TOSCANE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Comment la patrie de Michel-Ange devint le « salon de l'Europe »

Michel-Ange, qui débuta peut-être comme apprenti lors de la décoration par Ghirlandaio du chœur de Sainte-Marie-Nouvelle, comme Léonard, formé, avec Lorenzo di Credi (vers 1460-1537 ?), dans l'atelier de Verrochio, sont issus de la grande tradition renaissante. Ils lui apportent, aux alentours de 1500, un renouvellement complet. Florence sert symboliquement de champ clos à leur lutte. Dans la salle du conseil du Palazzo Vecchio, on pouvait voir le choc de cavalerie choisi par Vinci pour représenter la Bataille d'Anghiari ; pour le mur d'en face, Michel-Ange se vit confier la Bataille de Cascina. Les deux œuvres, l'esquisse inachevée de Léonard, le « carton » de Michel-Ange, qui apprirent tant à la génération maniériste, disparurent dès le xvie siècle. Aujourd'hui, si l'on ne peut admirer à Florence que de rares œuvres de Léonard, L'Annonciation (vers 1475), L'Adoration des Mages, commande pour San Donato à Scopeto, laissée inachevée – Toscan de souche, il trace dans ses carnets des paysages que l'on a rapprochés de ceux des environs de Vinci, près d'Empoli –, en revanche, la marque de Michel-Ange s'y rencontre partout : architecture, avec l'escalier de la bibliothèque Laurentienne, peinture, avec le Tondo Doni des Offices, sculpture, avec les reliefs de la Casa Buonarroti, le David de 1503-1505 ou les tombeaux inachevés de Julien de Médicis, duc de Nemours, et de Laurent, duc d'Urbin. Encadrant les statues des deux princes, dans une architecture qui constitue le pendant, à Saint-Laurent – la paroisse des Médicis –, de la sacristie de Brunelleschi, les allégories de la Nuit et du Jour, de l'Aurore et du Crépuscule restent les chefs-d'œuvre du second séjour florentin du maître revenu de Rome. Sous la chapelle, une trappe conduit à une cave qui lui a peut-être servi d'atelier : les murs et la voûte sont couverts de dessins où l'on reconnaît une tête du Laocoon, la silhouette du David-Apollon et quelques réminiscences du plafond de la Sixtine. Les funérailles de Michel-Ange, grand homme florentin par excellence, à Santa Croce en 1564, donnèrent lieu à une cérémonie « nationale » toscane dédiée à l'universalité dans les arts, occasion d'une célèbre controverse alimentée par Cellini, sur le thème du paragone : quel art, de la sculpture ou de la peinture, l'emporte sur les autres ? À Florence, depuis les discussions sur l'édification du Dôme ou les portes du Baptistère, ce type de débat soulève les passions.

Vestibule de la bibliothèque Laurentienne, Florence

Photographie : Vestibule de la bibliothèque Laurentienne, Florence

Bibliothèque Laurentienne, Florence. Vestibule. Architecte : Michel-Ange. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

