cela a faussé la vision des historiens. Cárdenas a des préoccupations sociales dans la lignée des vice-rois espagnols ; on ne peut pas dire qu'il soit un homme de gauche, au sens moderne du mot. Populaire il l'est (le mythe cardeniste est resté présent pendant vingt ans après son départ) et il soigne sa popularité en développant la tendance naturelle du recours direct au président. Sous Cárdenas, beaucoup de choses ont changé. Le pétrole est devenu mexicain, la terre a été répartie entre les paysans. L'ampleur de l'œuvre de Cárdenas est telle que tous ses successeurs se sont réclamés de lui, proclamant des objectifs similaires. Chacun a essayé de se faire passer pour un révolutionnaire agrariste, tous ont fixé comme objectif premier la croissance économique et la justice sociale, tous ont voulu prouver leur indépendance vis-à-vis du capital étranger. Le style politique des présidents remonte à lui ainsi que la trilogie qui domine le développement du pays : pétrole, routes, chemin de fer. Les intellectuels enfin ne se sont jamais remis de son passage au pouvoir et en gardent la nostalgie.

La révolution avait ravagé tout le territoire et le combat sanglant avait provoqué la ruine économique ; les grands propriétaires ruraux ont disparu, mais pas les commerçants, les banquiers ou les industriels, qui ont simplement eu un manque à gagner de quelques années, ni les propriétaires de biens urbains, en général. À cette catégorie s'adjoignent les nouveaux riches, profiteurs de la révolution, généraux, politiciens et fonctionnaires qui forment une classe puissante, agressive, unie par la solidarité et les intérêts, se mêlant au gouvernement dont elle est issue. C'est ainsi que, dans les années trente, le Mexique eut son premier président millionnaire. À cela il faut ajouter la corruption des idéologies et des hommes : le langage révolutionnaire perd sens et force, il ne subsiste que parce qu'il constitue une aide pour les gouvernants. Certes, l'idéologie n'a jamais beaucoup compté dans la révolution mexicaine, les catholiques mis à part, mais les mots d'ordre sont devenus des slogans, des clichés. Les ennemis de jadis, l'Église, le capital, l'armée, n'en sont plus, et les États-Unis sont les garants de la continuité révolutionnaire. L'immoralité va de pair avec la confusion des idées, un cycle historique s'achève dans le boom économique de la guerre mondiale. Celui qui commence n'est influencé par le passé que parce que « les traditions des générations passées pèsent comme une montagne sur les cerveaux des vivants ». Cette permanence des mots, accompagnée d'une mise à jour, c'est Thermidor, un Thermidor qui aurait été voulu par Robespierre : en 1940, Cárdenas se donne pour successeur Avila Camacho. La transition avait commencé dès 1938, le ton avait baissé, on consolidait les gains acquis sans plus aller de l'avant, la productivité et l'industrialisation prenaient le pas sur la réforme agraire, la lutte sociale était remplacée par l'unité nationale.

—  Jean A. MEYER

Le monopole politique du P.R.I.

Le Mexique donne, depuis 1929, l'image d'une continuité politique sans faille, malgré la clause de la Constitution de 1917 qui limite l'exercice du pouvoir présidentiel à la durée d'un seul mandat : tous les présidents élus depuis lors l'ont été, en effet, sous le patronage d'un seul et même parti, successivement baptisé Partido nacional revolucionario, Partido de la Revolución mexicana et Partido revolucionario institucional, et cette formation n'a jamais cessé de contrôler étroitement la Chambre des députés, le Sénat et les institutions fédérales et municipales.

En règle générale, la vie politique ne s'anime donc qu'à l'approche de l'élection présidentielle, et encore l'incertitude ne porte-t-elle que sur le choix en petit comité du futur candidat du parti dominant, le tapado (l'occulte), dont le nom ne sera dévoilé qu'à la veille de la campagne électorale. Le seul débat qui compte est celui que se livrent en secret les deux tendances plus ou moins constituées de la « famille révolutionnaire », celle qui s'est attirée la confiance des milieux d'affaires avec les présidents Miguel Alemán (1945-1952) et Gustavo Díaz Ordaz (1964-1970) et celle qui a plutôt cherché l'appui des couches moyennes avec les présidents Adolfo López Mateos (1958-1964) et Luis Echeverría Álvarez (1970-1976).

Luis Echeverria et Richard Nixon, 1972

Luis Echeverria et Richard Nixon, 1972

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Rencontre entre le président mexicain Luis Echeverria et le président américain Richard Nixon, en 1972. 

Crédits : Hulton Getty

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Aussi bien constate-t-on que la participation électorale s'est rétrécie d'un scrutin à l'autre, même après l'extension du droit de vote aux femmes en 1958, et ce phénomène a suffisamment inquiété les milieux dirigeants pour qu'ils aient cru devoir assouplir le mécanisme du scrutin majoritaire à un seul tour qui excluait pratiquement toute opposition parlementaire. Un premier pas a été accompli dans ce sens lorsqu'en 1962 le président López Mateos a fait accorder à tous les partis dûment enregistrés un minimum de cinq députés à la seule condition de réunir 2,5 p.100 des suffrages exprimés au niveau national. Cet expédient n'ayant pas eu l'effet escompté aux élections de 1964, l'administration Díaz Ordaz a préféré tenter, mais sans grande conviction, de démocratiser le fonctionnement du parti officiel pour lui permettre de retrouver sa crédibilité, et elle s'est finalement contentée d'abaisser l'âge de la majorité électorale à dix-huit ans. Alerté à son tour par les événements de 1968 et par le score médiocre des élections de 1970, le président Echeverría se dépêcha de promettre une « ouverture démocratique », mais il n'alla pas plus loin que cette déclaration d'intention. Enfin, après le nouveau coup de semonce que représenta la crise de l'été 1976, l'administration López Portillo (1976-1982) prit en 1977 l'initiative d'avancer dans la voie ouverte par López Mateos puisque la nouvelle loi fédérale sur les organisations politiques et les procédures électorales (L.O.P.P.E.) a permis de donner une existence légale à un certain nombre de formations de gauche et a renouvelé l'intérêt du jeu électoral en ajoutant aux trois cents députés élus à la majorité relative cent députés élus à la proportionnelle.

Dans la pratique, pourtant, le pouvoir ne paraît guère avoir évolué vers plus de tolérance à l'égard de ses adversaires. On remarque, par exemple, que l'administration López Mateos n'as pas reculé devant l'assassinat pour se débarrasser du leader paysan Rubén Jaramillo et qu'elle s'est entêtée à maintenir le grand peintre Siqueiros en prison pendant cinq ans pour « délit de dissolution sociale », tandis que l'administration de Díaz Ordaz porte la responsabilité de la fusillade d'une demi-heure qui a fait une centaine de morts et plusieurs centaines de blessés dans les rangs des manifestants rassemblés le 2 octobre 1968 sur la place des Trois-Cultures. Rien n'indique non plus que le pouvoir ait rompu avec un passé douteux puisque les syndicats liés au P.R.I. gardent leur réputation de charrismo (gangstérisme) et que les accusations de concussion (mordida) continuent à pleuvoir sur les plus hautes personnalités de l'État ou du secteur nationalisé.

L'opinion publique pardonne beaucoup au pouvoir, il est vrai, pour la résistance qu'il n'a cessé d'opposer au leadership américain en refusant notamment de rompre ses relations diplomatiques avec Cuba, en condamnant l'intervention des marines à Saint-Domingue en 1965, en manifestant sa sympathie au président Allende en 1972 et en préconisant, avec ses partenaires du groupe de Contadora, un règlement pacifique des problèmes de l'Amérique centrale. Mais la diplomatie mexicaine ne risque-t-elle pas de perdre de sa liberté de manœuvre dans une conjoncture économique aussi difficile que celle que le pays traverse depuis 1982 ?

Du « miracle » économique à la crise

Le Mexique a connu depuis 1940 une croissance économique remarquable : 5,8 p. 100 en moyenne entre 1940 et 1954 ; 5,9 p. 100 entre 1955 et 1961 ; 7,6 p. 100 entre 1962 et 1970 ; 5,4 p. 100 entre 1971 et 1977 ; 7,7 p. 100 entre 1978 et 1981. Mais, en cumulant les risques d'une industrialisation par substitution des importations, d'un développement agricole mal équilibré et d'un appel massif aux capitaux étrangers, ce « miracle » a débouché sur une crise qui n'a pu être surmontée malgré le boom pétrolier de la fin des années soixante-dix.

