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SCHELER MAX (1874-1928)

L'œuvre durable de Scheler consiste en une phénoménologie de l'affectivité, en une compréhension de l'intuition émotionnelle, de la sympathie et de leurs objets : les valeurs, la personne, les formes de l'éthique, de la culture et de la société. L'opposition des forces vitales aveugles et de l'esprit, intuitif mais non créateur, sous-tend les linéaments des systèmes qu'il a tracés ; elle a divisé la personne aussi et entretenu l'inquiétude de ce philosophe qui fut un voyant et un pionnier plus qu'un théoricien.

Étapes intellectuelles, mutations et points d'équilibre

Max Scheler - crédits : ullstein bild/ Getty Images

Max Scheler

Né à Munich, longtemps privat-docent – sept ans à Iéna et, après sa conversion au catholicisme, trois ans à Munich –, Max Scheler vécut en publiciste, à Berlin et à Göttingen, les années décisives de 1910 à 1919. Nommé alors professeur à Cologne, il exerça une influence croissante ; en 1922, il se détourna de l'Église ; la mort le surprit à 54 ans, comme il allait occuper à Francfort une chaire de philosophie sociale.

La pensée de Scheler, inséparable de ses mutations religieuses, de ses engagements, de sa vie affective, s'est développée en trois phases : les premiers essais de méthodologie, de psychologie, de sociologie restent partagés entre le spiritualisme de Rudolf Eucken et la critique du positivisme et du néo-kantisme. La phénoménologie et l'adhésion au catholicisme caractérisent, de 1910 à 1922, les deux grandes œuvres, Nature et formes de la sympathie (Wesen und Formen der Sympathie, 1913, titre de l'ouvrage définitif de 1923) et Le Formalisme en éthique et l'éthique matériale des valeurs (Der Formalismus in der Ethik und die materiale Wertethik, 1913-1916), un recueil d'essais célèbres Le Renversement des valeurs (Vom Umsturz der Werte, 2e éd., 1919) et l'exposé de son spiritualisme religieux, De l'éternel en l'homme (Vom Ewigen im Menschen, 1921). D'autres recueils d'essais concernent l'actualité, notamment Guerre et Reconstruction (Krieg und Wiederaufbau, 1916). La dernière période, marquée surtout par des écrits de sociologie, en particulier Les Formes du savoir et la société (Die Wissensformen und die Gesellschaft, 1926), aboutit à une anthropologie philosophique dont Scheler n'a laissé à sa mort qu'une esquisse, La Situation de l'homme dans le monde (Die Stellung des Menschen im Kosmos, 1928).

Né israélite, baptisé très jeune, Scheler redécouvre dans le catholicisme, dès 1906, plus qu'une doctrine, l'intuition de l'amour, de la grâce, de l'ordre du cœur. Une critique inlassable de la civilisation technique, de ses philosophies positivistes, rationalistes, criticistes, écoles de défiance et de démesure, hostiles à la vie, à la nature, à l'homme même, accompagne ses convictions. Contre la métaphysique occidentale traditionnelle, contre l'idéalisme surtout, son spiritualisme mystique et éthique affirme que la souveraineté de l'esprit est inséparable de son impuissance créatrice. Autant que sa conception de l'a priori, cette opposition de l'esprit et de la vie sépare Scheler de Dilthey, de Bergson aussi, qu'il admirait et dont il est souvent proche dans sa critique de l'intelligence technicienne et du formalisme éthique. Le diagnostic du ressentiment et de la décadence, le sens du concret, des valeurs, de leurs bouleversements placent certes Scheler dans la suite de Nietzsche, mais sa confiance dans le monde, loin de se fonder sur la vie et sur la volonté de puissance, est toute esprit et amour ; c'est dans une sorte de christianisme augustinien que Scheler trouva quelque temps l'équilibre de sa doctrine.

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Max Scheler - crédits : ullstein bild/ Getty Images

Max Scheler

Autres références

  • ALTRUISME

    • Écrit par Guy PETITDEMANGE
    • 3 328 mots
    • 1 média

    Généralement, le terme d'altruisme qualifie une attitude morale concrète qui, par-delà toute crainte et même toute norme, privilégie autrui. L'altruisme manifeste un débordement de l'amour propre naturel, calculateur et soucieux de préserver le soi, et du désir érotique qui porte...

  • AUGUSTINISME

    • Écrit par Michel MESLIN, Jeannine QUILLET
    • 5 572 mots
    ...sur une connaissance immédiate au moyen des idées générales et de leur vérité qui sont, en fait, autant d'archétypes divins. Plus récemment enfin, un Max Scheler voit en saint Augustin le premier et le seul philosophe chrétien. C'est une conception très augustinienne de l'esprit que développe Max Scheler...
  • AUTRE, psychanalyse

    • Écrit par Alexandre ABENSOUR
    • 1 306 mots

    Le débat philosophique sur autrui est inséparable de la question du primat de la conscience : comment expliquer l'existence d'une autre conscience, sous quelles modalités la rencontrer ?

    La doctrine qui va produire un impact certain sur les réflexions proprement psychologiques est celle...

  • CI-GÎT L'AMER. GUÉRIR DU RESSENTIMENT (C. Fleury)

    • Écrit par Marc LEBIEZ
    • 1 115 mots
    ...analytique », et de ce livre, il convenait de commencer par préciser ce qu’il en est de cette amertume. Il était assez logique de le faire en compagnie de Max Scheler, auteur en 1912 d’un ouvrage célèbre intitulé L’Homme du ressentiment. Scheler lui-même s’inspirait d’une thématique centrale chez Nietzsche...
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Voir aussi