SLOVÉNIE

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Slovénie : carte physique

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Slovénie : drapeau

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Kranjska Gora, Slovénie

Kranjska Gora, Slovénie
Crédits : A. Baker/ Leao de Wys Inc.

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Bled (Slovénie)

Bled (Slovénie)
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Nom officielRépublique de Slovénie (SI)
Chef de l'ÉtatBorut Pahor (depuis le 22 décembre 2012)
Chef du gouvernementMarjan Šarec (depuis le 13 septembre 2018)
CapitaleLjubljana
Langue officielleslovène
Unité monétaireeuro (EUR)
Population2 067 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)20 273

La Slovénie est un petit État (20 256 km2), peu peuplé (2 059 000 hab. en 2013), situé à l'est de l'arc alpin et se prolongeant jusqu'à la mer Adriatique. Le territoire slovène était dominé par les Habsbourg depuis le xiiie siècle lorsqu'il rejoignit le royaume des Serbes, Croates et Slovènes (futur royaume de Yougoslavie) créé au lendemain de la Première Guerre mondiale. Après 1945, la Slovénie fut l'une des six républiques fédérées de la Yougoslavie socialiste. Nouvellement indépendant (25 juin 1991), l'État slovène s'est rapidement inséré dans l'économie et la politique européennes, sur le modèle d'une démocratie parlementaire, après l'adoption d'une nouvelle Constitution le 23 décembre 1991. Il a adhéré à l'Union européenne en mai 2004, en même temps que huit autres États d'Europe centrale et orientale.

Slovénie : carte physique

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Carte physique de la Slovénie. 

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Slovénie : drapeau

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Slovénie (juin 1991). Cette République, qui a proclamé son indépendance en juin 1991, arbore un drapeau à trois bandes horizontales blanche, bleu marine et rouge. Brochant au canton sur les deux bandes supérieures, l'écusson national présente sur fond bleu une montagne blanche à trois pics... 

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Géographie

Des Alpes à la Méditerranée, un pays contrasté

Le système alpin occupe deux tiers du territoire dans le nord-ouest du pays, faisant alterner des montagnes vides de toute population, avec des vallées glaciaires profondes et des collines où se concentre l'habitat. S'y pratiquaient l'élevage, l'exploitation de la forêt et une petite industrie parfois liée aux mines. Le point culminant est le mont Triglav (2 864 m), repris comme symbole du pays au centre du drapeau. À l'est, sur les plaines et les basses collines pannoniennes, l'habitat est dense, l'agriculture en openfield prospère grâce aux apports alluviaux des principales rivières, la Drave, la Save et la Mure, mais la zone est menacée d'inondations fréquentes. Vignobles réputés et vergers s'étendent sur les versants ensoleillés des collines. Le sud, au paysage dinarique composé de plateaux et de vallées karstiques, est faiblement peuplé. Les eaux de surface sont rares tandis que les résurgences et les gouffres (700 environ) abondent. La grotte de Škocjan a été classée en 1996 par l'U.N.E.S.C.O. au Patrimoine mondial pour son canyon souterrain long de 2,6 kilomètres. Enfin au sud-ouest, c'est la descente vers le littoral. Les villages sont groupés au sommet des collines de flysch ; les vignobles et les vergers profitent du climat méditerranéen. Et sur 40 kilomètres environ, une étroite zone littorale, découpée, est bordée par la mer Adriatique. Cette variété paysagère et climatique engendre une biodiversité importante et les forêts et montagnes slovènes abritent encore ours bruns, lynx, rapaces ou bouquetins.

Kranjska Gora, Slovénie

Kranjska Gora, Slovénie

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Dans les Alpes Juliennes, près de la source de la Save, Kranjska Gora est une station de sports d'hiver renommée. 

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Réorganisation économique et territoriale : urbanisation et tertiarisation

Encore faiblement urbanisé (50,1 p. 100), le pays ne compte que seize villes de plus de 10 000 habitants, et deux d'environ 100 000 : la capitale Ljubljana (280 000 hab.) et Maribor (94 000 hab.). Traditionnellement rurale mais souffrant d'un manque de terres, la Slovénie a connu une émigration jusque dans les années 1950, période à partir de laquelle le pays s'est rapidement et intensément industrialisé, devenant à son tour une zone d'immigration au sein de la Yougoslavie.

L'agriculture ne crée que 3,5 p. 100 du P.I.B. (2003), mais son impact sur l'organisation du territoire national et les paysages est prépondérant. Dans les montagnes alpines et sur les plateaux karstiques, les activités traditionnelles sont en nette perte de vitesse : peu rentables, elles sont abandonnées, laissant la place à des friches ou à la forêt (60 p. 100 du pays sont boisés). Entre 1991 et 2001, 60 p. 100 des agriculteurs ont quitté leur ferme, trop petites (5,5 ha en moyenne nationale) ; ceux qui restent doivent diversifier leurs sources de revenus, par l'agrotourisme notamment. À l'est, sur les plaines fertiles, au contraire, l'agriculture s'étend. Les exploitations y sont de plus en plus vastes par le phénomène de concentration, autorisé depuis les nouvelles lois foncières de 1991 et, la mécanisation aidant, la productivité augmente. La production de la pêche pratiquée dans les trois ports de Koper, Izola et Piran est modeste (1,2 million de tonnes en 2003) et ne fournit qu'une faible part de la consommation nationale. La vigne couvre 1,2 p. 100 du territoire national, mais a tendance à régresser.

L'industrie connaît un repli. À partir des années 1960, une politique de réorganisation territoriale avait favorisé, avec succès, l'implantation d'usines en milieu rural. Mais les grandes villes sont toujours les principaux centres industriels : Maribor, Ljubljana, Kranj, Velenje, Novo Mesto et Celje. Avant 1991, l'industrie employait 41 p. 100 des actifs. Mises en difficulté par l'indépendance, en raison de la perte du marché yougoslave et du manque de capacités d'investissements, nombre d'entreprises ont fermé ou ont été vendues à des investisseurs étrangers. Cependant, la Slovénie n'a pas bradé son patrimoine industriel lors de la phase de privatisation (1991-2000), se donnant ainsi les moyens de relancer son secteur secondaire. Au milieu des années 2000, l'industrie emploie un tiers des actifs et génère 26,8 p. 100 du P.I.B., avec les mêmes branches qu'autrefois : industries du textile et du cuir, métallurgique, électrotechnique, agroalimentaire, automobile et pharmaceutique.

Le secteur des services crée quant à lui 60 p. 100 du P.I.B. Le tourisme, brutalement stoppé en 1991 à cause de la guerre, a retrouvé au milieu des années 2000 son niveau de 1990 (2,3 millions de touristes en 2004). Dans les montagnes alpines, il contribue à limiter le chômage : le parc national du Triglav est la seconde destination touristique après le littoral et le lac de Bled et sa région, au nord-ouest, attirent les amateurs de sport de plein air : ski, golf, canoë, équitation. Au total, la Slovénie a bien géré la transition entre l'économie socialiste et l'économie de marché, avec une baisse régulière du taux de chômage dans les dix premières années de l'indépendance.

Bled (Slovénie)

Bled (Slovénie)

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Le lac, le château et l'égise Sainte-Marie de Bled, en Slovénie, près de la frontière autrichienne. 

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Une population homogène, touchée par le déclin démographique

La Slovénie a une population nationalement homogène (83 p. 100 de Slovènes), ce qui la distinguait des autres républiques d'ex-Yougoslavie, et se déclarant majoritairement chrétienne (dont 57,8 p. 100 de catholiques et 2,9 p. 100 d'orthodoxes). Elle accorde des droits spécifiques à ses minorités nationales autochtones, les Hongrois (0,3 p. 100) et les Italiens (0,1 p. 100), mais pas aux autres minorités issues d'une émigration économique récente : Serbes (1,98 p. 100), Croates (1,81 p. 100), Bosniaques (1,10 p. 100). Ainsi la langue officielle slovène laisse parfois la place au bilinguisme en Istrie pour l'italien et au nord pour le hongrois. Les Istro-Roumains, bien que non reconnus comme minorité autochtone, ont quelques droits garantissant leur spécificité culturelle. La définition des frontières du pays lors du traité de Trianon en 1920 a laissé des Slovènes hors de l'État : 800 000 en Italie, 40 000 en Autriche et 5 000 en Hongrie environ, implantés le long des frontières du pays.