Le dynamisme industriel

L'essor industriel a été favorisé à la fois par l'élargissement du marché intérieur à partir des années trente et par la conjoncture internationale particulièrement propice de la période 1940-1973. De plus, l'État n'a cessé de le soutenir sous diverses formes : mesures de protection douanière, subventions indirectes par le biais du faible coût de l'énergie fournie par l'entreprise nationale du pétrole et du gel des prix agricoles susceptibles de se répercuter sur le niveau des salaires, investissements dans l'infrastructure et l'industrie de base jusqu'à concurrence de 43 p. 100 de l'ensemble des investissements entre 1940 et 1954, 31 p. 100 entre 1955 et 1961, 40 p. 100 entre 1962 et 1970, 44 p. 100 entre 1971 et 1978. Enfin, il a pu compter sur un afflux considérable de capitaux étrangers qui se sont taillé une place prépondérante dans les secteurs les plus dynamiques : 67 p. 100 dans les produits chimiques, 79 p. 100 dans l'appareillage électrique, 80 p. 100 dans l'automobile, 89 p. 100 dans le caoutchouc, 90 p. 100 dans l'électronique.

Cette politique a donné des résultats spectaculaires : le produit industriel par habitant a été multiplié par 100 malgré une croissance démographique de plus de 100 p. 100 ; la part de l'industrie est passée de 24,9 p. 100 en 1940 à 29,2 p. 100 en 1960 et à 34 p. 100 en 1970 ; le volume de la production industrielle s'est multiplié par 30 entre 1940 et 1960 et a encore presque triplé entre 1960 et 1972 ; la capacité de production d'énergie électrique s'est élevée à 13 millions de kilowatts en 1976 contre 629 000 en 1937 ; le réseau routier s'est allongé de 9 929 kilomètres en 1940 à 29 060 kilomètres en 1977 ; la production d'acier est passée de 1 500 000 tonnes en 1960 à 3 900 000 tonnes en 1970 et 7 millions de tonnes en 1977, celle des automobiles et des camions de 50 000 unités en 1960 à 188 000 en 1970 et 597 000 en 1981, et celle des engrais chimiques de 372 000 tonnes en 1960 à 1 514 000 tonnes en 1982.

Les progrès du secteur pétrolier ont été beaucoup plus rapides encore depuis 1972 : en dix ans, l'entreprise nationale Pemex a multiplié par 13 les réserves connues d'hydrocarbures, sextuplé l'extraction du brut et la valeur de ses ventes, doublé sa production de raffinés et quadruplé celle de sa branche pétrochimique. Avec une production de brut de 2,3 millions de barils par jour, dont la majorité en provenance de la zone offshore du golfe de Campeche, et une commercialisation de 4 060,8 millions de pieds cubes par jour (environ 15 millions de mètres cubes), essentiellement fournis par le gisement de Huimanquillo dans le Sud-Est, elle a contribué en 1981 pour 9 p. 100 au P.I.B. et pour 54,5 p. 100 au financement des dépenses publiques, malgré la détérioration du marché extérieur.

Le bilan de l'industrialisation est pourtant moins positif sous d'autres aspects, notamment en ce qui concerne la création d'emplois dont le nombre ne s'est pas élevé à plus de 2 230 000 entre 1940 et 1970. Certes, les retombées du boom pétrolier ont permis d'en dégager quelque 4 millions entre 1978 et 1981, mais les activités qui occupent la majorité de la main-d'œuvre restent excessivement concentrées dans le District fédéral et les deux États du Nuevo León et du Jalisco (57 p. 100 en 1970), et, si on examine le cas des maquiladoras, ces entreprises d'assemblage qui ont fleuri le long de la frontière du Nord depuis 1965, on constate que sur les 120 000 nouveaux postes de travail qu'elles ont offert en 1980, 20 000 à peine étaient destinés à du personnel masculin et n'ont guère contribué à tarir le flot de paysans sous-employés qui passent clandestinement aux États-Unis pour y compléter leurs ressources.

Frontière américano-mexicaine

Frontière américano-mexicaine

photographie

Un trou, percé par les immigrants clandestins, dans le mur-frontière construit entre les États-Unis et le Mexique. 

Crédits : Hulton Getty

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Les blocages de l'agriculture

Sur la lancée de la réforme agraire des années trente, la production agricole a progressé à une moyenne annuelle de 5,8 p. 100 entre 1940 et 1950 et de 4,3 p. 100 entre 1950 et 1960, mais, en sacrifiant la modernisation des petites exploitations au développement de l'agriculture commerciale, la « contre-réforme agraire » qui s'est opérée au cours de cette période a fait tomber ce taux de croissance à 2,9 p. 100 entre 1960 et 1976 et 2,6 p. 100 en 1977-1979.

Le virage a été très sensible dans la distribution des terres : 5 518 970 hectares et 112 447 bénéficiaires sous Avila Camacho (1940-1946), 3 844 745 hectares et 85 026 bénéficiaires sous Alemán, 3 198 781 hectares et 55 929 bénéficiaires sous Ruiz Cortines (1952-1958) contre 17 889 792 hectares et 774 009 bénéficiaires sous Cárdenas. Soucieux de garantir la grande entreprise agricole contre les risques d'une expropriation, le président Alemán n'attendit d'ailleurs pas la fin du premier mois de son mandat pour faire élever le seuil d'application de l'article 17 de la Constitution jusqu'à 150 hectares pour les plantations de coton et 300 hectares pour celles d'arbres fruitiers.

C'est également à l'avantage de la bourgeoisie agraire du nord du pays qu'ont été réalisés la plupart des grands travaux qui ont permis d'accroître les surfaces irrigables de 550 000 hectares sous Avila Camacho, de 600 000 hectares sous Alemán et de 750 000 hectares sous Ruiz Cortines. Les trois quarts des terres ainsi bonifiées se situaient, en effet, dans les États de Basse-Californie, Sonora, Sinaloa et Tamaulipas, et le recensement agricole de 1960 confirme d'ailleurs que cette politique qui avait absorbé, à partir de 1942, les quatre cinquièmes du budget du pays n'avait profité qu'à un dixième des paysans dont 5 000 propriétaires de plus de 200 hectares qui détenaient à eux seuls 9,5 millions d'hectares, soit 42 p. 100 des terres arables. Qui plus est, l'eau fournie à ces privilégiés leur était facturée à un prix si modique que sa vente ne couvrait qu'à 45 p. 100 les frais engagés par l'État.

Les petits paysans des hautes terres, qui représentent les deux tiers de la population rurale, ont été également les plus défavorisés, en tant que producteurs d'aliments de base pour le marché intérieur, par le retard croissant des prix agricoles sur les prix industriels, et, lorsque la poussée démographique a encore rendu plus précaires leurs conditions d'existence, bon nombre d'entre eux ont dû émigrer vers les bidonvilles qui cernent la capitale, à la recherche très problématique d'un emploi. S'ajoutant aux tensions créées par cet exode massif, la multiplication des conflits agraires a obligé à reprendre la distribution des terres sous López Mateos (16 004 169 ha), Díaz Ordaz (24 842 856 ha) et Echeverría (5 155 356 ha), mais le ralentissement des travaux d'irrigation à la même époque a beaucoup réduit la portée de ces mesures, et, faute de crédits et d'assistance technique, les exploitations traditionnelles n'ont guère profité de la « révolution verte » des années soixante qui a privilégié le développement de l'arboriculture et des cultures liées à l'élevage du bétail au détriment des cultures vivrières comme le maïs et les haricots (59 p. 100 des terres cultivées en 1970 contre 78 p. 100 en 1960).

Ces blocages n'ayant pu être levés par une simple reprise des investissements dans les années soixante-dix, les succès enregistrés par les cultures commerciales n'ont plus suffi à compenser les mauvaises performances des productions destinées à la consommation locale, et, pour la première fois dans l'histoire du pays, la balance agricole s'est soldée en 1980 par un déficit, surtout à cause des importations massives de grains auxquelles il a fallu recourir pour compléter les récoltes de maïs et de haricots qui avaient respectivement reculé de 18 et 30 p. 100 au cours de l'année précédente. Beaucoup plus grave encore par sa répercussion sur le revenu des paysans les plus démunis que par son poids dans la balance des paiements (3,5 milliards de dollars), cette baisse de production a marqué la faillite du système alimentaire mexicain (S.A.M.) dont le président López Portillo prétendait faire le pendant de son ambitieux programme énergétique, et il est douteux que la cure d'austérité imposée par Miguel De la Madrid (qui a accédé à la présidence en 1982) pour satisfaire aux conditions posées par le F.M.I. puisse mieux soulager les maux dont souffrent près des trois quarts de la population rurale : sous-emploi chronique, carences alimentaires, analphabétisme et manque de soins médicaux.

Dépendance et crise financière

Pour résoudre ses nombreux problèmes sociaux, le Mexique, misant à fond sur ses énormes réserves d'hydrocarbures, s'est lancé à partir de 1978 dans une croissance accélérée qu'il n'a pu financer qu'en aggravant massivement son endettement extérieur. Le retournement du marché pétrolier et la hausse des niveaux internationaux du taux d'intérêt ont précipité l'échec de cette stratégie, et le pays s'est retrouvé en 1982 au bord de la banqueroute.

