PAYS-BAS

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Nom officielRoyaume des Pays-Bas (NL)
Chef de l'Étatle roi Willem-Alexander (depuis le 30 avril 2013)
Chef du gouvernementMark Rutte (depuis le 14 octobre 2010)
CapitaleAmsterdam
Siège du gouvernementLa Haye
Langue officiellenéerlandais 1
Note : Le frison est reconnu comme seconde langue officielle dans la province de la Frise depuis 2013
Unité monétaireeuro (EUR)
Population17 523 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)41 526

Évolution politique et économique depuis 1945

Aux Pays-Bas, pendant la guerre, le régime qui devait être instauré après la Libération fut l'objet de nombreuses réflexions. Mais bientôt il apparut qu'il n'était pas possible d'innover. Bien que la critique du régime existant fût violente, les gens aspiraient au calme, à la sécurité et à la stabilité et craignaient par conséquent les novateurs.

Cependant, il est paradoxal qu'à l'intérieur d'un système hérité de l'avant-guerre, dit système du cloisonnement (zuilensysteem), caractérisé par des regroupements politiques, religieux ou sociaux, il ait fallu mener une politique adaptée à des circonstances entièrement nouvelles, aussi bien dans le domaine extérieur (abandon de la neutralité, perte des Indes néerlandaises) qu'intérieur (développement d'un État industriel). La forme de démocratie néerlandaise parut capable d'assurer tout cela sans trop de peine.

Ce n'est que lorsque la réadaptation fut terminée – au milieu des années 1960 – que le système commença à être mis en question. Cette rupture avec le passé s'est poursuivie au cours des années 1970 et 1980 : déconfessionnalisation, exigence d'une démocratie plus ouverte, critique virulente du système étatique et plus spécialement en 1980, échec de la gauche dans la réalisation des idéaux prônés dans les années 1960. En outre, la crise économique des années 1970 et 1980 a retardé le développement de la « nouvelle société » et enrayé les mécanismes politiques et sociaux, provoquant des mécontentements et une agitation constante fomentée par toutes sortes de groupements, aux objectifs contradictoires, plus résignée toutefois depuis 1986.

Ainsi la société néerlandaise constitue, au début des années 1980, un exemple typique de la crise de la civilisation occidentale, il est vrai que la classe politique, depuis 1986, a fait preuve de volonté pour remédier à cette situation de crise latente et qu'elle a souvent le courage de changer de cap. Le très ancien réflexe calviniste, qui consiste à se sentir concerné par la situation politique, économique et sociale, reste intact, ainsi qu'un certain fatalisme issu de la doctrine de la prédestination.

L'après-guerre

Le 12 mai 1945, une semaine après la Libération, 45 personnes d'origine socialiste, catholique et protestante publièrent un manifeste qui annonçait une « volonté de renouvellement », dans laquelle devait être fondamental « l'homme » qui se développe au service d'une communauté solide, juste et enthousiaste (socialisme personnaliste, d'origine française), et qui incitait tous les Néerlandais à aider au renouvellement de la vie sociale « dans un esprit personnaliste » et à « fonder le pouvoir sur une nouvelle confiance » dans l'unité. L'ingénieur Willem Schermerhorn était le leader du mouvement. La reine Wilhelmine le chargea, avec le social-démocrate Willem Drees, de former le premier cabinet d'après-guerre, un cabinet orienté à gauche, sans lien direct avec les anciens partis et assez autocratique, sans contrôle du Parlement, parce qu'en fait il ne fondait son pouvoir que sur l'exigence d'unité, d'un régime fort et d'un renouveau à l'existence desquels croyaient la Reine et les dirigeants du nouveau mouvement, le Mouvement du peuple. Ce mouvement n'était pas tant inspiré par des idées fascistes que par les tendances autoritaires qu'on avait pu observer en Europe depuis 1930. Déjà, en 1945, les hommes du Mouvement du peuple ont dû constater que cette percée allait échouer. Les Antirévolutionnaires n'avaient pas révisé leurs points de vue d'avant-guerre. Pour les membres de la Christelijk Historische Unie le choix était un peu moins net. Une petite élite d'intellectuels opta pour l'affaiblissement du système du cloisonnement, parmi lesquels Pieter Lieftinck qui participa à trois cabinets, de 1945 jusqu'à 1952, en tant que ministre socialiste des Finances.