Le principal souci de la Slovénie concernant sa population est son déficit démographique, commencé en 1993, en raison d'un taux d'accroissement naturel négatif malgré l'accroissement de l'espérance de vie (73,5 ans pour les hommes ; 81,1 ans pour les femmes) et le très bon niveau de santé. Depuis le début des années 2000, le nombre d'immigrants augmente et reste supérieur à celui des émigrés, qui augmente également. Cela a permis, au cours des décennies 1990 et 2000, d'atténuer la baisse de la population totale. La population vieillit lentement mais régulièrement depuis 1981. L'État estime que les jeunes représenteront en 2008 moins d'un cinquième de la population. L'âge pour avoir le premier enfant recule, notamment en raison de l'allongement des études (89,7 p. 100 des 20-24 ans ont achevé le cursus des études secondaires, soit une moyenne supérieure à celle de l'U.E.) et des difficultés de logement. De façon générale, la Slovénie suit les standards démographiques de l'Europe centrale.

Une affirmation internationale

Récemment apparue sur l'échiquier politique européen, la Slovénie s'y est insérée avec une très grande rapidité. Le pays a quitté la Fédération yougoslave à l'issue de quinze jours de guerre (fin juin-début juillet 1991) et a intégré l'Union européenne, grâce à son bon développement économique et à sa stabilisation politique. Sa frontière orientale, avec la Croatie, est dorénavant une limite de l'U.E., ce qui lui impose d'assurer un contrôle très strict des entrées des personnes et des biens. Le pays a également intégré l'O.T.A.N. en 2004. Ses relations diplomatiques sont normalisées avec tous ses voisins. Elles ne sont tendues qu'avec la Croatie, seule république ex-yougoslave qui lui est frontalière et avec laquelle elle doit gérer le partage des espaces et infrastructures de l'époque socialiste. Malgré son littoral, la Slovénie n'a pas d'accès direct aux eaux internationales à partir de ses eaux territoriales. Elle souhaite obtenir cet accès par une modification des frontières avec la Croatie dans le golfe de Piran (Adriatique nord).

L'État investit dans le développement des infrastructures, notamment en modernisant « la croix routière slovène » qui, via Ljubljana, permet de relier l'Europe médiane à la Méditerranée et aux Balkans. Le risque d'être contourné par l'Autriche ou l'Italie étant grand, il s'agit de connecter ces deux axes aux corridors de passages transeuropéens.

—  Emmanuelle CHAVENEAU

Histoire

Avant d'apparaître en tant que république de Slovénie sur la scène internationale après l'éclatement de la Yougoslavie en 1991 et avant d'intégrer l'Union européenne le 1er mai 2004, la nation slovène s'est constituée au cours d'une longue histoire, peu visible de l'extérieur.

Le passé lointain

Selon les historiens, les Slaves affluèrent sur le territoire au cours du vie siècle et s'installèrent jusque dans les vallées alpines, entre le bord septentrional du bassin de Wörthersee, la vallée de la Drave jusqu'à la Pustertal, les hautes vallées de la Save et de la Soča et le nord de l'Adriatique. Auparavant, le territoire avait déjà connu les civilisations celte puis romaine avec des centres comme Emona, Celeia et Poetovio, à l'emplacement des actuelles villes de Ljubljana, Celje et Ptuj. Le duché de Carantanie, constitué au viiie siècle, passa rapidement dans l'Empire carolingien. La christianisation fut entreprise dès cette époque à partir de Salzbourg et d'Aquilée, deux centres qui laissèrent leur marque de culture germanique et latine. Dans les marches orientales, ces Slaves, appelés aussi Slovènes, formaient la majorité de la population en Carniole, cependant que la Carinthie et la Styrie comprenaient des populations germaniques et slaves. Au xiiie siècle, le territoire passe aux mains des Habsbourg et l'histoire des Slovènes se déroule ensuite à l'intérieur de leur empire puisqu'ils occupent, avec le duché de Gorizia acquis au xive siècle, cette partie des territoires héréditaires de la dynastie jusqu'à la chute de celle-ci en 1918. Sans réelle possibilité d'action politique avant la fin du xixe siècle, ils développèrent cependant leur propre culture.

Sans jamais être intégré dans l'Empire ottoman, le pays fut souvent dévasté au Moyen Âge par les armées du sultan. La mise en place progressive d'un glacis de protection qui va former la frontière militaire (Krajina) coupe les Slovènes de leurs voisins slaves et relie leur histoire à l'axe nord-sud (Europe centrale-Méditerranée).

Si, dès le x-xie siècle, les Feuillets de Freising (Brižinski spomeniki) attestent la présence de l'écrit slovène, c'est le protestantisme qui a jeté les véritables fondements de la culture écrite. Une trentaine de livres slovènes à contenu religieux furent publiés en Allemagne et diffusés sur le territoire durant la seconde partie du xvie siècle, dont le Catéchisme publié en 1550 par Primož Trubar (1508-1586) et la traduction de la Bible publiée à Wittenberg en 1584 et due à Jurij Dalmatin (1547-1589). La Réforme catholique dut s'appuyer sur la Bible protestante qui fut utilisée pendant les deux siècles suivants.

La situation linguistique à l'aube des Lumières était fort complexe. Le latin était la langue savante, l'allemand et l'italien celles du commerce. La noblesse était germanophone et la centralisation progressive de l'ensemble habsbourgeois renforça l'emprise de l'allemand. Écrit et entretenu surtout par le clergé, en contact direct avec les populations, le slovène est resté jusqu'au xviiie siècle essentiellement la langue de la majorité rurale.

Les changements de mentalités dus aux Lumières davantage qu'au romantisme ont eu des conséquences concrètes, par exemple la formation d'un cercle savant à Ljubljana, autour du baron Zois (1747-1819). Cette ville s'affirme peu à peu comme le centre des Slovènes, étant donné que les autres capitales des provinces (Klagenfurt et Graz) se trouvent en territoire germanophone. Avec la centralisation et l'instauration de l'école obligatoire sous le règne de l'impératrice Marie-Thérèse, la question de la langue d'enseignement surgit, qui ne cessera plus de se poser. L'allemand, lingua franca de tout l'Empire, n'a pas le statut juridique de langue d'État. La langue de l'école élémentaire dans les campagnes est le slovène. La liberté individuelle favorise le développement des villes et l'école apporte les bases de l'instruction aux couches paysannes, donc slovènes. Dès la fin du xviiie siècle, les premiers textes de lois sont traduits.

Les grammaires fleurissent : dès 1768, l'abbé Marko Pohlin fait paraître sa Kraynska grammatika (Grammaire du carniolais), puis le slaviste Jernej Kopitar publie en 1808 sa Grammatik der slavische Sprache in Krain, Kärnten und Steyermark (Grammaire de la langue slave en Carniole, Carinthie et Styrie), première grammaire moderne du slovène. Elle replace cette langue dans l'ensemble slave et souligne l'unité linguistique du slovène, qui s'étendait avec ses variantes dialectales sur plusieurs provinces administratives. Le bilinguisme slovène-allemand des couches cultivées devient tout à fait naturel, d'autant que l'absence d'université oblige les Slovènes à étudier majoritairement à Vienne. Ainsi se forme une mince couche d'intellectuels (avocats, médecins, savants) dont la provenance sociale est la même : ils sont tous d'origine paysanne. La langue autochtone prend à cette époque une importance capitale, à la fois comme moyen de transmission du savoir et par la suite comme marque d'identité nationale.

Sans pouvoir agir sur le plan politique encore réservé à l'aristocratie, ces intellectuels investissent le champ culturel. Le meilleur exemple en est France Prešeren (1800-1849), un fils de paysan devenu avocat grâce à ses études : avec sa poésie, qui comprend surtout des sonnets, il donne ses lettres de noblesse à la langue considérée jusque-là comme socialement inférieure. Il deviendra le symbole de la nation et l'un de ses poèmes écrit en 1844 sera choisi comme hymne national en 1989.