Après la crise économique, financière et politique qui avait assombri la dernière année du sextennat de Luis Echeverría et les réajustements dont la dévaluation du peso avait fait apparaître la nécessité, la reprise s'est effectuée au second semestre de 1978 grâce à un vigoureux programme d'investissements publics dans le secteur pétrolier et elle s'est prolongée jusqu'à la fin de 1981 à un rythme de 60 p. 100 supérieur à la moyenne mondiale. Mais, si elle a effectivement permis de réduire le chômage, de moderniser considérablement l'appareil industriel et d'améliorer les services de santé et d'éducation, cette puissante expansion s'est vite accompagnée de phénomènes de surchauffe : les importations de biens de consommation et d'équipement se sont accrues à un taux moyen annuel de 43,5 p. 100, creusant le déficit de la balance commerciale (5,5 milliards de dollars en 1977, 25 milliards de dollars en 1981) ; le taux d'inflation qui était descendu à 16,2 p. 100 en 1978 est remonté à plus de 28 p. 100 en 1981, et la surévaluation du peso entraînant une baisse des exportations traditionnelles, du solde des transactions frontalières et de l'excédent de la balance touristique, le déficit de la balance des paiements s'est multiplié par 2,7 entre 1978 et 1980.

Le pire est que la correction de ces déséquilibres n'a pu se faire qu'au prix d'une dépendance grandissante à l'égard d'un marché aussi instable que celui du pétrole et d'un endettement extérieur d'autant plus dangereux qu'il comportait une large part de crédits à court et à moyen terme : les produits pétroliers en sont arrivés à représenter jusqu'à 73 p. 100 des exportations en 1981 contre seulement 21 p. 100 en 1977, et le montant de la dette publique à l'extérieur s'est alourdi pendant le même temps de 24 p. 100 par an, atteignant à la fin de décembre 1981 la somme de 53 milliards de dollars, à quoi s'ajoutaient quelque 20 milliards de dollars de dettes privées, 5 milliards de dollars de dette commerciale à court terme ou de dette intérieure des multinationales implantées au Mexique et 7 ou 8 milliards de dollars d'hypothèques pour des biens acquis aux États-Unis par des résidents de nationalité mexicaine ; la charge des intérêts était donc telle qu'elle dépassait la valeur des exportations énergétiques et que les emprunts ne servaient plus qu'à rembourser les dettes.

Ce fragile équilibre n'a pu résister aux contrecoups de la crise qui a frappé en 1981 les États-Unis avec lesquels s'effectuaient les deux tiers du commerce extérieur et d'où provenaient 70 p. 100 des investissements et le tiers des prêts bancaires. Le plafonnement des recettes pétrolières au-dessous du niveau escompté, le renchérissement des crédits extérieurs et l'évasion de plus de 20 milliards de capitaux ont déclenché, dès le début de 1982, une crise financière si aiguë que, malgré les mesures prises en février pour laisser descendre le peso de près de 50 p. 100 et la négociation en juin d'un crédit international de 2,5 milliards de dollars, le gouvernement a dû se résigner en août à entériner une nouvelle dépréciation du peso au tiers de sa valeur précédente, à instaurer un contrôle des changes, à geler 12 milliards de dollars de dépôts bancaires libellés en devises, à nationaliser les banques, à suspendre le remboursement de sa dette à court terme et à solliciter une avance de 1 milliard de dollars sur ses livraisons de pétrole à la Strategic Petroleum Reserve, un autre crédit de 1 milliard de dollars auprès de la Commercial Commodity Corporation pour financer ses achats de céréales, un prêt de 3,84 milliards de dollars auprès du F.M.I. et l'ouverture de lignes de crédit pour 1,85 milliard de dollars par les banques centrales des États-Unis, du Canada, du Japon, de la R.F.A., la Grande-Bretagne, de la France, de l'Italie et de la Suisse.

Tous les objectifs de croissance ont été balayés par cette tourmente : le P.I.B. a reculé de 0,2 p. 100, les investissements de 16,8 p. 100, les importations de 41 p. 100, la production des biens durables de 11,8 p. 100, le bâtiment de 4,2 p. 100, l'agriculture de 2,4 p. 100, le commerce de 1,4 p. 100, l'emploi de 0,8 p. 100. En revanche, le taux d'inflation est monté à 98,8 p. 100, le déficit public a doublé par rapport à 1980, la dette extérieure s'est alourdie de 20 milliards de dollars et l'accord conclu en décembre avec le F.M.I. comporte des clauses extrêmement sévères pour le gouvernement mexicain : il s'est engagé à réduire le déficit public à 8,5 p. 100 du P.I.B. en 1983, alors qu'il en représentait 16,5 p. 100 en 1982, et, sur les 25 milliards de dollars de recettes extérieures prévues en 1983 pour le budget fédéral, il devra en consacrer 14 au seul remboursement des intérêts de sa dette externe.

Aussi bien Miguel De la Madrid a-t-il mis en œuvre une politique d'austérité qui s'est traduite par une nouvelle dévaluation du peso (95 pesos = 1 dollar sur le marché contrôlé, 150 pesos = 1 dollar sur le marché libre), une révision en baisse des projets d'investissements et des coupes claires dans les subventions, la libération des prix et la hausse des impôts et des tarifs publics. Ces mesures ont réussi à ralentir le rythme de l'inflation au premier trimestre de 1983, mais la baisse des cours du brut a fait perdre 1,3 milliard de dollars sur les ventes réalisées durant la même période, et, à la fin de février, un rapport de la Banque du commerce extérieur estimait que le nombre des personnes sans emploi ou sous-employées atteignait 13 millions, soit plus de la moitié de la population économiquement active.

Le Mexique au tournant du XXIe siècle

Le difficile sexennat de Miguel De la Madrid (1982-1988)

Lors de son accession à la présidence le 1er décembre 1982, le successeur de José López Portillo avait hérité d'une situation particulièrement difficile, eu égard au scepticisme qui s'était développé dans l'opinion publique à la suite des désastreuses fins de mandat de ses deux prédécesseurs et surtout à la gravité des problèmes économiques qu'il devait affronter : effondrement des entrées de devises, accélération brutale du rythme de l'inflation et chute catastrophique des activités productives. Au terme de son sexennat, il laisse le pays dans un état non moins préoccupant puisque ses efforts de réorganisation de l'économie n'ont pas donné les résultats escomptés mais, au contraire, aggravé la désaffection de la population à l'égard d'un système politique dont la stabilité avait jusque-là paru inébranlable.

Mexique : bilan économique du sexennat de Miguel De la Madrid

Mexique : bilan économique du sexennat de Miguel De la Madrid

tableau

Bilan économique du sexennat de Miguel De la Madrid (source : « El Cotidiano »). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La crise économique

Le diagnostic formulé dans le plan national de développement proposé pour 1983-1988 soulignait que les problèmes structurels de l'économie mexicaine résidaient dans « les déséquilibres des appareils de production et de distribution, l'insuffisance de l'épargne nationale, le manque de devises et les inégalités dans la distribution des bénéfices du développement ». Mais l'énoncé des « problèmes actuels » revêtait une dimension sans doute plus dramatique en faisant ressortir que le taux de chômage avait doublé, que la production était en baisse dans plusieurs secteurs, que de nombreuses entreprises étaient au bord de la faillite, que l'inflation connaissait une hausse vertigineuse, que le produit et le revenu national diminuaient, que le secteur public enregistrait depuis deux ans un déficit supérieure à 15 p. 100 du P.I.B. et que le pays était en virtuelle cessation de paiement avec l'extérieur.

Pour sortir de l'ornière, la nouvelle équipe dirigeante proposa à la fois un « programme immédiat de rajustement économique » visant à réduire l'inflation, soutenir l'emploi et créer de nouvelles possibilités de croissance, et un « changement structurel » qui accordait la priorité aux aspects sociaux de la croissance, à la modernisation de l'appareil de production et de distribution, à la décentralisation des activités productives et des réalisations sociales, à l'élaboration de modes de financement conformes aux exigences du développement national, au renforcement du rôle dirigeant de l'État mais aussi du soutien apporté aux entreprises privées.

De fait, conformément aux accords passés avec le F.M.I. à la fin de 1982, on s'est borné à appliquer une politique de stabilisation, remarquable seulement par sa sévérité, qui a permis de réduire de 20 p. 100 le taux d'inflation de l'année, de doubler l'excédent commercial (13 679 millions de dollars contre 6 792 millions en 1982) et de porter celui des paiements courants au chiffre record de 5 milliards de dollars mais avec la contrepartie d'une baisse de 5,3 p. 100 du P.I.B., d'une réduction d'un tiers des investissements déjà en baisse en 1982, d'une augmentation du chômage de l'ordre de 59 p. 100, d'une diminution du salaire réel évaluée à 28 p. 100 et du triplement du taux de change de la monnaie nationale.

