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ROME ET EMPIRE ROMAIN L'art romain

L'art de la « nobilitas »

Vers le milieu du iie siècle, la production artistique prend à Rome un caractère assez original pour qu'on puisse parler d'un art romain. R. Bianchi-Bandinelli l'a défini comme un rameau de l'art médio-italique, qui exprime l'austérité des paysans et des montagnards de l'Apennin central, et s'interpose entre le courant hellénistique et le courant étrusque, acceptant les suggestions de l'un et de l'autre, mais en refusant l'élégance apprêtée et les excès du pathétique. Ceux-ci commençaient d'ailleurs à lasser les Grecs eux-mêmes, et l'on assiste précisément à ce moment à un engouement pour le classicisme, voire l'archaïsme avancé, qui donnera naissance aux ateliers néo-attiques, habiles, raffinés et savants mais sans vie ni vigueur créatrice. Ils séduisent l'aristocratie romaine d'autant plus aisément qu'Athènes a été depuis l'intervention des Romains en Grèce une alliée presque constamment fidèle, un instrument politique, et le centre d'études le plus attrayant pour les jeunes gens distingués qui vont parfaire leur culture au-delà de l'Adriatique.

L'art en effet est plus que jamais au service de la nobilitas, cette aristocratie qui a monopolisé les bénéfices de la conquête et de l'exploitation impitoyable des vaincus. Elle s'en sert comme d'un instrument de propagande pour exalter son orgueil et affermir son emprise sur la société, mais aussi, en même temps que des lettres et de la philosophie, pour se détendre, oublier ses remords et les dangers de la vie dans un monde impitoyable.

Il existe cependant aussi un art plébéien, sur lequel R. Bianchi-Bandinelli a attiré l'attention ; plus fidèle à la tradition médio-italique, il exprime les tendances et les aspirations de la bourgeoisie moyenne.

La révolution politique qui remplacera la République par la dictature de César, puis par le principat d'Auguste ne modifie pas sensiblement les conditions qui viennent d'être décrites. La dynastie julio-claudienne appartient à la plus haute noblesse, en conserve les traditions et en partage la culture. L'action personnelle d'Auguste aura même pour résultat d'accentuer le caractère intellectuel et raffiné de l'art et d'y développer les tendances rationalistes en éliminant l'élément émotionnel et pathétique ; l'art augustéen, dont l'Ara Pacis nous offre l'expression la plus achevée, correspond à l'ordre politique et social institué par l'empereur.

Il y a pourtant, dans le sein de l'aristocratie et même de la dynastie, des individus qui se révoltent ; deux des successeurs d'Auguste seront de ces dissidents ; l'un et l'autre sombreront dans la folie. Mais si Caligula disparaît trop vite pour imprimer sa marque à la culture, Néron, qui se veut artiste avant tout et qui rêve de régner sur un monde où les lois de l'esthétique se substitueraient à celles de la morale, engendrera une sorte de romantisme dont la large diffusion démontre l'influence profonde qu'il a exercée sur un grand nombre de ses sujets.

Le portrait

Statue d'Auguste dite de Prima Porta - crédits : Csaba Peterdi/ Shutterstock

Statue d'Auguste dite de Prima Porta

Le portrait aristocratique, au début du ier siècle avant J.-C., continue la tradition hellénistique, qui cherche avant tout à exprimer la personnalité intellectuelle du modèle. Les images de Cicéron et de Pompée représentent parfaitement cette tendance. Pendant ce temps, la tradition italique continue de produire des œuvres d'un saisissant réalisme ; c'est à cette tradition qu'il faut rattacher les portraits de César, qui paraît avoir voulu se distinguer sur ce point comme sur d'autres du milieu où il était né. Avec Auguste triomphe le classicisme ; le visage du prince, d'une grande régularité, sera encore idéalisé par les sculpteurs ; les membres de sa famille et de son entourage s'ingénieront à[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Thermes de la villa de Piazza Armerina - crédits : Index/  Bridgeman Images

Thermes de la villa de Piazza Armerina

Barbare combattant un légionnaire romain - crédits : A. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

Barbare combattant un légionnaire romain

Tablette d'or de Pyrgi - crédits :  Bridgeman Images

Tablette d'or de Pyrgi

Autres références

  • CIVILISATION ROMAINE (notions de base)

    • Écrit par Universalis
    • 4 292 mots
    • 18 médias

    Le destin de Rome est celui d’une obscure bourgade de la péninsule italienne devenue, en l’espace de quatre siècles, une mégapole, capitale d’un immense empire s’étendant de l’Écosse à l’Arabie, des confins sahariens aux rives du Danube. Ce processus historique s’accompagna de la disparition de la ...

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