Mais la véritable décision était entre les mains des catholiques. L'épiscopat avait d'ailleurs déterminé son attitude lorsque parut le manifeste du Mouvement du peuple : il voulait que les organisations catholiques soient rétablies dans le domaine social, culturel et même politique. En juin 1945, quelques personnalités éminentes du Parti d'État catholique romain d'avant guerre (RKSP) s'attelèrent à cette reconstruction. Quelques mois plus tard, Jan de Quay réintégra le parti catholique, ce qui constituait une aide importante car il jouissait d'une grande popularité chez les jeunes. En décembre 1945 fut fondé le Parti populaire catholique (KVP). Non clérical, ouvert aux non-catholiques, et progressiste, il se développa très rapidement. En 1948, il comptait 410 000 membres.

Quelques mois plus tard, les socialistes s'étaient aussi réorganisés. Inspirés par le Mouvement du peuple, ils révisèrent quelques-uns de leurs points de vue, supprimèrent l'ancien SDAP (Parti social-démocrate des travailleurs) et fondèrent, en 1946, le Parti du travail (PvdA), auquel se joignirent d'anciens membres des partis catholiques et protestants, ainsi que les Démocrates libéraux (VDB) d'avant guerre. Les premières élections depuis 1937 eurent lieu en mai 1946.

Le KVP devint le parti le plus important de la Deuxième Chambre et obtint un siège de plus que le RKSP en 1937 ; le PvdA acquit autant de sièges qu'avaient obtenu ensemble le SDAP et le VDB, le CHU eut le même nombre de sièges et l'ARP (le Parti anti-révolutionnaire) en perdit. Rien de dramatique ne s'était donc passé. La guerre semblait avoir non pas rompu mais consolidé la stabilité d'avant guerre. La seule chose remarquable, à savoir la progression des communistes de trois sièges en 1937 à dix en 1946, fut temporaire.

Des Indes néerlandaises à l'Indonésie

Le problème politique auquel les Pays-Bas durent faire face en 1945 fut la première manifestation de ce qui allait devenir le processus mondial de la décolonisation. Ils y étaient mal préparés puisqu'ils ne possédaient pas les moyens concrets ni les idées qui leur auraient permis d'influer sur le cours des événements. Il s'avéra impossible pour les Pays-Bas de transformer quelques vues sur l'émancipation coloniale en une politique ordonnée de décolonisation. Lorsque le Japon capitula le 15 août, les Pays-Bas étaient entièrement dépendants des Alliés ; en juillet, ils avaient confié leur commandement en Indonésie à l'amiral britannique Mountbatten.

À la fin de septembre 1945, des forces militaires composées de mille Indiens britanniques débarquèrent à Java, et ce n'est qu'en octobre que le lieutenant gouverneur Hubert Jean Van Mook put s'établir à Batavia. Pendant ce temps, 80 000 Néerlandais étaient encore dans les camps, gardés par des Japonais ou des Indonésiens : ils étaient des otages aux mains des nationalistes. À ce moment-là, le pire avait déjà eu lieu. Le 7 août, les Japonais avaient proclamé l'indépendance de l'Indonésie dans leur quartier général de Saigon [...]

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Moulins à vent de Kinderdijk, Pays-Bas

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Écrit par :

  • : docteur en histoire, professeur agrégé à l'Institut d'études politiques de Paris
  • : professeur d'histoire à l'université de Nanterre et à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine
  • : docteur en droit, licencié en sciences politiques et diplomatiques
  • : docteur en sciences géographiques, professeur à l'Université libre de Bruxelles, membre de la classe des lettres de l'Académie royale de Belgique, président de la Société royale belge de géographie

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Pour citer l’article

Christophe DE VOOGD, Frédéric MAURO, Guido PEETERS, Christian VANDERMOTTEN, « PAYS-BAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pays-bas/