La Slovénie unifiée

L'unité linguistique et culturelle ainsi constituée servit de fondement à la prise de conscience politique lors des bouleversements de 1848. Le nombre de gens instruits a augmenté, l'orthographe a été modernisée avec la gajica (alphabet adopté en 1850), l'idée de l'unité ethnique et linguistique s'est ancrée dans les consciences, le terme même de « Slovène » a pris le pas sur les dénominations par province. Le programme Slovénie unifiée apparut : un groupe d'intellectuels demanda au gouvernement de réunir tous les Slovènes dans une même entité administrative avec Ljubljana pour capitale, de créer une université, de donner au slovène un statut égal à l'allemand ; tout cela dans le cadre habsbourgeois. La première carte linguistique, donc politique, fut tracée par Peter Kozler en 1853.

La démocratisation progressive, après 1860, permet aux Slovènes de poursuivre leur développement culturel et d'influer sur le cours de la vie politique dès les années 1880. Les partis politiques émergent avant les premières élections au suffrage universel en 1907. Ils sont à l'image de la société, encore rurale : le Parti populaire se forma (1892) autour du clergé fortement impliqué dans la vie culturelle et économique des campagnes ; puis vint le Parti libéral (1894) et, enfin, le très minoritaire Parti social-démocrate, le seul à orientation yougoslave (1896). Le premier garda la majorité absolue jusqu'en 1941. Les journaux et les revues en langue slovène ont connu un développement spectaculaire durant la seconde moitié du xixe siècle.

L'économie progresse : les sociétés agricoles encouragent le progrès des campagnes, la part de l'artisanat augmente, les entreprises profitent des ressources du pays (bois, fer, plomb, mercure, houille). Le chemin de fer Vienne-Trieste, terminé en 1857, transforme le pays et le relie à de grands centres d'Europe centrale. L'enseignement technique, qui avait déjà une longue tradition dans les villes, est encouragé et fournit une main-d'œuvre qualifiée.

La nation ainsi constituée qui, depuis le Compromis de 1867 (naissance de l'Autriche-Hongrie), a essayé d'obtenir plus d'autonomie, aborde la Première Guerre mondiale avec appréhension. Envoyés d'abord sur les fronts russe ou serbe, les soldats slovènes sont transférés au printemps de 1915 sur le front de l'Isonzo, où ils ont l'impression de défendre leur propre sol promis à l'Italie pour son entrée dans la guerre au côté des Alliés. Les populations sont évacuées de la zone de combats et le front de l'Isonzo, montagneux et difficile d'accès, devient pour les Slovènes une véritable boucherie.

Sur le plan politique, les députés slovènes, emmenés par Anton Korošec (1872-1940) demandent, en mai 1917, au Reichsrat l'autonomie du territoire afin que les Slovènes puissent s'unir aux autres Slaves du Sud (Croates, Serbes de Vojvodine, Bosniaques) de la monarchie des Habsbourg. Cette « Déclaration de mai » recueille des dizaines de milliers de signatures, alors que les accords de Corfou, signés quelques semaines plus tard par une petite délégation, prévoient de faire entrer les Slovènes dans le Royaume serbo-croate.

Lorsque l'empereur Charles Ier fut enfin prêt à exaucer leurs vœux, il était trop tard. Prévoyant la fin imminente de la monarchie, les députés slovènes, réunis à ceux de la Croatie et de la Vojvodine, fondèrent le 29 octobre 1918 l'État des Slovènes, Croates et Serbes avec, à sa tête, un Conseil national présidé par Anton Korošec. Ils tentèrent de faire reconnaître leur État, cependant que les armées italiennes avançaient à grande vitesse vers Ljubljana. N'ayant ni diplomatie ni armée, et pour préserver le minimum, le Conseil finit à la hâte par s'allier au gouvernement du Royaume de Serbie. L'accord fut signé le 1er décembre 1918 à Belgrade, laissant la plupart des questions primordiales (forme du régime du nouvel État, rôle des peuples constitutifs, etc.) en suspens. Le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes fut problématique dès sa formation, car il reposait sur de fausses bases historiques et politiques. Les Alliés voyaient dans la Serbie victorieuse le noyau du nouvel État centralisé, alors que, dans le cas des Slovènes et surtout des Croates, il s'agissait de nations constituées, possédant une très forte conscience nationale et beaucoup plus développées culturellement et économiquement que la Serbie qui venait à peine de se débarrasser du joug turc.

Les périodes yougoslaves

Il est incontestable que les Slovènes y gagnèrent, du point de vue politique, en entrant dans le nouvel ensemble. Cependant, celui-ci se voulait « triunitaire », c'est-à-dire triple et un à la fois, y compris pour la langue et pour la culture. Malgré la création en 1919 de l'Université slovène et, plus tard, de l'Académie, la déception fut grande : les Slovènes se rendirent compte de la méconnaissance mutuelle, y compris au niveau de la dynastie imposée, les Karagjorgjević, et de la centralisation forcée. Des demandes d'une plus large autonomie apparurent dès le début ; l'opposition s'aggrava encore avec l'instauration de la dictature, avec l'emprisonnement de monseigneur Korošec, le leader incontesté des Slovènes. Enfin, la formation des banovine (entités administratives dirigées par un ban) mit fin à l'existence « géographique » de la Slovénie.

En outre, la frontière avec l'Autriche et l'Italie n'avait rien pour satisfaire les Slovènes. La seule frontière nette et admise unanimement, celle avec la Croatie, devint une frontière administrative, cependant qu'au nord et à l'ouest, où il n'avait jamais existé de frontière autre qu'une frontière linguistique extrêmement floue, les limites furent tracées par les vainqueurs lors des traités de paix. En Styrie, Rudolf Maister, colonel slovène de l'armée autrichienne (élevé par la suite au grade de général) désarma le 1er novembre 1918, les restes de la garnison autrichienne de Maribor et fit le tracé de la frontière au nord. Cette frontière fut reconnue lors des pourparlers de paix, malgré les protestations autrichiennes et une forte minorité germanophone qui subsistait en Styrie yougoslave. Le gouverneur de la Carinthie proclama la province indivisible et rattachée à la République autrichienne : lors du plébiscite, le 10 octobre 1920, le sud de la province demeura en Autriche, à la suite du vote favorable d'un grand nombre de Slovènes. L'Italie victorieuse reçut la partie du territoire promis, ce qui fit passer la frontière italo-slovène profondément à l'intérieur de la frontière linguistique. Le mont Triglav, la vallée de la Soča avec Gorizia, Trieste et ses faubourgs presque entièrement slovènes ainsi que le Karst et la côte devinrent italiens et subirent une italianisation forcée sous le régime fasciste. Ainsi, presque un tiers du territoire que devait englober la « Slovénie unifiée » restait au-delà de ses frontières.

En avril 1941, la Slovénie disparut totalement, partagée entre l'Italie, l'Allemagne et la Hongrie. Les régimes d'occupation étaient différents : les Italiens formèrent la « Province de Ljubljana », mais une certaine autonomie culturelle subsista, les écoles et l'administration restèrent slovènes, du moins dans un premier temps. Dans la partie rattachée au IIIe Reich, le régime était calqué sur celui de l'Alsace-Moselle. Il s'agissait pour Hitler de « regermaniser » la région. Durant toute la guerre, un grand nombre de Slovènes furent déportés et des dizaines de milliers furent incorporés dans la Wehrmacht et envoyés sur divers fronts (Russie, France). Les intellectuels et les prêtres furent déportés et les familles des résistants envoyées dans des camps allemands.

La résistance s'organisa d'abord dans la Province de Ljubljana : les chrétiens progressistes rejoignirent les communistes qui finirent par les éliminer progressivement pour prendre la direction de la résistance et mener la révolution bolchevique en parallèle à la guerre de libération nationale. Les dirigeants communistes, emmenés par le théoricien Edvard Kardelj et l'organisateur Boris Kidrič étaient, depuis le début, liés à Tito, le chef du Parti communiste yougoslave et, avec leur appui, les contours de la nouvelle Yougoslavie se dessinaient dès novembre 1943 (réunion de Jajce). Les opposants furent exécutés ; en mai-juin 1945, les unités non communistes tentèrent de fuir en Autriche, mais furent livrées aux partisans et massacrées. La République fédérative de Slovénie vit le jour, dans l'ensemble communiste yougoslave. Le problème de la frontière avec l'Italie ne trouva sa solution qu'en 1954, quand le Territoire libre de Trieste, sous administration américaine, fut divisé en deux : la ville et ses faubourgs passèrent à l'Italie, l'arrière-pays et la côte à la Slovénie. La frontière avec l'Autriche resta inchangée, malgré les demandes pressantes des Yougoslaves. Les germanophones qui restaient sur le territoire (surtout dans les villes de Styrie et à Kočevje) furent expulsés.