Cette cure d'austérité a encore eu quelques effets positifs en 1984 avec une nouvelle baisse de l'inflation (de 80,8 à 59,2 p. 100), une croissance de 3,7 p. 100 et un solde largement excédentaire pour la balance commerciale comme pour celle des paiements (respectivement 13 milliards et 4 milliards de dollars environ), mais, malgré les nouveaux efforts consentis en 1985 (« dégraissages » du secteur public, flottement du taux de change, augmentation de la pression fiscale et hausse du taux d'escompte), les résultats ont été plutôt décevants avec une croissance de 2,7 p. 100 à peine au lieu des 3 ou 4 p. 100 prévus et surtout une reprise de l'inflation (63,7 p. 100) et une forte réduction de l'excédent commercial (8 451 millions de dollars) et du solde des paiements courants (540 millions de dollars). Sans doute faut-il tenir compte dans ce bilan des pertes causées par le tremblement de terre du mois de septembre 1985, mais les signes d'essoufflement qui s'étaient manifestés dès le premier semestre montrent qu'il s'explique bien davantage par le poids de la dette extérieure – dont le service absorbait 70 p. 100 du montant des exportations – et par le mécanisme spéculatif qui a permis l'évasion annuelle de 4 milliards et demi de dollars en moyenne de 1983 à 1985.

Le nouvel effondrement du marché pétrolier en 1986 (8,25 dollars le baril en juillet contre 25,33 dollars en 1985) a représenté pour le Mexique une perte équivalant à la moitié de la valeur de ses exportations, et les autorités du pays n'ont pu faire face à leurs obligations qu'en négociant de nouveaux emprunts pour un total de 14 milliards de dollars auprès de la Banque mondiale, du gouvernement japonais et des banques privées. Il n'est donc pas surprenant que les indicateurs économiques aient été rien moins que satisfaisants : baisses de 3,8 p. 100 du P.I.B. et de 10 p. 100 du salaire réel, hausses de l'inflation à 105 p. 100 et du déficit public à 16 p. 100 du P.I.B.

La première moitié de 1987 parut augurer des jours meilleurs, bien que la reprise ait été plus faible qu'il n'était prévu et que l'inflation se soit encore accrue, mais le choc boursier d'octobre fut particulièrement rude pour la Bourse de Mexico et le bilan annuel très inégal avec un excédent commercial de 9 milliards de dollars et un excédent des paiements courants supérieur à 4 milliards de dollars mais une croissance limitée à 1,9 p. 100, une baisse du salaire réel de 5 p. 100, un déficit public égal à 15,8 p. 100 du P.I.B. et une inflation de 159,2 p. 100. La mise en œuvre d'un « pacte de solidarité économique » a pu s'appuyer en 1988 sur un contexte international plus favorable, mais la hausse des prix a encore atteint 31,5 p. 100 au premier trimestre et finalement le sexennat s'achève sur une baisse du P.I.B. qui dépassera 3 p. 100 et paraît d'autant plus redoutable qu'elle est due, pour une large part, à la crise qui affecte deux activités aussi vitales que le bâtiment (— 20,6 p. 100) et la production de machines-outils et de biens d'équipement (— 19,2 p. 100).

Seuls émergent de cet ensemble morose le secteur primaire (+ 4,8 p. 100) et surtout les activités de sous-traitance (maquiladoras) qui ont prospéré dans les villes frontalières du Nord comme Tijuana, Ciudad Juárez et Nogales où les facilités offertes par les autorités mexicaines (exemptions, infrastructure) et surtout la réduction du coût de la main-d'œuvre par la dévaluation du peso ont attiré les investisseurs américains, japonais, sud-coréens et même taiwanais. C'est ainsi que depuis 1982 ces ateliers de montage produisant des instruments de précision, des composants électroniques et du matériel informatique ont vu doubler, en même temps que leur nombre, celui du personnel – essentiellement féminin – qu'ils occupaient (230 000 au lieu de 110 000) et sont devenus la troisième source de devises pour le pays (2 milliards de dollars par an).

La contestation politique

La crise économique a fortement aiguisé les contradictions sociales et ranimé, du même coup, l'intérêt pour la politique que le règne sans partage du P.R.I. semblait avoir réduit à néant depuis de nombreuses années. Ainsi s'explique sans doute que, pour la première fois depuis près de soixante ans, la procédure de désignation du candidat officiel ait donné lieu, à l'intérieur même du parti dominant, à une contestation assez vive pour justifier l'exclusion de deux personnalités aussi considérables que Porfirio Muñoz Ledo, ancien ambassadeur aux Nations unies, et surtout Cuauhtemoc Cárdenas, fils du plus populaire des présidents mexicains.

On imagine aussi que lorsque, le 4 octobre 1987, le nom du tapado (successeur désigné à la candidature) fut officiellement dévoilé la pilule parut amère à la clientèle traditionnelle du P.R.I., c'est-à-dire les classes moyennes, dont le pouvoir d'achat avait été amputé de 35 à 40 p. 100 par la crise, et les milieux populaires, durement touchés par la suppression des subventions qui avaient longtemps permis de réduire le coût des produits de première nécessité. Il s'agissait, en effet, de Carlos Salinas de Gortari, le principal responsable de la politique économique du gouvernement depuis cinq ans et, ce qui n'arrangeait rien, un homme jugé trop conciliant à l'égard des États-Unis, dont il avait déclaré « comprendre le dynamisme économique, politique et stratégique ».

La campagne électorale ne fit que confirmer la perte d'influence du P.R.I. dont les meetings ne regroupaient généralement que ses obligés, et la plupart des observateurs prévoyaient en conséquence une forte poussée du Parti d'action nationale (P.A.N.) dont le candidat, Manuel Clouthier, se signalait par sa faconde. Mais, à partir du 7 juin, le ralliement des partis de gauche à la candidature de Cuauhtemoc Cárdenas a créé une dynamique si puissante en sa faveur que l'appareil du P.R.I. n'a pas reculé devant l'assassinat de deux de ses collaborateurs, dans le but probable d'intimider les délégués chargés de contrôler la régularité du scrutin.

Ces deux meurtres s'ajoutant à ceux dont ont été victimes plusieurs dizaines d'enseignants et de journalistes sous le seul sexennat de Miguel De la Madrid n'ont pas suffi, en tout cas, à détourner les électeurs des urnes puisque le taux de participation a atteint le 6 juillet un record (environ 80 p. 100) dans un pays où l'abstentionnisme massif était de règle. Quant aux résultats, dont la validité a été vigoureusement contestée par l'opposition de droite comme par celle de gauche, ils représentent, de toute façon, un revers cuisant pour le P.R.I., dont le candidat n'a obtenu que 50,36 p. 100 des voix alors que celui du P.A.N. en recueillait 17 p. 100 et celui du Front démocratique national (F.D.N.) de Cárdenas 31,5 p. 100.

—  Roland LABARRE

Ouverture économique et réformes institutionnelles (1988-1994)

L'élection présidentielle de 1988 est remportée par Carlos Salinas de Gortari, candidat du P.R.I., mais elle est marquée par une forte polémique sur une possible fraude électorale. Surtout, pour la première fois dans l'histoire du Mexique, on a pu penser que la victoire d'un autre parti, en l'occurrence le F.D.N. avec la candidature de Cuauhtémoc Cárdenas, était possible. Salinas doit donc reconquérir une légitimité auprès de la société mexicaine et des institutions internationales, indispensable à la mise en œuvre de son projet économique. Le sexennat de Salinas se caractérise, ainsi, par l'approfondissement des réformes économiques engagées par son prédécesseur Miguel de la Madrid visant le retrait de l'État de l'économie, par une nouvelle politique sociale davantage axée sur des formes de partenariat avec les groupes sociaux marginalisés, ainsi que par de nombreuses réformes sur le plan des institutions politiques.

Le « libéralisme social »

En 1982, la crise de la dette, liée à l'effondrement des prix du pétrole, avait conduit à un changement d'orientation de la politique économique. L'État protecteur et interventionniste organisait alors, sous la pression des institutions financières internationales, son retrait du secteur économique. Le premier pas vers la libéralisation du commerce avait été franchi avec l'entrée du Mexique, en 1986, dans le G.A.T.T. (General Agreement on Tariffs and Trade). Mais la situation économique restait marquée par une très forte inflation (plus de 150 p. 100 en 1987), de nombreuses dévaluations du peso et une augmentation du déficit public (qui représente 45 p. 100 du budget).

L'administration de Salinas rompt avec le discours et la politique nationale révolutionnaires traditionnels et prône un « libéralisme social », qu'il fonde sur le libéralisme politique de Benito Juarez (président de 1867 à 1872) et la révolution mexicaine (1910-1920). Cette politique permettra à Salinas de faire aboutir d'ambitieuses réformes.

