ORIENT ÉGLISES CHRÉTIENNES D'

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Le clivage chalcédonien

Ainsi, à partir du milieu du vie siècle, les Églises orientales se répartissent en deux grands ensembles complexes : d'une part, les Églises dites préchalcédoniennes ou non-chalcédoniennes, ou encore, et de préférence, orientales anciennes ; d'autre part, les Églises chalcédoniennes. Les premières sont elles-mêmes divisées en deux groupes : l'Église nestorienne et les Églises monophysites. L'Église nestorienne (aujourd'hui officiellement dénommée Église apostolique d'Orient) s'est organisée et développée à partir de 410 au sein de l'Empire perse sassanide, puis, après la conquête arabe, dans le cadre des régions orientales du califat de Bagdad. Elle entend s'en tenir à la seule Confession de foi de Nicée-Constantinople et récuse les décisions ultérieures, notamment le titre de Mère de Dieu (Théotokos) pour désigner la mère du Christ. Les Églises monophysites comprennent celles d'Égypte (copte), d'Arménie (Église apostolique grégorienne), de Syrie (jacobite) – avec les communautés chrétiennes de l'Inde du Sud qui se sont unies à celle-ci depuis le milieu du xviie siècle – et l'Église d'Éthiopie, étroitement liée, depuis les origines jusqu'au milieu du xxe siècle, à l'Église copte. Ces Églises récusent les formulations christologiques de Chalcédoine, promulguées comme seules orthodoxes par la législation impériale byzantine.

Les Églises chalcédoniennes se qualifient elles-mêmes comme étant l'expression de l'« orthodoxie » chrétienne. Elles regroupent – outre les Églises de Chypre et de Géorgie, l'archevêché du Sinaï, le patriarcat de Constantinople et l'Église russe – une fraction (très minoritaire) du patriarcat d'Alexandrie, la majeure partie du patriarcat d'Antioche et le patriarcat de Jérusalem. Après la conquête de leurs territoires par les Arabes islamisés, ces Églises furent souvent dénommées melkites (impériales) en raison de leur adhésion aux positions doctrinales des Églises de l'Empire byzantin et du patriarcat de Constantinople, dont elles adoptèrent progressivement les déterminations disciplinaires et surtout liturgiques.

L'Église de Chypre est indépendante depuis 486 avec le titre d'Église apostolique de saint Barnabé. L'Église de Géorgie a fait reconnaître son indépendance par rapport au patriarcat d'Antioche (vie-viie siècle) sous la responsabilité d'un patriarche-catholicos. L'archevêque du Sinaï, qui demeure cependant dans la mouvance du patriarcat de Jérusalem, fait aussi partie des Églises chalcédoniennes. Parmi celles-ci, il faut ranger avant tout le patriarcat de Constantinople, qui porte le titre d'« œcuménique » et s'est fait attribuer le second rang après celui de Rome par le concile de Chalcédoine (canon 28, longtemps contesté par Rome). Se considérant comme responsable de tous les orthodoxes vivant dans les « pays barbares » (non grecs), il se trouva engagé dans les vicissitudes de l'Empire byzantin. Le prestige de ce dernier entraîne dans la mouvance de Constantinople une grande partie des peuples slaves : d'abord, dès la seconde moitié du ixe siècle (864), le royaume fondé dans les Balkans et la Thrace par les Bulgares, puis, vers la fin du xiie siècle, le nouveau royaume de Serbie. L'un et l'autre tentèrent, au gré des contingences historiques, de se constituer en patriarcats indépendants : en Bulgarie, après l'éphémère patriarcat d'Ochrida, celui de Tirnovo (1204-1393) ; en Serbie, celui de Pečs (1346-1459). L'intégration de ces pays dans l'Empire ottoman mit fin pour plusieurs siècles à ces initiatives, qui allaient resurgir lorsque les États en question eurent recouvré leur indépendance : le patriarcat de Serbie en 1920, le patriarcat de Bulgarie (exarchat depuis 1870) en 1953, reconnu par Constantinople en 1961.

Sur la rive gauche du bas Danube, dans l'ancienne Dacie, des principautés dites valaques puis roumaines s'étaient constituées au cours des xiiie et xive siècles. Elles demeurèrent longtemps dans le cadre du patriarcat de Constantinople, mais en employant le slavon jusqu'au xviiie siècle avant de le remplacer par la langue nationale roumaine. Après la Première Guerre mondiale et l'unification de l'État par l'intégration de la Transylvanie jusqu'alors hongroise, un patriarcat national roumain fut créé à Bucarest en 1925 ; c'était là une innovation. En effet, après avoir recouvré son indépendance, la Grèce avait établi une Église nationale qui échappait à la juridiction du patriarche de Constantinople institué dans ses fonctions par un firman de la Sublime Porte. Mais cette Église avait adopté la forme synodale, sous la présidence de l'archevêque d'Athènes. Après l'intégration à l'État grec d'une partie de la Macédoine, du Dodécanèse et de la Crête, ces régions demeurèrent – du moins en principe – dans le cadre du patriarcat de Constantinople. Cependant, celui-ci confia les diocèses de Macédoine à la sollicitude du Saint-Synode de Grèce, et l'Église de Crète, en tant qu'Église apostolique de saint Tite, jouit d'une entière autonomie. En conséquence, la juridiction immédiate du patriarcat de Constantinople ne s'exerce plus – en dehors des fidèles qui résident sur le territoire de la Turquie – que sur les îles du Dodécanèse. Mais cette haute juridiction est aussi traditionnellement reconnue par l'ensemble de la diaspora grecque, notamment aux États-Unis, ainsi que par quelques diocèses orthodoxes, tel l'archevêché d'Europe occidentale, qui est d'origine russe.

Au terme de ces démembrements, le patriarcat œcuménique de Constantinople, qui comptait au début du xe siècle six cent vingt-quatre sièges épiscopaux – et encore vingt-sept métropoles à la veille de la Première Guerre mondiale –, n'en a plus que huit en dehors de ceux qui ont été créés dans la diaspora.

Quant à l'Église russe, née du baptême du grand-prince Vladimir de Kiev (988) au sein de la « Rouss » slave du Dniepre, puis dans les jeunes principautés de la Russie centrale (Souzdal, Vladimir, Moscou), elle manifesta dès ses origines, bien qu'elle soit demeurée jusqu'en 1448 dans le cadre du patriarcat de Constantinople, des traits spécifiques qui lui donnent une situation à part. Le métropolite de Kiev a rang d'« archevêque majeur » et dispose, qu'il soit grec ou slave, d'une large autonomie. Après le sac de Kiev par les Mongols (1238), il s'établira en Russie centrale, d'abord à Souzdal, puis à Vladimir, enfin à Moscou (1328), tout en gardant [...]

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400 à 500. Royaumes barbares

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Orientaux catholiques : répartition

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Irénée-Henri DALMAIS, Hervé LEGRAND, « ORIENT ÉGLISES CHRÉTIENNES D' », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eglises-chretiennes-d-orient/