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ÉMILE, OU DE L'ÉDUCATION, Jean-Jacques Rousseau Fiche de lecture

Émile, J.-J. Rousseau - crédits : AKG-images

Émile, J.-J. Rousseau

Publié la même année que Le Contrat social (1762), Émile, ou De l'éducation prend place entre La Nouvelle Héloïse (1761), le Projet de constitution pour la Corse (1763) et différentes Lettres. Il est de coutume d'attribuer la paternité de ce traité de pédagogie au sentiment de culpabilité provoqué par l'abandon des cinq enfants que Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) eut avec Thérèse Levasseur. Son intérêt pour la pédagogie date de l'époque où il avait en charge l'éducation des enfants d'un riche banquier, M. de Mably. Fort de son expérience de précepteur, il commence à réfléchir, à partir de 1751 et à la demande de Mme de Chenonceaux, à « un système d'éducation » dont on trouve la trace, dès 1757, dans le chantier de La Nouvelle Héloïse.

Les « rêveries d'un visionnaire de l'éducation »

L'Émile se distingue par son économie complexe qui répond en fait à un projet pédagogique dont l'ordre suit, en cinq livres, la distinction classique des facultés et des premiers âges de la vie jusqu'au mariage.

Du nourrisson au jeune enfant, les livres I et II se consacrent à « l'âge de nature ». Selon Rousseau, l'éducation repose sur un triple socle de connaissances (de la nature, des choses et des hommes) et a pour finalité l'accomplissement de la liberté que l'enfant atteint au terme d'une éducation qui laisse exprimer sa propre nature. De la description de la mère et du père comme nourrice et précepteur au portrait imaginaire de l'élève Émile, Rousseau campe dès le premier livre les acteurs de cette ontogenèse. Chacun a son rôle à jouer dans ce passage de l'état d'innocence à l'état de culture. À partir de la description des sensations, des besoins et des pleurs du nouveau-né, Rousseau formule ainsi les quatre impératifs qui doivent régir les rapports du précepteur à l'enfant : lui laisser le libre usage de ses forces, l'aider dans ses manques, restreindre le secours à l'utile et examiner la source de ses désirs. Dans cette conception, le précepteur aide l'enfant à atteindre sa conscience morale après avoir franchi les étapes des sensations, de la « raison sensitive » et de la « raison intellectuelle ».

Le passage à l'état moral que signe chez le jeune enfant l'apparition du langage et de la mémoire ne saurait faire de lui un être de raison. Essentiellement guidée par les passions, le moment présent et la dépendance à l'égard des choses, sa conduite appelle sa protection contre les vices extérieurs et sa réglementation par l'exemple et la contrainte autoritaire.

Le livre III porte sur « l'âge de la force », caractérisé par un excès de forces qui exige leur emploi dans des activités et des savoirs pratiques. À l'utilité tirée de l'apprentissage, de l'exercice d'un métier manuel et de la connaissance intellectuelle des choses, s'ajouteront les bienfaits moraux d'une formation développant le sens de la prévoyance, de l'indépendance, de l'égalité et de la modestie.

Avec « l'âge de raison et des passions », objet du livre IV, vient le temps, pour l'adolescent, de « l'étude de son être moral par ses rapports avec les autres ». Son éveil sexuel engendre une sensibilité nouvelle qui impulse l'ouverture à l'humanité à travers l'expérience de l'amitié, la piété et la gratitude. Cette seconde naissance est exempte d'esprit d'inégalité et d'orgueil tandis que son inclination spontanée à la paix et au bonheur de tous prépare le lit de la justice et du droit. Mais seule la foi, inscrite au cœur de la nature humaine, parvient à concilier l'antagonisme de la raison et de la pitié, et à élever l'homme à la société selon les termes de sa bonté originelle. Après[...]

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Écrit par

  • : docteur en sociologie, D.E.A. de philosophie, maître de conférences à l'université de Paris V-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Émile, J.-J. Rousseau - crédits : AKG-images

Émile, J.-J. Rousseau

Autres références

  • DEVOIR (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 2 244 mots
    Au xviiie siècle, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), dans la « Profession de foi du vicaire savoyard » (au livre IV de son Émile, 1762), a exprimé la puissance de cette voix et la fierté que nous devons ressentir à l’idée d’en avoir le privilège : « Conscience, conscience ! Instinct divin,...
  • ÉMOTION (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 349 mots
    ...guident. Cette conviction, défendue dans le Discours par le philosophe, apparaîtra plus nettement encore dans ses derniers écrits, en particulier dans Émile ou de l’Éducation (1762) : « Nous naissons sensibles [...] Sitôt que nous avons pour ainsi dire la conscience de nos sensations, nous sommes...
  • AUTRUI (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 534 mots
    Rousseau développera plus tard dans Émile, ou de l’éducation (1762) des réflexions apparemment très différentes à propos de la « pitié », mais il ne faut y voir aucune contradiction, car ces chapitres concernent cette fois l’homme en société. Dès le Discours sur l’origine et les fondements...
  • NATURE / CULTURE (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 2 454 mots

    « L’homme du monde est tout entier dans son masque. N’étant presque jamais en lui-même, il y est toujours étranger, et mal à son aise quand il est forcé d’y entrer. Ce qu’il est n’est rien, ce qu’il paraît est tout pour lui. » Cette affirmation, que l’on peut lire au livre IV d’...

Voir aussi