Le gouvernement privatise le secteur bancaire (nationalisé douze années auparavant par López Portillo), et les fonds récupérés de sa vente et de celle de milliers d'autres compagnies (téléphone, transports ferroviaires, mines, etc.) servent à réduire la dette interne et à investir dans les infrastructures de façon à augmenter l'efficacité de l'économie et sa compétitivité. Salinas, estimant que le Mexique doit redéfinir les termes de ses relations avec ses principaux partenaires commerciaux, souhaite faire participer son pays à l'accord de libre-échange que les États-Unis et le Canada avaient signé quelques années auparavant. Dès 1990, les discussions officielles sont entamées et l'Accord de libre-échange nord-américain (A.L.E.N.A.) est signé en 1992. La même année, l'article 27 de la Constitution, qui proclame la propriété de la nation sur les terres et le sous-sol du pays, est en partie modifié, mettant fin à la répartition agraire issue de la révolution et rendant possible l'association de petits propriétaires avec des entreprises nationales ou internationales. Dans un pays comme le Mexique où la question agraire a, depuis l'indépendance, toujours constitué un élément d'injustice sociale, ce changement est très mal perçu par les organisations paysannes et indigènes indépendantes qui la considèrent comme une « contre-réforme » agraire. La modification, toujours en 1992, de l'article 4 de la Constitution, qui reconnaît désormais le caractère pluriethnique de la nation mexicaine, se présente comme une politique de compensation à l'égard des indigènes, majoritairement encore paysans, dont l'un des fondements de l'identité, le territoire, est touché par la réforme de la propriété de la terre.

Ces transformations sont accompagnées d'une nouvelle politique sociale. Mise en œuvre dès 1988, celle-ci cherche à atteindre une meilleure justice sociale en dépassant le schéma du simple transfert de ressources ou des subventions ciblées. Elle associe donc l'appui financier du gouvernement à la participation organisée des bénéficiaires. Cette nouvelle forme de politique est également appliquée à l'égard des populations indigènes, confirmant ainsi les profondes mutations dans la politique de l'État envers ce secteur de la population mexicaine. L'indigénisme d'État avait été critiqué dès les années 1970, dans le contexte international des processus de décolonisation, et les gouvernements avaient tenté d'instaurer des politiques faisant place à la participation des indigènes. Mais la crise des années 1980 avait conduit Miguel de la Madrid à adopter une politique d'austérité et à supprimer les programmes d'assistance (tels que Coplamar), destinés aux secteurs marginalisés de la population. Il avait mis en place une politique « avec les indigènes » et non plus « pour les indigènes », qui faisait référence à l'autogestion économique et politique de leurs communautés. Cette orientation est poursuivie par Carlos Salinas de Gortari, à travers la mise en place de son Programme national de solidarité (PronasoL) et des Fonds régionaux de solidarité. Ce programme de lutte contre la pauvreté et d'aide à la production agricole et artisanale met l'accent sur la gestion du développement par les propres bénéficiaires des aides. Il s'accompagne d'un discours sur le droit des communautés indigènes de prendre en main leur propre développement et de préserver leur spécificité culturelle. Les résultats qualitatifs de cette politique sont difficiles à évaluer mais, sur le plan quantitatif, des milliers d'écoles ont été réhabilitées ou construites, ainsi que des hôpitaux, des routes, des systèmes d'eau potable et d'électrification.

Institutions et vie démocratique

Les relations entre l'Église et l'État

Historiquement houleuses, les relations entre l'Église catholique et l'État mexicain ont été réformées en 1992. Profondément anticléricale, la réglementation datait de 1926 et, si les accords de 1929, qui mettaient fin à la Cristiada ou guerre des Cristeros (1926-1929), avaient permis sa non-application, elle laissait cependant le statut de l'Église dans un vide juridique incohérent. Dans les années 1980, la situation difficile de la population a renforcé le rôle de l'Église face à un État qui se désengage de sa politique sociale traditionnelle. Lorsque, en 1986, les évêques de l'État de Chihuahua menacent de suspendre les cultes, ils exposent au grand jour la faiblesse de l'État par rapport à l'Église et ravivent les fantômes de ce vieux conflit. L'intervention du délégué apostolique a permis de calmer le mécontentement. Salinas, alors candidat, a compris que le régime politique, en perte de légitimité, trouverait dans l'Église un allié de poids. Des négociations ont alors commencé. L'Église offrit un symbole important à Salinas en assistant à sa prise de fonction en 1988 ; et, en 1992, les réformes constitutionnelles reconnaissaient, dans certaines limites, des droits citoyens aux prêtres (droit de vote notamment). Le pas suivant dans la normalisation des rapports entre l'Église et l'État fut le rétablissement des relations diplomatiques entre le Mexique et le Vatican (rompues depuis la Constitution libérale de 1857), puis la visite du pape Jean-Paul II, en 1993.

Réformes politiques et crise économique

Le sexennat de Salinas et le mandat de son successeur Ernesto Zedillo se caractérisent également par de profondes modifications de la législation fédérale et par un rythme effréné de réformes constitutionnelles – en quinze ans a été votée presque la moitié des réformes effectuées depuis l'adoption de la Constitution en 1917. Les institutions sont ainsi profondément remaniées pour renforcer, au moins formellement, les droits fondamentaux, le système électoral, l'organisation et les compétences du Congrès fédéral et du pouvoir judiciaire. Le changement le plus visible est la création, en 1990, de la Commission nationale des droits de l'homme. Les domaines sur lesquels portent les plaintes présentées devant cette Commission sont de bons indicateurs des défaillances de la vie démocratique du pays : la plupart visent les autorités judiciaires pénales et dénoncent la détention illégale, la torture, l'homicide, l'abus d'autorité, les fausses accusations, la violation des droits des prisonniers et des peuples indigènes, et les déficiences dans l'exécution des sentences.

Par ailleurs, la bulle de croissance économique créée par la stabilité monétaire et le retour à une faible inflation a conduit de nombreux politiques et les médias à penser que le Mexique s'était converti en pays du « premier monde ». Cette croyance s'est renforcée, en mai 1994, lorsque le Mexique a été le premier des pays récemment industrialisés à entrer dans l'O.C.D.E. Mais la surévaluation du peso (au moins 20 p. 100) représentait une vulnérabilité réelle. Une série d'événements en 1994, dernière année du mandat de Salinas, semble être à l'origine de la crise. Tout d'abord, dans la tradition du régime PRI-iste, l'année électorale implique d'importantes dépenses publiques qui augmentent le déficit à hauteur de 7 p. 100 du P.I.B. Pour financer ce déficit, des Tesobonos (bons du trésor) ont été émis, mais cet instrument prévoyait le paiement en dollars et non en pesos, alors que les réserves en devises étaient déjà au plus bas. Ensuite, une certaine instabilité politique, liée au soulèvement néo-zapatiste au Chiapas le 1er janvier 1994, et à l'assassinat du candidat du P.R.I., Luis Donaldo Colosio, et du secrétaire général du parti, José Francisco Ruiz Massieu, a alarmé les investisseurs. Les porteurs des Tesobonos, mexicains et étrangers, les ont alors précipitamment revendus, et la crise fut inévitable.

Orthodoxie économique et violence sociale (1994-2000)

C'est dans ce contexte difficile qu'Ernesto Zedillo Ponce de León arrive, le 1er décembre 1994, à la présidence de la République. Son élection, surveillée par les observateurs internationaux, est reconnue comme une élection démocratique. Zedillo doit alors immédiatement affronter deux grands problèmes : la crise économique et le conflit au Chiapas.

Sortie de crise et inégalités sociales

Après avoir décidé de dévaluer la monnaie nationale, favorisant de nouveau la fuite des capitaux (l'« erreur de décembre » ou l'« effet Tequila » pour parler de l'onde de choc de la crise mexicaine), le gouvernement établit un système de change flottant entre le dollar et le peso, qui fait encore chuter ce dernier (de 3,4 pesos pour un dollar dans le système de change fixe, il passe à 7,2 au début de 1995). Face à l'impossibilité du Mexique de payer ses dettes en dollars, un plan de sauvetage est mis en place avec l'appui financier des États-Unis et du F.M.I. Mais avec son entrée dans l'A.L.E.N.A., depuis le 1er janvier 1994, le Mexique a été obligé de sortir de la crise en contrôlant strictement la politique fiscale, en continuant la politique commerciale et en maintenant le change flottant. La croissance accélérée des exportations a permis d'amortir la récession et le taux de croissance mensuel du P.I.B. s'est vite redressé. En 1996, l'économie était en croissance (atteignant 7 p. 100 en 1999) et, en 1997, le Mexique a fini de rembourser ses dettes aux États-Unis. Cependant, les effets de la crise, principalement causés par les très hauts taux d'intérêts dus à la dévaluation de 1994, ont conduit au surendettement des familles et des entreprises. Face à l'impossibilité de payer leurs dettes, ce qui menace le système bancaire national, le gouvernement a mis en place le Fobaproa (un fonds de protection de l'épargne) pour absorber les dettes des épargnants. Le passif du Fobaproa a ainsi atteint plus de 500 millions de dollars, soit l'équivalent des deux tiers des dépenses de l'État en 1998 et du double de la dette. Mais cette initiative a été critiquée pour avoir moins servi aux petits épargnants qu'aux grandes entreprises et aux banques elles-mêmes, dont certaines sont accusées de fraude et d'enrichissement aux dépens de l'argent public.