Le jeune Raphaël Sanzio (1483-1520), élève de Pérugin, à Florence en 1504, sous le gouvernement républicain du gonfalonier Pier Soderini (1494-1509), fut influencé à la fois par Léonard, notamment dans la Madone du grand-duc, et par le pathétique de Michel-Ange. Après son départ pour Rome, un courant classique se perpétue avec Fra Bartolomeo (1475-1517) et Andrea del Sarto (1486-1530), courant qui constitua, au xviiie siècle et encore pour Stendhal, la page la plus admirée de l'art florentin. Le maniérisme florentin, héritier paradoxal de Michel-Ange, dans sa terribilità, autant que de la grâce, la venustas, de Vinci, donna naissance à des œuvres d'inspirations très diverses. La Déposition de Croix et l'ensemble décoratif de Pontormo (1494-1556) à Santa Felicita (1526-1528) jouent sur le chromatisme et la « ligne serpentine » ; l'art du portrait, avec les commandes officielles confiées à Bronzino (1503-1572) – comme celui d'Éléonore de Tolède femme du grand-duc Côme Ier –, atteint à une irréelle impassibilité. À Sienne, Domenico Beccafumi (vers 1486-1551) prouve, par sa peinture et sa sculpture, que Florence n'étouffe pas tous les autres centres artistiques. Le mouvement se développe dans un but d'abord politique : les Médicis du xvie siècle, ces descendants de marchands qui donnent à l'Église les papes Léon X (1513-1521) et Clément VII (1523-1534) ainsi que deux reines à la France, élaborent une stratégie de prestige fondée sur le renom artistique du grand-duché dont témoigne la fastueuse « chapelle des Princes » à Saint-Laurent (commencée en 1604), nécropole de la famille, aux murs revêtus de marbres et de pierres dures – artisanat décoratif, produit de l'Opificio delle pietre dure, aussi typiquement florentin que la marqueterie de bois à la première Renaissance. Les armoiries des cités toscanes, devenues définitivement sujettes et provinciales, y alternent avec les tombeaux.

La Déposition de Croix, J. Pontormo

Photographie : La Déposition de Croix, J. Pontormo

Jacopo Pontormo, La Déposition de Croix, 1526-1528. Huile sur bois, 313 cm × 192 cm. Santa Felicità, Florence, Italie. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

Les Médicis, à partir de Côme Ier (1519-1574) qui porte le titre de grand-duc de Toscane, prétendent faire de la ville une capitale européenne. Le palais Pitti, dont Ammannati (1511-1592), après 1560, édifie la cour intérieure, sert de résidence à la famille souveraine. Vasari relie l'édifice au Palazzo Vecchio par un corridor qui permet au prince de passer d'une rive à l'autre de l'Arno, du palais de plaisance, ouvrant, par les jardins Boboli, sur la campagne, au centre administratif de l'État – « les Offices ». Orné de toiles, ce passage devint la première « galerie ». À une extrémité, c'est la nouvelle ville de Florence, le palais de la Seigneurie redécoré pour servir la gloire de la dynastie, la Fontaine de Neptune d'Ammannati (entreprise en 1565), l'Enlèvement des Sabines de Jean Bologne (1583) et sa statue équestre du duc Côme (1594). À l'autre, vers la campagne, la route s'ouvre en direction de ces villas, lieux d'urbanité hors de la cité, si prisées dans toute la région, notamment aux environs de Lucques. Les mêmes artistes travaillent sur la place publique et pour ces demeures préservées – Buontalenti par exemple, ou Pontormo qui décore à fresque, dans les années 1520, la villa de Poggio a Caiano et la chartreuse de Galluzzo. La Toscane se couvre de ces habitations de plaisance saisonnières qui transforment le paysage.

Fontaine de Neptune, B. Ammannati

Photographie : Fontaine de Neptune, B. Ammannati

Bartolomeo Ammannati, la Fontaine de Neptune, place de la Seigneurie à Florence. 1563-1575. 

Crédits : CSP_v0v/ Fotosearch LBRF/ Age Fotostock

Afficher

L'Enlèvement des Sabines, J. Bologne

Photographie : L'Enlèvement des Sabines, J. Bologne

L'Enlèvement des Sabines, groupe en marbre de Jean Bologne (Giambologna, 1529-1608). Logia dei Lanzi, à Florence, Italie. 

