SUISSE

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Suisse : drapeau

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400 à 500. Royaumes barbares

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Suisse, XIVe-XVe siècle

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À la charnière de l'Europe occidentale et de l'Europe centrale, dispersant ses eaux vers l'Adriatique, la Méditerranée, la mer du Nord et la mer Noire, la Suisse multiplie les contrastes géographiques. État continental enclavé, elle est cependant très largement ouverte aux courants du trafic international dont elle contrôle les principaux cols et tunnels. Pays essentiellement montagnard, jurassien et alpin, c'est dans le Moyen Pays des plateaux et collines qu'elle concentre la majorité de son potentiel économique et humain. À son étendue territoriale modeste répondent la densité de son peuplement, la variété de ses terroirs où l'agriculture se mêle à l'industrie. L'expansion contemporaine ajoute au pluralisme des langues et des cultures la présence d'une très nombreuse main-d'œuvre étrangère. Le portrait géographique de la Suisse résulte d'une superposition de traits qui se recouvrent sans coïncider : le cadre physique des grands ensembles naturels ; les zones d'influence des métropoles ; les particularismes des groupes alémanique, romanche, tessinois et romand. Dans cette synthèse de composantes, la nature a délimité vigoureusement des espaces, édicté des contraintes, dégagé des aptitudes, mais en nul autre pays européen la marque du travail des hommes n'est davantage présente dans les paysages.

Suisse : drapeau

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Suisse (XIVe s. ; off. 1899). Selon les termes mêmes du décret de l'Assemblée fédérale en date du 12 novembre 1899, « les armoiries de la Confédération consistent en une croix blanche, droite et alésée [croix grecque], placée sur fond rouge et dont les branches, égales entre elles,... 

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Suisse : carte physique

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Carte physique de la Suisse. 

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« Démocratie témoin » à valeur exemplaire pour les uns (A. Siegfried), accident paradoxal de l'histoire, cristallisé dans des structures « archaïques », pour d'autres (Herbert Lüthy), la Confédération helvétique fait cohabiter, dans un État de droit, trois grands peuples européens. Dotée, depuis 1815, d'un statut international de neutralité armée, se tenant à l'écart des blocs politiques qui divisent les nations, la Suisse est pourtant activement présente dans le monde contemporain. Terrain de rencontre, par les organisations internationales qu'elle accueille, refuge de capitaux, elle donne l'image d'un îlot de paix et de sécurité abritant un « peuple heureux » (Denis de Rougemont). C'est l'aboutissement d'un destin historique dont l'originalité prend corps au Moyen Âge. Jusque-là, en effet, la Suisse partage le sort commun de l'Europe centre-occidentale, à la charnière des mondes gallo-romain et germanique. Cependant, l'émiettement féodal, au lieu de se résorber devant la montée des grandes monarchies continentales, réussit à survivre, sous la forme d'une association de cantons souverains. À la fin du xiiie siècle, autour des communautés forestières et pastorales qui commandent les cols des Alpes centrales, naît le mouvement d'émancipation de la tutelle des Habsbourg. Des solidarités politiques et économiques se nouent entre montagne et bas pays, entre villes et campagnes, et le noyau initial des huit cantons s'agrandit et se consolide au cours des luttes contre les maisons d'Autriche et de Bourgogne. À l'aube des Temps modernes, les guerres d'Italie permettent, non sans dissensions internes, une nouvelle extension, dans le cadre de la Confédération des treize cantons. La Suisse survit à la crise de la Réforme qui ajoute le clivage des religions à la diversité des idiomes et des souverainetés. Dès cette époque, elle est constituée dans ses traits essentiels : désengagement des conflits armés européens, affirmation de la neutralité, élaboration d'une forme de souveraineté qui lui permettra de ne pas être affectée par les idées-forces qui modèlent lentement l'Europe, avec le centralisme étatique et le principe des nationalités. Les xviie et xviiie siècles sont une ère de paix et de prospérité fondée sur les revenus du service militaire à l'étranger et sur l'essor d'une première industrialisation. Des oligarchies patriciennes gouvernent les cantons, avec un esprit de conservatisme paternaliste où les élites pratiquent un large cosmopolitisme financier et culturel. La Révolution française passe sur la Suisse sans en bouleverser durablement les structures. L'action des jacobins locaux aboutit, en 1798, à l'occupation française et à une réorganisation autoritaire de la République helvétique unitaire sous l'hégémonie du Directoire. Mais, dès 1803, Bonaparte, par l'Acte de médiation, rétablit une Confédération de dix-neuf cantons. La Restauration de 1815 attribue à la Suisse ses frontières actuelles, lui garantit sa neutralité et un nouveau Pacte fédéral. Mais la bourgeoisie, qui désire la modernisation politique et économique du Corps helvétique, suscite, à partir de 1830, une agitation libérale qui, en 1845-1846, porte au pouvoir les radicaux. La guerre civile du Sonderbund (1847) voit se briser l'ultime sursaut des forces conservatrices. Les radicaux, vainqueurs, donnent à la Confédération une constitution démocratique et renforcent le lien fédéral. Ils demeurent au pouvoir, sans partage, jusqu'en 1919, puis gouvernent avec les partis conservateur et paysan. La Confédération reste à l'écart des deux grands conflits mondiaux et, après l'expérience de sa participation à la Société des Nations, elle revient à sa vocation d'une neutralité « instrumentale », de truchement entre les peuples. Tandis que la « seconde révolution industrielle », née de la houille blanche, suscite une forte expansion économique, la Suisse, en dépit de l'extension croissante des compétences du pouvoir fédéral, reste très attachée au pluralisme des petites démocraties cantonales.

—  Paul GUICHONNET

Les institutions politiques suisses se caractérisent par une grande stabilité, d'autant plus étonnante qu'elles régissent une société fortement fragmentée et diversifiée. Au carrefour des trois cultures européennes, la Suisse porte la marque des clivages linguistiques : aux trois langues, l'allemand, le français et l'italien, s'est ajoutée une quatrième, reconnue bien que mineure, le romanche. À l'exemple des langues, les clivages religieux traversent les frontières cantonales en s'interpénétrant. La Suisse est aussi exposée aux clivages politiques : il y a une douzaine de partis dans le pays. Cette image devient bien plus complexe si l'on y introduit la disparité économique et les différences d'attitudes d'un canton à l'autre. Dans ces conditions, l'établissement et le maintien du lien confédéral ne pouvaient se réaliser que dans le respect des diversités que garantit le fédéralisme.

La naissance lente et parfois agitée du canton du Jura – depuis la création du Rassemblement jurassien en 1947 jusqu'à l'adoption par le peuple suisse du référendum constitutionnel révisant les articles 1er et 80 de la Constitution fédérale et consacrant le vingt-sixième canton suisse – illustre la mise en œuvre des principes du fédéralisme : séparation du Jura du canton de Berne auquel il avait été rattaché en 1815, création d'un nouveau canton, qui, à l'instar des autres, se dote d'une Constitution (3 févr. 1977), d'un Parlement (Grand Conseil) de soixante membres et d'un gouvernement (Conseil d'État) de cinq membres élus au scrutin populaire direct. Ainsi, la Confédération compte désormais vingt cantons et six demi-cantons.

—  Dusan SIDJANSKI

Géographie

Malgré ses dimensions très modestes (environ 41 000 kilomètres carrés), la Suisse est un pays d’une incroyable diversité géographique. Elle doit cette diversité pour partie à la variété des environnements au sein desquels elle s’est développée : des milieux de moyenne montagne dans les Préalpes et le Jura ; des paysages de haute montagne, très marqués, surplombant de profondes et larges vallées alpines (le sillon du Rhône, la moyenne vallée du Rhin, la profonde échancrure entre Berne et l’Oberland, la dépression du lac de Walensee, etc.) facilitant la communication entre l’Italie et l’Europe du Nord-Ouest ; la longue bande de terres situées entre 400 et 800 mètres d’altitude qui court du lac Léman au lac de Constance que les francophones appellent le Plateau, les Alémaniques le Mittelland ; des contrastes climatiques puissants entre le Plateau et les montagnes marquées par un climat froid, même à moyenne altitude comme sur les hauts plateaux du Jura, mais aussi entre le versant humide et densément boisé des Préalpes et le versant tessinois ouvert aux influences méditerranéennes, sans compter les innombrables microclimats qui ont donné naissance à autant de petits havres écologiques (comme les régions de vignobles de Lavaux et du Valais) et de microniches résidentielles (autour de Montreux ou Locarno, par exemple). Mais la Suisse doit également à ses institutions sociales et politiques sa diversité qui semble être cultivée à un degré jamais atteint ailleurs en Europe ; la pluralité des langues pratiquées au quotidien, celle des références religieuses, l’autonomie poussée des cantons et l’attachement collectif à la célébration de cette diversité concourent à son maintien en dépit des tendances, observées en Suisse comme ailleurs, à une certaine convergence des formes de vie et d’organisation spatiale.

La Suisse dispose aussi d’une notoriété qui dépasse de loin son importance démographique et économique en Europe et dans le monde. Mais son image repose sur plusieurs mythes par lesquels beaucoup de personnes pensent la connaître : pays de hautes montagnes, peuplées d’habitants farouchement attachés à leur autonomie, à leurs traditions et à leur savoir-faire, cimentés par une identité collective forte. Cette mythologie remonte pour une large part au xviiie siècle. Elle doit beaucoup à l’influence des philosophes, des savants et des voyageurs européens curieux de trouver dans ce réduit de montagnes et de petites villes une illustration singulière des relations harmonieuses que les sociétés peuvent nouer avec leur environnement naturel et une illustration précoce de l’idéal de démocratie que cultive le siècle des Lumières. Mais cette mythologie n’est pas étrangère à l’image que les Suisses se sont donnée d’eux-mêmes et de leur pays et aux politiques publiques qui en sont nées. Elle a contribué à forger une identité politique et territoriale que le projet de la Confédération a largement reprise à son compte dès le xixe siècle et tout au long du xxe siècle.

Des montagnes très présentes, notamment en images

La Suisse est bel et bien un pays de montagnes. Le Jura couvre 10 p. 100 de la superficie du pays et les Alpes près de 60 p. 100. Toutefois, avec moins d’un tiers de la population suisse, ces deux régions naturelles sont beaucoup moins densément peuplées que le Plateau. Ce couloir long de 250 kilomètres, qui va du défilé du Rhône en aval de Genève aux frontières allemande et autrichienne, regroupe une proportion croissante de la population, la grande majorité des 8,4 millions d’habitants du pays en 2016, et les principales villes du pays.

Mais, si ces régions de montagne ne pèsent pas d’un poids démographique correspondant à leur superficie, elles occupent une place significative dans l’économie, la culture et la vie politique du pays. En cela, les montagnes suisses diffèrent de nombreuses régions montagneuses en Europe, fortement marginalisées dans les sociétés et les territoires nationaux dont elles relèvent.

L’agriculture et l’élevage de la montagne suisse, bien que menacés par des coûts de production supérieurs à la moyenne et par la déprise, résistent généralement mieux qu’ailleurs en Europe. Ils le doivent à l’attachement des consommateurs aux productions de montagne, à un généreux soutien des politiques publiques et à une exigence de qualité qui a facilité la conquête de nombreux marchés spécifiques. Comme partout en Europe, sous la double influence de l’Organisation mondiale du commerce et de la Commission européenne, les mesures de soutien prises par la Confédération, auparavant affectées aux filières de production, sont aujourd’hui, comme dans le cas de la politique agricole commune (PAC), orientées vers les agriculteurs pour encourager, entre autres, le montage de projets collectifs et les contributions environnementales et paysagères des exploitations. D’une certaine façon, ces décisions témoignent d’une reconnaissance politique, via des mesures budgétaires, mais aussi de l’attachement de la population suisse à ses paysages de montagne et à leurs habitants. Toutefois, il s’est agi aussi, dans l’esprit des réformes conduites par la Commission européenne avec lesquelles la politique suisse reste très en phase, de rompre avec les mesures de subvention simple et de promouvoir des politiques d’accompagnement de projets porteuses d’un véritable développement économique. C’est dans ce contexte qu’ont fleuri les appellations d’origine contrôlée dans les principales régions d’élevage, comme l’Emmentaler dans le canton de Berne ou le Vacherin Mont-d’Or dans le Jura. Ce dispositif, introduit en 1998 – bien plus tard qu’en France et en Italie – a permis ici aussi de doter quantité de productions locales d’une plus-value marchande, tout en cultivant leur ancrage dans les pratiques sociales et culturelles. C’est dans ce même contexte et à la faveur d’une autre loi fédérale, adoptée en 2007, qu’est né un réseau de parcs naturels régionaux couvrant une superficie importante des Alpes et du Jura. Comme en Italie et en France, d’où le modèle a aussi été importé, les parcs régionaux ont vocation à articuler économie agropastorale, gestion de l’environnement et du paysage et développement touristique modéré. Ces parcs sont venus s’ajouter au seul parc national du pays, créé en Engadine en 1914, où la protection de la nature prévaut sur toute autre considération.

La tradition artisanale et industrielle, célébrée dans l’Europe entière dès le xviiie siècle, reste vive dans le Jura et parvient à maintenir une activité performante. L’horlogerie constitue la branche la plus connue de cette activité. Elle fut un temps polarisée autour de La Chaux-de-Fonds et du Locle, au point que ces deux villes constituaient la principale région de production de ce secteur dans le monde au début du xxe siècle. Depuis, la fabrication horlogère s’est déployée en direction du Plateau, notamment à Bienne, pendant que les sièges sociaux de grandes entreprises et les grands événements commerciaux tendaient à se déplacer vers les villes situées au pied de la chaîne, comme Genève et Bâle. Alors que son équivalent de la Franche-Comté voisine amorçait un lent déclin à partir des années 1970, cette branche est parvenue à se maintenir, pour partie en montant en gamme et en visant la clientèle fortunée, pour partie en jouant la carte de l’innovation. Certes, elle n’échappe pas aux crises, et la plus récente (à partir de 2015-2016) la confronte aux montres connectées fabriquées aux États-Unis, en Chine et au Japon ; mais, sur le moyen terme, elle a pu profiter de l’essor de l’industrie du luxe et de la réputation de fiabilité des productions helvétiques. Bien qu’importante et objet de toutes les attentions, l’horlogerie n’est pas la seule branche industrielle à marquer les paysages et les sociétés jurassiennes. La micromécanique et l’électronique de pointe, et leur rôle dans des productions spécialisées comme les appareillages médicaux, jouent aussi un rôle important. Toutes ensemble, ces activités font du Jura une des régions les plus industrielles d’Europe, si on considère la part du secteur dans l’emploi et la production de richesses, en particulier dans le Jura neuchâtelois et dans la vallée de Joux.

L’activité industrielle a moins bien survécu dans les Alpes, hormis quelques complexes de fond de vallée créés aux belles heures de l’équipement hydroélectrique. Il reste peu de traces des usines venues tirer avantage d’une électricité bon marché le long des grandes vallées intérieures, à côté des centrales et des voies ferrées et au pied des conduites forcées, dans la première moitié du xxe siècle. En effet, si quelques pôles industriels alpins, comme Viège en Haut-Valais, ont survécu, beaucoup d’autres ont sombré. Certes, les Alpes suisses demeurent une grande région de production électrique et il reste des marges de croissance dans ce domaine, parfois au prix de chantiers pharaoniques, comme le montrent les aménagements en cours, autour du barrage d’Émosson par exemple. Mais cette électricité est désormais injectée dans le réseau national et européen, sans grands effets structurants sur les activités locales, autres que les retombées liées aux concessions. Pour des raisons comparables, l’intérêt des investisseurs pour l’équipement des crêtes du Jura en éoliennes géantes, fortement contesté par les défenseurs du paysage, aura peu d’effets sur la structure de la production économique du massif.

Si l’industrie alpine est en perte de vitesse et le potentiel de développement lié à la production d’énergie limité, le tourisme en revanche pèse lourd dans l’économie alpine, bien davantage que dans le Jura, notamment dans le Valais, l’Oberland bernois et les Grisons. Il assure dès la fin du xviiie siècle la notoriété de quelques villages de montagne. Au xxe siècle, les principales stations (Davos, Saint-Moritz, Crans-Montana, Verbier, Zermatt) ont moins joué la carte d’un développement quantitatif de l’immobilier et des domaines skiables – contrairement à ce que l’on observe en France et en Autriche au même moment – que celle du tourisme de service et d’événements. L’hôtellerie, bien que mise sous pression par un taux de change structurellement défavorable depuis les années 1980, résiste, grâce notamment à un indéniable savoir-faire des responsables de station en matière d’organisation d’événements sportifs (les Championnats du monde de ski par exemple), culturels (avec notamment de nombreux festivals de musique comme à Verbier ou à Gstaad) et économiques (à l’image du Forum économique mondial annuel de Davos). Mais la singularité de la montagne suisse réside peut-être plus encore dans le rapport presque intime qu’une partie importante de la population continue d’entretenir avec elle. De nombreux citadins, parfois propriétaires de petits chalets d’alpage, ont conservé l’habitude de s’y rendre pour de courtes vacances ou à la journée, en tirant profit d’une excellente desserte routière et d’un impressionnant réseau de transports publics, cars postaux et voies ferrées.

Une diversité culturelle et politique fondatrice

La diversité linguistique et politique est un autre trait de la réalité suisse puissamment travaillé par l’imaginaire national. 63 p. 100 de la population, regroupée au nord et au centre du pays, parle comme langue principale un des nombreux dialectes germaniques mais aussi le haut allemand, cette langue servant dans cette partie du pays aux échanges économiques et politiques et dans l’administration. Le français (23 p. 100) – au sud-ouest – et l’italien (8 p. 100) – surtout au Tessin – sont les autres langues officielles ; le romanche (0,5 p. 100), parlé dans plusieurs vallées des Grisons, ne dispose que du statut de langue nationale. Compte tenu de l’importante proportion d’étrangers résidents, d’autres langues sont déclarées comme langue principale par des effectifs importants de personnes : le serbe, le croate, l’albanais, le portugais, l’anglais, notamment, dont on trouve la plupart des locuteurs dans les villes principales.

Cette diversité linguistique se double d’une diversité religieuse (33 p. 100 de protestants déclarés en 2010, 40 p. 100 de catholiques) et surtout d’une diversité politique plus grande encore : les vingt-six cantons sont dotés d’une forte autonomie qui fait de la Suisse le pays le plus fédéralisé du monde. De nombreux domaines – notamment sanitaire, fiscal, urbanistique, scolaire et universitaire – relèvent de leur compétence avec, parfois, comme en matière fiscale, des politiques et des objectifs très différents : si certains cantons, comme Zoug ou Schwyz, cherchent à attirer des habitants et plus encore des entreprises par une fiscalité très basse, d’autres, comme ceux de Genève ou Neuchâtel, ont une forte tradition de services publics et taxent fortement les ménages pour les financer.

Cette extrême sensibilité à l’autonomie des cantons, constitutive de l’histoire politique de la Suisse, s’exprime régulièrement à la faveur des votations. Il est devenu fréquent que les consultations populaires posent la question des compétences respectives de la Confédération et des cantons ; le statu quo prévaut la plupart du temps. Toutefois, on perçoit depuis quelques années une propension de l’électorat à accompagner la tentation du Conseil fédéral et des administrations fédérales de capter une part croissante de compétences. Deux votations à haute valeur symbolique dans ce domaine l’ont montré : en 2012, une initiative populaire baptisée « Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires » proposait de plafonner à 20 p. 100 le taux de résidences secondaires dans les communes du pays ; de portée nationale, elle visait plus spécialement les régions touristiques, notamment alpines, dans lesquelles ce taux avoisinait souvent 60 p. 100 voire 80 p. 100 ; ce faisant, les initiants manifestaient leur inquiétude face à la progression de la construction immobilière et à ses effets sur le paysage. Or, il revenait traditionnellement aux cantons ou aux communes de réguler la construction sur leur territoire. L’initiative a été adoptée à une courte majorité, mais en donnant à voir un énorme contraste entre régions alpines, adeptes du statu quo et de l’autonomie locale, et populations urbaines guidées par leur souci de préserver le paysage alpin considéré comme bien commun. En 2013, une nouvelle votation a confirmé la tendance : les instances fédérales ont proposé que la Confédération régule l’allocation des droits à bâtir dans les cantons afin de limiter le mitage du paysage et d’accompagner la croissance et la densification des villes principales. Le référendum organisé par des opposants n’a réuni qu’un tiers des voix, montrant alors que la population suisse était prête à confier une part croissante de responsabilités à la Confédération quand l’autonomie cantonale sur ce type de question apparaît comme dépassée.

