RELATIVISME

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Le relativisme se présente comme un humanisme, c'est-à-dire comme une doctrine qui rapporte tout élément d'une culture à l'homme en général qui en fut l'auteur et qui est donc capable de l'interpréter par la suite. Le relativisme pense, en effet, que toute création est une invention, tandis que le réalisme, auquel il s'oppose, estime que celle-ci est essentiellement une découverte. On montrera ici quatre formes de relativisme, telles qu'elles sont apparues successivement dans la culture occidentale.

Les philosophies relativistes

Le relativisme antique

La première forme de relativisme a été exprimée, au début de l'essor de la pensée philosophique en Grèce, par le sophiste Protagoras, à qui Platon fait dire dans le Théétète (ive siècle av. J.-C.) que « l'homme est la mesure de toutes choses », c'est-à-dire du vrai comme du faux. Contre cette position, Socrate et Platon se sont élevés pour défendre les droits de l'objectivité. Par cette dernière, il faut entendre que l'esprit humain se trouve en face d'une réalité, dont il doit tenir compte, et qui chez Platon est représentée par les Idées. Hors du respect pour ces Idées, il n'y a, pour Platon, que fantaisie, démesure, et prétention injustifiée. La force du réalisme antique est qu'il ne se soit pas tenu à ce réalisme platonicien. L'objectivité, en effet, n'est pas nécessairement étrangère à l'expérience humaine. Pour Aristote, disciple de Platon, l'objectivité se traduit par une « forme » imposée à une matière, et qui s'offre à la connaissance intellectuelle.

Au relativisme des sophistes (Protagoras, Gorgias) se sont donc opposées, dès son apparition, d'autres philosophies. Or le réalisme a pris également d'autres significations qui ne sont pas réductibles à une forme particulière de doctrine, que les relativistes accusent facilement de « dogmatisme », pour mieux les récuser (on peut préférer un dogmatisme à un autre, et donner les raisons de cette préférence). En Grèce ancienne, le

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Écrit par :

  • : maître de recherche au C.N.R.S., responsable de l'E.R. fondements des sciences
  • : docteur en psychologie, docteur ès lettres et sciences humaines, psychanalyste, maître assistant de psychopathologie à l'université de Paris-XIII

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  • Thomas NAGEL
  • , Universalis
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force de la raison. Williams défend également une certaine forme de relativisme éthique. Il croit que la vérité éthique ne peut qu'être locale, historiquement contingente et fondée sur les motifs et les actes réels de l'homme, qui ne sont par définition ni intemporels ni universels. En conséquence, il est selon lui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-williams/#i_824

Voir aussi

Pour citer l’article

Hervé BARREAU, Tobie NATHAN, « RELATIVISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/relativisme/