Crédits : Bridgeman Images

Afficher

La concurrence ne vient plus alors des autres cités toscanes, mais plutôt de centres comme Rome, Milan, Venise ou la cour de France, vers lesquels partent les artistes. D'un point de vue économique, la capitale des grands-ducs, où l'on ne bâtit plus guère et qui ne déborde pas de la vieille troisième enceinte, entre Belvédère et Fortezza da Basso, connaît une incontestable récession. La vie artistique pourtant, nourrie des exemples du passé, passionne encore les esprits. Après avoir servi de modèle, Florence subit l'influence d'artistes « étrangers » de la péninsule. Déjà, à travers les œuvres du Pisan Orazio Gentileschi (1563-1639) et les Judith violentes qu'aimait peindre [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Italie : carte administrative

Italie : carte administrative
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Paysage rural de Toscane

Paysage rural de Toscane
Crédits : Frank Bienewald/ LightRocket/ Getty Images

photographie

Chaire de la cathédrale de Pise, G. Pisano

Chaire de la cathédrale de Pise, G. Pisano
Crédits : G. Nimatallah/ De Agostini/ Getty Images

photographie

Sienne : le centre

Sienne : le centre
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 25 médias de l'article


Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, ancien élève de l'École normale supérieure, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : professeur émérite

Classification

Autres références

«  TOSCANE  » est également traité dans :

ACADÉMIES

  • Écrit par 
  • Nathalie HEINICH
  •  • 5 955 mots

Dans le chapitre « L'expansion européenne de la Renaissance »  : […] Avant de se trouver officialisées par une protection princière ou royale, les académies de la Renaissance ne furent à l'origine que des cercles privés ou, selon l'expression de N. Pevsner, des « regroupements informels d'humanistes ». La première à avoir été ainsi recensée fut l'Accademia platonica de Marsile Ficin et Pic de la Mirandole, fondée à Florence en 1462 sous le règne de Laurent le Magn […] Lire la suite

ALBERTI LEON BATTISTA (1404-1472)

  • Écrit par 
  • Frédérique LEMERLE
  •  • 3 108 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Une figure de la Renaissance italienne »  : […] Le destin de ce Toscan de souche l'amena à connaître une bonne partie de l'Italie. Second fils naturel de Lorenzo di Benedetto Alberti, patricien de Florence, et de Biancha Fieschi, Leon Battista est né le 14 février 1404 à Gênes, en Ligurie, où son père s'était réfugié après un décret de proscription rendu contre sa famille. Le jeune homme étudia dans le nord de l'Italie, à Venise, à Padoue puis […] Lire la suite

ALINARI LES

  • Écrit par 
  • Elvire PEREGO
  •  • 1 435 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La création du studio Alinari »  : […] Le studio Fratelli Alinari, fotografi editore , prit son essor grâce à l'association artistique et commerciale de trois frères : Leopoldo (1832-1865), le photographe – qui s'était initié à la photographie auprès du célèbre graveur Bardi –, Giuseppe (1836-1892), l'homme d'affaires, et Romualdo (1830-1891), le gestionnaire. Ils se firent immédiatement un nom grâce à la qualité de leur reproduction […] Lire la suite

AMMANNATI BARTOLOMEO (1511-1592)

  • Écrit par 
  • Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE
  •  • 318 mots
  •  • 3 médias

Après avoir été l'élève du sculpteur Baccio Bandinelli à Florence, Ammannati rejoint Jacopo Sansovino à Venise ; entre 1537 et 1540, il travaille avec lui à la Libreria Vecchia (reliefs de l'attique). Puis il part pour Padoue, où il sculpte notamment une statue colossale d' Hercule (1544), un portail avec Apollon et Jupiter et le mausolée de B. Benavides aux Eremitani (1546). Il se rend ensuit […] Lire la suite

ANDREA DEL CASTAGNO (1390 ou 1406 ou 1421-1457)

  • Écrit par 
  • Philippe LEVANTAL
  •  • 744 mots
  •  • 3 médias

Au début du Quattrocento, divers peintres florentins élaborent un style qui brise avec ce que le Trecento, dominé par Giotto, comportait encore d'empreinte gothique. La conquête, par Masaccio, d'un espace cohérent ouvre la voie à Uccello, à Andrea del Castagno, qui, de manière fort différente, vont accorder la primauté au dessin, au volume monumental, au contour dramatique, aux effets de perspecti […] Lire la suite

ANDREA DEL SARTO (1486-1531)

