ROUSSEAU JEAN-JACQUES

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En plein siècle des Lumières, Jean-Jacques Rousseau élève une véhémente protestation contre le progrès des sciences et l'accumulation des richesses, contre une société oppressive et des institutions arbitraires. Il stigmatise la dénaturation croissante de l'homme et prévient ses contemporains que, faute de retourner à la simplicité naturelle, ils courront inévitablement à leur ruine. Il propose tour à tour de réformer l'éducation, les mœurs, les institutions politiques et sociales, le droit et même la religion. Si l'homme occupe aujourd'hui une place centrale dans notre conception du monde, c'est en grande partie à Rousseau qu'on le doit. Ainsi que l'a dit Kant : « Rousseau est le Newton du monde moral. »

Jean-Jacques Rousseau

Photographie : Jean-Jacques Rousseau

À mi-chemin entre philosophie et littérature, l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) se distingue par sa diversité : traités sur l'éducation et le droit politique (L'Émile, Du Contrat social, 1762), roman épistolaire (La Nouvelle Héloïse, 1761), notamment. 

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« Une misérable question d'Académie »

En réponse à Mgr de Beaumont, archevêque de Paris qui avait condamné l'Émile, Rousseau écrit :

Émile, J.-J. Rousseau

Photographie : Émile, J.-J. Rousseau

Émile, de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), in œuvres, Thomine et Fortic, 1823-1824, Paris. «Chacun respecte le travail des autres afin que le sien soit en sûreté.» Gravure sur cuivre de Dupreel d'après Jean Michel Moreau (1741-1814). 

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« J'étais né avec quelque talent, cependant j'ai passé ma jeunesse dans une heureuse obscurité, dont je ne cherchais point à sortir [...]. J'approchais de ma quarantième année, et j'avais, au lieu d'une fortune que j'ai toujours méprisée, et d'un nom qu'on m'a fait payer si cher, le repos et des amis, les deux seuls biens dont mon cœur soit avide. Une misérable question d'Académie m'agitant l'esprit malgré moi me jeta dans un métier pour lequel je n'étais point fait ; un succès inattendu m'y montra des attraits qui me séduisirent. Des foules d'adversaires m'attaquèrent sans m'entendre, avec une étourderie qui me donna de l'humeur, et avec un orgueil qui m'en inspira peut-être. Je me défendis, et de dispute en dispute je me sentis engagé dans la carrière, presque sans y avoir pensé. Je me trouvai devenu, pour ainsi dire, auteur à l'âge où l'on cesse de l'être, et homme de lettres par mon mépris même pour cet état. Dès-là je fus dans le public quelque chose : mais aussi le repos et les amis disparurent. Quels maux ne souffris-je point ? »

Rousseau a répété plusieurs fois que sa vocation littéraire était née sur la route de Vincennes, où, dans une sorte d'illumination, il avait découvert la voie à suivre pour réformer une société injuste et oppressive. Jusqu'alors il avait songé à faire une carrière de musicien, jouant du violon, de l'orgue et du clavecin, dirigeant de petits concerts et donnant des leçons de musique. À trente ans il imagina un nouveau système de notation musicale qu'il présenta à l'Académie des sciences de Paris avant de le publier (Dissertation sur la musique moderne), puis il se mit à composer un opéra, Les Muses galantes, qui ne remporta pas le succès attendu, et il écrivit plusieurs pièces de circonstances.

Un jour d'octobre 1749 – il était dans sa trente-huitième année – Rousseau prit la route de Vincennes pour rendre visite à Diderot qui était incarcéré au Donjon, pour avoir écrit la Lettre sur les aveugles. Tout en marchant, Rousseau parcourut Le Mercure de France qu'il avait emporté et tomba sur la question proposée par l'académie de Dijon pour le prix de l'année suivante : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs.

« À l'instant de cette lecture, nous dit-il dans ses Confessions, je vis un autre univers et je devins un autre homme. » Il fut comme ébloui de mille lumières, des foules d'idées se pressèrent dans son esprit, il sentit « sa tête prise par un étourdissement semblable à l'ivresse ». Rousseau était si bouleversé qu'il dut se reposer sous un des chênes de l'avenue de Vincennes, et c'est là qu'il rédigea ce que l'on appelle la « prosopopée de Fabricius », où il engage les Romains – c'est-à-dire ses contemporains – « à renverser les amphithéâtres, à briser les marbres, à chasser les esclaves qui les subjuguent, et dont les funestes arts les corrompent ».

Rousseau a déclaré douze ans plus tard : « Si j'avais pu écrire le quart de ce que j'ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle clarté j'aurais fait voir toutes les contradictions du système social, avec quelle force j'aurais exposé tous les abus de nos institutions, avec quelle simplicité j'aurais démontré que l'homme est bon naturellement et que c'est par les institutions seules [...]

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Jean-Jacques Rousseau

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Émile, J.-J. Rousseau

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  • : professeur à l'université de Genève, Doyen honoraire de la faculté des lettres

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Bernard GAGNEBIN, « ROUSSEAU JEAN-JACQUES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-jacques-rousseau/