Quelles que soient les critiques des Slovènes envers la Yougoslavie titiste, il faut admettre qu'elle représentait un pas en avant vers l'affirmation de la nation. Sous Tito, la Slovénie bénéficiait de l'autonomie comme république fédérale, avec son Assemblée et sa langue, devenue l'une des trois langues officielles de Yougoslavie. Son avance économique fut un atout par rapport aux régions moins développées de la Yougoslavie : les matières premières et ensuite la main-d'œuvre bon marché en provenaient et les produits manufacturés y trouvaient un débouché important. Le haut niveau culturel, une main-d'œuvre qualifiée et un certain esprit d'entreprise que le communisme n'avait pas réussi à étouffer complètement jouaient également en faveur de cette république. Ainsi, elle réalisait 25 p. 100 des exportations de l'ensemble yougoslave, souvent sur le marché occidental, alors que sa population ne représentait que 8 p. 100.

—  Antonia BERNARD

La Slovénie indépendante

Considérée comme un pays « sans histoire », la Slovénie a été, durant les années 1990, l'un des élèves modèles de la transition postcommuniste, aux marges d'une région pourtant traumatisée par les guerres yougoslaves (1992-1995 puis 1998-1999). Peuplé d'un peu plus de deux millions d'habitants, le pays bénéficie, parmi les huit nouveaux membres de l'Union européenne (U.E.) ayant appartenu au camp socialiste, du niveau de vie le plus élevé, grâce à un taux de croissance régulier et à une situation politique singulièrement stable. Jouissant d'un P.I.B. par habitant qui s'élevait, au 1er mai 2004, date de son entrée dans l'U.E., à 77 p. 100 de la moyenne communautaire, ce « petit pays alpin » fut le premier à quitter la République fédérative socialiste de Yougoslavie (R.F.S.Y.) après avoir considéré, des années durant, lui avoir beaucoup plus apporté qu'il n'en avait reçu.

Lassés de cette interdépendance jugée trop inéquitable, inquiets de la dérive nationaliste qui se faisait jour au sein de la Ligue des communistes de Yougoslavie après l'arrivée, en 1987, de Slobodan Milošević à la tête de sa composante serbe, hostiles enfin à la politique de la force employée par Belgrade dans la province autonome du Kosovo, les dirigeants communistes slovènes décidèrent de prendre leurs distances à l'égard de la Fédération. La vague de démocratisation qui s'était alors emparée des pays d'Europe centrale et orientale avec, pour événement emblématique, la chute du Mur de Berlin, fit le reste : en avril-mai 1990, la République slovène organisait ses premières élections libres. Porté par le référendum de décembre 1990 où les électeurs se prononcèrent massivement en faveur de la sécession, le Parlement slovène déclarait l'indépendance du pays le 25 juin 1991, suscitant l'ire des nationalistes serbes. Les affrontements avec l'armée fédérale yougoslave encadrée par des officiers serbes durèrent deux semaines. Ljubljana ne faiblit pas et Belgrade, pour qui la Slovénie ne représentait pas, à l'inverse de la Croatie ou encore de la Bosnie-Herzégovine, un enjeu majeur compte tenu de la faible importance de la communauté serbe, préféra renoncer, laissant aux pays occidentaux l'impression, ô combien erronée, que la Fédération yougoslave survivrait à cette première séparation.

La trajectoire slovène qui, treize ans plus tard, a conduit ce pays au sein de l'U.E., s'apparente, toutes choses égales par ailleurs, à un « parcours presque sans faute » : la scène politique n'a pas connu de soubresauts majeurs et les indicateurs économiques témoignent d'un dynamisme incontestable. Il a cependant été parfois difficile pour la Slovénie de concilier les contraintes de l'intégration à l'Union, qu'une opinion publique soucieuse de l'intérêt national a eu certaines réticences à admettre, avec celles d'une nécessaire solidarité balkanique impliquant notamment de gérer au mieux des relations de voisinage toujours problématiques avec la Croatie.

Une évolution politique relativement sereine

La vie politique slovène s'est caractérisée, durant plus d'une décennie, par une grande continuité, que d'aucuns ont parfois considérée comme la manifestation d'une propension excessive au compromis mais que d'autres interprètent comme le résultat salutaire d'une culture politique privilégiant la négociation. Au cours de cette période, la scène politique slovène est durablement dominée par la « Démocratie libérale de Slovénie » (L.D.S.), appelée aussi Parti libéral-démocrate, formation pour partie issue des rangs de l'Alliance des communistes de l'époque de la R.F.S.Y. Le L.D.S. doit ce maintien au pouvoir à sa capacité d'adaptation à la nouvelle donne économique de « l'après-89 » et, surtout, à la popularité de ses deux premiers dirigeants Milan Kučan, président du comité central de l'Alliance de 1986 à 1989, qui a assumé les fonctions de chef de l'État de 1990 à 2002, et Janez Drnovšek, Premier ministre de 1992 à 2002, qui lui a succédé, de 2002 à 2007.

Milan Kucan

Milan Kucan

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Ancien communiste, principal artisan de l'indépendance slovène, Milan Kucan devient président de la République slovène en 1990. Il restera au pouvoir jusqu'en 2002. 

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Cette longévité s'explique par le pragmatisme dont le L.D.S. a fait preuve tant à l'intérieur de ses rangs, où plusieurs courants ont cohabité sans mettre en péril la cohésion de l'appareil, qu'à l'égard des autres forces politiques. Celles qui furent, durant les années 1987-1990, à la tête de la contestation (le Parti social-démocrate [S.D.S.], le Parti populaire slovène [S.L.S.] et le Parti démocratique des retraités [DeSUS]) qui déboucha, en avril 1990, sur les manifestations du « printemps slovène » assumèrent le pouvoir, au titre de la coalition Demos, durant moins de deux ans, avant de le perdre au profit du L.D.S. qui allait donc tenir seul les rênes jusqu'en 1997.

Victime d'une lente mais irréversible érosion de sa popularité, le L.D.S. fut obligé, au terme du scrutin législatif de l'automne de 1996, de s'associer au S.L.S. (qui s'en désolidarisera en avril 2004) et au DeSUS pour continuer de bénéficier d'une majorité au Parlement. Un scénario presque identique se répétait quatre ans plus tard, la coalition sortante ayant dû, pour se maintenir, s'adjoindre également les voix de la Liste unie des sociaux-démocrates (Z.L.S.D., ex-communiste). Cette continuité politique, incarnée par le maintien au pouvoir d'une ou de plusieurs forces de gauche, allait être rompue par les résultats des élections législatives du 3 octobre 2004 ; ceux-ci aboutissent, à une courte majorité (49 sièges sur 90) à l'arrivée d'une coalition de centre droit menée par le S.D.S. avec, à ses côtés, le S.L.S., le DeSUS et le Parti démocrate-chrétien « Nouvelle Slovénie-Parti chrétien du peuple » (N.S.i.) dont le score, trois mois plus tôt aux élections européennes où il avait devancé le L.D.S. en pourcentages de voix (obtenant, comme lui, deux sièges, deux autres allant au S.D.S. et un à la Z.L.S.D.), avait constitué pour celui-ci un sérieux avertissement. Alors que le référendum organisé sur l'adhésion à l'U.E., tenu le 23 mars 2003, avait été pour l'équipe sortante un franc succès avec 60 p. 100 de participation et 90 p. 100 de oui. Cette europhilie allait être récompensée en novembre 2004 par la nomination au sein de la nouvelle équipe de la Commission européenne présidée par José Manuel Durão Barroso, de l'ancien ministre slovène des Affaires européennes, Janez Potocnik, au portefeuille de la Science et de la Recherche, puis par l'accession, le 1er janvier 2005, à la présidence tournante de l'O.S.C.E. en attendant que la Slovénie soit le premier des nouveaux États membres à assumer celle de l'Union européenne au premier semestre de 2008, un an après son entrée dans la zone euro.

