ALINARI LES

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La révolution du regard et de l'imaginaire engendrée au xixe siècle par l'invention de la photographie, trouve une illustration éclatante dans l'aventure de la dynastie Alinari.

Fondé entre 1852 et 1954, à Florence, l'atelier Alinari constitue un trésor que les historiens de l'art connaissent bien et auquel d'aucuns, parmi les plus grands, apportèrent leur collaboration : John Ruskin, Bernard Berenson (qui incita à photographier pour la première fois, en 1881, les fresques de Piero della Francesca, à Arezzo), Jacob Burckhardt, Adolfo et Lionello Venturi, Heinrich Wölfflin...

La création du studio Alinari

Le studio Fratelli Alinari, fotografi editore, prit son essor grâce à l'association artistique et commerciale de trois frères : Leopoldo (1832-1865), le photographe – qui s'était initié à la photographie auprès du célèbre graveur Bardi –, Giuseppe (1836-1892), l'homme d'affaires, et Romualdo (1830-1891), le gestionnaire. Ils se firent immédiatement un nom grâce à la qualité de leur reproduction d'œuvres d'art et à leurs vues d'architectures et de paysages italiens dont le critique Ernest Lacan du journal La Lumière rendit compte en 1856 : « Ce qui distingue surtout les œuvres de MM. Alinari, c'est le choix intelligent des effets de lumière, la pureté des lignes et une transparence dans les ombres. » C'est à cette époque que le studio obtint le privilège très rare de photographier les tableaux de la galerie des Offices.

Ruines du temple de Cérès (temple d'Athéna) à Paestum (Italie)

Photographie : Ruines du temple de Cérès (temple d'Athéna) à Paestum (Italie)

La façade et un long côté du temple en 1858. Photographie en noir et blanc. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Photographes officiels du gouvernement, lorsqu'en 1864 Florence devint provisoirement la capitale de l'Italie, ils portraiturèrent également Victor-Emmanuel II et les personnalités éminentes de la bonne société.

En 1865, à la mort de Leopoldo, son jeune fils Vittorio (1859-1932) prit la tête de l'entreprise familiale. À la fin de la décennie, le studio désormais célèbre dans toute l'Europe, s'installa via Nazionale, à Florence, dans un édifice (qui est encore aujourd'hui son siège) où les clients venaient poser sur une terrasse à la lumière du jour. Vers les années 1880, l'établissement comptait plus d'une centaine d'employés et le premier catalogue de vente publié par la maison répertoriait déjà plusieurs dizaines de milliers de photographies.

Dans un premier temps, l'image photographique se plie aux impératifs de l'inventaire dans une visée taxinomique, encyclopédique et didactique. Le recensement systématique du patrimoine artistique italien se double d'enquêtes topographiques, qui de Florence s'étendent à toute la Toscane, et bientôt à toute l'Italie. L'immense production photographique de l'atelier Alinari a ainsi renouvelé la perception et la représentation de la culture artistique et littéraire (Vittorio Alinari fait paraître, entre autres, en 1921 le recueil Paesaggi italici nella Divina Commedia, livre majeur illustrant les sites décrits par Dante), les sujets naturalistes, archéologiques et ethnographiques (scènes populaires, petits métiers...). L'Italie, exaltée depuis des siècles par les poètes et les artistes, devient un lieu de destination privilégié, un but de pèlerinage, un retour aux sources et aux humanités qui achèvent l'éducation de « l'honnête homme ». Le développement du tourisme, l'attrait pour la beauté des paysages et de la flore, pour les vestiges et les civilisations qui se sont succédé – villes ensevelies, arcs de triomphe, temples, amphithéâtres, églises, demeures et palais, collections de peintures, de sculptures, d'objets d'art... – ont joué un rôle décisif dont la photographie s'empare. L'expérience des grands voyageurs et des premiers ateliers photographiques des temps modernes alimente un faisceau de pratiques sociales et d'usages nouveaux : la documentation au service des peintres et des beaux-arts, la constitution personnelle d'albums de collection, l'impression ou le récit de voyage, les séries de vues stéréoscopiques, puis l'essor de la carte postale, image se doublant d'un espace de correspondance, lieu du lien et de l'échange.

Le fonds Alinari était diffusé à Paris par l'atelier Giraudon, qui fonda en 1875 sa « bibliothèque photographique », située alors près de l'École des beaux-arts. Giraudon et Alinari publiaient chaque année des catalogues à l'issue de leurs campagnes. En 1930, le fonds Alinari comprenait 70 000 clichés répertoriés, sous forme de grandes plaques négatives 30 × 40 et d'épreuves co [...]

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Ruines du temple de Cérès (temple d'Athéna) à Paestum (Italie)

Ruines du temple de Cérès (temple d'Athéna) à Paestum (Italie)
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Vue de Londres, R. Fenton

Vue de Londres, R. Fenton
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Écrit par :

  • : historienne de la photographie, département de la recherche bibliographique, Bibliothèque nationale de France

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Pour citer l’article

Elvire PEREGO, « ALINARI LES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-alinari/