Cela dit, la contribution des cantons à la diversité helvétique continue d’être l’objet de toutes les attentions, notamment dans les activités et événements de la vie fédérale. La composition du gouvernement (le Conseil fédéral), les nominations des responsables de l’administration centrale, la définition et la conduite des politiques fédérales tentent de répondre à cette préoccupation, au point qu’elles interfèrent avec le souci de prise en compte de la diversité des sensibilités partisanes et de la promotion de la parité.

Une inscription européenne problématique

Cette tradition d’autonomie politique et cet attachement à la compétence du peuple en dernier recours via les votations expliquent largement l’attitude de la Suisse à l’égard de l’Union européenne (UE). Certes, le gouvernement fédéral et les principaux dirigeants de l’économie sont favorables à une adhésion à l’UE, notamment pour faciliter l’insertion des entreprises dans le grand marché européen. En revanche, la majorité des électeurs et quelques partis expressément antieuropéens sont réticents à ce projet, craignant que des décisions qui sont actuellement de leur ressort ne leur échappent. Face au refus des Suisses exprimé en 1992 d’une entrée de leur pays dans l’Espace économique européen, le gouvernement a négocié des accords avec l’UE, dits bilatéraux, pour que la Confédération aligne ses politiques sur celles des États membres (accès au marché du travail, conditions de résidence, mobilité étudiante, financement de la recherche, accords de Schengen, etc.).

Toutefois, la singularité suisse persiste dans plusieurs domaines, notamment celui des transports. Dans les années 1980, la Commission européenne, au nom de la liberté de circulation des personnes et des biens, a voulu obtenir que les poids lourds puissent emprunter librement les autoroutes suisses. L’enjeu portait principalement sur les autoroutes transalpines qui donnent accès à l’Italie, axes d’importance majeure pour la Suisse depuis l’alliance fondatrice (1291) des premiers cantons situés sur la route du Saint-Gothard. Le peuple suisse en a décidé autrement. Il a obtenu que deux tunnels dont les entrées se situent à basse altitude soient creusés sous le Lötschberg (35 km, inauguré en 2007) et le Gothard (57 km, inauguré en 2016) pour faciliter le transit des camions européens.

Européenne, la Suisse l’est indiscutablement par sa situation géographique, par les marchés économiques et par la mobilité de ses populations. Mais, vis-à-vis des institutions et du projet politique européen, le peuple suisse garde ses distances, cultivant une certaine singularité en particulier sur les enjeux à forte implication territoriale.

Des remises en question à venir

Tout attachée qu’elle soit à ses mythes au point d’en faire des éléments structurants de sa vie économique et de sa culture politique, la Suisse est aujourd’hui traversée par des changements majeurs qui en relativisent la vigueur et leur capacité à orienter sa géographie politique, économique et culturelle. Un des changements les plus importants réside dans la transformation des villes principales. Les villes suisses restent modestes en taille (les cinq agglomérations principales, Zurich, Genève, Bâle, Berne et Lausanne, comptaient chacune entre 0,3 et 1,2 million d’habitants en 2016). Mais elles tendent à polariser la vie économique et à couvrir de leur influence des superficies de plus en plus importantes, au point que le Plateau est devenu un immense espace de circulation quotidienne où il devient difficile de différencier citadins et campagnards, espaces urbains et espaces ruraux. Ainsi, après des décennies d’exode rural, la croissance démographique est, depuis les années 1970, plus forte en moyenne dans les communes rurales que dans les communes urbaines, une part croissante des actifs – les « pendulaires » – faisant l’aller-retour quotidien entre commune rurale et ville-centre. Certaines régions de montagne, par exemple autour de Bâle et dans les Préalpes, tendent ainsi à devenir des zones d’expansion démographique des principales métropoles, cette tendance conduisant à une profonde transformation des populations résidentes.

Dans le même temps, les activités économiques urbaines ont fortement évolué. L’industrie a décliné de façon significative dans la plupart des grandes villes, hormis Bâle qui conserve un pôle chimique et pharmaceutique d’importance mondiale, au profit relatif des villes petites et moyennes (Olten, Soleure, La Chaux-de-Fonds, Bienne...) réputées pour leur industrie mécanique et électronique. Les principales villes assoient désormais leur croissance économique sur le développement des fonctions de service (bancaire, scientifique, administratif, commercial, culturel, etc.) ; les sièges sociaux des plus grandes entreprises tendent à se concentrer à Zurich et Genève, voire dans des villes secondaires situées à proximité, comme Nestlé à Vevey. Ce processus force à penser la structure et la dynamique territoriales du pays à partir de quelques aires métropolitaines (le grand Zurich, Bâle, l’arc lémanique entre Genève et Montreux, et tout le centre du Plateau autour de Berne) qui recouvrent le découpage cantonal et, dans certains cas, les frontières linguistiques. En outre, plusieurs de ces métropoles rayonnent bien au-delà des frontières de la Suisse, soit en raison de leurs fonctions majeures (Zurich, Genève), soit en raison de leur puissance d’attraction sur les régions françaises et allemandes voisines : les travailleurs frontaliers (320 000 en 2016) représentent plus de 4 p. 100 des actifs, cette proportion étant beaucoup plus importante autour de Genève (plus de 100 000 en 2016) et Bâle, de Lugano et le long du Jura et du Rhin. Tout en restant de taille modeste à l’échelle européenne, les principales villes du pays, portées par leur fort dynamisme, tendent à développer une logique de réseau : réseaux d’infrastructures avec une amélioration constante des liaisons ferroviaires et autoroutières ; réseaux institutionnels qui leur permettent de jouer un rôle croissant dans la vie politique.

Dès lors, il devient difficile de compter sur l’autonomie cantonale pour gérer les enjeux de cette métropolisation et cette internationalisation des villes principales. À défaut d’une remise en cause du nombre et des compétences de base des cantons, politiquement sensible, la Confédération s’efforce de promouvoir une politique des agglomérations, transfrontalières si nécessaire, et la coopération intercantonale. La politique dite des agglomérations, adoptée en 2001, consiste à encourager la coopération entre cantons et communes concernés par une même agglomération en contribuant au financement des équipements structurants. Cette politique a permis ainsi à la Confédération d’accompagner l’émergence de métropoles importantes tout en orientant leur aménagement, notamment en faveur des transports en commun et de la « mobilité douce ». Dans le sillage de cette métropolisation, l’importance de l’agriculture, de la montagne et du monde rural, des aides publiques et du poids politique dont ils bénéficient, tend aussi à être contestée.

La Suisse se trouve donc au milieu du gué, tentée de cultiver son attachement à des mythes fondateurs de sa territorialité et de son identité collective, et forcée dans le même temps de prendre en compte et d’accompagner des phénomènes émergents – l’intégration européenne et transfrontalière, la métropolisation, la montée des services dans l’économie, etc. – qui amènent à penser l’espace helvétique et son environnement selon des images et des modèles différents.

—  Bernard DEBARBIEUX

Histoire

Des origines à la naissance de la Confédération

L'occupation du sol commence à la fin du Paléolithique ancien (50000-8000 av. J.-C.), dans les grottes et abris sous roche des parties non englacées du Jura et des Alpes. Au fur et à mesure de la fonte des glaciers, les chasseurs de la fin du Paléolithique et les pêcheurs du Mésolithique (8000-3000 av. J.-C.) remontent les vallées du Moyen Pays et abordent la montagne. La densité augmente avec les civilisations agricoles du Néolithique (3000-1800 av. J.-C.) dont les groupes de cultivateurs et d'éleveurs fondent les premiers villages. L'âge du bronze (1800-750 av. J.-C.) coïncide avec un adoucissement du climat qui permet l'épanouissement des palafittes (cités lacustres) et le peuplement des Alpes. Des échanges étendus se nouent avec des régions lointaines. Aux xiiie et xiie siècles apparaissent, venus de l'est, l'incinération funéraire, le char, le cheval de trait. L'âge du fer (1750 av. J.-C.-début de l'ère chrétienne) est brillamment représenté en Suisse par les époques de Hallstatt et surtout le deuxième âge de La Tène (près du lac de Neuchâtel). Le mobilier des tombes princières atteste des relations avec les grandes civilisations méditerranéennes. Dès le ve siècle avant J.-C., des tribus celtiques sont installées. Les Helvètes et les Rauraques du Jura et du plateau fondent des villages et des oppidums fortifiés. Ils adoptent l'écriture et la monnaie, tandis que les Rhètes des Alpes orientales pratiquent dans leurs hameaux l'économie pastorale.

Du début de l'ère chrétienne au commencement du ve siècle, la romanisation marque profondément la Suisse. En 58 avant J.-C., César arrête, à Bibracte, la migration des Helvètes vers le Sud. Il les refoule dans leur région d'origine qui est, à cause des cols entre l'Italie et les vallées du Rhône et du Rhin (Grand-Saint-Bernard, Splügen), un élément de liaison essentiel dans l'organisation du monde romain. L'Helvétie ne forme pas une circonscription propre, mais elle est partagée entre les diverses provinces (au ier siècle : Belgique, Rhétie et Narbonnaise ; aux iie et iiie siècles : Germanie supérieure, Narbonnaise, Alpes Grées et Pennines ; aux ive et ve siècles : Rhétie I, Grées et Pennines, Viennoise). La romanisation des Celtes indigènes se manifeste dans leur langage et dans leur genre de vie. Des domaines ruraux se créent, à l'intérieur du réseau de communication, dont les nœuds sont des camps militaires, comme Vindonissa (Windisch, en Argovie), ou les chefs-lieux des principales colonies que sont Augusta Raurica (Augst), Julia Equestris (Nyon), Aventicum (Avenches), Octodurus (Martigny), Curia (Coire). Mais, dès le iiie siècle, la prospérité est menacée par les premières incursions germaniques, et la Suisse devient une zone frontière de l'Empire, sur la défensive.

La grande migration des peuples barbares est un tournant capital dans le destin helvétique. À l'unification administrative, économique et culturelle de la période romaine succèdent les particularismes ethniques, linguistiques et territoriaux qui demeurent à la base de la Confédération. Les modalités de la germanisation sont différentes selon les régions. Elle est profonde au nord-est, avec les vagues successives des Alamans. Les traces de la romanisation sont effacées au profit d'un nouveau paysage humain, caractérisé par l'habitat dispersé, la maison de bois, l'élevage et l'essartage des forêts. La pénétration fut intense sur le plateau et dans les Préalpes, plus sporadique dans les Alpes centrales, et surtout en Rhétie, où se maintinrent des idiomes latins, le romanche et le ladin. Peu à peu, et jusqu'au ixe siècle, les Alamans se convertissent au christianisme, sous l'action des missionnaires et des abbayes. Qu'il s'agisse des Lombards au sud des Alpes ou des Burgondes dans le sud-ouest de l'Helvétie, la composante germanique fut initialement absorbée par l'élément celto-latin antérieur. Les Burgondes, déjà christianisés, furent installés par les Romains comme auxiliaires dans des secteurs dévastés et dépeuplés entre Saône et Jura. À la fin du ve siècle, ils constituent autour de Genève un royaume indépendant et ils vivent en symbiose pacifique avec les autochtones dont ils adoptent la langue. La frontière entre les deux ethnies n'a que très peu varié depuis le haut Moyen Âge. Passablement indifférente à la topographie, elle coupe obliquement la Suisse, du Jura au haut Valais, à travers le Moyen Pays, les Préalpes et l'Oberland. Tandis que se constitue lentement la féodalité, les terres helvétiques mènent une vie effacée, dans le royaume mérovingien, puis dans l'Empire carolingien auxquels elles sont incorporées. La Suisse devient un conglomérat de souverainetés, laïques, ecclésiastiques et urbaines. Plusieurs dynasties aspirent à l'hégémonie : la maison de Savoie, au nord du Léman ; les Zähringen qui, jusqu'à leur extinction, en 1218, créent dans le nord-ouest du plateau et au-delà du Rhin un véritable royaume dont les Savoie et les Habsbourg se partagent les dépouilles. De 888 à 1032, l'Helvétie fait partie d'un éphémère « second royaume de Bourgogne » dont le dernier souverain, mort sans enfants, a pour successeur l'empereur Conrad II. Elle relève désormais du Saint Empire germanique.

400 à 500. Royaumes barbares

400 à 500. Royaumes barbares

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Grandes Invasions. Division de l'Empire romain. Création de royaumes barbares en Chine.Au Ve siècle, des peuples nomades déferlent massivement sur l'Extrême-Orient et sur l'Occident. C'est la période dite des Grandes Invasions.En Chine tout d'abord, les royaumes barbares du... 

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La naissance de la Confédération

L'indépendance des premiers cantons montagnards est liée au grand renversement de la conjoncture européenne qui s'effectue aux xiie et xiiie siècles. À la suite des croisades, l'économie continentale se ranime, avec la reprise des courants commerciaux et la floraison des villes. La recherche, par les empereurs germaniques, d'une prépondérance en Italie intensifie les échanges entre l'Allemagne et le monde méditerranéen. Elle postule une liaison directe à travers les Alpes centrales, dont les cols vont succéder aux antiques passages orientaux et occidentaux de la chaîne. À la fin du xiiie siècle, les habitants d'Uri aménagent les gorges de Schöllenen qui permettent le franchissement du Gothard. Les vallées convergeant vers le lac des Quatre-Cantons prennent une importance géopolitique croissante. Dans les régions d'Uri, de Schwyz, d'Unterwald autour de Sarnen (Obwald) et de Stans (Nidwald) vivent des communautés forestières et pastorales, les Waldstätten, habituées à la gestion collective des bois et des alpages. Au début du xiiie siècle, les Waldstätten sont sujets des comtes de Habsbourg et craignent pour leurs libertés. Ils recherchent l'appui de l'empereur qui accorde à Uri, en 1231, et à Schwyz, en 1240, une charte d'immédiateté les plaçant sous sa juridiction directe et leur accordant la faculté de se gouverner eux-mêmes. Mais Rodolphe de Habsbourg, déjà maître de Lucerne, au débouché de la route du Gothard, et dont les territoires enserrent les Waldstätten, est élu empereur en 1273. Il fait administrer les vallées par des baillis dont la rigueur indispose les populations. En juillet 1291, Rodolphe Ier meurt, et les communautés d'Uri, de Schwyz et de Nidwald resserrent leur union par le pacte d'alliance du 1er août 1291, document que les Suisses considèrent comme l'acte de naissance de leur confédération. L'attaque de Schwyz contre les terres du couvent d'Einsiedeln est le prétexte de la répression autrichienne. Mais les montagnards sont vainqueurs à Morgarten (15 nov. 1315) et les Habsbourg signent la paix en 1318. L'origine de la Confédération a suscité une tradition légendaire qui ne repose pas sur des textes contemporains ou des témoignages authentiques mais se fonde sur des chroniques écrites deux siècles après les événements. Au xviiie siècle, le mythe de l'helvétisme, né des théories de Jean-Jacques Rousseau sur la vertu et l'esprit démocratique des montagnards, alimentera un thème promis à une immense fortune : les exploits des héros de l'indépendance, Guillaume Tell, Arnold de Melchthal, Werner Stauffacher, liés par le serment de la prairie du Grütli. L'hypercritique du xixe siècle a nié la valeur historique de ces légendes que les spécialistes considèrent à présent comme l'expression d'une tradition collective. En 1315, les Waldstätten confirment et resserrent leur alliance par le pacte de Brunnen. Dès lors, comme Schwyz avait eu un rôle très actif dans la lutte contre les Habsbourg, on prit l'habitude de désigner par ce nom : la Suisse, ou les Suisses, l'ensemble de la Confédération.

Suisse, XIVe-XVe siècle

Suisse, XIVe-XVe siècle

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Les origines de la Confédération : du pacte d'alliance des trois cantons primitifs en 1291 à la victoire de la Confédération des huit cantons sur l'Autriche en 1388. 

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Au noyau primitif viennent s'agréger, pour des raisons diverses, une série de territoires qui, en soixante-deux ans, portent l'alliance de huit cantons. Lucerne adhère au pacte en 1332. À Zurich, ville d'Empire, les corporations d'artisans s'emparent, en 1336, du pouvoir et, en 1351, se lient aux Suisses. L'Autriche tente de reprendre la ville et, au cours de la guerre, les confédérés occupent Glaris et Zoug qui entrent dans l'Alliance en 1352. La cité de Berne règne sur de vastes territoires ; le pouvoir des bourgeois, menacé par une coalition des seigneurs, est sauvé par l'aide des Waldstätten, alliés, à la bataille de Laupen (1339). En 1353, Berne entre dans la Confédération. Les huit cantons forment un amalgame politique assez lâche où les cantons forestiers forment l'élément de liaison entre les partenaires. Mais il est déjà assez fort pour briser les retours offensifs de l'Autriche à Sempach (9 juill. 1386) et à Naefels (9 avr. 1388).

L'expansion du XVe siècle

Au lendemain de Naefels se produit un événement décisif : les villes d'Allemagne du Sud, alliées des Suisses, sont battues par les princes d'Empire et leur ligue est dissoute, alors que les cantons maintiennent leur indépendance. Le destin de la Suisse commence à se séparer définitivement de celui de l'Empire. « La Suisse resta désormais le réduit du particularisme communal dans une Europe où, partout ailleurs, l'avenir appartenait à l'État territorial et unificateur » (H. Lüthy).

Les confédérés nouent des alliances de combourgeoisie avec leurs voisins : communautés comme Appenzell, les dizains du Valais, les trois ligues des Grisons ; seigneuries comme les évêchés de Genève, de Sion, l'abbaye de Saint-Gall, les comtés de Neuchâtel et de l'oggenbourg ; villes indépendantes comme Bâle, Soleure, Schaffhouse, Rottweil, Mulhouse. Mais l'expansion territoriale se fait également par des conquêtes. Entre 1403 et 1416, Uri, pour contrôler totalement le Gothard, occupe la Léventine (haute vallée du Tessin) et les vals Maggia et Verzasca. En 1415, les confédérés s'emparent de l'Argovie autrichienne et, en 1460, de la Thurgovie. À côté des alliés, ces territoires forment une nouvelle catégorie : les pays sujets, ou bailliages, propriétés d'un seul canton ou communs à plusieurs. La Confédération est, désormais, une puissance militaire redoutable. Le service obligatoire peut mettre sur pied 100 000 hommes aguerris, avec une infanterie armée de la hallebarde, sur l'ordre de la Diète fédérale. La surpopulation incite les cantons à signer avec l'étranger des accords qui stipulent l'envoi de mercenaires (80 000 au total).

En 1436, Schwyz et Zurich entrent en conflit pour la possession du comté de Toggenbourg, clé des routes vers l'Autriche et les cols grisons. Zurich s'allie à l'Autriche, mais les sept cantons remportent la victoire de Saint-Jacques sur la Sihl (juill. 1443). L'empereur obtient l'aide de la France. Charles VII envoie le dauphin Louis avec 40 000 mercenaires « armagnacs » qui tiennent les confédérés en échec, à Saint-Jacques sur la Birse (août 1444). Cependant la France signe la paix sans poursuivre son offensive et, au bout de dix ans de guerre civile, Zurich reprend sa place dans l'alliance.

La France de Louis XI est, tout comme les confédérés, inquiète des ambitions de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Le roi persuade les Suisses de signer la paix avec l'Autriche (1474) et d'attaquer le Téméraire, pour porter secours à leurs alliés de Bâle et de Mulhouse. Le conflit prend une dimension internationale avec la Suisse, la France, les villes d'Alsace d'une part, et avec la Bourgogne, la Savoie et le duc de Milan d'autre part. En 1474, la haute Alsace est libérée, et, en 1475, les Bernois envahissent le pays de Vaud savoyard. Tandis que Louis XI et l'empereur signent une paix séparée, la Suisse, isolée, est attaquée par le Téméraire. Les confédérés sont vainqueurs à Grandson (2 mars 1476) et à Morat (28 juin 1476), remportant un immense butin et mettant fin au rêve d'hégémonie bourguignonne. Berne conservait, en possession directe ou en commun avec Fribourg, une série de terres vaudoises et les Valaisans gardaient le bas Valais, jusque-là savoyard. Au lendemain des guerres de Bourgogne, la suprématie des Waldstätten semble mise en question par les grands cantons. En 1481, la Diète de Stans ne peut trouver un accord, mais, à l'ultime moment, la rupture est évitée par l'arbitrage de l'ermite Nicolas de Flue. Fribourg et Soleure entrent dans la Confédération.