La Slovénie connaît donc à partir de 2004, pour la seconde fois depuis son indépendance, une situation de cohabitation entre, d'une part, le chef de l'État Janez Drnovšek, ancien leader d'un L.D.S. affaibli et dirigé par Anton Rop, une personnalité beaucoup moins charismatique, et, d'autre part, le gouvernement de Janez Janša (S.D.S.). Considéré comme le « héros » de l'indépendance slovène et devenu le dirigeant d'une droite longtemps éclatée, ce dernier a déployé beaucoup d'énergie durant sa « traversée du désert » pour dénoncer la corruption régnant dans les sphères dirigeantes. Plusieurs fois éclaboussée par des scandales financiers ou par des affaires de trafics d'armes lors des guerres yougoslaves, la classe politique slovène renvoie une image pour le moins contrastée. Cette cohabitation ne dure pas : Janez Drnovšek est remplacé en décembre 2007 à la présidence par Danilo Türk, un candidat indépendant soutenu par les sociaux-démocrates ; par ailleurs, ceux-ci reviennent au pouvoir en 2008, avec un gouvernement dirigé par Borut Pahor, mais ce dernier est victime d’une motion de censure en septembre 2011. Malgré la victoire inattendue d’un nouveau parti de centre gauche à l’issue des élections législatives anticipées de décembre 2011, une nouvelle cohabitation se met en place en février 2012. Janez Janša revient au pouvoir et forme un gouvernement de coalition réunissant cinq partis de centre droit. Mais son retour est de courte durée, car en février 2013, le Parlement adopte une motion de défiance à l'encontre du gouvernement. Janez Janša, impliqué dans une affaire de corruption, avait perdu le soutien de trois partis de sa coalition. Il est remplacé par la socialiste Alenka Bratusek. Entre-temps, en décembre 2012, l'ancien Premier ministre Borut Pahor remplaçait Danilo Türk à la présidence.

L'économie à l'heure de l'U.E.

L'économie slovène est une des plus ouvertes sur l'extérieur et des plus dynamiques des pays de l'Europe centrale et orientale. Pourtant, plus encore que de la transition vers l'économie de marché, la Slovénie a souffert, dans la première moitié des années 1990, de la perte de ses marchés traditionnels dans les pays de l'Europe balkanique ; de grandes entreprises qui fournissaient le marché yougoslave dans le domaine des biens de consommation, par exemple l'électroménager, ont perdu leurs débouchés. Jouissant d'une excellente réputation, les produits slovènes recommencent cependant à reconquérir leurs parts de marché, tant en Europe du Sud-Est à travers l'Accord de libre-échange centre-européen (A.L.E.C.E.) que dans les pays de l'ex-Union soviétique. La part des échanges extérieurs avec l'U.E. n'en est pas moins devenue prépondérante avec, au rang des principaux partenaires, l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche et la France (grâce surtout aux usines Revoz, filiale de l'entreprise Renault, implantée de longue date). La présence économique de la Slovénie en Europe du Sud-Est comme dans certains nouveaux États membres de l'U.E. s'exerce également au travers de la reprise de certaines entreprises à la faveur de la privatisation de ces dernières, ce qui la rend exportatrice nette de capitaux.

Avec un secteur tertiaire participant pour près de 60 p. 100 à la formation du P.I.B., la Slovénie continue cependant d'accorder une attention soutenue au secteur agricole, en dépit de sa contribution de plus en plus faible à la richesse nationale (3,0 p. 100 en 2004, contre 4,9 p. 100 en 1994) ; ses dirigeants s'étaient d'ailleurs engagés à verser aux agriculteurs, dès 2004, l'intégralité du montant des aides directes dispensées dans le cadre de la Politique agricole commune, à la suite de la décision prise par Bruxelles de n'octroyer celles-ci que progressivement d'ici à 2013. Ce geste illustrait le souci de préserver l'économie d'une libéralisation trop brutale.

La fermeté de la partie slovène n'en a pas moins parfois agacé la Commission européenne durant les négociations d'adhésion qui furent engagées au printemps de 1998. Trois dossiers ont témoigné, non pas d'intérêts divergents, mais de la volonté des autorités slovènes de rester maîtresses de leur destin, tout en s'efforçant d'arrimer au plus vite le pays à l'U.E. Le premier concerne les privatisations, notamment celles des banques, dont le rythme fut jugé trop lent par le F.M.I. comme par Bruxelles. La première vague (1992-1998) prit, il est vrai, un certain temps dans la mesure où 75 p. 100 des entreprises sont restées conjointement contrôlées par les salariés et l'encadrement, legs en quelque sorte du modèle yougoslave d'autogestion. La Slovénie est alors devenue un État avec 1,9 million d'actionnaires, mais ce nombre a vite chuté et la propriété s'est progressivement concentrée entre les mains de quelque trois cents chefs d'entreprise financièrement puissants qui se sont empressés de racheter la part de leurs employés à un prix très bas avant que les entreprises concernées ne soient cotées en Bourse. La loi sur la déréglementation des services bancaires et des télécommunications une fois votée, en 1999, la seconde vague (2000-2001) devait accorder aux investisseurs stratégiques, étrangers dans la plupart des cas, une place plus importante alors que la Slovénie avait eu, dans un premier temps, une attitude très réservée à l'égard des capitaux extérieurs, refusant d'ouvrir le capital des firmes d'État à des participations étrangères.

L'inflation fut, durant la période des négociations, un deuxième motif de critique ; en décélération constante depuis 2003, elle est ensuite contenue dans des limites strictes, répondant ainsi aux exigences des critères de Maastricht. L'entrée de la Slovénie, en juin 2004, dans le mécanisme de change européen (M.C.E. II) s'est déroulée sans à-coup majeur, ne nécessitant au cours de l'année qu'une seule intervention de la Banque centrale.

Enfin, l'éligibilité aux Fonds structurels dispensés dans le cadre de la Politique de cohésion de l'U.E. a été l'objet de dures négociations ; Ljubljana demandait un découpage du territoire national en deux régions de programmation afin que celle du Nord-Est, nettement moins riche que la capitale et sa périphérie, bénéficie de financements communautaires ; elle n'a finalement pas eu gain de cause. Estimé à quelque 6 p. 100 de la population active, dont une forte majorité de jeunes, le chômage était pourtant nettement plus élevé dans cette région où les villes industrielles de Maribor et de Pomurska ont souffert, au tournant du xxe siècle, de nombreuses fermetures d'usines. La situation du marché de l'emploi est encore compliquée par le récent allongement de la durée de l'activité, disposition qui vise à pallier les conséquences d'un taux de fécondité parmi les plus bas de la région (occasionnant un recul net de la population) ; c'est aussi une décision dont le système de protection sociale, un des plus généreux de ceux des pays de la région, devrait pâtir. Les manifestations intervenues en décembre 2005 (les plus importantes depuis l'indépendance) à l'appel des principales centrales syndicales opposées à une réforme du système des retraites qui vise la création d'un dispositif à trois piliers (accordant une place plus importante aux fonds privés) laissaient présager d'un durcissement dans un pays où, jusqu'à présent, « le partenariat social » fondé sur des accords tripartites entre gouvernement, patronat et organisation syndicale unifiée jouait un rôle essentiel.

