ARRANGEMENT, musique

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L'arrangement et la liberté à l'égard de l'œuvre originale

À l'époque romantique, époque où l'interprétation fut considérée comme un acte de création, on vit apparaître des arrangements qui étaient de véritables re-créations libres d'autres œuvres, l'arrangement étant tenu pour une extrapolation de l'interprétation. Quelquefois, ces arrangements concernaient des œuvres à peine achevées (sur le plan de la composition musicale), des thèmes célèbres ou des motifs populaires. Il faut citer, dans cet ordre d'idées, la célèbre Marche de Rakoczi, dite aussi Marche hongroise, et dont nous connaissons au moins deux exemples d'arrangements célèbres et fort différents : le premier par Berlioz, sous le titre de Marche hongroise dans son oratorio La Damnation de Faust, le second par Liszt dans sa Quinzième Rhapsodie pour piano. D'autres fois, les arrangements s'adressaient à des œuvres que nous estimons classiques mais qui, au moment considéré, étaient inconnues du public. L'arrangement avait donc pour but de les vulgariser en les rendant aptes à figurer au répertoire des grands virtuoses. C'est ainsi que des œuvres pour orgue de J.-S. Bach furent transcrites et arrangées pour le piano par Liszt, Tausig, d'Albert ou Reger, et, plus près de nous, par Busoni.

Toujours à l'époque romantique, une forme particulière d'arrangements connut une vogue immense. Elle consistait à transcrire, à l'usage des virtuoses, les pages qui étaient alors célèbres ou seulement admirées par lesdits virtuoses, pour en faire des morceaux de concert. Mais cette transcription, extrêmement libre, comportait des parties ajoutées, soit sous forme de variations, soit sous forme de développements. Paganini transcrivit ainsi pour le violon seul une grande quantité de musique. Liszt fit de même pour le piano et l'on connaît même, de lui, un arrangement sur le « Chœur des fileuses » extrait du Vaisseau fantôme de Wagner. Même Chopin, dont la discrétion était extrême, a sacrifié à cette mode en écrivant sa Fantaisie op. 2 pour piano et orchestre sur Don Giovanni de Mozart (air « La ci darem la mano »).

Puisque nous venons de citer Chopin, constatons maintenant qu'il fut la principale victime d'un autre type d'arrangements, que nous appellerons « arrangements vulgaires ». Il s'agit là, non seulement de mettre au goût du jour, mais de faire connaître, au besoin en la rendant propre à des usages étrangers à sa destination originale, une œuvre quelconque. L'Étude op. 10 no 3 devait particulièrement souffrir de ce destin et être, par voie de conséquence, connue du grand public sous le nom de Tristesse de Chopin. L'arrangement, dans ce cas, devient un véritable massacre, car les trois quarts de l'œuvre originale disparaissent au profit de la mélodie qui n'en constitue que le début et qui, elle-même, est outrageusement simplifiée. Il y eut ainsi de multiples versions de Tristesse, pour chant (avec adjonction de paroles), pour violon, violoncelle, saxophone et même – l'arrangeur ayant totalement oublié la version originale – pour piano. Un grand nombre d'œuvres, généralement avec moins de malchance que Tristesse, connurent les mêmes mésaventures. Citons, au hasard, le Nocturne de Liszt connu sous le nom de Rêve d'amour (Liebestraum), l'Hymne à la joie extrait de la Neuvième Symphonie de Beethoven, une Sonate en ut majeur de Mozart, Dans les steppes de l'Asie centrale de Borodine, le troisième mouvement de la Troisième Symphonie de Brahms, etc. Un des points communs à tous ces arrangements est la volonté, de la part de l'arrangeur, de simplifier à l'extrême, en supprimant au besoin des parties importantes de l'œuvre originale, et en abâtardissant à la fois le support harmonique et l'instrumentation. C'est à la suite de procédés de ce genre que le mot arrangement a pris un sens péjoratif.

Mais, dans le cas d'arrangements qui, au contraire, rendent hommage ou enrichissent l'œuvre en question, on préfère parler de transcription. Indépendamment des transcriptions que nous avons citées au cours de cet article, nous pouvons rappeler les suivantes : Concerto pour 4 violons de Vivaldi, transcrit par Bach pour 4 clavecins ; la « Sinfonia » de la Cantate no 29 de Bach, transcrite par lui-même pour violon et pour orgue, ainsi que celle de la Cantate no  [...]

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Écrit par :

  • : professeur de composition au Conservatoire national supérieur de musique de Paris

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Pour citer l’article

Michel PHILIPPOT, « ARRANGEMENT, musique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arrangement-musique/