L'émancipation de la Confédération

La Suisse, sous le nom de Ligue de la haute Allemagne, fait toujours partie de l'Empire. À la fin du xve siècle, l'empereur Maximilien Ier entend resserrer son emprise sur la Confédération avec l'aide des États du sud de l'Allemagne. Mais la « guerre de Souabe » se solde par la défaite des impériaux, à Frastenz, à Calven et à Dornach (1499). À la paix de Bâle, l'empereur reconnaît l'indépendance de fait de la Suisse. Bâle et Schaffhouse en 1501, Appenzell en 1513 entrent dans la Confédération, forte de treize cantons et dont la frontière se fixe, au nord, sur le Rhin.

La Suisse, par l'intermédiaire de ses mercenaires, prit une part active aux guerres d'Italie, et elle en profita pour étendre ses possessions au Tessin (Bellinzona et le val Blenio). En 1510, par l'entremise du cardinal valaisan Mathieu Schiner, les treize cantons adhèrent à la ligue formée par le pape Jules II contre la France. Leurs troupes conquièrent le Milanais et s'emparent de nouvelles terres au sud des Alpes : l'Ossola, Mendrisio, Locarno, Lugano deviennent des bailliages communs. En 1513, les Suisses sont à l'apogée de leur puissance militaire, battant les Français à Novare et assiégeant Dijon. Mais, les 13 et 14 septembre 1515, ils sont écrasés à Marignan (Melegnano) par François Ier. Cette défaite marque un tournant de l'histoire suisse. La Confédération cesse désormais d'intervenir directement dans les affaires européennes. En 1516, elle signe avec la France la paix perpétuelle qui lui procure de fortes indemnités et lui permet de conserver les bailliages du Tessin, sauf l'Ossola. Désormais, les Helvètes se limitent au fructueux service militaire mercenaire.

Suisse, XVIe siècle

Suisse, XVIe siècle

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La Confédération des treize cantons à la veille de la bataille de Marignan (1515). Les Suisses, alliés du duc de Milan et de la papauté contre François Ier qui tente de conquérir le Milanais, sont défaits par l'armée française. Marignan marque la fin de l'interventionnisme suisse... 

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Dès 1519, à Zurich, Ulrich Zwingli prêche une réforme proche du luthéranisme. Diffusé par les humanistes, le protestantisme gagne Berne (1528), Bâle et Schaffhouse (1529) ; Glaris, Appenzell et Soleure se partagent entre les deux confessions, tandis que les cantons primitifs, avec Lucerne et Zoug, restent catholiques. La contestation pour le régime religieux des bailliages communs amène une guerre civile. Après la bataille de Kappel (1529), une trêve s'instaure, mais la lutte reprend en 1531, et l'issue de la seconde bataille de Kappel est favorable aux catholiques. La Suisse comprend désormais sept cantons catholiques (Uri, Schwyz, Unterwald, Lucerne, Zoug, Soleure et Fribourg), majoritaires à la Diète, et quatre cantons réformés (Zurich, Berne, Bâle et Schaffhouse). La Réforme s'étend dans le pays romand, où les villes, en l'adoptant, cherchent à échapper à la tutelle de leurs princes, comme les ducs d'Orléans à Neuchâtel ou la maison de Savoie à Genève. Elles signent des traités de combourgeoisie avec les cantons protestants. Les prédicateurs français (Guillaume Farel, Théodore de Bèze) ou vaudois (Pierre Viret) font adopter la Réforme à Neuchâtel en 1530 et à Genève en 1536. Les Bernois débloquent Genève attaquée par la Savoie et conquièrent le reste du pays de Vaud, où le protestantisme est imposé et qui devient un bailliage bernois. Fribourgeois et Valaisans occupent les autres terres savoyardes, au nord et à l'est du Léman. À Genève, Calvin, arrivé en 1536, établit une théocratie et domine la vie politique et religieuse de la cité jusqu'à sa mort en 1565. La Contre-Réforme arrête l'expansion du protestantisme. En 1564, Berne doit restituer au duc de Savoie le nord du Genevois et le Chablais, mais les Valaisans gardent le bas Valais. Les 11 et 12 décembre 1602 échoue l'« Escalade » des Savoyards contre Genève, ultime tentative pour reconquérir la « Rome protestante », où affluent les huguenots réfugiés.

La Suisse reste à l'écart de la guerre de Trente Ans qui ravage l'Allemagne. La menace pousse au renforcement de l'organisation militaire, avec la création d'une armée fédérale, chargée de faire respecter le territoire. Le « Défensional de Wil » (1647) est la première formulation de la neutralité armée de la Confédération. À la paix de Westphalie, en 1648, l'envoyé de la Suisse J. R. Wettstein obtient la reconnaissance de l'indépendance totale des cantons vis-à-vis de l'Empire. Les séquelles de la Réforme suscitent la réaction des cantons protestants, en minorité à la Diète. Après un premier échec à Willmergen (1656), la seconde guerre de Willmergen (1712) permet aux réformés d'obtenir la liberté de religion pour les bailliages communs.

La Suisse aristocratique

Le xviiie siècle est une période de paix extérieure et de développement économique. L'industrie textile de la Suisse nord-orientale vaut à la Confédération d'être l'un des premiers États européens, à l'ère de l'industrialisation prémanufacturière. Le service étranger procure d'abondantes ressources qui s'ajoutent aux profits de la banque. L'afflux des huguenots français, à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, stimule la conjoncture. Il s'en faut pourtant que la Suisse réponde à l'image idyllique que répandent les adeptes de l'« helvétisme » et du droit naturel. La condition des paysans est très dure, et des jacqueries éclatent au lendemain de la guerre de Trente Ans (1653). Assemblage de républiques souveraines, la Confédération, sauf dans les petits cantons primitifs de démocratie directe (Landsgemeinde), est gouvernée par des oligarchies autoritaires, menant une vie sociale et culturelle souvent brillante. Le pouvoir est détenu par un petit nombre de patriciens qui laissent certains droits politiques aux bourgeois, mais qui excluent de la vie civique les « habitants », descendants des immigrés récents, et les « sujets » de la campagne. Des tensions se font jour dans cette société hiérarchisée. En 1723, le major Davel tente de soulever le pays de Vaud contre Berne ; en 1726 des troubles éclatent contre le prince-évêque de Bâle. Genève, alliée à la Confédération, est un creuset d'idées et les bourgeois réclament leur participation au pouvoir, ce qui motive des interventions répressives de Berne, de Zurich et des puissances étrangères (1707, 1762-1768). L'agitation s'étend aux « natifs », couche subordonnée de la société urbaine, composée des descendants des réfugiés et habitants installés après la Réforme et tenus à l'écart des droits politiques monopolisés par les familles patriciennes. Ils arrachent des concessions en 1781, et, en 1782, ils se révoltent. Le gouvernement oligarchique n'est sauvé que par une nouvelle « prise d'armes » de la France, de la Savoie et de Berne.

L'hégémonie française

La Révolution française éveilla des échos profonds dans les treize cantons. En 1792, les sujets alémaniques du prince-évêque de Bâle proclament la république et, à Genève, bourgeois et natifs renversent l'oligarchie. Le Directoire est décidé à mener une politique d'expansion territoriale. En 1797, il annexe à la Cisalpine la Valteline, sujette des ligues grisonnes. La France désire contrôler les cols des Alpes et tirer de la Suisse de fortes contributions en argent. Le prétexte de l'intervention est fourni par l'action des émigrés à Paris, comme le Vaudois Frédéric-César de La Harpe, ou par les appels à la délivrance du joug aristocratique adressés par les jacobins locaux, comme le Bâlois Pierre Ochs. Le 24 janvier 1798, les villes vaudoises se soulèvent contre Berne et proclament la République lémanique, aussitôt occupée par les Français. La révolution libérale gagne tous les pays sujets (Argovie, Thurgovie, bas Valais), justifiant de nouveaux empiétements du Directoire, à Fribourg et à Soleure (2 mars 1798). Les Bernois, après un premier succès, sont battus à Grauholz et ouvrent leur capitale à l'envahisseur (5 mars). Les cantons centraux résistent opiniâtrement, mais, après la chute de Lucerne et de Zoug, la défaite de Rotenturm (2 mai 1798) entraîne la capitulation d'Uri, de Schwyz, d'Unterwald et de Glaris. Mulhouse alliée des Suisses, Genève et le Valais sont occupés militairement. En septembre 1798, les Français brisent durement l'ultime sursaut du Nidwald. La Suisse est réorganisée, comme les autres « républiques sœurs », sur le modèle français. La République helvétique, centralisée, redécoupée en circonscriptions administratives, est gouvernée par un Directoire. Tous les habitants reçoivent l'égalité des droits, et le pouvoir électif censitaire passe à la bourgeoisie des possédants. Mais la République helvétique demeure occupée par la France, privée de politique extérieure, pressurée financièrement et plongée dans une grave dépression économique. En 1799, elle est un champ de bataille entre Français et Austro-Russes, autour de Zurich et dans les Alpes. La vie intérieure est instable et précaire, et les tenants du système fédéral manifestent une opposition croissante.

Avec réalisme, Napoléon comprend que la Suisse n'est pas mûre pour la centralisation unitaire. Devant les luttes entre fédéralistes et centralisateurs, il intervient. Les troupes françaises sont retirées et une consulta de députés suisses, réunie à Saint-Cloud, accepte une nouvelle constitution, rédigée par l'Empereur. L'Acte de médiation (19 févr. 1803) rétablit les treize cantons anciens, dans des frontières modifiées, et la Diète, mais elle fait aussi accéder au statut du canton de plein exercice les anciens pays alliés et sujets (Saint-Gall, Argovie, Thurgovie, Grisons, Tessin, Vaud). La Confédération helvétique, nom officiel qui apparaît pour la première fois, compte désormais dix-neuf cantons. Le calme intérieur revient et la Suisse bénéficie des grands travaux napoléoniens, comme l'équipement des routes alpestres. Mais le Blocus continental aggrave le marasme économique. Pour l'appliquer plus efficacement, Napoléon occupe le Tessin et annexe à la France le Valais (1810).

En 1813, deux armées alliées traversent la Suisse. La Diète abolit l'Acte de médiation, et, le 1er janvier 1814, Genève se libère de la tutelle française. La Confédération est représentée au Congrès de Vienne par des délégués de la Diète et des cantons. Le rôle déterminant fut joué par le Genevois Charles Pictet de Rochemont qui, après l'entrée de sa patrie dans la Confédération, fut également l'envoyé de la Suisse au Congrès de Paris et aux négociations de 1816 avec la Sardaigne. La Confédération reçoit, sur la base de trocs et de compensations territoriales, sa structure et ses frontières actuelles. Elle comprend désormais vingt-deux cantons, avec l'entrée du Valais, de Neuchâtel et de Genève dont le territoire est arrondi d'un seul tenant et relié au reste de la Suisse par la cession de communes savoyardes et françaises. Des zones franches sont établies autour de la ville, en Savoie et dans le pays de Gex. La neutralité et l'inviolabilité de la Suisse sont garanties par les Puissances et la neutralisation, avec droit d'occupation militaire, étendue au nord de la Savoie.

La Suisse libérale et démocratique

Après 1815, l'aristocratie rétablit l'ancien régime, renversé par la Révolution. Jusqu'en 1825, la situation économique est médiocre. La Diète a des pouvoirs réduits. Chaque canton garde ses douanes, ses postes, ses monnaies. Les libéraux réclament le retour aux libertés et à l'égalité civique et le renforcement du pouvoir fédéral.

Dans les années 1830 commence à se faire sentir un « décollage » économique avec les progrès du machinisme industriel et du tourisme étranger. La révolution parisienne de 1830 fait naître une série d'agitations qui amènent les cantons les plus importants (Thurgocie, Argovie, Saint-Gall, Schaffhouse, Zurich, Soleure, Lucerne, Berne, Vaud, Fribourg) à se doter de constitutions fondées sur le suffrage universel et à octroyer les libertés fondamentales. À Bâle, les citadins refusent l'émancipation politique des ruraux, et le canton se scinde en deux demi-cantons, Bâle-Ville et Bâle-Campagne. La Suisse accueille un grand nombre de proscrits politiques, ce qui lui vaut des difficultés avec ses voisins (conflit avec la France, en 1838, à la suite du séjour de Louis-Napoléon Bonaparte).

En face des conservateurs progresse le courant radical, qui a pour programme le renforcement du lien fédéral, la liberté religieuse et l'expansion économique. En 1841-1843, un conflit éclate dans le canton d'Argovie, de confession mixte, à cause de la fermeture de couvents, accusés par le gouvernement de fomenter l'opposition des catholiques à la nouvelle constitution libérale. En 1844, Lucerne rappelle les Jésuites, ce qui est considéré comme une provocation et motive les attaques des corps-francs radicaux. Les sept cantons conservateurs et catholiques de Lucerne, d'Uri, de Schwyz, d'Unterwald, de Zoug, de Fribourg et du Valais forment, en décembre 1845, une « alliance défensive séparée » (Sonderbund), tenue secrète. L'affaire des Jésuites et la révélation du Sonderbund divisent les cantons et amènent une recrudescence de l'agitation des radicaux. Ils prennent le pouvoir, à Lausanne, avec Henri Druey, le 14 février 1845. À Genève, l'insurrection populaire du 7 octobre 1846, dirigée par James Fazy, établit un régime démocratique. Le ralliement de Saint-Gall donne la majorité, à la Diète, aux cantons qui sont hostiles au Sonderbund. Elle en prononce la dissolution, mais les séparatistes refusent de se soumettre et se retirent de la Diète. Le 4 novembre 1847 est décidée une intervention armée contre le pacte séparé. Pendant vingt-six jours, une brève guerre civile oppose les milices fédérales, commandées par le général genevois Guillaume-Henri Dufour, aux troupes catholiques, sous les ordres d'Ulrich de Salis-Soglio. Le 14 novembre, Fribourg tombe, puis Zoug et Lucerne. Les cantons dissidents réintègrent la Confédération et expulsent les Jésuites. Les radicaux, vainqueurs, réorganisent la Suisse par la Constitution du 12 septembre 1848. Solution de compromis entre partisans et adversaires d'une grande autonomie des cantons, elle laisse à ces derniers une large indépendance. Mais le pays est doté d'un conseil fédéral de gouvernement, de deux chambres élues au suffrage universel (Conseil national et Conseil des États). La Confédération prend en charge les affaires étrangères, l'armée, les douanes, les postes et la monnaie.

Au lendemain de 1848, la Suisse inaugure une ère de grande stabilité politique. Les dernières hypothèques territoriales sont levées. Depuis 1707, Neuchâtel relevait de la Prusse ; en 1848, les libéraux proclament la république et, en 1856, la contre-révolution royaliste est étouffée par l'intervention fédérale. L'entremise des Puissances aboutit, lors de la Conférence de Paris (1857), à la renonciation du roi de Prusse à ses droits sur le canton. En 1860, les libéraux de la Savoie du Nord, dont la capitale économique est Genève, réclament leur annexion à la Suisse. Napoléon III écarte cette menace par l'octroi d'une grande zone franche. En 1870-1871, la Suisse préserve sa neutralité et accueille les 83 000 hommes de l'armée française de l'Est. Dans la seconde moitié du xixe siècle, une vive compétition se fait jour au sein de la finance internationale à propos de l'équipement ferroviaire, complété par les grands tunnels du Gothard (1882), du Simplon (1906) et du Lötschberg (1912). En 1898, le peuple vote le rachat des principales lignes par la Confédération. Les régimes politiques des cantons et de la Confédération se démocratisent. La Constitution de 1848 est révisée en 1874, dans le sens d'une extension des pouvoirs fédéraux en matière militaire et de l'introduction du droit de référendum, complété, en 1891, par le droit d'initiative populaire en matière constitutionnelle. Après 1870, les rapports de l'Église catholique et de l'État sont secoués par la crise du Kulturkampf qui aboutit à la prépondérance de l'autorité civile en matière scolaire. Dans les dernières décennies du xixe siècle, la « seconde révolution industrielle », née de la houille blanche, l'essor du tourisme, le développement de l'horlogerie, de la fabrication des machines, des produits alimentaires font de la Suisse un pays prospère, qui recourt déjà massivement à la main main-d'œuvre étrangère. Après 1870, la Fédération ouvrière suisse, groupant le Parti socialiste et les syndicats, préconise une politique sociale. En 1877, le travail est réglementé et, à partir de 1912, est promulguée une législation sur les assurances ouvrières. Après la fondation de la Croix-Rouge internationale, en 1864, les institutions internationales qui s'établissent sur le sol suisse se multiplient. La guerre de 1914-1918 met à l'épreuve la cohésion du pays, partagé entre les sympathies alémaniques pour les puissances centrales et celles de l'élément latin pour les alliés. En 1918, une vague de grèves révolutionnaires est brisée par l'action de l'armée. Le traité de Versailles confirme la neutralité suisse et abolit la neutralisation de la Savoie du Nord. La Confédération refuse l'annexion du Vorarlberg autrichien, mais conclut avec le Liechtenstein une union diplomatique, monétaire et économique. La suppression par la France des zones franches de Savoie, en 1923, provoque un litige tranché en 1932 par la Cour de La Haye qui ordonne le rétablissement des « petites zones » de 1815-1816. La Suisse entre à la Société des Nations, dont le siège est à Genève, mais revient, en 1938, à la neutralité intégrale. Après 1919, les radicaux partagent le pouvoir avec les conservateurs et les paysans. La Suisse subit fortement les effets de la crise mondiale des années trente et, en 1936, le franc est dévalué d'environ 30 p. 100. La Seconde Guerre mondiale trouve le pays bien préparé militairement et économiquement. L'Allemagne, en dépit de quelques velléités en mai 1940 et en mai 1943, n'ose pas attaquer la Suisse, dont l'armée est commandée par le général Henri Guisan. L'économie de guerre et le plan Wahlen d'extension des cultures permettent de surmonter les difficultés d'approvisionnement. L'année 1945 trouve une Suisse solide et toujours attachée à son idéal politique de fédéralisme et de neutralité.

Horlogerie suisse

Horlogerie suisse

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La section de l'horlogerie suisse à l'Exposition internationale de 1900, à Paris. 

Crédits : Hulton Getty

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La Société des Nations

La Société des Nations

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La Société des Nations, créée au lendemain de la Première Guerre mondiale pour le maintien de la paix, tient sa première session, à Genève, en 1920. 

Crédits : Hulton Getty

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—  Paul GUICHONNET

Institutions politiques

Les institutions politiques suisses se caractérisent par une grande stabilité, d'autant plus étonnante qu'elles régissent une société fortement fragmentée et diversifiée. Au carrefour de trois cultures européennes, la Suisse porte la marque des clivages linguistiques. Ainsi, au sein de la population résidante (Suisses et étrangers), la répartition des langues principales révèle que l’allemand est parlé par 63 p. 100 de la population (suisse et étrangère), le français par 23 p. 100, l’italien par 8 p. 100 et le romanche par 0,5 p. 100 (données de 2016, source OFS). Outre ces quatre langues nationales, ou en complément de celles-ci, 22 p. 100 de la population déclare parler une autre langue principale, notamment le serbo-croate (2,4 p. 100), l’albanais (3,1 p. 100), le portugais (3,7 p. 100) et l’espagnol (2,3 p. 100). En raison des changements qu’ont connus les flux migratoires, les principaux groupes de langues étrangères se sont modifiés au cours des deux premières décennies du xxie siècle. À partir de 2000, les langues balkaniques ont pris l’ascendant sur le portugais et l’espagnol, qui étaient auparavant les langues étrangères les plus répandues en Suisse.

Comme dans le cas des langues, le clivage religieux protestants-catholiques traverse les frontières cantonales en s'interpénétrant. La Suisse est aussi exposée aux clivages politiques : il y a une douzaine de partis dans le pays. Cette image devient bien plus complexe encore si l'on y introduit la disparité économique et les différences d'attitudes d'un canton à l'autre. Dans ces conditions, l'établissement et le maintien du lien confédéral ne pouvaient se réaliser que dans le respect des diversités que garantit le fédéralisme.

La naissance lente et parfois agitée du canton du Jura – depuis la création du Rassemblement jurassien en 1947 jusqu'à l'adoption par le peuple suisse du référendum constitutionnel révisant les articles 1er et 80 de la Constitution fédérale de 1874 et consacrant le vingt-sixième canton suisse – illustre la mise en œuvre des principes du fédéralisme : séparation du Jura du canton de Berne auquel il avait été rattaché en 1815, création d'un nouveau canton qui, à l'instar des autres, se dote d'une Constitution (3 févr. 1977), d'un Parlement (Grand Conseil) de soixante membres et d'un gouvernement (Conseil d'État) de cinq membres élus au scrutin populaire direct. Ainsi, la Confédération compte depuis lors vingt cantons et six demi-cantons. Dans un souci de clarification des multiples réformes adoptées depuis 1874, la Confédération a procédé à une refonte complète de la Constitution, sans modification substantielle des institutions. Acceptée par référendum le 18 avril 1999, cette nouvelle Constitution est entrée en vigueur le 1er janvier 2000.