Une intégration régionale encore problématique

Représentant « un élément stable à la lisière de la difficile région balkanique », la Slovénie s'est trouvée investie, de fait, d'une responsabilité qui l'a conduite à tenir un rôle important dans le processus du Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est ainsi qu'au sein de l'Initiative de coopération de l'Europe du Sud-Est (I.C.E.S.E.) ; elle participe activement à la mise en place d'une eurorégion qui couvrirait l'espace dit Alpes-Adria : Vénétie, Vénétie Julienne, Carinthie, Styrie, Slovénie. À plusieurs reprises à partir de 1998, elle fut amenée à jouer les bons offices dans la recherche d'un règlement à la crise du Kosovo ou encore dans l'élaboration d'une stratégie de soutien à la Bosnie-Herzégovine. Devenue membre de l'Alliance atlantique en mars 2004, une adhésion que son opinion publique a accueillie de façon nettement moins enthousiaste que l'entrée dans l'U.E., avec 66 p. 100 de oui lors du référendum organisé à cet effet le 23 mars 2003, Ljubljana s'efforce d'être à la hauteur de la tâche dans une région encore très troublée : la surveillance de son espace aérien est assumée par l'Italie tandis qu'elle participe, dans la limite de ses moyens, à des missions de surveillance, notamment en Irak. Son activisme diplomatique est important dans la mesure où il en va non seulement de sa place et de son image sur le plan régional, mais aussi de ses intérêts économiques et commerciaux. L'instauration d'un climat de bon voisinage passe cependant par une amélioration de ses relations avec la Croatie, ce qui implique de régler plusieurs litiges : l'accès aux eaux internationales que Zagreb lui conteste (la Slovénie ne dispose que d'un infime accès à la mer) et au sujet duquel les Premiers ministres des deux pays ont décidé, en novembre 2004, de recourir à une procédure d'arbitrage international ; le financement et l'utilisation conjointe de la centrale nucléaire de Krsko (construite en 1983 et située sur la frontière entre les deux pays) ; le devenir des avoirs slovènes en Croatie comme de ceux des ressortissants croates déposés à la Ljubljanska Banka ; le transit des produits slovènes via le territoire croate et inversement. Autant de points de friction qui constituaient, lors de l'examen en 2004-2005 par l'U.E. de la candidature croate, d'éventuelles monnaies d'échange moyennant un soutien sans faille que Ljubljana apporta en définitive à son voisin. N'en fut-il pas d'ailleurs de même lors de la candidature slovène quand l'Italie et l'Autriche, où résident des minorités slovènes, firent pression pour garantir les droits de leurs propres communautés ? En juin 2010, les électeurs slovènes acceptent par référendum la procédure d’un arbitrage international pour régler le différend frontalier avec la Croatie, qui porte sur l’accès aux eaux internationales, ce qui lève un obstacle à l’adhésion rapide de la Croatie à l'U.E., car Ljubljana exige le règlement préalable de ce litige avant l'intégration de la Croatie.

Solder le passé, c'est aussi résoudre l'épineux problème des « effacés », ces personnes originaires d'autres républiques ex-yougoslaves qui se sont réfugiées en Slovénie après l'indépendance ; si 171 000 d'entre elles ont pu obtenir la nationalité slovène dès 1991, 130 000 sont demeurées sans statut juridique durant plusieurs années avant que, sur l'insistance de l'U.E., une nouvelle loi leur permette d'obtenir le statut de résident permanent. Par-delà cette légitime régularisation s'est posée la question de la restitution rétroactive de leurs biens à laquelle 94 p. 100 des Slovènes se sont opposés par référendum en avril 2004, consultation à laquelle n'ont participé que 31,4 p. 100 des électeurs. Ce sujet, tout comme la polémique autour de la construction d'une mosquée à Ljubljana ou encore la multiplication des incidents racistes à l'encontre de la minorité rom et des réfugiés bosniaques, a jeté une lumière crue sur la résurgence d'une fibre nationaliste que les partis de droite pourraient avoir la tentation d'exploiter davantage, alors que les exportations slovènes sont confrontées à une concurrence accrue de la part des produits asiatiques et que le relèvement des prix de l'énergie pèsera de plus en plus lourd sur les équilibres budgétaires et financiers.

Procédure fréquemment utilisée (trop, au goût de certains) en Slovénie, le recours au référendum témoigne certes d'une culture du consensus et de la concertation, mais comporte aussi le risque de tentations populistes. Être le meilleur élève de la classe européenne tout en voulant contrôler son destin national, tel est le difficile pari que Ljubljana s'est efforcé, non sans succès, de relever. Mais le « miracle slovène », comme se plaît à dire la Banque mondiale, ne prémunit pas pour autant le pays de toutes les dérives.

(Voir également SLOVÉNIE, chronologie contemporaine)

—  Edith LHOMEL

Littérature

C'est en l'an 970 que l'on trouve citée pour la première fois comme lingua sclavinisca la langue slovène. Les premiers textes écrits font leur apparition autour de l'an mille : il s'agit de prières revêtant des formes semi-poétiques qui portent le nom de Brižinski spomeniki (Textes de Freisinger), et qui constituent l'expression la plus achevée de la culture littéraire slovène au Moyen Âge. Les autres textes de la même époque sont également pour la plupart d'inspiration religieuse. C'est dans les grandes villes européennes que les humanistes slovènes ont élaboré leur œuvre, et les premiers livres publiés le furent par des protestants, comme Primož Trubar, auteur d'un catéchisme (Katekizem) et d'un abécédaire (Abecedarij, 1550), et rédacteur, en outre, du Missel slovène (Slovenska cerkovna ordninga, 1564) et de recueils de cantiques ; Sebastian Krelj, auteur du premier manuel, une bible pour enfants (Otročja biblija, 1566) ; Jurij Dalmatin, traducteur du texte intégral de la bible (Biblija, 1584) ; Adam Bohorič, auteur de la première grammaire (Arcticae horulae, 1584). Sous les thèmes généralement religieux de la littérature protestante percent déjà certaines velléités littéraires : individualisation du langage poétique, références aux structures de la poésie populaire, éléments de discours narratif. Les écrivains protestants ont aussi à leur actif la codification de la langue et de l'orthographe slovènes.

La Contre-Réforme n'entrave en rien le développement de la littérature slovène. L'époque baroque voit surgir des œuvres importantes comme la Passion (Pasijon, 1677) de la ville de Škofja Loka, et la Comédie de la Passion du Christ (Komedija od Kristusovega trpljenja) de Železna Kapla, en Carinthie, ou encore, le Sacrum promptuarium (1691), de Janez Svetokriški, recueil de sermons d'inspiration libre, souvent humoristique dans le choix des thèmes et la construction des intrigues. Ce sont également les débuts de la littérature scientifique, qui se présente sous forme d'ouvrages pluridisciplinaires dont le plus fameux est L'Honneur du duché de Carniole (1689), de Valvasor : cet ouvrage présente la particularité de porter en guise de dédicace une poésie de Jožef Zizenčelij, première dédicace poétique signée et rédigée en langue slovène.

L'époque des Lumières est marquée par la publication, entre 1779 et 1781, à l'initiative de Marko Pohlin, d'un almanach poétique, Pisanice, où sont développés, dans un style classique, les thèmes de la renaissance nationale et de l'autonomie de la création poétique.

A. T. Linhart, historien et auteur dramatique, utilise des éléments empruntés à l'esthétique du Mariage de Figaro et aux idées de Beaumarchais pour composer sa fameuse comédie, Veseli dan ali Matiček se ženi (Un jour de joie, ou Matiček se marie, 1790). C'est en 1806 qu'est publié le premier recueil de poésies slovènes, Pesmi za pokušino (Poésies à déguster). Mais l'une des publications les plus notoires du préromantisme reste à coup sûr Grammatik der slavischen Sprache in Krain, Kärnten und Steyermark (Grammaire des parlers slaves de Carniole, de Carinthie et de Styrie, 1808).

Prešeren : le lyrisme fondateur

C'est avec le romantisme que la littérature slovène s'européanise. Né en 1800, le poète France Prešeren fait paraître en 1847 un ouvrage, Poezije (Poésies), qui est considéré encore aujourd'hui comme le plus beau fleuron de la littérature slovène. « Chantre de l'amour », Prešeren a mis en vers l'absolu de la passion dans le multiple domaine des idées et des émotions, de la nation, de l'humanité tout entière. Remarquable profondeur de vue dans l'art de traiter les problèmes, qu'ils soient individuels ou existentiels, nationaux ou politiques ; liberté d'un art s'élevant au-dessus des dogmes, au-dessus des religions et des politiques ; présence de multiples formes poétiques, celles de la Renaissance, le sonnet, le tiercet, la stance, le huitain, la gazela, et aussi toutes les formes de la poésie individuelle, de l'élégie, de la romance et de la ballade à l'épopée et à la satire : telles sont les caractéristiques de cette œuvre, synthèse originale, unique en son genre, de la culture poétique européenne dans son ensemble. Il faut dire que Prešeren eut pour maître Matija Čop, grand spécialiste de la littérature européenne. Pour Čop et Prešeren, la poésie, quand elle est autonome, est douée d'un pouvoir orphique qui favorise l'union entre les hommes et assure la présence des nations dans l'histoire.

