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CINQUIÈME RÉPUBLIQUE La période gaullienne (1958-1969)

Le retour du général de Gaulle au pouvoir s'explique par deux raisons principales. D'une part, le fonctionnement des institutions de la IVe République s'était révélé défaillant et l'Assemblée nationale n'arrivait pas à dégager des majorités de gouvernement durables. D'autre part, la menace d'un coup d'État militaire et d'une guerre civile était forte au printemps de 1958. Dans ce contexte, l'appel au général de Gaulle peut s'interpréter comme un compromis entre le chef de la France libre et les principales forces politiques : les députés l'investissent comme Président du conseil parce qu'il est de fait le seul à pouvoir calmer les activistes et les militaires partisans de l'Algérie française ; il semble aussi le mieux placé pour pouvoir trouver une issue à la guerre avec les nationalistes algériens. Le général ne peut accepter de revenir pour faire fonctionner les institutions d'une République qu'il a toujours condamnée. Son premier objectif est de créer des institutions nouvelles avec un exécutif stable et fort. Il sera atteint en deux étapes, à travers l'adoption de la nouvelle Constitution et la réforme de 1962 instituant l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Entre ces deux temps forts institutionnels, les années 1958-1962 sont surtout marquées par une rapide décolonisation et un long processus pour mettre fin à la guerre d'Algérie. Les années suivantes sont rythmées par des échéances électorales, l'élection présidentielle de 1965 et les législatives de 1967 particulièrement disputées. La fin du gaullisme présidentiel peut s'analyser à travers les événements de mai 1968, immédiatement suivis par les « élections de la peur ». La victoire électorale sera trompeuse et de courte durée, le rejet du référendum de 1969 entraînant la démission du président. Au-delà des événements dramatiques, cette période est caractérisée par de profondes mutations dont on retiendra ici seulement quelques aspects. Toutes les politiques mises en œuvre ont visé la restauration de la puissance française, à travers le développement économique, l'Europe des États, une défense et une politique étrangère indépendantes.

Charles de Gaulle, 1955 - crédits : Keystone/ Getty Images

Charles de Gaulle, 1955

Départ des soldats français de Saigon, 1956 - crédits : Keystone/ Getty Images

Départ des soldats français de Saigon, 1956

L'adoption de la nouvelle Constitution

Les députés doivent donc accepter de remettre le pouvoir constituant au général, dans des conditions d'ailleurs non conformes aux textes puisque, pour modifier la Constitution de 1946, le processus était normalement très long et difficile. Les députés, craignant une dérive vers un régime autoritaire comme en 1940, vont mettre des conditions pour encadrer le processus de refonte des institutions. Le général de Gaulle est investi le 1er juin 1958, à la tête d'un gouvernement auquel participent les principaux partis (S.F.I.O., M.R.P., indépendants). Leurs leaders respectifs, Guy Mollet, Pierre Pflimlin, Louis Jacquinot, sont ministres d'État dans un gouvernement où les gaullistes sont très peu nombreux. Le général obtient pour six mois le pouvoir législatif : il légiférera donc par ordonnance et l'Assemblée se met en congé. Le gouvernement est chargé de préparer la nouvelle Constitution. Le projet sera soumis pour avis à un comité consultatif composé aux deux tiers par des parlementaires, soumis aussi au Conseil d'État, approuvé par le Conseil des ministres, avant d'être l'objet d'un référendum. La nouvelle Constitution devra respecter la séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif, mais le gouvernement devra toujours être responsable devant le Parlement. L'enjeu principal de la discussion du texte constitutionnel pendant l'été de 1958 sera de sortir de la domination de l'Assemblée et de donner davantage de pouvoirs au président de la République et au gouvernement pour que l'exécutif[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite de science politique à Sciences Po Grenoble, chercheur au laboratoire Pacte (UMR 5194, CNRS/ université Grenoble Alpes/Sciences Po Grenoble)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Charles de Gaulle, 1955 - crédits : Keystone/ Getty Images

Charles de Gaulle, 1955

Départ des soldats français de Saigon, 1956 - crédits : Keystone/ Getty Images

Départ des soldats français de Saigon, 1956

Charles de Gaulle, 1946 - crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Charles de Gaulle, 1946

Autres références

  • ASSEMBLÉE NATIONALE (France - Ve République)

    • Écrit par Arnaud LE PILLOUER
    • 5 795 mots
    • 2 médias

    L’Assemblée nationale est l’une des deux chambres composant le Parlement français, sous la Ve République, l’autre étant le Sénat.

    Cette dénomination provient du tout début de la Révolution française, lorsque les députés du tiers état, rejetant la division de la société en ordres,...

  • CONSTITUTION DE LA Ve RÉPUBLIQUE (France)

    • Écrit par Arnaud LE PILLOUER
    • 3 433 mots
    • 4 médias

    Contrairement à une opinion dominante, le texte constitutionnel de 1958 a en partie seulement été inspiré par les idées du général de Gaulle. Certes, rappelé au pouvoir à la suite des événements du 13 mai 1958 et apparaissant aux yeux de tous comme l'unique recours, il a été en mesure d'imposer...

  • PROMULGATION DE LA CONSTITUTION DE LA Ve RÉPUBLIQUE (France)

    • Écrit par Wanda MASTOR
    • 208 mots
    • 1 média

    Adoptée par référendum le 28 septembre et promulguée le 4 octobre 1958, la Constitution de la Ve République a pu être présentée au départ comme consacrant un régime parlementaire. Les critères permettant habituellement d'identifier un tel régime sont bien réunis : exécutif bicéphale,...

  • ALGÉRIE

    • Écrit par Charles-Robert AGERON, Universalis, Sid-Ahmed SOUIAH, Benjamin STORA, Pierre VERMEREN
    • 41 835 mots
    • 22 médias
    ...est investi par l'Assemblée nationale. De Gaulle se rend à Alger dès le 4 juin et lance le fameux : « Je vous ai compris. » La IVe République se meurt. Le 28 septembre 1958, en Algérie, Européens et musulmans (dont les femmes), réunis en un collège unique, votent massivement en faveur de la Constitution...
  • BÉRÉGOVOY PIERRE (1925-1993)

    • Écrit par Christian SAUVAGE
    • 1 071 mots
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    Homme politique français. Pierre Bérégovoy est né le 23 décembre 1925 à Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime). Son père, un « Russe blanc », capitaine du tsar et menchevik, tient un café-épicerie. À cinq ans, l'enfant est confié à sa grand-mère, qui l'éduquera. Bon élève, il obtient le brevet élémentaire...

  • BICAMÉRISME ou BICAMÉRALISME

    • Écrit par Raymond FERRETTI
    • 5 328 mots
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    Notons que c'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui, puisque le Sénat de laVe République est élu par un collège électoral constitué au niveau départemental et composé de représentants de l'ensemble des collectivités territoriales : les communes bien sûr, mais aussi les départements et les régions...
  • BORNE ÉLISABETH (1961- )

    • Écrit par Universalis, Blaise MAGNIN
    • 1 314 mots
    • 1 média

    Haute fonctionnaire et femme politique française, Élisabeth Borne a été Première ministre du président Emmanuel Macron de mai 2022 à janvier 2024. Après Édith Cresson, elle est la deuxième femme à diriger un gouvernement français.

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Voir aussi