Répartition des tâches

Sur le plan institutionnel, la diversité s'ordonne dans un cadre fédéraliste à trois niveaux : le niveau fédéral, expression de l'union ; le niveau cantonal, avec 20 cantons et 6 demi-cantons ; et le niveau communal (un peu plus de 2 400 communes en 2013). Si la Suisse s’est dotée d’un nouveau canton en 1978 (Jura), elle a aussi réduit de façon draconienne le nombre de ses communes en dix ans. Ce processus de fusion communale s’explique par plusieurs facteurs. Les petites communes ont de plus en plus de difficultés à assumer leurs tâches, soit parce que les finances ne le permettent plus de façon satisfaisante, soit parce qu’elles ne trouvent plus parmi leurs administrés des personnes prêtes à assumer une fonction au sein de l'exécutif ou de l'administration. Une fusion de communes peut être la simple officialisation d’une collaboration de longue date. Mais elle peut aussi être souhaitée par un canton pour des raisons financières, quand celui-ci estime qu’un regroupement de plusieurs communes améliorerait l’allocation des deniers publics et favorisera les synergies.

Les cantons sont dotés d'une Constitution et d'un Grand Conseil, qui est une assemblée élue au suffrage universel, sauf dans les quatre Landsgemeinde (Obwald, Nidwald et les demi-cantons d'Appenzell qui pratiquent des assemblées de citoyens), et à la proportionnelle dans la grande majorité des cas. Ils partagent une série de compétences avec la Confédération en matière économique et sociale, de justice et de police, de travaux publics, et exercent à titre exclusif les compétences dans le domaine de la religion (rapports avec les Églises), de l'éducation et de la culture : les universités, à l'exception des écoles polytechniques de Zurich et de Lausanne, les écoles secondaires et primaires relèvent des autorités cantonales. De son côté, la Confédération a la compétence exclusive des relations extérieures (politique de défense, politique de neutralité, politique commerciale et économique extérieure, traités internationaux), de la politique monétaire, des douanes et de la poste. À partir de la Seconde Guerre mondiale, les pouvoirs des autorités fédérales se sont accrus, dans un souci de coordination des politiques économique, énergétique et de transport, et plus généralement pour faire face aux exigences du processus de globalisation en cours dans le monde. Le fédéralisme suisse est un processus dynamique appelé à évoluer sur les trois niveaux communal, cantonal et fédéral, les changements se faisant autant grâce aux modifications constitutionnelles que par l’évolution de la gouvernance et de la répartition des responsabilités entre les différentes entités de la Confédération.

Institutions représentatives fédérales

Le fédéralisme s'inscrit également dans les structures de l'État central qui, tout en garantissant l'autonomie des cantons, assure leur participation au processus législatif. Le Parlement (Assemblée fédérale suisse) comprend deux Chambres. Le Conseil national de deux cents membres, élu à la proportionnelle, représente le peuple suisse dans son ensemble ; le nombre de députés élus dans les circonscriptions que forment les cantons varie selon l'importance de leurs électorats : Zurich a trente-cinq députés ; Berne, vingt-six ; Vaud, dix-huit ; Argovie, seize ; Saint-Gall, douze ; Genève, onze ; Lucerne, dix ; Tessin et Valais, huit ; Bâle-Campagne et Fribourg, sept ; Soleure et Thurgovie, six ; Bâle-Ville et Grisons, cinq ; Neuchâtel et Schwyz, quatre ; Zoug, trois ; Schaffhouse et Jura, deux ; les plus petits cantons ou demi-cantons (Appenzell Rhodes-Intérieures, Appenzell Rhodes-Extérieures, Obwald, Nidwald, Glaris et Uri) n'en ont qu'un chacun. À côté de la Chambre du peuple, le Conseil des États associe les États fédérés au processus législatif. Chaque canton y envoie deux représentants généralement élus à la majorité, chaque demi-canton (de Bâle, d'Appenzell, et d'Unterwald) un seul, soit quarante-six pour l'ensemble. Les deux Chambres ont des pouvoirs identiques : une loi ou un arrêté ne sont adoptés que lorsque les deux Conseils acceptent le même texte.

Gouvernement collégial et stable

Une des caractéristiques originales du système politique suisse réside dans la forme de son gouvernement fédéral, issu d'une élection au Parlement réuni en session conjointe. Humblement appelé Conseil fédéral, il est un organe collégial de sept membres inspiré du Directoire de la Révolution française. Depuis les années 1960 environ, des voix s’élèvent régulièrement pour dire qu’il n’est plus adapté à l’augmentation du nombre des tâches que doit gérer la Confédération, que les conseillers fédéraux sont surchargés et qu’ils ne peuvent plus accomplir correctement leur mandat. Des propositions de réformes plus ou moins ambitieuses ont été faites, notamment au sein du Parlement. Une autre caractéristique du gouvernement, critiquée avant chaque élection fédérale, mais toujours maintenue, est la « formule magique » qui associe depuis 1959 la gauche socialiste et les grands partis dits « bourgeois » au sein du Conseil fédéral. À partir de cette date, le gouvernement fédéral a été composé selon cette « formule magique » non écrite (2 + 2 + 2 + 1), mais scrupuleusement observée jusqu’en 2007, à savoir deux conseillers fédéraux radicaux, deux socialistes, deux démocrates-chrétiens et un de l'Union démocratique du centre (UDC, autrefois PAB, Parti des paysans, artisans et bourgeois).

Après les élections d'octobre 2003, qui ont donné à l'UDC la première place en nombre de voix dans le pays, le Parti démocrate-chrétien, en déclin, a dû lui céder un de ses deux sièges, faisant ainsi évoluer la composition du gouvernement. En décembre 2007, la formule a encore été mise à mal par l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf (UDC) au poste précédemment occupé par Christophe Blocher (UDC). L’UDC conservait deux sièges au Conseil fédéral, occupés par Eveline Widmer-Schlumpf et Samuel Schmid. Issus tous les deux d’un courant minoritaire de l’UDC, ne disposant pas de la légitimité nécessaire pour le représenter, ils ont été exclus du groupe politique de l’UDC (mais pas du parti lui-même), tout en restant au gouvernement suisse. L’UDC, ne pouvant exclure Eveline Widmer-Schlumpf du parti, a choisi, en 2008, d'exclure l'ensemble de la section du canton des Grisons (à laquelle la conseillère fédérale était affiliée). C’est sous les couleurs de cette section, devenue le Bürgerlich-Demokratische Partei Schweiz (PBD, Parti bourgeois démocratique suisse), qu’Eveline Widmer-Schlumpf a été réélue au Conseil fédéral en 2011 (elle a également occupé la fonction honorifique de présidente de la Confédération en 2012). Après ces événements, la « formule magique » a évolué ainsi : 2 conseillers fédéraux libéraux-radicaux depuis la fusion du Parti radical-démocratique et du Parti libéral en 2009, 2 socialistes, 1 démocrate-chrétien, 1 de l'Union démocratique du centre et 1 du Parti bourgeois démocratique. Depuis 2015, ce dernier n’est plus représenté et ce sont deux conseillers UDC qui siègent.

Au critère partisan qui préside à la composition du gouvernement, s'ajoute le souci d'un dosage complexe qui tient compte à la fois de l'appartenance aux grands cantons (Berne et Zurich), à des régions linguistiques (2 sièges du gouvernement sont traditionnellement réservés aux conseillers francophones), ainsi que de la personnalité et de l'implantation politique du conseiller fédéral; la présence d’un conseiller de langue italienne, irrégulière, est de nouveau d’actualité depuis l’élection de 2017. On recherche également un certain équilibre religieux même si cela n’est pas une exigence formelle.

L’objectif de la « formule magique » était d’obtenir un large consensus dans les décisions politiques. Toutefois, nombreux sont ceux qui estiment que ce consensus est de plus en plus difficile à trouver et que les conseillers fédéraux qui s’y livrent y perdent leur identité politique. Par ailleurs, le Conseil fédéral n'est pas directement responsable devant le Parlement, qui ne dispose d'aucun moyen de contrôle ou de pression sur l'exécutif qu'il a élu (il ne peut pas censurer le gouvernement). De la sorte, le gouvernement fédéral demeure en place au moins pour la durée d'une législature de quatre ans. Cette stabilité n'empêche pas le Conseil fédéral de chercher, fidèle à l'esprit de compromis qui caractérise le fonctionnement du système suisse, un consensus aussi large que possible. Il en résulte que l'opposition est marginale dans un système où la participation au gouvernement tient lieu d'alternance. Cependant, le recours au référendum et à l’initiative populaire peut être pour les partis politiques (ainsi que pour la société civile) une façon d’inscrire une question sur l’agenda politique.

Référendums et initiatives

Le recours au vote populaire sur des problèmes déterminés introduit un élément plus dynamique dans ce système stable. Les citoyens ont la possibilité de se prononcer sur une question concrète, non pas en fonction d'appartenances partisanes mais selon leurs options personnelles. De ce fait, les institutions et les partis ont peu d'emprise sur ce processus qui aboutit parfois à des résultats contraires à leurs directives. Ces procédures, pratiquées dans les cantons et les communes, revêtent sur le plan fédéral la forme de référendums obligatoires ou facultatifs ainsi que d'initiatives constitutionnelles. Les référendums obligatoires interviennent pour toute modification de la Constitution qui, pour être approuvée, doit recueillir la majorité des votes et des cantons. Ainsi, les questions de l'entrée de la Suisse dans l'Organisation des Nations unies ou dans la Communauté européenne ont pris la forme d'un arrêté soumis au référendum obligatoire du peuple et des cantons. Le référendum facultatif porte sur les lois et les arrêtés. Il se fait à la demande de 50 000 citoyens au moins (depuis le référendum constitutionnel de septembre 1977). Les citoyens suisses disposent en outre d'un pouvoir d'initiative qui leur permet de proposer des projets de révision totale ou partielle de la Constitution : ces initiatives sont déclenchées par le dépôt de 100 000 signatures, soit moins de 3 p. 100 de l'électorat suisse. Le projet de révision est soumis au vote dans les mêmes conditions qu'un référendum constitutionnel. Ainsi, dans le système suisse, les gouvernés disposent d'un réel pouvoir. Celui-ci leur permet de garder la haute main sur l'évolution constitutionnelle (ils approuvent, rejettent ou suscitent des révisions constitutionnelles), ainsi qu'un certain contrôle sur le processus législatif (par les référendums facultatifs).

La démocratie semi-directe, qui permet de prendre le pouls de la nation, est à la fois un frein et un moteur. Globalement, les électeurs ont approuvé les trois quarts des révisions constitutionnelles depuis 1848 : les propositions des dirigeants politiques ne se heurtent pas systématiquement au veto des citoyens. Le pourcentage de référendums facultatifs acceptés est bien plus bas, avec 40 p. 100 de projets approuvés. Cependant, ces référendums ne portent que sur 10 p. 100 des lois et arrêtés fédéraux, la grande majorité d’entre eux étant adoptés par le Parlement sans vote populaire. Bien que marginaux, ces scrutins référendaires ont bloqué quelques lois importantes, telles que celles sur l'aménagement du territoire (1967), l'aide aux universités, ou la dépénalisation de l'avortement (rejeté en 1978, le « régime du délai » est approuvé en 2002), l'adhésion à l'Espace économique européen (1992). Quant aux initiatives, sur un total de 420 déposées de 1893 à 2013, 90 ont été retirées et, sur les 183 soumises à votation, 20 seulement ont été adoptées par le peuple et les cantons. On peut signaler quelques initiatives importantes : celle qui a imposé un moratoire à la construction de centrales nucléaires (en 1990, mais une initiative prônant la sortie du nucléaire a été rejetée en 2003) ; celle qui, dans un souci de protection des régions alpines, a limité le trafic routier de transit et promu le ferroutage : elle s’est traduite par le percement de nouveaux tunnels au Gothard et au Lötschberg (1994) ; celle qui a permis l'adhésion de la Suisse à l’ONU (2002) ; celle qui a mis en place l'internement à vie des délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables (2004) ; celle contre les rémunérations abusives (dite « initiative Minder », 2013). Même quand elles sont rejetées, les votations peuvent avoir une influence sur la politique fédérale. Ainsi, les multiples initiatives contre l'immigration étrangère lancées par les courants nationalistes et xénophobes ont bien été toutes désapprouvées. Néanmoins, depuis les 46 p. 100 de « oui » recueillis par l'initiative Schwarzenbach en 1970 « contre l'emprise étrangère » jusqu'à l'initiative de l'UDC « contre les abus dans le droit d'asile » rejetée d'extrême justesse par 50,1 p. 100 de « non », les autorités fédérales ont infléchi leur politique et adopté des mesures plus restrictives concernant les travailleurs étrangers. Toutefois, la dernière initiative lancée sur cette question – dite « Contre l'immigration de masse » – a bel et bien été adoptée en 2014. Elle a forcé la Confédération à remettre en cause l’accord bilatéral passé avec l’UE sur la libre circulation des travailleurs européens, créant une forte tension diplomatique qui fragilise les autres accords bilatéraux. Tous les projets de lois fédérales tendant à réformer la naturalisation des étrangers, quelle que soit leur prudence, ont été bloqués par référendum (1983, 1994, et 2004) ; toutefois, des réformes récentes ont conduit à raccourcir le délai de résidence pour pouvoir enclencher une procédure de naturalisation, sous certaines conditions, et à faciliter la naturalisation des étrangers de la troisième génération. Dans de tout autres domaines, trois initiatives innovatrices ont été rejetées : la législation antitrust proposée par l'Alliance des indépendants en 1947, la participation dans l'entreprise lancée par l'Union syndicale suisse et le Parti socialiste en 1976 et l’instauration d’un « revenu de base inconditionnel » en 2016. La première a néanmoins abouti à une loi sur les cartels, la seconde a provoqué une prise de conscience du problème. Ni l'initiative ni le contre-projet du gouvernement n'avaient pourtant recueilli l'approbation de l'électorat suisse. Ainsi, la démocratie semi-directe, arme à double tranchant, est à la fois le véhicule des innovations et l'instrument d'opposition aux changements rapides. Mais elle permet aux gouvernants de connaître les aspirations et les oppositions des gouvernés et d'éviter ainsi que les conflits ne se durcissent. Malgré des taux de participation qui oscillent entre 30 et 50 p. 100, le référendum et l'initiative associent de manière continue les citoyens suisses au processus politique, et sont des contrepoids au pouvoir de l'exécutif, du Parlement et des partis politiques, ainsi que de véritables épées de Damoclès suspendues au-dessus des gouvernants.

Partis politiques

Avec treize formations politiques, la Suisse connaît un multipartisme accentué. La multiplicité de partis est cependant largement compensée par une forte concentration de l'électorat dans les quatre partis siégeant au Conseil fédéral. Ceux-ci représentent environ 80 p. 100 des électeurs, les autres partis se partageant les 20 p. 100 restants. Lors des élections fédérales de 2015, ces grandes formations ont réuni 29,4 p. 100 des voix pour l'Union démocratique du centre (UDC, national-populiste), 18,8 p. 100 pour le Parti socialiste (PSS, social-démocrate), 16,4 p. 100 pour le Parti libéral-radical (PLR, libéral) et 11,6 p. 100 pour le Parti démocrate-chrétien (PDC, centriste catholique), les deux partis écologistes (Verts et Verts libéraux) constituant le cinquième pôle électoral. Ces organisations sont des partis nationaux disposant de formations dans la plupart des cantons. Les autres partis sont souvent implantés dans un nombre limité de cantons. C’est le cas, par exemple, de la Lega dei Ticinesi (Tessin) ou du Mouvement des citoyens genevois (Genève). À l'exception de la droite conservatrice et xénophobe incarnée par l'UDC et de l'extrême gauche représentée par le Parti du travail, tous les partis suisses peuvent être qualifiés de centristes. Cette proximité idéologique facilite le compromis et la coopération gouvernementale.

Comme dans les autres États fédéraux (États-Unis, Allemagne...), les partis politiques sont avant tout des partis cantonaux fédérés dans une organisation nationale. Ainsi, les membres des partis nationaux sont d’origines politiques très diverses : les socialistes genevois côtoient les partis socio-démocrates de plusieurs cantons alémaniques, et les chrétiens-sociaux genevois forment, avec des partis conservateurs, la famille démocrate-chrétienne. À cette diversité dans la composition des organisations politiques nationales s'ajoute une variété importante dans la configuration des partis dans les cantons.

Groupes d'intérêt et processus de décision

Parmi les quelque mille deux cents associations socio-économiques, quatre organisations centrales émergent : Économiesuisse (Fédération des entreprises suisses, fondée en 2000, ancienne Union suisse de l'industrie et du commerce) ; l'Union syndicale suisse (USS) ; l'Union suisse des arts et métiers (USAM) et l'Union suisse des paysans (USP). Ces organisations sont présentes tout au long du processus de décision politique. À l'exception de certains domaines de politique étrangère, de politique monétaire et de défense, l'administration fédérale procède à des consultations de groupements socio-économiques, de groupes de promotion ou d'intérêt public en se fondant sur les dispositions constitutionnelles. La consultation, qui est devenue un des axes du système politique suisse, intervient dans la phase préparatoire à travers un réseau d'environ trois cent cinquante commissions d'experts extraparlementaires réunissant entre trois mille et quatre mille experts extérieurs à l'administration fédérale (36 000 fonctionnaires) et au Parlement. Les trois quarts des sièges reviennent à quatre types d'acteurs : fonctionnaires fédéraux (28 p. 100), représentants des cantons et des communes (24 p. 100), professeurs d'université (12 p. 100) et experts provenant de firmes privées (12 p. 100), les groupes d'intérêt (employeurs, travailleurs et divers) occupant 17 p. 100 de sièges. La composition des commissions tient compte de la répartition linguistique et régionale. Ce réseau de commissions consultatives remplit un rôle fondamental dans l'élaboration des projets de loi et dans la formation du consensus entre principaux intéressés.

Les groupes d'intérêt sont aussi actifs dans la phase parlementaire, par l'intermédiaire soit des partis alliés, soit de leurs représentants directs. Aux différents stades de la vie publique suisse peuvent intervenir les référendums et les initiatives. Ainsi la menace du recours au référendum facultatif est une arme que certains groupes brandissent lors de la recherche d'un compromis et à laquelle ils recourent en dernière instance. De fait, plusieurs affaires controversées ont été soumises au vote populaire : l'article conjoncturel accordant des pouvoirs élargis à l'État central, dont une première version a été acceptée en 1975 par la majorité des électeurs mais n'a pas réuni la majorité des cantons. La seconde version a été approuvée par une forte majorité de voix et tous les cantons en 1978. La question des centrales nucléaires fait quant à elle l'objet d'un débat récurrent depuis l'initiative populaire qui a été rejetée en février 1979 par une faible majorité de voix et par une majorité de cantons. Une campagne référendaire est toujours un exercice difficile, aussi bien pour les groupes d’intérêt que pour les partis politiques ou l’exécutif. Par exemple, Économiesuisse n’a pas réussi à convaincre le peuple et les cantons de rejeter l’initiative contre les rémunérations abusives (2013), qui fut largement acceptée. De même, en 1994, les partisans de l’initiative des Alpes s’étaient trouvés dans une configuration défavorable, car le Parlement et le Conseil fédéral avaient recommandé le rejet de cette initiative (sans proposer de contre-projet). Pourtant, cette initiative a été acceptée par 52 p. 100 de la population et dix-neuf cantons. Ce processus de décision complexe et lent permet, malgré certains inconvénients et heurts, la recherche d’un consensus aussi large que possible. Il réduit le niveau des conflits et offre des garanties aux régions, aux intérêts et aux groupes minoritaires. Ainsi, ce système fédéral complexe contribue au maintien de l'équilibre dans la diversité.

(Voir également SUISSE, chronologie contemporaine)

—  Dusan SIDJANSKI, Frédéric ESPOSITO, Universalis

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Ouverture et innovation : les moteurs économiques de la Suisse

Avec plus de 8 millions d'habitants, la Suisse se caractérise par une économie plus ouverte que celle d'autres grands pays industrialisés comme l'Allemagne, la France, les États-Unis ou le Japon. Plusieurs facteurs expliquent cet état de fait.