Reprenant les idées de Prešeren, les réalistes, avec notamment la prose narrative et l'art dramatique, enrichissent la littérature slovène de quelques nouveaux genres. Le scepticisme existentiel et les grands thèmes de l'amour et de la nation chers à la poésie lyrique affectent souvent des formes simplifiées, proches des structures de la poésie populaire : témoin des œuvres comme Pesmi (Poèmes, 1865), de Simon Jenko, ou Poezije (Poésies, 1882), de Simon Gregorčič ; Balade in romance (Ballades et romances, 1884), d'Anton Aškerc, offre en outre une thématique d'inspiration sociale. L'ère de la prose narrative est ouverte par Fran Levstik, avec d'une part une nouvelle, Martin Krpan (1858), qui met en scène un fameux héros populaire, et d'autre part un programme littéraire, sorte de manifeste en faveur du roman réaliste. Mais c'est Josip Jurčič qui devait écrire le premier roman slovène, Deseti brat (Le Dixième Frère, 1864). Cet auteur fécond, doué d'un grand pouvoir de persuasion, s'est aussi attaché à approfondir, avec Levstik, l'idéologie populaire démocratique.

L'autonomie de l'art face à toute idéologie trouve un farouche défenseur en la personne de Josip Stritar, dont les articles sont publiés de 1870 à 1875 par la revue Dunajski zvon (La Cloche de Vienne). Néanmoins, ces préoccupations esthétiques n'ont pas eu pour effet d'éloigner de leur peuple les écrivains slovènes : Jarez Trdina publie dans les années 1880 Contes et histoires de montagnards (Bajke in povesti o Gorjancih), où les thèmes narratifs du folklore sont élevés au rang d'œuvre littéraire. Ce dualisme dans l'inspiration est aussi celui de Janko Kersnik, en particulier dans l'un de ses romans, Jara Gospoda (Les Parvenus, 1895). Quant au romancier Ivan Tavčar, il conjugue en 1918, dans Visoška Kronika (La Chronique de Vissoko), les grands thèmes de l'amour et les grands problèmes politiques et sociaux. C'est vers la même époque qu'ont été lancées deux grandes revues littéraires : de 1881 à 1941, Ljubljanski zvon (La Cloche de Ljubljana) et, de 1888 à 1945, Dom in svet (Notre pays et le monde).

Le naturalisme ne joue qu'un rôle épisodique dans l'histoire de la littérature slovène, qui restera fortement marquée en revanche par les influences impressionnistes et symbolistes, de Dragotin Kette, qui réalise l'union tragique de l'humour et de l'amour, et modernise le sonnet (Poezije, 1900), à Josip Murn, chantre de l'existence solitaire et déchirée, et enfin à Ivan Cankar et à Župančič, les deux figures dominantes de la littérature slovène du xxe siècle.

Individualisme et communauté spirituelle

On doit à Cankar l'élaboration de l'écriture moderne dans le discours romanesque et dramatique : une phrase, musicale et bien rythmée, que l'on pourrait qualifier d'impressionniste, riche en métaphores et aussi en symboles, un art du dialogue à la fois réaliste et symboliste. C'est une prose toute pénétrée d'une thématique existentielle typique de la collectivité nationale et sociale. Il faut surtout retenir, de Cankar, la nouvelle intitulée Hlapec Jernej in njegova pravica (Le valet Jernej et son droit, 1907), un cycle de courts récits sur des thèmes libertaires et humanistes, Podobe iz sanj (Images du rêve, 1917) et un roman d'analyse dont l'inspiration est proche de celle de Proust, Nina (1906). En outre, la liste est longue des pièces de Cankar dont on peut dire qu'elles fondent l'art dramatique slovène : thématique sociale dans Kralj na Betajnovi (Le Roi de Betajnov, 1902) ; thématique antinomique de l'art et de la morale bourgeoise dans une farce, Pohujšanje v dolini šentflorjanski (Scandale dans la vallée de saint Florian, 1908) ; thème de la servitude dans Hlapci (Les Valets, 1909) ; symbolique du désir dans Lepa Vida (La Belle Vida, 1911). Social-démocrate, Cankar a élaboré dès 1913 les thèses du fédéralisme politique yougoslave.

L'amour, l'existence de l'individu dans la société et dans l'univers, la patrie, l'art : tels sont les grands thèmes développés par Župančič dans une poésie qui chante, de manière obsessionnelle, la liberté de l'homme et sa force vitale. Son goût du rythme musical, son sens aigu des modulations sonores et sémantiques du mot ont permis à Župančič de hausser le vers rythmique jusqu'aux plus hauts sommets de l'art, notamment dans deux recueils fameux : Samogovori (Monologues, 1908) et V zarje Vidove (Les Aubes de la Saint-Jean, 1920). Excellent traducteur de Shakespeare, Župančič est aussi l'auteur d'une pièce dramatique d'inspiration symboliste, Veronika Deseniška (1924), et de nombreux essais sur la littérature, la langue, l'art du comédien. En 1941, avec un poème intitulé Veš, poet, svoj dolg ? (Poète, connais-tu ton devoir ?), il prend place parmi ces écrivains européens qui devaient opposer au fascisme grandissant la force de leur esprit.

Fidèle à la poétique traditionnelle, Alojz Gradnik, pour sa part, mêle les thèmes érotiques au fantastique de l'au-delà, tandis que Srečko Kosovel combine impressionnisme, symbolisme et expressionnisme pour tenter d'exprimer les inquiétudes de son époque, clamant sa douleur d'humaniste européen et opposant une poésie constructive à l'impérialisme bourgeois. La prose d'Ivan Pregelj et l'œuvre dramatique de Slavko Grum sont aussi inspirées de l'expressionnisme. Dans les années 1930, le réalisme impose au roman et au théâtre des thèmes sociaux et historiques, qui permettent aux auteurs de traiter de la crise morale des milieux ruraux et urbains, ainsi que des aberrations de la politique nationale ou étatique. Avec Lovro Kuhar, Prežihov Voranc, Miško Kranjec, Bratko Kreft, Ciril Kosmač, Anton Ingolič et Ivan Potrč, on note l'apparition de nouveaux genres, tels que le roman collectif, le drame historique de classe, un théâtre de la confrontation entre l'individu et l'idéologie socialiste.

Les conflits sociaux et la crise de l'intellectuel bourgeois investissent également la poésie, comme en témoignent principalement l'œuvre poétique de Mile Klopčič et celle de Božo Vodušek. Il faut citer aussi le nom de Josip Vidmar, critique littéraire et spécialiste de Molière, qui s'emploie à défendre les droits de l'art face à toutes les morales, à toutes les idéologies.

Les années de la Guerre de libération nationale (1941-1945) verront fleurir la poésie révolutionnaire et partisane de poètes comme Karl Destovnik-Kajuh, Vladimir Pavšič, Matej Bor.

—  Franc ZADRAVEC

La modernité

Après la guerre, Edvard Kocbek, élève de Mounier, chante l'individu et sa liberté spirituelle. D'autres poètes importants apparaissent comme Jože Udovič, Kajetan Kovič, Lojze Krakar, Janez Menart, Ivo Minatti, C. Zlobec, Tone Pavček, Gregor Strniša, Ervin Fritz.

La littérature slovène demeure menacée par le réalisme socialiste, mais, grâce au grand tournant vers la modernité que marque V. Taufer, la poésie accompagne les grands courants européens. Les poètes comme T. Šalamun, Dane Zajc, M. Jesih, B. A. Novak, E. Flisar, les romanciers Lojze Kovačič, V. Zupan, I. Svetina, Pavle Zidar, I. Torkar, Vladimir Kavčič, Peter Božič, M. Rožanc, R. Šeligo, D. Jančar, A. Capuder, les dramaturges J. Javoršek, D. Jovanovič, Andrej Hieng, Dominik Smole, Primož Kozak, et d'autres, se retrouvent dans le courant de la modernité et de la postmodernité.

Dans les années 1970 apparaît l'idée d'un espace culturel slovène commun, s'élargissant jusqu'aux auteurs appartenant aux minorités slovènes en Italie, comme B. Pahor, Alojr Rebula, V. Bartol, M. Nadlišek, I. Hergold, M. Košuta, M. Kravos, A. Pregarc et, en Autriche, avec Florijan Lipuš, J. Messner, E. Prunč, J. Ferk, F. Hafner, M. Haderlap, V. Polanšek, V. Ošlak et G. Januš.

La jeune génération des années 1980 se libère complètement de l'idéologie et de l'histoire en élargissant les thèmes à traiter. Les auteurs en vue sont B. Mozetič, A. Debeljak, J. Potokar, M. Vidmar, A. Ihan.

