TOSCANE

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La Florence de Laurent le Magnifique

La grande époque de Florence c'est, selon la tradition historiographique, celle de Laurent de Médicis (1449-1492). Maître « magnifique » d'une cité pacifiée, poète et politique, il se voue aux arts et aux études humanistes, formé par Cristoforo Landino, Marsile Ficin et Leon Battista Alberti (1404-1472). Ce dernier, principalement architecte, mais aussi humaniste complet, laissa des traités qui constituent une des sources principales pour comprendre cette génération de la « première Renaissance ». Les fêtes, aristocratiques et très populaires, soignées à l'extrême et auxquelles collaborent les meilleurs artistes, donnent naissance à un art quotidien et éphémère. Laurent, malgré sa légende, ne serait-il qu'une des plus brillantes illustrations d'un mouvement né vers 1420, redevable autant à son aïeul Côme l'Ancien, érudit et collectionneur, ami de Donatello, qu'aux rivaux politiques de celui-ci comme le richissime Palla Strozzi ?

Florence, où s'élèvent de nouveaux palais familiaux, règne sur la Toscane : Prato et Volterra révoltées sont définitivement assujetties, Pise se voyant confirmée dans sa prépondérance universitaire comme pour mieux lui ôter tout rôle politique. Paradoxalement, dans Florence, les Médicis n'ont pas le monopole du « mécénat » – André Chastel a bien montré que ce terme ne doit pas être entendu alors comme le patronage cohérent et programmé qu'exerça, par exemple, Louis XIV –, les grandes familles florentines, Tornabuoni, Rucellai ou Pitti, encouragent autant les artistes, sinon plus, que les Médicis. Sandro Botticelli (1445-1510), avec ses allégories du Printemps (1478) et de La Naissance de Vénus (vers 1484), sa complexe Calomnie d'Apelle (1495), demeure par excellence le peintre de la cour médicéenne, celle des palais de la via Larga ou de Careggi : il développa un art imprégné de philosophie néo-platonicienne, héritier de Masaccio par l'intermédiaire de Filippo Lippi – Botticelli, élève de ce dernier, prit ensuite dans son atelier son fils Filippino (1457 ? – 1504), exemple de ces « filiations » si courantes dans le cercle des artistes florentins.

Ces grands ateliers, lieux de technique et de culture savantes, qui fonctionnent comme des écoles d'art, tels ceux des frères Antonio (1431-1498) et Piero Pollaiuolo (1443-1496) ou plus encore d'Andrea Verrocchio (1435-1488), sont exemplaires de l'effervescence artistique de cette génération : ce dernier, orfèvre et sculpteur, dirige la bottega la plus importante de la ville, d'où sortent à la fois des objets de luxe commandés par les riches Florentins, casques, cuirasses, bustes, et des peintures – comme son Baptême du Christ auquel collabora le jeune Léonard.

Dame au bouquet, A. Verrocchio

Photographie : Dame au bouquet, A. Verrocchio

Andrea VERROCCHIO, Dame au bouquet, après 1475, marbre, h: 61 cm. Musée du Bargello, Florence, Italie. 

Crédits : Bridgeman Images

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C'est l'époque où, dans les contrats passés avec les commanditaires, on insiste plus sur la réputation, la valeur du maître, que sur le prix des matériaux qu'il emploie. La somme versée à Botticelli en 1485 pour un retable à Santo Spirito (aujourd'hui à Berlin) récompense essentiellement « son pinceau ». Le statut de l'artiste a changé : nul ne le considère plus, dans la Toscane de la fin du xve siècle, comme l'artisan qu'il était encore au début du siècle. Il affirme son originalité, son style, tout en continuant d'œuvrer sur commande : Vasari insiste, forçant le trait, sur le caractère fantasque d'Uccello (1397-1475), son obsession de la perspective, sensible dans le monument équestre à Giovanni Acuto peint en trompe-l'œil dans le Dôme en 1436, ou la scène du Déluge, dans le « cloître vert » de Sainte-Marie-Nouvelle (vers 1445). Le mystère de certaines toiles mythologiques de Piero di Cosimo (1462-1521), l'acuité du dessin qui caractérise les œuvres d'Andrea del Castagno (1423-1457), comme la Cène du Cenacolo di Sant'Apollonia, suffisent à faire d'eux des artistes fortement individualisés, immédiatement reconnaissables.

Boccace, A. del Castagno

Photographie : Boccace, A. del Castagno

Andrea del Castagno (1421-1457), Boccace, fresque. Galleria degli Uffizi, Florence, Italie. 

Crédits : Thekla Clark/ Summerfield Press/ Corbis/ Getty Images

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Cette Florence du Quattrocento n'est nulle part plus présente aujourd'hui que dans le cycle de fresques narratives peint par Domenico Ghirlandaio (1449-1494) et son atelier à Sainte-Marie-Nouvelle : costumes de cour, scènes d'intérieur, portraits. Les commanditaires aiment se montrer, peuplent les chapelles de mannequins de cire qui semblent prier à leur place, lèguent à la postérité l'image réaliste de leurs visages, comme celui de Philippe Strozzi sculpté par Benedetto da Maiano, ou la galerie de têtes figurant dans la cavalcade des mages de Gozzoli à la chapelle du palais Médicis-Ricardi. À la suite des Florentins qui pouvaient y reconnaître les Médicis ou Manuel II Paléologue, chaque visiteur semble invité à y retrouver des visages connus. Marcel Proust écrivait déjà avec ironie : « Il n'y avait pas selon Swann, dans ces cortèges, un seul Parisien de marque qui manquât. »

Pietro Mellini, B. da Maiano

Photographie : Pietro Mellini, B. da Maiano

Benedetto da MAIANO, Pietro Mellini, 1474, marbre, h: 53 cm. Musée du Bargello, Florence, Italie. 

Crédits : Bridgeman Images

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Chapelle du palais, Medici-Riccardi, Michelozzo di Bartolomeo

Photographie : Chapelle du palais, Medici-Riccardi, Michelozzo di Bartolomeo

Chapelle du palais Medici-Riccardi. Michelozzo di BARTOLOMMEO, architecte. Fresques de Benozzo GOZZOLI, 1459. Medici-Riccardi, Florence, Italie. 

Crédits : Bridgeman Images

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En 1492, alors que l'on découvre un continent auquel le géographe florentin Amerigo Vespucci (1454-1512) devait donner son nom, meurent Laurent le Magnifique et Piero della Francesca. Les bûchers des vanités instaurés par Savonarole, prieur du couvent de Saint-Marc qui domina la ville de 1494 à 1498, suspendent un instant l'ardeur créative – poussant l'esprit florentin dans la voie d'un mysticisme qui se manifeste dans les dernières compositions de Botticelli. Machiavel, secrétaire de la République, jugea sévèrement ce prophète illuminé ; l'historiographe Guichardin (1483-1540) le présenta au contraire comme une espèce de saint. Après l'épisode républicain, les Médicis s'imposent en 1512. Avec la nouvelle génération, celle de Michel-Ange et des maniéristes, Florence allait définitivement acquérir ce renom européen, qu'elle avait cherché dans le commerce et qu'elle dut finalement à la floraison artistique que celui-ci avait permis.

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Paysage rural de Toscane

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Chaire de la cathédrale de Pise, G. Pisano

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  • : agrégé de l'Université, ancien élève de l'École normale supérieure, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne
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Pour citer l’article

Adrien GOETZ, Michel ROUX, « TOSCANE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/toscane/