Tout d’abord, la taille réduite de son marché domestique rend la Suisse très dépendante des importations. Cependant, et malgré l'étroitesse de son marché, plusieurs des biens de grande consommation qu’elle produit atteignent un seuil de rentabilité. La balance commerciale connaît un solde positif d’une trentaine de milliards par an, en forte hausse depuis le début des années 2000. L’exportation de biens et services représente plus de la moitié du PIB depuis les années 1990, les importations représentant en moyenne 40 p. 100 du PIB. Seuls les matières premières, les produits de consommation et l’énergie sont davantage importés qu’exportés. En revanche, la balance commerciale de la Suisse est positive, voire très fortement positive pour les biens d’équipement. Ce résultat est d’autant plus significatif que la Suisse a dû faire face, à partir de 2010, à d’importantes fluctuations du taux de change de sa monnaie par rapport à l’euro (€) et au dollar. En effet, le franc suisse (CHF), valeur refuge pour les investisseurs confrontés à la crise internationale de 2008-2009, s’est fortement apprécié à partir de 2010, ce qui aurait pu pénaliser les exportations. L’été de 2011 a été rude pour la monnaie helvétique, dont le taux de change est passé de 1,23 CHF pour 1 € en juillet 2011 à 1,05 CHF le mois suivant, pour se situer autour de 1,20 CHF en septembre de la même année, taux plancher auquel la Banque nationale suisse (BNS) a fini par renoncer : en 2017-2018, le taux s’est stabilisé entre 1,10 et 1,20 CHF.

Signe de la bonne santé de l’économie suisse, l’impact sur les exportations de cette appréciation du franc suisse a donc été limité, même si les petites et moyennes entreprises ont davantage souffert de cette fluctuation que les grandes entreprises, qui ont pu réduire leurs marges sans modifier leurs volumes de production, situation difficilement tenable pour les PME. La balance courante est restée largement excédentaire, même en 2011, en grande partie grâce au redressement des marchés financiers internationaux des capitaux, lesquels ont largement profité aux revenus d’investissement des filiales des banques et des compagnies d’assurance suisses installées à l’étranger. Parallèlement, la relative détérioration des exportations suisses au cours de cette période a été compensée par la forte demande mondiale de biens et services suisses. Au final, les exportations de la Confédération restent fortes, les économies émergentes d’Asie de l’Est constituant pour celles-ci des débouchés particulièrement importants : de 2009 à 2013, plus d’un tiers de la croissance globale des exportations suisses leur est imputable. La Suisse est ainsi le pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui a le plus de liens commerciaux avec ces économies émergentes.

Autre caractéristique importante de l’économie suisse, celle-ci doit compenser ses fortes importations par des économies d'échelle, qu’elle réalise grâce à ses exportations. Le solde positif du montant des biens et marchandises exportés (36,9 milliards de francs suisses en 2016) montre à l’évidence qu’elle y parvient. Les pays européens représentent près de 60 p. 100 du marché extérieur de la Suisse, l’Allemagne à elle seule en représentant près de 20 p. 100. L'économie de la Suisse est donc ouverte et dépendante de l'économie mondiale, ce qui exige une adaptation rapide à tout changement intervenant dans cet environnement globalisé, que ce soit sur les plans législatif (compatibilité des lois suisses avec celles de l'Union européenne) ou technologique (capacité à maintenir un haut degré d'innovation en occupant des marchés de niche).

Cette ouverture sur le système économique international impose aussi de garantir une stabilité politique interne, en anticipant les conflits potentiels entre les différents acteurs du système politique (État, partis politiques, syndicats) et en cherchant systématiquement le consensus. Ce système est appelé en Suisse « corporatisme démocratique ». Ce dernier connaît cependant deux variantes, selon que l'adaptation s'effectue à un niveau global ou national, et selon la nature des acteurs, privés ou publics, impliqués dans le processus. Le corporatisme suisse peut être qualifié de libéral, dans la mesure où l'adaptation s'effectue à l'échelle de l'économie globale et principalement par les forces du marché, c'est-à-dire en impliquant les acteurs privés, au contraire du corporatisme social où l'adaptation au système économique international est le fait d'acteurs publics (en Norvège, par exemple).

La politique économique d'ouverture doit cependant tenir compte de la menace d'un référendum, qui pèse parfois sur des accords internationaux conclus entre la Suisse et son principal partenaire commercial, l'Union européenne. Depuis les accords économiques de 1972 (acceptés à 72,5 p. 100 par la population), le peuple et parfois les cantons se sont prononcés à cinq reprises sur des accords entre la Suisse et l'Union européenne, dont la portée était politiquement et économiquement fondamentale pour la Suisse. Les conséquences de ces votations populaires sont loin d'être négligeables, puisque celles-ci peuvent déterminer le cadre à l'intérieur duquel prennent place les échanges commerciaux de la Suisse avec ses partenaires européens.

L'ouverture économique de la Suisse est un atout précieux qu'on peut mesurer par son haut degré de compétitivité internationale, notamment dans le domaine du savoir. Une étude réalisée en 2008 par des chercheurs du Centre de recherches conjoncturelles de l'École polytechnique de Zurich montre, en comparant la Suisse à douze autres pays très développés, que l'économie du savoir ne pèse nulle part autant qu'en Suisse. Le secteur à fort coefficient de savoir – regroupant l'industrie de haute technologie (pharmacie, chimie-plastiques, construction de machines, électrotechnique, électronique, instruments scientifiques) et les services à fortes connaissances (banques, assurances, service aux entreprises) – représente en Suisse, selon cette étude, plus de 42 p. 100 de la valeur ajoutée, contre 40 p. 100 en Allemagne, 36 p. 100 aux États-Unis, 33 p. 100 au Japon, 30 p. 100 au Danemark. Ce secteur a en outre progressé plus rapidement en Suisse que dans les autres pays, alors même que la période étudiée (1990-2002) a été marquée par un ralentissement de la croissance et que celle-ci a été inférieure à celle des pays de la zone euro. Cela traduit une mutation structurelle de l'économie suisse, une véritable restructuration en direction de l'économie du savoir.

Cependant, comme la compétitivité internationale de la Suisse passe par une spécialisation dans des biens et services très innovants, le pays doit disposer d'une main-d'œuvre hautement qualifiée. Les statistiques de l'OCDE (2016) confirment que la Suisse est un pays où la proportion de scientifiques et de techniciens est parmi les plus élevées au monde, juste après la Suède. Cependant, le recrutement de ce personnel qualifié dépend principalement de l'immigration, qui fournit à la Suisse un cinquième de ses besoins dans ce domaine. Cette proportion est très élevée, comparée à celle de la grande majorité des pays de l'OCDE qui obtiennent l'essentiel de ce type de main-d'œuvre grâce à la formation interne. D'ailleurs, la proportion de diplômes décernés en Suisse dans les disciplines techniques et en sciences physiques et naturelles est plus faible que dans les pays en pointe dans ce domaine (pays scandinaves, Allemagne, France). Pourtant, l'attractivité de la recherche reste très forte en Suisse, où le taux de doctorants étrangers est le plus élevé des pays de l'OCDE.

Parallèlement au recrutement de personnel hautement qualifié, les dépenses en matière de recherche et de développement sont incontournables pour faire face à la concurrence internationale. En Suisse, les dépenses dans ce domaine sont élevées, évaluées à 2,9 p. 100 du PIB (2015), ce qui place la Confédération à la deuxième place dans le monde après Israël. Elle est aussi régulièrement classée première au monde en matière d’innovation. L'impact de ces investissements se mesure, d'une part, par les dépôts de brevets – la Suisse occupait le huitième rang mondial dans ce domaine en 2017 – et, d'autre part, par les débouchés commerciaux obtenus grâce au transfert de technologie, domaine dans lequel plusieurs universités et les écoles polytechniques excellent.

Force de l'économie suisse, les PME sont particulièrement innovantes et compétitives, à l'instar de leurs homologues allemandes et suédoises. Certaines d'entre elles se distinguent tout particulièrement par leur capacité à occuper des niches sur le marché mondial, grâce à des produits à haute valeur ajoutée, tant sur le plan technologique que qualitatif.

La part importante des produits de haute technologie et de services à fort coefficient de savoir dans les exportations suisses est une condition nécessaire pour profiter de l'essor du commerce mondial, et plus particulièrement pour un pays à haut niveau de salaire comme la Suisse. Ainsi, les exportations de marchandises suisses sont aux trois quarts des biens de technologie de pointe (industrie aérospatiale, informatique, électronique, pharmacie, instruments scientifiques) et d'autres secteurs technologiques (chimie, machines), valant à la Suisse de figurer régulièrement dans les premières places des classements de l’OCDE. Ce résultat s'explique notamment par l'importance croissante des produits pharmaceutiques, à plus haute valeur ajoutée, au détriment des produits chimiques, et confirme le changement structurel qui s'est opéré dans l'économie suisse à partir du début des années 1990. La situation est comparable dans le domaine des exportations de services, où la part de ceux à fort coefficient de savoir est de plus de 60 p. 100, ce qui fait de la Suisse l’un des trois premiers pays de l'OCDE dans ce domaine (l'Irlande est en tête, avec un taux de plus de 80 p. 100). Les banques et les compagnies d’assurance représentent la part la plus importante des exportations de services : 32 p. 100. C’est le taux le plus élevé de tous les pays de l'OCDE.

La réglementation libérale du marché du travail, fondée sur le concept de « flexisécurité », a favorisé la restructuration de l’économie suisse en direction de l'économie du savoir. Toutefois, la forte dépendance de la Suisse vis-à-vis de la main-d'œuvre étrangère dans les domaines scientifiques et techniques contraint les acteurs économiques à accroître l'offre sur le marché intérieur et, notamment, à repenser la formation.

L'importance de la variable européenne

Avec un PIB par habitant de 81 000 dollars en 2017, la Suisse se situe au troisième rang mondial selon le classement du FMI. Les finances publiques de la Confédération ne démentent pas cette réalité, avec un excédent de l'ordre de 5 milliards de francs suisses en 2015, qui s'explique par une forte croissance des recettes et une politique prudente en matière de dépenses.

La dette publique tend à se réduire sensiblement – autour de 45 p. 100 du PIB au milieu des années 2010 – plaçant la Suisse dans une des meilleures positions au sein de l’OCDE. La Suisse doit cette performance à une politique volontariste en matière de frein à l'endettement. Inscrit dans la Constitution après avoir été entériné par 85 p. 100 de la population lors d'un référendum en décembre 2001, cet instrument permet d'anticiper les déséquilibres structurels ou chroniques des finances fédérales susceptibles d'augmenter la dette. Ainsi, le but du frein à l'endettement n’est ni d’éponger la dette fédérale ni d’amortir le découvert du bilan, mais essentiellement de stabiliser les finances. Son fonctionnement repose sur une règle simple : le montant total des dépenses ne doit pas excéder celui des recettes pendant un cycle conjoncturel complet. Le Parlement suisse fixe le plafond des dépenses en fonction du montant des recettes et de la situation conjoncturelle. Concrètement, en cas de croissance supérieure à la moyenne, le plafond des dépenses est inférieur aux recettes, et la Suisse enregistre un excédent. Dans le cas contraire, en période de faible croissance, les dépenses peuvent dépasser les recettes, car un déficit est alors autorisé. Le niveau du plafond des dépenses peut bien évidemment être relevé lors de crises graves (récessions, catastrophes naturelles), pour autant que chacune des deux Chambres (Conseil national et Conseil des États) l'approuve par un vote à la majorité qualifiée. Ainsi les comptes sont équilibrés au sein d'un cycle conjoncturel, indépendamment du niveau de la charge fiscale.

À partir de 2004 et ce malgré la crise des années 2008-2009, la Suisse a connu une forte croissance économique, supérieure à celle des pays de la zone euro, ce qui contraste avec la situation observée tout au long de la décennie précédente. Toutefois, le PIB suisse par habitant a beau être l'un des plus élevés au monde, il a régulièrement diminué en termes relatifs par rapport à ceux d'autres pays performants, en raison d'une productivité faible.

Dans ce contexte, les relations commerciales entre la Suisse et l'Union européenne prennent toute leur importance. Un cinquième du PIB de la Suisse provient des exportations vers l'ensemble des marchés européens (UE, Association européenne de libre-échange – AELE –, Europe du Sud-Est et Communauté des états indépendants – CEI). Mais les importations suisses en provenance de l'Union européenne, qui viennent en déduction du PIB, représentent environ 80 p. 100 de sa valeur, faisant d'ailleurs de la Suisse le deuxième partenaire commercial de l'Union européenne, derrière les États-Unis.

En chiffres absolus, les échanges de biens représentent le volume le plus important des échanges extérieurs de la Suisse. Cependant, la richesse de la Confédération est avant tout le fruit de l'économie de services, et en premier lieu des flux de capitaux : le solde des échanges de capitaux est largement supérieur à celui des échanges de biens. La carte des investissements directs à l’étranger, qui a longtemps montré une préférence pour les pays européens, s’est rapidement réorientée dans le courant des années 2000 vers l’Asie d’abord et le reste du monde. Symétriquement, on note une tendance à la baisse des investissements directs européens en Suisse pendant la même période, et une explosion des investissements directs asiatiques en Suisse.

Malgré tout, il est important de rappeler la forte interdépendance entre l'économie suisse et les économies de l'Union européenne. L’une des conséquences de cette interdépendance se mesure en termes de libre circulation des personnes. La composition de la population résidente, à 21 p. 100 d'origine étrangère, illustre bien, elle aussi, cette interdépendance avec l'environnement européen. Les résidents du pays sont, pour 12,5 p. 100 d'entre eux, des ressortissants de l'Union européenne et, plus globalement, pour 18 p. 100 des Européens (UE, AELE, Balkans, Turquie). Dans le même temps, près de 380 000 Suisses vivent dans des pays de l'Union européenne.

Les accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne

La Suisse n'est pas membre de l'Union européenne, mais en raison de l'importance de ses relations commerciales avec les pays d'Europe, elle a tissé un réseau d'accords destinés à défendre au mieux ses intérêts, et ce dès 1972, avec l'Accord de libre-échange libéralisant les échanges de produits industriels et de produits agricoles transformés. Une étape importante de ce rapprochement économique et politique aurait dû être l'adhésion de la Suisse à l'Espace économique européen (EEE), fondé sur les quatre libertés que connaît l'Union européenne (circulation des personnes, des marchandises, des capitaux et des services). Signé par la Suisse en mai 1992, l'EEE a été refusé lors de la votation populaire du 6 décembre 1992. Le gouvernement suisse a alors été contraint de trouver une solution pour sortir la Suisse de son isolement politique, et surtout pour atténuer les effets négatifs sur le plan économique de cette non-participation à l'EEE. Dans cette optique, le Conseil fédéral présenta le 5 février 1993 un programme visant à adapter les lois suisses à celles de la Communauté européenne (Swisslex) dans des domaines économiques significatifs et, surtout, il initia avec elle des négociations sectorielles (« bilatérales I ») pour revitaliser l'économie. Ces « bilatérales I », composées de sept accords (libre circulation des personnes, transports terrestres, transports aériens, produits agricoles, recherche, marchés publics, obstacles techniques au commerce), visent (à l'exception de l'accord sur la recherche) à garantir une ouverture réciproque des marchés entre la Suisse et l'Union européenne. Ces accords sont entrés en vigueur en 2002. Un second cycle de négociations (« bilatérales II ») est venu compléter ce dispositif en 2004, avec neuf accords portant sur des sujets tant économiques que politiques, scientifiques ou culturels.

Avec l'accord de libre-échange de 1972, l'accord sur la libre circulation des personnes est le plus important pour l'économie et la croissance du pays. Dans la mesure où la Suisse est fortement dépendante de la main-d'œuvre étrangère (un travailleur sur quatre est de nationalité étrangère, cette proportion atteignant même 40 p. 100 chez les cadres), l'accès au marché du travail européen est essentiel. Cela est d'autant plus crucial que la Suisse connaît un vieillissement de sa population et un taux de fécondité faible (1,4 enfant par femme en moyenne en 2015). Selon l'OCDE, plus de la moitié de la croissance observée en Suisse de 1982 à 2005 était redevable à l'immigration. L'afflux de cette main-d'œuvre étrangère sur le marché du travail n'a pas eu d'impact significatif sur le niveau de chômage, qui reste globalement assez bas (autour de 3 p. 100 depuis 2016). Des mesures d'accompagnement ont été prises toutefois, afin de renforcer la protection des travailleurs et d'éviter la sous-enchère salariale et sociale. Compte tenu de la taille du pays, la mise en place de la libre circulation entre la Suisse et l'Union européenne s'est faite progressivement. Le 1er juin 2007, les contingents pour les autorisations de séjour ont été supprimés pour les ressortissants des quinze premiers États membres de l'Union, et la mesure a été élargie à partir de 2014 aux autres États membres.

Avec des taux annuels de croissance du PIB souvent supérieurs à 5 p. 100 pour la période 2001-2015, les pays d'Europe centrale et orientale représentent des marchés d'avenir prometteurs pour la Suisse comme pour les autres membres de l'Union européenne, qui ont connu des taux de croissance plus faibles pour la même période (en moyenne entre 1 et 2 p. 100). Compte tenu du besoin en main-d'œuvre récurrent de la Suisse, ces pays représentent aussi un potentiel de recrutement incontournable, justifiant l'extension de l'accord sur la libre circulation entre la Suisse et l'Union européenne.

Les accords bilatéraux garantissent aux entreprises suisses une non-discrimination des entreprises sur le marché intérieur de l'Union européenne. Ils apparaissent aussi comme un catalyseur des réformes structurelles importantes dont a besoin l'économie suisse pour stimuler sa croissance, favoriser la concurrence sur le marché des produits, atténuer les distorsions fiscales et améliorer la viabilité à long terme des finances publiques.

Cette troisième voie – entre marginalisation et adhésion – pourrait conduire à un modèle d'intégration tout à fait inédit pour le continent européen, mais il pose quelques questions d’ordre politique et juridique.

Politiquement, le cadre des relations entre la Suisse et l’Union européenne est loin d’être une base pérenne car, en fondant sa politique européenne sur des accords sectoriels, la Suisse s’expose doublement. Premièrement, l’élargissement des accords bilatéraux à de nouveaux domaines sectoriels dépend des intérêts mutuels suisses et européens, lesquels sont conditionnés par le contexte politique intérieur (questions migratoires et fiscales) et européen (crise des finances publiques, questions fiscales). Deuxièmement, la voie bilatérale ne peut pas s’inscrire dans le long terme, car elle n’offre pas un cadre institutionnalisé avec l’UE

C’est dans ce contexte que, le 15 juin 2012, la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf a proposé au président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso un nouvel accord sur l’électricité, en même temps qu’une solution aux questions institutionnelles. Dans sa réponse du 21 décembre 2012, José Manuel Durão Barroso s’est certes réjoui que la Suisse reconnaisse la nécessité absolue d’assurer l’homogénéité des parties du marché intérieur, mais il a surtout rappelé que, pour l’UE, les questions institutionnelles, la reprise et le contrôle du droit européen doivent être résolus avant tout nouvel accord.

Juridiquement, il n’existe pas d’instances à même de régler de façon uniforme les différends avec l’UE, ce qui est une source potentielle d’instabilité, néfaste à la bonne gouvernance politique et économique de ces accords, ce que dénoncent les milieux économiques en Suisse. Ainsi, l’Accord sur le transport aérien (juin 1999) prévoit un règlement des différends par la Cour de justice de l’Union européenne, alors que les conflits en matière de libre circulation des personnes ne peuvent être traités que par des commissions paritaires mixtes. Autre exemple, alors que le traité de Schengen prévoit une adoption dynamique du droit, ce n’est pas le cas de l’accord passé par la Suisse avec l’UE en matière de libre circulation des personnes (juin 1999).

La recherche d’un cadre institutionnel avec l’UE est précisément l’objectif qu’a poursuivi le Conseil fédéral à partir de 2008, au point qu’il est devenu un élément récurrent inscrit sur l’agenda des négociations entre la Suisse et l’UE. Mais une solution institutionnelle qui ne remettrait pas en cause la voie bilatérale (seule susceptible actuellement de préserver l’équilibre entre les intérêts de la Suisse et ceux de l’Union européenne) est difficile à trouver. Elle se heurte en outre à une série d’exigences de la part de l’UE : adoption du droit européen dans des délais satisfaisants ; création d’une autorité indépendante chargée de veiller à la bonne application des traités ; interprétation homogène des acquis communautaires en Suisse et au sein de l’UE ; enfin, mise en place d’un mécanisme de conciliation efficace entre les parties.

