ROME ET EMPIRE ROMAINL'art romain

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La révolution esthétique du IIe siècle

Un art aulique

Beaucoup plus que l'avènement d'Auguste, la mort de Néron marque une coupure dans l'évolution de l'art romain. Les données sociologiques sur lesquelles la création avait été fondée depuis plus de deux siècles sont fondamentalement transformées. La nobilitas, qui avait inspiré et dirigé cette production, disparaît avec la dynastie qui, issue de son sein, avait largement contribué à la détruire ; le successeur de Néron après trois princes éphémères, Vespasien, sera un bourgeois non seulement d'extraction, mais d'esprit et il en aura l'apparence ; avec lui, le Sénat exsangue va se peupler d'autres représentants de la classe moyenne des petites villes d'Italie, et aussi de provinciaux, nés et élevés aussi dans des cités médiocres, où l'austérité et l'économie des vieux Romains restaient en honneur. Certes quelques magnats orientaux viennent aussi siéger dans la curie, apportant des vues plus larges, une sensibilité plus ouverte et une culture toute différente de celle des amis de César ou d'Auguste. Les princes ne se distinguent pas socialement de cette aristocratie nouvelle ; comme elle, ils se révéleront de bien meilleurs serviteurs de l'État et du bien public que la plupart de leurs nobles devanciers.

L'Empire en effet cesse définitivement d'être fondé sur l'exploitation des vaincus par les vainqueurs ; c'est maintenant une vaste fédération de petites cellules largement autonomes, les cités, dont les intérêts communs essentiels sont gérés par un prince absolu mais éclairé avec le concours d'une administration peu nombreuse, étonnamment active et compétente, et d'une armée elle aussi extraordinairement efficace. Pour la seule fois de son histoire, l'humanité méditerranéenne ne gaspille pas ses ressources en faisant la guerre. Les profits d'une économie qui reste essentiellement agricole sont mieux répartis entre les régions et entre les individus ; même le fossé qui séparait les esclaves des hommes libres tend à se combler. La culture, littéraire et artistique, apparaît comme l'expression la plus haute de cet ordre que l'on tient, tout naturellement, pour le reflet de celui qui régit l'univers, et dont on espère qu'il sera comme lui éternel ; elle demeure essentiellement un moyen de propagande, destiné à faire comprendre aux sujets les vertus de cette harmonie et à les persuader de sa puissance.

Cependant, cette réussite politique presque parfaite reste menacée ; à l'intérieur, elle n'est guère contestée pour le moment que par un seul peuple, celui des Juifs, qui refuse d'admettre qu'il ne soit pas chargé de cette mission providentielle que Rome s'est attribuée ; et le judaïsme a engendré une forme expansive et conquérante, le christianisme, qui conteste aussi radicalement l'ordre romain ; ses disciples, encore peu nombreux, paraissent assez redoutables pour que le pouvoir juge nécessaire de les anéantir quand ils se manifestent. À l'extérieur, d'autre part, les Barbares, les Germains surtout, sont avides de ces richesses qu'ils voient s'étaler de l'autre côté d'une frontière fortement défendue mais bien mince. Il y a là, pour les dirigeants les plus lucides, autant de sujets d'inquiétude, qui engendrent, chez beaucoup, la mélancolie.

La tâche de l'historien de l'art est rendue difficile par la richesse et la complexité de la matière qu'il doit étudier. Il se trouve d'abord en présence de l'art officiel ou aulique (de la cour), constitué par les grands monuments élevés par les empereurs ou par les membres des classes dirigeantes, à Rome et dans les principales villes de l'Empire. Ce sont des ensembles architecturaux, à destination politico-religieuse (forums, basiliques, temples), comportant une riche décoration sculptée ; certains monuments, les arcs comme les colonnes triomphales qui font alors leur apparition, sont essentiellement des supports pour cette décoration sculptée. On assiste aussi à la constitution définitive de la résidence impériale. Les créations métropolitaines sont imitées dans les petites villes par les notables locaux, et on les voit reproduites jusqu'au fond des campagnes dans les pays comme la Gaule où l'urbanisation est moins dense que sur les bords de la Méditerranée. À cet art aulique doivent être rattachés aussi les monuments funéraires des membres des classes dirigeantes, et en particulier les sarcophages sculptés qui vont devenir une des branches les plus fécondes de l'art plastique.

Il faut encore considérer comme des créations officielles de [...]

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Thermes de la villa de Piazza Armerina

Thermes de la villa de Piazza Armerina
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Barbare combattant un légionnaire romain

Barbare combattant un légionnaire romain
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Tablette d'or de Pyrgi

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Largo Argentina (porticus Minucia) à Rome

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Gilbert-Charles PICARD, « ROME ET EMPIRE ROMAIN - L'art romain », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-l-art-romain/