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ANALOGIE

La notion d'analogie a connu une telle fortune qu'il semble presque impossible de lui conférer une définition dépourvue d'équivoque. Son usage premier, en mathématique pythagoricienne, ne présageait aucun glissement : elle était la formule ramenant des termes inégaux proportionnellement comparés à une identité de rapport (a/b = c/d). Pourtant, cette capacité à produire l'unité au travers de la pluralité en inscrivant des éléments isolés dans une continuité logique explique son extension aux autres champs de connaissance, ainsi que les déconvenues d'une pensée de la comparaison développée au-delà de toute raison à l'heure de la critique kantienne et des sciences expérimentales. Les deux études qui suivent se situent respectivement en amont et en aval de cette crise. Mais elles n'épuisent pas une notion où travaille cette fonction intime de langage qui ne peut s'empêcher de créer lors même qu'elle prétend seulement redire les choses rationnellement.

La tradition antique et médiévale

L'histoire du concept philosophique d'analogie, dont la théorie de l'« analogie de l'être » est un moment essentiel mais non exclusif, peut être aujourd'hui retracée indépendamment des deux modèles de description qui ont longtemps prévalu dans la tradition historiographique de l'«  aristotélisme médiéval » : l'interprétation strictement « aristotélicienne » et l'interprétation « aristotélico- thomiste ». Cette révision critique est fondée sur deux thèses : la théorie de l'analogie de l'être n'est pas une théorie originairement aristotélicienne, c'est une création des commentateurs d'Aristote, sa variété dominante, la théorie dite « aristotélico-thomiste » de l'analogie, étant, quant à elle, une création de la néo- scolastique et du néo-tomisme ; si le concept d'analogie a essentiellement joué son rôle philosophique dans le cadre de la problématique de l'unité du sujet de la métaphysique, d'autres problématiques de l'analogie ont été développées au Moyen Âge, tantôt dans un cadre strictement sémantique, tantôt dans une perspective rigoureusement théologique.

La formulation médiévale du concept d'analogie de l'être est un phénomène tardif qui a été préparé par une longue suite de médiations et de transferts. Son point de départ est la théorie porphyrienne de l'homonymie transmise par Boèce et les Decem Categoriae du pseudo-Augustin (Paraphrasis Themistiana). Sa construction effective, qui a pris plusieurs siècles, s'est déroulée en deux grandes étapes : l'utilisation sous le nom d'analoga d'un nouveau type de termes (emprunté à Avicenne et à al-Ghazālī), les convenientia ou ambigua, dans le rôle d'intermédiaire entre « synonymes » et « homonymes » stricts imparfaitement tenu jusqu'alors par les « paronymes » d'Aristote ; l'interprétation de cette relation de « convenance » dans le sens d'une « analogie d'attribution extrinsèque » forgée à partir d'éléments empruntés à la lecture averroïste du livre IV de la Métaphysique d'Aristote.

Une fois connue la thèse averroïste du « non-être de l'accident », cette théorie a été l'occasion d'un affrontement particulier entre partisans et adversaires de la critique thomiste de la position averroïste. Dans le cours de cette discussion, typique de la fin du xiiie siècle et du début du xive, on a opéré un retour indirect, par le biais du commentaire sur les Catégories de Simplicius, aux formulations porphyriennes originales, mais transposées et retraduites dans les termes de la nouvelle problématique. La théorie de l'analogie de l'être est donc un produit de l'exégèse philosophique médiévale, fondé sur une suite de[...]

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Écrit par

  • : chef du groupe de biologie théorique au Commissariat à l'énergie atomique, responsable de l'école de biologie théorique du C.N.R.S.
  • : agrégé de philosophie, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses), chaire histoire des théologies chrétiennes dans l'Occident médiéval
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ALCHIMIE

    • Écrit par René ALLEAU, Universalis
    • 13 642 mots
    • 2 médias
    ...leurs méthodes, leurs critères, leurs moyens et leurs buts, ne présentent aucun rapport avec les sciences modernes. Un savoir fondé sur le principe d' analogiene peut jamais être confondu avec des systèmes scientifiques dont toute la cohérence logique repose, en dernière analyse, sur le principe d'...
  • ARISTOTE

    • Écrit par Pierre AUBENQUE
    • 23 786 mots
    • 2 médias
    ...participant à l'être, à proportion de sa perfection. Une telle doctrine n'est pas aristotélicienne. Aristote connaît, certes, la notion d' analogie, qui désigne chez lui ce que nous nommons proportion : l'égalité de deux rapports. Mais il n'applique pas cette notion à l'élucidation des rapports...
  • ARISTOTÉLISME MÉDIÉVAL

    • Écrit par Alain de LIBERA
    • 4 951 mots
    • 1 média
    ...déforment où l'altèrent. C'est le cas, notamment, de la réduction de la problématique de la multiplicité des sens de l'être à la doctrine dite de l'«  analogie ». Lointainement préparée par les analyses de Boèce sur l'homonymie et la synonymie, puis directement issue de l'interprétation averroïste du...
  • CAJÉTAN TOMMASO DE VIO dit (1469-1534)

    • Écrit par Bruno PINCHARD
    • 1 235 mots

    Le plus grand théologien catholique de la Renaissance, Tommaso de Vio, était né à Gaète (d'où le nom qu'on lui donna — Il Caietano), dans une famille noble. Il entra chez les dominicains à Naples en 1484, dans ce même couvent où furent admis, avant lui, Thomas d'Aquin...

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Voir aussi