Avec la création d'un État autonome des Slovènes, la littérature intègre aussi les auteurs appartenant à l'enclave slovène de l'Argentine, avec Simčič, et d'autres pays. Les thèmes qui préoccupent les écrivains et les poètes sont la question d'identité, l'existence, les idées esthétiques d'inspiration psychanalytique, mais aussi phénoménologique, ainsi que la situation de l'homme dans le nouveau contexte de l'Europe.

—  Evgen BAVCAR

Bibliographie

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E. Bacčar, « Écrire slovène à Trieste », in Italo Svevo, Cahiers pour un temps, Éd. Centre Georges-Pompidou, Paris, 1987 ; « La Présence slovène en Carinthie », in Austriaca, no 34, juin 1987 ; « Littérature slovène, une face cachée d'Europe », in L'Autre Europe, nos 17, 18 et 19, 1988

A. Slodnjak, Geschichte der slovenischen Literatur, Berlin, 1958

Zgodovina slovenskega slovstva, t. I-VII, Ljubljana, 1956-1971

Zgodovina slovenskega slovstva, t. I-VIII, Maribor, 1968-1972.

Écrit par :

  • : docteur ès lettres, écrivain.
  • : Filozofska Fakultet Askerceva, Ljubljana
  • : chargée de cours à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris-VIII, analyste-rédactrice aux éditions de la Documentation française
  • : agrégée de russe, docteur en slavistique, maître de conférences H.D.R. à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : docteur en géographie

Classification


Autres références

«  SLOVÉNIE  » est également traité dans :

SLOVÉNIE, chronologie contemporaine

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Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/chronologie/slovenie/#i_45940

ALPES

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Dans le chapitre « La terminaison orientale de la chaîne des Alpes »  : […] Du seuil du Semmering aux Alpes slovènes s'étend un espace transfrontalier, triplex confinum au point de concours de plusieurs mondes. Patchwork en miniature de tout le contexte alpin, cette région a pour trait d'union la montagne, mais aussi un rôle croissant des villes (Ljubljana, Graz, Maribor). À la charnière entre Alpides et Dinarides, culmin […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/alpes/#i_45940

BALKANS ou PÉNINSULE BALKANIQUE

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Dans le chapitre « Diversité des peuples et des cultures »  : […] Si les invasions slaves des vi e et vii e siècles ont affecté toute la péninsule, et même les îles, trois langues antérieurement parlées dans les Balkans ont subsisté : l' albanais, dont le vocabulaire comprend de nombreux mots d'origine latine, indice de l'ancienneté de la présence de ce peuple ; le valaque, langue latine proche du roumain dont […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/peninsule-balkanique/#i_45940

CARNIOLE

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Principale partie de la république de Slovénie, la Carniole (Krain en allemand ; Krajnska, « pays frontière » en slovène) présente trois grands ensembles géographiques. Au nord, la haute Carniole (Gorensjko), montagne alpine, forestière et pastorale, et la vallée de la Save, chapelet de bassins dont le plus vaste est celui de Ljubljana (Laibach), l […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/carniole/#i_45940

CROATIE

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Dans le chapitre « La Croatie contemporaine »  : […] C'est Napoléon qui va mettre fin provisoirement à cet équilibre. Après avoir défait Venise et l'Autriche, il crée les provinces illyriennes rattachées à l'Empire de 1809 à 1813. La Slovénie, la Dalmatie et une grande partie de la Croatie y sont englobées. Les Français abolissent la féodalité et introduisent le Code civil. Les ferments du nationa […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/croatie/#i_45940

DÉMOCRATIES POPULAIRES

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DINARIDES

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DRNOVŠEK JANEZ (1950-2008)

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Homme politique slovène, Janez Drnovšek (né le 17 mai 1950 à Celje, à l'époque en Yougoslavie) contribua à mener son pays vers une indépendance relativement pacifique et prospère. Premier ministre (1992-2002), puis président (2002-2007) de la Slovénie, il fit en sorte que ce jeune État devienne membre de l'O.T.A.N. et de l'Union européenne en 2004 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/janez-drnovsek/#i_45940

ÉCLATEMENT DE LA YOUGOSLAVIE

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Mosaïque de peuples née du règlement de la Première Guerre mondiale, intégrée au bloc communiste à partir de 1945 malgré les tentations sécessionnistes de Tito, la république socialiste fédérale de Yougoslavie ne résiste pas à l'effondrement du bloc de l'Est. Au terme d'élections libres qui, partout sauf en Serbie et au Monténégro, ont donné la vic […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/eclatement-de-la-yougoslavie/#i_45940

ÉCLATEMENT DE LA YOUGOSLAVIE - (repères chronologiques)

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4 mai 1980 Mort du maréchal Tito, président de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, après trente-cinq ans de pouvoir sans partage. 1981 Le soulèvement des Albanais du Kosovo, qui réclament un statut de République, est violemment réprimé par Belgrade. 1987 Slobodan Milošević prend le pouvoir et impose un discours ultra-nationaliste vi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/yougoslavie-reperes-chronologiques/#i_45940

ISTRIE

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Presqu'île du nord de l'Adriatique, l'Istrie (Istra), partagée entre la Croatie, en majeure partie, et la Slovénie, compte 3 000 kilomètres carrés. La partie croate (2 813 km 2 ) constitue un des vingt et un comitats (divisions administratives créées en 1990) du pays. La population de celui-ci s’élevait à 206 300 habitants au recensement de 2001 ; […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/istrie/#i_45940

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Né à Ljubljana (Slovénie), Kardelj est le principal théoricien de la société d'autogestion et l'un des auteurs de toutes les constitutions yougoslaves après la guerre, notamment de la Constitution de 1974 qui, du fait de ses conceptions parfaitement originales, n'a rien de comparable dans aucun autre pays. Originaire d'une famille ouvrière, ancien […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/edward-kardelj/#i_45940

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Ljubljana, la capitale de la Slovénie (ancienne Laibach en allemand) s'est développée, sur une vallée étroite, entre deux collines. De l'ancienne ville romaine, Emona, subsistent quelques vestiges. La partie médiévale s'étendait entre le pied de la colline qui porte le Grad (château du xi e  s.) et les rives de la rivière Ljubljanica. Détruite par […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ljubljana/#i_45940

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Située dans le nord-est de la Slovénie, sur la Drave, à proximité de la frontière autrichienne, Maribor (en allemand Marburg) est nichée entre le massif de Pohorje et les collines des Slovenske Gorice. Deuxième ville du pays, elle comptait 93 847 habitants en 2002. Si l'on trouve trace d'un foyer de peuplement à l'époque romaine, c'est avec l'édifi […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maribor/#i_45940

OURS BRUN EN EUROPE

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Dans le chapitre « Des situations de conservation contrastées  »  : […] Dans les territoires où les ours ont toujours été présents, les situations sont aussi contrastées. La population d'ours espagnols située dans les monts Cantabriques, au nord du pays, donne des signes encourageants après avoir longtemps inquiété les spécialistes. En 2009, ces derniers alertaient sur la scission définitive de cette population en deu […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ours-brun-en-europe/#i_45940

PLEČNIK JOZE (1872-1957)

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Fils d'un menuisier de Ljubliana, capitale historique de la Slovénie alors province de l'Empire austro-hongrois, Joze Plečnik fut élève de la section menuiserie de l'école technique de Graz tout en s'initiant à l'architecture sous la direction d'un maître qui avait remarqué ses dons. Il travaille ensuite deux ans à Vienne, dans une entreprise de me […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/joze-plecnik/#i_45940

YOUGOSLAVIE

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Dans le chapitre «  L'éclatement de la Yougoslavie et la fin de la fédération »  : […] Bien avant la disparition de la république socialiste fédérative de Yougoslavie en 1991-1992, les ferments de la désintégration étaient à l'œuvre. Sécessions et guerres se sont multipliées sur la quasi-totalité du territoire yougoslave. Par un effet de dominos, les combats ont glissé du nord vers le sud, partant de la Slovénie en 1991, pour atteind […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/yougoslavie/#i_45940

Voir aussi

Pour citer l’article

Evgen BAVCAR, Franc ZADRAVEC, Edith LHOMEL, Antonia BERNARD, Emmanuelle CHAVENEAU, « SLOVÉNIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/slovenie/