La crise a eu des effets désastreux sur la population. La pauvreté extrême est passée de 21 p. 100 en 1994 à 37 p. 100 en 1996. À partir de 1997, Zedillo met alors en place un programme de combat contre celle-ci (Progresa) qui vise au développement du « capital humain », à travers un système de bourses, en matière d'éducation, de santé et d'alimentation, en ciblant les foyers les plus pauvres. Les dépenses sociales ont alors considérablement augmenté mais, malgré ces efforts, 38 p. 100 des familles se trouvaient, en 1998, au-dessous du seuil de pauvreté. De plus, les inégalités sont loin de se résorber et, à la fin des années 1990, les 10 p. 100 les plus riches reçoivent 42 p. 100 du revenu national, alors que les 40 p. 100 les plus pauvres perçoivent à peine plus de 11 p. 100, et l'inégalité continue de se creuser.

Le conflit au Chiapas

Sur le plan de la politique intérieure, Zedillo a été confronté, dès sa prise de fonction, à la guérilla néo-zapatiste qui a éclaté dans le Chiapas le 1er janvier 1994, au moment même de l'entrée en vigueur de l'A.L.E.N.A. La guerre déclarée par l'Armée zapatiste de libération nationale (E.Z.L.N.) contre le gouvernement mexicain a été de courte durée (deux semaines), mais elle a provoqué une forte commotion dans l'opinion nationale et internationale. L'occupation de la ville coloniale de San Cristóbal de Las Casas par une armée composée majoritairement d'Indiens des communautés des Altos du Chiapas, ainsi que l'éloquence de son dirigeant le sous-commandant Marcos, relayée par les moyens électroniques de diffusion, ont eu pour effet de placer au centre du débat politique national les questions de démocratie et de respect de l'identité des peuples autochtones. Le gouvernement, après avoir déclaré un cessez-le-feu unilatéral, a ouvert des négociations avec la guérilla néo-zapatiste qui ont abouti à la signature des accords de paix de San Andrés en février 1996. Ceux-ci ont immédiatement été repris dans une proposition de réforme constitutionnelle, élaborée par la Commission de concorde et pacification (Cocopa, composée de parlementaires de tous les partis et d'intellectuels mexicains), qui établit de nouveaux mécanismes afin de renforcer la participation des Indiens à la vie politique, économique, sociale et culturelle dans le respect de leur identité et de leurs formes d'organisation. Mais le gouvernement fédéral n'a pas tenu ses engagements et la proposition de la Cocopa est restée lettre morte. Les discussions se sont bloquées et la militarisation s'est intensifiée dans le Chiapas. En décembre 1997, un groupe de quarante-cinq Indiens tzotziles est massacré dans l'église d'Acteal où ils ont été attaqués par un groupe de paramilitaires proches du P.R.I., sans que la police intervienne. Le massacre est dénoncé au niveau national et international. Dans les mois qui suivent, cent vingt-cinq personnes sont détenues, y compris le maire de la ville et plusieurs officiers de police, mais aucun fonctionnaire de plus haut rang n'a été inquiété. L'enquête judiciaire menée depuis lors a montré l'implication de l'État au plus haut niveau (police et justice, chefs militaires). Aujourd'hui encore, le crime des martyrs d'Acteal reste impuni.

Marche commémorative au Chiapas, Mexique, en 1998

Marche commémorative au Chiapas, Mexique, en 1998

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Des milliers de manifestants participent à une marche, le 22 décembre 1998, en souvenir du massacre de quarante-cinq Indiens Tzotzil perpétré un an plus tôt dans la ville d'Acteal et attribué aux forces paramilitaires mexicaines. 

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Justice et démocratie

L'un des défis majeurs de la démocratisation au Mexique réside dans l'amélioration de l'appareil de justice et du système de police. Si un certain nombre de mesures ont été prises telles que la réorganisation de la police fédérale, ces institutions souffrent du manque de confiance de la population. Sur la base de chiffres officiels, l'impunité, due à l'inefficacité de la police judiciaire et du ministère public ainsi qu'à leur incapacité à enquêter et poursuivre les délits dénoncés, n'aurait jamais été inférieure à 90 p. 100 depuis le début des années 1990.

En 1996, les trois principaux partis politiques (P.R.I., P.A.N. et le récent Partido de la revolución democrática, P.R.D., créé en 1989) font adopter, au niveau fédéral, une réforme électorale importante qui renforce le contrôle judiciaire des processus électoraux et élève le Tribunal fédéral électoral en instance ultime de décision. Par ailleurs, la vie politique est marquée par la montée des partis d'opposition. Aux élections fédérales de 1997, le P.R.I. perd la majorité à la Chambre des députés qui, de chambre d'enregistrement des décisions présidentielles, se transforme progressivement en véritable arène de débat public. Par ailleurs, la même année, pour la première fois, le chef du gouvernement du district fédéral de Mexico est élu (auparavant il était nommé), et c'est Cuauhtemoc Cárdenas, leader du P.R.D. et candidat malheureux aux présidentielles de 1988 et 1994, qui l'emporte.

Mexique, 1997 : revers électoral pour le P.R.I.

Mexique, 1997 : revers électoral pour le P.R.I.

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Les élections de 1997 sont un revers pour le P.R.I. du président Ernesto Zedillo (à gauche) et un succès pour le P.R.D. de Cuauhtemoc Cardenas (à droite) qui devient maire de Mexico. 

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La fin de l'hégémonie du P.R.I. et l'arrivée au pouvoir de la droite

L'élection présidentielle de 2000, fortement disputée par les trois grands partis politiques, signe la défaite historique du P.R.I. qui s'était maintenu au pouvoir depuis 1929. L'homme qui accède alors à la présidence, Vicente Fox Quesada, ancien gérant de Coca-Cola au Mexique, et ancien gouverneur de l'État de Guanajuato, a suscité, pendant sa campagne électorale, de nombreux espoirs pour une meilleure démocratie et des progrès sociaux. Mais, ne disposant pas d'une majorité parlementaire, et ses relations avec son parti, le P.A.N., n'étant pas toujours harmonieuses, Fox n'est pas parvenu à capitaliser ce soutien et de nombreux blocages sont rapidement apparus lors des votes des réformes.

La deuxième génération de réformes en panne

Après un premier cycle de réformes (1982-2000) ayant conduit à l'ouverture et à la privatisation de l'économie, Fox devait entreprendre des réformes difficiles (fiscalité, marché du travail, secteur énergétique) afin de consolider l'économie mexicaine et d'atteindre une redistribution sociale plus équitable. Sa proposition d'une « Nouvelle Gestion publique distributive » (Nueva Hacienda Pública Distributiva) cherche à combattre l'évasion fiscale, le commerce ambulant et la contrebande. Pour ne pas aggraver la dette intérieure, Fox décide d'augmenter un certain nombre d'impôts, mais le volet proposant de supprimer l'exemption de la T.V.A. sur les médicaments et certains aliments provoque l'opposition du P.R.I. et du P.R.D. au Congrès. Pour restructurer le marché du travail et, notamment, lutter contre le travail informel qui échappe au contrôle de l'État et à sa fiscalité, l'administration Fox a lancé un programme de financement de la microentreprise (Pronafin) afin de consolider un secteur microfinancier qui appuierait les personnes aux bas revenus et les petites entreprises n'ayant pas accès aux crédits des institutions financières. Ce programme a permis la création (ou l'officialisation) d'un million d'emplois et l'octroi de presque cent mille crédits (2006). En ce qui concerne le secteur énergétique (gaz naturel, électricité et pétrole), l'ensemble des acteurs reconnaissent la nécessité de réformer ces monopoles d'État, mais ils n'ont pas encore réussi à s'accorder sur le type de transformations : ouverture des investissements au secteur privé ou changement de régime fiscal de Pemex ?

Sur le plan macroéconomique, le scénario officiel d'une reprise modérée des exportations, des investissements et de la consommation a plutôt fait place à une faible croissance (autour de 2 p. 100 par an) et à un marché de l'emploi déprimé. L'anémie de l'activité industrielle a caractérisé l'ensemble du secteur exportateur, et en particulier celui des maquiladoras, qui souffre de la concurrence des pays asiatiques. Alors que depuis l'entrée en vigueur de l'A.L.E.N.A., ce secteur avait enregistré un taux de croissance annuel moyen phénoménal d'environ 22 p. 100, servant de locomotive à la croissance et à l'emploi, depuis 2000, il connaît un net recul en tombant à 4,8 p. 100 en 2002. Cette situation s'explique d'autant plus dans le contexte de l'interconnexion toujours croissante de l'économie mexicaine avec celle de son voisin du nord, dont le rythme de croissance s'est ralenti.

Tous ces efforts en matière économique ne parviennent pas à faire diminuer les chiffres de l'émigration vers les États-Unis, et soulèvent de graves questions sur la viabilité de l'économie mexicaine. Le montant des devises envoyées au Mexique par les douze millions de Mexicains résidant, légalement ou non, aux États-Unis représente la deuxième entrée de devises du pays, juste derrière les exportations pétrolières. Il représente presque 3 p. 100 du P.I.B. (2005), il a quadruplé depuis 2000 atteignant plus de 23 milliards en 2006.

