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GUERRE D'ALGÉRIE

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La guerre d’Algérie (1954-1962) est un épisode fondateur des histoires contemporaines française et algérienne. En France, elle a provoqué la chute de la IVe République et installé au pouvoir le général de Gaulle en 1958, engendré une crise profonde de l’État débouchant sur un putsch contre la république en avril 1961. Toute une génération d’hommes nés entre 1932 et 1943 a été envoyée en Algérie pour combattre ; 27 700 soldats français sont morts en Algérie ; 1 million d’Européens d’Algérie (les pieds-noirs) ont été arrachés à leur terre natale et contraints à l’exil ; des milliers de harkis (forces supplétives musulmanes aux côtés de l’armée française) ont été massacrés au lendemain des accords d’Évian.

En Algérie, par une lutte armée dirigée par le Front de libération nationale (FLN), les nationalistes sont parvenus à se séparer de l’histoire coloniale française. Mais le prix de cette séparation a été très lourd. Les affrontements entre Algériens ont fait des milliers de victimes et la guerre d'indépendance contre la France a provoqué le déplacement de 2 millions de paysans et causé la mort de centaines de milliers d’Algériens musulmans. À la fin de la guerre, le FLN s’est installé au pouvoir.

L'insurrection de novembre 1954

En 1954, l'Algérie constitue trois départements français. Beaucoup plus, donc, qu'une colonie lointaine comme le Sénégal, ou que la Tunisie, simple protectorat. Il semble hors de question d'abandonner un territoire rattaché à la France depuis cent trente ans, avant même la Savoie (1860). Un million d'Européens y vivent et y travaillent depuis des générations. La découverte de pétrole en 1954 et la nécessité d'utiliser l'immensité saharienne pour les premières expériences nucléaires ou spatiales motivent également le refus de toute « sécession » de ce territoire français du Sud. Environ 9 millions d'Algériens musulmans sont de faux citoyens d'une république qui se veut assimilatrice : ils votent dans un collège séparé de celui des Européens depuis 1947. Le principe d'égalité, « un homme, une voix », n'est pas respecté. L'idée d'indépendance est partagée par une proportion croissante d'Algériens musulmans.

En octobre 1954, la France vit au rythme lent de la IVe République. René Coty occupe l'Élysée, Pierre Mendès France, l'hôtel Matignon et François Mitterrand est ministre de l'Intérieur. Charles de Gaulle est dans son « exil » de Colombey-les-Deux-Églises. Le colonel Bigeard et d'autres officiers parachutistes sont revenus des camps du Vietnam où les avait conduits le désastre militaire de Diên Biên Phu du 7 mai 1954.

Guerre d'Algérie, 1954-1962 - crédits : National Archives

Guerre d'Algérie, 1954-1962

De l'autre côté de la Méditerranée, à Carthage, en juillet 1954, Pierre Mendès France, qui vient de signer la paix en Indochine, promet une évolution vers l'autonomie pour la Tunisie et le Maroc qui, depuis trois ans, sont au bord du soulèvement général. Seule l'Algérie reste calme. En réalité, pour elle aussi, l'effet Diên Biên Phu est immense, et les plus jeunes des militants nationalistes estiment que c'est uniquement la lutte armée qui permettra d'arracher l'indépendance. Au sein du mouvement nationaliste algérien, ces militants sont encore peu connus. Ils s'appellent Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella... Ils décident de créer le Front de libération nationale (FLN). Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, explosions, incendies, attaques de postes de police sont signalés en différents points du territoire algérien, tous revendiqués par le FLN. La guerre commence en Algérie.

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Pour citer cet article

Benjamin STORA. GUERRE D'ALGÉRIE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 22/11/2022

Médias

Guerre d'Algérie, 1954-1962 - crédits : National Archives

Guerre d'Algérie, 1954-1962

Opération militaire dans le Constantinois (Algérie), 1956 - crédits : Reporters associés/ Gamma-Rapho/ Getty Images

Opération militaire dans le Constantinois (Algérie), 1956

Manifestation de partisans de l’Algérie française à Alger, 1958 - crédits : Meagher/ Hulton Archive/ Getty Images

Manifestation de partisans de l’Algérie française à Alger, 1958

Autres références

  • AFRIQUE (Histoire) - Les décolonisations

    • Écrit par
    • 12 424 mots
    • 24 médias
    Ce qui fut dénommé d'abord les « événements » d'Algérie, car on ne voulait pas leur reconnaître le caractère d'une guerre, avait commencé, le 1er novembre 1954, par une série d'attentats qui n'avaient effectivement pas l'envergure d'un véritable soulèvement populaire. Ils...
  • AÏT AHMED HOCINE (1926-2015)

    • Écrit par
    • 1 020 mots

    Chef « historique » du Front de libération nationale (F.L.N.), qui décide d’une insurrection contre la France en novembre 1954, Hocine Aït Ahmed incarnera, après l’indépendance de l’Algérie, la figure de l’opposant irréductible aux différents pouvoirs en place.

    Né le 20 août 1926...

  • ALGÉRIE

    • Écrit par , , , et
    • 41 835 mots
    • 25 médias
    La guerre d’Algérie (1954-1962) est un épisode fondateur des histoires contemporaines française et algérienne. En France, elle a provoqué la chute de la IVe République et installé au pouvoir le général de Gaulle en 1958, engendré une crise profonde de l’État débouchant sur un putsch contre la...
  • ALLEG HENRI (1921-2013)

    • Écrit par
    • 837 mots

    Journaliste communiste et militant anticolonialiste, Henri Alleg donna, par son ouvrage La Question, une résonance mondiale aux pratiques de torture des armées françaises en Algérie. Sartre écrivit qu’il fit « triompher l’humanisme des victimes et des colonisés contre les violences déréglées...

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