Un certain nombre de concessions seront sans doute inévitables si la Suisse veut maintenir à long terme des relations bilatérales avec l’UE. D’autant plus que les solutions institutionnelles ne résoudront pas toutes les questions qui se posent aux deux négociateurs, par exemple celles de l’immigration ou de la fiscalité. Ces enjeux politiques et juridiques liés aux accords bilatéraux entre Suisse et UE trouvent depuis 2014 une nouvelle actualité à la faveur d’initiatives populaires. En février 2014, l’initiative suscitée au niveau fédéral par un seul parti d’extrême droite – baptisée « Contre l'immigration de masse » – a été adoptée par une faible majorité de votants. Elle réclame que la Confédération puisse « gérer de manière autonome l’immigration des étrangers » et un système de quotas annuels supposé répondre aux besoins de l'économie, agrémenté d’un « respect du principe de la préférence nationale » à l’embauche. Cette initiative cible plus particulièrement l’accord bilatéral signé en 1999 et qui prévoit la libre circulation des travailleurs entre la Suisse et l’UE, la politique migratoire étant de compétence fédérale pour l’essentiel. Dans les années 2000, le nombre de travailleurs européens augmente fortement, auquel s’ajoutent des migrants et demandeurs d’asile venus d’autres parties du monde, pour atteindre environ 80 000 immigrants supplémentaires par an. Si le taux de chômage en Suisse a peu évolué sur l’ensemble des quinze années qui ont suivi, des voix se sont élevées mêlant des arguments xénophobes à des craintes relatives au dumping salarial que permettrait le recours à des travailleurs étrangers.

L’initiative obtient donc une légère majorité de votes favorables, les cantons romands et ceux de Bâle-Ville et de Zurich votant toutefois majoritairement contre. L’adoption de l’initiative suscite des réactions très hostiles de la part de la plupart des gouvernements européens et de la Commission européenne qui, dès lors, remet en cause d’autres accords bilatéraux concernant notamment la participation de la Suisse aux programmes européens de recherche et au programme Erasmus. L’UE est d’autant moins tentée de chercher un compromis avec la Suisse que le Brexit, décidé par l’électorat britannique en 2016 pour des raisons comparables, ouvre un autre front de négociations. Après une longue période de réflexion, le Conseil fédéral finit par adopter en 2016 des mesures de préférence nationale à l’emploi mais sans quotas, mesures que l’UDC estime en retrait de l’initiative. Il se pourrait que d’autres consultations populaires interviennent dans un avenir proche pour inviter le peuple soit à réclamer plus de régulation dans la politique migratoire, soit à se prononcer sur un ensemble d’accords bilatéraux pour faire comprendre que cette politique ne peut être dissociée d’autres politiques économiques et sociales plutôt vues d’un bon œil dans le pays.

Au même moment est déposée une autre initiative, elle aussi suscitée par l’UDC : au nom de l’autonomie du peuple suisse régulièrement invoquée pour maintenir la Suisse en dehors de l’Union européenne, elle cible cette fois l’autorité supérieure de la juridiction supranationale (notamment communautaire) et internationale vis-à-vis de la juridiction fédérale. Elle est officiellement baptisée « Le droit suisse au lieu de juges étrangers (initiative pour l’autodétermination) ».

Ce faisceau d’initiatives est révélateur de deux tendances de fond : d’une part l’intérêt croissant – voire l’adhésion – du peuple suisse pour une posture de repli face à l’ouverture internationale, à l’image de nombreuses nations européennes depuis une dizaine d’années ; d’autre part, le recours plus fréquent à des initiatives clivantes qui fragilisent la recherche de consensus, notamment entre les principales formations politiques représentées au Conseil fédéral.

—  Frédéric ESPOSITO, Dusan SIDJANSKI, Universalis

La littérature suisse romande

Lorsque nous ouvrons les livres des écrivains de la Suisse romande, gardons en mémoire deux faits. Le premier vaut aussi pour la Wallonie et le Québec. Le français est la langue des Romands, la seule, à part quelques patois de fonds de vallées. Tous les auteurs français, y compris les Suisses tels Rousseau, Constant, Madame de Staël ou Cendrars que la France s'est adjugés, sont aussi leurs auteurs. La culture française leur est consubstantielle. Seulement, il y a le second fait, qui peut troubler un Français de France : la Suisse est une alliance de petits pays. Même dans le périmètre francophone, où vit un peu plus d'un million d'habitants, la diversité étonne. L'éparpillement et souvent la solitude des créateurs peuvent donner une trompeuse impression de pauvreté. En vérité, une attitude non française, et qu'on ne qualifiera pas trop vite d'helvétique, car nous la retrouvons en Italie, amène de grands écrivains à se persuader qu'ils parviendront à s'accomplir en demeurant au lieu des origines.

Climat littéraire des six pays et républiques de la Suisse romande

Chez ces enfants de Rousseau, on n'échappe pas aux paysages et aux climats. Le Valais, méridional et alpestre, fortement tenu par la tradition catholique, a porté un très beau Moyen Âge paysan jusqu'au xxe siècle. La littérature, distincte du discours ecclésiastique et de la chronique, y est apparue avec Maurice Zermatten (1910-2001) qui, dès 1936, a cherché à se dégager des écrits de terroir par une œuvre romanesque ambitieuse, abondante. Mais il appartint à un couple d'écrivains d'atteindre à une réelle modernité, incarnant avec une force sans précédent la liberté créatrice et la percée lyrique : Corinna Bille (1912-1979) partit du monde paysan avec son roman Théoda (1945) pour devenir l'un des maîtres européens de la nouvelle. Maurice Chappaz (1916-2009) a trouvé son premier souffle dans le Testament du Haut-Rhône (1953), en disant adieu à la vieille civilisation montagnarde. Puis ce poète de la vigueur, de l'invention verbale et de la goutte d'infini a empoigné la trique et, surgissant entre Dieu et le Diable dans Le Match Valais-Judée (1968), a bâtonné les hôteliers abusifs. À travers ses récits et sa poésie, son œuvre n'a cessé de s'enrichir (À rire et à mourir, 1983, Valais-Tibet, 2000, Évangile selon Judas, 2001).

Genève, à l'opposé, est une république qui se résume à une ville et, depuis Calvin que la Suisse s'est attribué, elle est la Rome réformée. On notera, pour en mesurer les conséquences dans le langage et la littérature, que Genève, comme Lausanne, possède depuis le xvie siècle cette rareté : une haute école protestante de langue française. Les amitiés y sont volontiers anglo-saxonnes, les lectures allemandes, bref, l'ouverture est naturelle sur le monde, Jean Starobinski, Georges Haldas ou Nicolas Bouvier en témoignent.

Fribourg, nouveau contraste, se signale par une université papiste à côté du tohu-bohu d'une basse ville populaire qu'aimait et décrivait un pratiquant capricant, Charles-Albert Cingria (1883-1954). Fribourg a l'originalité d'être à cheval sur la frontière des langues. Liée depuis le Moyen Âge à la Suisse allemande des cantons primitifs, elle a cru viscéralement aux vertus des brandisseurs de hallebarde et de goupillon, et, littérairement, ces nobles sentiments ont fleuri avec une fraîcheur surprenante dans l'œuvre de Gonzague de Reynold (1880-1970). L'expérience de sa terre, qu'il appellera la Nuithonie, inspirera ses grands portraits historiques de l'Europe.

Neuchâtel propose d'autres écrivains à particule et aux appétits européens, mais ils sont ici protestants et se rapprochent de Genève. Ainsi Guy de Pourtalès (1881-1941), le romancier de La Pêche miraculeuse (1937), le biographe inspiré des grands musiciens. Ainsi Denis de Rougemont (1906-1985), l'essayiste de L'Amour et l'Occident (1939), qui tint son Journal au fil des moments majeurs du xxe siècle et combat, en écrivain, pour une Europe désaveuglée et revenue, selon sa plus forte tradition, à une politique des régions. Contre l'État-nation, dit-il, l'homme réconcilié avec sa culture et avec la nature retrouvera sa liberté. Si l'on gagne en revanche les montagnes à « joux » noires, le climat, sans que l'on quitte le canton de Neuchâtel, change du tout au tout. Dans La Chaux-de-Fonds des horlogers et des bûcherons fleurissent les sectes, les bricoleurs philosophes, les ambitions trimardeuses, les idées décapantes ; c'est le pays de Le Corbusier et de Blaise Cendrars (1887-1961), né Sauser-Hall.

Par décision du Congrès de Vienne, le Jura, qui dépendait de l'évêché de Bâle, s'est retrouvé, un beau jour, bernois ; pendant plus d'un siècle et demi, il aspira à ne plus l'être. Les écrivains ont souffert de la domination alémanique, et les premières œuvres proprement littéraires (si l'on excepte les écrits des historiens ou les fresques helvétiques de Virgile Rossel, auteur d'un Code civil et d'une histoire de la littérature romande) frappent par un air de déréliction, jusque dans les poèmes les plus nets : Werner Renfer (1898-1936), par exemple, écrivain racé, fut un journaliste isolé dans le vallon de Saint-Imier. On peut l'associer, pour les poignantes modulations en gris, à Jean-Pierre Monnier (1920-1997), le romancier de La Clarté de la nuit (1956) ; mais sans doute le long hiver des forêts, plus que la politique, a inspiré l'art de la voix estompée et de la justesse suggérée. C'est surtout dans les districts septentrionaux du Jura, devenus un nouveau canton suisse en 1978, que l'alacrité du combat séparatiste a changé le rythme de l'écriture. Le lyrisme, avec Jean Cuttat (1916-1992), s'est débondé en chansons, en épigrammes. Il fut volontiers oral et résistant. Les foules ont récité Alexandre Voisard (né en 1930) et son Ode au pays qui ne veut pas mourir (1967). Sa tendresse combative et la fraîcheur inventive de sa langue ont élevé bien au-dessus des écrits de circonstances, fussent-elles historiques, ses poèmes d'amoureux et ses récits féeriques ou cocasses (Louve, 1972, Les Rescapés et autres poèmes, 1984, L'Année des treize lunes, 1984).

La poésie est d'une nature bien différente dans le canton de Vaud. Vaste et ouvert, celui-ci occupe avec ampleur le centre de l'espace romand. Il est réformé et fut paysan, ou vigneron sur les coteaux qui dominent les lacs. Il ne faut pas croire que le mot paysan soit ici une insulte. Il y a une lenteur, une assise, un goût des nourritures, une finesse, un mépris des derniers bateaux qui ont donné son corps à l'œuvre de Ramuz (1878-1947), faux paysan, puisqu'il était fils de commerçants lausannois. Prenons garde, cependant, de ne pas tomber dans le panneau du terroir. Il ne s'agit pas ici de littérature régionale. Chez Gustave Roud (1897-1976), le poète le plus pur de la lignée, le Petit Traité de la marche en plaine (1932) ou Campagne perdue (1972) sont des interrogations du paysage, des oiseaux, des arbres, suspendues à l'attente d'une révélation absolue. Roud est un mystique sur le chemin poudreux. Edmond-Henri Crisinel (1897-1948), avant de succomber à ses démons, livre le récit de sa rencontre avec la folie. L'ascèse fine du langage donnera chez Philippe Jaccottet (né en 1925), ami de Roud, l'école de la transparence ; elle s'inspire des romantiques allemands et s'exprime dans La Promenade sous les arbres (1957) ou dans une œuvre qui appartient à la grande poésie française de notre temps (L'Ignorant, 1958 ; Airs, 1967, À la lumière d'hiver, 1977). Dans les recueils qui suivent, on voit s'effacer la distinction entre poésie et prose (Pensées sous les nuages, 1983 ; Après beaucoup d'années, 1994 ; Ce peu de bruits, 2008). Jaccottet ne traduit pas seulement Hölderlin et Rilke, mais donne à la France l'œuvre de Robert Musil.

On peut aussi être Bourguignon. Mais on dira Burgonde, en souvenir de vieilles allégeances transjuranes. Il y a de la verve, de la truculence, de la drôlerie chez Paul Budry (1883-1949) qui prend parti pour Charles le Téméraire contre les bandes suisses, dans Le Hardi chez les Vaudois (1928). Il y a du rire, entre les coups de gueule et le noir, dans le Portrait des Vaudois (1969) de Jacques Chessex (1934-2009) et dans son Carabas (1971), où il célèbre, dans une fulguration baroque, la liberté des tendresses et des chahuts.

Enfants de Calvin et de Rousseau

Traçons encore quelques filières morales. Une singularité, chez ces francophones, est donc le calvinisme majoritaire. Comment son influence s'est-elle exercée en littérature depuis le xvie siècle ?

Les intellectuels, plus souvent magisters et pasteurs que poètes aux mains nues, vont pratiquer jusqu'à l'obsession l'examen de conscience. Rien, ici, qui ait favorisé un art de cour, les plaisirs de société, une littérature épique. Beaucoup de gravité. La première littérature fut celle des prédicateurs. Mais remarquons, dans les écrits du réformateur Pierre Viret (1511-1571), un désir de mettre la religion à la portée du peuple par les exemples, d'où une humanité, un certain bonheur narratif.

La rigueur, le tranchant de Calvin s'émousseront et tourneront en pesante vertu. L'héritage demeure. La libre quête de la vérité, au fond de soi, s'exalte au siècle des promeneurs et des botanistes. Voici, sublime, l'autre maître, le citoyen de Genève, Rousseau. Plus que ses idées, nous rappellerons ici une vibration sensible, une musique. Les écrivains qui vont pratiquer à son exemple la rêverie solitaire et la plongée dans le mystère intérieur s'éloignent dès lors des écoles, des Églises officielles. Alexandre Vinet (1797-1847), professeur austère et droit, entraînera ses lecteurs hors de l'Église réformée d'État, vers une « Église libre ». Il fut un critique littéraire éminent, un polémiste par sens du devoir, un maître à penser pour des générations de chrétiens. Avant de voir comment Ramuz et l'équipe des Cahiers vaudois se débarrassèrent de son poids, rendons hommage à l'essayiste dont certaines formules sont indélébiles sur les fronts réformés : « Quand tous les périls seraient dans la liberté, toute la tranquillité dans la servitude, je préférerais encore la liberté ; car la liberté c'est la vie, et la servitude c'est la mort. »

Impossible d'exagérer l'influence de la Réforme en Suisse romande. Elle a mis sa marque sur le langage. L'école, présente dans le moindre village protestant dès le xviie siècle, avait pour fonction d'enseigner à lire la Bible. Telle fut bien la littérature dont s'est alimentée la population durant plusieurs centaines d'années.

Distinguons donc deux courants. D'une part l'examen de conscience, jusqu'à la macération, et le prêche jusqu'au ronron, avec le drame, là-dessous, du remords qui taraude et de la punition qui menace. Ici, un écrivain exemplaire, Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), hors de toute religion bien définie, qui, par un interminable journal, plonge dans son monde intime et découvre, avec les affres du doute, les tréfonds où, bien plus tard, la psychanalyse le rejoindra.

Mais, non moins protestante, il y a l'autre ligne, plus drue, narrative et célébrante, plus biblique que prêcheuse, qui aboutit en 1908 au dramaturge René Morax (1873-1963) et à son Théâtre du Jorat. Ce bâtiment de bois fut élevé en pleine campagne vaudoise. Quand Morax, après la Grande Guerre, y représenta avec une troupe du cru l'histoire du Roi David (1921), quel compositeur avait-il choisi pour la partie musicale ? Arthur Honegger, recommandé par Ernest Ansermet. Peu avant, autour d'une bouteille de blanc, Stravinski traçait avec Ramuz le scénario de L'Histoire du soldat. Telle est l'ambiance.

Ernest Ansermet et Benjamin Britten

Ernest Ansermet et Benjamin Britten

photographie

Le chef d'orchestre suisse Ernest Ansermet (1883-1969), à gauche, en compagnie du compositeur britannique Benjamin Britten, au piano. 

Crédits : Hulton Getty

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Pourquoi le théâtre est-il accompagné de chants ? La Réforme habitue les Romands depuis quatre siècles à s'exprimer par les psaumes – ceux de Théodore de Bèze, par exemple, ami genevois de Marot. Les danses, pour raison de moralité, étaient mal vues, mais les chœurs allaient devenir l'art le plus populaire, lié, au cours du xixe siècle, à la montée de l'« helvétisme ».

Les « Cahiers vaudois » libèrent le langage

Il convient de ressaisir ce mouvement « helvétique », cette communion entre Alémaniques, Romands et Tessinois, au moment où il avait épuisé ses vertus politiques et s'achevait dans les discours. Le creux. Des écrivains patriotes décidèrent de réagir contre l'abâtardissement du langage et des sentiments. Ils voulaient donner un tour nouveau, crâne et vif, aux études historiques, à la pensée politique et à la littérature. Qu'était devenue celle-ci pendant le xixe siècle, les moralistes mis à part ? Quelques poètes, qui meurent tôt. Quelques romanciers estimables. Citons Édouard Rod (1857-1910), l'un des premiers à découvrir le talent de Ramuz, dont l'œuvre allait écraser la sienne. À Lausanne, il y avait eu Juste Olivier (1807-1876). L'ami de Sainte-Beuve, le Michelet lémanique, continue à émouvoir non par ses maladresses de poète, mais par la justesse du sentiment qui lui fit écrire Le Canton de Vaud (1837-1841). Écrivain, il éprouva la nécessité de rendre à lui-même, par un ample portrait, ce pays longtemps soumis aux Bernois. Il l'aimait comme une « jeune fille indolente et belle ».

Cette littérature assez languissante avait tenté de s'élever sur le mode alpestre. Eugène Rambert (1830-1886) fut un polygraphe patriote, mais aussi l'homme des chants montagnards, qu'on entonne encore. Rodolphe Töpffer (1799-1846) avait davantage d'humour. Il inventa la bande dessinée et n'a pas vieilli.

En 1904, Robert de Traz (1884-1951) et Gonzague de Reynold changent donc le ton. Ils fondent La Voile latine, une revue qui paraît à Genève et publie les poèmes d'Henry Spiess (1876-1940). Ils entreprennent sans médiocrité, et même avec une certaine cambrure maurrassienne, la redécouverte des « valeurs » de la vieille Suisse qui fut longtemps, il faut s'en souvenir, activement monacale, bretteuse avec panache, baroque magnifiquement ; les revues qui puisent à cette veine vont se succéder. L'oxygène vient aux poumons. Mais Ramuz, que ce renouveau réjouit, plisse maintenant son œil douteur. Cette Helvétie quelque peu enflée, il s'en méfie. Il n'est aristocrate ni de Fribourg ni de Genève. Il dit : « Je suis vaudois. » Il accomplit le premier pas d'une démarche d'artiste. Il pose son pied, ferme, sur la terre qu'il va décrire. Son audace enfante une littérature vraie, débarrassée des prêches, du didactisme et des soucis de politique prétendument nationale.

Ramuz misa sa vie sur son langage ; tel fut l'acte cardinal. Envers et contre la France, envers et contre les Suisses, et carrément contre la bourgeoisie romande qui avait appris à l'école un « bon français » cave et décoloré, Ramuz disait la vigne, le lac, la montagne, mais surtout le tragique et l'imaginaire, par petites touches lentes, matérielles, comme peignait Cézanne, qu'il admirait. Autour de lui, une grande équipe féconde – Cingria qui, malgré son érudition, déroute les professeurs par la parfaite liberté de ses pas ; Paul Budry (1883-1949), tout de justesse juteuse ; Edmond Gilliard (1875-1969), préoccupé des mots jusqu'à l'idolâtrie. Ils ont leur revue, qui publie des œuvres entières : les Cahiers vaudois. Le premier numéro, en 1914, est un essai de Ramuz, Raison d'être. Une nouvelle génération de poètes tout aussi grands sera accueillie, entraînée ; voici Pierre-Louis Matthey (1893-1970), au langage de feu, voici Roud. Ils se multiplient, les écrivains affranchis de la pesanteur sermonneuse. Le pays accueille les hommes d'ailleurs. Les organisations internationales de Genève sont, par exemple, un sujet fertile jusque dans le grotesque, qui inspirera de fortes pages à un Juif grec de la ville, Albert Cohen (1895-1981), pétillant de vie et d'esprit.

Avec ou sans Ramuz, la littérature romande du xxe siècle est devenue polyphonique avec Jacques Chenevière (1886-1976), sensible aux charmes des milieux de grande bourgeoisie, ou Jacques Mercanton (1910-1996), l'ami de Joyce (Les Heures de James Joyce, 1963), chez qui l'Europe de la culture et la mélancolie du Danube rayonnent d'un dernier éclat ; sa Maria Lach, de L'Été des Sept-Dormants (1974), est l'une des plus grandes figures romanesques des lettres romandes.

La variété des tons est frappante jusque dans la génération des romanciers nés après la Seconde Guerre mondiale. Étienne Barilier (né en 1947) jette un regard d'intellectuel sur l'Europe des arts, celle qui s'épanouit de l'Allemagne à Rome et qui étouffe à Prague, tandis que Jean-Marc Lovay (né en 1948), après des vagabondages planétaires, crée un monde imaginaire puissant, étrange, à mi-chemin entre Kafka et le Tibet.