Les vicissitudes de la politique étrangère

Le sexennat de Fox se caractérise par une politique étrangère originale, qui rompt avec les principes traditionnels, en particulier celui de non-ingérence. Le Mexique a multiplié les provocations à l'égard de Cuba, et a notamment exigé le départ de Fidel Castro, avant la venue de George W. Bush, au sommet des Amériques (Monterrey, mars 2002) alors que le leader cubain était tenu d'y assister en tant que chef d'État de Cuba. Parallèlement, les relations avec le Venezuela de Hugo Chávez se sont détériorées, atteignant une situation de crise pendant la campagne électorale de 2006 (rappel de l'ambassadeur du Venezuela), lorsque le P.A.N. a accusé le candidat du P.R.D., Andrés Manuel López Obrador, d'être soutenu financièrement par Chávez. Au niveau des relations avec les « blocs régionaux », le Mexique, appuyé par la Banque mondiale, lance, en 2001, le Plan Puebla-Panamá (P.P.P.) avec les pays d'Amérique centrale (Belize, Costa Rica, Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panamá). Cette initiative en faveur de l'intégration poursuit trois objectifs dans le domaine du développement régional : une croissance économique équitable, une gestion durable des ressources naturelles et le développement humain et social. Le P.P.P. est loin cependant de faire l'unanimité et, au Mexique, il reçoit l'opposition de nombreuses organisations locales (O.N.G. notamment) qui dénoncent les projets d'aménagement d'infrastructures (routes, barrages) comme bénéficiant exclusivement aux intérêts des grandes entreprises transnationales. Mais la relation prioritaire dans la politique étrangère du Mexique est celle qu'il entretient avec son plus grand voisin et la première puissance mondiale, les États-Unis. Toutefois, les tentatives de rapprochement ont échoué. L'administration Fox a voulu associer l'approfondissement du partenariat à l'effort américain de lutte contre le terrorisme, en articulant le commerce, les questions frontalières et l'immigration à la nouvelle politique de sécurité des États-Unis. Mais un accord migratoire et l'allègement des contrôles douaniers (voire, dans ce cas, la mise en œuvre, sur le modèle canado-américain, d'une frontière « intelligente » qui faciliterait la circulation des marchandises) semblent plus que jamais hors d'atteinte. La politique migratoire de Washington est une question de sécurité nationale qui, après les attentats de 2001, a conduit à la criminalisation de l'immigration, a entraîné une militarisation de la frontière (augmentation du nombre de gardes-frontières, construction d'un mur et surveillance vidéo), et a favorisé l'émergence de milices privées traquant les migrants sans papiers qui s'aventurent dans le désert pour atteindre la frontière. L'opposition du Mexique à l'intervention des États-Unis en Irak, devant l'O.N.U. à la fin de 2002, ne participe pas à l'amélioration des relations bilatérales.

Démocratie et droits de l'homme

Dans le but de résoudre le conflit au Chiapas, Fox reprend, dès son élection, l'initiative qui avait été élaborée en 1996 par la Cocopa, pour faire adopter la réforme en matière indigène. Malgré le mécontentement de la majorité des organisations, car cette dernière ne reconnaît pas les communautés indigènes comme sujets de droit public ayant une capacité juridique à agir, elle est entrée en vigueur en août 2001. Plusieurs recours ont été déposés devant la Cour suprême, mais celle-ci a refusé de contrôler le processus d'adoption de la réforme. Un autre geste important de Fox a consisté à ouvrir les archives du gouvernement relatives aux événements politiques de 1968 (massacre des étudiants à Tlatelolco en octobre) et à la disparition de nombreuses personnes pendant la répression des années 1970-1980. Pour élucider et sanctionner les délits commis pendant cette « guerre sale », un département spécial a été mis en place en novembre 2001. Mais, en novembre 2006, une décision légalement contestable du procureur a fait disparaître cette instance alors que sur plus de trois cents plaintes déposées, seuls deux mandats d'arrêt ont été émis (jusqu'en 2005), et une seule personne a été détenue.

Malgré ces actes symboliquement forts, l'administration Fox a échoué à régler certains dysfonctionnements en matière de respect des droits des individus, liés au problème persistant de l'impunité, du mauvais fonctionnement de l'appareil de justice, de l'usage excessif des forces de police et de la collusion des instances de gouvernement avec des pouvoirs illégaux comme le narcotrafic. Or ce dernier a connu une croissance inquiétante au début du xxie siècle. Le Mexique, qui était déjà le lieu de transit de 90 p. 100 de la cocaïne consommée aux États-Unis, et le principal producteur des métamphétamines destinées à ce marché, est également devenu le premier producteur mondial de marijuana en 2006. De plus, les organisations criminelles mexicaines ont pris le relais des cartels colombiens et ont mis en place leurs propres structures, contrôlant l'ensemble de la filière depuis les lieux de production jusqu'à la distribution aux États-Unis. La baisse de la consommation dans ce pays serait, alors, à l'origine de la réorganisation de ces cartels et du regain de violence qui affecte l'ensemble de la société.

Ainsi, dans la région frontalière de Ciudad Juárez, les corps retrouvés, depuis 1993, de près de quatre cents femmes violées, torturées et mutilées, et la disparition estimée de plus de quatre mille autres, illustrent la tragédie de la combinaison de tous ces facteurs. Une Commission spéciale a été mise en place pour enquêter sur ces « féminicides », crimes aggravés par le silence, l'omission, la négligence voire la complicité des autorités. Mais les résultats sont insignifiants et l'inefficacité du système de justice, ainsi que le manque de collaboration entre les différents niveaux d'autorités ont été dénoncés par les organisations nationales (C.N.D.H.) et internationales (Cour interaméricaine des droits de l'homme, Fonds des Nations unies pour le développement de la femme).

Nouvelles tensions sociales

En 2006, plusieurs événements participent à la division de la société et à l'apparition de nouvelles tensions. En mai, un violent affrontement a lieu entre la force publique et les habitants d'Atenco (État de Mexico). Ceux-ci s'étaient organisés, depuis 2002, dans un Front des peuples pour la défense de la terre (F.P.D.T.) afin de s'opposer au décret d'expropriation de leurs terres collectives dans le but de construire un plus grand aéroport à Mexico. La « victoire » du F.P.D.T., en 2002, avait contrarié les intérêts des grands entrepreneurs et des autorités de l'État de Mexico qui avaient été obligés de retirer leur projet. Aussi, en mai 2006, l'arrestation de vendeurs ambulants à Atenco a dégénéré face à la répression des autorités municipales, à l'usage excessif de la force, au non-respect des procédures légales – aucun ordre d'arrestation ni de perquisition –, aux détentions sans motif légal, à la torture et à l'abus sexuel.

Par ailleurs, alors que, comme chaque année, au mois de mai, les négociations salariales entre le syndicat d'instituteurs et le gouvernement de Oaxaca donnent lieu à une grève importante, en 2006, le conflit se durcit. Le 14 juin, la contestation est réprimée par la force publique et une grande partie de la population s'organise en une Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (A.P.P.O.) contre le gouverneur Ulises Ruíz Ortiz, dont elle demande la démission. Après plus de quatre mois de manifestations de l'A.P.P.O., d'affrontements entre les « barricadiers » et les forces de police de l'État, et face à l'impossibilité de résoudre la crise, les négociations entre le gouvernement fédéral et l'A.P.P.O. échouent et, le 28 octobre 2006, une force d'intervention fédérale est envoyée pour reprendre le contrôle de la ville barricadée. Si un calme apparent a été restauré, le conflit a provoqué, selon les organisations de défense des droits de l'homme, la mort de dix-sept personnes, la disparition de dizaines d'autres et l'arrestation de centaines de manifestants, dont certains ont d'ores et déjà porté plainte pour tortures et mauvais traitements. De plus, les problèmes de fond tels que la démocratisation du pouvoir politique et des institutions ainsi que la gestion transparente des ressources financières n'ont pas été résolus.

L'élection présidentielle contestée de 2006

Le conflit de Oaxaca se greffe sur le climat délétère de la campagne électorale présidentielle, marquée par un duel où tous les coups sont permis entre le candidat du P.A.N., Felipe Calderón Hinojosa, et celui du P.R.D., Andrés Manuel López Obrador, éclipsant presque Roberto Madrazo du P.R.I. Les résultats électoraux n'ont cependant pas conduit à un apaisement de la vie politique. Ils ont été rendus publics quatre jours après le scrutin (le 6 juillet), en raison du très faible écart entre les candidats : Felipe Calderón Hinojosa obtenait 35,89 p. 100 des voix, et Andrés Manuel López Obrador, 35,31 p. 100. Le P.R.D. a demandé au Tribunal électoral l'annulation de l'élection en arguant d'irrégularités dans la procédure électorale, mais celle-ci a finalement été validée, le 5 septembre 2006. De forts soupçons ont pesé sur les instances électorales fédérales et la nécessité d'une nouvelle réforme s'est fait jour. Pendant ce temps, entre juillet et septembre, le centre de la capitale était bloqué par les sit-in des sympathisants du P.R.D. qui dénonçaient une fraude électorale. López Obrador a appelé à la tenue d'une Convention nationale démocratique le 16 septembre, jour de la fête nationale, au cours de laquelle il a été intronisé président légitime et a composé un cabinet gouvernemental parallèle.