  • Écrit par 
  • Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE
  •  • 535 mots
  •  • 1 média

Vasari raconte que le jeune Andrea del Sarto, au temps de son apprentissage chez Piero di Cosimo, passait tous ses instants de liberté dans la « Salle du pape » à Sainte-Marie-Nouvelle, où étaient exposés le carton de Michel-Ange pour La Bataille de Cascine et celui de Léonard pour La Bataille d'Anghiari . L'anecdote est d'autant plus plausible que l'art d'Andrea del Sarto resta constamment impré […] Lire la suite

APENNIN

  • Écrit par 
  • Jean AUBOUIN, 
  • Jean DEMANGEOT
  •  • 2 775 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Géologie »  : […] Il faut séparer de l'Apennin la zone de flyschs et de calcaires de la Lucanie, ou Basilicate, et le massif cristallin de Calabre (l'ensemble se rattachant par la Sicile aux structures de l'Afrique du Nord), ainsi que les grandes masses calcaires des Pouilles et du Monte Gargano, qui représentent l'avant-pays commun à l'Apennin et aux Dinarides ( zone d'Apulie ). Les montagnes de Campanie et des […] Lire la suite

ARCHITECTURE (Thèmes généraux) - Architecture et société

  • Écrit par 
  • Antoine PICON
  •  • 5 774 mots

Dans le chapitre « Le projet humaniste »  : […] L'architecture de la Renaissance italienne s'accompagne dès le départ d'une réflexion politique et sociale. La coupole de la cathédrale de Florence conçue par Brunelleschi veut magnifier le pouvoir de la cité ainsi que l'excellence de ses institutions. Celles-ci sont aux mains d'une oligarchie patricienne imprégnée par les conceptions humanistes, une oligarchie qui veut faire de sa ville une « no […] Lire la suite

BERENSON BERNARD (1865-1959)

  • Écrit par 
  • Henri PERETZ
  •  • 2 410 mots

Dans le chapitre « La critique d'attribution »  : […] Berenson hésitait à se classer parmi les experts, les historiens de l'art, les critiques, les philosophes ou les collectionneurs. Ses activités et ses œuvres relèvent de tous ces domaines, mais c'est sans doute l'attribution des œuvres italiennes du xiv e  au xvi e  siècle qui l'occupa le plus. Parus en 1903, les Dessins des peintres florentins, classés, critiqués et étudiés comme documents pour […] Lire la suite

BIOGRAPHIES D'ARTISTES

  • Écrit par 
  • Martine VASSELIN
  •  • 2 398 mots

La vie d'artiste est un genre littéraire d'une grande ancienneté, abondamment illustré depuis la Renaissance. On en fait remonter l'origine aux commentateurs de Dante qui ont élucidé et développé la mention lapidaire des noms de Cimabue et de Giotto insérée dans la Divine Comédie . C'est à Florence, en effet, qu'apparaissent chez les chroniqueurs, dès le début du xv e  siècle, les premières notice […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

11 février 2015 Italie. Condamnation du commandant du « Costa-Concordia ».

Toscane) condamne à seize ans de prison Francesco Schettino, l'ancien commandant du paquebot de croisière Costa-Concordia qui s'était échoué sur l'île du Giglio, en janvier 2012, causant la mort de trente-deux personnes. Il est reconnu responsable du naufrage et coupable d'abandon de navire et d'homicides involontaires.  […] Lire la suite

13-18 janvier 2012 Italie. Naufrage du « Costa-Concordia » au large de la Toscane

toscane, et s'échoue. La plupart des quelque quatre mille deux cents personnes présentes à son bord sont évacuées. Toutefois, le naufrage fait trente morts, et deux personnes sont portées disparues. La compagnie de croisières italienne Costa, qui affrétait le navire, appartient au croisiériste américain Carnival. Le 14, le capitaine Francesco Schettino […] Lire la suite

Pour citer l’article

Adrien GOETZ, Michel ROUX, « TOSCANE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/toscane/