Dans le domaine de la critique littéraire, citons les noms d'Albert Béguin (1901-1957), de Marcel Raymond (1897-1981) et de Jean Starobinski (né en 1920) qui, avec Jean Rousset (1910-2002), ont fait la réputation de l'école de Genève, et ceux de Georges Nicole (1898-1959), de Pierre-Olivier Walzer (1915-2000) ou de Georges Anex.

Voix de femmes

Le xxe siècle a vu s'épanouir en Suisse romande une littérature de femmes écrivains dont l'invention stylistique, l'élan lyrique et l'originalité furent singulièrement féconds. Monique Saint-Hélier (1895-1955) transfigure avec la puissance d'un poète dru son enfance à La Chaux-de-Fonds. Catherine Colomb (1899-1965), portée par l'exemple de Virginia Woolf et comme libérée par elle d'une gravité masculine propre au climat romand, vaticine sur la fin des grandes familles de la Côte lémanique ; brisant tout ordre chronologique bien avant que ce soit la mode, son œuvre marque l'avènement, en Suisse française, du temps intérieur. Alice Rivaz (1901-1998), qui connaît d'expérience les ruches où travaillent les femmes et la solitude de leurs appartements exigus, a parlé en pionnier de leur condition, mais d'une langue si sûre et si délicate, touchant à une psychologie si profonde, qu'avec Comptez vos jours (1966) et Jette ton pain (1978) elle a pris rang parmi les meilleurs romanciers du siècle. Il faut citer encore ici Corinna Bille chez qui une nature primitive passionnément aimée n'a cessé de se mêler au rêve en des récits tragiques et frais. Ces quatre noms ont longtemps dominé, mais la voie était ouverte à d'autres œuvres, celle d'Anne Cuneo (née en 1936), par exemple, racontant sans fard sa vie de petite immigrée italienne et l'avènement de son autonomie de femme par le surréalisme et l'engagement politique. Ou Anne-Lise Grobéty (née en 1949), qui a trouvé, dans Pour mourir en février (1970), Zéro positif (1975) et, par la suite, Belle dame qui mord (1992) ou La Corde de mi (2006) le ton où une génération nouvelle s'est reconnue.

Des rapports nouveaux avec la France

Ainsi la littérature romande parvint, au cours de ce siècle, à vaincre l'isolement sans renoncer à l'intériorité qui lui est si chère. Au cap des années 1970, elle participa à l'aventure de la décolonisation culturelle qui institua un nouvel équilibre entre Paris et ces provinciaux qui n'en sont pas, les francophones. Elle n'avait pas craint de prendre assise non seulement chez Ramuz, mais dans les œuvres d'écrivains que la France n'a guère ou n'a pas du tout reconnus : Cingria, Catherine Colomb, Roud. Revendiquant sa place dans les lettres françaises, la littérature romande n'en a pas moins affirmé son indépendance effervescente et sa place propre dans le concert de la création européenne. Cette attitude reçut un fraternel aval de Paris quand l'académie Goncourt vint à Lausanne donner son prix 1973 à Jacques Chessex pour L'Ogre et couronna Corinna Bille pour les nouvelles de La Demoiselle sauvage en 1975. Entre-temps, pour Le Voyage à l'étranger (1974), Georges Borgeaud (1914-1998) avait reçu le prix Fémina.

—  Bertil GALLAND

Paradoxes et fécondités

« Enfants de Calvin et de Rousseau », les écrivains de Suisse romande ? Peut-être, mais non parce qu'ils reproduiraient certains traits moraux et certaines obsessions thématiques, mais parce qu'ils seraient irréductibles aux injonctions et aux courants qui enferment trop volontiers les œuvres dans des procédures créatrices, psychologiques ou linguistiques. Ainsi, la fameuse solitude de l'écrivain romand n'est-elle pas une condamnation, mais un fait partagé par les créateurs qui n'offrent pas de prise à la complicité des institutions, qu'elles soient universitaires ou médiatiques. Solitaires à Paris, en province ou en Suisse romande, une fois certaines inflexions prises, des œuvres se poursuivent et se renouvellent dans une radicale singularité, comme avec le chant baroque qui mêle érotisme et mort aussi bien dans ses poèmes (Comme l'os, 1988, Songe du corps élémentaire, 1992, Revanche des purs, 2008) que dans ses romans et récits (La Trinité, 1992, Incarnata, 1999, Le Vampire de Ropraz, 2007) ; régulières, comme celles de Philippe Jaccottet (À travers un verger, 1984 ; Après beaucoup d'années, 1994), ou, plus imprévisibles, comme celles de Georges Borgeaud (Le Préau, 1952 ; La Vaisselle des évêques, 1959 ; Le Voyage à l'étranger, 1974 ; Le Soleil sur Aubiac, 1986), Nicolas Bouvier (1929-1998 ; L'Usage du monde, 1963 ; Chronique japonaise, 1975 ; Le Poisson-Scorpion, 1981), Yves Velan (1925-2017 ; Je, 1959 ; La Statue de Condillac retouchée, 1973 ; Soft Goulag, 1977), Jean-Marc Lovay (né en 1948 ; Les Régions céréalières, 1976 ; Le Baluchon maudit, 1979 ; Polenta, 1980 ; Conférence aux antipodes, 1987 ; Aucun de mes os ne sera troué pour servir de flûte enchantée, 1998 ; Réverbérations, 2008), elles proposent sans rien imposer : à l'encontre de la saturation monumentale d'un Georges Haldas (1917-2010 ; Sans feu ni lieu, 1968 ; Chroniques de la rue Saint-Ours, 1973 ; Un grain de blé dans l'eau profonde, 1982), ces œuvres cheminent sans bruit et sont entendues.

Ce qui caractérise sans les réunir des écrivains plus jeunes serait une forme d'indifférence joyeuse, et donc responsable, à l'égard de toutes les mémoires : leur langage revient toujours au début, comme à l'origine du monde, de la langue et de soi. Leur tonalité romanesque peut être très variée : grave avec Claude Delarue ou Catherine Saffonof (Comme avant Galilée, 1994) ; enjouée et sérieuse avec Jean-Luc Benoziglio (Quelqu'un bis est mort, 1972 ; L'Écrivain fantôme, 1978 ; Tableaux d'une ex, 1989 ; Louis Capet, suite et fin, 2005), Amélie Plume ou François Conod (Ni les ailes ni le bec, 1987) ; plus neutre avec Rose-Marie Pagnard, Marie-Claire Dewarrat ou François Debluë (Troubles fêtes, 1989 ; Louis Capet, suite et fin, 2005).

Orientées par « l'attrait du dehors », les œuvres des poètes Pierre Chappuis (Éboulis, 1984 ; La Preuve par le vide, 1992 ; À portée de la voix, 2002 ; Mon Murmure mon souffle, 2005), Pierre-Alain Tâche, Frédéric Wandelère, Pierre Voélin (Sur la mort brève, 1986), Sylviane Dupuis ou J.-F. Tappy (Pierre à feu, 1987) ne tiennent pas le monde pour le double de quelque idéalité dont se nourrirait la nostalgie humaine. Leur poésie n'a pas de fonction rédemptrice ou rémunératrice ; elle évoque moins une interrogation métaphysique du monde qu'elle n'accueille les choses venant se ranger à l'ombre des mots.

Les contrées imaginaires de Claude Darbellay (L'Île, 1987 ; La Cité, 1991) l'expriment à leur façon : libéré du souci de représenter, aucun mot de la langue ne veut cependant rien dire ; l'univers qui s'élabore en elle est un protocole d'accord, une manière qu'aurait le monde de prendre appui sur le langage pour se penser autrement, et critiquer les discours qui voudraient le contenir : n'est-ce pas la leçon de Calvin et de Rousseau ?

Pour émaner d'un pays, une identité littéraire n'est pas nécessairement unitaire ou homogène ; elle peut aussi être pensée et vécue comme une mosaïque ou une suite de moments mutuellement contradictoires, et parfois incompatibles.

—  Adrien PASQUALI

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Écrit par :

  • : professeur honoraire à l'université de Genève
  • : professeur honoraire à l'université de Genève et à l'Institut universitaire d'études européennes
  • : professeur à l'université de Genève (Suisse)
  • : docteur ès sciences politiques, chargé de cours, responsable de la Plate-forme Europe
  • : homme de lettres, éditeur
  • : docteur en littérature française, chercheur auprès du Fonds national suisse de la recherche scientifique

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SUISSE, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/chronologie/suisse/#i_7019

ALPES

  • Écrit par 
  • Jean AUBOUIN, 
  • Paul OZENDA, 
  • Henri ROUGIER
  •  • 19 092 mots
  •  • 43 médias

Dans le chapitre « La terminaison orientale de la chaîne des Alpes »  : […] « Pays des cent cinquante vallées », les Grisons peuvent représenter une bonne synthèse des Alpes. De part et d'autre de la ligne lac de Constance-lac de Côme, vaste comme un sixième de la Suisse, mitoyen avec trois autres nations (Liechtenstein, Autriche, Italie), parlant trois langues (allemand, italien, romanche), dirigeant ses eaux vers trois […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/alpes/#i_7019

ALSACE

  • Écrit par 
  • Françoise LÉVY-COBLENTZ, 
  • Raymond WOESSNER
  • , Universalis
  •  • 6 606 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L'Alsace transfrontalière »  : […] En développant la coopération transfrontalière, l'Alsace s'inscrit dans un destin rhénan. Depuis 1975, la Conférence du Rhin supérieur associe l'Alsace à plusieurs Kreise (subdivisions administratives) des Länder de Rhénanie-Palatinat et de Bade-Wurtemberg ainsi qu'aux cantons de la Suisse du Nord-Ouest. Dans le nord de cet […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/alsace/#i_7019

APPENZELL

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 693 mots
  •  • 1 média

À l'extrémité nord-orientale de la Suisse, le territoire appenzellois forme une enclave dans le canton de Saint-Gall. Deux grands ensembles se partagent le milieu géographique. Au sud, le massif calcaire du Säntis (2 504 m), ou de l'Alpstein, est un élément des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/appenzell/#i_7019

ARMÉE - Typologie historique

  • Écrit par 
  • Paul DEVAUTOUR, 
  • Universalis
  •  • 12 927 mots
  •  • 22 médias

Dans le chapitre « Armées de milices »  : […] Le système militaire suisse depuis plus de cent ans, avec un effectif infime d'officiers de carrière, demeure un modèle inégalé. Il le doit au civisme remarquable des populations de la Confédération helvétique, dont l'apprentissage de la démocratie remonte au xiiie siècle, et aux traditions d'un long […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/armee-typologie-historique/#i_7019

BÂLE

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 1 036 mots
  •  • 1 média

Métropole rhénane, Bâle (allemand : Basel) est la principale porte d'entrée de la Suisse. C'est aussi, comme Genève, une ville-État dont l'agglomération étouffe, dans un minuscule canton de 34 kilomètres carrés, le plus petit de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bale/#i_7019

BÂLE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 1 025 mots

À Bâle, ville rhénane à la forte tradition humaniste et économique, l'initiative privée s'est de tout temps alliée aux institutions publiques pour favoriser le développement culturel de la cité : la Collection publique des beaux-arts – c'est son nom officiel – en est le reflet. Elle doit son prestige à un noyau d'œuvres […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-des-beaux-arts-de-bale/#i_7019

BERNE

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 633 mots
  •  • 2 médias

Capitale de la Confédération helvétique et chef-lieu du canton qui porte son nom, Berne est une ville de l'avant-pays, proche de la limite entre la Suisse allemande et la Suisse romande […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/berne/#i_7019

BERNE DISPUTE DE (1528)

  • Écrit par 
  • Bernard ROUSSEL
  •  • 737 mots

Assemblée qui, tenue dans l'église des Cordeliers, à Berne, du 6 au 27 janvier 1528, marque une étape importante dans l'histoire de l'établissement de la Réforme en Suisse. La dispute de Berne est convoquée par le Grand Conseil bernois, au sein duquel se retrouve, dès le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/dispute-de-berne/#i_7019

BÜHRLE FONDATION, Zurich

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 868 mots

Sur les hauteurs de Zurich, dans les quartiers résidentiels de la « rive dorée » du lac, un hôtel particulier abrite près de 200 œuvres de la collection constituée par l'industriel d'origine allemande Emil Georg Bührle (1890-1956). Placées en 1960 par les héritiers du collectionneur, qui tenaient à lui rendre hommage, sous […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fondation-buhrle-zurich/#i_7019

BULLINGER HEINRICH (1504-1575)

  • Écrit par 
  • Bernard VOGLER
  •  • 385 mots

Successeur de Zwingli, Bullinger a dirigé comme antistes l'Église du canton de Zurich de 1531 à sa mort. Fils d'un prêtre, il fait des études chez les Frères de la vie commune aux Pays-Bas et à Cologne, où il entre en contact avec l'humanisme et Érasme. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/heinrich-bullinger/#i_7019

BURGONDES

  • Écrit par 
  • Patrick PÉRIN
  •  • 3 324 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Chefs-d'œuvre de l'art burgonde : garnitures de ceinture de bronze et de fer damasquiné »  : […] exprimé sur des garnitures de ceinture de bronze moulé et de fer damasquiné, trouvées en grand nombre dans les cimetières de Bourgogne, de Savoie et de Suisse romande, dont les dates s'échelonnent du milieu du vie siècle au début du viiie. D'autres supports mobiliers ont sans doute existé, mais ils sont mal connus […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/burgondes/#i_7019

DEL PONTE CARLA (1947-    )

  • Écrit par 
  • Florence HARTMANN
  •  • 987 mots

Née en 1947 près de Lugano, dans le canton suisse du Tessin, Carla Del Ponte est un magistrat qui parle haut et fort, y compris dans son propre pays. Jadis, elle y a recherché les comptes secrets de la mafia sicilienne cachés dans les banques helvétiques et fait cause commune […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/carla-del-ponte/#i_7019

DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE

  • Écrit par 
  • Pierre LETAMENDIA
  • , Universalis
  •  • 6 252 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'Europe d'après guerre »  : […] En Suisse, le Parti conservateur chrétien-social s'est transformé, en 1970, en Parti démocrate-chrétien. Le P.D.C. a une clientèle quasi exclusivement catholique et occupe 28 sièges de députés au Conseil national sur 200 en 2007. Il participe au gouvernement collégial depuis 1919 avec 1 membre sur 7, en compagnie des radicaux, des socialistes et de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/democratie-chretienne/#i_7019

DUFOUR GUILLAUME HENRI (1787-1875)

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 448 mots

Né à Constance, d'une très ancienne famille genevoise, Dufour est admis, après le rattachement de Genève à la France, à l'École polytechnique de Paris (1807-1809), puis à l'École du génie de Metz, d'où il sort premier de sa promotion. De 1810 à 1813, il fortifie l'île de Corfou et la défend contre les Anglais, puis combat, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guillaume-henri-dufour/#i_7019

EINSIEDELN ABBAYE D'

  • Écrit par 
  • Georges BRUNEL
  •  • 814 mots

Située dans le canton de Schwyz, près de la petite ville du même nom (10 000 hab.), au pied du massif des Mythen, l'abbaye d'Einsiedeln est un des hauts lieux du catholicisme suisse. Après les invasions germaniques qui, à partir du ve siècle, submergent […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abbaye-d-einsiedeln/#i_7019

EMMANUEL-PHILIBERT (1528-1580) duc de Savoie (1553-1580)

  • Écrit par 
  • Jean MEYER
  •  • 697 mots

Fils de Charles III (1504-1553), le malchanceux, et de Béatrix de Portugal, Emmanuel-Philibert de Savoie est à peine âgé de huit ans quand les troupes françaises et suisses occupent, pour une durée de vingt-trois ans, la quasi-totalité de l'État savoyard à l'exception de Nice, de Vercelli et de la vallée d'Aoste. Occupation qui est, en réalité, une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/emmanuel-philibert/#i_7019

ÉTAT TAMPON

  • Écrit par 
  • Alexandre KISS
  •  • 405 mots
  •  • 1 média

Situé entre deux ou plusieurs grandes puissances et soustrait à leur influence afin de les séparer et de réduire ainsi la possibilité de conflits entre elles, l'État tampon doit garder politiquement une distance égale par rapport à chacun de ses voisins. Pour cette raison, il est souvent doté d'un statut de neutralité permanente lui imposant le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/etat-tampon/#i_7019

FAREL GUILLAUME (1489-1565)

  • Écrit par 
  • Bernard VOGLER
  •  • 264 mots

Réformateur de la Suisse romande. Gentilhomme dauphinois cultivé, courageux et impulsif, disciple de Lefèvre d'Étaples et membre du groupe de Meaux, professeur de grammaire et de philosophie au collège parisien du Cardinal-Lemoine, dont il devient ensuite régent, Guillaume Farel rompt avec le catholicisme dès 1521. Mais la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guillaume-farel/#i_7019

FRANCE (Arts et culture) - La langue française

  • Écrit par 
  • Gérald ANTOINE, 
  • Jean-Claude CHEVALIER, 
  • Loïc DEPECKER, 
  • Françoise HELGORSKY
  •  • 15 783 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'évolution de l'idée francophone »  : […] du Québec, qui forment un impressionnant dispositif administratif en matière de défense et de promotion du français. En Suisse, la partie francophone du Jura devient une entité à part entière après plusieurs années de revendications, et devient en 1977 la république et canton du Jura, le plus jeune « État » francophone créé sur la planète. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/france-arts-et-culture-la-langue-francaise/#i_7019

FRANCOPHONIE

  • Écrit par 
  • Jean-Louis JOUBERT
  •  • 3 361 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Géographie de la francophonie »  : […] avec la France, le français est solidement installé en Belgique, au Luxembourg et en Suisse – ce que soulignent a contrario certaines tensions (création d'un vingt-troisième canton suisse en 1978 pour satisfaire les francophones du canton de Berne ; querelles linguistiques opposant flamingants et francophones, qui menacent […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/francophonie/#i_7019

GENÈVE

  • Écrit par 
  • Bernard DEBARBIEUX, 
  • Paul GUICHONNET, 
  • Patrick PIGEON
  • , Universalis
  •  • 4 566 mots
  •  • 5 médias

Genève présente un contraste unique entre son poids démographique et son rayonnement international. En effet, d'après l'Office fédéral de la statistique, la commune centre comptait, en 2017, 202 000 habitants, le canton 493 000 et l'agglomération 950 000 ; mais elle est le deuxième siège permanent de l'ONU après New York, et la ville […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/geneve/#i_7019

GENÈVE MUSÉE D'ART ET D'HISTOIRE DE

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 1 152 mots

Le musée d'Art et d'Histoire (M.A.H.) de Genève et ses filiales – bâtiments annexes à l'esthétique souvent originale présentant de splendides collections spécialisées de céramique et verre (villa Ariana), des instruments scientifiques (villa Bartholini), instruments de musique anciens, horlogerie et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-d-art-et-d-histoire-de-geneve/#i_7019

GENÈVE UNIVERSITÉ DE

  • Écrit par 
  • Jean FAVIER
  •  • 187 mots

C'est dans une ville où la vie intellectuelle était déjà fort active que fut fondée, en 1559, l'université souhaitée par Calvin. En 1365, à la demande du comte de Savoie, Amédée VI, l'empereur Charles IV avait décidé la création d'une université qui, en fait, ne vit pas le jour. Mais l'enseignement était dispensé dans des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/universite-de-geneve/#i_7019

GLARIS

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 646 mots
  •  • 1 média

Canton de la Suisse centre-orientale (685 km2 et 38 200 habitants en 2005), le territoire de Glaris (allemand : Glarüs) coïncide exactement avec le bassin hydrographique de la Linth. C'est un domaine montagnard dont les conditions naturelles […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/glaris/#i_7019

GRISONS

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 817 mots
  •  • 1 média

À l'extrémité orientale de la Suisse, les Grisons sont le canton le plus étendu de la Confédération (7 108 km2), dont ils couvrent près du sixième de la superficie totale. Centre de dispersion hydrographique, c'est un haut domaine montagnard […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/grisons/#i_7019

GUILLAUME TELL

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 579 mots

Personnage légendaire dont on a fait un des pères de la Confédération suisse. Le nom de Guillaume Tell apparaît, pour la première fois, dans une chronique relatant la genèse de l'alliance des montagnards des Waldstätten, le Livre blanc de Sarnen, vers 1470, c'est-à-dire cent quatre […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guillaume-tell/#i_7019

GUISAN HENRI (1874-1960)