C'est dans cette agitation politique intense que Felipe Calderón prend le pouvoir, le 1er décembre 2006.

La présidence de Felipe Calderón (2006-2012)

La politique de Felipe Calderón est centrée principalement sur la guerre contre le narcotrafic, dans laquelle il implique l'armée pour mener des missions d'ordre public, afin de pallier l'impréparation et surtout la corruption qui gangrène les forces de police. Mais cette guerre déchaîne une spirale de violence qui touche directement la population et provoque la mort de soixante-dix mille à cent mille personnes de 2006 à 2012, selon les sources d'information. Démunie face aux immenses ressources et à l'armement perfectionné des acteurs en guerre, la population, victime de graves violations de ses droits (séquestrations, disparitions, tortures, viols...) se retrouve également privée de toute possibilité de recours devant la justice face à la primauté de la juridiction militaire. Par ailleurs, la militarisation de la politique de sécurité nationale conduit à un durcissement et à un climat de criminalisation et de répression de toute contestation sociale.

Sur le plan économique, le gouvernement Calderón donne la priorité à la stabilité des données macroéconomiques telles que l'équilibre de la balance commerciale et l'équilibre budgétaire, au détriment de l'emploi, des revenus et du développement économique et social. Dans un contexte marqué par la crise financière partie en 2008 des États-Unis et par la récession économique qui en découle, le gouvernement mexicain propose, en avril 2009, une réforme énergétique qui vise essentiellement à ouvrir certaines activités de l'entreprise publique Pemex (Petróleos mexicanos) aux capitaux privés. Cette opération devrait permettre de réactiver les activités d'exploration et d'exploitation pétrolière que Pemex n'a plus les moyens d'engager, dans le but d'assurer les ressources financières de l'État. Cependant, après plusieurs mois d'intenses débats, ce volet de la réforme n'est pas approuvé. Seules sont adoptées des mesures destinées à améliorer la transparence des mécanismes de prise de décision de l'entreprise. Parallèlement, le gouvernement cherche à réduire la dépendance du budget national aux revenus du pétrole en faisant adopter une réforme fiscale qui, au lieu d'élargir la base des contribuables et de lutter contre l'évasion fiscale, crée un impôt additionnel sur les salaires et de nouvelles taxes à la consommation. Mais, face à la crise, ces mesures sont largement insuffisantes et le gouvernement procède à des coupes budgétaires dans ses dépenses publiques (environ 35 milliards de dollars), réduisant d'autant ses possibilités de lutter contre les inégalités sociales et l'extrême pauvreté. Ainsi, parmi les pays membres de l'O.C.D.E., le Mexique arrive à la deuxième place des pays dont le fossé entre les salaires les plus élevés et les plus bas se creuse toujours davantage. De plus, selon les institutions gouvernementales, le pouvoir d'achat des ménages se détériore et la pauvreté touche près de la moitié de la population.

L'émigration vers les États-Unis a longtemps fonctionné comme une soupape de sécurité pour le Mexique face à la pression sociale et constitue une source de devises considérable (la deuxième après le pétrole). Cependant, le phénomène connaît un ralentissement important : jusqu'en 2005, les flux se situent autour de cinq cent mille émigrants par an, puis ils baissent sensiblement jusqu'à cent mille en 2010. Si certains attribuent cette diminution à la stabilité économique du Mexique et aux meilleures opportunités éducatives, d'autres y voient un des effets du narcotrafic avec le recrutement, par les cartels, d'une partie de la population sans emploi, ou encore une conséquence de la politique de sécurité nationale des États-Unis et de la récession économique que vit ce pays.

Face à la crise multidimensionnelle qui touche le Mexique, à l'échec du gouvernement en termes de croissance économique, de création d'emploi et d'amélioration des conditions de vie, et face à la guerre menée contre le narcotrafic, la population mexicaine souhaite un changement de direction dans la conduite des affaires du pays. Plus qu'une politique militarisée, elle a besoin d'une politique qui mette au centre de ses préoccupations l'emploi, les revenus, le bien-être et la sécurité humaine. Dans ce contexte se déroule le scrutin présidentiel de juillet 2012.

Le retour du P.R.I. au pouvoir

L'élection présidentielle du 1er juillet 2012 est remportée par le candidat du P.R.I., Enrique Peña Nieto, ancien gouverneur de l'État de Mexico. Ce dernier, avec 38,2 p. 100 des suffrages, devance ses adversaires, Andrés Manuel López Obrador (P.R.D., 31,6 p. 100) et Josefina Vázquez Mota (P.A.N., 25,4 p. 100). Andrés Manuel López Obrador rejette ces résultats et accuse le candidat du P.R.I. de fraude électorale. D'importantes manifestations s'organisent dans les grandes villes du pays contre le vainqueur. Enrique Peña Nieto est accusé d'avoir dépassé les plafonds légaux des dépenses de campagne, d'avoir acheté des votes et d'avoir bénéficié de temps de télévision indus. Finalement, le 30 août 2012, dans un contexte marqué par d'importants mouvements de contestation, le Tribunal électoral fédéral rejette le recours en invalidation déposé par Andrés Manuel López Obrador. Le président élu prendra donc ses fonctions le 1er décembre 2012. À la suite du scrutin législatif qui se tient le même jour que la présidentielle, le P.R.I. n'obtient qu'une majorité relative à la Chambre des députés, ce qui l'oblige à négocier avec l'opposition, rendant incertain le vote de nombreuses réformes importantes (fiscale et énergétique entre autres).

Au-delà de la contestation électorale, ce scrutin est un bon indicateur de l'avenir de la démocratie au Mexique. En effet, pour ce qui est du régime politique, le Mexique est désormais conforté dans sa pratique de l'alternance. Ce scrutin a révélé que le P.R.I. a très vite appris (en douze ans dans l'opposition) à participer à la compétition électorale et à gagner, même si ses méthodes restent contestables.

Il est toutefois important de nuancer ce « retour du P.R.I. » sur la scène politique nationale pour diverses raisons. Tout d'abord, si le P.R.I. n'était plus au pouvoir dans les instances fédérales, sa présence est toujours restée hégémonique dans les États fédérés. Il contrôle vingt et un États sur trente-deux. Ensuite, à l'exception de la période 2006-2009, le P.R.I. a toujours conservé la majorité relative à la Chambre des députés, ce qui lui assurait un rôle prépondérant dans l'opposition. Enfin, le P.R.I. est le seul parti qui possède un ancrage national aussi solide, en ayant des bureaux dans toutes les municipalités. Par ailleurs, le retour du P.R.I. à la tête du pays ne signifie pas un retour du vieux parti qui a gouverné le Mexique de 1929 à 2000. En effet, l'homogénéité sociale qui favorisait le corporatisme sur lequel reposait l'hégémonie du P.R.I. a volé en éclats avec l'adoption du modèle économique néolibéral dans les années 1980. De plus, il est impossible au P.R.I. de rétablir l'autoritarisme dont il faisait preuve, non seulement parce que les gouverneurs des États ont appris à exercer un pouvoir autonome mais aussi parce que les changements institutionnels, s'ils n'ont pas réussi à transformer le système politique, ont permis d'instaurer certains contrôles et un contrepoids au pouvoir présidentiel. Il reste cependant que la culture politique mexicaine, fondée sur le clientélisme, est un terrain favorable aux pratiques peu démocratiques et autoritaires.

(Voir également MEXIQUE, chronologie contemporaine)

—  Cécile LACHENAL

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Écrit par :

  • : docteur en droit public, coordinatrice scientifique au Centre de recherche et d'analyse FUNDAR à Mexico
  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Bordeaux
  • : professeur à l'université de Paris-VIII, géographe, Credal-U.M.R. 7169
  • : agrégé de géographie, professeur au lycée Simone-de-Beauvoir, Garges-lès-Gonesse, chargé d'enseignement à l'université de Marne-la-Vallée
  • : professeur émérite des Universités en sciences économiques
  • : attaché de recherche au C.N.R.S.
  • : maître assistant à l'université de Paris-VIII

Classification


Autres références

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LES MAYAS et MEXIQUE, TERRE DES DIEUX (expositions)

  • Écrit par 
  • Éric TALADOIRE
  •  • 989 mots

Plusieurs expositions majeures sont venues nous rappeler que les arts d'Amérique préhispanique se réduisent difficilement à la dénomination d'Arts premiers et jouissent désormais d'un statut comparable à celui des arts classiques. L'exposition Les Mayas (I Maya), présentée de septembre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-mayas-mexique-terre-des-dieux/#i_1828

Voir aussi

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Pour citer l’article

Cécile LACHENAL, Henri ENJALBERT, Marie-France PRÉVÔT-SCHAPIRA, Philippe SIERRA, Jacques BRASSEUL, Jean A. MEYER, Roland LABARRE, « MEXIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mexique/