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 340 mots

Fils d'un médecin, issu d'une ancienne famille terrienne du canton de Vaud, Henri Guisan se destine à l'agronomie et, à partir de 1897, exploite un grand domaine agricole. Devenu officier, il s'oriente de plus en plus vers la vie militaire, puis s'y consacre entièrement. Colonel divisionnaire (1926), il est placé à la tête d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-guisan/#i_7019

HONEGGER ARTHUR (1892-1955)

  • Écrit par 
  • Antoine GOLÉA
  •  • 1 350 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Un Suisse parisien »  : […] Né au Havre, de parents suisses, Arthur Honegger a gardé son passeport suisse toute sa vie, et c'était là pour lui plus qu'une commodité, l'expression d'une vérité qu'il ressentait profondément, celle d'une appartenance ancestrale à cette communauté suisse alémanique, branche essentielle du germanisme, qui a produit des écrivains comme Gottfried […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/arthur-honegger/#i_7019

INVASIONS GRANDES

  • Écrit par 
  • Lucien MUSSET
  •  • 16 128 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Les Alamans »  : […] et se fixent sur la rive droite du Rhin, face à l'Alsace et à la Suisse actuelles, tandis que leur aile orientale, les Juthunges, prend position entre Ulm et Ingolstadt. Sous une dynastie solide, ils forment une entité politique assez forte et très combative. Ils paraissent avoir constamment entretenu le projet de pousser vers les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/grandes-invasions/#i_7019

JURA

  • Écrit par 
  • Georges CHABOT, 
  • Paul CLAVAL, 
  • André GUILLAUME, 
  • Solange GUILLAUME
  • , Universalis
  •  • 4 450 mots
  •  • 5 médias

s'allonge en un arc montagneux entre le massif des Alpes et celui de la Forêt-Noire. Les mêmes plis, grossièrement parallèles, se retrouvent dans toute la chaîne ; le versant occidental appartient à la France, alors qu'une grande partie du versant oriental se trouve en Suisse […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jura/#i_7019

LA HARPE FRÉDÉRIC CÉSAR DE (1754-1838)

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 766 mots

Homme politique suisse, originaire du pays de Vaud, Laharpe — il écrira ainsi son nom après la Révolution — est un patriote, souffrant avec impatience la domination bernoise qui pèse sur son pays. Il entre en relations avec Lanskoï, le favori de la tsarine Catherine II, et se rend à Saint-Pétersbourg où la souveraine lui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/frederic-cesar-de-la-harpe/#i_7019

LAUSANNE

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 694 mots
  •  • 1 média

La capitale du canton de Vaud fut longtemps un centre urbain de taille modeste, dont l'essor date de l'ère ferroviaire. Les conditions du site étaient, en effet, peu favorables. La topographie, très accidentée, est dominée par la retombée sur le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lausanne/#i_7019

LAUSANNE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 1 382 mots

Installé dans l'imposant palais de Rumine qui de sa façade néo-renaissance florentine large de 131 mètres surplombe la place de la Riponne, le musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne a été inauguré le 17 juillet 1906. Construit de 1898 à 1906 sur les plans de l'architecte français Gaspard André ( […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-des-beaux-arts-de-lausanne/#i_7019

LÉMAN LAC

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 339 mots
  •  • 2 médias

Plus grand lac alpin d'Europe, le lac Léman s'étend entre le sud-ouest de la Suisse et le département de Haute-Savoie. Il couvre une superficie de 581 kilomètres carrés, dont la majeure partie (environ 347 kilomètres carrés) se trouve en Suisse. Le lac, en […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lac-leman/#i_7019

LIECHTENSTEIN

  • Écrit par 
  • Pierre RATON
  • , Universalis
  •  • 1 928 mots
  •  • 2 médias

du Vorarlberg. Le Rhin lui sert de frontière commune avec la Suisse sur près de 30 kilomètres ; les Alpes, prolongement de la chaîne rhétique, forment une dorsale nord-sud culminant au Grausspitze (2 599 m). Sa population est de 36 800 habitants en 2013, dont 34 p. 100 d'étrangers (et, parmi ceux- […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/liechtenstein/#i_7019

LUCERNE

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 659 mots
  •  • 3 médias

Ville de contact entre les Alpes et le Moyen-Pays suisses Lucerne (allemand : Luzern) est établie — comme Annecy, Genève ou Zurich — dans un site classique de débouché lacustre, là où les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lucerne/#i_7019

LUTZ CHARLES (1895-1975)

  • Écrit par 
  • Charles-Louis FOULON
  •  • 605 mots

Né à Walzenhausen (Suisse), Charles Lutz fait ses études en Suisse et aux États-Unis. Diplômé de l'université George-Washington, il entre dans la diplomatie en 1920 et est en poste, successivement, à Washington, à Philadelphie, à Berne et à Saint Louis. En 1939, il est vice-consul à Berlin et, de 1942 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-lutz/#i_7019

MALLET DU PAN JACQUES (1749-1800)

  • Écrit par 
  • Jean TULARD
  •  • 550 mots

Avec Burke, Gentz et J. de Maistre, Mallet du Pan fut l'un des principaux théoriciens de la contre-révolution. D'origine suisse, il s'est imprudemment mêlé aux troubles de Genève, soutenant en 1766 la cause des « natifs », les immigrés récents, contre l'ancienne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-mallet-du-pan/#i_7019

MARIGNAN BATAILLE DE (13-14 sept. 1515)

  • Écrit par 
  • Pascal LE PAUTREMAT
  •  • 201 mots

Dans sa conquête du Milanais, le roi François Ier affronte les Confédérés suisses, alliés du duc de Milan, Maximilien de Sforza, du pape Léon X, de l'empereur Maximilien de Habsbourg et du cardinal de Sion. Une fois les Alpes franchies au col de l'Argentière, l'armée française, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bataille-de-marignan/#i_7019

MORAT BATAILLE DE (22 juin 1476)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 219 mots

Victoire majeure de la Confédération helvétique dans la guerre menée de 1474 à 1476 contre la Bourgogne, cette bataille s'est déroulée aux portes de la ville de Morat (Murten), située à côté du lac éponyme, à l'ouest de Berne et à l'est du lac de Neuchâtel […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bataille-de-morat/#i_7019

MORGARTEN BATAILLE DE (15 nov. 1315)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 223 mots

C'est la première grande victoire militaire de la Confédération helvétique sur la dynastie des Habsbourg. Au début de 1314, les hommes de Schwyz, une des trois communautés forestières et pastorales des Wäldstatten signataires du pacte d'alliance de 1291, avaient mené un raid sur l'abbaye d'Einsiedeln […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bataille-de-morgarten/#i_7019

MOTTA GIUSEPPE (1871-1940)

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 806 mots

Né à Airolo dans le haut Tessin, Giuseppe Motta fait des études de droit à Fribourg, à Munich et à Heidelberg, puis ouvre un cabinet d'avocat. Il inaugure, à vingt-quatre ans, sa carrière politique cantonale comme élu du parti catholique-conservateur au Grand Conseil puis, sur le plan fédéral, de 1899 à 1911, au Conseil […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/giuseppe-motta/#i_7019

MULHOUSE

  • Écrit par 
  • Raymond WOESSNER
  •  • 1 147 mots
  •  • 2 médias

Frédéric II Hohenstaufen y autorise un Conseil en 1233. Ville libre impériale en 1273, Mulhouse entre dans la Décapole en 1354. Entourée de campagnes aux mains des Habsbourg, Mulhouse signe un pacte d'alliance avec Bâle (1506). Les relations avec les cantons helvétiques favorisent l'introduction de la Réforme (1523). La ville reste une […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mulhouse/#i_7019

NAPOLÉON Ier BONAPARTE (1769-1821) empereur des Français (1804-1814 et 1815)

  • Écrit par 
  • Jacques GODECHOT
  • , Universalis
  •  • 8 307 mots
  •  • 13 médias

Dans le chapitre « Les campagnes militaires et la paix difficile »  : […] et à préparer une attaque contre l'Autriche. Conscient de l'importance stratégique de la Confédération helvétique, à partir de laquelle il pouvait attaquer les Autrichiens soit en Allemagne, soit en Italie, il traversa le col du Grand-Saint-Bernard avant même la fonte des neiges et surprit l'armée autrichienne en train d'assiéger Gênes. La […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/napoleon-ier-bonaparte/#i_7019

NICOLAS DE FLUE ou NIKLAUS VON FLÜE (1417-1487)

  • Écrit par 
  • Raoul VANEIGEM
  •  • 574 mots

Mystique et diplomate suisse, Nicolas de Flue a eu le curieux privilège de gouverner, du fond de sa retraite d'ermite dans le Ranft, une large part de la politique helvétique pendant la seconde moitié du xve siècle. Une sagesse, non dénuée de ruse, un […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nicolas-de-flue-niklaus-von-flue/#i_7019

PARADIS FISCAUX

  • Écrit par 
  • Jean de MAILLARD
  •  • 4 472 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les utilisateurs des paradis fiscaux et bancaires »  : […] Tessin devenu professeur et spécialiste de la criminalité organisée, estime que « 90 p. 100 des sociétés offshore qui ouvrent des comptes en Suisse le font pour des raisons de fraude fiscale, les 5 ou 10 p. 100 (qui sait ?) restants pour des raisons criminelles ». La Suisse étant considérée comme une place financière plutôt honorable, comparée à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paradis-fiscaux/#i_7019

POLITIQUE - Les régimes politiques

  • Écrit par 
  • Georges BURDEAU
  •  • 8 477 mots

Dans le chapitre « Gouvernements unitaires »  : […] une dernière variante des gouvernements unitaires. C'est celui qui fonctionne en Suisse où le réalisme empirique a corrigé la théorie constitutionnelle. Subordonnés en droit à l'Assemblée fédérale, les ministres exercent leurs fonctions beaucoup plus en techniciens qu'en politiciens inféodés à une doctrine partisane. Les rapports qu'ils […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/politique-les-regimes-politiques/#i_7019

RÉFÉRENDUM

  • Écrit par 
  • Edmond JOUVE
  •  • 2 831 mots
  •  • 3 médias

Le référendum remonte aux environs du xve siècle, où il fut mis en œuvre dans certains cantons suisses formés de petites confédérations de localités indépendantes. L'Assemblée générale du Valais arrêtait des mesures provisoires rapportées ad referendum ; la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/referendum/#i_7019

RÉFORME

  • Écrit par 
  • Bernard VOGLER
  •  • 8 460 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Les Réformes zwinglienne et bucérienne »  : […] À Zurich, la Réforme fut essentiellement l'œuvre d'Huldrych Zwingli, curé de la cathédrale. À la différence de Luther, il admirait les philosophes de l'Antiquité et se souciait plus de la prédestination que de la justification par la foi ; enfin, plus rationaliste que mystique, il faisait du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/reforme/#i_7019

RÉUSSITE SOCIALE

  • Écrit par 
  • Alain GIRARD
  •  • 5 486 mots

Dans le chapitre « Hérédité professionnelle »  : […] En Suisse, la biographie de 1 500 parlementaires a été contrôlée par Gruner. Un quart d'entre eux ont un père ayant exercé des mandats politiques, et, dans ce quart, près de trois sur dix un père député aux chambres fédérales. Mais si l'on ajoute les frères, les oncles et neveux, les grands-pères et les petits-fils de même nom, et de nombreux cas d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/reussite-sociale/#i_7019

RHEINTAL

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 931 mots

Le Rhin joue un rôle fondamental dans la géographie de la Suisse. Son cours helvétique, long de 375 kilomètres, draîne, avec ses affluents, un bassin de 36 424 kilomètres carrés, qui couvre plus des deux tiers de la superficie totale du pays. Le parcours alpestre du fleuve se répercute sur le volume […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rheintal/#i_7019

RHIN

  • Écrit par 
  • Gabriel WACKERMANN
  •  • 2 668 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Aspects physiques »  : […] Cette configuration explique l'aspect torrentiel du haut Rhin. Dès le tronçon germano-suisse jusqu'à la hauteur de Mayence, la pente s'atténue de 0,9 à 0,1 p. 1 000, engendrant naguère de multiples bras plus ou moins passifs – « le Rhin sauvage » de la littérature –, puis de multiples méandres. À Bingen, le fleuve s'encaisse […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rhin/#i_7019

RHÔNE

  • Écrit par 
  • Jean de BEAUREGARD
  •  • 1 006 mots
  •  • 1 média

Du Valais suisse à la Camargue française, sur 812 kilomètres, le Rhône draine un bassin de 98 000 kilomètres carrés qui, traversant une région montagneuse soumise en partie aux influences méditerranéennes, lui vaut une variété de régimes unique au monde. Surtout alpestre, la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rhone/#i_7019

ROSENGART FONDATION

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 919 mots

La collection personnelle de Siegfried Rosengart (1894-1985), marchand d'art au renom international d'origine allemande mais naturalisé suisse en 1933, et celle de sa fille Angela, sa première collaboratrice, furent réunies en fondation à l'initiative de cette dernière en 1992 : elle regroupe quelque 200 œuvres de 21 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fondation-rosengart/#i_7019

SAINT-BERNARD COL DU GRAND-

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 808 mots
  •  • 1 média

Entre le Valais et le val d'Aoste, le Grand-Saint-Bernard est l'un des plus anciens passages de l'arc alpin. Il s'ouvre, à 2 472 mètres, entre les massifs du Mont-Blanc et du Grand-Combin, unissant les vallées du Buthier, tributaire de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/col-du-grand-saint-bernard/#i_7019

SAINT-GALL ABBAYE & CANTON DE

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 1 086 mots
  •  • 1 média

L'abbaye de Saint-Gall est l'un des plus anciens et des plus prestigieux centres monastiques d'Europe. Elle fut fondée, vers 613, par l'Irlandais Gall, disciple de saint Colomban. D'abord ermite, Gall anime ensuite, jusqu'à sa mort en 630 ou en 645, une communauté de douze religieux. Pillé à deux reprises, au cours du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/abbaye-et-canton-de-saint-gall/#i_7019

SAINT-GOTHARD COL DU

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 829 mots
  •  • 1 média

« Portier des Alpes », le col du Saint-Gothard surclasse tous les autres passages par le volume de son trafic ferroviaire et routier et par la liaison directe qu'il établit entre la plaine centrale du Pô et l'Europe du Nord. Deux éléments géopolitiques ont fait sa fortune : d'abord la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/col-du-saint-gothard/#i_7019

SEMPACH BATAILLE DE (9 juill. 1386)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 186 mots
  •  • 1 média

Cette victoire décisive remportée par la Confédération helvétique sur les Habsbourg d'Autriche s'est produite à Meiersholz, près de Sempach dans le canton de Lucerne. Les forces confédérées venues d'Uri, de Schwyz, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bataille-de-sempach/#i_7019

SION, Valais

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 702 mots
  •  • 1 média

Chef-lieu du canton du Valais, dans la moyenne vallée du Rhône, Sion (allemand : Sitten), occupe une situation centrale, au cœur d'une région abritée, chaude, sèche et très fertile. Elle est adossée, au nord, aux contreforts du Wildhorn et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sion-valais/#i_7019

SOCIALISME - Histoire des mouvements socialistes (1870-1914)

  • Écrit par 
  • Daniel LIGOU
  •  • 8 058 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Belgique, Pays-Bas, Suisse »  : […] La dispersion du socialisme hollandais et ses tendances se retrouvent partiellement dans le socialisme suisse. La Ire Internationale y avait été très vivante, surtout en pays roman, et, un peu partout, fleurissaient des groupes de tendances diverses, bakouninistes et marxistes, tandis qu'en Suisse alémanique apparaissait la Ligue des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-des-mouvements-socialistes-socialisme/#i_7019

SOLEURE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 949 mots

La ville de Soleure est située au bord de la Aare, à une trentaine de kilomètres de Berne. Une cathédrale de style baroque italien, des places aux fontaines fleuries, des maisons patriciennes, vestiges de l'aristocratie locale, lui donnent un cachet particulier. Soleure fut à partir de 1530 et pendant près de 300 ans la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-des-beaux-arts-de-soleure/#i_7019

TESSIN

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 1 424 mots
  •  • 2 médias

Avec les vallées grisonnes du Poschiavino et de la Moësa, le canton du Tessin (en italien Ticino) constitue le versant méridional des Alpes suisses. Son territoire de 2 811 kilomètres carrés, habité en 2005 par 322 276 personnes, s'adosse, au nord, au massif […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tessin/#i_7019

TUNNEL DE BASE DU SAINT-GOTHARD

  • Écrit par 
  • Michel TOURNEBISE
  •  • 1 241 mots
  •  • 1 média

er juin 2016, le tunnel de base du Saint-Gothard, localisé dans le centre de la Suisse, est le plus long et le plus profond tunnel ferroviaire au monde. Il est la pièce maîtresse du corridor Rhin-Alpes-Milan, un des axes de transport les plus empruntés (notamment pour le fret), reliant le nord et le sud de l’Europe. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tunnel-de-base-du-saint-gothard/#i_7019

TYPOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Michel WLASSIKOFF
  •  • 6 589 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Crispation idéologique et perpétuation du modernisme »  : […] Cependant, les écoles suisses, renforcées par l'apport des réfugiés allemands, perpétuent la leçon de la Nouvelle typographie. À Zurich, Ernst Keller (1891-1968), et à Bâle, Emil Ruder (1914-1970), mettent au point une méthodologie fondée sur le gabarit modulaire – la systématisation du blanc insufflant un rythme soutenu à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/typographie/#i_7019

VALAIS

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 823 mots
  •  • 1 média

Avec 5 225 kilomètres carrés, le Valais (étymologie latine : vallis, vallée) est le troisième canton suisse par la superficie. La région est faiblement peuplée (295 600 hab., 2006). Elle s'ordonne autour du bassin du Rhône […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/valais/#i_7019

VAUD CANTON DE

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 1 389 mots
  •  • 1 média

Le pays de Vaud (3 212 km2) est, avec 672 000 habitants selon les estimations de 2007, le plus peuplé des cantons suisses de langue française. Celui aussi dont le territoire est le seul — avec Berne — à s'étendre sur les trois grandes régions naturelles de la […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/canton-de-vaud/#i_7019

VILLA LANGMATT, Baden

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 924 mots

Comme les maisons d'écrivains et les ateliers d'artistes, les demeures de collectionneurs conservées dans leur état d'origine exercent toujours un attrait particulier sur le visiteur séduit par l'esprit du lieu : il en est ainsi en Suisse de la villa Flora à Winterthur et de la villa Langmatt à Baden […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/villa-langmatt-baden/#i_7019

WALDSTÄTTEN

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 556 mots

Berceau de la Confédération helvétique, les Waldstätten ou « cantons primitifs » étaient habités par les « gens de la forêt » (Waldleute), dont le nom apparaît dès 1252. Ce noyau initial de la Suisse est un ensemble de vallées qui convergent vers le lac des Quatre-Cantons (Vierwaldstättersee). La plus […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/waldstatten/#i_7019

WINTERTHUR MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 963 mots

Le musée des Beaux-Arts de Winterthur (canton de Zurich) possède une exceptionnelle collection d'art français du tournant du xixe et du xxe siècle, un vaste panorama des diverses tendances de la modernité et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-des-beaux-arts-de-winterthur/#i_7019

ZURICH

  • Écrit par 
  • Paul GUICHONNET
  •  • 1 105 mots
  •  • 2 médias

Métropole économique de la Suisse, Zurich est la capitale du canton homonyme, le plus peuplé de la Confédération (1 283 300 hab. en 2006). L'agglomération est née au débouché du lac du même nom. Le site est précocement occupé par les populations de l'âge du bronze […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/zurich/#i_7019

ZURICH MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE

  • Écrit par 
  • Daniel HARTMANN
  •  • 1 020 mots

Construit en 1910 sur les plans de Karl Moser (1860-1936), chef de file du mouvement Architecture nouvelle, pour accueillir les collections rassemblées par la plus ancienne société d'art du pays, créée en 1787, le Kunsthaus de Zurich prit rapidement une orientation internationale sous l'impulsion de son premier conservateur […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musee-des-beaux-arts-de-zurich/#i_7019

ZWINGLI HULDRYCH (1484-1531)

  • Écrit par 
  • Jacques Vincent POLLET
  •  • 7 188 mots
  •  • 1 média

est un personnage complexe et multidimensionnel. Humaniste et autodidacte, penseur religieux et réformateur, patriote et figure nationale suisse – certains ajoutent prophète biblique –, il est tout cela en une personne, dont la vie et l'action sont conditionnées par l'histoire suisse durant le premier tiers du xvie siècle. On […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/huldrych-zwingli/#i_7019

Voir aussi

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Pour citer l’article

Paul GUICHONNET, Dusan SIDJANSKI, Bernard DEBARBIEUX, Frédéric ESPOSITO, Bertil GALLAND, Adrien PASQUALI, « SUISSE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/suisse/